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Revue d'histoire littéraire de la France

2003/3 (Vol. 103)



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« Je ne puis accepter qu’ils généralisent comme si le sens et la fonction de la littérature — pour l’individu et pour la société — ne changeaient pas constamment au cours de l’histoire, comme si selon les époques, l’Art ne recrutait pas ses artistes d’après des critères différents ».

Jean-Paul Sartre, L’Idiot de la Famille, Gallimard, 1972, t. III, p. 41.
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Ce sont les actes de deux journées d’études organisées par la Société des études romantiques, en janvier 2002 et janvier 2003, que nous réunissons dans ce numéro de la RHLF. Mon premier geste doit être de remercier cette auguste aînée de l’accueil généreux ainsi fait à des recherches menées dans le cadre d’une société amie. Générosité d’autant plus grande que, sous les auspices de la Société d’histoire littéraire de la France, une réflexion comparable a été menée récemment en cette même revue, dans un numéro qui reprenait les actes du beau colloque célébrant son centenaire : « L’histoire littéraire hier, aujourd’hui et demain, ici et ailleurs » (supplément au n° 6-1995). Le présent recueil d’articles se trouve donc prolonger une discussion déjà existante en cette même revue, dont une manifestation plus récente encore a été un numéro sur la « Périodisation en histoire littéraire » [1]  « La Périodisation en histoire littéraire. Siècles,... [1] , mais active aussi en d’autres lieux, comme le rappelle notre bibliographie. Signes que l’histoire littéraire est, depuis une décennie, de nouveau l’objet de prometteuses discussions.

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Ma seconde préoccupation doit être de rassurer d’emblée les lecteurs de cette revue quant aux inflexions dubitatives que suggère le point d’interrogation de mon titre, qui fut d’abord celui de nos journées d’étude.

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Le sentiment qui rassemble les auteurs des communications ici réunies, n’est pas — n’est plus ? — que l’histoire littéraire doit être, dans ses fondements, dans ses intentions secrètes comme dans ses implications institutionnelles, auscultée, suspectée, soumise à la question. Le point d’interrogation ne porte pas sur l’être — ou sur le non-être —, mais sur les modalités de cette histoire littéraire dont tous ici s’accordent à penser qu’il est temps d’en refaire — peut-être aussi de la refaire, selon des protocoles variables qui restent en discussion.

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Le point d’interrogation se veut donc ici geste d’ouverture aux diverses propositions qui s’offrent dans l’espace de la réflexion dix-neuviémiste pour reprendre ou poursuivre le labeur de l’histoire littéraire, en partie à nouveaux frais, après une période de crise salutaire, et dans un paysage intellectuel sans commune mesure avec celui qui avait vu la naissance de cette discipline, dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Ce qui, aux dixneuviémistes que nous sommes, suggère de spéciales obligations…

L’HISTOIRE LITTÉRAIRE À RÉINVENTER ?

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Ce que d’un geste commun nous aimerions ici promouvoir, c’est une histoire littéraire nouvelle, libérée de ses mots d’ordres primitifs, mais plus encore de certains de ses atavismes insidieux, à la fois scolaires, patriotiques et positivistes. Mais aussi une histoire littéraire valable pour le temps présent, et tenant compte de l’histoire intellectuelle récente : une histoire littéraire située elle-même dans l’Histoire, et ayant pris acte de sa situation; une histoire littéraire d’après l’âge du Structuralisme, de la Théorie et du Texte, et ayant appris et mûri à l’école de ses contestations radicales. Puisant une nouvelle jeunesse dans ce travail du négatif.

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Plus question donc de reprendre le procès, déjà joué et instruit cent fois, injuste et niais, du beuvisme, du lansonisme, de la « vieille » Sorbonne, du « Lagarde et Michard », étrangement jetés dans le même cul de basse fosse. En histoire littéraire, le plus démodé, c’est peut-être cela : le retour en boucle des mêmes disputes, des mêmes courtes haines. D’où l’idée d’un débat pour en finir avec le débat, pour en venir enfin aux choses sérieuses. Quitte à s’apercevoir bientôt que la tabula rasa escomptée n’est pas encore tout à fait desservie…

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Plus question pourtant de réduire l’histoire littéraire à ses caricatures, ni de penser avec ces imageries éculées. Pas question non plus, à l’inverse, de plaider, en avocat, en apologiste, en faveur de l’histoire littéraire, dont tout nous dit aujourd’hui qu’elle se défend bien toute seule. Ce grand procès ayant été souvent instruit ces derniers temps, reste plus modestement à cadastrer le terrain à reconquérir, à faire le compte des enquêtes à (re)mobiliser. Ce qui revient à faire que le singulier initial de mon titre se transforme d’emblée en un pluriel programmatique : Quelle(s) histoires(s) littéraire(s) ? Sous-entendu : quelle(s) histoire(s) littéraire(s) reste-t-il à écrire ? à susciter ? à désirer ?

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Mais si le temps des procès est clos, peut-être la reviviscence de l’histoire littéraire doit-elle en passer par un diagnostic de ses limites, de ses apories, ou, pour le dire dans un langage plus familier, de ses « coïncages » ordinaires. Au rang de ces limitations nocives, le dispositif qui dans ces derniers temps a fait que les tenants de l’histoire littéraire n’ont eu souvent d’autre ressource que de se constituer les défenseurs d’une discipline attaquée et dénoncée comme archaïque par un chœur imposant de critiques bien en cour dans les parages de la « Nouvelle Critique » ou de la « modernité ». Et c’est bien d’abord sur cette division nocive du champ intellectuel où se déploie l’histoire littéraire qu’il convient de revenir aujourd’hui. Que cesse désormais l’âge héroïque où la Théorie littéraire eut besoin de nier l’Histoire littéraire pour advenir à l’existence. Que l’Histoire prenne acte de la Théorie, que la Théorie apprenne à faire de l’Histoire : tel est aujourd’hui notre vœu à tous [2]  Vœu que j’ai déjà formulé dans ma contribution au colloque... [2] .

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Mais l’histoire littéraire continue de souffrir d’autres maux, dont il convient de prendre conscience : et d’abord des limites dans lesquelles se tient d’ordinaire l’écriture de l’histoire littéraire, avec ses habitudes et ses obsessions.

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Le sentiment de l’auteur de ces lignes est que l’histoire littéraire reste un peu piégée, non seulement par les termes faussés du débat idéologique qu’elle a suscité, débat en cours de fossilisation mais encore nuisible, mais aussi par les formes ordinaires d’écriture qu’on lui alloue, dans le réel des productions éditoriales comme dans les imaginaires canoniques qui leur sont associés. D’où la nécessité de prendre conscience des contradictions mais aussi des solidarités néfastes qui existent entre une activité épistémique prétendant à une certaine forme de scientificité et ses formes scripturales et éditoriales ordinaires. Pour une large part, l’histoire littéraire reste associée à cette idée — aujourd’hui nocive — que ses réalisations conformes doivent prendre l’allure d’une entreprise éditoriale visant à suivre le cours de la littérature d’un pays sur toute sa trajectoire, que ce soit dans un livre unique du format de ceux de Lanson, Brunetière ou Thibaudet, ou bien du format de ces entreprises collectives exemplaires, encore indépassées aujourd’hui, et de très loin, qu’ont été l’Histoire littéraire de la France des Éditions sociales et la collection Littérature française dirigée par Claude Pichois aux Éditions Arthaud. Autre format obligé : ces livres qui se donnent pour but d’écrire l’histoire d’un « siècle » dans un ouvrage solitaire. De même que l’histoire littéraire à la Brunetière et à la Lanson dut se délivrer non seulement des rhétoriques et des poétiques mais aussi du format — éditorial et mental — des Cours de littérature (La Harpe, Népomucène Lemercier, Villemain et jusqu’à Nisard), il importe de délivrer l’histoire littéraire de demain de la nécessité de faire livre. Car, dans ces gros livres que devient ordinairement l’histoire littéraire, quelle est petite la part de l’histoire littéraire proprement dite ! Une fois que les grands auteurs et les grandes œuvres ont été situés sur la portée, que les générations et les écoles ont été mises grossièrement à leur place, avec quelques événements promus comme emblématiques, la réflexion sur l’historicité plurielle de l’histoire littéraire est souvent réduite à la portion congrue. De quoi rêver, comme le faisait Barthes, à cette utopie : une histoire littéraire sans œuvres ni auteurs. Histoire du « littéraire » plutôt qu’histoire de la littérature, et se démarquant d’elle de manière ostensible. Une histoire littéraire qui se poserait à chaque ligne la question de l’historicité plurielle des faits liées à l’exercice de la littérature, délivrée qu’elle serait des nécessités du récit comme de celles de l’axiologie — chose, il est vrai, moins facile, dans un espace hanté par la valeur.

