D’un XVIIe siècle à l’autre : la question du sang sur scène.
Une mise en perspective
Pierre Giuliani
On sait quelle place majeure « la plus noble des quatre humeurs » occupe dans l’imaginaire de l’âge classique en général et dans le théâtre du XVIIe siècle français en particulier. Or,
au fil du siècle et de manière de plus en plus résolue, les poéticiens, les moralistes et les dramaturges se prononcent en faveur de la proscription du sang sur la scène de théâtre. Le dessein de cet article, en premier lieu, consiste à brièvement retracer l’histoire d’une question de
dramaturgie qui donne l’occasion d’évoquer de grands noms : Théophile de Viau, Corneille et
Boileau, Racine enfin. Mettant ainsi l’accent sur les différences d’appréciation qui se manifestent entre la génération de Louis XIII et celle de Louis XIV — mais aussi entre les qualités respectives d’un pathétique du sang et d’un pathétique des larmes — la réflexion qui est
conduite à propos des rapports de la scène classique et du sang suggère alors également quels
enjeux esthétiques, anthropologiques et spirituels éclairent cette page d’histoire littéraire.
• L’EXPRESSION « ENSANGLANTER LA SCÈNE »
ET SON APPLICATION
• LE SANG ET LES LARMES : ENJEUX DRAMATIQUES