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Revue d'histoire littéraire de la France

2003/1 (Vol. 103)


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Depuis sa découverte en 1533, le présumé tombeau de Laure n’a cessé d’intéresser les lettrés de toutes époques et d’être considéré comme une image suggestive de la fortune du pétrarquisme amoureux. Cet intérêt s’est manifesté surtout en France par des hommages littéraires des poètes les plus en vogue dans les années trente (Clément Marot, Jean Salmon Macrin ou Mellin de Saint-Gelais [1][1] Marot écrit une épigramme intitulée « Du Roy, & de... ) ou par des pèlerinages sur le site sacré au lendemain de la découverte par des personnalités éminentes comme le cardinal Jacques Sadolet, évêque de Carpentras, ou le roi François Ier[2][2] Sur ces pèlerinages, voir E. Duperray, « L’éveil du.... La critique, elle aussi, a pris à cœur ce sujet jusqu’à nos jours insistant souvent sur la question de l’(improbable) authenticité historique de ce tombeau ou sur la part jouée par Scève dans cette affaire [3][3] Voir surtout l’étude récapitulative de E. Giudici,.... Un nombre plus modeste d’études a été voué à la reconstruction philologique des pièces consacrées à cet événement [4][4] E. Giudici, « L’epitaffio per Madonna Laura », dans... de même qu’à une analyse du récit de Jean de Tournes [5][5] Ce témoignage se lit dans l’article cité de E. Giudici,... — la première et la seule source tardive, mais légitime, portant sur cette curiosité littéraire — en tant que témoignage historique sur l’état de la poésie voire du pétrarquisme autour de 1533 [6][6] Voir O. Millet, « Le tombeau de la morte et la voix....

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Toutefois, il nous semble que la critique, soucieuse d’étudier surtout le bien-fondé historique du tombeau de Laura, n’a que suggéré les implications politiques de cet épisode, sans jamais vraiment aborder la question. Franco Simone les avait évoquées pourtant en marge d’un article qui s’occupait en réalité de l’« Italianismo et anti-italianismo nei poeti della Pléiade » [7][7] F. Simone, « Italianismo e anti-italianismo nei poeti.... La présence de François Ier et de sa cour en Avignon lors de la cérémonie célébrant la découverte du tombeau de Laure aurait pu être considérée, en effet, comme le sceau d’une promesse faite au pape Clément VII à propos du mariage imminent entre le duc d’Orléans, le futur Henri II, et la nièce du pontife, Catherine de Médicis. Cet épisode, d’après F. Simone, aurait contribué « allo sviluppo di una mitologia petrarchesca che dall’amore di un poeta italiano per una giovane avignonese trovò vigore sia per innalzare nel cielo dei sentimenti i rapporti franco-italiani notoriamente fiorenti per interessi politici e commerciali, sia per imbastire l’ennesima discussione sulle origini provenzali della poesia italiana e sulle dipendenze francesi della nostra letteratura nazionale » [8][8] F. Simone, art. cit., p. 16.. Par ailleurs, O. Millet avait rappelé récemment, conformément à l’opinion courante de la critique, que la découverte du tombeau n’illustre pas la naissance du pétrarquisme français, mais plutôt la cristallisation d’une politique culturelle voulue fortement par l’engouement de François Ier pour les Rerum Vulgarium Fragmenta (RVF) de Pétrarque [9][9] O. Millet, art. cit., p. 192..

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Nous nous proposons, dans cet article, d’étudier les propriétés poli-tico-littéraires du pétrarquisme en rapport avec la découverte de 1533 et avec les événements historiques de la même année. La découverte avignonnaise montre en tout cas comment plusieurs significations, de l’ordre de la symbolique et non pas de la causalité, ont été attribuées à un fait divers littéraire, en apparence sans importance pour la compréhension de Pétrarque ou de sa production poétique. Cette richesse en significations symboliques, qui dépassent largement la valeur historique de la trouvaille, invite à nous poser plusieurs questions sur les implications imaginaires et sur la réception politico-littéraire de l’affaire avignonnaise.

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En guise d’introduction, nous pourrions nous poser une question préalable qui est celle de savoir si le déterrement du corps de Laure n’a assumé des traits politiques que malgré lui au lendemain de sa trouvaille ou si cette découverte a été souhaitée et planifiée en vue d’une instrumentalisation politique à un moment crucial des rapports diplomatiques franco-italiens, en l’occurrence lors de la politique matrimoniale entre le fils du roi et la nièce du pape [10][10] J. Balsamo remarque comment « cette cérémonie […] semble.... L’épisode avignonnais se comprend en effet uniquement par rapport aux pratiques et à la symbolique séculaires de l’inventio des reliques, soit par rapport à un projet de restauration de ce qui avait existé en s’appuyant sur le souvenir des membres d’une communauté, une sorte de témoignage de la filiation du présent au passé. La présence du corps d’un saint ou d’un martyr dans un endroit précis a le mérite de sacraliser le lieu de sa trouvaille, d’où la légitimité et l’intérêt politico-religieux de toute recherche. La valeur symbolique d’une relique inventée est par conséquent le reflet des valeurs culturelles qui lui sont octroyées par une société prédisposée à sa vénération à un moment précis.

