Revue d'histoire littéraire de la France
P.U.F.

I.S.B.N.9782130517801
192 pages

p. 1331 à 1348
doi: 10.3917/rhlf.015.1331

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Vol. 101 2001/5

2001 Revue d'Histoire Littéraire de la France

Entre dispute et conciliation : stratégies et figures du « consensus » dans le dialogue de la seconde moitié du XVIe siècle

Véronique Zaercher  [*]
A partir de la seconde moitié du XVIe siècle, le champ du dialogue littéraire laisse apparaître une nouvelle conception de l’interlocuteur. Celui-ci semble désormais pouvoir être qualifié d’« homme de consensus ». Emprunté aux écrits cicéroniens, il est une première fois redéfini, voire remodelé, par les théoriciens de la conversation soucieux d’encourager la sérénité des débats et d’établir leurs préceptes en valorisant la portée morale de la parole. Après avoir montré la complémentarité des développements de Simon de Vallambert, de Giovanni Della Casa et de Stefano Guazzo, l’étude s’intéresse ensuite à la présence de l’homme de consensus dans deux dialogues humanistes — le Dialogue de l’ortografe de Peletier du Mans et les Dialogues contre les nouveaux académiciens de Guy de Bruès — et dans deux dialogues lucianistes — les Dialogues non moins profitables que facétieux de Jacques Tahureau et les Deux dialogues du nouveau langage françois d’Henri Estienne. La spécificité des procédés est à chaque fois examinée en relation avec le projet auctorial. A l’évidence, un locuteur plus complexe semble se dessiner, enclin à la conciliation, davantage attentif aux idées de son adversaire, alors qu’il est possible dans le même temps d’observer un usage renouvelé de la dispute et de sa construction argumentative.
Il revient aux humanistes d’avoir mis au goût du jour la notion de civilité. Le terme même ayant été défini par Erasme dans le De civilitate morum puerilium (1530), le concept est l’objet d’une très large diffusion entre les années 1525 et 1550 [1]. Dans le cas des comportements conversationnels [2], le dialogue littéraire italien est loin d’avoir eu un rôle négligeable, Gli Asolani (1505) de Pietro Bembo et surtout Il Libro del Cortegiano (1528) de Baldassar Castiglione figurant évidemment à la première place. Servant à l’exposition de développements consacrés au savoir-vivre et à ses diverses composantes, il diffuse les modèles d’une autre manière de converser plus pacifique, qui valorise les comportements consensuels [3] des participants. En France, c’est avec l’essor du grand dialogue humaniste [4] qu’apparaissent des interlocuteurs non seulement disposés à renoncer à leurs propres arguments ou à contester avec nuances et précautions ceux de leurs adversaires, mais capables aussi de participer à l’élaboration d’une position commune. Le consensus s’obtient alors en admettant que, si elles sont corrigées par des remarques critiques, les thèses en présence méritent à titre égal d’être prises en compte et méditées. Un traité français de 1551, le De optimo genere disputandi colloquendique de Simon de Vallambert, éclaire les fondements théoriques qui justifient la bonne manière d’argumenter, tandis que deux traités italiens plus courants, le Galateo (1558) de Giovanni Della Casa et la Civil Conversazione (1574) de Stefano Guazzo, permettent de lui apporter des compléments. Quant à la pratique, on a choisi quatre dialogues. Deux sont voisins par leurs dates de publication relativement proches et par le choix de personnages réels et célèbres. Il s’agit du Dialogue de l’Ortografe e Prononciacion Françoese (1550) de Jacques Peletier du Mans et des Dialogues contre les nouveaux académiciens (1557) de Guy de Bruès. Les deux autres, à savoir les Dialogues non moins profitables que facetieux (1565) de Jacques Tahureau [5] et les Deux Dialogues du nouveau langage françois (1578) d’Henri Estienne, sont des satires à deux voix, usant de personnages fictifs conformément à la tradition lucianiste.
Sans reprendre dans le détail tout l’intertexte antique concernant le consensus conversationnel [6], il faut pourtant en rappeler les termes proprement cicéroniens, source directe pour le XVIe siècle. Dans le De officiis, Cicéron sépare très nettement le discours public de la parole privée, de sorte que ces deux modes et contextes d’échange se trouvent définis à la manière d’un couple à la fois antithétique et complémentaire. Comme le souligne à fort juste titre P. Rousselot [7], la présence du public au forum nécessite de faire preuve de puissance (vis) alors que des auditeurs familiers s’accommodent plutôt de tranquillité (quies). Quand Cicéron en vient à définir la « tournure » même de la conversation (sermo) [8], il met en avant un fonctionnement exemplaire à partir duquel il est possible de déterminer les qualités requises des participants. Etant donné que les échanges doivent être sérieux, mais sans excès, et que l’agrément ne doit jamais être négligé, il faut être capable de s’adapter à ses interlocuteurs [9]. De même, il ne faut pas s’arroger un temps de parole excessif [10] et, s’il faut veiller à ce que le propos ne s’égare pas, il est déconseillé de s’en tenir trop longuement au même sujet [11].
Ce souci de la mesure, propre à insuffler une variété de bon aloi dans la quantité ou dans l’enchaînement des répliques, sert à relier les exigences du chapitre XXXVII à celles qui, dans le chapitre suivant, se rattachent principalement au domaine des passions. C’est que le dialogue ne pouvant être conçu comme un champ de bataille où l’on s’affronte, il importe que chacun s’y montre homme de compromis. Aussi le parallèle établi entre les situations quotidiennes et la conversation met-il en relief la nécessité de demeurer maître de sa propre personne et de ses manifestations émotionnelles. Cette nécessité relève de la construction de son apparence extérieure, de cette image de soi qui s’offre dès lors à l’appréciation de l’entourage :
Sed quo modo in omni uita rectissime praecipitur ut perturbationes fugiamus, id est motus animi nimios rationi non obtemperantes, sic eiusmodi motibus sermo debet uacare, ne aut ira exsistat aut cupiditas aliqua aut pigritia aut ignauia aut tale aliquid appareat, maximeque curandum est ut eos quibuscum sermonem conferemus, et uereri et diligere uideamur (p. 175-176) [12].
Toutefois, l’absence d’excès n’implique pas que l’on rejette a priori la sévérité, il suffit qu’elle intervienne au moment opportun [13]. Ce qui prévaut aux yeux de Cicéron — et c’est d’autant plus net quand il évoque le cas de conflits avec des ennemis —, c’est de savoir conserver et protéger sa propre dignité (retinere grauitatem). Bien qu’il n’évoque pas l’éventualité de se ranger à l’opinion d’autrui ou de rechercher les modalités d’un compromis, sa façon de blâmer la colère, ou de la recommander comme artifice uniquement, laisse supposer qu’il veille à ne pas exclure d’emblée la recherche de la conciliation.
Les théoriciens de la conversation à la Renaissance [14] font largement écho à ce portrait de locuteur idéal, tout en insistant davantage sur la nécessité de savoir adopter le point de vue de son adversaire et, par conséquent, de consentir à clore le débat dans une relative sérénité. Sans doute s’agit-il de marquer la distance prise à l’égard de la disputatio médiévale, laquelle continue de prévaloir dans l’enseignement des facultés au XVIe siècle. Si c’est encore le cadre formel où s’organisent la pensée et la recherche de la vérité dans les débats courants, il n’en est pas moins employé avec le souci d’en atténuer la rigidité médiévale [15]. Aussi se montre-t-on attentif à relier l’art de la conversation à celui de la dispute en prescrivant une fermeté exempte d’ardeur et, somme toute, d’opiniâtreté.
