Accueil Revues Revue Numéro Article

Revue d'histoire littéraire de la France

2009/1 (Vol. 109)


ALERTES EMAIL - REVUE Revue d'histoire littéraire de la France

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 163 - 181 Article suivant
1

Tout au long des vingt-cinq premières années du XXe siècle, l’œuvre romanesque de René Boylesve était lue et prisée par le public français le plus averti. Gide s’avouait charmé par le « délicieux Enfant à la Balustrade[1][1] André Gide, Journal I, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque... »; Proust, quelques mois avant sa mort, écrivait au sujet du roman boylesvien que « cet art en apparence si simple et qui dit tout [2][2] Marcel Proust, Correspondance, tome XX (1921), Paris,... » se caractérise par « un perfectionnement suprême de technique [3][3] Marcel Proust, Correspondance, tome XXI (1922), Paris,... »; Charles Du Bos déclarait quant à lui « qu’avec le recul, cette œuvre apparaîtra la plus importante et la plus solide qu’ait fait le roman français entre Flaubert et Proust [4][4] Charles Du Bos, « Introduction à Feuilles tombées de... ». Tenu en haute estime par ses contemporains dès 1896, année de la publication de son premier roman qui lui avait valu une immédiate renommée, Le Médecin des dames de Néans, Boylesve sera appelé à prendre place au fauteuil 23 de l’Académie française en 1918 — et cette élection, contrairement à celles de Joffre et de Foch, qui, la même année, « durent leur entrée sous la coupole à l’actualité patriotique [5][5] Géraldi Leroy, Julie Bertrand-Sabiani, La Vie littéraire... », Boylesve l’aura méritée grâce à son œuvre littéraire.

2

Hier consacrée, cette production romanesque est aujourd’hui reléguée aux oubliettes de l’histoire littéraire [6][6] Les ouvrages consacrés exclusivement à Boylesve, qui.... Dès 1962, dans son Histoire du roman moderne, R.-M. Albérès écrivait qu’on ne « lit » pas les romans de Boylesve mais qu’on les « relit », nuance qu’il précisait ainsi : « j’emploie naturellement ce terme dans un sens particulier : lire aujourd’hui par curiosité, et à titre d’étude, ce que nos grands-pères lisaient par goût, et à titre d’actualité [7][7] R.-M. Albérès, Histoire du roman moderne, Paris, Albin... ». Pas « moderne » du tout, le roman boylesvien apparaît fort caduque au critique :

3

Si l’on relit […] Mademoiselle Cloque de René Boylesve, biographie d’une vieille fille, […] on a par trop l’impression que l’habileté, le talent, et la réussite formelle de [ce] livre tient à une manière d’application scolaire, à un ensemble de recettes éprouvées. On sent que le sujet a été construit, préparé, fabriqué, que les épisodes et les péripéties sont calculés pour mettre en lumière un caractère humain ou un problème social [8][8] Ibid., p. 103-104..

4

Signalons toutefois que les spécialistes qui se sont récemment intéressés à l’œuvre de Boylesve — rares, il est vrai — considèrent que ses romans sont des ouvrages dignes de la modernité romanesque qui s’élabore au tournant du vingtième siècle [9][9] Sur la modernité de l’œuvre romanesque de Boylesve,....

