Accueil Revues Revue Numéro Article

Revue d'histoire littéraire de la France

2002/4 (Vol. 102)


ALERTES EMAIL - REVUE Revue d'histoire littéraire de la France

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 645 - 679 Article suivant

Women’s writing in the French Renaissance. Proceedings of the Fith Renaissance Colloquium 7-9 July 1997, edited by PHILIP FORD and GILLIAN JONDORF. Cambridge, Cambridge French Colloquia, 1999. Un vol. de 243 p.

1

Ce volume varié présente quatorze contributions de qualité qu’unit la volonté d’évaluer les conditions de l’expression et de la représentation des femmes dans les œuvres littéraires de la Renaissance en France. Les auteurs féminins investissent la prose, la poésie mais aussi le domaine de la dévotion et de la littérature spirituelle selon des modalités à chaque fois différentes. Balisées dans l’horizon des genres contemporains et renforçant le discours chrétien traditionnel, les œuvres de Gabrielle de Bourbon (Petit traicté et Le voyage spirituel) ne présentaient aucune menace pour l’institution masculine mais s’en démarquaient cependant par l’accent mis sur la dimension affective de la foi et sur le bonheur qui l’accompagne, exprimé par la ferveur, l’espoir et la vertu heureuse. Cinq illustrations tirées des manuscrits des œuvres citées représentent les allégories utilisées par Gabrielle de Bourbon et à partir desquelles Jennifer Britnell reconstitue les présupposés théologiques de l’auteur.

2

S’interrogeant sur la place qu’occupe la femme dans la mémoire masculine poétique et à partir d’exemples empruntés à Ronsard, John O’Brien montre que, évoquée en termes d’oubli et de perte, la femme est rapidement évacuée de la scène poétique pour faire place à la jouissance narcissique du poète devant la découverte de son existence esthétique. Cette attitude n’est pas propre à Ronsard mais emblématique de l’amnésie collective qui frappe les poètes masculins précisément au moment où ils travaillent à l’évocation de la femme. Mais les femmes ne se font pas pour autant justice : à partir des Angoisses douloureuses d’Hélisenne de Crenne, J. O’Brien explique que leur auto-représentation passe d’abord par le rappel de leur exclusion. Elles sont ainsi vouées à se faire d’abord l’écho d’une tradition masculine qui, bien qu’inadaptée et dénoncée comme telle, continue néanmoins à régir leur représentation. Emma Tyler analyse l’image négative que les Contes amoureux donnent de la femme et évalue le message potentiel adressé au lecteur.

3

Si Jeanne Flore est un pseudonyme, se demande Marguerite Briet, à qui donc attribuer les Contes amoureux ? Est-il pensable qu’un homme les ait publiés sous un pseudonyme féminin ? Si la parité est respectée quant au nombre des personnages féminins et masculins, leur traitement et les fonctions qu’ils assument, différent en fonction du sexe. Ainsi, les Contes proposent une représentation fictionnelle des idées préconçues sur les femmes, doublée de la satire des modèles traditionnels de l’amour masculin. Les Contes amoureux représentent les femmes endurant en silence l’oppression d’une société discriminatoire qui multiplie les obstacles à l’expression personnelle en n’accordant de crédit qu’aux préjugés.

4

Les trois analyses suivantes sont consacrées à l’Heptaméron. Mary Mc Kinley enquête sur sa dimension spéculaire afin d’y déceler d’éventuelles traces de fabrication. Marguerite est fréquemment représentée comme figure d’autorité et sans remettre en question sa responsabilité d’auteur, mais au vu de la variété des procédures auctoriales recensées à la Renaissance, M. Mc Kinley se demande si l’Heptaméron ne résulterait pas d’une entreprise collective associant l’entourage immédiat de Marguerite. Liz Guild tente de sérier les attitudes des devisants selon leur sexe quant au désir et à l’amour. Elle note que, loin de dissiper l’ennui, le débat s’enlise souvent dans des impasses éthiques qu’elle impute au refus des devisants de reconnaître la complexité de la relation entre la subjectivité de la femme, le désir et la langue. Par ailleurs, en prêchant l’amour chrétien, les devisantes feraient obstacle à la tenue d’un débat véritable. Gerard Sharpling étudie les différentes images qui apparaissent dans l’Heptaméron et montre qu’elles participent à sa nature plurielle et incitent le lecteur à opter pour une interprétation sub-jective et ouverte. Refusant les conclusions catégoriques, pour éviter le piège du didactisme stérile, Marguerite entraîne le lecteur dans une enquête éclairée, satirique mais aussi détachée, sur les multiples comportements de l’homme, montrant que la réalité physique est transcendée par une spiritualité plus substantielle.

5

Louise Labé à qui sont consacrées quatre contributions, apparaît comme la plus féministe des « auteures » en revendiquant l’accès des femmes au savoir et en illustrant par son œuvre leur capacité littéraire. François Rigolot et Daniel Martin resituent Louise Labé dans le contexte lyonnais et enquêtent sur l’origine de sa notoriété. F. Rigolot retrace les coïncidences historiques et les motivations politiques responsables du « phénomène Louise Labé », véritable Sappho lyonnaise. Pour D. Martin, Louise concilie dans ses œuvres les tendances marotiques et ronsardiennes. Son succès confirme la légende qu’avec l’appui de la communauté littéraire lyonnaise, elle élabora. Jean Braybrook et Judith Sproxton analysent le Débat de Folie et d’amour, J. Braybrook y explore plusieurs dimensions du langage : sa fonction créatrice et sa capacité à transformer les sentiments amoureux en narrations, poèmes et chansons, sa signification sociale ainsi que ses dimensions morale et légale. J. Sproxton analyse l’attitude d’auto-dérision qu’adopte Louise dans ses sonnets et considère que la conception de l’amour qu’elle développe dans le Débat en est la source. De la galerie des femmes traditionnellement évoquées pour illustrer le sexe féminin, Gisèle Mathieu-Castellani étudie plus précisément le cas de Cornélia et ses exploitations différentes selon les besoins de l’époque. Si l’Antiquité l’invoque pour privilégier l’image de la maternité, la Renaissance en revanche, souligne ses qualités d’éloquence et d’érudition, célébrant ainsi la femme qui, à l’instar de Louise Labé, se pare des œuvres qu’elle enfante.

6

La féminisation de la dévotion, qu’encourage Marguerite de Navarre et qui influencera le style de François de Sales, s’exprime, selon Gary Ferguson, dans la douceur du style de Gabrielle de Coignard et d’Anne de Marquets. Elles introduisent un nouveau discours dévot dont G. Ferguson retrace le contexte littéraire, culturel et religieux. Il analyse notamment les images nuptiales et maternelles des Sonnets spirituels d’Anne de Marquets et la dimension affective de la ferveur. Dans l’Introduction à la vie dévote, l’imagerie maternelle permet à François de Sales d’associer autorité religieuse et amour. L’influence croissante des femmes à la cour d’Henri III rendrait compte de ce que pour la première fois des femmes exemplaires, courageuses, vierges martyres ou maternelles, font l’objet d’une exploitation positive et participent de la relation entre l’individu chrétien et le Christ.

7

Colette Winn analyse l’attirance de Marie Le Gendre pour le stoïcisme tout en marquant les limites que lui imposent la spiritualité chrétienne mais aussi l’épreuve du deuil. Lyndan Warner retrace l’histoire de la publication et de la réception des Saines affections (1584) ainsi que les problèmes relatifs à leur attribution. Soulignant les convergences thématiques avec les Essais de Montaigne, elle note que les Saines affections les précèdent, et de là repose, voire même renverse la question de l’influence, tout en notant que les Saines affections n’ont pas apporté à Marie Le Gendre la reconnaissance escomptée.

8

Par la diversité des œuvres, des auteurs et des problématiques, ce volume constitue une solide anthologie critique sur l’écriture féminine à la Renaissance. Les analyses proposées, souvent neuves, posent les questions fondamentales à la compréhension des conditions de l’écriture féminine, de ses enjeux et de la nature de ses revendications tout en indiquant avec lucidité ses limites.

9

NADINE KUPERTY-TSUR.

Revue des Amis de Ronsard, XIII. Société des Amis de Ronsard du Japon, 2000. Un vol. 14,5 × 21 de 144 p.

10

C’est toujours une tâche agréable que de rendre compte de l’activité des ronsardisants nippons et de saluer le rayonnement des études françaises en Extrême-Orient. La présente livraison de la RAR compte sept articles, quatre en japonais (accompagnés d’un résumé) et trois en français, lesquels portent sur la poésie lyrique, satirique et épique du Vendômois. Yvonne Bellenger s’interroge, à partir du célébrissime « Quand vous serez bien vieille… », sur ce qui fait l’originalité d’un sonnet de Ronsard et révèle, en recensant les topoï qu’il convoque et les réminiscences dont il est tissé, cette subtile alchimie qui, à la faveur d’un discours adressé à Hélène, transmue en or neuf un vieux métal. Nicolas Bochenek étudie les procédés de la satire dans l’« Epistre au lecteur » des Nouvelles Poësies (1563), qu’il distribue en figures du martèlement, de l’opposition et du détachement ; on nuancera toutefois la conclusion qui, saluant l’exceptionnelle réussite du prosateur, sous-estime peut-être les talents propres du poète satirique. Jean-Claude Ternaux signe enfin une opportune mise au point sur « La Franciade : échec ou réussite ? ». Interrogeant le texte lui-même, à la lumière des modèles classiques et de la théorie épique de la Pléiade, il montre quels effets tire Ronsard de l’emploi du décasyllabe, de la revue des premiers rois de France, du recours au merveilleux (question déjà examinée par l’auteur dans le tome X, 1997, de la même revue). Le poète a composé une épopée régulière, conforme jusqu’au pastiche au modèle virgilien et enrichie d’éléments « alexandrins ». La France des guerres civiles ne pouvait guère lui faire bon accueil (« Dans le monde noir d’une fin de siècle convulsive, Francus n’a pas sa place », p. 128). Les circonstances, argumente Ternaux, appelaient plutôt un second Lucain. On peut se demander si tel n’est pas, précisément, le rôle que Ronsard s’est refusé à jouer : « […] Las ! je ne sçaurois mon nom / Honorer aujourd’huy sinon / Qu’en chantant les guerres civiles / Et le feu qui brule nos villes » (éd. Laumonier, t. XVII, p.423 / « La Pléiade », t. II, p. 1136).

11

DENIS BJAÏ.

MICHEL GILOT, L’Esthétique de Marivaux. Paris, SEDES, « Esthétique », 1998. Un vol. 15 × 21,5 de 303 p. ISBN 2-7181-9504-5.

12

L’esthétique, et non pas la poétique de Marivaux. Le titre du livre était imposé par celui de la collection où il prend place, mais Michel Gilot le justifie par une raison plus fondamentale : « [il s’agit] de grandes orientations, de dispositions générales, plutôt que de recettes ou de secrets de composition » (p. 13), en fait il s’agit de la conception de la vie que traduisent les œuvres de Marivaux, tout étant solidaire, moyens d’expression, invention des actions et des personnages, relation au lecteur, mission de la littérature. Ce qui frappe dans un essai si court (216 pages d’exposé, le reste étant une anthologie extraite des œuvres), c’est la cohérence du propos : les sections sous-titrées à l’intérieur des chapitres ne dépassent jamais deux pages et demie, mais le lien est étroit de l’une à l’autre, et les idées, les suggestions, les comparaisons, les analyses d’une extraordinaire diversité font apparaître l’unité profonde de toute l’œuvre, expression du jaillissement qu’est la vie et de l’aventure constamment renouvelée qu’est l’expérience humaine.

13

Refusant les canons de l’esthétique classique, la séparation et la hiérarchie des genres, la distinction traditionnelle des styles, Marivaux a toujours visé le naturel, caractérisant la beauté par la mobilité, la spontanéité et la surprise, et voulant communiquer au lecteur une émotion, celle même que les personnages éprouvent à vivre, celle que l’auteur éprouve à les faire vivre. La littérature est pour lui la recherche de la vérité (p. 82). Il ne veut pas, comme les classiques, instruire et plaire, mais procurer au lecteur une jouissance qui est par elle-même une connaissance. Création continue, exploration toujours plus hardie de l’esprit humain, la littérature est l’exaltation de la grandeur humaine (p. 109-111).

14

Michel Gilot examine ensuite les trois formes qu’a prises la création littéraire chez Marivaux : le roman (il traite d’abord des romans dits de jeunesse, au chapitre V, « Les chemins du roman », puis des deux grands romans de la maturité, au chapitre VII, « Le roman de la première personne »), les journaux (chapitre VI : « Sens des “feuilles volantes” »), le théâtre (chapitre VIII : « L’éclat du théâtre »). Il est impossible de résumer en quelques lignes des pages qui par leur pénétration et leur richesse sont parmi les plus belles qu’on ait écrites sur Marivaux, retenons seulement quelques idées essentielles : Marivaux sait quels sont les pièges de la première personne, elle n’a de vertu que si l’auteur fait partager au lecteur la foi que les personnages ont en eux-mêmes ; le principe du romanesque est en effet l’attachement des personnages à leur être profond : Marianne, « bien loin de biaiser, de finasser, de calculer ses pensées et ses rôles […] se livre à “l’action” la plus courte, la plus rapide possible […], elle s’exhibe tout entière » (p. 172-173) ; peu importe qu’il n’y ait pas de dénouement, nous avons l’impression de très bien la connaître, la première personne, instrument de recherche et de création de soi, étant aussi, par la présence vivante du sentiment, une suggestion de l’inexprimable (p. 185). Dans les Journaux, Marivaux a mieux qu’aucun de ses contemporains compris les ressources de la « feuille volante », espace de variété, d’invention, de suspens dans Le Spectateur français, de la spontanéité existentielle dans l’Indigent philosophe, propice, dans Le Cabinet du philosophe, à l’esthétique du fragment, dont Marivaux s’était dégagé, dès Le Spectateur français, pour ébaucher avec l’histoire de la dame âgée et celle de l’inconnu ce que devait être son roman. Enfin le théâtre est tout à la fois représentation de la farce universelle, élan joyeux et libre, épreuve révélatrice des êtres, présence du sentiment pur et plaisir esthétique.

15

Ce petit livre se caractérise par la densité, la prestesse de l’intelligence, le brillant de l’expression. Le lecteur fasciné aurait envie parfois de discuter, et Michel Gilot aurait bien su que répondre. Hélas, il ne le fera pas, il a à peine eu le temps de corriger les épreuves avant de disparaître. Sa générosité, ce que Marivaux appelait une « profonde capacité de sentiment », illuminent son dernier livre. HENRI COULET.

L’Abbé Prévost au tournant du siècle. Présenté par RICHARD A. FRANCIS et JEAN MAINIL. Oxford, Voltaire Foundation, Studies on Voltaire and the eighteenth century, 2000 : 11. Un vol. 16 × 24 de 390 p. ISBN 0-7294-0733-0.

16

Avec ses trente-trois contributions, sa vaste introduction et son index, ce volume est appelé à faire date dans les études prévostiennes. Le titre avoue son ambition, qui est de faire le point sur la somme des connaissances et des interprétations accumulées au cours du siècle qui vient de s’achever, et dont les travaux ont enfin permis à Prévost d’échapper au statut d’auteur à succès d’une œuvre unique : « Manon s’efface », comme l’écrit justement le maître d’œuvre de l’ouvrage, mais c’est au profit de son auteur et de l’ensemble de sa production. Les études réunies dans ce volume embrassent en effet la quasi-totalité du champ de recherche ouvert depuis un demi-siècle, et dont les étapes marquantes ont été la parution de la thèse magistrale de Jean Sgard (Prévost romancier, Corti, 1968) et la publication des œuvres romanesques complètes de Prévost, qui s’est échelonnée de 1978 à 1986 aux Presses universitaires de Grenoble, sous la direction du même.

17

Distribué assez arbitrairement en trois sections (le milieu, l’ordre esthétique et la tradition littéraire), ce recueil fournit d’abord de nouvelles indications sur la vie mouvementée de Prévost, ses rapports difficiles avec son entourage et ses éditeurs. Les études proprement littéraires ouvrent un large éventail thématique (le monde familial, la représentation de la mort, l’Orient et l’Occident, etc.) doublé d’une enquête stylistique et narratologique diversifiée (sur l’humour et l’ironie, les figures auctoriales, la narration subjective, la clôture romanesque, etc.). Des pans méconnus de l’œuvre sont explorés (les Journaux, les Contes moraux, l’Histoire générale des voyages), la recherche comparatiste est au rendez-vous, les questions de réécriture, voire de plagiat ne sont pas plus négligées que celle de la postérité par la main gauche (suites, imitations et falsifications qui témoignent de l’écho suscité par l’œuvre du vivant de l’auteur). Deux communications portent sur la réception de Prévost en Russie, et le volume s’achève plaisamment sur Manon au cinéma. Ajoutons que la longue introduction de R. A. Francis, qui évoque l’ensemble des études rassemblées, remplace avantageusement les traditionnels résumés d’articles, et permet de s’orienter avec aisance dans ce vaste labyrinthe prévostien.