Le De optimo genere disputandi colloquendique (1551) de Simon de Vallambert, traité paru à Paris et rédigé en latin, se présente comme « un art de conférer » [16] composé à la manière d’une compilation de formules cicéroniennes [17]. Dès les premiers développements, l’isotopie du combat est largement convoquée pour stigmatiser tous ceux qui privilégieraient leur orgueil au détriment de la recherche du vrai :
Hoc enim proprium est hominum non veritatem disceptatione indagantium, sed ambitione aut vincendi cupiditate odium incitantium et ex amicis inimicos facientium. Rectius [A] profecto illi quorum est egregia in literis disputatio instituta more dialogorum Ciceronis copiose, graviter, quiete, pacate. Non enim veritas rixis et contumeliis contraque lenibus et suavibus colloquiis elicienda est. Nisi forte spinose quidam ita ratiocinantur, e suis concertationibus veritatem sic elici debere, ut e spinis rosam. Sed quam non recte [B] cohaereat, non vident (p. 5-6) [18].
Quelques lignes plus loin, Vallambert insiste sur l’idée que cette maîtrise de soi est une donnée absolument indispensable afin que les échanges puissent se dérouler de manière raisonnable :
Disputandi autem ratio animum requirit omnino et lenem et moderatum : et tamen in omni disceptatione propter vincendi studium natura omnes propensiores sumus ad cupiditatem et iram, quam ad tranquillitatem lenitatemque animi (p. 7) [19].
L’antithèse contenue dans la comparaison finale laisse transparaître une note d’amertume, tout comme le pronom omnes semble suggérer combien il est difficile pour le théoricien lui-même de s’astreindre à des règles aussi rigoureuses, ce qui évidemment n’enlève rien à leur légitimité. Il ne cesse d’y revenir dans son exposé et, s’il préconise le calme comme vertu fondamentale, à l’exemple de Cicéron, il lui associe la mesure, tout particulièrement requise lorsqu’un participant est invité à formuler son avis. Car une attitude prudente et vigilante s’impose autant dans l’approbation que dans la réfutation [20]. La contestation, elle, demeure acceptable lorsqu’elle s’exprime avec affabilité [21], de même que la critique, par exemple, peut être tolérée si l’on s’abstient de la pousser jusqu’à l’injure ou la querelle [22].
C’est au moment où Vallambert envisage l’éventualité que le débat puisse se prolonger, qu’il expose les règles et les formules propices à la constitution de l’attitude consensuelle. D’une part, l’opiniâtreté est présentée comme un grave défaut :
Defensor confirmabit sua, et aliena refellet declinans suspicionem pertinaciae (p. 49) [23].
D’autre part, le fait d’admettre que l’on puisse être contredit ou même avoir partiellement tort est valorisé :
Interdum modestium aget, et se refelli patietur his verbis, Bene reprehendis, et se isto modo res habet. Et Ego vero et opto redargui me, et ea quae disputavi, disserere malui quam judicare : et facile me a te posse vinci certo scio (p. 49-50) [24].
Le théoricien ne cesse de le répéter, l’essentiel réside dans la possibilité de parvenir à une conclusion qui sera satisfaisante, même si chaque interlocuteur doit se résigner à accorder quelques concessions, puisque la conviction d’avoir progressé sur la voie de la vérité importe plus que la victoire obtenue sur l’adversaire, lequel d’ailleurs n’en est plus vraiment un. Ce dernier s’apparente davantage à un partenaire, d’autant plus intéressant qu’il tient lieu d’aiguillon intellectuel.
Les traités postérieurs ne font qu’aller dans le sens des recommandations de Vallambert. La spécificité du Galateo [25] de Giovanni Della Casa tient seulement à ce qu’il se révèle plus direct et incisif dans sa critique des esprits pugnaces. Sans rejeter la dispute qu’il considère comme une situation conversationnelle admise, il met l’accent sur une conception juste et équilibrée de la victoire. Puisque chacun a apporté sa contribution au déroulement du dialogue, il paraît bienvenu et même sain que chacun en ressorte avec le sentiment d’avoir fait reconnaître certaines de ses idées. Le consensus équivaut à une forme de rétribution pour les esprits, quoique la réalité se révèle souvent bien éloignée des vœux du théoricien :
Ceux qui s’opposent à chaque mot, qui querellent et debattent, monstrent bien qu’il congnoissent peu le naturel des hommes, et que chacun aime la victoire, et hait d’estre vaincu, non moins aux parolles, qu’aux faicts : outre ce que, s’opposer de gayeté de coeur à autruy, c’est un acte d’inimitié, et non pas d’amitié. […] Et si quelquefois il advient que quelcun dispute [...] cela se doit faire doucement, et ne doit on pas estre si goulu de la douceur de la victoire, qu’on s’y estrangle : mais il en faut laisser à chacun sa part [...] car on en acquiert haine et malueuillance, et outre ce sont desplaisans à un chacun [...] mais les hommes pour la pluspart sont si amoureux d’eux mesmes, qu’ils mettent en arriere l’opinion des autres, et pour se montrer subtils, bien entendus et sages, ils conseillent reprennent, disputent et se despitent tellement, qu’ils en viennent aux espees : et jamais ne s’accordent à aucune opinion, si ce n’est à la leur (p. 296-308).
Dans la Civil conversazione (1574) [26], Stefano Guazzo conseille tout d’abord la dispute aux philosophes et désigne comme « celuy digne de plus grande louange, qui defend le party plus difficile ». Puis il choisit de se référer au champ hyperbolique de la folie pour qualifier tout excès dans les débats :
Mais encores les disputes ont leurs fins et limites, qu’il n’est pas loisible de passer, sans perdre le nom de disputant, et aquerir celuy de contentieux, et de sophiste, qui tombent aucunesfois en l’inconvenient des malheureux, et pour estre trop affectionnez à contredire, ont perdu leur sain entendement : et comme lon rompt volontiers les besongnes que lon veut rendre trop subtiles et minces, ainsi par trop debatre, s’esgare la verité (p. 99 ; c’est Annibal qui parle).
Quand vous voyez que vous ne gangnez rien de debatre avec l’amy, et qu’il y a danger de quelque desordre, vous devez plustost plier que rompre, suivant son humeur, sinon en cas que le taire fust pour engendrer plus grand scandale […] (p. 100).
La gradation qui conduit à passer du « sophiste » au « disputant » fait intervenir une représentation de discoureur éminemment condamnable mais très attendue. Elle ravive les critiques formulées à l’endroit d’une rhétorique employée à mauvais escient et fait écho à ce que M. Fumaroli a pu mettre en évidence à propos du traité de Della Casa [27]. Le théoricien en effet n’est pas tant attaché au sujet et à la méthode de la conversation qu’à l’ordonnancement des bonnes manières. Il refuse ainsi ce désordre qui signifierait l’éclatement d’un cadre soigneusement ordonné et indissociable d’une rigidité de bon aloi. La préférence accordée au retrait de soi et à ce silence qui doit être au préalable évalué selon sa portée éthique dispose en contrepoint la sage retenue du bon locuteur et les dérapages dont il faut à tout prix se préserver.
