2006
Revue d'Histoire Littéraire de la France
In memoriam Roger Duchêne
(1930-2006)
Geneviève Haroche-bouzinac.
Roger Duchêne nous a quittés le 25 avril 2006, à Marseille. Le moment est
venu d’adresser à sa famille et à ses proches l’expression de notre sympathie très
émue, hommage d’une communauté scientifique qui s’étend bien au-delà du
cercle des dix-septièmistes.
Né à Saint-Nazaire, le 3 février 1930, Roger Duchêne entra dans la carrière
comme professeur au lycée de Bourg-en-Bresse, puis au lycée Thiers de Marseille
(1955-1959). Ensuite, pendant trente ans, il enseigna la littérature française du
XVIIe siècle à l’Université de Provence. Il y a été successivement assistant, maître
de conférences (1964) et professeur (1970), puis professeur émérite depuis septembre 1990.
Après avoir été élu vice-président de la Société d’Étude du XVIIe siècle (1970-1980), il fonda, en 1971, le CMR 17 (Centre Méridional de Rencontres sur le
XVIIe siècle). Sous son égide, le CMR 17 a organisé vingt-quatre colloques internationaux, à Marseille et dans diverses universités françaises et étrangères, puis, au
château de Grignan en 1996. Roger Duchêne fut également membre d’honneur de
l’Association Interdisciplinaire de Recherche sur L’Épistolaire ( AIRE ), à la fondation de laquelle il participa, à Cerisy, en 1987.
C’est avant tout par l’ouvrage issu de sa thèse sur Madame de Sévigné
(
Madame de Sévigné et la lettre d’amour, Bordas, 1970, Klincksieck, 1992), que
Roger Duchêne accompagna l’essor des études épistolaires modernes et suscita
longtemps de très féconds débats. Il établit conjointement le texte de la nouvelle
édition de la
Correspondance de Madame de Sévigné à la Bibliothèque de la
Pléiade (1972-1978,3 vol.). Ces deux seules contributions auraient suffi à établir
solidement la mémoire du chercheur, mais Roger Duchêne ne s’en est pas tenu là.
De la correspondance à l’étude de la vie privée, il n’y a qu’un pas, aussi avait-il
pris goût à l’écriture biographique et publié chez Fayard trois ouvrages :
Madame
de Sévigné ou la chance d’être femme (1982),
Ninon de Lenclos (1984) et
Madame de La Fayette (1988). En 1990, il consacra un volume à La Fontaine.
Enfin, il s’intéressa à la vie d’un autre épistolier lecteur de madame de Sévigné :
L’Impossible Marcel Proust (en 1994). Son dernier ouvrage, achevé peu de temps
avant sa disparition,
Comme une lettre à la poste était un retour à l’étude d’une
forme qu’il n’avait jamais véritablement délaissée
[1].
Faire un bilan exhaustif de son œuvre critique est ici, bien sûr, impossible.
Parmi ses très nombreux articles, qui firent date, rappelons sa contribution à un
numéro fondateur pour les études épistolaires : « Réalité vécue et réussite littéraire : le statut particulier de la lettre » (RHLF, 1971,71e année). Il avait, en outre,
dirigé un volume consacré à la Fortune de Madame de Sévigné, intitulé Images de
madame de Sévigné (RHLF, mai-juin, 1996).
Roger Duchêne aimait la diversité et se plaisait à dire parfois qu’il avait trois
métiers : professeur et historien de la littérature, écrivain et journaliste. A son activité de spécialiste du XVIIe siècle, il associait en effet celle d’historien de sa région.
En 1982, il publia Et La Provence devint française (repris en 1986 chez Fayard
dans une Histoire de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, sous le titre Naissance d’une région, 1945-1985). Il fut de 1990 à 1995 directeur de la revue culturelle de la ville de Marseille. A l’occasion des 2 600 ans de la ville, il avait publié
chez Fayard une histoire de la ville : Marseille, 2 600 ans d’Histoire (en collaboration). Roger Duchêne collabora souvent à la presse régionale, où il publia
entre 1969 et 1980, notamment dans Le Provençal et Les Nouvelles Affiches de
Marseille, nombre d’articles sur la littérature contemporaine, les questions universitaires, l’histoire de Marseille et de la Provence.
L’œuvre critique de Roger Duchêne a été couronnée de nombreux Grands prix
(Académie française, l’Académie des Sciences morales et politiques, Société des
gens de lettres, l’Académie du Vaucluse, Prix du Roi René et le Grand Prix littéraire de Provence…). Le rayonnement de son travail était considérable : innombrables sont les colloques nationaux et internationaux, auxquels il a participé. Il a
dirigé des séminaires dans de nombreuses universités d’Europe.
Nous l’avons connu infatigable, tonique et souriant, homme de réflexion mais,
aussi homme d’action, attentif et compréhensif pour les jeunes chercheurs. Pour
reprendre l’heureuse formule de Pierre Ronzeaud dans l’ouverture des Mélanges
rassemblés en son honneur, Roger Duchêne, a su se faire « contemporain du
passé » : ce qui caractérise son œuvre critique c’est « le sens de la vie, le sens de
la vie du XVIIe siècle et de la nôtre ».
[1]
Afin de lui rendre un dernier hommage, le prochain numéro de la
Revue Épistolaire, revue
de l’Aire, n° 32, Champion, décembre 2006, sera dédié à son souvenir.