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L’un des mots d’ordre salvateurs qu’il faudrait donc promouvoir aujourd’hui, c’est qu’il est urgent de délivrer l’histoire littéraire en tant que discipline, active, inventive, en quête de vérités nouvelles, de l’histoire littéraire en tant que livre, tout comme des impératifs épistémiques qui lui sont ordinairement associés : obligation de synthèse, récit en continu, couverture d’ensemble d’un vaste espace historique, au prix de simplifications ; construction d’un Panthéon, en fonction d’une table de valeurs implicite ; compromis à négocier à chaque fois entre l’histoire des auteurs, l’histoire des œuvres, l’histoire des « événements littéraires », l’histoire des générations et des écoles, cela sans quitter des yeux l’horloge de la grande Histoire, politique et sociale ; décisions quant à la périodisation, toujours contestées et contestables : car dès qu’une histoire littéraire dépasse le format du volume, la question du découpage devient l’affaire de l’éditeur plus que des chercheurs, ce qui entraîne la recherche de vraisemblances et de consensus. De là ces discussions-rengaines sur les limites qu’il convient d’assigner à chaque siècle, sur les bornes emblématiques qui vont à chaque période.

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Une histoire littéraire véritablement adulte devrait pouvoir se libérer en partie de cette question-tarte à la crème de la périodisation, en tout cas de la préoccupation obsessionnelle du découpage vraisemblable, de la nécessité de rationaliser, de ranger par siècle, de débiter par tranches de manuel, ou par volumes. L’accent mis en effet sur la périodisation revient à vouloir à toute force placer des étiquettes sur des bocaux, en vertu d’un cadre narratif ou dissertationnel. L’idée de derrière de ces entreprises, c’est bien de constituer des ensembles scolaires un peu balourds, enseignables au jugé, de circonscrire la matière, de la délimiter pour que rien n’échappe. Or, tout échappe : car le réel historico-littéraire est heureusement plus riche, plus hétérogène que toutes ces vraisemblances un peu maigres. Inattentif aux découpages conventionnels, il connaît plus de ruptures et de différences que de continuités.

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L’histoire littéraire aujourd’hui à promouvoir, il faut que nous la délivrions de ces récits-là. Non qu’elle doive se passer de la chronologie, bien au contraire. Je la voudrais quant à moi faisant de l’année à année voire même du mois à mois comme on fait du mot à mot. Mais, de synthétique et d’apprivoisée par le cadre même de ces grandes entreprises éditoriales et commémoratives qui constituent ses ordinaires décorums, il faut qu’elle devienne plurielle et symptomatique, sensible aux divers rythmes souvent asynchrones du temps historique, capable de bousculer les bornes officielles assignées aux périodes, plus sensible aux ruptures qu’aux continuités, aux déviances qu’aux conformités, mais sachant aussi mesurer des rémanences hors d’âge, des retards inattendus, des amnésies surprenantes, ou, au contraire, des restaurations contre-nature. Car c’est de toutes ces co-présences aléatoires, de toutes ces poussées de sens inverse, de tous ces malentendus plus ou moins féconds qu’est faite la durée littéraire. Et il est temps, en histoire littéraire, de devenir un peu bergsoniens, ou proustiens si l’on préfère…

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C’est assez dire que, dans mon esprit du moins, nous ne sommes pas collectivement mûrs pour nous remettre à cette tache, aujourd’hui d’emblée mystifiée : écrire ensemble, avec l’autorité que serait susceptible de donner à une telle entreprise une instance comme la Société des études romantiques et dix-neuviémistes, une Histoire littéraire du dix-neuvième siècle. Mieux vaut procéder par vagues et varier les angles, et pour cela aussi varier les dispositifs de recherche comme les protocoles d’énonciation et de publication. D’autant que le paysage épistémologique d’ensemble est loin d’être favorable à une telle entreprise : incitations lancinantes que font, aux plus jeunes d’entre nous, le rythme scandé de la thèse courte, et de la carrière à faire ensuite à coups de colloques, où le même revient ad libitum sous de changeants habillages thématiques; accélération généralisée du rythme de la vie universitaire, défavorable aux longues immersions documentaires ; nécessité mais ravages du textualisme, des microlectures, de la génétique pour la génétique, qui confinent le sens dans le texte, dans l’acception restreinte et atomisée du mot, interdisant ainsi l’accès à ces transcendances de divers ordres en fonction desquelles ledit texte, ouvert sur son contexte et ses co-textes (Claude Duchet), prend véritablement sens. Comment, dans ces conditions, permettre encore l’émergence de ces magistrales synthèses que furent et restent les ouvrages aujourd’hui encore justement admirés de Paul Hazard, de Robert Mauzi, de Paul Bénichou, de Michel Raymond, de Michel Décaudin ou de Marc Fumaroli ? C’est là un état de choses qu’on serait mieux disposé à accepter si une nouvelle histoire littéraire, moins synthétique peut-être, mais du coup plus diversifiée, à longueurs d’ondes démultipliées, était prête à prendre le relais. Ce que s’appliquent à susciter, de manière connivente, les auteurs des articles ici réunis.

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Les uns prolongent et relancent le débat sur l’histoire littéraire.

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Rappelant l’excommunication et le confinement de l’histoire littéraire par le structuralisme, montrant à quel point elle est aujourd’hui suppléée par les historiens et les sociologues, Antoine Compagnon retrouve néanmoins l’histoire littéraire à chacun des moments de son itinéraire intellectuel, et lui cherche sa nouvelle place dans une conception de l’histoire inspirée de Proust. Inspiré par la « sociocritique », Pierre Laforgue rêve d’une histoire littéraire capable de « remettre le texte au centre de l’interrogation sur la littérature, sans pour autant retomber dans le formalisme ». Philippe Régnier plaide en faveur de l’élargissement radical du corpus digne de l’historien littéraire en y accueillant généreusement des textes mineurs et des textes d’idées non canoniques. Le souci de faire une histoire de l’histoire littéraire, souci qu’on ne saurait trop encourager et qu’a relancé un livre récent de Luc Fraisse [3]  Les Fondements de l’histoire littéraire. De Saint-René... [3] , est ici actualisé par Éric Bordas qui rappelle le chemin parallèle qu’a emprunté d’emblée et continûment sa discipline, la stylistique, par rapport à l’histoire littéraire : une histoire faite de connivences et de malentendus. S’exprimant au nom de cette autre discipline connexe qu’est la littérature comparée, Stéphane Michaud nous rappelle l’intérêt qu’il y a confronter les scansions et les mesures de l’histoire littéraire nationale avec les découpes en usage dans un pays voisin (l’Allemagne), très différentes quant au naturalisme en tout cas.