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Par ailleurs, G. Syméon affirme dans sa version des faits de 1533, publiée dans Les Illustres observations antiques de 1558, que le roi a été le commanditaire de l’expédition archéologique, « le sepulcre de Laure, descouvert par le commandement du feu Roy François » [11][11] Les illustres observations antiques du Seigneur Gabriel..., comme si le corps de la défunte devenait, malgré elle, une affaire d’État. A la suite de ce Florentin exilé en France, faisant partie probablement du cortège royal [12][12] Voir T. Renucci, Un aventurier des lettres au XVIe... qui s’était arrêté en Avignon avant de reprendre la route de Marseille, presque tous les témoignages du XVIe siècle qui portent sur la découverte avignonnaise insistent sur le rôle central joué par François Ier dans l’invention du tombeau et sur l’hommage littéraire du monarque offert à Laure. Dans la plupart des cas, les sources secondaires de cette affaire ne mentionnent même pas la figure de Maurice Scève. Si cela suppose une attitude flatteuse et un hommage courtisan envers le roi-poète pétrarquisant, il révèle aussi la formation d’un binôme idéal et courant dans l’imagination collective, qui réunit l’épisode de 1533 et la figure du monarque.

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Il faut avant tout tenir compte de deux faits historiques qui se sont produits en 1533 : la découverte effective du tombeau, au-delà de son authenticité, et la rencontre à Marseille du roi François Ier et du pape Clément VII, entrevue prévue depuis le début des années trente.

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En ce qui concerne le premier événement, la préhistoire de l’expédition archéologique portée à terme avec succès par Maurice Scève constitue le premier échelon de l’analyse. D’après le récit tardif de l’imprimeur Jean de Tournes, le jeune Lyonnais, se trouvant dans la cité des Papes pour des raisons d’études, a été encouragé à la recherche du sépulcre par le milieu des italianisants d’Avignon. Il s’agit de deux ecclésiastiques, mais aussi, et surtout, de deux Florentins comme Pétrarque. Parmi ceux-ci, l’un était de surcroît le vicaire épiscopal du cardinal Hippolyte de Médicis, donc de l’un des membres de la famille florentine par excellence, la même que celle de Clément VII et de la future épouse du fils de François Ier :

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ritrovandosi V. S. [Scève] ne studii in Avignone, dove havendo stretta amicitia con Messer Gieronimo Mannelli gentilhumo fiorentino, a i prieghi suoi, e continue sollecitationi d’un M. Bontempo Vicario del Card. di Medici [Hippolyte de Médicis, cardinal entre 1531-1535] allhora Archivescovo d’Avignone [13][13] E. Giudici, art. cit., p. 8..

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Cette exhortation italienne est le signe incontestable qu’à la base de la découverte du tombeau confluent des intérêts franco-italiens voire franco-médicéens. En effet, du versant italien, A. Vellutello avait mené des enquêtes sur le terrain venaissain au début des années vingt [14][14] Les résultats de son enquête ont été publiés dans sa... afin de recueillir le plus d’informations possibles sur la vie de Laure : « andando in d’Avignone a questo luogo per le presunti cose investigare » [15][15] Le vite di Dante, Petrarca e Boccaccio scritte fino.... La fortune de l’édition du commentateur Lucquois, publiée pour la première fois en 1525 et rééditée en 1528 et en 1532, laisse supposer que l’invasion physique et intellectuelle du territoire français par un lettré italien n’a pas été sans influence sur la résolution des italianisants d’Avignon. En effet, se seraient-ils sentis obligés de contribuer, eux aussi, à la mode et à l’archéologie du pétrarquisme ? Les deux Italiens mentionnés par de Tournes témoignent de leur affinité avec Florence d’une part — donc sollicités par patriotisme à la recherche des reliques de la bien-aimée de Pétrarque — et avec Rome de l’autre — et par conséquent attentifs aux évolutions diplomatiques entre la France et l’Italie. Cela laisse supposer que les cercles italianisants de France étaient concernés en première ligne par la quête et par la découverte du tombeau en raison de la valeur symbolique du corps de Laure.

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Quant au versant français, c’est à partir de la fin de cette deuxième décennie du XVIe siècle que se manifeste assez nettement la passion du roi pour Pétrarque ainsi qu’un premier développement systématique de la production pétrarquiste française d’après le modèle des RVF, soit par imitation ou par traduction [16][16] E. Balmas, « Prime traduzioni dal canzoniere nel Cinquecento.... Il n’est pas inutile de rappeler que l’année 1533, avec la découverte du tombeau de Laure, ne comporte pas la naissance du pétrarquisme amoureux français, mais plutôt une cristallisation de la politique culturelle du roi qui prenait les RVF comme modèle d’écriture poétique pour soi [17][17] Voir par exemple la traduction en français de l’un..., tout en l’imposant aux poètes de cour [18][18] C’est le roi qui invite Marot à pétrarquiser, comme.... Mais la question reste ouverte : pourquoi l’année 1533 se prêtait-elle si bien à cette cristallisation voire à la découverte du tombeau ? Les poètes français pétrarquisaient désormais depuis quelques années et la quête des saintes reliques de Laure aurait pu commencer bien avant. N’y aurait-il pas une préméditation subtile qui consiste à chercher le tombeau de Laure à un moment où sa découverte effective aurait légitimé et renforcé les relations francoitaliennes dans le champ diplomatique ? Nous ne saurons jamais répondre à cette question. Et pourtant, au lendemain de la trouvaille, ce fait divers ne pouvait pas ne pas assumer une valeur aussi bien politique. Cet épisode constituait désormais un enjeu symbolique qui mettait en scène les nouvelles relations politico-littéraires entre la France et l’Italie du fait que le couple célèbre des deux amants, un poète florentin amoureux d’une jeune Avignonnaise, représentait dans l’imagination collective des contemporains un mythe moderne, la transfiguration personnifiée de l’histoire d’amour séculaire entre les deux pays [19][19] Le même procédé était courant dans les arts, où les....

