2001
Revue d'Histoire Littéraire de la France
NOTES ET DOCUMENTS
Le Portefeuille de Madame de Villedieu : édition originale et réimpressions des Oeuvres meslées au XVIIe siècle
Rudolf Harneit
[*]
Jusqu’à présent, on ne connaissait qu’une seule édition parue au XVIIe siècle de cette nouvelle très curieuse de Mme de Villedieu, sous l’adresse de L. Machuel, Rouen, 1674 (comme
première partie de ses Œuvres meslées avaient eu peu de succès, des recherches bibliographiques systématiques ont mené à un résultat tout autre : l’édition originale de Barbin, en
trois parties dont les deux premières datées 1664 (ce qui demande des explications), une première réédition lyonnaise de Muguet (1674), l’édition « rouennaise » s’avérant contrefaçon
lyonnaise peut-être antidatée (selon les critères de la bibliographie matérielle), un privilège de
1681 pour une nouvelle édition (augmentée des Fables, projet réalisé dans deux éditions
lyonnaises de 1702 et 1712), une édition d’Amaulry (Lyon, 1691), rééditée par H. Baritel en
1696, témoignent d’un intérêt continu. Et des exemplaires de toutes ces éditions se trouvent
dans des bibliothèques françaises et (en partie) étrangères.
La publication tardive, en 1997, d’un volume de Nouvelles du
XVIIe siècle dans la « Bibliothèque de la Pléiade » (Introduction par Jean
Lafond, édition publiée sous la direction de Raymond Picard et de Jean
Lafond assisté de Jacques Chupeau) a le grand mérite d’offrir aux lecteurs
cultivés s’intéressant aux œuvres classiques, mais également friands de
nouveautés, un grand choix de textes peu connus (et difficilement accessibles), parmi lesquels quelques récits tout à fait originaux de Madame de
Villedieu. Les éditeurs, qui ont même pensé à présenter, en Appendice,
« La nouvelle au miroir de la critique » de leur époque, ont pris soin
d’ajouter (ou de faire ajouter par des collaborateurs spécialisés reconnus),
pour chaque auteur, une Notice, une Bibliographie, une Note sur le texte
et des Notes. Le volume de Nouvelles du XVIIe siècle constitue donc aussi
(et pour longtemps) un sérieux et agréable instrument de travail pour
l’historien de la littérature.
Alors que l’excellente « Notice » sur la vie et l’œuvre multiforme de
Madame de Villedieu née Marie-Christine Desjardins, morte Madame de
Chaste (1640-1683), est très informative, quelques incertitudes subsistent
sur les premières éditions et leur diffusion au XVIIe siècle. Pour Les
Désordres de l’amour dont les trois dernières parties sont intégrées dans
le volume de la Pléiade, nous avons publié les résultats de nos recherches
bibliographiques dans un article du Bulletin du bibliophile 2000, p. 101-138. Pour Le Portefeuille, nouvelle ou petit roman épistolaire galant plus
proche de Crébillon fils que de Guilleragues (les Lettres portugaises tant
émouvantes avaient paru en 1669), les spécialistes ont supposé que, le
texte ne pouvant être antérieur à 1674 (on y parle de la mort récente de
Chapelain, survenue le 22 février 1674), la première édition connue des
Œuvres meslées de Madame de Villedieu en constitue l’édition originale.