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Quant aux autres contributeurs, ils tentent de répondre au mot d’ordre de diversification en envisageant diverses sortes d’histoires littéraires à promouvoir : une histoire littéraire ayant pris acte des avancées et des exigences de ce que les historiens appellent depuis quelque temps l’« histoire culturelle », sensible aux aspects matériels de l’édition, épiant le livre qu’est devenue l’œuvre, un œil sur le format et l’éditeur, un autre sur le chiffre des ventes, un autre sur le catalogue des libraires (Jean-Yves Mollier) ; une histoire littéraire se posant la question de la « communication » (Alain Vaillant), se voulant histoire des lectures (Judith Lyon-Caen), et guettant les échos de la littérature dans la presse mais surtout les effets de la presse dans la littérature (Marie-Ève Thérenty) ; une histoire littéraire qui, fidèle en cela à Sainte-Beuve, essaie de tenir compte aussi, dans la faible mesure du possible, de l’écho subsistant des conversations des écrivains d’autrefois, embruns sonores de ces paroles gelées qui seules nous sont restées (Vincent Laisney). Une histoire littéraire qui se voudrait aussi histoire des poétiques (Jean-Pierre Bertrand), ou bien qui ferait enfin sienne le vœu resté lettre morte du Barthes du Degré zéro de l’écriture : faire une histoire des « écritures », ces façons d’écrire « sociolectales », subissant la marque en direct des idéologies. Une histoire, enfin, qui ferait la part des femmes (Christine Planté).

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On le voit à cette courte énumération, le présent numéro est loin encore de remplir tout son cadre et de donner une image un tant soit peu complète des histoires littéraires qui sont aujourd’hui à inventer ou à remobiliser. D’autant plus que, vu les délais raccourcis dans lesquels a été faite la présente publication, certains des collaborateurs de nos deux tables-rondes ont dû renoncer à se joindre au chœur, se réservant pour d’autres occasions. Le caractère incomplet du présent panorama apparaît encore plus si on le compare avec le plan initial de ces tables-rondes, que nous allons continuer dans le même esprit, et qui devront faire place à des dialogues qu’il est urgent de promouvoir entre historiens de la littérature, historiens des sciences, historiens de la philosophie et historiens de la société.

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Pour l’heure, ce sentiment de relative incomplétude commande à l’auteur de ces lignes de poursuivre pour son propre compte une telle revue, non certes en visant à une exhaustivité impossible mais en partant tout bonnement de son sentiment personnel.

ABSENCES VÉCUES

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Le sentiment récurent que j’ai eu, à mesure des divers chantiers de recherche auxquels j’ai participé, c’est celui — de nouveau — du peu d’histoire littéraire existant sur le marché, dès qu’on quitte les grands boulevards de la généralisation séculaire et dès qu’on entre dans des questions un peu « fines ». Ainsi, un nouveau départ en histoire littéraire n’est possible qu’en faisant le compte des déficiences actuelles d’une discipline dont pourtant le commun des mortels croit qu’elle est achevée, accomplie, déjà monumentalisée et en proie à une amnésie méritée et de bon aloi, alors que, tout au contraire, elle reste encore pour un bonne part une activité défective. Cela, en raison pour une part des malheurs qui lui sont arrivés en cours de route : la crise de défiance qu’elle a eue à subir depuis cinquante ans… L’histoire littéraire apparaît donc aujourd’hui comme un terrain à réinvestir, avec pas mal de landes en déshérence. Inutile de se lamenter : cela fait de la place. Avis aux jeunes survenants, à la recherche d’un vrai sujet de thèse…

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Pas question, certes, de nier l’existant, l’acquis, ni les grands monuments connus et respectés de tous. Pas question d’oublier surtout l’action imperturbable de la RHLF dans cet incessant travail. Mais contentons-nous ici de pointer quelques absences « vécues », prises dans le XIXe siècle.

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Les genres dits mineurs, en particulier ceux qui ont trait à l’« intime », font partie des plus mal desservis. Où trouver avant le numéro de Romantisme que j’ai eu l’heur de diriger [4]  « J’ai toujours aimé les correspondances… », n° 90,1995-4.... [4]  — panorama apéritif, et non synthèse achevée — une réflexion sur l’état des correspondances et de la littérature épistolaire au XIXe siècle ? Sur les siècles de Mme de Sévigné et de Voltaire, le lecteur avisé n’avait que l’embarras du choix. Mais sur le siècle de Balzac, de Sand, de Flaubert et de Mallarmé, point de synthèse, fût-ce à titre de tentative : car jusque-là, de la part des historiens de la littérature, les correspondances n’avaient été que sources d’informations à piller sans scrupule et non genre et/ou question à part entière. Sur ce siècle dont pourtant commençaient à avoir paru les grands monuments épistolaires, pourvus de l’appareil savant dont les dotent de belles éditions de Correspondances générales (Sainte-Beuve, Balzac, Sand, Flaubert, Lamartine, Vigny, Mallarmé…), point de réflexion d’ensemble, mis à part l’ancienne mais encore appréciable présentation — dix-septiémiste dans son propos central — de Gustave Lanson [5]  Lanson est l’auteur d’un Choix de lettres du XVIIe... [5] , et quelques rares études dispersées. Rien donc, avant ce travail collectif, sur le devenir des correspondances privées, en un âge où les vecteurs de la sociabilité mondaine disparaissent peu à peu, et où, en contrepartie, les liaisons postales se développent ; rien non plus sur les éditions de correspondances des siècles antérieurs, commerce de librairie qui devient très tôt florissant, parce qu’il s’ancre sur une mode, qui n’est pas sans influer sur de grandes entreprises critiques (Sainte-Beuve, Barbey d’Aurevilly) ; rien enfin sur ce phénomène de grande ampleur que j’ai essayé de baliser : le devenir autobiographique des correspondances, lesquelles, quittant l’espace mondain qui était celui de Mme de Sévigné et de Voltaire, changent du tout au tout de registre pour se faire vecteur ordinaire de l’expression de soi, de manière encore plus répandue que le journal intime.

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Même constat lorsqu’à l’occasion de diverses entreprises collectives, il m’est arrivé d’étudier l’histoire de la biographie, en particulier de la biographie d’écrivain [6]  Dans mes travaux sur Sainte-Beuve, mais aussi dans... [6] . De nouveau, en ce domaine, de beaux travaux préexistants sur d’autres siècles [7]  Entre autres un numéro spécial de la revue Diogène.... [7] , un bel article de Claude Pichois sur l’histoire de l’antibiographisme [8]  Claude Pichois, « Petite histoire d’un tabou ou les... [8] , et l’utile synthèse de Daniel Madélenat pour nous guider [9]  Daniel Madelénat, La Biographie, PUF, 1984. [9] . Mais point d’instrument pour qui, côté français, voudrait suivre par le menu l’histoire des protocoles biographiques entre les recueils d’anas, puis les éloges académiques du siècle antérieur, les notices biographiques des dictionnaires du début du XIXe siècle façon Biographie Michaud, les biographies à la Walckenaër, les portraits littéraires de Sainte-Beuve, puis les biographies proprement romantiques — dont Baudelaire biographe de Poe continue de se réclamer sans le savoir —, en attendant que le genre ne reçoive la marque de l’histoire littéraire, dans le dernier tiers du siècle. Ainsi donc, sur l’histoire de la biographie, ce genre pourtant intimement lié à l’histoire littéraire et marqué par le romantisme, point à ce jour de réponse digne de confiance de la part de l’histoire littéraire du XIXe siècle.