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Et c’est là que nous passons au deuxième fait historique : entre la mioctobre et la mi-novembre 1533, Marseille a accueilli l’entrevue entre François Ier et Clément VII, membre de la famille florentine des Médicis. Cette rencontre vise la consolidation politique entre la monarchie française et le nouveau pape, élu le 19 novembre 1523. Ce scellement avait commencé en réalité en 1526 lors de la stipulation de la Ligue de Cognac promue par le pontife lui-même entre la France, la République de Venise, la République de Florence (sous les des Médicis jusqu’en 1527 et de nouveau à partir de 1530) et le duché de Milan [20][20] L’un des buts de ce traité, stipulé au lendemain de.... François Ier était soucieux de gagner le parti de la politique ambivalente de Rome et de déstabiliser les rapports du pontife avec Charles Quint afin de réduire la présence impériale dans la Péninsule et de redessiner la carte géographico-politique italienne. L’empereur était par ailleurs le responsable du rétablissement des Médicis à Florence, en 1530, en la personne d’Alexandre de Médicis, fils naturel de Clément VII, demi-frère de Catherine de Médicis et cousin d’Hippolyte de Médicis [21][21] Pour la chronique politico-matrimoniale, au moment....

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Une empreinte politique ineffaçable de l’abouchement marseillais est donnée par le mariage franco-italien entre le duc d’Orléans, le futur Henri II, et Catherine de Médicis, nièce du pape, Florentine grandie à la cour pontificale [22][22] Rappelons un autre mariage franco-italien (qui aurait.... Ce mariage, célébré par le pape lui-même à Marseille le 27 et 28 octobre 1533 [23][23] Au mariage était présent également le cardinal d’Avignon,..., ne pouvait pas ne pas rappeler, par analogie, une autre union franco-italienne célèbre dont tout le monde parlait en cette même période, celle de Pétrarque et de sa dame : le cortège royal [24][24] Plusieurs poètes étaient présents à ce cortège royal,... s’était arrêté en effet en Avignon du 29 août au 12 septembre pour se recueillir autour du tombeau de Laure [25][25] De retour de Marseille, le cortège royal séjourna de.... Mais le jeu des correspondances des rôles se trouve inversé par un effet de chiasme dû à l’origine et au sexe de ces quatre personnages d’un drame improvisé : la figure de Laura, d’origine avignonnaise et aimée par un Florentin, est actualisée par Catherine, d’origine florentine et épouse du futur roi de France. Le même discours vaut pour les partenaires masculins : le duc d’Orléans, époux d’une Florentine, rappelle Pétrarque, Florentin amoureux d’une dame avignonnaise. Les débuts du projet de mariage entre une Médicis et un Valois datent de 1527, du lendemain du traité de la Ligue de Cognac, ce qui coïncide avec les premiers essais pétrarquistes français. Nous nous contentons de signaler ce parallélisme sans vouloir établir un lien de causalité.

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C’est Jean de Tournes lui-même qui établit, avec douze années de recul, ce parallélisme historique entre la découverte du tombeau et la rencontre marseillaise (« nel anno del aboccamento di Papa clemente VII ritrovandosi V. S. ne studii in Avignone », et encore « Re christianissimo, il qual intesa la nova di questo, andando aboccarsi con clemente VII in Marsiglia la volse vedere » [26][26] E. Giudici, art. cit, p. 8 et p. 9. ). Cela surprend d’autant plus que cette entrevue, si elle exprimait un épisode politique digne de mention, ne reflétait cependant pas l’événement historique le plus important du règne de François Ier. En effet, sa mention explicite en 1545 à l’intérieur du compte rendu de l’affaire avignonnaise, en apparence sans aucune corrélation réciproque, ne s’explique que par un rappel historique et politique — le mariage comme regain de l’autorité française dans la Péninsule en vue d’une reprise des guerres d’Italie— ou par son référent symbolique — l’union politique et littéraire franco-italienne ou l’union du pouvoir humain et spirituel. Un énième biographe de Pétrarque du XVIe s., L. Beccadelli, ne dévoile pas non plus la date de la trouvaille, d’ailleurs sans aucune valeur éclairante, mais choisit plutôt la rencontre de Marseille comme unique scansion temporaire :

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E così in effetto si ritrovò gli anni passati al tempo di papa Clemente VII aprendosi a caso quell’arca né sapendosi di chi fosse [27][27] Ludovico Beccadelli, Rime di Francesco Petrarca. Tratte....