« En raison, probablement, de ses dimensions réduites, la nouvelle ne doit
pas avoir été publiée séparément ; elle s’inscrit dans un ensemble plus
compact qui réunit, sous le titre d’Œuvres mêlées, des écrits divers, assez
brefs, en tête desquels figure Le Portefeuille. La plus ancienne édition de
ce volume date de 1674, est donc exactement contemporaine de l’action
narrée dans la nouvelle ; elle a été procurée par Laurens Machuel, à
Rouen; il existe un exemplaire de cette édition à la bibliothèque municipale de Lyon […]. A l’inverse des autres romans de Mme de Villedieu,
souvent réédités, Le Portefeuille ne semble pas avoir connu un grand succès au XVIIe siècle. En effet c’est seulement en 1702 que sera rééditée la
nouvelle dans l’édition collective de Marie Cochard, veuve Barbin (au
tome II, p. 1-82) et dans celle que Dominique Desclassan publie la même
année, à Toulouse (tome [VI], p. 107-168) » (Jean-Paul Homand, p. XXI de
son édition universitaire du Portefeuille, « Textes littéraires », vol. XXXI,
University of Exeter, 1979). Tandis que M. Homand a établi le texte
de son édition sur celui de l’édition Vve Barbin de 1702, trouvant les
deux versions « rigoureusement semblables, à l’exception de quelques
variantes peu importantes », Micheline Cuénin, auteur de la Note sur le
texte dans le volume de la Pléiade, reproduit le texte « de la première édition, la seule d’ailleurs parue du vivant de l’auteur, imprimée à Rouen »
(p. 1490).
En fait, cette édition des Œuvres meslées de Madame de Villedieu,
dont des exemplaires se trouvent également à Munich et à Tübingen, n’est
ni une impression rouennaise — il s’agit d’une contrefaçon lyonnaise —
ni même la première copie de l’édition originale.
Le 13 février 1676, Claude Barbin a dû remettre auprès de la
Communauté des libraires les exemplaires dus à la Chambre pour 80 de
ses publications, parmi lesquelles beaucoup en plusieurs volumes ( BNF
Ms. F. fr. 21943 fol. 87 v°). La liste des titres remis contient douze
ouvrages de Mlle Desjardins ou Mme de Villedieu, dont deux seulement,
pour les distinguer de titres similaires, avec le nom de l’auteur. Il s’agit de
livres publiés de 1668 à 1675, énumérés dans un ordre arbitraire, mélangés parmi des ouvrages d’autres auteurs. En voici les titres : « Cléonice ou
Roman galant / Nouvelles Affriquaines 2 vol. / Memoires de Silvie de
Moliere 6 vol. / Œuvres Meslées de Me Villedieu / Les Amours des grands
hommes 4 vol. / Journal Amoureux 6 vol. / Les Desordres de l’amour / Les
Galanteries grenadines / Lettres galantes… idem des Iardins / Billets
galants / Fable Allégorique / Les Exilés 4 vol. ». Denys Thierry, syndic de
la Communauté des libraires, remettra quatre volumes d’Annales galantes
le 23 avril 1676 (fol. 93 r°).
Le nom d’auteur ajouté au titre d’Œuvres meslées (de Me Villedieu)
sert à les distinguer de celles de Saint-Evremond (Œuures Meslées de
stœuuremont 5 vol.) enregistrées un peu plus haut. L’on sait que les textes
publiés (à partir de 1668) sous ce titre furent un des plus grands succès de
Claude Barbin. Et il y a de fortes chances que ce soit justement pour cette
raison que l’éditeur a proposé ou repris ce titre pour les nouveaux manuscrits de Madame de Villedieu. D’ailleurs ces trois textes, une nouvelle tout
à fait moderne (l’action se déroulant durant l’hiver dernier) en forme de
lettres réunies dans un portefeuille perdu, trouvé par l’auteur au Jardin des
Simples à Paris, un échange de lettres en prose et en vers entre un
« Monsieur de *** » et « Madame de Villedieu » sur l’amour et, dans la
troisième partie, un riche choix de poésies, billets, lettres, etc., dont la
plupart inédits (les pièces reprises, p. ex. les cinq églogues et les deux élégies du Recueil de poesies de 1662, ont été remaniées et augmentées de
quatre nouvelles élégies). Cette troisième partie a été remplacée dans
l’édition Vve Barbin des Œuvres de Madame de Villedieu en 1702 par la
plus grande partie du texte du Recueil de Poesies de Mademoiselle
Desiardins. Augmenté de plusieurs Pieces & Lettres de 1663/1664.