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La même remarque, le même constat de déficience est à faire pour les divers produits de l’écriture autobiographique, que ce soient les « Mémoires », les autobiographies ou les journaux intimes. Malgré les beaux travaux de Philippe Lejeune et de Georges Gusdorf, on doit constater aujourd’hui que le programme que le premier formulait naguère à sa discipline dans cette même revue [10]  « Autobiographie et histoire littéraire », RHLF, novembre-décembre... [10] , d’avoir à comprendre historiquement la production autobiographique, est loin d’avoir été rempli. La mode qui s’est emparée de cette littérature-là, loin de prêter à une connaissance historique précise, porte plutôt à multiplier des entreprises de vulgarisation, tournées vers le « grand public » scolaire et universitaire, non à encourager la recherche. Encore en souffrance, et en attente d’une thèse « longue », une question aussi « bateau » pourtant en apparence, que celle de la réception et de l’influence des Confessions de Jean-Jacques Rousseau sur les autobiographes du siècle suivant, qui ont un rapport si ambivalent à lui, que ce soit Chateaubriand, Henri Beyle, George Sand ou Marie d’Agoult. Règle générale : dès qu’un phénomène littéraire dépasse les bornes d’un seul siècle, il n’y a plus personne. Mais personne non plus pour essayer de suivre, dans le cours du seul XIXe siècle, la courbe chronologique de la rédaction des Mémoires, en surveillant les entreprises scripturales et éditoriales à l’année près, en partant ne serait-ce que de l’édition tronquée et expurgée des Mémoires de Byron (1830), et en essayant de comprendre les effets d’écriture intertextuelle qui s’en engendrent chez Chateaubriand ou Vigny, puis, plus tard, ceux que provoque la parution des Mémoires d’outre-tombe, autre ponctuation souveraine (1849), chez George Sand, Berlioz, Dumas, Quinet et Marie d’Agoult, nichée autobiographique née de la même semence (même si, pris séparément, chacun de ces autobiographes entretient des rapports de tension ou d’antipathie déclarée à l’égard de l’Enchanteur). Et personne non plus pour dire les avatars du genre autobiographique, tiraillé entre la tendance épico-mémorialiste d’un Chateaubriand et le sincérisme fragmentaire, sténographique, déjà à la Perec, d’Henry Brulard.

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Si nous sortons un instant de la littérature dite intime, pour nous aventurer du côté d’un autre genre de littérature mineure, a-personnelle celle-là, mais portant comme l’autre, plus encore même que l’autre, la marque de l’histoire, je veux parler de cette littérature que depuis Walter Benjamin on appelle « panoramique » et qu’évoque ici même Judith Lyon-Caen, les mêmes déficiences apparaissent. Point de synthèse, à peine quelques monographies encore balbutiantes sur cette littérature issue du Tableau de Paris de Sébastien Mercier, et s’étant manifestée au XIXe siècle par bon nombre d’entreprises d’édition collectives, luxueuses, emblématiques et influentes telles que les Ermites de Jouy et de ses collaborateurs (à partir de 1811 dans la Gazette de France), Paris ou le Livre des cent-et-un (Ladvocat, 1831-1834), le Nouveau Tableau de Paris au XIXe siècle (Veuve Béchet, 1834-1835), Les Français peints par euxmêmes (Louis Curmer, 1839-1842), Le Diable à Paris (Hetzel, 1845-1856), Les Petits-Paris (A. Taride, 1854-1855), etc. Voici un « genre » de littérature (si la notion peut être inclinée jusque là) qui a le malheur de tomber dans l’interstice grand ouvert que laissent dans leurs parcours ordinaires les littéraires et les historiens. Les historiens y cherchent des renseignements en ce qui concerne divers aspects de l’histoire urbaine : les mutations du Palais-Royal, l’éclairage nocturne, les passages, les omnibus, le début des grands magasins, la mise en montre spectaculaire de la marchandise, l’odeur des égouts, etc.; les littéraires y suivent à la trace leurs grands ou moins grands auteurs (Balzac, Sand, Janin, Monnier, Soulié, Karr, etc.), les historiens de l’art s’occupent de la partie illustrée de ces livres collectifs [11]  Voir Les Français peints par eux-mêmes. Panorama social... [11] ; mais quant à essayer de faire l’histoire littéraire proprement dite, entre Sébastien Mercier et Charles Virmaître, de cette littérature en prise directe avec l’histoire, de nouveau personne (ou presque [12]  Belles et utiles exception, le livre collectif dirigé... [12]  ). Personne pour suivre cette histoire en continu, de manière précise, informée, documentée, sous ses aspects aussi bien littéraires qu’éditoriaux, historiques qu’artistiques. Personne pour prendre pour corpus la totalité des textes répertoriés par la généreuse et plus que centenaire bibliographie de Paul Lacombe [13]  Georges Lacombe, Bibliographie parisienne. Tableaux... [13] . De quoi nous donner envie d’organiser une recherche collective sur ce thème, qui prendra probablement plusieurs années à un groupe de recherches en gestation, dont la première manifestation sera un colloque sur les Français peints par eux-mêmes en 2004 à la Maison de Balzac. Un modeste début, rendu plus facile par l’édition partielle du texte (2 volumes sur 8) dans la collection « Omnibus [14]  Les Français peints par eux-mêmes. Encyclopédie morale... [14]  ».

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De manière générale, les déficiences ordinaires s’accroissent dès qu’on quitte le niveau « grand auteur », et qu’on cherche à suivre des phénomènes collectifs, engageant non plus des singularités marquantes, mais des contingents d’écrivains plus ou moins mineurs, pris comme appartenant à un groupe, un cénacle, un salon, une revue. Les travaux de MarieÈve Thérenty sur la presse du début de la monarchie de Juillet [15]  Marie-Eve Thérenty, Mosaïques. Être écrivain entre... [15] sont à cet égard une heureuse exception à une déficience là aussi endémique, et d’autant plus cruelle que les rapports entre presse et littérature — d’antipathie comme d’influence et de séduction réciproque — ont été constants, profonds et multiformes tout au long du XIXe siècle. On avait jusque là de beaux travaux initiateurs comme l’admirable thèse de Roland Chollet sur Balzac journaliste (Klincksieck, 1983), mais pas de tentative de synthèse, autre que des Histoires de la presse, dont l’histoire littéraire n’est pas le premier souci. De même, la thèse de Vincent Laisney sur l’Arsenal à l’époque de Nodier [16]  Vincent Laisney, L’Arsenal romantique : le salon de... [16] est une des rares entreprises qui, parmi les travaux émanant de chercheurs de sa génération, tente d’éclairer sur un exemplephare les phénomènes de sociabilités en mutation qui accompagnent la (re)constitution de l’espace littéraire à partir du romantisme. Mais rien d’autre — presque — sur le phénomène si important des Cénacles romantiques, grands ou petits — Cénacle de la Muse française, Cénacle de Joseph Delorme, Petit Cénacle — depuis les recherches archaïques de Léon Séché [17]  Léon Séché, Le Cénacle de la Muse française (1823-1827),... [17]  ! Et personne non plus pour étudier de près ce phénomène si important, la littérature affectée par un changement notoire de ses sociabilités de référence : les Cénacles, en attendant les chapelles, en lieu et place des salons aristocratiques ; mais aussi la presse, nouvelle venue dans ce rôle de participation au débat littéraire et de fabrication d’un espace de communication et d’un champ littéraire élargi. Point de travaux en nombre suffisant pour témoigner de ces profondes transformations, liées aux nouveaux entours sociables de la production littéraire. Chose pourtant d’autant plus nécessaire que cette époque d’individuation de la littérature qu’a pu être le romantisme fut aussi, paradoxalement, une époque où s’est accentuée la socialisation des comportements littéraires. Car au moment même où la littérature devient « sujet », au moment où elle s’incarne dans son auteur, de manière plus nécessaire que jamais, on constate aussi, parallèlement, le développement sans précédent de phénomènes de sociabilité littéraire : groupes, « écoles », « cénacles », « sectes », etc. [18]  Ce qui n’est pas vraiment contradictoire, au fond,... [18] Certains s’en irritent, dénonçant une sorte de caporalisation de la littérature : ainsi de Vigny, qui, visant Hugo, peste contre les « associations » [19]  « La solitude est sainte. Toutes les Associations ont... [19] . D’autres essaient de minimiser le phénomène, en insistant, au contraire, sur le pullulement des écoles — soit qu’ils attribuent la chose à des « divergences de goût » liées à l’« allégorisme », comme Pierre Leroux [20]  « Jamais le monde littéraire n’a compté plus de sectes... [20] , ou qu’ils remarquent, comme Mme de Staël, qu’en Allemagne « chaque homme de génie form[e] pour ainsi dire une école à part » [21]  De l’Allemagne, G.-F., t. I, p. 171. [21] . Mais l’idée s’impose que la littérature est devenue chose collective, et à plusieurs niveaux. C’est vrai en ce qui concerne les « écritures »; vrai aussi en ce qui concerne les relations de domination et d’influence à l’intérieur du « champ littéraire »; vrai enfin de ces manières de se comporter en écrivain et de remplir la fonction-auteur que je propose d’appeler des « scénarios auctoriaux ». Dans tous ces domaines, l’imitation agit, le travail des influences est à l’œuvre : soit d’homme à homme, soit de manière collective, c’est-à-dire en fonction des « écoles ». Ce sont elles qui ont pour résultat de clarifier la « politique littéraire » d’une époque (selon l’expression de Valéry) [22]  Dans son « Remerciement à l’Académie française » (23... [22] . Et c’est un fait que la période romantique fut, à cet égard, une période « introuvable » : période où les affrontements étaient clairs, où les dissensions littéraires étaient secondées par des lignes de fracture idéologiques, et où les combats sans cesse rebondissants de la « Bataille littéraire » donnaient matière à une véritable fictionnalisation de la vie littéraire.