Insistant sur l’obligation de se montrer souple et d’opter pour la concession, ces traités font supposer qu’aux moments de tension vont succéder des répliques servant à apaiser le jeu, et des développements qui signaleront une volonté de conciliation propre à éviter l’impasse. Les quatre dialogues littéraires vont permettre d’examiner comment le consensus se recherche, se construit, quand les discours ne servent pas seulement à alimenter une conversation pacifique.
 
L’HOMME DE CONSENSUS DANS LE GRAND DIALOGUE HUMANISTE
 
 
Dans le Dialogue de l’Ortografe e Prononciacion Françoese, les protagonistes de Peletier du Mans — Théodore de Bèze, Dauron, Jean Martin et Denis Sauvage — sont censés se réunir fréquemment. Pour la version écrite, l’auteur décide de rendre compte d’une conversation jugée mieux réussie, il y est question de l’orthographe et de sa réforme. De même, les personnages des Dialogues contre les nouveaux académiciens de Guy de Bruès se connaissent bien. Certains comme Ronsard et Baïf ont eu jadis l’occasion de se brouiller et de se réconcilier. S’y ajoutent Nicot et Aubert, mais tous sont réduits à n’être que des porte-parole. On aborde tour à tour les fondements du savoir et de l’opinion, l’arbitraire des distinctions de l’honnête et du déshonnête, du vice et de la vertu, enfin la validité des lois. De l’un à l’autre texte, les atmosphères contrastent. Dans le DOP [28], de manière quasi constante, les interlocuteurs font montre d’une prise en compte respectueuse et attentive de l’opinion d’autrui. Toute objection paraît être énoncée pour enrichir le propos plus que pour confondre l’adversaire. Bruès, au contraire, fait se succéder les périodes de relative tranquillité et les moments de tension où la rupture se révèle très proche, sans jamais éclater : à cette alternance présente dans les trois dialogues, chaque accord final semble fournir la résolution espérée, presque logiquement attendue à l’issue de la dispute.
Le DOP est composé de deux parties signalant deux moments chronologiques distincts, ce qui rend vraisemblable la longueur des débats et permet de distinguer les deux positions en présence. Dans le premier « livre », ainsi dénommé par Peletier, le terme « dispute » apparaît non pas tant au cours de la mise en place des échanges qu’au moment où il s’agit de répartir les rôles. Peletier hésite à défendre seul sa position (« que c’ét trop se metre an hazard d’antrer an tele dispute, sans la presance d’aucuns qui puisset porter quelque saueur e temoignage a ses resons e ses opinions » (p. 39)). Aussi est-ce l’arrivée inopinée, mais prévisible, de Dauron qui favorise la répartition des rôles. Alors que les deux camps semblent clairement se dessiner, une remarque de Sauvage laisse entendre que la controverse, loin d’opposer les uns aux autres, comporte des participants capables d’adhérer à des arguments adverses s’ils sont fondés. Sauvage fait évidemment allusion à lui-même :
Premieremant, nous n’auions pas tous deliberè d’étre contre vous si fort comme vous dites : e s’an trouuera, peut étre, quelcun, n’i út il que moe, qui se montrera autant pour l’un comme pour l’autre. Car apres auoèr oui voz resons, j’estime qu’eles ne seront pas toutes si impertinantes, que je ne soé d’aueques vous an quelques passages (p. 39).
Le désir de conciliation est donc posé comme un préalable qui là encore ne peut être dissocié de la recherche du vrai. Ceci explique pourquoi Peletier est écarté de la discussion par Jean Martin qui lui reproche de chercher « les choses de trop pres » et de vouloir « tousjours auoèr le meilheur ». Il est à noter aussi qu’avant d’accepter définitivement sa charge de débatteur, Dauron souligne, lors de ses ultimes hésitations, la reconnaissance de sa propre faiblesse argumentative et l’éventualité d’être contredit à juste titre :
[…] S’il n’etoèt question que de contredire, je n’auroé pas grand’peine : Car la chose la plus esee qui soèt, c’ét de nier hardimant. Mes si j’auoé a parler de ce a quoe vous m’inuitez, je croè que je donneroé autant de matiere de contradiccion a mes parties comme eles a moe (p. 42-43).
A partir de ces quelques indices s’élabore l’image d’interlocuteurs qui s’efforcent de se prêter au jeu de la discussion en le prenant à cœur juste ce qu’il faut. A ce titre, il n’est peut-être pas anodin que Peletier, dans ses portraits liminaires, prête à Sauvage, Martin et Bèze (Dauron, lui, possède toutes les perfections) une même qualité éminente, la grace, qui est un autre terme pour désigner l’urbanité.
A l’issue du long exposé de Bèze, il serait encore facile d’imaginer des manifestations de désaccord éclater, malgré le rôle de contradicteur général endossé par Dauron. Or, non seulement sa capacité de persuasion est fortement louée mais ses auditeurs avouent qu’il pourrait modifier leurs positions, même bien assurées :
C’ét que je m’atandoé e m’atàn ancores, que vous nous ouuririez quelque metode, par laquele notre Ortografe puisse étre reglee a un point : E m’ét auis que c’ét l’afere le plus dificile : par ce que je voè, que de tous ceux qui ecriuet Françoes, chacun ortografie a sa guise. Ie vous pri poursuiure cet androet : e vous voerrèz que nul ne faudra a metre son auis parmi le vótre : qui sera cause que nous nous an pourrons aler plus contans e plus acertenez hors d’ici (p. 67).
L’avis de Dauron lui-même est un très bel hommage offert à la prestation réussie de Bèze. En assimilant les règles de la dispute à un obstacle qui l’empêche de formuler un assentiment explicite, Dauron rappelle que, malgré la divergence des opinions, il est prêt à apprécier la pertinence de son interlocuteur :
Mes si ce n’etoèt une reson generale qui me conduit e m’induit a tenir au contrere, moeméme me lesseroé aler de son cóte : e ne voudroé m’auancer de dire rien alancontre (p. 68).
Peletier ne dit pas autre chose lorsqu’il introduit dans son discours l’isotopie du combat et accorde sa préférence à la valeur guerrière plutôt qu’à l’issue de l’engagement :
Car le combat ou nous sommes ét tel, qu’il n’i và point de danger ni desauantage pour le veincu : E ne peut chaloèr a qui le camp demeure, pouruù que chacun èt fèt son efort a son ese e discrecion (p. 69).
Ainsi, au terme du premier livre, l’impression dominante reste que le savoir l’a emporté sur la dispute. Chacun avoue être prêt à s’incliner devant une éloquence aussi bien maîtrisée (p. 68) et le consensus s’élabore sur la base même de l’admiration. L’agencement et la portée des interventions du second livre confirment cet aspect. Alors qu’auparavant Bèze a longuement parlé sans être jamais interrompu — il s’en plaint d’ailleurs —, son successeur voit son discours émaillé par des questions ou, plus insidieusement, par des demandes de précisions souvent formulées avec un esprit critique [29]. Or, elles ne suscitent aucun long débat, mais contribuent principalement à accroître et à amplifier la teneur didactique de l’intervention de Dauron. L’objection devient cet aiguillon qui, tout en exigeant de l’intervenant davantage de justification, favorise l’échange des savoirs ou l’éclaircissement d’une conception, d’un parti pris. L’attitude consensuelle, manifeste puisque personne ne surenchérit, ouvre une nouvelle ligne de partage parmi ceux qui, n’étant plus vraiment adversaires, encouragent cette coopération intellectuelle sur laquelle on a déjà insisté. La preuve en est que le débat demeure ouvert à la fin du deuxième livre, afin de prendre « terme pour an deliberer » (p. 135). Si les auditeurs n’ont pas été forcément tout à fait convaincus, ils ne dénient ni intérêt, ni puissance de persuasion à Dauron.