D’ailleurs il aurait été difficile de trouver un meilleur titre pour ces
trois textes. Seul le titre du premier, Le Portefeuille, aurait pu servir pour
une édition séparée (le texte étant plus long que celui des nouvelles
Anaxandre ou Lisandre). Les deux autres parties des Œuvres meslées
n’ont pas de titre à part. L’auteur ou l’éditeur auraient dû revenir à des
titres déjà employés : Lettres et billets galants (1668), Recueil de quelques
lettres (ou relations galantes) (1668), Nouveau recueil de quelques pièces
galantes (1669), Recueil de poesies [Lettres] diverses (tel est le titre des
premières pièces de l’édition de ses Oeuvres en 1664 tel que l’auteur se le
rappelle dans le « Catalogue des ouvrages composés par Mme de
Villedieu tant sous le nom de Mlle Desjardins que sous celui qu’elle porte
à présent » (fin du tome VI du Journal amoureux, 1671).
En tous cas, il est sûr que l’édition originale des Œuvres meslées, et
donc du Portefeuille, a été publiée par Claude Barbin, à Paris, et non à
« Rouen », comme on a cru jusqu’à présent. L’article nécrologique du
Mercure Galant, en novembre 1683, nomme expressément Les Œuvres
mêlees parmi les ouvrages « qu’elle a donnés au public » et que « le sieur
Barbin […] a imprimés ».
Un bel exemplaire complet, en trois tomes (reliés en un volume), de
cette édition se trouve à la Bibliothèque municipale de Châlons-en-Champagne (cote : AF 22111). Un autre exemplaire du premier tome se
trouve à la Bibliothèque municipale de Caen (cote : Mancel 1224 [« de la
bibl. Tony Genty »]). Mais il y a une surprise qui pourrait déconcerter le
lecteur d’aujourd’hui : c’est que les deux premières parties sont datées
1664 au lieu de 1674. Il n’y a que le troisième tome qui est daté M. DC.
LXXIV. Simple erreur ? Puisque le texte de l’édition Barbin est en principe conforme à celui de l’édition « rouennaise » et que le passage consacré à la mort du « pauvre Chapelain » (passage qui a servi depuis Bruce
Morrissette et Micheline Cuénin à la datation de la composition de cet
ouvrage) s’y trouve de même (p. 175), il y a une divergence évidente entre
la page de titre datée 1664 et le texte (mort de Chapelain en 1674).
Autrement dit : la date de l’édition originale ne peut pas être juste, doit
avoir été manipulée. Pourquoi ? Serait-ce un pur hasard que M. DC.
LXIV. est justement la date de la première édition des Œuvres de
Mlle Desjardins ? (Edition bien attestée qui consiste en une page de titre
supplémentaire à l’adresse de Gabriel Quinet et une table des pièces non
encore vendues réunies et reliées en un volume. Quinet et Barbin s’associaient mutuellement aux privilèges.) Barbin voulait-il faire croire, en
1674, que les Œuvres meslées étaient, pour la plus grande partie, les
Œuvres de 1664, dont il avait les droits de privilège ?
Toutefois, il y a encore une autre particularité : comme en 1673 lors de
la publication des Nouvelles afriquaines, ni l’auteur ni l’éditeur n’ont
demandé et obtenu un « privilège ». Les Nouvelles afriquaines et les
Œuvres meslées ont été publiées « Avec Permission », autorisation moins
coûteuse que le privilège mais qui avait le désavantage de ne pas empêcher les réimpressions hors de Paris. Le texte de ces « permissions » n’est
pas reproduit dans les deux ouvrages (ce qui ne doit pas avoir été illégal,
les règlements ne devenant plus stricts qu’en 1684).
ŒVVRES | MESLE’ES, | DE MADAME | DE VILLEDIEU. | (fl.) | A PARIS,
| Chez CLAUDE BARBIN, au | Palais, sur le second Perron | de la Sainte-Chapelle. ||
M. DC. LXIV. | Avec Permission.
SECONDE | PARTIE | DES | OEUVRES MESLE’ES, | DE MADAME | DE
VILLEDIEU. | (fl.) | [même adresse] | M. DC. LXIV. | Avec Permission.
TROISIESME PARTIE | DES | ŒVVRES | MESLE’ES, | PAR MADAME | DE
VILLEDIEU. | (fl.) | [même adresse] | M. DC. LXXIV. | Avec Permission.