18

PIERRE HARTMANN.

STENDHAL, Salons. Édition, introduction et notes de STÉPHANE GUÉ - GAN et MARTINE REID. Paris, « Le Promeneur », 2002. Un vol. 13 × 21 de 214 p. ISBN 2-07-076334-X.

19

Les trois textes de Stendhal présentés ici avaient déjà été recueillis, le premier (« Exposition de tableaux au Louvre », Paris Monthly Review, mai 1822) dans Le Courrier anglais (Le Divan) et plus récemment dans Paris-Londres (Stock, 1997), les deux suivants (« Critique amère du Salon de 1824 par M. Van Eube de Molkirk » et « Des beaux-arts et du caractère français. Sur le Salon de 1827 ») dans le tome 47 des Œuvres complètes de Stendhal (Cercle du Bibliophile, 1972, Mélanges III, Peinture). L’intérêt de l’ouvrage réside, d’abord, dans leur réunion; ensuite, dans une nouvelle traduction française du premier texte, dont on a conservé non l’original de Stendhal, mais sa traduction anglaise (il s’agit en somme de deviner, par une rétro-traduction, ce qu’avait pu écrire Stendhal…). Sont réparées des erreurs et des omissions des éditions précédentes. Surtout nous sont offertes, outre deux excellentes préfaces, des reproductions en noir et blanc de quelques tableaux commentés par Stendhal et peu présents à la mémoire du lecteur. La nouvelle traduction du premier texte donne le sentiment (invérifiable) d’un progrès dans la reconstitution; mais fallait-il préférer au mot « avenir », retenu dans Paris-Londres (p.27), un « futur » (Salons, p. 47), sans doute plus accommodé à nos anglicismes modernes qu’à ceux dont Stendhal était coutumier ? Les préfaces et les textes eux-mêmes posent la question controversée de la pertinence de la critique d’art de Stendhal, parfois accusé de ne s’intéresser qu’aux sujets des tableaux. Preuve est faite qu’à défaut d’être un familier de la technique picturale, il sait voir, repérant par exemple des incohérences d’éclairage ou des invraisemblances de couleur (« cet arbre célèbre a un feuillage noir, et d’après les lois de l’optique, qui est une science exacte comme le dessin, il est impossible que ce pin ne soit pas noir : le peintre a cependant trouvé le secret de le faire vert clair », p. 108-109). Ces « Salons » confirment aussi, après Racine et Shakespeare, son emploi de « romantique » comme simple synonyme de « nouveau ». Plutôt injuste pour le génie naissant de Delacroix, il juge bizarrement « romantique » La Bataille de Montmirail, d’Horace Vernet. « Le romantique dans tous les arts, c’est ce qui représente les hommes d’aujourd’hui, et non ceux de ces temps héroïques si loin de nous, et qui probablement n’ont jamais existé » (p. 140). La dernière proposition limite la naïveté du propos : c’est parce qu’il y a, jusque dans la peinture du ciel, plus « de vérité et de nature » (p. 60) dans cette « bataille » que dans trois mille autres qu’Horace Vernet impose sa supériorité.

20

PIERRE-LOUIS REY.

Le Commerce de la librairie en France au XIXe siècle (1789-1914), sous la direction de JEAN-YVES MOLLIER, Paris, Institut Mémoires de l’édition contemporaine/Maison des sciences de l’homme, « In Octavo », 1997. Un vol. 17 × 23,5 de 451 p.

21

Alors même que depuis une vingtaine d’années, nombre d’historiens ont conduit des recherches qui ont permis de mieux connaître l’histoire de l’édition et du livre, Jean-Yves Mollier a choisi de consacrer en 1996 un important colloque au seul monde de la librairie. Les actes réunis ici témoignent de la richesse des travaux en cours et de l’intérêt qu’historiens et sociologues portent désormais au commerce du livre. Sont tout d’abord présentées des communications qui, envisageant la vie de la librairie dans certaines villes et certaines régions, montrent, exemples à l’appui, combien les situations sont variables dans l’espace français. Dans un second moment, les pratiques commerciales et l’organisation du commerce du livre du siècle dernier sont envisagées dans des perspectives mettant en évidence les difficultés d’une profession qui peine à réagir solidairement aux contraintes que lui imposent une étroite surveillance politique, des pratiques éditoriales agressives et l’évolution des attentes des lecteurs. Particulièrement intéressant est donc le troisième temps de l’ouvrage qui s’arrête à certains secteurs du commerce du livre, notamment à la librairie populaire, aux collections de propagande catholique ou républicaine ainsi qu’à la diffusion d’ouvrages scolaires et de livres destinés à la jeunesse. La réflexion est par la suite étendue à la présence de la librairie française dans l’espace international, notamment dans les pays francophones, le cas de la Belgique permettant de revenir sur le problème de la contre-façon. Les deux dernières sections du volume sont consacrées à l’évolution contemporaine de la librairie et à sa présence dans la littérature : une intervention présente les relations de Charles Nodier avec Nicolas Delangle, une réflexion revient sur le cas de Zola tandis que l’ultime contribution s’arrête aux représentations de la bibliomanie dans des textes de Flaubert, de Nodier et d’Asselineau. Comme le signale J.-Y. Mollier, cet ensemble d’analyses permet donc de mieux comprendre l’univers de la librairie au moment où le livre paraît menacé par le développement des nouvelles technologies. Sa lecture apportera par ailleurs une somme d’informations utiles à tous ceux qui s’intéressent à la circulation des idées, au succès que connaissent certains écrivains ou certaines maisons d’édition au siècle dernier.

22

DENIS PERNOT.

19. Jahrhundert. Roman. FRIEDRICH WOLFZETTEL (Hrsg). Tübingen, Stauffenburg Verlag, « Stauffenburg Interpretation-Französische Literatur », 1999. Un vol. 17 × 24 de 287 p.

23

Destiné à des étudiants de langue allemande désireux de mieux connaître notre littérature, ce volume se donne les aspects d’une histoire littéraire du roman français du XIXe siècle. Précédé d’un texte introductif, qui signale l’importance alors prise par les écritures romanesques et la diversité des directions qu’elles en viennent à exploiter, il juxtapose des analyses monographiques consacrées à des œuvres et à des auteurs tenus pour représentatifs. Confiées à différents spécialistes, celles-ci replacent les textes qu’elles évoquent dans leur contexte (littéraire, politique, institutionnel…) et prennent la forme d’excellentes synthèses rassemblant, en un nombre limité de pages, les acquis de la recherche. Prenant appui sur des études allemandes, anciennes ou récentes, plusieurs d’entre elles présentent, aux yeux du lecteur français, l’intérêt d’aborder des questions difficiles et déjà très travaillées (le réalisme, le naturalisme…) par le biais de références qui ne sont pas toutes aussi familières que celles, attendues, qui reviennent sur les travaux d’Auerbach, de Lukàcs ou de Curtius. Les choix qui ont guidé Friedrich Wolfzettel, responsable de l’entreprise, surprennent cependant dans la mesure où la place accordée aux écritures romanesques de la première moitié du siècle (Constant, Stendhal, Balzac, Sand) conduit à laisser de côté les œuvres remettant en question les conventions du genre à la fin de la période considérée. Les développements du roman postérieurs à 1832 (Indiana) ne sont en effet évoqués qu’à travers les noms de Hugo, de Flaubert et de Zola, de sorte qu’ont été exclus du panorama proposé des auteurs aussi importants que les Goncourt, Huysmans, Barrès ou Gide. Aussi convient-il moins de lire ce volume comme une histoire des évolutions du roman français au cours du XIXe siècle que comme une suite de monographies faisant le point sur un certain nombre de romanciers et quelques-unes de leurs œuvres. Bibliographie sélective nourrie au terme de chaque étude et tableau chronologique en fin de volume.

24

DENIS PERNOT.

La Comtesse de Ségur et ses alentours. Cahiers Robinson, n° 9, 2001. Un vol. 16 × 24 de 256 p.

25

Cette livraison des Cahiers Robinson réunit les actes d’un colloque (« La comtesse de Ségur et les romancières de la Bibliothèque rose ») organisé en 1999 à l’Université de Rennes par Isabelle Nières-Chevrel. Comme l’indique le titre qui a finalement été retenu par les éditeurs, les communications rassemblées dans ce numéro s’intéressent à l’œuvre de la comtesse de Ségur en s’efforçant de la remettre dans son contexte. A côté de réflexions qui envisagent plusieurs de ses romans, par le biais d’examens thématiques (« la dimension militaire », « le souci du corps », « la faim », « l’image de la Russie »…) ou par le jeu de comparaisons, parfois inattendues (avec Sand, avec Dostoïevski, avec Gogol…), figurent des réflexions signées par des historiens du livre et de l’édition qui apportent des informations utiles sur la politique éditoriale de la maison Hachette, sur la création et sur la vie des collections que les œuvres de la comtesse contribuent à rendre célèbres ainsi que sur le développement du marché des livres destinés à de jeunes lecteurs dans la seconde moitié du XIXe siècle. Sont par ailleurs envisagés des auteurs (Julie Gouraud, Zulma Carraud, Zénaïde Fleuriot…), plus oubliés aujourd’hui que la comtesse, mais qui ont connu le succès et nourri les mêmes collections que ses ouvrages. Méritent enfin intérêt les contributions qui sont consacrées à la réception internationale (Suède, Portugal, États-Unis) de l’œuvre de la comtesse, qui est moins traduite et moins connue que le lecteur français pourrait le supposer. De la vingtaine de communications rassemblées ici se dégagent donc un passionnant panorama de la littérature destinée à la jeunesse ainsi qu’un certain nombre de pistes d’analyse qui devraient contribuer à inscrire dans la durée l’intérêt que suscite actuellement l’écriture de la comtesse de Ségur.

26

DENIS PERNOT.

JEAN-MICHEL CHARLES LANSKIN, Le « scénario sans amour » d’une fille de joie. Analyse transactionnelle de Nana. Paris, « Archives des lettres modernes », n° 265, Lettres modernes, 1996. Un vol. 13,5 × 19 de 144 p.

27

Après avoir rappelé les principes fondamentaux et les notions fondatrices de l’analyse transactionnelle d’Éric Berne et de Claude Steiner, l’auteur s’attache à retracer le « scénario » de Nana en prenant appui sur le texte de Zola qui est souvent cité, mais semble à plusieurs reprises sollicité ainsi qu’en témoignent différentes remarques qui le forcent ou le faussent (« Il n’est pas précisé dans le texte que Nana ait été témoin de cette scène [le déshabillage de Coupeau par Gervaise], mais il reste probable que cette conjoncture ne fut pas unique », p. 36). Aussi l’intérêt de cette étude tient-il plus aux perspectives méthodologiques dans lesquelles elle s’engage qu’à la lecture qu’elle propose. Suivant attentivement l’itinéraire de l’héroïne, l’auteur ouvre néanmoins des lignes interprétatives originales en particulier lorsqu’il s’arrête aux fonctionnements et à l’écriture des dialogues. Conformément aux objectifs qu’il se fixe, tout en affirmant que « Zola manifeste [dans son œuvre] sa prémonition de certains facteurs transitionnels » (p. 49), Jean-Michel Charles Lanskin parvient alors à faire mieux comprendre « le tragique de l’existence de Nana » et la brutalité avec laquelle Zola est amené à la mettre à mort.

28

DENIS PERNOT.

BRUNA DONATELLI, Flaubert e Taine. Luoghi e tempi di un dialogo. Roma, « I Quaderni di Igitur. Testi & Studi », n° 10, nuova arnica editrice, 1998. Un vol. 15,5 × 21 de 219 p.

29

Bruna Donatelli rassemble et annote l’ensemble de la correspondance que Flaubert et Taine ont échangée de 1862 à 1879. Bien que la plupart des lettres réunies ici soient déjà connues, leur classement chronologique permet de suivre le développement des liens d’amitié et de confiance entre le philosophe et l’écrivain qui s’envoient les ouvrages qu’ils publient et réagissent aux critiques aussi bien qu’aux compliments qu’ils s’adressent. Ce travail éditorial est par ailleurs précédé d’un long essai où l’auteur fait le point sur les relations intellectuelles de Taine et de Flaubert et s’intéresse d’abord aux différends qui les opposent lorsqu’ils envisagent la question esthétique. Sur ces fondements, Bruna Donatelli analyse le dialogue dans lequel leurs œuvres s’engagent, perspective qui l’amène à mettre en évidence qu’elles développent des visions et des conceptions de l’homme et de l’Histoire radicalement différentes. Grâce à ce travail de présentation aussi érudit que précis, l’auteur parvient à rendre tout son intérêt à une correspondance qui prend, à première lecture, des aspects particulièrement anecdotiques. Index et bibliographie.

30

DENIS PERNOT.

PAUL VERLAINE - MAURICE BARRÈS, Correspondance. Texte établi par CHRISTIAN SOULIGNAC. Édition critique de STÉPHANE LE COUËDIC. Jaignes (77440), La Chasse au Snark, 2000. Un vol. 13 × 17 de 124 p.

31

Ce volume réunit un ensemble de trente-trois lettres que Verlaine adresse à Barrès entre 1884 et 1895. Très brèves pour la plupart, elles font mieux connaître les difficultés financières que rencontre le poète dans les dernières années de sa vie et rappellent que Barrès lui a toujours apporté son soutien, en s’efforçant de lui faire verser régulièrement des subsides et en travaillant à faire reconnaître son œuvre. Ne sont reprises ici que les lettres de Verlaine du fonds Barrès de la Bibliothèque nationale. Cette correspondance apporte des informations intéressantes sur les liens d’amitié et d’admiration que le « prince de la jeunesse » noue avec celui qu’il contribue à faire élire « prince des poètes ». Liens que mettent par ailleurs en évidence deux articles de Barrès (« À l’hôpital », Le Voltaire, 31 octobre 1887; « À Paul Verlaine », La Revue illustrée, 1er septembre 1890) donnés en annexe à côté d’une chronique de Charles Morice (« Paul Verlaine », L’Événement, 4 juillet 1889) et du texte des discours prononcés sur la tombe du poète. Il convient cependant d’indiquer que le travail de présentation du volume et de chacune des lettres de Verlaine est rédigé dans une langue si approximative et si fautive que le lecteur ne peut que s’en offusquer. Se trouvent ainsi remis en question le sérieux et la qualité d’un travail qui, si bien documenté qu’il soit, n’a pas bénéficié d’une attention suffisante…

32

DENIS PERNOT.

MAURICE MONTÉGUT, Le Mur. Tusson (Charente), Du Lérot éditeur, « Idéographies », 2000. Un vol. 15 × 22,5 de XXVI et 299 p.

33

C’est à Roger Bellet, Marie-Claude Schapira le rappelle, que nous devons la redécouverte de ce roman de Maurice Montégut (1855-1911) qui est paru chez Dentu en 1892 avec la mention « roman parisien », édition dont le texte est reproduit ici, et qui est repris chez Juven en 1910 avec le sous-titre de « roman de la Commune ». De même que son auteur, fort oublié aujourd’hui, Le Mur est de longue date sorti des mémoires, de sorte qu’il faut saluer le courage d’une entreprise qui le rend à la lecture. Choisissant de compléter les pages où R. Bellet s’y est intéressé, la préface de M.-Cl. Schapira met l’accent sur le travail de documentation du romancier, signale quelques-uns des moments où Montégut se démarque de ses sources (Maxime Du Camp; Pierre-Olivier Lissagaray) pour dégager l’ambivalence de son positionnement idéologique. Dans la mesure où elle n’alourdit jamais le texte de notes inutiles, cette édition permet tout à la fois de mener une lecture solidement informée et de se laisser prendre au jeu d’une intrigue où se reconnaissent, souvent manipulées avec talent et virtuosité, les ficelles ordinaires du roman populaire. Le Mur mérite donc d’être lu des spécialistes des écritures de la Commune, de ceux qui s’intéressent à celles de la capitale, que Montégut voit de l’île Saint-Louis, mais aussi de ceux qui travaillent sur les écritures romanesques de la fin du siècle. Au terme du volume figurent par ailleurs différents documents permettant de se faire une idée de la manière dont est perçue, au tournant du siècle, la figure littéraire de l’auteur — un auteur dont il est permis de penser qu’il y aurait intérêt à mieux le connaître.

34

DENIS PERNOT.

MARCEL SCHWOB, Le Livre de Monelle. Introduction et édition par FERNANDO SCHIROSI. Fasano et Paris, Schena-Didier Érudition, « Biblioteca della ricerca », « Testi stranieri », n° 32,2000. Un vol. 14 × 21 de 104 p.