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Le phénomène est net, constant, caractéristique ; il a, comme le suggère la remarque de Leroux citée en note, une influence directe sur les « écritures », et mériterait mieux que le traitement distant qui lui a été jusqu’ici alloué. Là aussi, de quoi donner l’impulsion à une recherche collective en cours sur les sociabilités littéraires au XIXe siècle [23]  Un séminaire qui s’est tenu à Paris 7-Denis Diderot,... [23] , dont la première manifestation a été, de nouveau, un numéro de Romantisme, où nous avons essayé — avec un succès mitigé, tant le terrain semble miné — de remettre sur le métier la vieille notion d’influence [24]  Romantisme, n° 98,1997-4, « Influences ». [24] , dont il est d’autant moins pertinent de se passer, en tant que dix-neuviémiste, que c’est une notion marquée au sceau de la pensée magnétique caractéristique de la fin du XVIIIe siècle et du début du siècle romantique. Car si le baquet mesmérien n’est qu’une image facile à caricaturer, combien constantes les méditations sur les phénomènes d’influence, à une époque qui découvre avec émoi l’irrationnel des mimétismes suscités par le passage progressif à la civilisation de masse !

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N’allons pas croire, parce que la liste des absences a commencé par les petits genres et la sociologie de la littérature, que les autres cantons plus nobles de l’histoire littéraire soient mieux lotis. Si l’histoire de la critique a fini par être plus qu’honorablement traitée, du moins si l’on met bout à bout les travaux justement respectés de Brunetière, Pierre Moreau, Roger Fayolle, Raphaël Molho, et le livre plus récent de Jean-Thomas Nordmann [25]  Jean-Thomas Nordmann, La Critique française au XIXe... [25] , point pourtant d’histoire de la promotion tout au long du XIXe siècle de la fonctioncritique, avec ses habitus, ses lieux éditoriaux, ses vedettes, ses réflexes de corps, comme le pointe ici même Judith Lyon-Caen. Et quant au roman, où sont les synthèses dignes de foi sur un genre pourtant central, proclamé à l’envi comme au plus haut point symbolique du siècle tout entier en ses effets de polylogue ? De nouveau, les digests scolaires — certains utiles, il est vrai [26]  En particulier le livre de Pierre Chartier, Introduction... [26]  — prennent le pas sur les produits qu’on attend et qui manquent : de véritables panoramas chronologiques appuyés sur de vraies recherches, et suivant l’histoire de ce genre en continu, à la fois du point de vue de ses grands auteurs, mais aussi de sa lente légitimation, de ses réalisations protéiformes, de ses trajectoires éditoriales, mais aussi de ses représentations ordinaires et de son accueil par les lecteurs et la critique. Où sont les instruments historiques pour expliquer que Stendhal et Balzac, futurs grands romanciers, et parmi les plus hauts légitimeurs du genre, aient commencé eux-mêmes par écrire pour le théâtre, comique ici (Letellier ou l’intérieur d’un journal), tragique là (Cromwell), et que le passage au roman ait été vécu par l’un comme une diversion fugace du côté du romanesque, par l’autre comme une chute dans la « chaircuiterie littéraire », et non comme l’invention orchestrée d’un nouveau genre, tenace illusion rétrospective [27]  Pour ce qui concerne Stendhal, voir cependant le beau... [27]  ? Quand une jeune chercheuse en histoire manifeste la noble intention de s’intéresser aux grilles de lecture de la socialité qu’offre le roman de la Monarchie citoyenne, je n’ai point encore aujourd’hui d’autre outil fiable à lui proposer que le livre ancien — heureusement remarquable à sa façon — de Marguerite Iknayan [28]  Marguerite Iknayan, The Idea of the novel in France :... [28] , mais qui porte plus sur les représentations du roman et sa réception critique que sur sa pratique. Expérience que quiconque parmi nous a pu avoir sur d’autres grands genres prétendument sus et connus. Assez joué les pleureuses : à d’autres de continuer la tapisserie des absences…

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C’est pourtant encore du constat d’une autre absence relative que nous sommes collectivement partis dans le choix de ce qui sera le thème du IIe Congrès de notre Société des études romantiques, en mai 2005 : le manque relatif de travaux sur les diverses formes de la réflexion esthétique, en un siècle où — déjà — la théorie ne cesse de doubler la pratique de la littérature. Écho méditatif constant, autant voire plus chez les créateurs que chez les critiques et les promoteurs de cette esthétique en émergence qu’on affecte longtemps d’italiques de circonspection. C’est de préférence d’ailleurs à cette espèce d’esthétique en action qui court tout au long du siècle que nous aimerions nous intéresser surtout, en commençant par nous poser la question de ses formes et lieux d’expression les plus à vif : préfaces et manifestes. Manière de continuer une entreprise légendaire : le dépouillement exhaustif des préfaces de roman du début XIXe siècle (1815-1832), lancée par Claude Duchet, ainsi que les questions encore pendantes qui furent à l’origine d’une telle entreprise. Mais tant est patent le retard pris en la matière que, mis à part le livre classique de G. Genette [29]  Seuils, Éditions du Seuil, 1992. [29] , un colloque [30]  Le Texte préfaciel, textes réunis par Laurence Kohn-Pireaux,... [30] et quelques articles disséminés, le chantier des préfaces est resté peu actif. Parallèlement, aucune étude n’existe aujourd’hui sur le marché qui traiterait de manière historienne de ce terme même de « manifeste », d’origine politique et militaire, dont l’utilisation dans le langage de la critique est relativement tardive dans le siècle. Un siècle, pourtant, qui, à l’observateur judicieux mais peu philologue, n’en apparaît pas moins, à juste raison, comme le « siècle des manifestes » : soit donc le siècle où la bataille littéraire s’exprime par des prises de positions publiques qui se donnent pour l’expression d’un groupe et savent déjà très bien, comme on dit aujourd’hui, « communiquer »…

