Le Bourgeois gentilhomme, comédie à double —, à triple fond ?
Marcel Gutwirth
On s’accorde généralement pour voir dans Le Bourgeois gentilhomme un divertissement
turc commandé aux deux Jean-Baptiste, Lully et Molière, pour faire pièce à la morgue ottomane affichée par un envoyé de la Sublime Porte. Reçu par Louis XIV serti de tous ses diamants, il fit mine de le regarder de haut. Or l’aventure d’un bon bourgeois de Paris, qui croit
donner sa fille en mariage au fils du Grand Turc, remplit imparfaitement sa mission vengeresse. Cette comédie aux dépens d’un bourgeois amoureux de la qualité qui se laisse gruger
par un gentilhomme véreux laisse intacte l’honorabilité bourgeoise. C’est la gentilhommerie
qui n’en sort pas tout à fait indemne : premier double fond. Quant au roi, le triple fond de
l’affaire c’est que le badaud qui se laisse éblouir par une promotion orientale n’est pas tellement éloigné d’un roi de France qui, vêtu d’or, sis sur un trône d’argent, croit devoir faire la
roue devant un envoyé de l’Orient.