Dans les Dialogues contre les nouveaulx académiciens de Guy de Bruès [30], la progression des débats et l’atmosphère se révèlent plus tendues, ce qui tient pour beaucoup au fait que les deux interlocuteurs en présence s’efforcent de se contrecarrer argument par argument. Le contexte de la dispute est ainsi régulièrement évoqué, à la fois comme manière d’organiser les échanges et comme mode de construction des rôles. Il importe en effet de rappeler que le protagoniste chargé de défendre le point de vue contestable et paradoxal le fait de manière purement « technique », afin de prêter le flanc à la réfutation. Dès sa préface, en guise d’avertissement mais aussi de mise en relief, Bruès annonce au lecteur la présence du procédé, « comme les propos sont deduiz ez dialogues, à celle fin qu’après avoir eu leu à l’entrée les argumens de celui qui pour mieux faire cognoistre la verité, soustient la mauvaise opinion, il ne desiste d’en lire plus avant […] » (p. 92). De même, par endroits, le fonctionnement de la dispute est commenté par les débatteurs qui l’associent alors à la notion d’esbat [31] et soulignent à dessein le caractère feint et ludique du rôle endossé par le défenseur de la « mauvaise » opinion :
Par ton discours je congnois assez que tu n’ignores pas quelle est la plus saine et meilleure opinion, mais tu t’esbas comme tu as promis à desbatre contre la verité […] (dialogue I, p. 100).
Tu le dys parce que tu as promis de t’esbatre à debatre contre la verité (dialogue II, p. 194).
Cela n’exclut pas un total investissement argumentatif de la part du contradicteur mais, les jeux étant faits dès le départ, la dispute est conçue pour s’orienter vers un consensus : l’un des deux partenaires sait d’avance que sa présence relève avant tout de l’exercice et qu’il va devoir abandonner la place.
Il importe d’ailleurs de reconsidérer l’enjeu et la portée de la dispute. Le lecteur se voit en quelque sorte transporté au gré des tensions du débat et des chutes provoquées par la mise à distance que les protagonistes sont amenés à introduire. Ainsi, dans cet échange où Nicot, spectateur du débat entre Baïf et Ronsard, se décide à prendre la parole, il pointe du doigt, à l’intention de Ronsard qui s’emporte contre la pugnacité de son adversaire, cet échauffement qui s’empare aussi bien de l’un que de l’autre et qui relève autant des règles de la disputatio que de la définition du jeu :
Garde que ce que tu reprens en BAÎF, ne te maistrise toy mesmes, que tu ne sois entaché de ce que maintenant tu trouves mauvais quand il le fait. Tu sçais que nous avons mis en avant ceste dispute, pour mieux pouvoir monstrer et debatre la verité, à raison de quoy sans occasion tu te plains de luy (p. 170).
En présence de ce genre de remarque, le lecteur est ramené au caractère purement artificiel de l’argumentation assumée par le partisan de l’opinion paradoxale. Le dialogue équivaut alors à un jeu de rôles et chaque moment du débat doit s’envisager comme un attendu qui sert simplement à le conduire jusqu’à son terme, à lui conférer ainsi une part de sa dynamique. Mais, comme le souligne B. Périgot [32], si l’opiniâtreté du contradicteur ne consiste qu’en une attitude imposée par le jeu, il n’en est pas exactement de même dans le cas du partisan de la bonne opinion. Au cours du second dialogue par exemple, Nicot rappelle à Aubert que la ténacité ne prend pas le même sens selon l’un et l’autre parti et qu’elle se justifie exclusivement pour lui :
A. Je sçay bien, tu feras tousjours des exclamations, et en te complaignant tu voudras mettre fin à nostre dispute : Mais je te prie pers ceste coustume d’oresenavant, et pense plus à ce que je te diray, qu’à vouloir estre obstiné en tes imaginations. N. Tu devrois faire ton proffit du conseil que tu me donnes : car en soustenant la verité, je ne dois point estre reputé opiniastre (p. 193).
Bruès sait tirer parti de ce décalage de principe dans l’élaboration des échanges : la ténacité de l’un constitue fort justement la meilleure garantie du consensus final. Rien d’étonnant à ce que, malgré des propos acerbes ou des attaques parfois virulentes, les interlocuteurs parviennent finalement à un accord qui certes est victoire pour l’un et défaite pour l’autre, mais auquel tous vont pouvoir se rallier :
B. Mes amys, à ce que je puis cognoistre par la patience que vous nous avés prestée, vous n’avez point pris de desplaisir à nostre dispute, aveq ce je m’asseure que vous ne trouverés mauvais, si pour parvenir à l’asseurée preuve de la verité, j’ay fait de l’opiniastre en ce que j’estimois mensonge, vous asseurant que je suis fort aise d’avoir esté vaincu en ce combat, duquel la perte donne sans comparaison plus de proffit que la victoire (p. 179, dialogue I).
Cette manière de conclure incite à revenir au DOP. On a mis en avant le fait que le dialogue de Peletier demeurait ouvert et que chacun de ses protagonistes décidait de prendre le temps de réfléchir aux arguments exposés. Bruès préfère achever chaque dialogue sur la position désignée comme vraie. Toutefois, au-delà de cette différence de clôture, Peletier et Bruès associent fortement l’élaboration du dialogue à la nature de la relation qui lie les individus en présence. Eu égard à la tradition cicéronienne, il importe que les protagonistes puissent parvenir à une entente ; au cas où l’accord demeurerait en suspens, les étapes de la progression, elles, doivent procurer l’impression d’être résolues. En fait, puisque les participants concernés sont des individus réels, encore vivants, il paraît indispensable d’abonder dans le sens de la conciliation, une conciliation qui fournit comme la preuve d’une dispute maîtrisée. A ce titre, les Dialogues de Bruès nous paraissent éclairants : il ne s’agit pas seulement d’instaurer une distance visible à l’égard de la disputatio médiévale mais d’user de ses composantes sur un mode parodique, confié à des auteurs célèbres.
 
L’HOMME DE CONSENSUS DANS LE DIALOGUE LUCIANISTE
 
 
Les Dialogues non moins profitables que facetieux de Jacques Tahureau [33] forment une œuvre particulière dont la portée satirique associée à la forme du dialogue nous semble empreindre le projet auctorial d’une évidente complexité. Leur rédaction, achevée à la même époque que les ouvrages de Peletier ou de Bruès [34], incite à examiner l’usage d’un genre qui est conçu de manière courante comme le plus apte à faire discuter entre elles les opinions, mais où la référence manifeste à Lucien dans ce cas précis établit une atmosphère de raillerie exacerbée, empêchant toute discussion possible quant à certaines cibles [35]. Lorsque Tahureau désire s’attaquer à l’amour, aux femmes ou à la danse, il prête à son personnage, le Démocritic, de tels mouvements d’humeur [36] à l’égard des préjugés et des jugements prétendument erronés d’autrui que l’idée même de concession paraît fondamentalement inacceptable. En outre, comme la critique a pu le souligner [37], le Démocritic ne cherche pas tant à établir une vérité, déjà acquise à ses yeux, qu’à la dévoiler à son élève, ce qui renforce l’impression de dogmatisme émanant du pédagogue.
