Littérature et enseignement : la réduction polymathique
Sylvain Menant
Pour introduire un ensemble d’articles consacrés à la place de la littérature dans l’enseignement, l’auteur souligne l’actualité du débat sur cette question, mais aussi son ancienneté,
qui contribue à sa complexité, l’histoire laissant des traces profondes dans la pensée collective et dans les méthodes. Il montre comment au XVIIIe siècle la littérature n’est admise dans
les programmes de formation qu’à condition d’être soumise à une harmonisation et à une
normalisation. Ce traitement crée, à partir du foisonnement des textes, des séries, les séries
pédagogiques ainsi forgées étant d’autant mieux acceptées qu’elles ne constituent qu’un cas
particulier du phénomène sériel qui est un aspect majeur de la littérature d’Ancien Régime.
Ces analyses sont corroborées par l’expérience des écrivains modernes qui se retournent vers
leur passé : si la littérature mérite sa place dans l’enseignement pour de profondes raisons, ce
n’est pas la littérature que sert l’enseignement de la littérature. La polymathie, cette méthode
ancienne d’étude des textes qui en faisait le prétexte d’un enseignement encyclopédique, est
emblématique de l’effet réducteur qu’entraîne tout enseignement de la littérature.