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Mais sur d’autres aspects qui passent pour évidemment bien connus de ce siècle de débats littéraires, les défaillances sont aussi notoires. Rien, pas de thèse, peu de travaux sur le « débat romantique », depuis la fresque précocement interrompue à l’année 1817 d’Eggli et Martino [31]  Edmond Eggli et Pierre Martino, Le Débat romantique... [31] . Personne pour la continuer, je ne dis pas l’achever. J’ai beau proposer cela comme sujet de thèse, de manière lassante, personne pour reprendre ce flambeau. Du coup, le combat légendaire du classique et du romantique est condamné à rester une légende : il attend encore son historien. De même, le débat, pourtant sans cesse allégué, entre le romantisme selon l’art pour l’art et le romantisme « social ». Quand j’ai voulu reprendre l’histoire de ce processus lui aussi supposé archi-connu de l’autonomisation de la littérature [32]  « L’autonomisation de la littérature », Littérature,... [32] , quelle n’a pas été ma surprise de ne trouver sur ce terrain-là qu’idées générales, sans cesse ânonnées, et rien ne serait-ce que sur le moment précis d’apparition et sur la chronologie d’emploi de cette notion même de l’art pour l’art. Et quant à l’histoire de la notion de « littérature », entre Mme de Staël et Mallarmé, période superlativement climatérique à cet égard, là aussi point d’étude lexicale précise, quantitative, patiente, chronologique, attentive aux lignes de force et aux lignes de fracture d’un tel mot-vecteur. Point de véritable réponse au vœu ancien mais encore d’actualité de Roland Barthes :

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La littérature possède-t-elle une forme, sinon éternelle, du moins transhistorique ? Pour répondre sérieusement à cette question, un instrument essentiel nous manque : une histoire de l’idée de littérature. On écrit sans cesse (du moins depuis le XIXe siècle, ce qui est déjà significatif) l’histoire des œuvres, des écoles, des mouvements, des auteurs, mais on n’a jamais encore écrit l’histoire de l’être littéraire. Qu’est-ce que la littérature ? : cette question célèbre reste paradoxalement une question de philosophe ou de critique, ce n’est pas encore une question d’historien [33]  Roland Barthes, « Littérature et signification », Essais... [33] .

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Dans ce même espace de recherche, bon courage à celui qui, en l’état actuel des travaux, voudrait comprendre l’histoire littéraire de ces années de transition entre romantisme et Parnasse, comme on disait autrefois… C’est la synthèse de Cassagne [34]  Albert Cassagne, La Théorie de l’art pour l’art en... [34] qui reste valide en ce domaine, et elle est bientôt centenaire; mais personne n’a encore trouvé bon de combler ses lacunes et de répondre aux justes objections que lui fit à sa parution un historien de la littérature qu’on gagne à relire : Gustave Lanson [35]  Voir sa recension de la thèse d’Albert Cassagne dans... [35] . Et bien peu de chercheurs, mis à part Claude Pichois, Graham Robb [36]  La Poésie de Baudelaire et la poésie française, 1838-1852,... [36] ou Martine Lavaud [37]  Martine Lavaud, Théophile Gautier, militant du romantisme,... [37] , à avoir suivi dans le détail le débat littéraire qui se trame alors, pour et contre le romantisme. Un interrègne passionnant d’une vingtaine d’années (1835-1855), qui a le malheur de chevaucher les découpes ordinaires du siècle… Là aussi, il faudra faire un jour, le relevé — impressionnant — de ces angles morts de l’histoire littéraire, dont le pesant panopticon gagnerait à être parfois changé de place.

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Deux espaces de recherche, enfin, pour finir provisoirement cette liste des absences — incitatives, programmatiques, on l’aura compris : autant de manques, autant de désirs. Deux champs où les absences sont moins criantes sans doute, mais que je souhaiterais voir avantagés dans la nouvelle histoire littéraire : l’histoire des réceptions et des interprétations d’une part, l’histoires des imaginaires littéraires de l’autre.

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Tout comme Alain Vaillant, qui a le courage d’aller rechercher ce terme contesté de « communication », tout comme Judith Lyon-Caen, qui, en historienne, souhaite développer l’histoire des lectures, je suis de ceux qui pensent qu’il y aujourd’hui intérêt à mettre l’accent, de manière plus systématique qu’on ne l’a fait jusqu’ici, sur les études de réception. L’histoire littéraire doit se récrire en partie double : un œil sur la page de gauche, celle des créations, des avènements, dont il faut surveiller la date exacte ; un œil sur la page de droite, parfois assez décalée en termes de chronologie, celle des lectures, des interprétations, des réceptions, mais aussi des « influences », souvent biaisées, parfois même à contresens. Qu’on constate par exemple comment « Fleur d’automne », vieille fille lectrice de Balzac, s’ingénie à inscrire son romancier préféré dans un panthéon où il voisine avec Delille et Andrieux [38]  Voir mon article : « L’écrivain de leurs rêves : Balzac... [38]  !

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C’est bien le processus d’ensemble de cette communication indirecte, contrariée, volontairement biaisée et parasitée de « bruits » — de cette contre-communication, si l’on veut — qu’est la littérature qui doit devenir désormais l’objet d’étude, non la seule ligne de crête azurée où planent les chefs-d’œuvre. Ce qui suppose qu’on fasse entrer en ligne de compte le commun des œuvres de moindre volée, mais aussi qu’on prête l’oreille à l’escorte qu’à toutes ces œuvres font d’emblée les lecteurs et les critiques — et d’abord les écrivains eux-mêmes qui sont à eux-mêmes leurs premiers lecteurs, et les lecteurs experts des œuvres de leurs confrères. Pas de littérature sans ce dialogue incessant, qui commence à la muse intime ou à l’« ami sévère », armé d’oreilles complaisantes ou d’encre rouge : et donc pas d’histoire littéraire sans prêter attention aux formes, aux attendus et à l’immédiate efficace de ces jugements à bout portant. Lecteur attentif et passionné des ouvrages autrefois parus au Éditions Ducros, dans la collection « Tels qu’en eux-mêmes », de la revue Œuvres et Critiques, comme de la belle collection « Miroir de la critique » dirigée par André Guyaux aux Presses de la Sorbonne, j’avoue pourtant être souvent en manque : l’effet de palmarès nécessairement poursuivi invite à faire la part belle aux plus hautes signatures. Cela donne d’intenses dialogues au sommet : Sand/Balzac, Balzac/Stendhal ; Sand/Flaubert; mais du coup, une moindre place est faite au jour à jour de la réception immédiate, dans ses effets en feed-back sur l’auteur : réception des critiques, de la presse, mais aussi des lecteurs individuels, lorsque leurs correspondances permettent de nous en faire une idée. De là, quand ce premier round de communication a mal tourné, des virages, des recentrages, des tentatives d’adaptation à la demande de la part de l’écrivain soumis au feu de la critique, ou bien, au contraire, une volonté de se libérer de la contrainte que suppose une première image, avantageuse mais limitative, que le public se fait de lui. D’où la laborieuse tentative que fait un Balzac, au moment d’aborder la littérature excentrique et fantastique de La Peau de chagrin, de gommer son premier avatar : celui de ce « célibataire » salace, rieur et pragmatique qui est censé avoir écrit la Physiologie du mariage. Dans de tels phénomènes de dialogue immédiat, bien plus fréquents qu’on ne croit, la communication devient négociation. Et qu’on n’aille pas penser qu’il ne s’agit là que de « service après vente » : tout au contraire, il s’agit pour l’auteur de s’inventer son identité et de se constituer en transauteur : soit donc en auteur d’une œuvre complète dont le souci est d’assortir entre eux ses divers avatars.