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L’évocation de cette entrevue à l’intérieur de l’histoire et de la production pétrarquiste française ne devient compréhensible qu’au moment de son intelligibilité en tant que référent symbolique. Ces référents peuvent être de trois ordres. Sur le plan politique, on pense au mariage comme consolidation des rapports franco-italiens (voir infra la « canzone » de L. Alamanni). Sur le plan littéraire, les faits de 1533 témoignent de l’héritage légitime français du pétrarquisme, ce qui est illustré par le parallèle entre Pétrarque et François Ier (voir infra). Sur le plan spirituel, l’abouchement du pontife à Marseille renvoie à la cérémonie du mariage, union providentielle permettant un perfectionnement moral, ce qui est évoqué dans la chute du dizain XXVIII de la Délie (vv. 9-10) :

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Ay je peu veoir le vermeil de la honte

Ardoir la face a son honnesteté ?

Et croire encor, que la pitié luy monte

Sur le plus cher de sa gran’chasteté ?

Meilleur, ô Cœur, m’est d’avoir chaste esté

En si pudique, & hault contentement :

Et abhorrir pour vil contemnement

Le bien, qu’Amour (Amour lassif) conseille.

Car je jouys du sainct advenement

De ce grand Pape abouchant a Marseille.

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D’après D. L. Cook, le rappel de la fameuse entrevue renvoie à la « relationship between human, political and divine love » [28][28] D. L. Cook, « The Political Dizains of the Delie »,..., à l’idée d’une consommation physique de l’amour après le sceau matrimonial. Cependant, dans les huit premiers vers qui préparent la référence religieuse, il n’est question que de la chasteté et du bonheur de l’amour, c’est pourquoi nous pensons que l’héritier de la chaire de saint Pierre est appelé ici à incarner plutôt, comme Délie, l’emblème de l’amour pur et spirituel. Clément VII renvoie en effet au lys de Florence par son origine, au lys marial par son office et au lys des Capétiens par les noces célébrées.

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Par ailleurs, en ce qui concerne le référent politique, il ne faut pas oublier tous ces fuorusciti, ces exilés florentins qui s’étaient réfugiés en France pour échapper à la domination des Médicis et qui demandaient maintenant au roi de rétablir la liberté à Florence. Nous avons évoqué Gabriel Syméon et nous ne mentionnerons que Luigi Alamanni. Celui-ci, en véritable poète-courtisan, avait loué la politique étrangère de son protecteur François Ier dans ses Opere Toscane de 1532-1533 le considérant comme un libérateur plausible de sa ville natale du joug despotique des Médicis. Pourtant, les clauses conventionnelles du mariage ne prévoyaient pas, et ne pouvaient pas prévoir pour des raisons évidentes, ni le rétablissement de la République florentine, ni une influence française sur cette ville [29][29] Le mariage du duc Alexandre de Médicis avec Marguerite.... C’est dire que les aspirations du roi de redevenir un protagoniste de référence dans les affaires politiques italiennes après la défaite de Pavie de 1525 ne se traduisaient pas par une préséance accordée à la question florentine. En réalité, d’après une note de François Ier lui-même, cette alliance franco-papale envisageait en premier lieu l’arrachement du duché de Milan à la domination impériale avec le soutien de l’Église. Ce riche butin, avec Plaisance et Parme, aurait constitué la dot de sa belle-fille. Mais un exilé nostalgique comme L. Alamanni, ignorant complètement les desseins royaux, s’illusionnait sur cette alliance anti-impériale qui avait eu lieu « per voler divino » [30][30] L. Alamanni, Versi e prose, éd. P. Raffaelli, t. II,..., et l’interprétait comme un signal sinon décisif du moins de bon augure :

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Canzon, non lunge quinci

Ove il mar provenzal le rive irrora,

Due possenti Signor portai vedere.

Di’lor che Italia chere

Umil mercede, e si lamenta e plora;

E si ricorda ognora

Che Santissimo all’uno,

Cristianissimo all’altro il nome ha dato ;

E che mai fu nessuno

Senza pietose cor dal cielo amato [31][31] De cette canzone de sept strophes — composée en 1533....

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L’avant-dernière page des Opere Toscane de 1532 et de 1533 présente un double privilège, « Della Santità di N. S. PP. Clemente VII & Del Christianissimo RE di Francia, Francesco I ». La présence de ces deux personnalités autour de 1533 à l’intérieur d’un volume italien dédié au roi et imprimé à Lyon, et qui occupe une place décisive dans la formation du pétrarquisme français, confirme non seulement les rapports francoitaliens et les espoirs que cette alliance suscitait en Alamanni, mais aussi l’emploi du discours pétrarquiste comme métaphore de cette relation politique.

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Les représentants des relations franco-italiennes se regroupent ainsi en une catégorie française réunissant François Ier, Maurice Scève et le duc d’Orléans sous l’égide de Laure, et en une catégorie italienne rassemblant, pour contrepartie, Clément VII, les italianisants d’Avignon et Catherine de Médicis sous l’égide de Pétrarque. Or, l’agencement entre ces deux catégories est symbolisé par la découverte avignonnaise. Au len-demain de l’exhumation de Laure, plusieurs poètes ont célébré à la fois cette trouvaille, l’hommage littéraire du roi et la place occupée par celui-ci dans cette affaire. Leurs témoignages illustrent tant le statut du pétrarquisme français que les implications politico-culturelles des reliques pétrarquiennes.