3 parties in-12 (14 × 8 cm, rongées) : [ii] 227 pp., sign. : [ ]1. A-T8/4 V2 (iiij/iij);
[ii] 195 pp., sign. : [ ]1. II. Partie. A-Q8/4 R2 (iiij/iij) ; [ii] 242 pp., sign. : [ ]1. III.
Partie. A-T8/4 V4 (iiij/iij; Vij); récl. cahier (16,24).
L’emploi des ornements typographiques renvoie à l’imprimerie de Denys II
Thierry, qui avait procuré avec le même matériel les éditions des Lettres portugaises (1669) et des Valentins (1668) de Guilleragues pour Claude Barbin qui, lui,
était libraire mais non pas imprimeur.
C’est avec cette Permission qu’a argumenté, à Lyon, un intéressé prudent pour demander à son tour une « permission » de réimprimer cet
ouvrage : « Veu la Requeste de Floris Martin, Maître Imprimeur ; A ce
qu’il luy soit permis d’imprimer les Oeuvres meslées de la Dame de Ville-Dieu, qui ont esté imprimées à Paris, chez Claude Barbin, sans Privilege
particulier. / Je consens pour le Roy à l’impression requise, avec les
defences [sic] en tel cas requises, pour deux années. / A Lyon, ce 16 May
1674. / VAGINAY. // Soit fait suivant les Conclusions du Procureur du Roy.
A Lyon, ce 2. Iuillet 1674. / DE MEAUX ». Fleury Martin, à son tour, a
vendu sa Permission à un libraire lyonnais : « Ie cede à Sieur Claude
Muguet, Marchand Libraire à Lyon, les Permissions cy-dessus, pour en
joüir le temps porté. A Lyon, ce 3. Iuillet 1674. / MARTIN ». L’édition
légale de Muguet ne peut donc avoir été mise en commerce avant juillet
1674. De cette édition aussi un exemplaire complet se trouve dans une
bibliothèque municipale française, à Grenoble (cote : E 18894). Ici, les
deux premiers tomes de l’édition parisienne sont réunis en un volume
avec pagination continue, le troisième formant le deuxième volume lyonnais. De ce dernier la Biblioteca Trivulziana de Milano garde un second
exemplaire (provenant de Pavie, ex libris ms. : C[onte] d’Este di
Belg[ioio]so; cote : Triv. M. 1573).
OEVVRES | MESLE’ES, | DE MADAME DE VILLEDIEV | (vign.) | A LYON,
| Chez CLAUDE MUGVET, ruë | Merciere, au bon Pasteur. || M. DC. LXXIV. |
AVEC PERMISSION.
[p. 99 :] SECONDE | PARTIE | DES OEUVRES MESLE’ES | DE MADAME
| DE VILLEDIEY | (vign.) | [même adresse etc.]
TROISIE’ME PARTIE | DES OEVVRES MESLE’ES, | PAR MADAME DE
VILLEDIEV | (vign.) | A LYON, | Chez CLAVDE MUGVET, ruë | Merciere, au
bon Pasteur. || M. DC. LXXIV. | Avec Permißion.
2 vol. in-12 (14 × 7,2 cm) : 192 pp. (Le Portefeuille p. 3-98; titre Seconde
Partie; Lettre de Monsieur de*** p. 101-192), sign. : A-H12 (A iiij, B v [iiij mq.],
C vj, D v, E-F vj [iiij mq.], G iv, v, H2, iij, iv, - vj ; récl. cahier : 24,48 etc.), et
’149’(1) [i.e. 179 - après 174 il y a 2 145-149] pp., sign. :A-P8/4 (A v, B ij etc. avec
des irrégularités ; récl. cahier : 16,24). Édition riche en ornements typographiques.