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Si la réception devrait donc être étudiée avec plus de détail, il en va de même pour toutes ces représentations dont la littérature dans sa marche concrète est incessamment doublée. Image de l’auteur, qu’il faut affermir avant d’écrire et de publier ; car comme j’ai essayé de le montrer, pas d’écrivain sans le préalable de ce regard sur soi-même et de cette prise en considération de sa propre image publique [39]  Dans ma thèse (L’Écrivain imaginaire. Scénographies... [39] . Activité narcissique, pour une part, mais pour une part communicative, car il s’agit bien de se faire admettre en cadrant avec les dispositifs de reconnaissance convenus, ou de ne les bousculer qu’à bon escient, et en annonçant clairement ces révolutions d’image.

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Mais si, depuis l’époque romantique, c’est l’écrivain sacralisé qui est la grande vedette de cette scène-là, à la fois l’acteur et la cible de ces regards qu’il porte sur lui-même, c’est bien l’ensemble de l’espace littéraire qui est l’objet d’un constant travail d’imagination. L’auteur s’imagine et se construit une image recevable ; le lecteur l’imagine et se construit un auteur imaginaire auquel il lui arrive de s’adresser par lettre ou de vive voix — et gare aux déceptions, telle celle de Modeste Mignon face à Canalis ; mais l’écrivain lui aussi imagine le lecteur, l’accueille et tente de l’apprivoiser en lui faisant jouer le rôle de narrataire, l’asservissant à son univers fictif, lui donnant un rôle assigné dans la structure énonciative que son livre met en place. Mais l’œuvre elle-même qu’il est en train d’écrire, et aussi le livre qu’elle sera un jour, sans oublier enfin, mirage surplombant et auguste, la « Littérature », et même son histoire (l’histoire littéraire, donc !), tout cela est, de la part de l’écrivain faisant œuvre, objet de calcul, d’imagination, de « mythologies » (au sens de Barthes), de mirages actifs dont la réalité est évidente. Car ce n’est pas seulement par son inscription dans la production matérielle, éditoriale, que la littérature est en prise avec le réel, devons-nous répondre à nos amis historiens, dont Antoine Compagnon montre qu’ils ont tendance à nous voler cette place que nous avons laissée inoccupée… Elle est aussi en prise avec l’insistance réalité de ces fantasmes, vécus par l’écrivain comme intimes, et pourtant marqués au plus près par l’imaginaire social. La marque de l’histoire, elle est souvent là : dans ces mirages, dans la représentation de ces objets plus ou moins concrets, plus ou moins perspectifs : l’écrivain, le lecteur, le l’œuvre, le livre, la littérature, mais aussi de tous ces objets secondaires que sont les divers genres de littérature (le roman, le poème, l’essai), les divers lieux d’expression et de manifestation textuels et paratextuels (préface, page de titre, illustrations et table des matières). Tout dans l’espace littéraire, véritable galerie de glaces, est affaire de représentation. Rien n’est direct, tout est virtuel, tout est à saisir dans le miroir. Reste — entre autres — à l’histoire littéraire à venir — à passer derrière.


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  • MOISAN Clément (dir.), L’Histoire littéraire. Théories, méthodes, pratiques, Presses de l’Université Laval, « Hors collection », 1989.
  • MOISAN Clément et SAINT-JACQUES Denis (dir.), Études littéraires (« L’autonomisation de la littérature »), vol. XX, n° 1, printemps-été 1987.
  • NEEFS Jacques, « Critique génétique et histoire littéraire », L’Histoire littéraire aujourd’hui, op. cit., p. 23-30.
  • « La Périodisation en histoire littéraire. Siècles, générations, groupes, écoles », n° spécial de la RHLF, septembre-octobre 2002, n° 5.
  • PETITIER Paule, « L’articulation des savoirs. Histoire littéraire et histoire des sciences », L’Histoire littéraire, n° spécial de la revue Littérature et Nation, 1991, p. 11-30.
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  • — « De l’histoire littéraire », », Revue d’Histoire littéraire de la France. Colloque du Centenaire. « L’Histoire littéraire hier, aujourd’hui et demain, ici et ailleurs », supplément à la RHLF, n° 6,1995, p. 21-28.
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  • POMEAU René, « L’histoire de la littérature et les méthodologies », RHLF, n° 5-6, septembre-décembre 1970, p. 769-775.
  • Problèmes et méthodes d’histoire littéraire, Actes du colloque organisé par la Société d’Histoire littéraire de la France, le 18 novembre 1974, Armand Colin, 1974.
  • Revue d’Histoire littéraire de la France. Colloque du centenaire. « L’Histoire littéraire hier, aujourd’hui et demain, ici et ailleurs », Actes du colloque des 17 et 18 novembre 1994, Armand Colin, supplément à la RHLF, n° 6,1995.
  • ROBERT Lucie, L’Institution du littéraire, Québec, Presses de l’Université Laval, 1989.
  • ROHOU Jean, L’Histoire littéraire. Objets et méthodes, Nathan, coll. « 128 », 1996.
  • Les Synchronies littéraires. Points et perspectives historiques, Œuvres et critiques, t. XII, sous la direction de Jean Boissière, 1987.
  • TOURNIER Isabelle, « Événement historique, événement littéraire. Qu’est-ce qui fait date en littérature ? », dans « La Périodisation, en histoire littéraire. Siècles, générations, groupes, écoles », n° spécial de la RHLF, septembre-octobre 2002, n° 5, p. 747-758.
  • VACHON Stéphane, « Réflexions sur quelques modèles pour l’histoire littéraire du XIXe siècle », Texte (Toronto), n° 12,1992, p. 118-128.
  • VAILLANT Alain, « La littérature et la galaxie Gutenberg », L’Histoire littéraire, n° spécial de la revue Littérature et Nation, 1991, p. 71-94.
  • VIALA Alain, « L’histoire des institutions littéraires », L’Histoire littéraire aujourd’hui, op. cit., Armand Colin, 1990, p. 162-175.
  • — « Barthes, Blanchot, Lanson : de l’origine de certaines gênes théoriques pour l’histoire littéraire », Texte (Toronto), n° 12,1992, p. 5-15.
  • — « Théories littéraires, théories du texte, et histoire des théories littéraires », Textuel, n° 37 (« Où en est la théorie littéraire ? »), 2000, p. 201-226.

Notes

[*]

Université Paris 7-Denis Diderot.

[1]

« La Périodisation en histoire littéraire. Siècles, générations, groupes, écoles », n° spécial de la RHLF, sept.-oct. 2002, n° 5.

[2]

Vœu que j’ai déjà formulé dans ma contribution au colloque sur la Théorie littéraire, organisé par Julia Kristeva et Évelyne Grossman : « Quelle théorie pour l’histoire littéraire ? », Université Paris-7, juin 1999, Textuel, n° 37 (« Où en est la théorie littéraire ? »), 2000, p. 167-179.

[3]

Les Fondements de l’histoire littéraire. De Saint-René Taillandier à Lanson, Honoré Champion, 2002.

[4]

« J’ai toujours aimé les correspondances… », n° 90,1995-4. Mon introduction porte un titre on ne peut plus explicite : « Pour une histoire littéraire des correspondances ». Le titre du numéro renvoie à une déclaration d’amour épistolaire signée Sainte-Beuve : « J’ai toujours aimé les correspondances, les conversations, les pensées, tous les détails du caractère, des mœurs, de la biographie, en un mot des grands écrivains […] », Sainte-Beuve, « Diderot » [26 juin 1831], Portraits littéraires, dans Œuvres, « Bibliothèque de la Pléiade », t. I, p. 867.