5

Né à La Haye-Descartes (Touraine) en 1867, René Boylesve (René Tardiveau pour l’état civil) vécut une enfance solitaire et « fut tôt orphelin de mère, puis de père [10][10] Jean Ménard, L’Œuvre de Boylesve, op. cit., p. 12. ». En 1885, il monte dans la capitale pour faire des études de droit ; il obtient sa licence mais se lance aussitôt dans l’écriture. Boylesve fait son entrée sur la scène littéraire parisienne en publiant divers contes qui seront nombreux à être publiés entre 1892 et 1896 dans la revue L’Ermitage[11][11] Quoique cet organe fondé en 1890 par Henri Mazel fut.... Mais dès 1895, « l’Ermitage ne joue plus qu’un rôle tout à fait secondaire dans la vie de Boylesve, car il est maintenant trop occupé par sa besogne de romancier [12][12] André Bourgeois, « Les débuts littéraires de Boylesve... ». En effet, à la suite du Médecin des dames de Néans, paru en 1896, Boylesve entreprend la rédaction de trois romans ayant pour cadre l’Italie : « libertin dans Les Bains de Bade (1896), sentimental dans Sainte-Marie des fleurs (1897) et sensuel dans Le Parfum des îles Borromées (1898) [13][13] Jean Ménard, L’œuvre de Boylesve, op. cit., p. 56. ». L’année suivante paraît Mademoiselle Cloque (1899) : cette œuvre est la première d’un cycle romanesque consacré aux mœurs de la province tourangelle où le romancier a passé son enfance (suivront La Becquée en 1901 et L’Enfant à la balustrade en 1903), lequel cycle permit à Boylesve d’accéder de son vivant au statut de romancier « arrivé » et qui est, aujourd’hui encore, considéré comme le pan le mieux achevé de l’œuvre boylesvienne [14][14] En témoigne la réédition, en 1988, de La becquée et.... Comme l’écrit Hélène Gaudreau au sujet de ces romans inspirés par l’enfance de leur auteur, le « cycle plus personnel dont fait partie L’Enfant à la balustrade, où la psychologie est extrêmement nuancée et émouvante, mérite amplement d’être redécouvert [15][15] Hélène Gaudreau, « René Boylesve », loc. cit., p. ... ». Boylesve publiera ensuite quelques romans moraux, parmi lesquels se distinguent Le Bel avenir (1905), La Jeune fille bien élevée (1909) et Madeleine jeune femme (1912). Survient la guerre, qui éprouvera le romancier : dès les premiers mois du conflit, Boylesve perd son demi-frère qui est tué au front et son souvenir inspirera l’unique roman qu’il fera paraître entre 1914 et 1918 : Tu n’es plus rien (1917) [16][16] Roman, écrit Jean Ménard, où « on perd de vue les personnages.... La période de l’après-guerre est marquée au sceau du roman proustien. Cette découverte incitera Boylesve à redéfinir son esthétique romanesque et les œuvres des années 1920-1924 (Élise, 1921; Ah ! Plaisez-moi, 1922; Souvenir du jardin détruit, 1924) portent la marque d’expérimentations stylistiques et formelles qui sont loin de faire l’unanimité chez les critiques, lesquels jugent tous, à la suite de Charles Du Bos, que parce qu’« il voulut s’aventurer dans la pleine mer ouverte par un Proust, il perdit presque toutes ses qualités [17][17] Charles Du Bos, Journal 1926-1927, tome III, Paris,... ». Boylesve meurt prématurément à l’âge de 59 ans le 14 janvier 1926.

6

Boylesve romancier ne fait guère plus parler de lui. Mais quoi qu’ils n’aient que très peu suscité l’attention des critiques, les romans que Boylesve laisse derrière lui ne forment pas la part la plus oubliée de son œuvre. À ce jour, personne ne s’est intéressé à la volumineuse production critique de cet auteur qui, parallèlement à sa carrière de romancier, se consacrait au journalisme littéraire. Parmi l’ensemble des textes constituant l’œuvre critique de Boylesve, dont la majorité est affectée au genre romanesque, il s’en distingue un, l’article intitulé « Un genre littéraire en danger : le roman », qui est le seul que les historiens de la littérature ont retenu car il a entraîné à sa suite une importante « Querelle du roman ». Ce texte de 1924, qui témoigne d’une réflexion originale et nuancée sur l’art du roman, a été écrit moins de deux ans avant la mort de son auteur et donne à lire l’aboutissement d’une pensée. Ce seul article, aussi intéressant soit-il, ne rend cependant pas compte de l’évolution et des retournements ayant caractérisé les réflexions de Boylesve sur l’art romanesque. Considérée dans sa totalité, cette production critique révèle un parcours intellectuel original, ayant été bouleversé par deux événements qui ont marqué chacun à leur façon toute une génération d’écrivains : il y eut d’abord le choc provoqué par la Première Guerre mondiale et, dans un deuxième temps, la découverte non moins décisive du roman proustien. C’est cette évolution que nous nous proposons d’examiner ici à travers l’examen des observations théoriques que Boylesve a consignées dans différents types de textes, qu’il s’agisse de préfaces, nombreuses à être placées en tête de ses romans, d’articles critiques [18][18] La majorité de ces articles ont été rassemblés dans..., de réponses à des enquêtes littéraires ou de pages de son journal personnel.