Il serait toutefois dommage de dénier à celui-ci des manifestations de bonne volonté et le désir, même ponctuel, de céder sur certaines idées — ou du moins d’en donner l’apparence. Dans les commentaires qu’il consacre aux règles du débat, il va jusqu’à prononcer un éloge du consensus présenté comme un moyen souple et efficace de rallier son adversaire à une opinion de facture trop rigide :
[…] par lesquels mots il veut dire qu’en se trouvant avecques gens de diverse secte, et autre opinion que la sienne, il faut s’accommoder à eus en de petites choses pour les gaigner et attirer à la cognoissance des plus grandes, de peur qu’en se monstrant de premier abordee trop contraire à leurs fantasies, ils ne rejette du tout ce qu’en s’accommodant un peu à eus ils eussent bien pris, et en y prestant plus facilement l’oreille, avecques peu de peine entendu (p. 194).
Il est clair que la conciliation ne fait pas seulement partie d’une attitude polie. Elle relève surtout d’une visée très pragmatique, puisqu’il s’agit d’accorder un peu à autrui pour lui faire admettre beaucoup, en dernier lieu.
Bien que les procédés utilisés par Tahureau soient classiques, leur intérêt tient au fait qu’ils distillent, au cours des échanges, des moments de relance et d’apaisement, assurant pour une large part la progression du débat. Outre l’interro-négative oratoire qui permet d’amener un doute ou de souligner un point litigieux avec douceur, le texte comporte deux autres procédés tout aussi fréquents. Ainsi, la concession faisant partie intégrante de cet « art de la conversation » prôné par le Démocritic, il s’en rencontre de nombreux exemples dans le cadre des enchaînements de répliques ou dans les démonstrations. Signe de cohésion, le protagoniste la recommande et y a fortement recours [38]. Le discours débute alors par le verbe confesser, parfois par un verbe d’aveu inséré dans une construction négative. La personne de l’allocutaire est parfois prise en compte par le biais d’un pronom personnel, ce qui est à notre sens une excellente manière de se montrer homme d’attention :
Quant est du courtisan, je confesserai son langage estre plus affecté que de nul autre […] (p. 50).
Je te confesse bien en cela l’inconstance des hommes et folies estre grandes, ainsi que j’ai tousjours dit […] (p. 58 ; c’est nous qui soulignons).
Ensuite, le discours appelle presque invariablement ce second temps où la réfutation est lancée par un connecteur exprimant l’opposition, puis établie de manière explicite par un syntagme verbal dénotant le refus :
[…] mais que pour cela il parle bien je te le nierai du tout par la definition que je t’en ay donnee ici devant […] (p. 50).
[…] mais pour ce je n’approuverai aucunement les femmes en estre plus sages ou constantes […] (p. 58).
Quoique par stratégie la concession demeure toute relative et que le locuteur s’efforce de conserver son avantage, cette technique argumentative empêche que la satire ne paraisse trop dogmatique et ne ressemble par trop à un jeu gratuit de défoulement.
Loin d’être un auditeur passif, le Cosmophile use d’une technique équivalente pour insérer des arguments critiques et discuter fermement la position de son interlocuteur tout en ménageant celui-ci. Complémentaire des énoncés où le désaccord se voit formulé avec modération, il existe une catégorie de répliques en deux temps où, à un bref assentiment donné au discours du Démocritic succède l’énonciation d’un point problématique. L’adhésion initiale prend souvent la forme d’un court éloge consacré à la personne même du pédagogue avant que ne soit remis en cause le contenu de son exposé [39] :
Tu dis le mieus du monde, mais tu ne viens aucunement à l’exercice que l’on y prend, et à la louange que l’on en acquiert (p. 74).
Je croi que tu dis bien, et mesmement que cette derniere espece de pratique est la plus brave piece de leur harnois, mais tu ne m’as point encore satisfait à ce que tu m’avois promis, qui estoit de me monstrer par une exemple tout evidente comme l’art de medecine que nous avons pour le jourd’hui n’est qu’une tromperie (p. 119).
L’intérêt de cette organisation des répliques est double. Elle permet de proche en proche de faire progresser l’argumentatif et de préserver l’allure naturelle du dialogue. Qui plus est, la relance se fait sans agressivité et signale que le Cosmophile, s’il n’entend pas vraiment outrepasser son rôle d’élève, s’accorde cependant le droit d’être un interlocuteur vigilant et critique.
Rédigés dans le même esprit, les deux Dialogues du nouveau langage françois d’Henri Estienne [40] proposent des procédés de nature similaire, à cette différence près qu’ils mettent en scène des protagonistes dont l’épaisseur psychologique est plus intéressante [41]. Au premier abord, Philausone endosse le rôle de présentateur, d’expérimentateur et de défenseur de l’italianisme à la cour d’Henri III. Celtophile, lui, est chargé du point de vue adverse et prend le parti de la langue française. Toutefois, il devient rapidement manifeste que Philausone sait reconnaître les abus des courtisans, évaluer la part d’artifice, d’excès ou de ridicule, qui régit leurs comportements à la cour, cependant que de son côté Celtophile, en tant que porteparole supposé d’Estienne, possède l’envergure d’un contradicteur docte et solide. Dès lors, leur confrontation se révèle riche de leur érudition, ainsi que de leur position successive d’enseignant et d’enseigné [42].
Le terme « dispute » [43] apparaît à dessein en quelques endroits de la conversation. De toute évidence, même si Celtophile consent d’abord à recevoir des informations sur les changements intervenus pendant son absence, il est aussi fermement décidé à exploiter ce sujet comme moment de débat. Néanmoins, malgré les fréquents points de controverse, la tension donne à intervalles réguliers le sentiment de retomber. Il est probable que le dialoguiste a voulu mener le débat le plus longtemps possible et, en parallèle, conférer force et relief à ces questions épineuses qu’il ne voulait sans doute pas laisser se perdre au milieu de cette érudition. Aussi la discussion cède-t-elle la place à la polémique dans certaines séquences de répliques, mais chacun se garde bien d’excéder le temps de quelques réparties. Le plus vif échange se situe au début du dialogue alors que Philausone manifeste encore de sérieuses réticences quant à la condamnation des italianismes [44]. Puis, lorsque sont formulés par intermittence des propos acerbes, l’échange intellectuel semble primer sur l’animosité ; en tout cas, par convenance et accord tacite, il paraît décidé de ne pas amplifier l’altercation au-delà de quatre ou cinq répliques :
CEL. N’auray-pas ce credit d’ouir quelques-uns de ces beaux mots ? / PHIL. : Vous aurez bien ce credit, mais si je fasche vos oreilles, à vostre dam. / CEL. : Vous avez desja aguerri mes oreilles par tant d’autres assauts que vous leur avez donnez. / PHIL. : Cela vient bien à propos que vos oreilles soyent aguerries pour ouyr ces furieux mots de guerre. Mais je ne les mettray pas en reng, ils seront pesle-mesle. / CEL. : Tout ainsi que vous voudrez (p. 244) [45].