35

S’il faut se réjouir de disposer d’une nouvelle édition du Livre de Monelle (1894), il faut regretter que le texte de Fernando Schirosi qui la présente se contente de revenir sur la vie et les œuvres de Schwob et ne propose qu’une brève analyse thématique de sa conception et de son écriture de l’enfance. Une telle méthode d’approche laisse en effet de côté le travail de composition et d’écriture d’une œuvre dont la lecture n’est par ailleurs nullement facilitée par l’absence d’indications bibliographiques. Le lecteur ne peut en outre qu’être surpris de constater que F. Schirosi ne mentionne dans son introduction que l’étude que Pierre Champion a consacrée, en 1927, à « Schwob et son temps ». Aussi ne pro-pose-t-il qu’une lecture réductrice et, à certains égards, datée d’un texte dont l’intérêt et les difficultés méritaient d’être mieux soulignés.

36

DENIS PERNOT.

JULES HURET, Enquête sur l’évolution littéraire. Préface et notices de DANIEL GROJNOWSKI. Paris, José Corti, 1999. Un vol. 13,5 × 21,5 de 435 p.

37

Document de première importance pour tous ceux qui s’intéressent à la vie littéraire du tournant du siècle, l’enquête de Jules Huret est analysée dans le cadre d’un texte de présentation où Daniel Grojnowski complète et enrichit la réflexion qu’il avait engagée à l’occasion de la réédition de 1982. Après avoir retracé les grandes lignes de la carrière de l’enquêteur, le préfacier met l’accent sur les difficultés taxinomiques auxquelles Huret se heurte, ce qui l’amène à souligner qu’il innove en faisant participer à un même débat « des écrivains qui publient par le canal d’éditeurs et (…) des auteurs qui le font par le biais des “petites revues” » (p. 25-26). Il replace par ailleurs l’enquête dans le contexte qui préside à son élaboration, celui de « la lutte pour le succès », et met remarquablement en évidence que « les écrivains s’exercent à des jeux de rôles nouveaux pour eux » en acceptant de recevoir le journaliste et de répondre à ses questions. Il montre enfin qu’Huret « s’impose comme un grand professionnel » dans le travail de mise en scène des entretiens et d’écriture de son parcours. Prenant désormais la forme de notes infrapaginales placées au seuil de chaque interview, des indications biographiques et bibliographiques facilitent la lecture d’un volume où interviennent nombre de signatures aujourd’hui oubliées. Comme le signalent les pages que Géraldi Leroy et Julie Bertrand-Sabiani consacrent à la vogue des enquêtes dans La Vie littéraire à la Belle Époque ( PUF, 1998) de même que celles où Christophe Prochasson analyse cette pratique journalistique dans Paris 1900. Essai d’histoire culturelle (Calmann-Lévy, 1999), le travail d’Huret a une postérité immédiate que D. Grojnowski choisit de ne pas évoquer et dont il faut regretter qu’elle reste méconnue. Il faut donc souhaiter que cette réédition d’Enquête sur l’évolution littéraire ne soit que la première étape d’un plus vaste travail. Des enquêtes comme La Littérature contemporaine de Georges Le Cardonnel et Charles Vellay (Mercure de France, 1905), Les Tendances présentes de la littérature française de Jean Muller et Gaston Picard (Basset et Cie, 1913) ou À quoi rêvent les jeunes gens d’Émile Henriot (Champion, 1913) méritent en effet de connaître le sort que connaît aujourd’hui celle d’Huret.

38

DENIS PERNOT.

VANESSA R. SCHWARTZ, Spectacular Realities. Early Mass Culture in Fin-de-Siècle Paris. Berkeley and Los Angeles, University of California Press, 1998. Un vol. 16 × 24 de 230 p.

39

Bien qu’il ne s’intéresse guère à la littérature et qu’il ne convoque que peu d’œuvres littéraires, le livre de Vanessa R. Schwartz mérite d’être signalé ici. Il revient en effet sur des phénomènes permettant de mieux comprendre l’avènement, au cours du XIXe siècle, d’une culture populaire parisienne. Plutôt que reprendre sur des bases nouvelles une problématique qui a déjà fait l’objet de nombreux travaux, l’auteur développe son étude dans le cadre d’une perspective englobante, la mise en spectacle de la vie quotidienne, et en limite le champ à un secteur particulièrement vivant de la culture parisienne, le boulevard, qu’un roman d’Ernest La Jeunesse (Le Boulevard, Jean Bosc et Cie, 1906) présente dans une perspective similaire puisqu’il le montre comme une « voie de spectacle », un « décor », une « exposition », mais aussi comme le lieu d’une troublante « revue d’ombres ». Précédé d’une introduction revenant sur des questions méthodologiques, le propos de Vanessa R. Schwartz s’organise autour d’un double parcours spatial et temporel qui conduit de la morgue aux premières salles de cinéma en passant par le musée Grévin. Chacun des chapitres fait ainsi halte dans un lieu qu’il envisage comme un miroir où la capitale se donne à voir. Tandis que, fruit d’un patient travail de recherche dans des archives et de lecture de la presse du temps, de nombreuses données chiffrées (recettes, nombre de visiteurs…) donnent une idée précise de l’importance prise par les espaces envisagés, diverses illustrations appuient une analyse qui montre avec pertinence que le boulevard est l’endroit où la ville construit son image et joue de ses reflets. Le chapitre consacré à la mise en scène de l’identification des cadavres à la morgue est ainsi particulièrement révélateur du besoin de spectacle de la société française, qui parvient à exorciser ses peurs en participant à la recherche des causes d’un décès mystérieux, à celle d’un éventuel meurtrier. Parce qu’elles abordent de manière originale la question de l’émergence de la culture populaire comme culture de masse, les pages qui s’arrêtent à la dramatisation des faits divers dans les salles du musée Grévin sont elles aussi dignes d’intérêt, notamment quand l’auteur met en évidence les liens qui jouent entre les illustrations parues dans la presse et les mises en scène proposées aux visiteurs, certaines affaires criminelles étant par ailleurs mont(r)ées comme de véritables romans. Le livre de V. R. Schwartz mérite donc d’être lu vis-à-vis de celui que Philippe Hamon a consacré à l’exposition (Expositions, littérature et architecture au XIXe siècle, José Corti, 1989), étrangement absent de sa bibliographie, et de pair avec celui que Christophe Prochasson a récemment consacré à la capitale (Paris 1900. Essai d’histoire culturelle, Calmann-Lévy, 1999).

40

DENIS PERNOT.

Belgium : The Golden Decades (1880-1914). Edited by JANE BLOCK, New-York, Peter Lang, « Belgian Francophone Library », vol. 3, 1997. Un vol. 15,5 × 23,5 de 264 p.

41

Comme l’indique le titre sous lequel elles sont réunies, les contributions présentées dans cet ouvrage richement illustré s’attachent à retracer quelques-uns des moments et quelques-unes des lignes de force de la vie culturelle belge du tournant du siècle (« Les Vingt », « La Libre Esthétique », « Vie et Lumière »). Signées pour la plupart par des historiens de l’art, elles s’intéressent surtout à la peinture (James Ensor, Odilon Redon…) et à l’architecture (Victor Horta…) et ne semblent faire qu’une place marginale au domaine littéraire. Une lecture continue des études rassemblées par Jane Block met cependant en évidence les liens qui jouent entre les plus importantes manifestations culturelles de l’époque et un certain nombre d’écrivains et de publicistes qui contribuent à les organiser ou participent aux débats qu’elles suscitent. Pour n’en donner qu’un exemple, l’étude consacrée au « Jeune Barreau » à Bruxelles et à Anvers évoque les carrières et les intérêts d’Edmond Picard, de Maurice Maeterlinck ou de Max Elskamp dans des perspectives qui montrent que leurs œuvres méritent d’être envisagées dans le contexte d’une histoire culturelle élargie à chacun des modes d’expression avec lesquels elles entrent en correspondance.

42

DENIS PERNOT.

MICHEL LAUNAY, Jaurès orateur ou l’oiseau rare. Paris, Jean-Paul Rocher, 2000. Un vol. 15 × 23 de 241 p.

43

Comme l’indique un bref avant-propos de Madeleine Rebérioux, cet ouvrage reproduit le mémoire de DES (maîtrise) que Michel Launay a soutenu il y a plus de trente ans. Il est donc possible de le lire, ainsi que nous y invite la spécialiste de Jaurès, comme un document où se repèrent plusieurs des postulats méthodologiques qui conduisent désormais littéraires et historiens à travailler ensemble et à s’intéresser aux mêmes objets. De fait, la réflexion de M. Launay présente paradoxalement l’intérêt de paraître datée, phénomène particulièrement frappant lorsque l’auteur se défend, face aux historiens, de s’intéresser en littéraire à Jaurès et signale, s’adressant alors à des littéraires, que l’éloquence du tribun socialiste mérite attention. Pour autant, l’intérêt de cette étude n’est pas exclusivement documentaire. Retraçant le parcours qui conduit Jaurès à devenir le plus brillant des représentants de l’éloquence politique de son temps, Michel Launay insiste sur l’importance de sa formation rhétorique, sur le goût que ses maîtres lui ont donné de la lecture ainsi que sur l’évolution de son art oratoire. Il montre ainsi que l’éloquence universitaire à laquelle Jaurès est préparé, ce que révèlent les analyses de plusieurs discours de distribution des prix, est aussi différente de l’éloquence parlementaire, dont il fait montre dans ses interventions à la Chambre des députés, que de l’art oratoire du conférencier et du tribun qui, à la fin de sa vie, parle régulièrement devant les auditoires et les publics les plus divers. Après s’être intéressé à l’évolution de son éloquence, l’auteur la caractérise en prenant appui sur des distinctions traditionnelles (élocution, disposition…) et montre que sa force tient non seulement à la souplesse avec laquelle Jaurès maîtrise les règles fondamentales de l’art de parler en public, mais aussi à sa manière de percevoir son auditoire, à son sens de la répartie et à la sincérité qui nourrit ses propos. De nombreuses études ayant été consacrées à Jaurès depuis le moment où M. Launay a rédigé son mémoire, il faut regretter que sa bibliographie n’ait pas été réactualisée et qu’un appendice n’y ait pas été ajouté, qui aurait mis en évidence l’intérêt qu’il y aurait à poursuivre des analyses similaires sur un corpus élargi. Alors que l’éloquence politique ne fait plus l’objet de sections particulières dans les manuels d’histoire littéraire, M. Launay a le mérite de rappeler son importance et de contester l’oubli dans lequel elle est laissée.

44

DENIS PERNOT.

FERNANDO CIPRIANI, Il Romanzo d’Infanzia in Francia (1913-1929). Problematiche e protagonisti. Pescara, Edizioni Campus, « finnegans », n° 7,2000. Un vol. 14 × 21 de 303 p.

45

S’intéressant aux écritures de la jeunesse au lendemain de la guerre de 1914-1918, Henri Massis affirme qu’elles substituent à la figure bien dessinée du jeune homme celle de l’adolescent en qui « il y a quelque chose de dénoué (…), un refus de se former, de se laisser former, de se rectifier, de ramener à l’unité ses discordances », de sorte que, s’attachant à saisir « l’impulsion intime d’une âme », le roman qui le met en scène « n’est plus centré » (Les Idées restent, Lardanchet, 1941, p. 143 et 147). Bien qu’il ne cite pas ces pages, Fernando Cipriani reprend le constat du critique et s’arrête aux représentations romanesques du passage de l’enfance à l’adolescence et à l’âge adulte. Associant des chapitres d’inégale longueur, dont plusieurs reprennent le texte d’articles donnés à des périodiques italiens, son livre s’ouvre sur une réflexion envisageant le « mythe de l’enfance » à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Après avoir fait le point sur les études consacrées aux romans et aux récits d’enfance et d’adolescence de la période, l’auteur montre que la question qui les intéresse doit, à ses yeux, être envisagée par le biais d’approches associant l’analyse des textes aux développements des sciences humaines (pédagogie, psychologie, psychanalyse…). Travaillant dans le cadre d’un champ chronologique étroit, il se met en situation de dégager quelques-uns des thèmes (narcissisme, sentiment de perte…) et plusieurs des structures (parents-enfants, amitiés-rivalités…) du « mythe de l’enfance » qu’il analyse à travers des exemples empruntés à Colette, à Léautaud, à Larbaud ou à Loti. Partant des remarques formulées dans le cadre de son premier chapitre, il donne ensuite des lectures nourries de trois romans : Le Grand Meaulnes, Le Diable au corps et Les Enfants terribles. Celles-ci, minutieuses, se développent dans des perspectives aussi attentives à des phénomènes narratifs qu’à des récurrences thématiques, proposent souvent des lectures ponctuelles convaincantes et, lues en continuité, donnent une vision intéressante des écritures et des images qui sont associées au personnage de l’adolescent. Ce faisant, si bien informé que soit le propos de F. Cipriani, il convient de regretter qu’il ne prenne pas en compte la tradition française du roman de formation, dont se nourrissent les romans de Fournier, de Radiguet et de Cocteau, et laisse ainsi de côté les œuvres, de Barrès, de Régnier, de Mauriac ou de Martin du Gard, qui anticipent sur les représentations qu’il analyse. Bibliographie sélective qui associe des références françaises familières à des études italiennes ou anglo-saxonnes récentes, qui le sont moins.

46

DENIS PERNOT.

RODERICH BILLERMANN, Die « métaphore » bei Marcel Proust. Ihre Wurzeln bei Novalis, Heine und Baudelaire, ihre Theorie und Praxis. München, Wilhelm Fink Verlag, 2000. Un vol. 13 × 21 de 479 p. ISBN 3-7705-3509-X.

47

L’auteur de cette étude semble avoir pris à cœur le conseil de Baudelaire que, pour juger d’une œuvre, ce serait le point de vue le plus exclusif qui serait le meilleur pour l’illuminer. En effet, c’est à partir de la théorie et de la pratique proustiennes de la métaphore que R. Billermann entreprend de mettre en évidence le principe organique sur lequel est fondée la recherche et la récupération de l’expérience passée d’un sujet créateur. A la base de cette entreprise se trouve la notion de constellation que R. Billermann reprend du philosophe allemand Dieter Henrich. Celui-ci l’a développée dans son étude sur les origines de l’idéalisme allemand : il s’agit de considérer les œuvres non pas comme fixées en leur propre structure ni de les situer en un chaîne causale d’influences mais de reconstruire le champ de forces des idées et motifs dans le cadre duquel elles se sont construites. Ce champ de forces s’ouvre avec la poétique transcendentale que Novalis a élaborée en réaction aux exagérations absolutistes du subjectivisme transcendental de Fichte. La poétique novalienne s’organise autour de la notion d’enchaînement expérimental : l’imagination créatrice permet au sujet de s’imposer et de réorganiser le réel. Heinrich Heine prolongera cette intention dans sa pratique du supernaturalisme : la fantaisie permettrait à l’artiste de trouver la vraie signature des choses qui est au-delà des impressions sensibles séparées. Cette idée des correspondances va se complexifier chez Baudelaire et trouver sa réalisation dans le palimpseste. R. Billerman ne se contente pas de juxtaposer ces conceptions mais s’efforce aussi de retrouver des indications concrètes permettant de suivre ce développement. Ensuite il s’agit de montrer comment Proust s’est approprié cette constellation au cœur de laquelle brille la notion d’imagination magique et tyrannique reprise à l’historien Hugo Friedrich qui l’a développée dans son étude célèbre sur la structure de la poésie lyrique moderne. Après avoir étudié l’usage fait par Proust des œuvres de Novalis, Heine et Baudelaire, R. Billermann explore le développement de la théorie et pratique de la métaphore que Proust poursuit dans ses mélanges et pastiches ; la correspondance abondante de Proust est également exploitée à cet effet. Suit une discussion détaillée de la pratique métaphorique dans la Recherche. R. Billermann montre à l’évidence combien cette pratique était auto-réflexive et permettait à Proust des effets ironiques. Ces considérations générales sont illustrées à l’aide d’analyses fouillées de deux passages pertinents, la promenade au Bois de Boulogne et la visite à l’Opéra. En conclusion R. Billermann trouve que les faux palimpsestes de Proust construits sur des métaphores complexes seraient des signatures pour des rapports entre souvenirs qui ne font pas seulement revivre le passé mais montrent une vérité nouvelle. Il est difficile de résumer ce livre bien pensé et convaincant, les analyses sont précises et riches, les rapports établis à partir d’une lecture attentive des textes, bref, c’est un livre que les proustiens auraient tort de négliger.

48

LEOPOLD PEETERS.

HENRYK CHUDAK, Les générations symbolistes. Essai sur Thibaudet. Varsovie, éd. Uniwersytet Warszawski, 2000. Un vol. de 95 p.

