Cleveland de l’Abbé Prévost : un cas de raison romanesque au temps des Lumières
Philippe Jousset
Le Roman ne se contente pas de relater des péripéties ou de témoigner du divers humain,
mais cherche aussi à en rendre raison.Du moins est-ce son ambition en cet âge critique
qu’illustre Le Philosophe anglais, ou Histoire de M.Cleveland de l’Abbé Prévost (1739).
Tandis que la psychologie est en train de gagner son autonomie comme discipline, le Roman
cherche à inventer une manière sui generis de comprendre les destinées, qui empiète en partie sur les attributions de cette psychologie, mais prend aussi une conscience accrue de ses
pouvoirs et devoirs propres dans la régulation des passions et la promotion d’une Norme vertueuse qui ne sacrifie pas les contradictions humaines. La conception romanesque s’en trouve
marquée par trois inflexions principales : a) l’implication accrue du lecteur, celui-ci désormais comme agrégé à la narration et commis dans l’aventure spirituelle de la confidence;
b) l’animation de cette narration par une voix individualisée, fondée sur la réalité supraindividuelle de la langue et responsable du courant sensible qu’elle instaure; c) l’accent mis sur
l’art de raconter, enfin, qui, pour être persuasif, cherche à imiter le naturel, dans la conduite
de l’histoire et jusque dans sa texture, qui doit paraître aussi nécessaire que l’existence, au
service d’une « vérité » d’une autre espèce que la rationnelle, reposant sur les qualités de la
parole médiatrice.
• SONDER LES REINS ET LES CŒURS
• (MÉTA)PHYSIQUE ÉLÉMENTAIRE
• LA ROYAUTÉ DE LA CONSCIENCE
• ÉCOUTER POUR COMPATIR
• UN RÉCEPTACLE RÊVÉ
• LA NATURE PAR LES VOIES DE L’ART