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Il en résulte, d’une part, un rapprochement légitime entre Laure et François Ier. Celui-ci, qui apparaît comme « le second inventeur de la tombe » [32][32] O. Millet, art. cit., p. 185. du fait qu’il répète les gestes de Scève et de son équipe (réouverture de la tombe et lecture du sonnet trouvé à l’intérieur de celle-ci), contribue en même temps à la renaissance et à l’immortalité de la dame. L’exhumation du corps de Laure évoque les pratiques politico-religieuses et la symbolique séculaire de « l’invention des reliques ». Dans notre cas, le transfert de la religion à l’art, de la science sacrée aux bonnes lettres, est le reflet d’une théologie poétique qui exprime parfaitement l’esprit renaissant. La découverte du tombeau de Laure se comprend uniquement si l’on tient compte de ce référent mystique : la mythographie de « sainte » Laure, dont les reliques détiennent la virtus rédemptrice, est un symbole de la résurrection religieuse du corps voire de la résurrection littéraire des RVF et du pétrarquisme amoureux. En effet, le corps de Laure renvoie par synecdoque aux RVF et pourrait représenter d’emblée une image emblématique de la « découverte » récente de l’inspiration amoureuse de Pétrarque par les poètes et par les lecteurs français. La métaphore du corps féminin en tant que texte d’un ouvrage était d’ailleurs une image topique depuis les héroïnes élégiaques, comme l’a bien montré P. Galland Hallyn [33][33] Sur la métaphore du texte comme corps depuis l’antiquité,... en s’appuyant sur P. Veyne.

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D’autre part, le parallélisme entre le François Florentin, poète-amant, et le François Français, roi-poète-amant, s’explique par voie onomastique, par leur veine poétique et par l’amour respectif pour Laure [34][34] Sur les images mythiques du monarque de son vivant,.... Les lecteurs sont ainsi portés à rapprocher voire à substituer la figure contemporaine du « plus parfaict des vrays amantz », surnom du monarque dans Les fleurs de poésie françoise[35][35] Hectomphile De vulgarie [sic] Italien touné en langaige... de 1534, au poète amant des RVF[36][36] Le même jeu poétique sur le nom des deux François se.... Le roi dépasse son précurseur tout en s’appropriant sa Laure-Laurier, ce qui est attesté, par exemple, dans une épigramme de Mellin de Saint-Gelais :

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Si les honneurs que le François monarque

A eslargis à Laure ensevelie

Ont surmonté ceux que François Petrarque

Luy a rendus quand elle estoit en vie

Il [le roi] y estoit plus tenu quoyqu’on die,

Car le laurier qui le nom luy donna

D’un seul chappeau Petrarque couronna

Pour les escrits elegants qu’il a faicts ;

Mais au grand Roy deux beaux en ordonna,

L’un pour ses dicts, l’autre pour ses effects [37][37] Dizain contenu dans le ms. La Rochethulon, cité par....

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Dans deux huitains de Syméon, c’est Laure elle-même qui parle, ressuscitée grâce à l’intervention du monarque. Par cette prise de parole, elle incarne cette figure vénérable d’outre-tombe qui a une voix au chapitre au sein des faits de 1533 ainsi qu’à l’intérieur de la translatio du pétrarquisme :

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Laura parla

Tu che quinci ‘l pie muovi, il passo alquanto

Ritien leggi e vedrai cose alte e care.

Francesco, primo anchor nel tosco canto,

le verdi frondi mie fè sagre e chiare

Et Francesco Reprimo (il Re di quanto

Tra ‘l Rhen, Senn’, Hera, et la Garona appare)

Le secche frondi mie (d’amendue pregio)

Cime ha di nome, et di marmoreo fregio.

El secondo

Quinci non lunge già me verde Lauro

Produsse il Ciel si leggiadretta et bella

Che fatta d’un Francesco almo restauro

Chiara in terra restai più ch’in ciel stella.

Seccò poi Morte le mie frondi d’auro,

E’l tempo ascose à questa etate, e à quella,

Hor un primo altro Re Francesco pio

Rinnova il suo valore, e’l Nome mio [38][38] G. Symeon, Le III. Parti del campo de primi studii,....

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Le monarque entame en même temps la naturalisation et la consécration du pétrarquisme en France. Son intention est bien de « faire parler français » [39][39] Expression reprise à la Deffence de Du Bellay : « Toutesfois,... à Pétrarque en choisissant comme garants son propre nom, ses qualités poétiques et son office institutionnel. Le programme de politique culturelle comportait la personnification de la translatio des RVF comme métaphore de la translatio studii (en la personne du roi pour Pétrarque, et, après 1547, en la personne de Catherine de Médicis pour Laure [40][40] Sur cet aspect, voir notre étude sur « Catherine de... ), l’instrumentalisation politico-culturelle du pétrarquisme à travers la prétention d’une contribution française aux RVF par une dame avignonnaise, la légitimité de l’héritage du pétrarquisme français, et par conséquent, la revendication de la dignité du pétrarquisme voire de la poésie française au lendemain des premières imitations et traductions des RVF. L’appropriation d’une œuvre emblématique comme les RVF, appelées par Bembo à codifier la langue poétique italienne, se traduit, en contrepartie, par l’illustration de l’autorité et de la dignité des lettres et de la langue poétique nationales.