Outre ces échappées prestement réprimées, le procédé de la concession fonctionne tel qu’il apparaît chez Tahureau [46]. Par endroits, il possède un aspect moins mécanique, comme dans ce cas où Celtophile évite délibérément d’exagérer afin de remercier son interlocuteur de ce qu’il lui a au préalable accordé :
CEL. : Je suis content de penser cela, Monsieur Philausone, à la charge que vous aussi pour le present vous contentiez de ce que vous avez dict en la louange des courtisans, et ne passiez plus outre, ains retourniez à votre grand discours touchant les termes qui ont esté changez en nostre cour de France depuis que j’en suis parti (p. 222).
Le procédé du « donnant-donnant » engendre l’impression rassurante de ne pas avoir cédé trop de terrain. Présenté comme équitable pour les deux partenaires, il doit permettre de se concilier la bienveillance de la partie adverse. Sur le même plan se situe le consentement formulé par Celtophile de recourir à des mots italiens très précis, et ce justement quand le terme est en parfaite adéquation avec la situation évoquée dans le discours, auquel cas il ne peut être conçu comme une forme « exotique » [47]. Le procédé s’emploie aussi dans le sens inverse : au lieu d’admettre qu’à l’égal de soi, l’autre puisse avoir raison, on peut lui demander de reconnaître ses erreurs et, en contrepartie, en assumer tout autant pour sa propre part :
PHIL. : Elle ne me retournera point, si je puis. Mais sçavez-vous qu’il y a ? Confessons tous deux avoir tort, chacun en son endret (p. 146).
Ce genre de mise à plat n’est pas forcément anodin, puisque le dialoguiste n’a pas ménagé le caractère de ses protagonistes et s’est plu à les doter d’un soupçon de rancune. Le bénéfice obtenu par l’échange de savoirs n’efface pas entièrement les points d’achoppement, mais les moments de conciliation facilitent la poursuite du dialogue.
Ces aspects méritent également attention du fait qu’ils se retrouvent dans la troisième partie de l’ouvrage où Philalèthe est invité à rejoindre la discussion afin d’entreprendre une tentative de réconciliation. Or, après le compte rendu des discussions antérieures, il faut noter que le médiateur souligne d’emblée un événement remarquable à son sens, à savoir que les deux débatteurs paraissent ne pas s’être « fort eschauffez » (p.394) et laissent donc la porte ouverte à un accord. Surtout, il peut encore arriver que la concession se traduise par un arrangement imposant à chacun de céder d’au moins un pas :
PHIL. : Il y a bien quelque apparence en ce que vous dites, mais voulez-vous que toute ceste moitié soit suspecte ? / PHILAL. : Je n’y veux pas aller tant à la rigueur. Je veux vous relascher une moitié de ceste moitié (p. 398).
Dans le cas suivant, la technique est un peu plus subtile étant donné qu’il n’est pas question de renoncer à une idée, mais plutôt de prendre la peine d’en construire l’assise, donc une justification propre à la rendre recevable aux yeux de l’auditoire :
PHILAL. Je ne me fascheray point de ceci, pourveu que vous rendiez raison de vostre dire. En quoy donc me trouvez-vous fol juge ? (p. 418).
La fin repose d’ailleurs pour une large part sur ce mode d’« appointement ». Philausone accepte de ne pas abuser des italianismes mais attend en échange un exposé qui l’amène à « congnoistre par vives raisons que nostre langage francés est aussi bon et aussi beau, tant pour tant, que le langage italien » (p. 440).
Bien que les textes de Tahureau et d’Estienne ne reposent pas exactement sur des procédés similaires, ils laissent néanmoins émerger des traits qui pourraient être considérés comme caractéristiques du genre. Alors que les échanges sont censés privilégier l’exposition d’un savoir, la fonction didactique peut difficilement se dispenser de passages plus polémiques, même ponctuels, qui lui superposent des ruptures propices à intensifier la gravité de la discussion. Dès lors, le consensus équivaut, semble-t-il, à une manière de pause, de fondement communément consenti de part et d’autre afin de fournir une base neuve à l’échange. En ce sens, il n’est pas nécessaire que les techniques permettant de l’engendrer soient l’objet de notables variations, c’est leur effet qui prime. Tout comme Vallambert répertorie des listes de formules en guise de chevilles propre à signifier l’assertion, la réfutation ou l’explication, les dialoguistes prêtent à leurs protagonistes des attitudes récurrentes, constituant comme des stratégies dans le déroulement textuel.
A partir des traités et des exemples relevés au fil des œuvres, il reste à dresser un portrait plus général de l’homme de consensus et de sa portée pour le dialogue. On peut lui reconnaître trois attributs : une souplesse intellectuelle qui reflète son souci de privilégier par moments l’entente et l’apaisement ; une ténacité qui ne confine jamais à l’opiniâtreté ; des égards, enfin, pour un adversaire capable, si nécessaire, de se transformer en associé, ou pouvant être admis comme tel. Si ce type de comportement commence à être représenté avec une telle régularité dans les échanges, cette fréquence fonctionne en complémentarité avec les prescriptions des traités et ce, à l’intention des lecteurs. Il n’est sans doute pas exagéré de dire que l’on attend de ces derniers qu’ils sachent à la fois se nourrir de toute cette matière et méditer ces représentations comportementales. De toute évidence, il paraît également possible de saisir les signes d’une réflexion sur les formes et les enjeux de l’interlocution. Les tentatives de conciliation ne relèvent pas uniquement du champ des bonnes manières, elles ne cessent de s’insérer dans une recherche de la vérité où l’on se ménage des pauses et des étapes, où l’on contracte des alliances et des accords, où enfin, l’on n’hésite pas à s’investir dans des rôles et des mises en scène. Par conséquent, si les dialoguistes se sont peu exprimés quant à leur conception du genre, c’est pourtant dans ces sortes de figures énonciatrices et dans ces méthodes argumentatives qu’il peut s’avérer fructueux de rechercher certaines composantes essentielles de la poétique du dialogue.
 
NOTES
 
[*]Nancy.
[1]Voir N. Elias, La civilisation des mœurs, Agora, Calmann-Lévy, Paris, 1973 (première édition 1939), p. 78-79.
[2]Ceci ne signifie pas qu’Erasme n’aborde pas la question de la parole à table, mais il s’agit plus de la manière de s’adresser à autrui pendant un repas que de mener une discussion. Voir aussi N. Elias, op. cit., p. 115-116.
[3]Selon le Trésor de la Langue française, les termes consensus et consensuel n’apparaissent en français respectivement qu’en 1866 et 1838. Pour ce champ sémantique, on relève dans R. Estienne, Dictionarium latinogallicum, p. 276 : conciliare avec le sens de « concilier, estre cause et moyen de la congnoissance et accointance de deux, ou plusieurs ensemble » ou conciliator avec le sens de « qui par sa parolle unit et conjoinct les uns aux autres, qui est moyen, conciliateur ». Dans le Thresor de la langue françoyse de Nicot (p. 422) figurent le terme moyenner cité dans l’expression moyenner accord entre les parties, et le substantif moyenneur qui sert à désigner l’individu (le Dictionnaire d’Huguet en donne par exemple une occurrence chez Calvin). Nous avons parfaitement conscience que notre utilisation du mot consensus peut prêter à discussion, mais celui-ci reste à notre sens le plus approprié pour qualifier les situations et les comportements conversationnels que nous étudions.
[4]Voir E. Kushner, « Le dialogue en France de 1550 à 1560 », Le dialogue au temps de la Renaissance, Touzot librairie-éditeur, Paris, 1984, p. 151-165.