LA « QUERELLE DU ROMAN »

7

Publié le 15 octobre 1924 dans La Revue de France, l’article « Un genre littéraire en danger : le roman » marque le coup d’envoi d’une assez sérieuse polémique, nommée par ses animateurs la « Querelle du roman », laquelle défrayera la chronique littéraire parisienne pendant un peu plus d’un an. Comme l’écrit Michel Raimond, « Boylesve, le premier, alertait l’opinion : le roman était en danger. Dès lors, les plaidoyers succédèrent aux réquisitoires [19][19] Michel Raimond, La crise du roman des lendemains du... ». Effectivement, ce débat, au sujet duquel plusieurs tentent d’avoir le dernier mot [20][20] René Johannet écrira un « Épilogue à la querelle du..., mais qui est sans cesse relancé jusqu’à la fin de l’année 1925 [21][21] Pierre Lafue rétorque à Johannet avec un article intitulé..., prendra beaucoup d’ampleur. Henri Rambaud note à propos de cette « Querelle » : « je n’en finirais pas si je voulais dénombrer toute la bibliographie sur le sujet ; les chroniqueurs et les journalistes en ont vécu l’espace d’une saison, presque le temps d’une enquête [22][22] Henri Rambaud, « Réflexions sur l’art du roman », dans... ». Il est toutefois indéniable que les deux grands orchestrateurs du débat furent René Boylesve et Édouard Estaunié, qui répondra au premier le 14 février 1925 dans La Revue hebdomadaire par un article significativement intitulé : « Le roman est-il en danger ? [23][23] Édouard Estaunié (1862-1942) a mené parallèlement deux... ». Cette interrogation que met en avant Estaunié dissimule très mal — et à dessein — le fait que son opinion est contraire à celle de Boylesve : selon lui, le roman n’est pas en danger et nous verrons pourquoi il n’y a pas lieu pour lui de s’inquiéter du sort de ce genre. Mais précisons d’abord que c’est à la suite de cette réplique d’Estaunié, qui est le premier à oser s’en prendre de manière aussi directe à l’auteur de L’enfant à la balustrade, que le discours critique s’emballe [24][24] Entre le 15 octobre 1924 et le 14 février 1925, seuls.... Les articles de ces deux écrivains alors célèbres et institutionnellement consacrés (Estaunié est nommé à l’Académie cinq ans après Boylesve, en 1923) donnent le ton et c’est à partir des réflexions qui y sont exprimées que tous les autres critiques prennent la parole.

8

Boylesve débute son article en stipulant non sans dépit qu’à son avis, la majorité « achète des romans, et en quantité, mais la plupart du temps sans respect pour l’objet de son emplette [25][25] René Boylesve, « Un genre littéraire en danger : le... ». Il ajoute ironiquement : « Le roman, malgré sa vogue, ne doit donc pas aspirer aux lettres de noblesse ; malgré les qualités d’art par lui amplement méritées et qui lui ont été partout reconnues, il n’est pas le grand genre; une tragédie, un bon petit livre de vers lui paraîtront toujours supérieur. » Par cette « vogue » du roman à laquelle il fait allusion, Boylesve entend sa surproduction et sa commercialisation à outrance : voilà le « danger » qu’annonce le titre de son article. Le roman est en danger parce qu’il « a l’air d’être le genre le plus facile », parce qu’il a été pris d’assaut par d’innombrables plumitifs pour qui il apparaît comme le véhicule nécessaire à n’importe quelle idée en mal de promenade :

9

On a posé l’étiquette « roman » sur des élucubrations de toutes qualités et de toutes sortes […] des commerçants ingénieux se sont avisés qu’on pouvait le soumettre au traitement de toute marchandise ; dès lors, la fureur de la publicité […] a soulevé une clientèle insoupçonnable.

10

Au sujet de l’industrialisation du roman, Estaunié partage les convictions de son confrère académicien : tout s’appelle roman, « la plaquette de cent pages et le récit de dix volumes ; la confession innocente où se raconte candidement un débutant, et l’énorme amas de petites notules psychologiques attaquant comme des tarets un fait lilliputien [26][26] Édouard Estaunié, « Le roman est-il en danger ? »,... ». Le roman « a pris tous les visages comme toutes les devantures [27][27] Idem, p. 133. » mais, précise Estaunié, cette surreprésentation ne serait pas à même de menacer le genre romanesque, encore moins de le mettre en « danger » :

11

Est-il sûr, en effet, quand tout le monde parle de roman, que chacun parle de la même chose ? […] Plutôt que de chercher si le roman est en danger, avisons-nous d’abord de savoir quel genre d’ouvrage répond à cette désignation. Ce sera une démarche sage; après quoi, fixés sur l’identité du malade, nous serons libres d’en approcher sans risque d’erreur sur la personne et de juger s’il y a ou non dans son cas péril de mort [28][28] Idem..