49

On n’a pas assez étudié les travaux d’Albert Thibaudet (1873-1936), critique, essayiste, pédagogue, curieux de sociologie, de philosophie et d’histoire. Esprit ouvert d’une extraordinaire culture, il a exercé une grande influence sur la critique littéraire de la première moitié du XXe siècle grâce à des livres comme La Poésie de Stéphane Mallarmé (1912), Physiologie de la critique (1922), Paul Valéry (1923), Le Bergsonisme (1923), Gustave Flaubert (1936), Réflexions publiées dans La Nouvelle Revue Française dans les années 1912-1914 puis de 1919 à 1934, et par son Histoire de la littérature française de 1789 à nos jours (publication posthume en 1936). Considéré par ses contemporains comme un improvisateur érudit et un virtuose du jeu verbal, Thibaudet laisse encore aujourd’hui une impression parfois décevante. Pourtant, plusieurs idées constituent la base méthodologique solide de son système de critique : le genre, le pays, la tradition et la génération.

50

Il faut donc féliciter Henryk Chudak d’avoir dépoussiéré les idées de ce critique et d’avoir consacré un ouvrage à l’un des aspects dominants de son approche qu’est le symbolisme, tel qu’il était senti et compris par Thibaudet. Le titre de cette étude combine deux centres d’intérêt, ce qui fait de ce petit livre une entreprise passionnante. D’une part H.Chudak nous fait revisiter les opinions de Thibaudeet à partir de différents textes où le critique présente sa propre conception du symbolisme, et d’autre part il situe le critique dans un contexte plus large en le confrontant avec d’autres passionnés de littérature : là s’engage le véritable débat sur la problématique du symbolisme. Du point de vue méthodologique, la démarche de H. Chudak est très simple : le commentaire sur Thibaudet, très pénétrant d’ailleurs, se fait chronologiquement en respectant la nécessité de « la structure dynamique de la littérature nationale ». En appelant son essai Les générations symbolistes, l’auteur souligne non seulement la spécificité des idées de Thibaudet, mais aussi leur différence avec les opinions d’autres critiques. Au débat sur les générations des poètes se joint presque imperceptiblement celui des générations des critiques.

51

Ce n’est donc pas par hasard que H. Chudak met en relief l’idée de génération qui, chez Thibaudet, s’harmonise avec les catégories bergsoniennes de l’élan vital, de l’évolution créatrice et de la durée. En même temps il se réfère à l’étude de F. Mentré sur Les Générations sociales (1920) et notamment sur la loi des trois générations. Cette perspective permet à l’auteur d’analyser de manière détaillée la démarche de Thibaudet qui consiste à démontrer l’évolution du symbolisme autour de deux figures situées à l’extrême du mouvement que furent Mallarmé et Valéry. Thibaudet retrouve des analogies entre Mallarmé et la préciosité, le romantisme et le Parnasse. Cela permet à H. Chudak d’enchaîner avec les opinions des critiques (entre autres Ch. Morice, G. Vanor, F. Brunetière, G. Lanson, E. Bellot) qui avant 1914 essayaient déjà de saisir, chacun à sa manière, l’essence du symbolisme. Bien que leurs définitions et interprétations fussent différentes, aussi bien Thibaudet que la critique de son temps « dévoilaient aux études sur le symbolisme des horizons bien larges et parfois même insoupçonnés » (p. 41).

52

Le caractère novateur de la critique de Thibaudet est souligné aussi dans les chapitres 6 et 7 du livre, consacrés à P. Valéry et au problème de la poésie pure. La présentation chronologique des travaux de Thibaudet en rapport avec le symbolisme ne laisse pas de doutes sur l’importance qu’attachait le critique à la cristallisation de la poésie moderne. H. Chudak rapproche de Thibaudet les critiques qui ont inséré dans la tradition symboliste Verlaine, Rimbaud, Mallarmé, Corbière et Lautréamont, et qui ont contribué à mettre en question les notions de mouvement, de révolution poétique, d’école et de périodisation (J.Charpentier, P.Martino, M. Raymond et autres).

53

À la lumière des écrits de Thibaudet et des travaux d’autres critiques, le lecteur peut comprendre mieux en quoi consistait la méthode critique de l’auteur de l’Histoire de la littérature française de 1789 à nos jours. Partisan de la segmentation par générations, il met en œuvre le postulat de la critique bergsonienne où la conception d’histoire littéraire se réalise par le passage du discontinu au continu.

54

JERZY LIS.

PIERRE CITTI, La Mésintelligence. Essais d’histoire de l’intelligence française du symbolisme à 1914. Saint-Étienne, Éditions des cahiers intempestifs, « Lieux littéraires », n° 3,2000. Un vol. 17,5 × 20 de 283 p.

55

Comme Pierre Citti fait mine de le souhaiter, peut-être faut-il prendre son livre à rebours et commencer par lire le « chapitre vingt-troisième et conclusif », qui est censé « (faire) regretter d’avoir lu tout le reste ». Celui-ci s’ouvre sur deux affirmations péremptoires, qui, comme il se doit, invitent à lire ce qui précède, tout ce qui précède. La première indique, plus nettement que son titre, quel est le projet du volume : « L’invention de l’intellectuel : dans cette conclusion je ne parlerai pas de l’affaire Dreyfus ». L’autre donne une assez juste idée de son ton et de son humeur : « Rien n’est devenu plus commun que les centenaires en nos prospères contrées, et j’attendrai 2098 » (p. 269). Ainsi s’éclaire, bien que l’auteur n’en fasse pas usage dans le corps de son ouvrage, la notion titulaire de « mésintelligence ». Elle signale, d’une part, que la fin de siècle est encore mal comprise ; elle indique, par ailleurs, que ce qui est mal mis en perspective dans l’image aujourd’hui dominante de la fin du siècle n’est autre que sa relation à l’intelligence. Aussi, alors même qu’il ne semble l’aborder que dans la deuxième partie de son livre (« Misère de l’intelligence, grandeur des intellectuels »), est-ce bien « l’invention de l’intellectuel » qui intéresse P. Citti.

56

L’auteur ne peut cependant revenir sur une question aussi travaillée et montrer que les données fondamentales méritent d’en être repensées sans s’expliquer sur les postulats méthodologiques qui guident sa démarche. Il revient donc d’emblée sur la réflexion qu’il a développée dans les pages liminaires de Contre la décadence ( PUF, 1986) et apporte un certain nombre de précisions sur la notion d’imagination, distinguée de celle d’imaginaire, de façon à mieux faire comprendre « l’histoire de l’imagination » telle qu’il la conçoit, et telle qu’il la pratique lorsqu’il s’attache, ensuite, à mettre en évidence les lignes de force d’une « histoire de l’intelligence française » : « Ce qu’on appelle usuellement l’imaginaire, ou le non factuel, le non actuel, c’est précisément ce dont notre imagination infatigable n’a plus besoin à telle heure de l’histoire, - réserve pour l’avenir peut-être, mémoire des illusions perdues et des erreurs à éviter. Le réel, c’est ce qu’a construit hier pour nous l’imagination, et que nous ébranlons sans cesse pour laisser sourdre, par d’imprévisibles failles, l’invention de notre lendemain » (p. 21). Sur ces fondements, le « phénomène littéraire » (la vie littéraire et son évolution, l’histoire littéraire et ses évaluations) est pensé comme ce qui « consiste à réaliser (une) illusion à quatre dimensions, à écrire, publier, lire et juger », illusion dans le cadre de laquelle écrivains et lecteurs « correspondent, non pas à des populations sociologiques, mais à des attitudes de l’imagination » (p. 21). Aussi P. Citti s’en prend-il, dans la partie centrale de son livre, à un certain nombre d’interprétations et d’explications des phénomènes qui conduisent à « la naissance de l’intellectuel », explications qu’il juge réductrices, interprétations dont il indique de plus qu’elles lui paraissent partisanes. Maintenant toutefois que, conçue comme un « fait d’imagination » et comme un moment de l’histoire de l’imagination, l’affaire Dreyfus n’explique pas l’apparition de l’intellectuel sur la scène littéraire, il s’intéresse à l’intelligence, met au jour les « figures littéraires » (le primitif, l’instinct, l’inconscient) qui s’opposent à elle et dégage différents « essais de restauration » de sa valeur. Il se met ainsi en situation de montrer qu’un « type d’intellectuel est né vers 1890 », que celui-ci se caractérise par une « exigence d’action » qui le pousse à « définir sa mission sociale, non sans difficultés » (p. 187). Difficultés que l’analyse évoque en revenant sur différentes tentatives, souvent tenues pour anecdotiques, de définition de la mission de l’intellectuel, et en attirant l’attention sur le « rôle social de l’officier » de Lyautey, sur le « devoir présent » de Paul Desjardins, et sur différents textes de Charles Wagner, d’Henry Bérenger, d’Edouard Rod ou de Jules Lagneau. L’auteur en vient ainsi à affirmer que « l’affaire Dreyfus (est) l’occasion d’un redressement de l’image trop dépréciée de l’intelligence » (p. 190). Conclusion qui ouvre une problématique que le lecteur aurait pu croire épuisée sur de nouveaux horizons. L’intérêt de l’étude tient en effet, pour une part, à ce qu’elle élargit la perspective à des secteurs peu travaillés de l’espace littéraire, le domaine de la philosophie et celui de la publicistique. Cohérent avec sa conception du « phénomène littéraire », ce détour (qui n’en est pas un) permet à Pierre Citti de signaler, remarque qui mérite intérêt, que le « système de la responsabilité met hors jeu le débat proprement littéraire » (p. 279), que « l’intellectuel ouvr(e) dans le champ littéraire un espace paradoxal, non soumis à la littérature, mais dépendant toujours de l’écriture » (p. 283).

57

S’il met l’accent sur la partie centrale et sur les chapitres d’encadrement du livre de P. Citti, ce compte rendu le fait moins par esprit d’économie que pour dégager la dynamique d’un ouvrage qui, à première lecture, pourrait sembler en manquer. Tandis que l’organisation de la première partie se montre quelque peu digressive du fait de l’insertion d’une réflexion encyclopédique consacrée au symbolisme, la dernière se présente comme une suite d’études monographiques, dont la diversité surprend (Le Mystère des foules de Paul Adam, Cyrano de Bergerac de Rostand, L’Apologie pour notre passé de Péguy…). De fait, la première et la troisième partie du volume reprennent des articles que l’auteur a donnés par ailleurs, plusieurs d’entre eux ayant été publiés dans différents numéros de Littérature et nation. Ceux qui savent combien il est difficile de se procurer ce périodique ne regretteront sans doute pas que P. Citti ait décidé d’en extraire quelques interventions et qu’il ait choisi de les réunir pour rendre à son œuvre critique sa cohérence, une cohérence qu’ils dégageront sans peine, aussitôt qu’ils seront en position de ne plus être arrêtés par des effets superficiels de décousu. Puissent donc ces lignes aider à parcourir avec l’écoute qu’il attend un essai aussi instructif que suggestif, où se trouvent à côté de pages attendues sur telle ou telle œuvre majeure (A Rebours, Les Déracinés, Les Dieux ont soif…), de passionnantes lectures de textes oubliés (Les Roches blanches de Rod, Le Voyage de Shakespeare de Léon Daudet, Hellé de Marcelle Tinayre…), que l’auteur, se moquant des mauvaises réputations, qu’elles soient littéraires ou intellectuelles, invite à relire ou à lire.

58

DENIS PERNOT.

ANDRÉ ESPIAU DE LA MAËSTRE, L’Imprégnation biblique des Œuvres en prose de Paul Claudel. Besançon, Presses universitaires franc-comtoise, « Annales littéraires - Centre Jacques Petit », n° 83, 1999 (distrib. Les Belles Lettres). Un vol. 14,5 × 20,5 de 114 p. ISBN 2-913322-26-3.

59

Qu’André Espiau de la Maëstre soit aujourd’hui l’un des meilleurs connaisseurs de Claudel, un de ceux qui entretiennent avec son œuvre la familiarité la plus complète et la plus intime, cela ne paraît guère contestable. Ce petit volume d’un peu plus de cent pages en apporte une nouvelle preuve. Complétant (pour s’en tenir aux travaux récents) l’étude de Jacques Houriez sur L’Inspiration scripturaire dans le théâtre et la poésie de Paul Claudel, précédant le relevé exhaustif des citations explicites de la Bible établi en 2000 par Maryze Bazaud sous le titre La Bible de Paul Claudel, ainsi que la réédition des commentaires bibliques qui est en cours chez Gallimard, cet ouvrage propose un relevé et un commentaire des quelque 750 citations bibliques contenues dans le volume des Œuvres en prose de la Bibliothèque de la Pléiade. En attendant que les responsables de la prestigieuse collection mettent en chantier une nécessaire refonte de cet ouvrage, le travail d’André Espiau de la Maëstre permet de compléter certes partiellement, mais utilement, et sur un point crucial, un appareil de notes désormais bien insuffisant.

60

CLAUDE-PIERRE PÉREZ.

NORBERT BANDIER, Sociologie du surréalisme (1924-1929), Paris, La Dispute, 1999. Un vol. 14 × 22 de 411 p. ISBN 2-84303-028-5.

61

Dans quelle mesure ce livre, d’ailleurs utile et plein d’intérêt, répond-il à son titre ? On voit bien qu’il se réclame de Norbert Elias ; qu’il emprunte à Bourdieu (avec discrétion) un certain vocabulaire; qu’il renferme de nombreuses biographies, où l’origine sociale et le capital culturel de l’intéressé sont décrits ou évalués ; que les choix esthétiques sont (fort rationnellement) rapportés à, et expliqués par, des stratégies de carrière. Ces informations, cette explication (qui au moins préserve de l’angélisme) méritent assurément d’être considérées. Mais suffisent-elles à constituer une « sociologie du surréalisme » ? Cela voudrait dire alors que la sociologie diffère de l’histoire littéraire moins qu’on ne pouvait le supposer ; on s’en trouve presque déçu.

62

Pourtant ce livre précis, et de lecture agréable, est riche d’informations utiles et souvent originales. On y trouvera peu d’analyses de textes poétiques ; mais une description des salons littéraires parisiens (ou de ce qu’il en reste) après l’Armistice ; de la presse littéraire des années vingt ; des conditions de réception d’une poésie nouvelle (conditions modifiées en particulier, l’hypothèse paraît judicieuse, par les transformations de l’école) ; des querelles d’appropriation du « label » surréaliste ; des débats sur « l’Orient » et « l’Occident » vers 1925, etc. Ceci suffit assurément à en recommander la lecture.

63

CLAUDE-PIERRE PÉREZ.

HUGUETTE LAURENTI (dir.), Paul Valéry 9. Autour des Cahiers. Paris, La Revue des lettres modernes, série « Paul Valéry », Minard, 1999. Un vol. 13 × 19 de 203 p. ISBN 2-256-910005-9.

64

« Notre série », note Huguette Laurenti dans son avant-propos, « n’avait pas encore traité des Cahiers ». En quelque deux cents pages, le numéro 9 s’emploie à pallier cette lacune. Nicole Celeyrette-Pietri, actuelle responsable avec Robert Pickering de la réédition critique (mais partielle) en cours chez Gallimard, y fait, en ouverture, une présentation précise des manuscrits et juge sévèrement l’édition en fac-similé du CNRS, « faux-vrai document souvent trompeur »… Parmi les articles qui suivent, signalons l’étude de Jacqueline Kourieh sur la notion de forme génératrice, de Christina Vogel sur la mémoire, de Patricia Signorile sur l’ornement, de Robert Pickering sur le poète en prose qui œuvre aussi dans ces Cahiers, et que la critique a trop négligé au profit du penseur. On retiendra encore la longue étude de Françoise Haffner sur la crise de 1908 et « le nouveau dispositif d’écriture » qui lui fait suite, ainsi que l’article très suggestif de Monique Allain-Castrillo à propos des lectures espagnoles du jeune Valéry : de Raymond Lulle à saint Ignace de Loyola (dont la « captation » par Valéry est, écrit l’auteur, « stupéfiante »), saint Jean de la Croix et Gracian, la catholique Espagne occupe dans les premiers Cahiers une place que l’on n’aurait pas soupçonnée.

65

CLAUDE-PIERRE PÉREZ.

ANDRÉ GIDE, Les Caves du Vatican. Édition génétique sur cédérom préparée par ALAIN GOULET avec le concours de PASCAL MERCIER. Paris, Gallimard, 2001.

66

Alain Goulet habite les Caves du Vatican depuis plus de trente ans, ou peut-être serait-il plus exact de dire qu’il cohabite avec la sotie gidienne depuis le moment où il a commencé les recherches pour sa thèse d’état et sa thèse complémentaire. Un projet de publication d’une édition critique a pris forme il y a de nombreuses années, mais différents éditeurs ont reculé devant les coûts de fabrication d’une œuvre aussi complexe. Aujourd’hui on ne peut que remercier ces éditeurs récalcitrants car l’édition génétique proposée en 2001 sur cédérom a de puissants atouts par rapport à une publication traditionnelle.