C’est probablement cette édition légale lyonnaise qui a incité un autre
éditeur lyonnais à préparer une nouvelle édition. Puisque Claude Muguet
était en possession d’une permission garantie, son concurrent trouva un
expédient (non pas légal mais bien connu) : il publia sous une fausse
adresse, à savoir Laurens Machuel, à Rouen... Il n’y a donc rien de surprenant qu’un exemplaire de cette édition se trouve à Lyon, chez les
Jésuites d’abord, à la Bibliothèque municipale maintenant (cote : 345
963). Les deux autres exemplaires connus, celui de la Bayerische
Staatsbibliothek de Munich (cote : P.o.gall. 2203n, zusammengeb.) et
celui de la Bibliothèque universitaire de Tübingen (cote : Dk VI 9), n’ont
rien d’extraordinaire non plus : les libraires lyonnais travaillaient pour une
bonne part pour l’exportation.
OEVVRES | MESLE’ES, | DE MADAME | DE VILLEDIEV, | Premiere
[Seconde, Troisieme] Partie. | (fl.) | A ROVEN, | Chez LAVRENS MACHVEL, au haut
| de la ruë Escuyere, à l’Image S. Iean. || M. DC LXXIV.
2 tomes in-12 en 1 vol. (14,2 × 8,0 cm) : [ii] 175 (3 bl.) pp. (Le Portefeuille p.
1-91; titre Seconde Partie; Lettre de Monsievr de *** p. 95-175) et [ii] 151 (1 bl.)
pp. (Troisieme Partie); sign. : [ ]1 A-G12 H6 (A-G5, H3) et [ ]1 A-F12 G4 (A-F6, G3) ;
récl. en fin de cahier. Une Permission n’est même plus annoncée. Édition sans
ornements typographiques dans le texte.
Les dates en chiffres romains penchés sont un premier indice pour l’origine lyonnaise. Les bandeaux à la fleur de lis aux initiales I DC [Jacques Du
Creux, actif à Lyon entre 1607 et 1652], p. 1 et 95 du premier tome et p. 1
du second, et le panier de vannerie sans anse des fleurons des titres se
retrouvent en 1697 sur le Testament de MR D’Alex, Eveque et Prince de
Geneve, Lyon, Marcelin Gautherin (BM Lyon 361 343). Ce fleuron a été
employé aussi pour une contrefaçon de la sixième partie des Mémoires de
la Vie d’Henriette-Sylvie de Molière (de Madame de Villedieu), « Sur
l’Imprimé » de Claude Barbin (avec son adresse parisienne et la date de
1674). L’exemplaire de cette édition (BM Châlons-en-Champagne : AF
233972 ) est relié avec une cinquième partie du même ouvrage signé « A
LYON, | Chez ESPRIT VITALIS, | ruë Merciere. | M.DC LXXXV. | AVEC
PERMISSION » (AF 233971 ). Ces deux tomes qui emploient un beau bandeau identique ont certainement été vendus ensemble, étant donné qu’ils
constituent la suite des tomes I à IV, ceux-ci composés également d’exemplaires à l’adresse lyonnaise (I et III), datés 1684, et parisienne (II et IV),
datés 1672 (sans l’addition « sur l’imprimé ») (BM Châlons : AF 23395 et
23396). Apparemment le libraire disposait d’exemplaires « parisiens » et
lyonnais en même temps — qu’il pouvait vendre selon le goût de ses
clients. Dans ce cas, on peut présumer que la contrefaçon a été faite en 1684
(comme le disent les pages de titre des première, troisième et cinquième
parties). Pour les exemplaires à l’adresse de Barbin, on donnait l’année de
l’édition originale parisienne. Connaissant les pratiques des contrefacteurs,
on ne peut même être sûr que l’édition « rouennaise » des Œuvres meslées
a été faite en 1674. Elle est peut-être antidatée.
D’après l’« Exrait du Privilege du Roy, donné à Versailles le 24.
Juillet 1681 », il a été « permis à ***** de faire imprimer un ouvrage intitulé. Les Œuvres meslées, de Mademoiselle de Ville-dieu, avec les Fables.
En un ou plusieurs Volumes, par tel Imprimeur qu’il voudra choisir,
durant le tems de six années. | Registré sur le Livre de la Communauté des
Libraires & Imprimeurs de Paris le 7. Octobre 1681 » (cité d’après l’édition Lyon, Baritel l’aîné, 1712, des Nouvelles Œuvres meslées). Un exemplaire de cette édition (si elle a jamais paru) n’est pas connu.
