Stendhal et le secret des noix confites
Pascale Bolognini-centène
Stendhal et le secret des noix confites
Très jeune, Beyle se plaît à romancer la vérité. Une de ses mystifications les plus réussies
se trouve dans Vie de Henry Brulard. L’autobiographie insiste, en effet, sur les relations entre
Mme de Montmaur, grenobloise, amie du docteur Gagnon, présentée comme le modèle le
plus probable de la marquise de Merteuil, et Beyle enfant, à qui la dame distribuait des noix
confites.La mention répétée de la friandise qui pimente ce souvenir paraît banale sous la
plume d’un homme originaire d’une région spécialisée dans la production de noix. L’intérêt
de ce détail ne réside pas tant dans la fascinante rencontre d’un petit garçon et d’un modèle
littéraire vivant dont la critique rêve depuis près de deux siècles que dans la saveur érotique
de cette gourmandise que Stendhal, parvenu à la maturité, suggère tout en égarant le lecteur
et en préservant son secret.