67

En premier lieu le livre, de par sa forme, impose une linéarité de lecture, ce qui à son tour impose à l’éditeur scientifique d’un texte la nécessité de rendre compte, également de manière linéaire, des vicissitudes de la composition du livre qui, elles, échappent à de telles contraintes. D’autre part l’imprimé, sauf par la photo, ne peut jamais représenter par la typographie l’espace de l’écriture, la manière dont l’auteur se sert du papier, le remplit avec toutes les acrobaties de la plume qui lui sont particulières. Au contraire, les atouts de l’électronique sont les capacités de stockage; ainsi un cédérom permet de reproduire en fac-similé tous les éléments constitutifs d’un projet donné. Ajoutons que le prix de fabrication est infime en comparaison du livre. Aussi est-il certain que les éditions scientifiques futures se feront toutes sur support électronique ou du moins assumeront une forme hybride où le livre contenant le texte édité ainsi que l’introduction de l’éditeur scientifique sera accompagné d’un cédérom renfermant tout l’apparat critique. Dans le cas présent les responsables ont opté pour le seul cédérom qui contient une multiplicité d’informations, de documents, d’articles de présentation, de gloses organisés de manière à en rendre la consultation la plus aisée possible. J’avoue que pour mon goût personnel j’aurais préféré que tout ce matériel, indépendamment des documents gidiens ayant directement trait à la gestation des Caves, ai paru dans le livret qui accompagne le cédérom. Lire sur un écran cathodique ne représente pas le même confort que feuilleter un livre. Aussi mon premier geste en parcourant le cédérom des Caves a-t-il été de sortir de mon imprimante plus de cent pages d’introduction et de commentaire afin de les lire à mon aise. Et j’imagine que bon nombre de lecteurs feront de même. L’inconvénient majeur de cette démarche est la quantité de feuilles éparses générées qui sont autrement moins commodes qu’un livre. Par ailleurs les économies de production réalisées par l’éditeur se trouvent transformées en dépenses pour le lecteur… D’autres conséquences en découlent également. Sans me hasarder trop loin dans les détails techniques je ferai remarquer que l’option de présentation des textes et des documents pour le cédérom (à partir du navigateur Explorer) oblige une présentation en langage HTML, langage puissant mais limité du point de vue typographique. Ce qui entraîne un certain nombre de compromis dans la présentation typographique des textes qui ne sont strictement pas nécessaires dans l’imprimé.

68

Ce sont là pourtant des vétilles car ce cédérom constitue un pas de géant dans les études textuelles gidiennes. Il est admirablement bien conçu et d’une navigation facile, intuitive et agréable. C’est certainement un modèle à suivre pour l’avenir. L’écran d’ouverture présente le beau dessin de Gide réalisé par Paul-Albert Laurens à l’endroit et à l’envers en effet de miroir sur fond bleu clair. L’atmosphère gidienne est aussitôt établie et l’on passe rapidement à l’écran de titre suivi de l’écran « Sommaire » qui est comme la plaque tournante de l’entreprise. Au beau milieu une photographie des véritables caves du Vatican sert de point focal et de porte d’entrée aux textes et avant-textes, tandis que les différentes rubriques d’exploration du cédérom, au nombre de treize, rayonnent autour. « Présentation » situe les Caves dans le contexte de la vie et de l’œuvre de Gide tout en soulignant la nouvelle esthétique qu’elles constituent pour l’auteur ainsi que l’effet de scandale occasionné par leur publication. Surtout cette présentation résume les possibilités de recherche offertes par une exploration du cédérom : « [Il] permet de disposer de l’ensemble des matériaux composant la préhistoire de l’œuvre, de consulter son chantier, d’ouvrir et de parcourir l’avant-texte à la demande, selon les intérêts et la curiosité de chacun. Le cédérom offre à cette consultation son espace multiple et mobile, permettant tous les regards, parcours et toutes les confrontations. Les fac-similés de tous les brouillons non seulement préservent les originaux tout en les rendant accessibles à tous, mais restituent avec la plus grande fidélité la trace de la main, laissant deviner la pensée à l’œuvre, et opérant comme une radiographie des opérations mentales successives ».

69

On a hâte d’explorer ces différentes possibilités. Avant de s’y aventurer cependant on aimerait disposer de certains renseignements portant sur la nature des documents, aussi faut-il passer par une deuxième rubrique « Principes de l’édition génétique » afin de les obtenir ainsi que par une troisième « Bibliographie ». On aimerait également avoir une explication des sigles et abréviations utilisés : elle existe peut-être mais devrait être plus clairement mise en évidence. L’édition présente l’ensemble des brouillons, notes et manuscrits qui ont servi à l’élaboration des Caves, ensemble d’une singulière complexité savamment exposé par A. Goulet et P. Mercier. Explorer « Texte et avant-texte » est un vrai plaisir en raison de la clarté de l’exposition et la facilité de navigation entre les divers documents. L’écran est divisé en deux fenêtres ce qui permet de confronter n’importe quel état du texte avec n’importe quel autre. On est surtout frappé par la qualité de la reproduction en fac-similé des feuillets de notes et de brouillons et la manière dont ces documents sont organisés de manière à ce que l’on puisse les confronter, dans l’ordre hiérarchique, avec le texte d’aboutissement en l’occurrence l’édition courante NRF de 1914 [1][1] Une suggestion pourtant pour des rééditions du cédérom :.... Le choix de ce texte est justifié de manière convaincante dans « Genèse et publications ». De fait la démarche d’A. Goulet est celle des textologues traditionnels. À partir d’une analyse des différentes leçons de variantes il conclut que celle-ci est la moins fautive et propose un certain nombre de corrections à partir de leçons antérieures. On peut regretter qu’à certains moments l’éditeur scientifique ait fait preuve de trop de prudence. Ainsi sous la rubrique « V.2.3 Corrections vraisemblablement intentionnelles de Gide » sont présentées un certain nombre de leçons, apparemment fautives, mais qui n’ont pas été corrigées sur le texte de base. Je pense notamment à l’exemple où on lit sur le manuscrit : « — Dieu vous saura gré, pauvre cher abbé Cave, reprenait le cardinal en se tournant vers Protos, — Dieu vous récompensera de |venir| m'aider à vider cette coupe ; — et, par symbole, il achevait d'un coup son verre à demi plein, tandis que sur ses traits le dégoût le plus douloureux se peignait. § Quoi ! s'écriait Fleurissoire PÉNÉTRÉ, se peut-il que même dans cette retraite et sous ce vêtement d'emprunt votre excellence doive… » alors qu’à partir de la prépublication dans La Nouvelle revue française (1er janv., 1er fév., 1er mars, 1er avril 1914) le texte se lit, abusivement à mon sens, « — Quoi ! s'écriait Fleurissoire PENCHÉ, se peut-il que même dans cette retraite et sous ce vêtement d'emprunt votre excellence doive… ». Le contexte indique clairement que « penché » est une erreur introduite par le prote, erreur qui échappe à Gide au moment où il corrige (assez négligemment, il faut en convenir) ses épreuves, erreur qui subsiste dans toutes les éditions subséquentes. La volonté de présenter un texte aussi sûr que possible indique qu’on est en présence d’une véritable édition critique et non diplomatique, et on peut se demander pourquoi le libellé principal est « édition génétique » plutôt qu’ « édition critique ». Sans doute la raison en est qu’un tel intitulé aurait entraîné la présentation des variantes de toutes les éditions publiées ayant autorité (c’est-à-dire toutes celles où Gide se mêle à la publication), tâche qui n’a pas été accomplie mais qui aurait ajouté une dimension supplémentaire à ce travail déjà remarquable.

70

Quelques remarques supplémentaires à propos de la présentation des textes s’imposent : les éditeurs scientifiques ont choisi de présenter des transcriptions, en mode texte, des différentes éditions (prépublication et édition courante de 1914) et non des fac-similés. On comprend ce choix en fonction des raisons techniques qui facilitent l’introduction d’hyperliens vers d’autres strates textuelles, mais on regrette l’absence des fac-similés des originaux car on glane des informations significatives à partir d’une étude de la disposition typographique des textes. Techniquement ajouter ces fac-similés était faisable. Le plus grand regret est cependant l’absence de fac-similé du manuscrit. Les différents brouillons sont présentés à la fois en fac-similé et en transcription, mais nous n’avons que la seule transcription du manuscrit des Caves. C’est dommage, car le projet aurait été enrichi d’une manière incommensurable. Le lecteur aurait pu se donner le plaisir de suivre le tracé gidien près de son achèvement et de comparer le feuillet manuscrit avec sa transcription, comme il le peut pour les brouillons (où il peut proposer pour lui-même des lectures qui sont parfois différentes de celles proposées par les éditeurs).

71

La transcription de manuscrits est toujours une tâche délicate et différentes maisons d’édition insistent parfois pour que des fautes d’orthographe systématiques commises par un auteur soient signalées une fois mais corrigées de manière globale ensuite. Dans le cas présent là où l’on peut confronter les brouillons et leur transcription une transcription rigoureusement diplomatique s’impose : on s’étonne donc de la décision de « rétablir des accents manquants, en particulier dans les formes verbales du subjonctif, et de corriger de menues fautes d’orthographe qui ne [...] paraissaient pas significatives » et l’on se demande selon quels critères les changements sont apportés à partir de la réflexion suivante : « Gide a la manie des tirets, employés pour définir n’importe quel type de pause syntaxique. Nous avons donc parfois transformé certains tirets en points »… Ajoutons que le protocole d’encodage dans les transcriptions semble être un amalgame du protocole de transcription génétique utilisé dans la collection « Paralogue » des Lettres modernes (Minard) et celui développé à l’ITEM. Il aurait été préférable peut-être d’opter pour l’un ou pour l’autre.

72

En plus de ces richesses textuelles considérables, on a accès sur ce cédérom aux connaissances encyclopédiques d’A. Goulet sur les Caves, allant des « Documents préparatoires » au « Contexte, source et référents », à la « Genèse et publications », l’« Accueil des Caves » et « Avatars » aussi bien qu’aux « Adaptations des Caves » qui contiennent plusieurs inédits. Il s’agit là d’un véritable trésor d’érudition et les gidiens ne peuvent que se féliciter de cette heureuse initiative réalisée grâce au « André Gide Editions Project » de l’Université de Sheffield soutenu par la British Academy/Arts & Humanities Research Board et le CNRS. C’est une grande première permettant une exploration approfondie de tous les états de la composition et de la rédaction des Caves. Il faut espérer qu’A. Goulet tirera également profit de son travail pour sortir une édition papier du texte corrigé de la célèbre sotie de Gide. Soixante-dix-huit ans de texte fautif suffisent largement !

73

ANDREW OLIVER.

Pascal-Mauriac. L’œuvre en dialogue. Actes réunis par JEAN - FRANÇOIS DURAND. Paris, L’Harmattan, 2000. Un vol. 13,5 × 21,5 de 420 p. ISBN 2-7384-9597-4.

74

François Mauriac a toujours témoigné de sa « dette envers Pascal », pour reprendre le titre d’un des chapitres de Ce que je crois. Le colloque organisé par l’Association internationale des amis de François Mauriac en octobre et novembre 1999, à Paris et à Montpellier, a le mérite d’explorer une source fondamentale de l’œuvre mauriacienne : l’influence pascalienne des Pensées et du Mémorial est patente dans l’écriture romanesque, mais elle imprègne également les nombreux essais de Mauriac, auteur de Blaise Pascal et sa sœur Jacqueline; enfin le polémiste du Bloc-notes a trempé plus d’une fois sa plume dans l’encre des Provinciales. Seule l’œuvre du savant lui est restée étrangère.

75

Jean-François Durand a rassemblé les vingt-cinq communications en trois parties. La première, « La filiation pascalienne », réunit les communications de P. Sellier, D. Millet-Gérard, J. Plainemaison, M. Bressolette, R. Eluerd, M. Dyé, J.-F. Pény et J.-P.Bourcheix. Elle montre comment la vision mauriacienne de Pascal et du jansénisme est tributaire de son époque — celle du « règne de l’édition Brunschvicg » (P. Sellier, p. 18) qui fausse partiellement la perspective apologétique —, et combien Mauriac a redessiné le portrait de Pascal : « le Pascal de Mauriac n’est-il pas, beaucoup plus que Pascal, un personnage de roman de Mauriac ? » se demande D. Millet (p. 42).

76

La seconde partie, « Métaphysique de l’inquiétude », explore thématiquement cette filiation. Parmi les communications de B. Thompson, P. Le Touzé, M. Delcroix, A.Séailles, M.Vounda Etoa, V.Fesenko et Y.-M.Lequin, on soulignera celle de J.-F. Durand intitulée « L’opacité du monde », celle de M. Maucuer qui fait apparaître en contrepoint la vision valérienne de Pascal, ou l’analyse rigoureuse de P. Bonet sur « Misère humaine et grâce divine chez Pascal et Mauriac ». La dernière partie, « Le dialogue des œuvres », permet d’élargir la perspective par des confrontations avec d’autres auteurs, de Racine (P. de Boisdeffre), à l’écrivain japonais Endô (T.Takemoto), en passant par Dostoïevski (Z. Kirnozé), Malraux (M.-S.Doudet) et Green (M.O’Dwyer) ; P.-M.Héron y fait une subtile analyse des rapports entre Mauriac et Jouhandeau, et Gérard Chalaye y souligne les divergences fondamentales entre Mauriac et Teilhard de Chardin, qui passent par Pascal.

77

Si le volume n’échappe pas toujours à certaines redites, ce qui est inévitable dans ce type d’ouvrage, il apporte une contribution importante aux études mauriaciennes.

78

PASCAL LÉCROART.

FRANÇOIS MAURIAC, Génitrix de Génitrix. Le manuscrit et sa genèse. Présentation, transcription et notes par PIER LUIGI PINELLI. Fasano-Paris, Schena-Didier Érudition, « Bibliotheca della Ricerca, Edizioni genetiche 1 », 2000. Un vol. 17 × 24 de 272 p. ISBN 88-8229-186-3.

79

Cette édition génétique établie par Pier Luigi Pinelli est précieuse puisqu’elle met à notre disposition le manuscrit de Génitrix de Mauriac. Or, contrairement à la quasi-totalité des autres manuscrits des romans mauriaciens, déposés par leur auteur à la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, celui-ci avait disparu et Jacques Petit n’avait pu en faire usage pour l’édition de la Bibliothèque de la Pléiade. C’est en 1985 qu’il fut préempté par la Bibliothèque municipale de Bordeaux lors d’une vente publique.

80

Après une première partie qui offre une analyse synthétique et précise des principales informations que l’on peut tirer de l’analyse de ce document qui nous fait pénétrer « Dans l’atelier de Mauriac », P. L. Pinelli reproduit, sur une double page, l’intégralité du manuscrit accompagné d’une transcription qui en permet une lecture et une exploitation aisées. Une troisième partie fait état synthétiquement des modifications opérées entre ce manuscrit et le texte imprimé, sans pouvoir s’appuyer sur des documents précis, la dactylographie et les épreuves étant perdues. En appendice, est notamment présenté un répertoire complet des manuscrits des romans de Mauriac.

81

Cette édition offre un outil précieux non seulement pour l’étude de ce roman, mais pour comprendre le fonctionnement et la dynamique de l’écriture mauriacienne.

82

PASCAL LÉCROART.

SERGE LINARÈS, Cocteau, la ligne d’un style. Paris, SEDES, « Questions de littérature », 2000. Un vol. 24 × 16 de 223 p. ISBN 2-7181-9252-6.

83

Auteur d’une thèse, puis d’un livre sur Cocteau paru aux éditions Champ Vallon (Jean Cocteau : le grave et l’aigu, 1999), Serge Linarès propose ici un parcours à travers l’œuvre entière, tant littéraire que graphique. Voulant laver l’auteur de Thomas l’imposteur des soupçons qu’ont nourris contre lui aussi bien les surréalistes que les hommes de la NRF, et soucieux de trouver le « fil rouge » qui traverserait toute cette œuvre, il invite à voir dans Le Potomak (1913-1914) le point de départ d’une ligne de conduite qui serait « enfin personnelle », et d’une « identité » « irréductible au commun » (p. 24). La « ligne » de Cocteau consisterait donc à fixer une « mesure à la démesure », à convertir la dispersion en diversité.

84

Sans doute. On aimerait cependant être tout à fait sûr que ces formules sont plus que de simples pirouettes de Cocteau, des échappatoires toutes verbales. Et l’on peut aussi penser que la tâche d’un écrivain n’est pas nécessairement d’inventer une ligne de conduite « enfin personnelle » : qu’elle peut consister à égarer une hypothétique identité autant (ou plutôt) qu’à fermer sur elle la main, ou le livre; moins à se singulariser qu’à rejoindre un impersonnel.

85

CLAUDE-PIERRE PÉREZ.

GINETTE MICHAUX et PIERRE PIRET (dir.), Logiques et écritures de la négation. Paris, Éditions Kimé, 2000. Un vol. 14 × 21 de 157 p. ISBN 2-84174-219-9.