A ces trois (ou quatre) premières éditions s’ajouteront d’autres réimpressions lyonnaises :
NOUVELLES | ŒUVRES | MESLE’ES, | DE MADAME | DE VILLE-DIEU |
A LYON, | Chez THOMAS AMAULRY | Libraire, ruë Merciere, au | Mercure Galant.
|| M. DC. XCI. | AVEC PRIVILEGE DU ROY. (Le texte du Privilège n’est pas
reproduit.)
In-12 (14,4 × 8 cm) : 308 (i.e. 310 ; 252/253 sont suivies de 2 252/253) pp.,
sign. : A-M12 N12 (iiij, v, vj), récl. cahier (24,48). Le Portefeuille : p. 3-90, Seconde
Partie : 91-168, Troisiéme Partie : 169-’308’.
Ex. : BM Marseille (44.810 ; ex libr. ms. : Pinotel curé de la cathed[drale]), BM
Montpellier (Fa L 1534), BM Toulouse (Fa D 10505) ; Newberry Library Chicago
/ Illinois (Case Y 762. D 442).
NOUVELLES | ŒUVRES | MESLÉES | DE MADAME | DE VILLE - DIEU.
| A LYON, | Chez HILAIRE BARITEL, ruë | Merciere, à la Constance. || M. D. C.
XCVI. | AVEC PERMISSION.
(Au colophon : « A Lyon, De l’Imprimerie de Cesar Chappuis »; le texte de la
Permission n’est pas mis, mais il est connu par l’édition Baritel de 1712 : « atendu
(sic) que le Privilege accordé pour six années, le 24. Juilllet 1681. Est expiré, Veu
led. Privilege. Je consens pour le Roy à la Permission requise. A Lyon le 12. Juillet
1696. VAGINAY. »)
In-12 (15 × 8 cm) : 308 pp., sign. : A-M12 N11 (iiij, v).
Ex. : BM Toulouse (Fa D 10503)
NOUVELLES | ŒUVRES | MESLE’ES | DE MADEMOISELLE | DE VILLE-DIEU, | En Prose & en Vers, avec ses Fables | Choisies & Allegoriques. | Le tout
divisé en quatre Parties. | (fl.) | A LYON, | Chez JACQUES GUERRIER, vis à vis | le
grand College. | M D CC II. | AVEC PERMISSION.
2 parties en 1 vol. in-12 : [ii] 190 pp., 154 pp., sign. : [ ]1. Tome I. A-G12 H11 (iiij,
v), [ ]1. Tome II. A-F12 G5 (G ij) ; récl. cahier (24,48). Le Portefeuille : T. I p. 1-71,
Seconde Partie : p. 73-135, Troisieme Partie : p. 137-190 et T. II p. 1-68, (IVe Partie :] Fables ou Histoires allegoriques : p. 69-154 (23 fables au lieu de 8 de l’édition originale de 1670). Les p. 1 à 13 du t. II offrent des textes d’authenticité douteuse. (La Permission n’est pas reproduite.)
Ex. : Bibl. de l’Arsenal, Paris (Rf. 7.360).
NOUVELLES | ŒUVRES | MELE’ES | DE MADEMOISELLE | DE VILLE -
DIEU, | En Prose & en Vers, avec | ses Fables Choisies, | ET | ALLEGORIQUES, |
DEDIÉES AU ROY, | Le tout Divisé en quatre parties & en | deux Tomes. | TOME
PREMIER, [TOME SECOND.] | (fl.) A LYON, | Chez BARITEL l’aîné. ||
M. DCC. XII. | AVEC PERMISSION.
2 tomes en 1 vol. in-12 (14,5 × 8 cm) : 308 [en fait, 330] et 116 (2) pp., sign. :
Tome I. A-K12 (iiij, v, vj), L2. Tome II. L*, L2-12, L3-12, M-N12, A-E12, récl. cahier (24,
48). Le Portefeuille : T. I p. 3-90, Seconde Partie : p. 91-168, Troisième Partie :
p.169-242 et T. II Suite de la troisieme Partie : p. 243-266,2 245-264,3 263-264,
267-308. (IVe Partie :] FABLES, | ou | HISTOIRES | ALLEGORIQUES : 116 pp.
