2004
Revue d'Histoire Littéraire de la France
In memoriam. Maciej Zurowski
17 septembre 1915 – 8 mai 2003
Zbigniew Naliwajek.
Maciej Zurowski, professeur de littérature française à l’Université de Varsovie
depuis 1955, disciple de Stanis⁄law W¸edkiewicz, de Jean Fabre et de Daniel
Mornet, auteur d’une thèse sur Les poèmes hermétiques de Stéphane Mallarmé
(Varsovie, 1947), a été une des plus grandes figures parmi les spécialistes de littérature française et comparée. Sa recherche portait sur la littérature du Moyen Âge
et de la Renaissance, du XVIIe et du XVIIIe siècles, mais surtout sur le roman et la
poésie française et polonaise du Romantisme aux avant-gardes. En comparatiste
né et achevé (sa bibliothèque personnelle, unique en son genre, est composée de
plus de dix mille ouvrages essentiels en polonais, russe, français, anglais, allemand, italien, espagnol), Maciej Zurowski se promenait avec une rare érudition à
travers les littératures européennes. Il a étudié Kochanowski (« K. and Palingenius », Slavia Orientalis, « K. e Licofrone », Il Rinascimento in Polonia) et le
maniérisme, Potocki (« Le Manuscrit trouvé à Saragosse et la technique romanesque au XVIIIe siècle », Les Cahiers de Varsovie) et Chopin (« Ch. et la Jeune
Pologne », Revue de Musicologie; « Ch. et Mochnacki : une amitié dans la mêlée
romantique », La Fortune de Frédéric Chopin), Norwid, Conrad, le haï-kaï (« Le
haï-kaï en France, un confluent de la modernité », Les oubliés de la modernité). Il
a traduit, remarquablement, Les Chants de Maldoror, Un Coup de dés jamais
n’abolira le hasard, La Fugitive et Le Temps retrouvé, La Folle de Chaillot,
quelques poèmes d’Apollinaire… On lui doit aussi la traduction d’études et de
livres de Ford Madox Ford, José Ortega y Gasset, René Wellek et Austin Warren,
Joseph Frank, Norman Friedman, Henri Peyre, Marcel Raymond. Il a donné des
cours et conférences en Italie, en Allemagne, aux États-Unis, en France (Norwid
et la poésie française de son temps, à l’Institut d’Études slaves, La poésie
moderne entre le symbolisme et le cubisme : quelques problèmes de littérature
comparée, à la Sorbonne, en mai 1965). En coopération avec les plus grands spécialistes français, allemands, italiens, il a lancé de très sérieuses études organisant
des séminaires, tables rondes et colloques, accompagnés d’expositions littéraires,
dont les actes constituent de beaux recueils d’études (dans Les Cahiers de
Varsovie : Le Centenaire de la Commune de Paris, Jean Potocki et « Le Manuscrit
trouvé à Saragosse », Poésie et peinture du symbolisme au surréalisme en France
et en Pologne, Le Surréalisme et son rayonnement, Apollinaire au tournant du
siècle, Le Symbolisme en France et en Pologne, Révolution et littérature. La
Révolution française de 1789 dans les littératures allemande, française et polonaise, Frédéric Chopin et les lettres). Il a fait publier, avec ses préfaces ou post-faces, les œuvres de Villon, Rabelais, Diderot, Eugène Sue, Victor Hugo, Balzac,
Stendhal, Flaubert, Nerval, Jules Janin, Edmond et Jules de Goncourt (Germinie
Lacerteux), Zola, Lautréamont, Verlaine, Valéry, Romain Rolland. Ses études
publiées en polonais ou en français sur Delille, Maeterlinck, Flaubert, Stendhal,
Rimbaud, Lautréamont, Apollinaire, Reverdy, le futurisme et le cubisme constituent des références capitales. Il a été un des fondateurs de trois revues savantes :
Kwartalnik Neofilologiczny, Przegl¸ad Humanistyczny et Les Cahiers de Varsovie.
Ceux qui ont eu la chance d’être ses disciples, collaborateurs et amis n’oublieront
pas sa forte personnalité où l’érudition hors mesure et la finesse d’esprit allaient
de pair. La France a rendu hommage au professeur Maciej Zurowski en lui décernant l’Ordre du Mérite de la République française.