86

« NON = un oui entre deux murs ». Non cité ici, sauf erreur, ce mot de Claudel dans son Journal pourrait servir à indiquer succinctement (et allusivement) l’un des principaux arguments mis en œuvre dans ce savant ouvrage où se trouvent réunies à l’enseigne de la négation cinq études proposées par des universitaires de Louvain. Les deux premiers chapitres sont consacrés à une présentation théorique d’un concept présent notamment chez Freud et Lacan sous les espèces de la Verneinung, la dénégation, et fréquemment sollicité par Derrida et par Blanchot. Les trois chapitres suivants font l’épreuve de ces notions et de ces théorisations sur les poèmes de Francis Ponge, les récits d’André Baillon, et sur le théâtre de Claudel, justement.

87

CLAUDE-PIERRE PÉREZ.

ANNE COUSSEAU, Poétique de l’enfance chez Marguerite Duras. Genève, Droz, « Histoire des idées et critique littéraire », 1999. Un vol. 15 × 22 de 462 p.

88

L’ouvrage d’Anne Cousseau examine la présence, dans l’œuvre de Marguerite Duras, de l’un des motifs privilégiés de notre littérature, l’enfance, et le fait avec un remarquable souci d’exigence. Située clairement dans ses rapports avec le Nouveau Roman et la Nouvelle Autobiographie des années quatre-vingt, l’œuvre durassienne est envisagée à la fois dans son inscription dans l’histoire littéraire du XXe siècle et dans sa singularité. Si l’enfance participe d’une représentation mythifiée par le texte littéraire, et en particulier par l’imagerie romantique, elle autorise, chez Marguerite Duras, l’invention de procédures narratives et de motifs métaphoriques qui, de livre en livre, témoignent d’un art poétique et de ses enjeux.

89

La démarche d’A. Cousseau, fermement exposée en introduction, s’appuie sur le recensement des figures d’enfance présentes dans l’œuvre pour s’ouvrir au caractère poétique de l’écriture que génère clairement le motif de l’enfance. Chemin faisant, l’enfance indochinoise de l’auteur est intégrée comme matériau textuel, éclairée par les confidences que Marguerite Duras a pu livrer sur elle-même. Mais l’ouvrage d’A. Cousseau, et on ne peut que souscrire à son choix, s’écarte des enjeux autobiographiques de l’œuvre pour maintenir son attention sur l’alchimie d’une écriture et sur la mise en forme d’une vision du monde et du sujet qui conduisent la romancière à investir l’espace poétique. Ainsi sont évoquées avec beaucoup de finesse les frontières, particulièrement poreuses chez Marguerite Duras, entre roman et autobiographie et surtout entre prose et poésie. L’enfance apparaît de ce fait vecteur d’un imaginaire particulier que révèle la mise en scène énonciative quand elle investit le point de vue enfantin. Mais c’est alors plutôt un état d’enfance qui se fait jour, et qui caractérise le personnage durassien au-delà de l’inscription de l’âge : intégré aux multiples figurations du désir, l’état d’enfance, entre intelligence et folie, rejoint ce rêve de coalescence qui chez Marguerite Duras intervient comme contrepoint à la thématique de la déchirure et de la perte. C’est le troisième temps de ce travail convaincant qui est sans doute le plus original et qui ouvre de nouvelles voies à la recherche : par l’étude précise des structures analogiques, des échos sémantiques et mélodiques, A.Cousseau traverse l’œuvre pour en restituer la puissance poétique. À travers les motifs de l’élémentaire et de l’archaïque, de l’eau et du paysage, l’écriture durassienne se fait révélation et initiation, rejoignant ainsi une démarche orphique. Devenue chant, l’écriture dit l’enfance plus qu’elle ne la met en scène. Appuyée sur de très fines analyses textuelles, cette étude offre un éclairage nouveau sur l’œuvre de Marguerite Duras et sur ce qui fait son unité.

90

BERNARD ALAZET.

Quinze romans dans le siècle. Études réunies par ALAIN CRESCIUCCI. Paris, Klincksieck, « Littératures contemporaines », n° 8,2000. Un vol. 15,5 × 24 de 254 p. ISBN 2-252-03321-5.

91

Seuls les trois premiers quarts du XXe siècle sont ici représentés, depuis Bubu de Montparnasse (1901), de Charles-Louis Philippe, à Villa triste (1975), de Patrick Modiano. Il fallait bien une génération de recul pour comprendre pourquoi tel roman a survécu, quand d’autres (plus nombreux) sont tombés dans l’oubli. Car l’ouvrage n’a rien d’un palmarès : Proust, Malraux, Céline, Camus, Mauriac en sont absents, tandis qu’y revivent des œuvres reléguées au fond de nos bibliothèques, quand ce n’est pire : Les Javanais (1939), de Jean Malaquais, ou Le Mas Théotime (1945), d’Henri Bosco. Le cas de La Jalousie (1957), d’Alain Robbe-Grillet, offre l’exemple singulier d’une œuvre qui, accueillie par des sarcasmes, s’est imposée parce que (outre ses mérites esthétiques) elle permettait d’enseigner au mieux les principes du « nouveau roman ». Le recueil rappelle que, au long de deux décennies illustrées désormais par Robbe-Grillet, Sarraute, Simon, Butor ou Pinget, les romans de François Nourissier, Antoine Blondin ou Michel Déon ont assuré la permanence d’autres vertus. Comme une réflexion historique ne saurait se priver d’un regard sur l’après, c’est Michel Houellebecq qui perce, deux fois au moins, à l’horizon d’attente. Que passe encore une génération, et nous ferons le point.

92

PIERRE-LOUIS REY.

NORBERT JONART, L’Ennui dans la littérature européenne. Des origines à l’aube du XXe siècle. Paris, Honoré Champion, « Bibliothèque de littérature générale et comparée », n° 18,1998. Un vol. 15 × 22,5 de 221 p.

93

Retracer une histoire de l’ennui « des origines à l’aube du XXe siècle » en 220 pages tient de la gageure. Aussi, contrairement à ce que laisse entendre le titre donné à son livre, n’est-ce pas le projet auquel s’attache Norbert Jonard. Comme il l’indique dans un bref texte de présentation, il s’est en effet fixé pour objectif de poursuivre une réflexion engagée par d’autres (Pierre Barbéris, Guy Sagnes, Michèle Huguet, Reinhard Kuhn…), auxquels il fait souvent référence, et s’efforce de penser l’évolution de l’ennui et de son expression dans un large champ chronologique ainsi que dans l’ensemble de l’espace européen. Il signale par ailleurs qu’il a choisi de s’arrêter à des auteurs peu travaillés et à des œuvres qui n’ont pas encore fait l’objet d’études systématiques bien que l’ennui y joue un grand rôle. Dans ces conditions, le rythme et la précision de l’étude pourront sembler inégaux : les premiers chapitres se présentent en effet comme une suite de mises au point alors que ceux qui envisagent l’ennui à partir du XVIIe siècle prennent des aspects plus précis, s’appuient sur des lectures plus développées et adoptent une dimension originale et personnelle, notamment chaque fois qu’est évoquée la littérature italienne. Distinguant toujours l’ennui de la mélancolie, le redéfinissant dans le cadre de chacun des moments (« crise des Lumières », « mal du siècle », « mal bourgeois », « fin de siècle »…) envisagés, N. Jonard développe alors un propos qui tient son objet à égale distance de saisies historiques et sociales ainsi que de perspectives psychologiques. Dans ces conditions, le parcours qu’il propose se lit volontiers et apporte, sur des œuvres auxquelles il s’arrête parfois longuement, des interprétations intéressantes. Force est cependant de constater, phénomène qui peut en rendre la lecture malaisée, que le livre de N.Jonard dépasse le cadre qu’il se fixe, donne volontiers des indications aussi rapides que générales, de sorte qu’il prend moins les aspects d’une étude approfondie de l’ennui que ceux d’un excellent volume de vulgarisation. Il faut donc regretter que « ce petit ouvrage » (p. 8) s’inscrive au catalogue d’une collection qui risque de lui interdire de toucher le public d’étudiants et de jeunes chercheurs auquel il semble destiné et s’étonner, par ailleurs, de la présence de coquilles, qui affectent des noms de personnages aussi connus que des Esseintes (orthographié des Essainte).

94

DENIS PERNOT.

CHRISTOPHE LAGIER, Le Théâtre de la parole-spectacle. Birmingham, Alabama, Summa publications, 2000. Un vol. 15,5 × 23,5 de 153 p.

95

L’idée était bonne de réunir Audiberti, Obaldia et Tardieu autour de la notion de « parole-spectacle », un spectacle de la parole qui dépasse le comique de la simple fantaisie pour mettre paradoxalement en lumière la faillite du langage et l’inévitable incommunicabilité. Cependant, malgré quelques rapprochements entre les trois dramaturges, nous nous retrouvons en fait devant trois analyses distinctes — et relativement brèves, à peine plus de trente pages chacune. L’intérêt des commentaires par ailleurs est inégal. S’ils sont bien venus sur Génousie et L’Effet Glapion, plusieurs autres n’apportent rien de bien original, par exemple les pages laborieuses sur le début du Mal court. On regrette enfin un index trop approximatif qui signale quatre occurrences de Jeanyves Guérin alors qu’on en relève huit autres. Et que dire de l’impolitesse sans doute inconsciente qu’il y a à faire des citations, parfois longues, dans une langue étrangère sans les traduire (p. 7,9,117) alors que pour un long texte de Nietzsche l’allemand et le français sont fournis (p. 16 et 121). Remplacer à peu près régulièrement « de Tardieu » par l’adjectif « tardivin » (p. 44,48,55,56,61,62,74), parler de « système référentiel intratextuel anaphorique » (p. 52) et employer « ressort » à la place de recours (p. 88) laissent à penser que le critique n’a pas, chez ses auteurs, pris le meilleur de leurs « originalités linguistiques » (p. 100).

96

MICHEL AUTRAND.

NIVOELISOA GALIBERT, Chronobibliographie analytique de la littérature de voyage imprimée en français sur l’océan Indien (Madagascar - Réunion - Maurice) des origines à 1896. Paris, Champion, « Histoire du livre et des bibliothèques », 4,2000. Un vol. 15 × 22,5 de 232 p. ISBN 2-7453-0243-4.

97

Déjà auteur d’une thèse d’État sur Madagascar dans la littérature française de 1558 à 1990, N. Galibert complète ce travail par une Chronobibliographie qui concerne cette fois-ci trois îles de l’océan Indien : Madagascar, La Réunion, Maurice. Elle tire parti de bibliographies antérieures, notamment celles de Roda, de A. Toussaint et H. Adolphe, et de A. et G. Grandidier, tout en les complétant et en montrant en introduction les liens qui peuvent exister entre les différents éléments de ce corpus indianocéaniste (par exemple un commun mythe des origines).

98

L’ouvrage est divisé en trois parties : 1) une Introduction générale, qui fait le point sur les travaux critiques et où sont abordées les questions de définition du corpus. N. Galibert a exclu les manuscrits et les périodiques, pour se concentrer sur les imprimés en français parus entre 1558 (les Singularitez de Thevet) et 1896 (annexion de Madagascar par la France); 2) la Chronobibliographie proprement dite. La présentation est très claire, et l’on trouve pour chaque entrée (on en compte 394) toutes les indications souhaitables, y compris la cote de l’ouvrage consulté pour la première édition. S’y ajoutent les grands thèmes qui traversent chaque texte retenu (esclavage, faune, religion…) ; 3) une série d’Annexes qui comportent à la fois des index (par auteurs, par titres, et par thèmes), une chronologie et une bibliographie critique très informée, tenant compte des derniers acquis théoriques de la recherche viatique.

99

N. Galibert, qui a effectué ce travail dans le cadre de l’UPRESA 6058 du CNRS, fait preuve d’une grande conscience des difficultés liées à l’approche interdisciplinaire des comparatistes. Elle adopte comme critère simple de sélection « la traversée d’un espace étranger » (p. 32), tout en refusant de distinguer entre déplacements réels et imaginaires. Ce dernier point n’est d’ailleurs pas sans poser problème, car la tentation est alors forte d’inclure dans le corpus des textes de fiction, surtout si ceux-ci renvoient indirectement à un voyage réellement effectué par l’auteur, comme Paul et Virginie. Mais N. Galibert a la sagesse de ne retenir ce roman de Bernardin de Saint-Pierre qu’à titre exceptionnel. Car à faire de la littérature de voyage un vaste continuum qui irait de l’Odyssée au genre des Voyages, on risquerait de perdre la spécificité de cet objet d’étude.

100

Les textes retenus pour cette Chronobibliographie sont bien, dans leur très grande majorité, des récits de voyage, connus (Challe, Bougainville…) ou moins connus, voire anonymes. Ils appartiennent à un domaine de la recherche qui s’est imposé depuis une vingtaine d’années. Ce travail s’inscrit donc à la fois dans le contexte du renouveau des études viatiques (dont témoignent par exemple les publications régulières du Centre de recherche sur la littérature des voyages, dirigé par F. Moureau à l’Université de Paris IV), et dans le contexte plus spécifique d’une récente réappropriation de leur histoire par les chercheurs de l’océan Indien (on signalera à ce propos les nombreux colloques organisés à l’Université de La Réunion, le dernier en date, pour la publication, portant sur L’Aventure maritime, éd. J.-M. Racault, L’Harmattan, 2001).

101

L’ouvrage de N. Galibert, dont il existe également une version informatisée, est destiné à rendre de grands services aux chercheurs sur la littérature de voyage dans l’océan Indien. Mais il vise en même temps un public plus large, et cet outil de travail pourra être consulté avec profit par tous ceux qui s’intéressent à des questions comme celles de l’exotisme, de l’utopie, de l’insularité, de l’idéologie coloniale, ou tout simplement de la représentation de l’ailleurs.

102

SARGA MOUSSA.

Der Blick vom Wolkenkratzer. Sous la direction de WOLFGANG ASHOLT et de WALTER FÄHNDERS. Amsterdam, Rodopi, « Avant Garde Critical Studies », 2000. Un vol. 15 × 23 de 727 p. ISBN 90-420-1282-X.

103

Poursuivant la collaboration déjà menée dans le domaine des manifestes avantgardistes (Manifeste und Proklamationen der europäischen Avant-garde (1909-1938), Stuttgart, Weimar, Metzler, 1995 et « Die ganze Welt ist eine Manifestation ». Die europäische Avant-garde und ihre Manifeste, Darmstadt, Wissenschaftliche Buchgesellschaft, 1997), Wolfgang Asholt et Walter Fähnders rassemblent dans ce riche volume les vingt-huit communications du symposium international sur l’avant-garde qui s’est tenu en juillet 1999 à l’université d’Osnabrück. Ce regard surplombant — qui renvoie à une formule prononcée en 1912 par un certain nombre de futuristes russes — est celui que les auteurs entendent porter sur le phénomène avant-gardiste dans une perspective comparatiste et interdisciplinaire.

104

Dans leur préface, les auteurs commencent par souligner combien le discours sur les avant-gardes s’est vu renouvelé par quatre orientations majeures : le concept du postmoderne, le discours postcolonial qui a corrigé l’eurocentrisme des avant-gardes, les Gender-Studies et les médias numériques (ce dernier point restant le moins exploré par la critique). En revanche, la question de la relation des avant-gardes au postmoderne ne cesse de susciter nombre de positions contrastées, ce qui montre bien en quoi les problématiques de l’avant-garde restent au cœur de l’actualité critique. Ainsi, dans sa proclamation d’une nouvelle relation entre l’art et la vie et dans sa volonté de réduire la fracture entre élite et populaire, le post-moderne est-il une continuation des avant-gardes ? Doit-on à leur égard parler d’échec ou d’élévation dans la disparition (« Aufhebung ») ? En bref, est-il possible de « sauver » l’avant-garde ? Ce concept, les auteurs prennent soin de le redéfinir comme englobant tous les mouvements qui, sous diverses formes, ont visé à rompre avec l’art conventionnel pour créer un art radical et neuf en mesure d’instaurer une nouvelle relation au monde et au quotidien. Les avant-gardes historiques se caractérisent par la constitution de groupe ou de mouvement, par une dialectique d’abolition de l’autonomie artistique, par le transfert de l’art dans la vie et par la dissolution du concept d’œuvre. Ainsi faut-il distinguer les avantgardes historiques des « néo avant-gardes » de l’après seconde guerre mondiale qui, jusque dans les années soixante-dix, ont tenté d’accorder les programmes de leurs prédécesseurs aux nouvelles conditions sociales et historiques. On doit aussi les différencier des « post avant-gardes » des dernières décennies du XXe siècle qui en poursuivent les orientations de rupture et de transgression, en partie dans leur relation conflictuelle au postmoderne.