Edition peu soignée qui reprend les textes insérés dans l’édition Guerrier 1702
(les p. 1-13 du t. II correspondant aux p.1 243-263) et y ajoute une douzaine
d’autres pages qui ne sont certainement pas de Mme de Villedieu (p. 264-2 254, en
fait « 276 »).
C’est à la fin du tome II de cette édition (qui fait partie d’une deuxième série
lyonnaise des Œuvres de Madame de Ville-Dieu : 14 ouvrages en 19 volumes, datés
1696 à 1712) qu’on trouve le texte du privilège de 1681 et de la permission de 1696.
Ex. : Médiathèque d’Arles (Fa AA 5827), BNF Paris (Y2 73379-80) ; Bibl.
Royale de Copenhague (Rare Book Department 172II, - 244 (nr. 4498)), Bibl.
Comunale Passerini-Landi Piacenza ((L) I. I.43), Bibl. Civica Centrale Torino (Coll.
110 F 32).
Nous espérons avoir pu montrer que les Œuvres meslées ont eu leur
place parmi les ouvrages appréciés de Madame de Villedieu au siècle de
Louis XIV. Comme pour Les Désordres de l’amour, ce sont les libraires
lyonnais qui ont assuré une diffusion continue. Le fait que le nombre
d’exemplaires attestés des différentes éditions est assez restreint ne prouve
pas que ces livres aient été peu lus ou que leur diffusion ait été empêchée.
Ce qui compte c’est le nombre des (ré)éditions, qui n’auraient pas été
faites si les libraires n’avaient pas cru à leur succès. Comme on l’a vu,
J. Guerrier (1702) et Baritel l’aîné (1712) n’ont pas hésité à enrichir leurs
éditions de textes qui ne sont pas de Madame de Villedieu et à offrir en
prime une nouvelle édition augmentée des Fables. Les clients vivant loin
de la capitale voulaient participer à la vie littéraire et ce sont les libraires
de province qui permettaient aux intéressés en France et ailleurs de se
procurer à peu de frais les livres dont on parlait.
En ce qui concerne Le Portefeuille, on le trouvait en tête de toutes ces
éditions. Dans le volume de la « Pléiade » de Nouvelles du XVIIe siècle, le
texte couvre 40 pages, dans l’édition originale de Barbin, 227.
L’éditeur parisien n’a rien négligé pour offrir un petit livre agréable à
son public exigeant de la capitale. Le premier tome contenant Le Portefeuille est suivi de la Seconde partie des Œuvres Meslées de Madame de
Villedieu offrant en 195 pages la correspondance de Monsieur de *** et
Madame de Villedieu. Dans la réimpression lyonnaise de Claude Muguet,
ces deux textes forment le premier tome des Œuvres meslées, p. 3-98 et
101-192, dans celle de « Laurens Machuel, Rouen », les pages 1-91 et 93-151. Dans les éditions Amaulry 1691 et Baritel 1696, Le Portefeuille se lit
aux p. 3-90 et la correspondance aux p. 91-168. Dans les éditions parisiennes des Œuvres de Madame de Villedieu (1702,1721 et 1741) ces
textes se trouvent au second volume, p. 1-82 et 83-158; dans l’édition
toulousaine de Desclassan de 1702, aux p. 107-168 et 169-223 du sixième
et dernier tome. L’édition séparée la plus serrée est une autre réimpression
lyonnaise (Jacques Guerrier, 1702) avec 71 pages pour le Portefeuille et
63 pour la correspondance. Ce que toutes ces éditions ont en commun
c’est leur petit format. Seule l’édition originale de Barbin obéit à une
autre esthétique de la présentation : beaucoup de pages en caractères relativement grands, ornées de bandeaux et de culs-de-lampe. Claude Muguet
s’efforce encore de l’imiter pour la richesse des ornements. Mais tous les
autres libraires se contentent de donner juste le texte.
[*]
Université de Hambourg, Allemagne.