Renaissance ou XVIe siècle ?
Une modernité étranglée
Frank Lestringant
Abusivement confondue avec le XVIe siècle qu’elle a, en France tout au moins, peine à
remplir, la Renaissance est l’une des périodes les plus courtes de notre histoire littéraire. Ce
qu’elle perd en durée, elle le regagne en étendue, puisqu’il est admis que relève alors de
la littérature au sens large toute production écrite, manuscrite ou imprimée. Ignorant dans
une certaine mesure les frontières entre disciplines, soumettant la hiérarchie des genres au
principe de récapitulation, l’époque aspire en effet à l’unité du savoir et à la concorde des
langages.
Deux objections peuvent être faites à cette périodisation courte. En premier lieu, le flou
des seuils. On observe à cet égard que des concepts novateurs en leur temps comme la Grande
Rhétorique, le Baroque ou encore l’Âge de l’éloquence ont eu pour principal mérite de briser
le carcan séculaire qui « étrangle » en quelque sorte cette première modernité. La seconde
difficulté est l’évolution inégale des différents genres durant la période. C’est ainsi que le
théâtre humaniste est une « invention » postérieure à 1550. La périodisation par siècles, qui
est notre syntaxe, a tout à gagner à des aménagements qui ouvrent à la critique un espace de
jeu et donc d’initiative.