105

Le volume est organisé en six parties. La première traite de théorie et de critique. P. Bürger pose la question de l’actualité du surréalisme au moyen d’un dialogue contrasté entre un représentant de la pensée hégélienne et un tenant du post-moderne. A. Compagnon s’emploie à analyser l’« exception française » en interprétant la Théorie française (French Theory) des années soixante-dix comme la dernière des avant-gardes européennes avant la globalisation de la vie académique. W. Fähnders souligne combien l’avant-garde a découvert le genre du manifeste et l’a expérimenté jusqu’à l’élévation dans la disparition (Aufhebung). Il voit dans l’expression numérique des manifestes post avant-gardistes une volonté d’actualité qui rapproche ces mouvements des positions des avant-gardes historiques. W. Asholt récuse l’idée que ces dernières puissent paraître « démodées » au temps des nouvelles technologies et montre qu’elles ont pensé et problématisé les limites de leur projet. La seconde partie de l’ouvrage est consacrée à l’étude de l’avantgarde considérée à l’aune des relations entre les sexes. Pour A. Koschorke, la rhétorique masculine des premières avant-gardes vise à maîtriser ce qui apparaît comme une crise de différenciation toute moderne par le biais d’une nouvelle culture de l’énergie. Soulignant combien les études ont fait l’impasse sur les questions de politics of gender, B. Wagner entend ici dessiner un cadre théorique pour l’approche d’un tel champ à l’aide des outils d’analyse du discours. B. Vinken dégage le coût drastique de l’autarcie masculine dans Mafarka le futuriste de Marinetti. La troisième partie développe des perspectives topographiques. C. Rincón traite des avant-gardes en Amérique latine, et plus particulièrement du mouvement brésilien Antropofagia. K. Beekman s’intéresse aux controverses autour de l’avant-garde historique aux Pays-Bas. H. van den Berg montre l’ultranationalité de l’avant-garde (souvent gommée par les perspectives d’histoire littéraire et de critique nationales) en en dégageant les caractéristiques constructivistes. La partie suivante est centrée sur des questions de forme : conception de la langue poétique (M. Grygar); transformations fonctionnelles de l’œuvre d’art dans l’avant-garde russe en relation avec la question de l’utopie (R. Grübel); remises en cause génériques des surréalistes (M.-P. Berranger) ; célébration de l’objet et dévalorisation de l’humain dans l’avant-garde espagnole (H. Wentzlaff-Eggebert). La cinquième section du volume explore la multiplicité des relations des avant-gardes au politique : anarchisme du tournant du siècle (R. Grimminger) ; rapports entre futurisme et fascisme à la lecture des thèses de C. Einstein sur le « modernisme fasciste » (M. Hinz) ; radicalisation de l’opposition aux avantgardes durant la République de Weimar (G. Bollenbeck); portée politique de l’élitisme avant-gardiste à travers l’exemple de la relation de Tatlin et de Maïakovski au bolchevisme et celui de Beuys à la démocratie (O. K. Werckmeister) ; conceptions diversifiées des surréalistes (K. Barck). L’ouvrage se clôt sur la conceptualisation des avant-gardes à la lumière des questions épineuses du moderne et du postmoderne. Pour B. Hüppauf, les avant-gardes sont devenues « inactuelles » (Nietzsche) à l’ère de la révolution électronique. C. Leroy s’intéresse aux trois incarnations successives prises par la suggestive formule « L’esprit nouveau » dans la France de la première moitié du XXe siècle. T. Anz traite de la réorientation moderniste de la psychanalyse freudienne par O. Gross et de son ambition à faire se rencontrer littérature, politique et psychologie. A. Puff-Trojan étudie l’usage défensif que font les avant-gardes après 1945 de la métaphore guerrière. N. Plath propose de décrypter le lexique couramment employé pour désigner la notion d’avant-garde. O. Ette se demande dans quelle mesure les postmodernes, qui se déclarent « vaccinés » contre l’avant-gardisme, peuvent se retenir d’adopter les schémas de pensée de leurs devanciers.

106

VÉRONIQUE LÉONARD-ROQUES.

La Revie littéraire. Textes réunis par BERNARD ALLUIN et BRUNO CURATOLO. Dijon, Centre « le Texte et l’Édition » (Faculté des lettres -Université de Bourgogne), 2000. Un vol. 16 × 24 de 257 p.

107

Ce volume rassemble les actes d’un colloque organisé en 1998 par le Centre d’étude du roman au XXe siècle de l’Université Charles De Gaulle-Lille III et par le Centre « le Texte et l’Édition » de l’Université de Bourgogne. Bien qu’il puisse paraître, au premier abord, ne faire se succéder qu’une quinzaine d’études monographiques, consacrées à des cas tardifs ou posthumes de reconnaissance littéraire, il possède une forte unité, obtenue grâce au suivi d’une ligne problématique précise. S’en dégagent donc des enseignements qui dépassent le seul cadre des auteurs et des œuvres envisagés. A l’exception de deux communications qui engagent une large réflexion sur les fonctionnements de la « revie littéraire », c’est-à-dire du retour ou de l’arrivée différée d’auteurs oubliés dans l’horizon des lectures, les communications présentées ici s’efforcent en effet de comprendre, au cas par cas, les raisons d’oublis considérés comme injustes et d’identifier les phénomènes qui ont permis à des œuvres plus ou moins longtemps ignorées de trouver les lecteurs qu’elles attendaient. Si quelques interventions prennent les aspects de procès en réhabilitation, beaucoup adoptent des tours moins passionnés. Elles s’efforcent de suivre le parcours de réception ainsi que la vie éditoriale de textes tenus pour mineurs et volontiers méprisés afin de mettre en évidence les phénomènes qui ont pu conduire éditeurs et critiques, dictionnaires et histoires de la littérature à les maintenir à l’écart du corpus de la littérature digne d’être lue ou enseignée, mais aussi afin de comprendre pourquoi et par quels biais ils ont finalement été arrachés à l’oubli. La lecture du volume préparé par Bernard Alluin et par Bruno Curatolo présente ainsi deux intérêts : celui d’évoquer des écrivains peu travaillés et souvent mal connus (Louis Chadourne, Emmanuel Berl, Marc Bernard, Jean Prévost, Henri Calet, Raymond Guérin, André Hardellet…); celui d’engager une réflexion, à bien des égards capitale, sur les fonctionnements de la reconnaissance littéraire. Il faut donc souhaiter que cette entreprise, pour l’heure exclusivement vingtièmiste, trouve les développements qu’elle mérite et donne lieu à des réflexions s’ouvrant à des phénomènes comme la reconnaissance des littératures étrangères ou celle, longuement différée, d’œuvres de l’âge classique ou de la période des Lumières au cours du XIXe siècle aussi bien qu’au cours du XXe siècle. De tels travaux obligeraient par ailleurs, sans doute, à repenser les périodisations ordinaires de l’histoire littéraire en fonction d’un temps des œuvres, qui n’est autre que celui de leur reconnaissance et de leur éventuelle « revie ».

108

DENIS PERNOT.

Le Dit masqué. Imaginaires et idéologie dans la littérature moderne et contemporaine. Marseille, Publications de l’Université de Provence, 2001. Un vol. 15 × 21 de 209 p.

109

Précédé d’un texte de présentation, où Anne Roche en explique les principaux présupposés théoriques, cet ouvrage collectif s’organise en deux temps. Il s’intéresse en effet à l’image que la littérature se donne d’elle-même puis à la représentation et à la critique d’idéologies dans différents textes de fiction. De manière générale, les objets d’étude retenus par les contributeurs sont fort divers, puisqu’ils vont du roman moral au roman de science-fiction, qu’ils couvrent un champ chronologique qui s’étend de la fin du XVIIIe siècle à la période actuelle et qu’ils s’ouvrent à divers espaces en s’intéressant notamment aux littératures francophones. Plusieurs contributions monographiques, réunies dans le deuxième temps du volume, s’arrêtent par ailleurs à divers écrivains contemporains : Nathalie Sarraute, Jean Genet, Roland Barthes, Ahmadou Kourouma, Georges Bernanos… Dans ces conditions, si solide que soit l’organisation globale du volume et si intéressante que soit chacune des réflexions présentées, la réflexion d’ensemble, pourtant nettement formulée dans le texte liminaire, finit par échapper quelque peu, alors même que, revenant sur des questions qui ont été délaissées après avoir été placées au centre des études littéraires, elle mérite attention. Se dégagent cependant d’une lecture continue de l’ouvrage plusieurs lignes d’intérêt, autour d’une nouvelle conception du réalisme, envisagée à travers l’exemple de François Bon, et autour d’une conception englobante de la littérature comme lieu d’éclatement des représentations idéologiques.

110

DENIS PERNOT.

RAYMOND TROUSSON, D’Utopie et d’Utopistes. Paris et Montréal, L’Harmattan, « Utopies », 1998. Un vol. 13,5 × 21,5 de 233 p.

111

La pensée utopique intéresse Raymond Trousson depuis près de trente années : il lui a consacré de multiples études et en a donné une Histoire littéraire de l’antiquité à nos jours, publiée en 1975 aux Éditions de l’Université de Bruxelles. Ses prospections et « Voyages aux pays de nulle part » (ou-topia), l’auteur les prolonge avec ce volume qui rassemble dans une démarche cohérente des articles dispersés dans diverses revues internationales, et qui a pour vocation de mettre en relation les utopies créées par une « humanité nostalgique », aux « rêves de bonheur » qui ne cessent de la hanter (eu-topia). La « mentalité utopique » ne saurait être séparée du constructivisme et de la foi dans l’avenir ; elle est bien liée aux notions de perfectibilité et de progrès et ne se fond plus, pendant les siècles de l’Ancien Régime, dans la contemplation d’un âge d’or révolu et mythique.

112

Constatant les hésitations entre l’utopisme, relatif aux mentalités et aux sociétés, et l’utopie littéraire, entre l’imaginaire social et le genre narratif et descriptif qui en est le mode d’expression le plus achevé, Raymond Trousson se propose d’étudier les « problèmes théoriques de définition et de genre » de ces œuvres qui ne sauraient être seulement nées de la fantaisie et de l’imagination de leurs auteurs, mais doivent être comprises comme « le reflet de l’humanité devant sa hantise de la perfection et de l’absolu » (p. 11). Cette problématique ambitieuse est fermement soutenue et illustrée dans des chapitres propres à poser la question essentielle du genre, à observer son évolution dans l’histoire littéraire, à tirer les conclusions à partir d’œuvres précises (L’An 2440 de Mercier, Le Monde tel qu’il sera de Souvestre notamment), à en étudier les motifs récurrents. Ce livre apporte un socle au monument que les chercheurs construisent patiemment depuis trente ans, aux États-Unis, en France, en Italie, en Angleterre, pour exalter ce genre littéraire disparate, tantôt voyage imaginaire, tantôt idéologie en action, trop facilement assimilé au roman; il revient à Raymond Trousson de l’avoir enfin défini.

113

FRANCE MARCHAL.

Dictionnaire de poésie. De Baudelaire à nos jours. Publié sous la direction de MICHEL JARRETY. Paris, PUF, 2001. Un vol. de 896 p.

114

Le titre de l’ouvrage ne prête-t-il pas à confusion ? Sa relative ambiguïté, en tout cas, serait le seul défaut que l’on pourrait reconnaître à un livre qui s’est imposé, dès sa publication, comme une référence majeure dans le domaine de la poésie moderne et contemporaine.

115

L’idée de Michel Jarrety aura été de présenter, selon l’ordre immotivé de l’alphabet, un ensemble d’informations et d’analyses précises, concernant poètes, œuvres (recueils ou revues), et courants littéraires qui ont marqué l’histoire du genre, depuis le milieu du XIXe siècle. Ainsi trouvera-t-on dans les neuf cents pages de l’ouvrage, cinq cent cinquante notices désignant une poésie qui, selon l’heureuse expression du préfacier, « aujourd’hui encore nous regarde ». Chacune de ces notices, d’une longueur relative à l’importance de son sujet, présente de façon synthétique ou plus libre parfois, l’essentiel de ce qui s’est communément retenu des entreprises poétiques les plus diverses, dans l’hexagone comme dans le monde francophone. Les collaborateurs sont peu récusables et de très intéressants « couplages » sont même constitués, comme celui que forme — pour ne citer qu’un exemple — Claude Esteban et la question de la Traduction (p. 830-834). Une structuration simple mais efficace de l’ouvrage permet, en outre, une lecture dynamique. Table des entrées, Tables analytiques, Index nominum; mais aussi références bibliographiques et critiques à la fin des articles ; ainsi qu’un fléchage renvoyant chaque entrée à celles qui lui sont logiquement liées : ce dispositif permet de circuler plaisamment dans le volume.

116

L’entreprise porte sa part de subjectivité : pourrait-il en être autrement en matière de poésie ? On chipotera donc à l’infini sur les choix éditoriaux : sur la définition qu’ils présupposent de la notion même de « poésie » ; sur la sélection qu’ils impliquent des œuvres marquantes du passé ; sur la nécessaire accentuation, surtout, qui consacre certaines œuvres contemporaines au détriment de celles qui sont apparues plus atones. Mais prétendre à l’exhaustivité était-il seulement envisageable ?S’il est évidemment ridicule de supposer que toutes les œuvres du passé sont encore vivantes et parlantes pour nous, sans doute l’est-il davantage encore de croire ou de laisser croire que toute publication contemporaine peut prétendre à l’indexation, pour peu que son auteur se juge (ou se dise) « poète ». S’il est ici des absents, la force seule de leurs œuvres les fera remarquer…

117

M. Jarrety a songé à un intelligent « cadastre » poétique (on reprend le mot de Césaire) et non à une encyclopédie en maints volumes où tout ce qui toucherait, de près ou de loin, à la notion de « poésie » se trouverait regroupé. Il nous offre non pas un « dictionnaire » à proprement parler (le titre est générique d’une des plus précieuses collections des PUF ), mais un paysage et la possibilité de le parcourir, en se repérant au relief des écritures, aux plis ou aux massifs des œuvres comme des noms incontournables, bref à tout ce qui, d’« elle » (la littérature), n’est pas lettre morte aujourd’hui.

118

SERGE BOURJEA.

HENRI MESCHONNIC, Célébration de la poésie. Verdier, 2001. Un vol. de 266 p.

119

Le titre de cet ouvrage ne pourrait prêter à confusion que si l’on ignorait tout des positions sur la poétique si souvent exprimées avec force depuis les années soixante-dix par son auteur et qui ne laissent jamais indifférent. En effet, loin de prendre place dans la cohorte — toujours renouvelée — de ceux qui ne cessent de tresser des couronnes à la Poésie, fût-ce au nom de conceptions très différentes voire antinomiques de ce que cette notion est censée recouvrir, il cherche à montrer sur quels malentendus ou sur quels postulats reposent la plupart de leurs assertions. D’une manière parfois répétitive et lassante mais globalement roborative et convaincante, il s’en prend rudement aux poètes-théoriciens contemporains plus ou moins notoires qui ces dernières années emboîtent inlassablement — sinon sans déraper — le pas à Mallarmé ou à Heidegger.À ses yeux, d’ailleurs, plus théoriciens ou philosophes que réellement poètes dans la mesure où leurs poèmes sont davantage inspirés par la manière dont ils conçoivent a priori la Poésie, voire par « l’amour » qu’ils lui portent, que par cette « subjectivation maximale du discours », cette « forme-sujet » (p. 248) qui selon lui, caractérise une « parole » authentiquement poétique.

120

Cette critique virulente des « poétiseurs contemporains » qui « n'habitent » finalement que dans « l’extrême poétisation » d’une écriture fortement marquée par le nominalisme, les « épanchements adjectivaux » ou le « sentimentalisme dépressif » d’un « lyrisme modéré », n’épargne pas davantage ceux qui se croient novateurs (la « nouvieillerie », p. 203) en surenchérissant selon les cas dans le minimalisme, le prosaïsme descriptif, le formalisme oulipien ou les jeux débridés sur le signifiant. Ainsi, nombreuses sont ses cibles : Du Bouchet, Bonnefoy, Deguy, Maulpoix, Roubaud, Hocquard, Prigent, Derrida, Badiou, Rancière, Nancy, Pinson, Collot… pour ne citer que les principales, visées, soit pour les poèmes, soit pour les analyses, les définitions ou les jugements auxquels leurs noms s’attachent. Cela dit, si Meschonnic donne parfois l’impression de trop céder à la polémique, c’est parce que, plus encore que dans ses précédents ouvrages, il est animé par la volonté de faire « table rase » de toutes les formes d’académisme, fussent-elles placées sous la bannière de la « rupture » ou de la « modernité ». En effet, face au « théologisme du Verbe » qui sert, selon lui, de dénominateur commun à tous ces académismes et qui, en sacralisant le Signe, « fait de la poésie une forme et une partie de l’herméneutique » (p. 53), il prend une fois de plus le « Parti du rythme », c’est-à-dire de ce « langage du continu dont nous sommes faits » (p. 248). Ce qui signifie que pour lui le « poème n’est pas du Signe ». Ce doit être une « forme-sujet » aboutissant à « une subjectivation maximale du discours » (ibid.) et qui, en « refusant la séparation entre le langage et la vie », ne nous inscrit pas dans tel ou tel courant poétique, mais « nous situe parmi les choses » (p. 249).