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La découverte du sépulcre, souhaitée par les italianisants de France et par les Français eux-mêmes, si elle ne s’exprime pas dans les documents de l’époque par un parallélisme explicite avec la politique matrimoniale, du moins contribue à mettre en scène sur un plan métaphorique et mythologique, hors du temps, un lien inéluctable entre la France et l’Italie. Nous assistons à une sorte de transfert des protagonistes d’un roman amoureux du XIVe siècle à des personnalités politiques contemporaines censées incarner la légitimité de l’héritage pétrarquiste français. Ce transfert n’a sans doute pas été sans influence sur l’imagination collective et sur la perception du pétrarquisme français, créant un véritable « pétrarquisme imaginaire ».

Notes

[*]

Université de Bâle.

[1]

Marot écrit une épigramme intitulée « Du Roy, & de Laure », publiée pour la première fois en 1538 dans les Œuvres éditées à Lyon par E. Dolet (à lire dans C. Marot, Œuvres poétiques complètes, éd. Defaux, Paris, Garnier, 1993, t. II, p. 250). Salmon Macrin s’inspire également de cet épisode dans « Laura Francisci Petrarchae loquitur », poème paru dans Salmonii Macrini Iuliodunen. Cubicularii Regii, hymnorum libri sex. Ad Io. Bellaium, Sire Cardinalem amplis, Paris, R. Estienne, 1537, livre I, 37, p. 46. Quant à Mellin de Saint-Gelais, voir infra.

[2]

Sur ces pèlerinages, voir E. Duperray, « L’éveil du mythe au XVIe s. Culte des reliques, culte des lieux », id., L’or des mots. Lecture de Pétrarque et du mythe littéraire de Vaucluse des origines à l’orée du XXe s. Histoire du pétrarquisme en France, Paris, Publications de la Sorbonne, 1997, p. 159-178.

[3]

Voir surtout l’étude récapitulative de E. Giudici, « Bilancio di una annosa questione. Maurice Scève et la “scoperta” della “tomba di Laura” », Quaderni di Filologia e Lingue romanze, II, 1980, p. 3-70.

[4]

E. Giudici, « L’epitaffio per Madonna Laura », dans M. Scève, Opere poetiche minori, éd. E. Giudici, Napoli, Liguori editore, 1965, p. 63-77.

[5]

Ce témoignage se lit dans l’article cité de E. Giudici, aux pages 8-10. Pour une traduction française, voir chez V.-L. Saulnier, Maurice Scève, Paris, Klincksieck, 1948, p. 40-42. Dans notre article, nous renvoyons à la version originale reproduite dans l’article de E. Giudici.

[6]

Voir O. Millet, « Le tombeau de la morte et la voix du poète : la mémoire de Pétrarque en France autour de 1533 », Regards sur le passé dans l’Europe des XVIe -XVIIe siècles, Actes du colloque tenu à Nancy (décembre 1995), organisé par le Groupe de recherche « XVIe et XVIIe siècles en Europe » de l’Université Nancy II, Berne, Lang, 1997, p. 183-195.

[7]

F. Simone, « Italianismo e anti-italianismo nei poeti della Pléiade », La Pléiade e il Rinascimento italiano, Atti dei Convegni lincei (Roma, 16 marzo 1976), Roma, Accademia Nazionale dei Lincei, 1977, p. 7-38.

[8]

F. Simone, art. cit., p. 16.

[9]

O. Millet, art. cit., p. 192.

[10]

J. Balsamo remarque comment « cette cérémonie […] semble avoir été une mise en scène, peut-être organisée par Alamanni, qui servait aux enjeux de la politique florentine du roi et répondait aux manœuvres du cardinal de Médicis », « “Du Florentin les lamentables voix” : mythe pétrarquien et modèle pétrarquiste en France au XVIe siècle », L’Italia letteraria e l’Europa. Dalle origini al Rinascimento, t. I, Atti del Convegno internazionale di Aosta (20-23 ottobre 1997), a cura di N. Borsellino e B. Germano, Roma, Salerno Editrice, 2001, p. 115.

[11]

Les illustres observations antiques du Seigneur Gabriel Symeon Florentin en son dernier voyage d’Italie, l’an 1557, Lyon, Jean de Tournes, 1558, p. 14 ; cité par E. Giudici, art. cit., p. 13. Syméon avait signalé dès 1546, dans ses Le III. Parti del campo de primi studii di Gabriel Symeoni fiorentino. Al magnanimo et ottimo S Cosimo de Medici duca di Fiorenza (Venise, Comin da Trino, 1546), le mérite du roi dans cette affaire, ce qui est attesté par une triade d’octaves intitulée « Sopra alla Sepoltura di M. Laura rinovata da Re Francesco in Avignone » (f. 87 r° ; nous soulignons). A ce propos, voir infra.

[12]

Voir T. Renucci, Un aventurier des lettres au XVIe siècle. Gabriel Symeoni Florentin « Èudokìas » (1509-1570 ?), Paris, Didier, 1943, p. 132.

