De l’histoire tragique à la dramaturgie : l’exemple de François de Belleforest
Hervé Thomas-campangne
« Il accorde si bien des nombres les discors, que sa prose tragique, aux vers tragiq' fait
honte » : en présentant ainsi son collaborateur Pierre Boaistuau dans l’une des pièces liminaires des Histoires tragiques extraites des œuvres Italiennes de Bandel, François de
Belleforest fait apparaître l'importance du modèle dramatique pour les auteurs d’histoires tragiques des années 1560-1630. Or, si Bandello et ses imitateurs français ont souvent emprunté
des sujets aux dramaturges de leur époque, il convient de rappeler que ces derniers se sont
parfois inspirés, eux aussi, des récits tragiques publiés dans le sillage de l’œuvre de
Boaistuau. Le cas de François de Belleforest est révélateur à cet égard : imitateur de la tragédie de la Soltane de Gabriel Bounin dans le Cinquiesme tome des histoires tragiques (1572),
trois de ses nouvelles — dont celle qu’il consacre à la tragique destinée d’Hamlet — furent
portées à la scène entre 1568 et 1663. La tragédie apparaît en amont et en aval de l’histoire
tragique telle qu’elle se définit sous la plume d’un auteur que l’un de ses contemporains n’hésita pas à qualifier de « Sophocle moderne » : se profile ainsi entre dramaturgie et genre narratif en prose des rapports à la fois complexes et variés de transposition, de réécriture et de
métamorphose, que nous nous proposons d’examiner.
• BELLEFOREST, « SOPHOCLE MODERNE »
• L’HISTOIRE TRAGIQUE : UN THÉÂTRE D’HORREUR
• DE L’HISTOIRE TRAGIQUE À LA TRAGÉDIE RÉGULIÈRE
• AMLETH, HAMLET, OU TRASIBULE ?