[5]Bien qu’ils soient parus pour la première fois en 1565, leur rédaction est contemporaine des précédents ouvrages. En outre, Henri Estienne a fort bien pu s’en inspirer pour son propre texte. Voir l’introduction de P.-M. Smith, Deux Dialogues du nouveau langage françois d’Henri Estienne, Editions Slatkine, Genève, 1980, p. 25.
[6]Voir A. Pons, « Les fondements rhétorico-philosophiques des traités de savoir-vivre italiens du XVIe siècle », Traités de savoir-vivre italiens (I trattati du saper-vivere in Italia), études rassemblées et présentées par A. Montandon, Université Blaise-Pascal, Clermont-Ferrand, 1993, p. 173-189.
[7]Voir P. Rousselot, « Les conditions du langage politique : le point de vue de Cicéron », Bulletin de l’Association Guillaume Budé, octobre 1996, principalement p. 234-235.
[8]Voir les chapitres XXXVII et XXXVIII du De officiis, Livre I, texte établi et traduit par M. Testard, Les Belles Lettres, Paris, 1965. Toutes les références au texte cicéronien sont données dans cette édition.
[9]Op. cit., p. 175 : « si seriis, seueritatem adhibeat, si iocosis, leporem [...] ».
[10]Ibid., id. : « nec uero, tamquam in possessionem suam uenerit, excludat alios, sed cum reliquis in rebus, tum in sermone communi uicissitudinem non iniquam putet ».
[11]Ibid., id. : « Danda igitur opera est ut, etiamsi aberrare ad alia coeperit, ad haec reuocetur oratio, sed utcumque aderunt ; neque enim iisdem de rebus nec omni tempore nec similiter delectamur ».
[12]« Mais de même que l’on recommande à très juste titre, dans toute la vie, de fuir les passions, c’est-à-dire les mouvements excessifs de l’âme, qui ne sont pas conformes à la raison, de même la conversation doit être exempte de mouvements de ce genre : que n’y apparaisse point de colère ou de convoitise quelconque ou de paresse ou d’indolence ou que rien de tel ne s’y fasse jour : il faut avoir soin surtout de montrer à ceux que nous entretiendrons, un respect et une affection manifestes » (p. 175-176).
[13]« Obiurgationes etiam non numquam incidunt necessariae in quibus utendum est fortasse et uocis contentione maiore et uerborum grauitate acriore, id agendum etiam ut ea facere uideamur irati » (p. 176).
[14]Voir encore A. Pons, art. cit., p. 184-189. Pour un répertoire général de tous ces traités, voir Bibliographie des traités de savoir-vivre en Europe, 2 volumes, sous la direction d’A. Montandon, Association des publications de la Faculté des lettres de Clermont-Ferrand, 1995.
[15]Cette mutation de la dispute est remarquablement mise en valeur dans l’introduction de B. Sayhi-Périgot au Pourparler du Prince, in Etienne Pasquier, Pourparlers, édition critique, Honoré Champion, Paris, 1995, p. 289-292.
[16]Pour une présentation de cet ouvrage, voir M.-M. Fontaine, Quelques traits du cicéronianisme lyonnais : Claude Guilliaud, Florent Wilson, Barthélemy Aneau et Simon de Vallambert, Estratto da Scritture Dell’impegno Dal Rinascimento All’età Barocca, Gargnano, Palazzo Feltrinelli, 1994, p. 35-71.
[17]Vallambert ne manque pas de souligner sa dette à l’égard de Cicéron : « Haec autem initia quae damus, etsi mea dici possunt, quia ex dialogis Ciceronis in quibus dispersa sunt, collegi, et in ordinem atque artem contuli, tamen non ausim quicquam tale meum esse dicere. Ipsius enim Ciceronis verba ut composita sunt ita manere volui, quia meliora nemo invenire possit in Latino sermone, et ut plus auctoritatis et invitamenti studiorum habeat eis artis lectio qui voces exprimunt quem magno studio in scholis ediscuntur » (p. 11).
[18]Traduction : C’est en effet le propre des hommes qui ne recherchent pas la vérité par le débat mais qui suscitent l’aversion par leur ambition ou par leur désir de vaincre, et qui se font des ennemis de leurs amis. Avec plus de justesse assurément procèdent ceux dont la dispute menée avec distinction dans le domaine des lettres est fondée sur la façon de dialoguer de Cicéron, c’est-à-dire avec abondance, gravement, calmement et pacifiquement. Car la vérité ne doit pas être obtenue par des disputes et des paroles outrageantes, mais au contraire par des discussions douces et agréables. A moins que peut-être certains n’estiment en guise de raillerie que la vérité doive être arrachée des querelles, comme la rose de ses épines. Mais combien ceci ne tient pas convenablement, ils ne le voient pas. La répétition de recte dans le texte latin implique une idée de convenance, l’adverbe ayant été placé à deux endroits stratégiques du propos. Dans le premier cas [A], il permet de poser la référence cicéronienne comme éminente. Employé en guise de contrepoint la seconde fois [B], il contribue à déprécier ceux qui oseraient remettre en cause le bien-fondé des recommandations du maître.
[19]Traduction : Dans la dispute, la raison requiert aussi un esprit complètement doux et modéré ; cependant, dans tout débat, à cause du désir de vaincre, nous inclinons tous par nature à la passion et à la colère, plutôt qu’à la tranquillité et à la douceur de l’âme.
[20]Op. cit., p. 38 : « Sed in hoc genere haec praecepta tenere oportet, Ne incognita pro cognitis habeamus, hisque temere assentiamur. Diligenter autem argumenta cum argumentis comparemus. Nam omnibus in rebus temeritas in assentiendo errorque turpis est ».
[21]Ibid., p. 39 : « Si maior erit ille quicum disputas, eique vereberis contra dicere, tamen cavere oportebit ne assenteris potius quam assentiaris. Veritas enim defendetur suavi modo loquendi : et gratia benevolentiaque retinebitur opinione probitatis & constantiae. Acutissime sententias suas prudentissimeque defendere sine pertinacia fortitudo est : alienas non admiterre, aut ita oppugnere ut veniant in deditionem, victoria est ».
[22]Ibid., p. 43 : « Quamobrem disserentium inter se reprehensiones non sunt vituperandae : maledicta, contumeliae, tum iracundiae, contentiones concertationesque in dicendo pertinaces indignae philosophia mihi videri solent. Haec cum apud Ciceronem Velleius diceret, tunc Torquatus, Prorsus inquit, assentior. Neque enim disputari sine reprehensione, nec cum iracundia aut pertinacia recte disputari potest ».
[23]Traduction : Le défenseur confirmera ses idées et réfutera celles d’autrui, en restant exempt du soupçon d’opiniâtreté.
[24]Traduction : De temps en temps, il se comporte de façon plus humble et il supporte d’être contredit en ces termes : « Tu critiques bien et l’affaire se tient de cette manière-là. Moi en vérité, je choisis d’être réfuté, et ces points dont j’ai discuté, j’ai préféré les soutenir plutôt que de juger et je sais assurément que je pourrais facilement être vaincu par toi ».
[25]Le texte est cité d’après Le Galatée, premièrement composé en italien par J. de la Case et depuis mis en françois, latin, allemand et espagnol, traicté très utile et très nécessaire pour bien dresser une jeunesse en toutes manières et façons de faire louables, bien receues et approuvées par toutes gents d'honneur et de vertu, et propre pour ceux qui non-seulement prennent plaisir en la langue latine, mais aussi aux vulgaires qui pour le jourd'huy sont les plus prisés, J. de Tournes, Genève, 1609.