[13]

E. Giudici, art. cit., p. 8.

[14]

Les résultats de son enquête ont été publiés dans sa première édition commentée des RVF, Le volgari opere del Petrarcha con la espositione di Alessandro Vellutello da Lucca, Venise, G. A. & fratelli da Sabbio, 1525. In-4°. Cette édition présente à la page 5b un privilège de Clément VII, de la République de Venise et de Francesco II Sforza, duc de Milan. Le pape, soucieux dès son élection de placer les membres de sa famille dans toutes les cours européennes et de reporter les Médicis au pouvoir à Florence, considérait-il l’œuvre du Florentin comme une illustration et une légitimation intellectuelle de ses stratégies politiques ?

[15]

Le vite di Dante, Petrarca e Boccaccio scritte fino al secolo decimosesto, raccolte da A. Solerti, Milan, F. Vallardi, 1904, p. 373.

[16]

E. Balmas, « Prime traduzioni dal canzoniere nel Cinquecento francese », Saggi e studi sul Rinascimento francese, Padova, Liviana editrice, 1982, p. 3-22.

[17]

Voir par exemple la traduction en français de l’un des sonnets les plus célèbres de Pétrarque, « Benedetto sia ‘l giorno, e ‘l mese, et l’anno ». Le roi en fait un rondeau, « Bienheureuse est la saison et l’année », cf. François Ier, Œuvres poétiques, éd. J. E. Kane, Genève, Slatkine, 1984, p. 81.

[18]

C’est le roi qui invite Marot à pétrarquiser, comme l’indique l’intertitre Le chant des visions de Petrarque, translaté de Italien en Françoys par le commendemant du Roy, paru dans La suite de L’adolescence Clementine (Paris, Roffet, s.d. [fin 1533/début 1534]) ; voir dans C. Marot, Œuvres poétiques, éd. cit., t. I, p. 347-349. Il s’agit de la traduction de la canzone « Standomi un giorno a la fenestra » (RVF 323). Le choix de traduire cette pièce, qui évoque le drame de la mort de Laure par une série d’allégories, n’est pas sans rapport avec le sépulcre de la défunte qui venait d’être découvert.

[19]

Le même procédé était courant dans les arts, où les peintres de la Renaissance représentaient souvent leurs commanditaires ou des faits historiques contemporains par des figures allégoriques ou sous les traits de dieux ou héros issus de la mythologie ou de l’histoire afin d’établir une continuité entre le personnage représenté et l’incarnation moderne du mythe.

[20]

L’un des buts de ce traité, stipulé au lendemain de la défaite de Pavie (1525), consistait à libérer les fils de François Ier de la captivité espagnole et à balancer les forces politiques européennes. Ce contrat fut résilié lors de la paix des Dames de Cambrai, en 1529.

[21]

Pour la chronique politico-matrimoniale, au moment où Charles Quint fut mis au courant du mariage entre la nièce du pape et le fils du roi de France, il n’hésita pas à se « venger » en imposant le mariage entre sa fille naturelle, Marguerite d’Autriche, et le duc Alexandre de Médicis. L’empereur avait sans doute ressenti le projet matrimonial franco-italien comme une trahison de la part de Clément VII.

[22]

Rappelons un autre mariage franco-italien (qui aurait dû et pu être déterminant dans les évolutions politiques des guerres d’Italie), célébré à Paris le 28 juin 1528 entre Renée de France, fille de Louis XII, et Hercule II d’Este, fils du duc de Ferrare Alphonse d’Este. Celui-ci menait depuis toujours une politique francophile. Par cette union, François Ier espérait l’emporter, entre autres, sur le duché de Milan. Ce mariage s’insère à l’intérieur du nouveau réseau des rapports politiques dessinés par la Ligue de Cognac : Alphonse d’Este avait en effet accepté des alliés le commandement suprême des troupes ainsi que les villes de Modène, Finale et Reggio. Après le sac de Rome, en 1527, la France gagnait de nouveau un poste influent en Italie. Pour en savoir plus sur la cérémonie des fiançailles et du mariage entre Renée de France et Hercule d’Este, voir E. Rodocanachi, Renée de France. Duchesse de France, Paris, Paul Ollendorff, 1896, p. 28-49.

[23]

Au mariage était présent également le cardinal d’Avignon, Hipppolyte de Médicis, proche de ce Monsieur Bontempo qui avait engagé le jeune Scève à la quête du tombeau.

[24]

Plusieurs poètes étaient présents à ce cortège royal, comme par exemple Clément Marot et Gabriel Syméon.

[25]

De retour de Marseille, le cortège royal séjourna de nouveau en Avignon, le 15 novembre, et reprit au lendemain la route de Paris.

