La prose d’art sous François Ier : illustrations et conventions
Mireille Huchon
Les ouvrages théoriques majeurs, publiés en français, de 1548 à 1555, par Sébillet (Art
poetique François), Du Bellay (Deffence et illustration de la langue françoise), Des Autels
(Replique aux furieuses defenses de Louis Meigret) et Fouquelin (la Rhetorique françoise),
célèbrent, comme modèles de prose, Des Essarts, Amyot, Budé et Rabelais, auteurs du crépuscule du règne de François Ier qui témoignent, en une période de temps très brève, d’une
remarquable diversité d’approches pour l’illustration d’une prose littéraire : recours à la langue de la conversation, prédilection pour la langue figurée, création d’une langue artificielle.
La confrontation des pratiques de ces quatre auteurs prouve que les conventions d’une
prose d’art française, voulue par le pouvoir royal, sont alors posées et qu’elles transposent les
débats italiens sur la « questione della lingua » et les positions de Dante, Bembo, Castiglione
ou Speroni. Ces illustrations de la prose dans les genres d’écrire à la gloire de la royauté française (histoire fabuleuse et institution du prince) et le regard rétrospectif que portent les théoriciens du début du règne d’Henri II sont un moment unique de prise de conscience des
enjeux de la constitution de la langue littéraire, des relations entre langue d’usage et pratique
individuelle et d’une réflexion sur la « littérarité ».