Une « belle époque » en dentelles ou à quoi rêvent les académiciens
La perception du dix-huitième siècle en 1900 dans La Leçon d’amour dans un parc de René Boylesve et La Double maîtresse de Henri de Régnier
Frédéric Martinez
L’exotisme historique se choisit des périodes comme des terres d’élection. Les écrivains
de 1830 rêvent le siècle de Louis XIII ; ceux de la Belle Époque révèrent la Régence. Les
œuvres de René Boylesve — La Leçon d’amour dans un parc (1902) — et de Henri de
Régnier — La Double maîtresse (1900) — témoignent de cet engouement pour le dixhuitième siècle prérévolutionnaire. Les déliquescences de la « fin de siècle » littéraire laissent la
place au « joli » célébré jadis par les Goncourt. Frénésie ornementale, culte de la courbe, chinoiserie et japonisme, « style nouveau » et Art nouveau, les similitudes abondent et font de la
Régence le miroir de 1900. L’image de la femme suit les évolutions du goût : Boylesve et
Régnier chantent les grâces des grasses. Mais les odalisques aussi peuvent être perfides. Et la
Régence fantasmée des académiciens n’est qu’une rocaille de plus. L’orgie de stuc se solde
par une indigestion ; la rechute décadente guette au coin du parc, fût-il peint par Watteau.