[5]

Lanson est l’auteur d’un Choix de lettres du XVIIe siècle, Hachette, 1895, dont l’introduction a été reprise dans un recueil d’articles de Lanson rassemblé par Henri Peyre : Essais de méthode, de critique et d’histoire littéraire, Hachette, 1965 sous le titre : « Sur la littérature épistolaire » (p. 259-289).

[6]

Dans mes travaux sur Sainte-Beuve, mais aussi dans ma contribution à un colloque de Cerisy-la-Salle sur le biographique : « Écrire la vie du poète ? La biographie d’écrivain entre Lumières et Romantisme », Revue des sciences humaines, « Le Biographique », 1992-1, p. 215-233.

[7]

Entre autres un numéro spécial de la revue Diogène. Voir en particulier l’article de Marc Fumaroli, « Des vies à la biographie », et celui de Georges May, « Sa vie son œuvre », Diogène, juillet-septembre 1987.

[8]

Claude Pichois, « Petite histoire d’un tabou ou les présupposés de l’antibiographisme », Approches des Lumières. Mélanges offerts de Jean Fabre, Klincksieck, 1974, p. 345-355.

[9]

Daniel Madelénat, La Biographie, PUF, 1984.

[10]

« Autobiographie et histoire littéraire », RHLF, novembre-décembre 1975, n° 6, p. 903-936.

[11]

Voir Les Français peints par eux-mêmes. Panorama social du XIXe siècle, éd. Ségolène Le Men et Luce Abelès, Paris, Réunion des Musées nationaux, 1993.

[12]

Belles et utiles exception, le livre collectif dirigé par le regretté Daniel Oster et Jean Goulemot : Écrire Paris, Éditions Seesam, Fondation Singer-Polignac, 1990 (voir en particulier Daniel Oster, « Paris-guide, d’Edmond Texier à Charles Virmaître », p. 107-119), mais aussi le livre de Nathalie Preiss sur les physiologies : Les Physiologies en France au XIXe siècle. Étude historique, littéraire et stylistique, thèse, Paris IV, Mont-de-Marsan, Éditions InterUniversitaires, 1999.

[13]

Georges Lacombe, Bibliographie parisienne. Tableaux de mœurs (1600-1880), Paris, P. Rouquette, 1887.

[14]

Les Français peints par eux-mêmes. Encyclopédie morale du XIXe siècle, Paris, Omnibus/ La Découverte, 2003.

[15]

Marie-Eve Thérenty, Mosaïques. Être écrivain entre presse et roman (1829-1836), Champion, 2003.

[16]

Vincent Laisney, L’Arsenal romantique : le salon de Charles Nodier, 1824-1834, Champion, 2002.

[17]

Léon Séché, Le Cénacle de la Muse française (1823-1827), Paris, Mercure de France, « Études d’histoire romantique », 1909. Id., Le Cénacle de Joseph Delorme, Paris, t. I, 1912.

[18]

Ce qui n’est pas vraiment contradictoire, au fond, malgré les apparences, puisque c’est l’impératif de subjectivité qui conduit les écrivains à se calquer sur les manières en vigueur d’être « soi-même »…

[19]

« La solitude est sainte. Toutes les Associations ont tous les défauts des couvents. » D’où l’éloge de la « République des Lettres », la « seule qui puisse jamais être composée de citoyens vraiment libres, car elle est formée de penseurs isolés » (Stello, dans Œuvres complètes, éd. F. Baldensperger, Pléiade, t. I, p. 751).

[20]

« Jamais le monde littéraire n’a compté plus de sectes différentes qu’aujourd’hui. Ces divergences de goût ne viendraient-elles pas en partie de ce que l’allégorisme rend nécessaire qu’on se familiarise avec le style des écoles diverses et de chaque poète en particulier » (« Du style symbolique », Le Globe, 8 avril 1829, t. VII, p. 223).

[21]

De l’Allemagne, G.-F., t. I, p. 171.

[22]

Dans son « Remerciement à l’Académie française » (23 juin 1927), il regrette un temps où la « politique littéraire » était plus claire, plus nettement distribuée : « Toutes les factions de la politique littéraire avaient alors leurs quartiers généraux et leurs places d’armes. […] Chacune de ces tribus avaient son chef incontestable, je veux dire qu’il n’était contesté que par quelqu’un du même drapeau » (Œuvres, Gallimard, Pléiade, t. I, p. 716-717).

[23]

Un séminaire qui s’est tenu à Paris 7-Denis Diderot, organisé par l’équipe XIXe siècle.

[24]

Romantisme, n° 98,1997-4, « Influences ».

[25]

Jean-Thomas Nordmann, La Critique française au XIXe siècle, Le Livre de Poche, coll. « Références », 2001.

[26]

En particulier le livre de Pierre Chartier, Introduction aux grandes théories du roman, Nathan, « LettresSup. », 2000.

[27]

Pour ce qui concerne Stendhal, voir cependant le beau chapitre de Michel Crouzet, « Pourquoi et comment Stendhal est-il devenu romancier ? », in Le Roman stendhalien. La Chartreuse de Parme, Paradigme, 1996. Pour Balzac, voir l’article de Thierry Bodin (« Balzac et l’apprentissage du roman », L’Année balzacienne 1986, p. 9-39), et ma propre contribution à la réflexion « Devenir romancier : Balzac, Sand », communication au XIe colloque international George Sand, Montréal, mai 1994, dans G. Sand et l’écriture du roman, actes réunis par Jeanne Goldin, Montral, Université de Montréal, Département d’études françaises, coll. « Paragraphes », 1996, p. 23-37.

[28]

Marguerite Iknayan, The Idea of the novel in France : the critical reaction (1815-1848), Genève, Droz et Paris, Minard, 1961.

[29]

Seuils, Éditions du Seuil, 1992.

[30]

Le Texte préfaciel, textes réunis par Laurence Kohn-Pireaux, Presses universitaires de Nancy, coll. « Le texte et ses marges », 2000.

[31]

Edmond Eggli et Pierre Martino, Le Débat romantique en France (1813-1830). Pamphlets. Manifestes. Polémiques de presse, Paris, Les Belles Lettres, 1933, t. I (seul paru).

[32]

« L’autonomisation de la littérature », Littérature, 2002-1, n° 124, p. 7-19.

[33]

Roland Barthes, « Littérature et signification », Essais critiques, Seuil, 1964, p. 265.

[34]

Albert Cassagne, La Théorie de l’art pour l’art en France chez les derniers romantiques et les premiers réalistes, Paris, L. Dorbon, 1959 (1re édition, 1906).

[35]

Voir sa recension de la thèse d’Albert Cassagne dans la RHLF, vol. XIV, année 1907.

[36]

La Poésie de Baudelaire et la poésie française, 1838-1852, Aubier, coll. « Critiques », 1993.

[37]

Martine Lavaud, Théophile Gautier, militant du romantisme, Honoré Champion, 2001.

[38]

Voir mon article : « L’écrivain de leurs rêves : Balzac fantasmé par ses lectrices », colloque « Écrire à l’écrivain », Maison des écrivains, juin 1992, Textuel, n° 27, février 1994, p. 61-82.

[39]

Dans ma thèse (L’Écrivain imaginaire. Scénographies auctoriales à l’époque romantique en France, Paris VIII, 1997), dont une première partie va paraître chez Klincksieck en 2004.

Plan de l'article

  1. L’HISTOIRE LITTÉRAIRE À RÉINVENTER ?
  2. ABSENCES VÉCUES

Pour citer cet article

Diaz José-Luis, « Quelle histoire littéraire ?  », Revue d'histoire littéraire de la France 3/ 2003 (Vol. 103), p. 515-535
URL : www.cairn.info/revue-d-histoire-litteraire-de-la-france-2003-3-page-515.htm.
DOI : 10.3917/rhlf.033.0515


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