Le temps des groupes
Michel Pierssens
Peut-on concevoir d’autres modes d’organisation cognitive du passé — en particulier du
passé littéraire — que le progrès linéaire, le retour périodique et le modèle de la décadence ?
Les questions qui sont ainsi posées, dans le champ restreint qui est le nôtre, ne relèvent pas
seulement d’une cosmétique (comment « lisser » les rides du Temps ?) ou d’une pédagogie
(comment exposer le tableau où seront représentés des événements dont on postule qu’ils ne
sont pas accidentels ?). Elles engagent plus globalement le problème de l’intelligibilité des
événements littéraires et puisque nous ne pouvons plus croire à la vérité des structurations
linéaires issues d’une épistémê caduque, essayons d’emprunter à notre épistémê des modèles
conceptuels avec lesquels nous pouvons jouer en nous efforçant d’en tirer des simulations
productives. L’un des effets les plus productifs de cette réorganisation résidera dans l’identification des zones obscures bien concrètes dont les multiples liens mal compris dessinent tout
un paysage inconnu, à côté ou sous ce que nous savons déjà.