12

Estaunié développe alors l’idée selon laquelle il existerait un « roman véritable » qui se distinguerait de cette masse confuse de proses qui l’environne, un roman ayant ses « lois profondes [29][29] Idem, p. 148. Le roman « pur » doit s’occuper « de... », son maître (Balzac) et pouvant être défini : « qu’est-ce qu’un roman ? Un récit donnant l’impression d’une histoire vécue et qui nous intéresse[30][30] Idem, p. 138. La définition du roman que propose Estaunié... ». De plus, Estaunié ajoute que « la vie et l’intérêt ne s’enseignent pas ; ils sont des produits spontanés, instinctifs, d’une faculté réservée à quelques-uns [31][31] Édouard Estaunié, « Le roman est-il en danger ? »,... ». Ainsi, seuls certains génies ou romanciers-nés seraient les dépositaires du « don » : « le don, tel est le mot juste ! Sans le don, point de tour de métier ni de procédé qui parvienne à transporter sur un être imaginaire une telle existence concrète qu’il nous soit plus présent que les gens de chair et d’os coudoyés dans la rue [32][32] Idem, p. 139-140. ».

13

Cette conception limitative du roman, de même que cette représentation élitiste du romancier ne sont pas à l’ordre du jour dans l’article de Boylesve. Ce dernier déclare effectivement que « nous ne sommes pas loin du moment où, en pleine période de prospérité du roman, il deviendra nécessaire de prendre la défense du roman »; cependant, son objet n’est pas de circonscrire les limites d’un roman « pur », d’écarter toutes les élucubrations prosaïques du rayon des « vrais » romans. À ses yeux, cette « défense du roman » deviendra nécessaire parce que confronté à une telle production romanesque, le discours critique risque de courir à la faillite :

14

en admettant que la bonne volonté soit totale, que la résistance physique et morale du critique soit à toute épreuve, elle ne le garantira pas, dans ces conditions, d’une lassitude ; dans la mesure même où il est consciencieux, il souffre de ne pouvoir, en un tel fracas, faire un choix motivé.

15

Loin de considérer déplorable le fait que le roman se présente comme un genre souple et polymorphe, allant sans cesse se renouvelant, Boylesve cherche moins à séparer le bon grain de l’ivraie qu’à réfléchir aux spécificités du genre dit « roman », qu’à déterminer quelles sont « les richesses artistiques ou intellectuelles qui ne peuvent éclore ou atteindre leur parfait développement que sous la forme romanesque. » Suivent alors quelques réflexions — et non une définition : nuance importante — au sujet du genre romanesque, « tard venu dans l’évolution des lettres », certes, mais

16

qui a peut-être rattrapé le temps perdu en faisant de la psychologie presque toute pure sa chose, et en traitant, avec une liberté et une audace qui ne sont permises à aucun autre genre, l’enquête sur l’esprit et le cœur humain.

17

L’objet qui est ici assigné au roman (la psychologie, l’enquête sur l’homme) est respectueux de la grande tradition réaliste française, voulant que le roman soit consacré à la peinture de la société et à celle des mœurs — l’« enquête » rappelant quant à elle les principes de vérité et de vraisemblance. Mais Boylesve ajoute que si le roman doit être consacré à la représentation de la vie, ce ne doit pas être dans le sens d’une « ressemblance », mais dans celui d’une « transposition définitive ». Autrement dit, « le roman se définit non par une sotte reproduction du réel, mais par un écart, par une distance vis-à-vis du réel [33][33] Michel Raimond, La Crise du roman des lendemains du... ». L’extrait cité plus haut est clair aussi sur un second point : le roman échappe, plus qu’aucune autre œuvre littéraire, aux règles. Boylesve ajoute :

18

Et plus je réfléchis à la nouveauté propre au genre dit roman, plus je m’approche de cette conclusion que cette acquisition consiste en la possibilité, unique à ce genre, de pouvoir s’affranchir des contraintes — de ne connaître ni temps, ni lieu, ni espace.

19

Voilà autant de marques distinctives d’un genre où, nous dit Boylesve, « les modernes ont surpassé les anciens ».

20

En 1924, Boylesve se range du côté des modernes. Or, cette position n’a pas toujours été la sienne. Contrairement à Estaunié, qui écrivait au début de son article « Le roman est-il en danger ? » que « l’art du roman, l’idéal romanesque, enfin les conditions à réaliser, soit pour atteindre cet idéal, soit au moins pour essayer d’en approcher, ont eu, de tout temps, pour moi, des valeurs précises [34][34] Édouard Estaunié, « Le roman est-il en danger ? »,... », l’art du roman boylesvien n’a pas été, « de tout temps », immuable. En effet, consultés chronologiquement, les textes critiques du romancier témoignent de l’évolution d’une pensée qui, tout en étant demeurée attachée à des principes esthétiques classiques, ne s’en est pas moins progressivement ouverte à des procédés et des formules littéraires à même d’ébranler le cadre traditionnel du roman, précédemment jugé indépassable et inviolable.