121

Déjà en 1918, Tzara appelait de ses vœux des « œuvres de créateurs, sorties d’une vraie nécessité de l’auteur, et pour lui. Connaissance d’un suprême égoïsme où les lois s’étiolent (…). Trajectoire d’une parole jetée comme un disque sonore crie ». Déjà il voulait que l’Art soit inséparable de la liberté et de la Vie (Manifeste de M.Antipyrine). Henri Meschonnic a-t-il plus de chances aujourd’hui d’être entendu et suivi que ne l’ont été les dadaïstes ? On peut en douter précisément parce que si cette « pensée du poème est nécessaire au langage et à la société », pour reprendre ses termes, il ne semble pas que ni la société actuelle, ni les médias, ni l’enseignement, puissent lui servir de caisse de résonance. Le « Veau dort » dit-il plaisamment et son sommeil qui est celui de la raison poétique a « enfanté le monstre du sacré » (p. 168).

122

Reste cependant à espérer qu’une « célébration de la poésie » comme celle-ci parviendra à troubler quelques rêves.

123

ROGER NAVARRI.

L’Enfant des tréteaux. Cahiers Robinson, n° 8. Arras, Presses de l’Université d’Artois, 2000. Un vol. 16 × 24 de 229 p.

124

Dans la série des Cahiers Robinson consacrée aux rapports de la littérature et de l’enfance, l’UFR de l’Université d’Artois publie un numéro spécial L’Enfant des tréteaux où sont analysés les différents regards que peut porter l’enfant sur le monde du spectacle et les différentes manières qu’il a d’y participer. La variété des articles de cette livraison collective est évidemment très grande. Mme de Maintenon et Mme d’Aulnoy y voisinent avec Jean-Paul Choppart, Eugène Sue, Dickens et Malot. On y trouve en bonne place les jeux du cirque et du carnaval jusqu’au cinéma et dans les abécédaires. L’histoire littéraire y figure grâce aux pages de Patrick Berthier sur le Théâtre Comte (1814-1848) et les difficultés d’un théâtre d’enfants.

125

MICHEL AUTRAND.

DOMINIQUE MILLET-GÉRARD, Le Chant initiatique. Esthétique et spiritualité de la bucolique. Genève, Ad Solem, 2000. Un vol. 14 × 22 de 349 p. ISBN 2-940090-60-2.

126

On ne peut qu’envier les premiers auditeurs de ce cours en Sorbonne qui devient aujourd’hui un livre. Si seulement notre enseignement littéraire lui ressemblait plus souvent… Sur un thème aux apparences convenues ou démodées, Dominique Millet-Gérard développe un argument d’un intérêt constant. Elle passe de Virgile à Valéry par les chemins de Prudence et Sannazar, Sainte-Marthe et Magny, Maurice de Guérin et Francis Jammes, son choix de textes étant vaste et volontiers provocant. Elle sait qu’en ce qui concerne la bucolique, la fadeur menace, aussi bien que « le danger du simplisme », mais elle y échappe tant par la diversité des textes qu’elle propose que par la fraîcheur de ses analyses.

127

Son point de départ est une réflexion sur le locus amœnus. Elle ouvre son enquête en se servant de connaissances pointues en philologie, rhétorique, histoire littéraire, herméneutique et poétique. « La perspective esthétique… est la nôtre », dit-elle ; cependant, il s’agit moins de la recherche d’un beau en tant que tel que d’une « plénitude ontologique ». Chaque œuvre est la métamorphose de l’œuvre fondatrice et signe de cette règle de mouvance qui est aussi celle de l’auteur : « nous partirons… nous parcourrons… nous ferons une incursion… nous passerons… ». Lectures en profondeur qui considèrent la bucolique comme un mystère protéiforme, à situer quelque part entre l’orphisme et le christianisme.

128

Virgile, « valeur absolue », est la clef qui révèle dans les grands poèmes qui en sont tributaires une mentalité à la fois commune et individuelle. Ainsi le premier chapitre brosse-t-il à larges traits l’histoire de la réception des Bucoliques tout au long de deux millénaires où la translatio sous-tend la foi nouvelle. Revenant avec agilité sur des voies connues, D. Millet-Gérard suit le poète « chrétien », puis allégorique, moraliste, élégiaque, visionnaire, religieux au fil des âges, selon les séductions changeantes exercées par le fond et la forme virgiliens. Son champ d’études établi, elle s’emploie à commenter une trentaine de textes, et plus rapidement bien d’autres en marge, qui sont autant de variations sur le modèle. Le décor pastoral se mue en berceau de la poésie ; la Troisième Bucolique, chant alterné, engendre des nova carmina unissant naïveté et fine conscience artistique ; de même, la Deuxième Bucolique inaugure l’églogue marine, la Quatrième l’églogue de la Nativité, la Cinquième diverses modulations de l’épicède, ou motif funèbre, qui aboutissent à une parole orphique. Enfin, l’errance amoureuse de la Dixième Bucolique est relayée par le Guérin de la Bacchante et le Valéry de Fragments du Narcisse, l’éloge de l’otium de la Première par Chénier et encore Guérin, « le chant des choses » partout infus chez Virgile par Prudence, Magny, Jammes : « poésie évocatrice et transfiguratrice des réalités les plus simples ». Comment, au bout de ces pages, l’auteur ne conclurait-elle pas en soulignant la fécondité du genre, « chant dans le chant ou sur le chant », qui fait entendre à neuf si souvent l’harmonieux Virgile, « esthète au cœur de franciscain ». La bucolique est acte et leçon sacrés, « chant initiatique ».

129

Cet ouvrage nous offre donc, non pas une étude exhaustive du genre, mais une succession de palimpsestes, ou « superpositions », qui induisent, chemin faisant, une démonstration graduée. Le langage glisse entre naissance et Nativité, divertissement et rituel, paganisme et piété. Avec maîtrise et sensibilité, D. Millet-Gérard nous promène dans des lieux qu’elle connaît comme son domaine propre. Sans doute regrettera-t-on que ne soit pas mentionné ce qui nous semble le plus bel exemple du genre en français ; L’Après-midi d’un faune; par ailleurs, que nous ne puissions prendre l’Ode secrète de Valéry, comme elle le fait, pour une bucolique, quelques vagues que soient les limites du genre et des sous-genres. Mais notre plaisir est grand de nous laisser conduire à travers ces textes latins et ceux de la Renaissance, de Chénier et de Francis Jammes, trop peu lus. Sous les termes jumelés de son titre, ce livre, d’une profonde culture, capte le charme de la poésie pastorale.

130

JAMES LAWLER.

Notes

[1]

Une suggestion pourtant pour des rééditions du cédérom : il faudrait organiser les divers documents de manière à ce que, lorsqu’on fait venir dans une fenêtre tel feuillet de tel état du texte, le feuillet correspondant de l’état figurant dans la deuxième fenêtre apparaisse.

Plan de l'article

  1. Women’s writing in the French Renaissance. Proceedings of the Fith Renaissance Colloquium 7-9 July 1997, edited by PHILIP FORD and GILLIAN JONDORF. Cambridge, Cambridge French Colloquia, 1999. Un vol. de 243 p.
  2. Revue des Amis de Ronsard, XIII. Société des Amis de Ronsard du Japon, 2000. Un vol. 14,5 × 21 de 144 p.
  3. MICHEL GILOT, L’Esthétique de Marivaux. Paris, SEDES, « Esthétique », 1998. Un vol. 15 × 21,5 de 303 p. ISBN 2-7181-9504-5.
  4. L’Abbé Prévost au tournant du siècle. Présenté par RICHARD A. FRANCIS et JEAN MAINIL. Oxford, Voltaire Foundation, Studies on Voltaire and the eighteenth century, 2000 : 11. Un vol. 16 × 24 de 390 p. ISBN 0-7294-0733-0.
  5. STENDHAL, Salons. Édition, introduction et notes de STÉPHANE GUÉ - GAN et MARTINE REID. Paris, « Le Promeneur », 2002. Un vol. 13 × 21 de 214 p. ISBN 2-07-076334-X.
  6. Le Commerce de la librairie en France au XIXe siècle (1789-1914), sous la direction de JEAN-YVES MOLLIER, Paris, Institut Mémoires de l’édition contemporaine/Maison des sciences de l’homme, « In Octavo », 1997. Un vol. 17 × 23,5 de 451 p.
  7. 19. Jahrhundert. Roman. FRIEDRICH WOLFZETTEL (Hrsg). Tübingen, Stauffenburg Verlag, « Stauffenburg Interpretation-Französische Literatur », 1999. Un vol. 17 × 24 de 287 p.
  8. La Comtesse de Ségur et ses alentours. Cahiers Robinson, n° 9, 2001. Un vol. 16 × 24 de 256 p.
  9. JEAN-MICHEL CHARLES LANSKIN, Le « scénario sans amour » d’une fille de joie. Analyse transactionnelle de Nana. Paris, « Archives des lettres modernes », n° 265, Lettres modernes, 1996. Un vol. 13,5 × 19 de 144 p.
  10. BRUNA DONATELLI, Flaubert e Taine. Luoghi e tempi di un dialogo. Roma, « I Quaderni di Igitur. Testi & Studi », n° 10, nuova arnica editrice, 1998. Un vol. 15,5 × 21 de 219 p.
  11. PAUL VERLAINE - MAURICE BARRÈS, Correspondance. Texte établi par CHRISTIAN SOULIGNAC. Édition critique de STÉPHANE LE COUËDIC. Jaignes (77440), La Chasse au Snark, 2000. Un vol. 13 × 17 de 124 p.
  12. MAURICE MONTÉGUT, Le Mur. Tusson (Charente), Du Lérot éditeur, « Idéographies », 2000. Un vol. 15 × 22,5 de XXVI et 299 p.
  13. MARCEL SCHWOB, Le Livre de Monelle. Introduction et édition par FERNANDO SCHIROSI. Fasano et Paris, Schena-Didier Érudition, « Biblioteca della ricerca », « Testi stranieri », n° 32,2000. Un vol. 14 × 21 de 104 p.
  14. JULES HURET, Enquête sur l’évolution littéraire. Préface et notices de DANIEL GROJNOWSKI. Paris, José Corti, 1999. Un vol. 13,5 × 21,5 de 435 p.
  15. VANESSA R. SCHWARTZ, Spectacular Realities. Early Mass Culture in Fin-de-Siècle Paris. Berkeley and Los Angeles, University of California Press, 1998. Un vol. 16 × 24 de 230 p.
  16. Belgium : The Golden Decades (1880-1914). Edited by JANE BLOCK, New-York, Peter Lang, « Belgian Francophone Library », vol. 3, 1997. Un vol. 15,5 × 23,5 de 264 p.
  17. MICHEL LAUNAY, Jaurès orateur ou l’oiseau rare. Paris, Jean-Paul Rocher, 2000. Un vol. 15 × 23 de 241 p.
  18. FERNANDO CIPRIANI, Il Romanzo d’Infanzia in Francia (1913-1929). Problematiche e protagonisti. Pescara, Edizioni Campus, « finnegans », n° 7,2000. Un vol. 14 × 21 de 303 p.
  19. RODERICH BILLERMANN, Die « métaphore » bei Marcel Proust. Ihre Wurzeln bei Novalis, Heine und Baudelaire, ihre Theorie und Praxis. München, Wilhelm Fink Verlag, 2000. Un vol. 13 × 21 de 479 p. ISBN 3-7705-3509-X.
  20. HENRYK CHUDAK, Les générations symbolistes. Essai sur Thibaudet. Varsovie, éd. Uniwersytet Warszawski, 2000. Un vol. de 95 p.
  21. PIERRE CITTI, La Mésintelligence. Essais d’histoire de l’intelligence française du symbolisme à 1914. Saint-Étienne, Éditions des cahiers intempestifs, « Lieux littéraires », n° 3,2000. Un vol. 17,5 × 20 de 283 p.
  22. ANDRÉ ESPIAU DE LA MAËSTRE, L’Imprégnation biblique des Œuvres en prose de Paul Claudel. Besançon, Presses universitaires franc-comtoise, « Annales littéraires - Centre Jacques Petit », n° 83, 1999 (distrib. Les Belles Lettres). Un vol. 14,5 × 20,5 de 114 p. ISBN 2-913322-26-3.
  23. NORBERT BANDIER, Sociologie du surréalisme (1924-1929), Paris, La Dispute, 1999. Un vol. 14 × 22 de 411 p. ISBN 2-84303-028-5.
  24. HUGUETTE LAURENTI (dir.), Paul Valéry 9. Autour des Cahiers. Paris, La Revue des lettres modernes, série « Paul Valéry », Minard, 1999. Un vol. 13 × 19 de 203 p. ISBN 2-256-910005-9.
  25. ANDRÉ GIDE, Les Caves du Vatican. Édition génétique sur cédérom préparée par ALAIN GOULET avec le concours de PASCAL MERCIER. Paris, Gallimard, 2001.
  26. Pascal-Mauriac. L’œuvre en dialogue. Actes réunis par JEAN - FRANÇOIS DURAND. Paris, L’Harmattan, 2000. Un vol. 13,5 × 21,5 de 420 p. ISBN 2-7384-9597-4.
  27. FRANÇOIS MAURIAC, Génitrix de Génitrix. Le manuscrit et sa genèse. Présentation, transcription et notes par PIER LUIGI PINELLI. Fasano-Paris, Schena-Didier Érudition, « Bibliotheca della Ricerca, Edizioni genetiche 1 », 2000. Un vol. 17 × 24 de 272 p. ISBN 88-8229-186-3.
  28. SERGE LINARÈS, Cocteau, la ligne d’un style. Paris, SEDES, « Questions de littérature », 2000. Un vol. 24 × 16 de 223 p. ISBN 2-7181-9252-6.
  29. GINETTE MICHAUX et PIERRE PIRET (dir.), Logiques et écritures de la négation. Paris, Éditions Kimé, 2000. Un vol. 14 × 21 de 157 p. ISBN 2-84174-219-9.
  30. ANNE COUSSEAU, Poétique de l’enfance chez Marguerite Duras. Genève, Droz, « Histoire des idées et critique littéraire », 1999. Un vol. 15 × 22 de 462 p.
  31. Quinze romans dans le siècle. Études réunies par ALAIN CRESCIUCCI. Paris, Klincksieck, « Littératures contemporaines », n° 8,2000. Un vol. 15,5 × 24 de 254 p. ISBN 2-252-03321-5.
  32. NORBERT JONART, L’Ennui dans la littérature européenne. Des origines à l’aube du XXe siècle. Paris, Honoré Champion, « Bibliothèque de littérature générale et comparée », n° 18,1998. Un vol. 15 × 22,5 de 221 p.
  33. CHRISTOPHE LAGIER, Le Théâtre de la parole-spectacle. Birmingham, Alabama, Summa publications, 2000. Un vol. 15,5 × 23,5 de 153 p.
  34. NIVOELISOA GALIBERT, Chronobibliographie analytique de la littérature de voyage imprimée en français sur l’océan Indien (Madagascar - Réunion - Maurice) des origines à 1896. Paris, Champion, « Histoire du livre et des bibliothèques », 4,2000. Un vol. 15 × 22,5 de 232 p. ISBN 2-7453-0243-4.
  35. Der Blick vom Wolkenkratzer. Sous la direction de WOLFGANG ASHOLT et de WALTER FÄHNDERS. Amsterdam, Rodopi, « Avant Garde Critical Studies », 2000. Un vol. 15 × 23 de 727 p. ISBN 90-420-1282-X.
  36. La Revie littéraire. Textes réunis par BERNARD ALLUIN et BRUNO CURATOLO. Dijon, Centre « le Texte et l’Édition » (Faculté des lettres -Université de Bourgogne), 2000. Un vol. 16 × 24 de 257 p.
  37. Le Dit masqué. Imaginaires et idéologie dans la littérature moderne et contemporaine. Marseille, Publications de l’Université de Provence, 2001. Un vol. 15 × 21 de 209 p.
  38. RAYMOND TROUSSON, D’Utopie et d’Utopistes. Paris et Montréal, L’Harmattan, « Utopies », 1998. Un vol. 13,5 × 21,5 de 233 p.
  39. Dictionnaire de poésie. De Baudelaire à nos jours. Publié sous la direction de MICHEL JARRETY. Paris, PUF, 2001. Un vol. de 896 p.
  40. HENRI MESCHONNIC, Célébration de la poésie. Verdier, 2001. Un vol. de 266 p.
  41. L’Enfant des tréteaux. Cahiers Robinson, n° 8. Arras, Presses de l’Université d’Artois, 2000. Un vol. 16 × 24 de 229 p.
  42. DOMINIQUE MILLET-GÉRARD, Le Chant initiatique. Esthétique et spiritualité de la bucolique. Genève, Ad Solem, 2000. Un vol. 14 × 22 de 349 p. ISBN 2-940090-60-2.

Article précédent Pages 645 - 679 Article suivant
© 2010-2017 Cairn.info