[26]Le texte est cité d’après La civile conversation, divisée en quatre livres..., traduit par G. Chappuys, J. Beraud, Lyon, 1579.
[27]Voir la Préface de M. Fumaroli à Anthologie, Art de la conversation, édition de J. Hellegouarc’h, classiques Garnier, Dunod, Paris, 1997, p. XXI.
[28]Nous choisissons cette abréviation pour désigner plus commodément le Dialogue de l’Ortografe e Prononciacion Françoese. Le texte est cité d’après l’édition de L. C. Porter, TLF, Droz, Genève, 1966.
[29]Voir par exemple op. cit., p. 83,102,107,117,118.
[30]Le texte est cité d’après l’édition critique de Panos P. Morphos, A study in Renaissance Scepticism and Relativism, The John Opkins Press, Baltimore, 1953.
[31]Sur les liens existant entre le débat et l’esbat, voir B. Périgot, « Le Babélisme des Dialogues de Guy de Bruès », Babel à la Renaissance, Actes du XIe colloque international de la société française d’étude du XVIe siècle, textes réunis par J. Dauphiné et M. Jacquemier, Editions InterUniversitaires, Mont-de-Marsan, 1999, p. 345.
[32]Art. cit., p. 345.
[33]Le texte est cité d’après l’édition de M. Gauna, TLF, Droz, Genève, 1981.
[34]Voir E. Kushner, « The Dialogue of Dialogues », The Dialogue in early Modern France (1547-1630), par C. H. Winner, 1993, p. 268.
[35]On ne reprend pas, dans cette étude, les passages où règne une cordialité quasi constante entre les deux interlocuteurs. Voir, entre autres, M. K. Bénouis, Le dialogue philosophique dans la littérature française du seizième siècle, Mouton, The Hague/Paris, 1976, p. 95-96 ; T. Peach, Nature et raison. Etude critique des Dialogues de Jacques Tahureau, Editions Slatkine, Genève-Paris, 1986, p. 70 ; C. Yandell, « The Dialogic Delusion. Jacques Tahureau’s Dialogues an the Rhetoric of Closure », The Dialogue in early Modern France (1547-1630), par C. H. Winner, 1993, p. 183.
[36]Op. cit., par exemple p. 44,97,111,131.
[37]Voir M. K. Bénouis, op. cit., p. 106 ; C. Yandell, art. cit., p. 164-169.
[38]Certaines répliques du Cosmophile n’en sont pas exemptes, mais le procédé y figure bien plus rarement. Op. cit., par exemple p. 83 ou p. 118.
[39]Pour des exemples supplémentaires, voir op. cit., p. 47,58,81,86,92,111,121.
[40]Le texte est cité d’après l’édition critique de P.-M. Smith, Editions Slatkine, Genève, 1980.
[41]Voir l’introduction de P.-M. Smith, op. cit., p. 26 ; l’avant-propos de N. Bingen, Philausone (1500-1660), Droz, Genève, 1994, p. 10.
[42]Le personnage de Celtophile met fort bien en valeur ce double rôle : « Je suis content d’estre vostre magister en cela, puisqu’il vous plaist m’appeler ainsi, mais vous n’avez pas eu si bon marché de moy, quant à cest office de magister, comme je l’ay de vous » (p. 267).
[43]Op. cit., par exemple, p. 236,259,332,410.
[44]« CEL. : C’est pour me faire despit que vous donnez un tel nom à un si sot langage. / PHIL. : Je ne vous penses pas si despiteux. / CEL. : Je ne vous estimois pas si fascheux. / PHIL. : Ce qui vous est fascherie m’est plaisir, de louer l’eloquence d’entre nous courtisans. / CEL. : Vrayement c’est une eloquence digne de grand’louange, celle qui eslourdit et estonne les oreilles. / PHIL. : Ouy bien les vostres qui ne sont pas façonnées, comme je vous ay desja dict par ci-devant. / CEL. : Je me doute que vous voulez dire que l’eloquence moderne courtisanesque requiert des oreilles aguerries. Mais vous n’avez pas osé trencher le mot. / PHIL. : Je le trencheray maintenant, et l’entendez comme vous voudrez. / CEL. : Autrement ne puis-je entendre ceci, sinon que ce soit une eloquence horrible, puisque pour la supporter il faut avoir les oreilles aguerries » (p. 106).
[45]On peut en relever d’autres exemples aux pages 139 ou 148.
[46]Nous nous contentons de renvoyer aux exemples. Op. cit., p. 92,96,110,220,302.
[47]« CEL. : Vous presupposez que je ferois scrupule d’user de ces mots italianisez, “charlatan” et “bouffon”, et si ainsi estoit, je serois bien empesché à vous respondre. Mais je ne suis pas si scrupuleux. Au contraire, je di qu’il y a certains cas esquels il est permis d’italianizer : sçavoir est quand on parle de choses qui ne se voyent qu’en Italie, ou pour le moins ont leur origine de là, et mesmes y sont plus frequentes, ou plus celebres, et y ont la vogue plus qu’en aucun autre pays, soit pour quelque perfection plus grande ou autrement » (p. 93).
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Traduction : Le défenseur confirmera ses idées et réfutera ...
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[24]
Traduction : De temps en temps, il se comporte de façon plu...
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[25]
Le texte est cité d’après Le Galatée, premièrement composé ...
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[26]
Le texte est cité d’après La civile conversation, divisée e...
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[27]
Voir la Préface de M. Fumaroli à Anthologie, Art de la conv...
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[28]
Nous choisissons cette abréviation pour désigner plus commo...
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[29]
Voir par exemple op. cit., p. 83,102,107,117,118. Suite de la note...
[30]
Le texte est cité d’après l’édition critique de Panos P. Mo...
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[31]
Sur les liens existant entre le débat et l’esbat, voir B. P...
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[32]
Art. cit., p. 345. Suite de la note...
[33]
Le texte est cité d’après l’édition de M. Gauna, TLF, Droz,...
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[34]
Voir E. Kushner, « The Dialogue of Dialogues », The Dialogu...
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[35]
On ne reprend pas, dans cette étude, les passages où règne ...
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[36]
Op. cit., par exemple p. 44,97,111,131. Suite de la note...
[37]
Voir M. K. Bénouis, op. cit., p. 106 ; C. Yandell, art. cit...
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[38]
Certaines répliques du Cosmophile n’en sont pas exemptes, m...
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[39]
Pour des exemples supplémentaires, voir op. cit., p. 47,58,...
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[40]
Le texte est cité d’après l’édition critique de P.-M. Smith...
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[41]
Voir l’introduction de P.-M. Smith, op. cit., p. 26 ; l’ava...
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[42]
Le personnage de Celtophile met fort bien en valeur ce doub...
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[43]
Op. cit., par exemple, p. 236,259,332,410. Suite de la note...
[44]
« CEL. : C’est pour me faire despit que vous donnez un tel ...
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[45]
On peut en relever d’autres exemples aux pages 139 ou 148. Suite de la note...
[46]
Nous nous contentons de renvoyer aux exemples. Op. cit., p....
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[47]
« CEL. : Vous presupposez que je ferois scrupule d’user de ...
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