[26]

E. Giudici, art. cit, p. 8 et p. 9.

[27]

Ludovico Beccadelli, Rime di Francesco Petrarca. Tratte da’migliori esemplari con illustrazioni inedite di Lodovico Beccadelli. Tomo primo e secondo, Verona, Stamperia Giulia, 1799. Cité dans A. Solerti, op. cit., p. 456. Il s’agit d’une biographie rédigée entre 1559 et 1563. Beccadelli avait séjourné à peu près six mois à Carpentras, en 1538, où il fit connaissance de Jacques Sadolet, celui-ci l’accompagnant sur les lieux pétrarquiens par excellence. A cette occasion, Beccadelli a pu voir en personne le sonnet retrouvé dans le tombeau et attribué à tort à Pétrarque, comme il le raconte lui-même dans sa vie du poète. Le témoignage de Beccadelli acquiert une autorité élevée du fait qu’il s’est rendu lui-même sur les lieux sacrés du pétrarquisme seul cinq ans après la découverte du tombeau et qu’un témoin contemporain de la trouvaille lui a raconté personnellement les circonstances de l’affaire. Par conséquent, le fait qu’il rattache cet épisode à l’entrevue avec Clément VII ne peut que comporter une signification tant historique que symbolique. Sur L. Beccadelli, voir le Dizionario biografico degli italiani, Roma, Istituto della Enciclopedia italiana, 1965, t. VII, p. 407-413.

[28]

D. L. Cook, « The Political Dizains of the Delie », Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance, XXIX/2, Genève, Droz, 1967, p. 344-345. Voir aussi C. Skenazi, « La mise en jeu politique dans la Délie », Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance, LII/2, Genève, Droz, 1990, p. 293-307.

[29]

Le mariage du duc Alexandre de Médicis avec Marguerite d’Autriche, fille naturelle de Charles Quint, attribuait un ascendant impérial ineffaçable à la Seigneurie florentine.

[30]

L. Alamanni, Versi e prose, éd. P. Raffaelli, t. II, Firenze, Le Monnier, 1859, p. 145, v. 1.

[31]

De cette canzone de sept strophes — composée en 1533 mais restée inédite jusqu’au XIXe siècle — nous ne reproduisons que l’envoi, bien que toute la pièce mérite d’être citée par l’intensité de l’illustration des sentiments affligés de l’auteur, confortés en même temps par l’entrevue marseillaise.

[32]

O. Millet, art. cit., p. 185.

[33]

Sur la métaphore du texte comme corps depuis l’antiquité, voir P. Galland-Hallyn, Le Reflet des fleurs. Description et métalangage poétique d’Homère à la Renaissance, Genève, Droz, 1994, p. 107 sq. ; P. Galland-Hallyn, Les Yeux de l’éloquence. Poétiques humanistes de l’évidence, Orléans, Paradigme, 1995, chap. VII, p. 297-315.

[34]

Sur les images mythiques du monarque de son vivant, voir l’étude indispensable de Anne-Marie Lecoq, François Ier imaginaire : symbolique et politique à l’aube de la Renaissance, préface de M. Fumaroli, Paris, Macula, 1987.

[35]

Hectomphile De vulgarie [sic] Italien touné en langaige François. Les fleurs de Poésie Françoyse, Paris, Galliot du Pré, 1534 (BN. Rés. Y2-2256). Voir G. Defaux, « Des poèmes oubliés de Clément Marot : le “Prince des Poetes Françoys” et Les Fleurs de Poesie (1534) », Travaux de Littérature, publiés par l’ADIREL, vol. VI (1992), p. 37-67 ; C. Marot, Œuvres poétiques, éd. G. Defaux, Paris, Classiques Garnier, 1993, t. II, p. 1319 et sq.

[36]

Le même jeu poétique sur le nom des deux François se lit, entre autres, dans une pièce de Salmon Macrin (voir supra, note 1), ainsi que dans Benedicti Theocreni, Episcopi Grassensis, Regis Francisci Liberorum praeceptoris Poëmata, quae iuvenis admodum lusit, Poitiers, Frères Marnef, 1536. In-8° (cette édition contient quatre pièces traitant de François Ier et de Laure, voir f. E i-v°-E ii v°).

[37]

Dizain contenu dans le ms. La Rochethulon, cité par P. Blanchemain dans son édition des Œuvres complètes de Melin de Saint-Gelays, t. III, Paris, Paul Daffis, 1873, p. 3. Du même poète, voir aussi « Sur le Sepulchre de Madame Laure refaict par le roy en Avignon », Œuvres poétiques françaises, éd. D. Stone jr., t. II, Paris, Société des textes français modernes, 1995, p. 212 (t. II, p. 165 d’après l’édition de P. Blanchemain).

[38]

G. Symeon, Le III. Parti del campo de primi studii, f. 87 r° - f. 87 v°. Ces deux pièces forment une triade avec une autre épigramme dont l’incipit est « Comenon volle il Ciel, ch’ascoso fosse » (f. 87 v°), une petite parenthèse avignonnaise à l’intérieur de la deuxième partie du recueil.

[39]

Expression reprise à la Deffence de Du Bellay : « Toutesfois, quelques uns de notre tens ont entrepris de le faire parler Françoys », voir J. du Bellay, La Deffence et illustration de la langue françoyse, éd. H. Chamard, Paris, Société des textes fançais modernes, 1948, p. 37. Cette formule reprend l’idée d’une renaissance voire d’une incarnation française de Pétrarque, comme lors de la « renaissance » de Laure au moment de l’invention de ses reliques.

[40]

Sur cet aspect, voir notre étude sur « Catherine de Médicis : allégorie de la translatio politique et culturelle de l’Italie à la France autour de 1547 » (à paraître).


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