« ROMANCIER, JE NE SUIS QUE DU PARTI DE LA VÉRITÉ HUMAINE » [35][35] René Boylesve, « Au lecteur », préface au roman Madeleine...

21

Dans la préface à son roman La Becquée, publié en 1901, Boylesve écrit avoir tâché de traiter son sujet, une famille provinciale française, « en historien fidèle et en bon poète : deux qualités sans lesquelles il est bien vain d’écrire des romans [36][36] René Boylesve, « Préface », dans La Becquée, Paris,... ». Ces deux « qualités », qui reviennent sans cesse dans le discours critique du romancier, se révèlent être les deux piliers de l’art du roman boylesvien de la période d’avant-guerre. La première renvoie à une figure-clé dans la représentation de l’homme de lettres au XIXe siècle : celle du romancier historien. La seconde rappelle, selon une formule de Zola, que chez tout bon romancier, « la vérité matérielle ne doit être qu’un tremplin pour s’élever plus haut [37][37] Extrait d’une lettre de Zola à Léon Hennique, envoyée... », que l’illusion réaliste du roman n’en doit pas moins être soutenue par un style qui, nous dit Boylesve, « sans altérer la vérité, sait — mais c’est le prestige de l’art — lui donner cet air de beauté que l’on ne saurait définir [38][38] René Boylesve, « Sur le mouvement littéraire », dans... ».

L’historien

22

Dans ses romans, Boylesve veut « fixer, presque à la manière d’un historien, quelques traits de mœurs d’où se puisse dégager un sens élevé [39][39] René Boylesve, « Préface », dans L’Enfant à la balustrade,... »; de sorte qu’il importe « d’envisager l’homme et de préférence un groupe social d’hommes, à en rendre la vie, les mouvements les plus caractéristiques, les figures les plus typiques, avec le scrupule, l’information et l’esprit positif d’un historien [40][40] René Boylesve, « Sur le mouvement littéraire », op.... ». Cette conception de l’art du roman s’inscrit d’entrée de jeu dans le sillage de ce qu’Henri Godard nomme le « roman XIXe », qui s’est efforcé « de rendre l’illusion plus immédiate et plus entière »,

23

illusion qui donne une présence dans notre imagination à un monde qui imite notre monde sans se confondre avec lui, et qui nous fait vivre le déroulement de l’histoire et la vie des personnages « en temps réel », dans un présent paradoxal qui se love au creux de notre présent réel, sans l’annuler [41][41] Henri Godard, Le Roman mode d’emploi, Paris, Gallimard,....

24

Mais cette phrase de Godard, qui parvient à très joliment synthétiser le projet réaliste dans son ensemble, ne cherche pas à rendre compte d’esthétiques particulières. C’est Charles Du Bos, qui demeure le plus grand commentateur de l’œuvre boylesvienne — et ce, malgré qu’il ait pris la plume à son sujet il y a plus de 75 ans —, qui définira de la plus belle manière ce « monde qui imite notre monde » qu’a su rendre sensible Boylesve dans ses romans. Ce dernier, écrit-il, avait un « sens incomparable du général, et de la grandeur incluse dans le général comme tel; et, plus profondément encore, c’est parce que ce sens était poussé si loin qu’il s’accompagnait chez lui d’une forme d’émotion très particulière »; émotion que Du Bos qualifie ainsi : « se sentir rattaché et dépendant ; appartenir, dans l’acception absolue de ce terme — un des plus augustes et des plus insondables qui soient [42][42] Charles Du Bos, « Introduction à Feuilles tombées de... ». Cette impression d’une véritable plongée dans le monde romanesque qui saisit Du Bos n’est certainement pas étrangère au fait que contrairement aux plus illustres de ses aînés — et modèles —, qui considéraient le roman comme « la manifestation la plus importante de la pensée au XIXe siècle [43][43] Pierre Larousse, « Roman », dans Dictionnaire universel... », Boylesve consigne « qu’à [s]on avis, le roman, comme tout art, est d’agrément [44][44] René Boylesve, « Sur les tendances moralisatrices dans... ». Scrupuleusement documenté, certes, le romancier ne doit pas pour autant confondre sa tâche avec celle de l’idéologue ; de même, le roman est un art sérieux qui rend compte de la vie, mais cela ne fait pas de lui un outil en mesure de la changer. Balzac se présentait comme un « historien fidèle et complet [45][45] Honoré de Balzac, « Préface », dans Le Cabinet des... » et allait même jusqu’à écrire, dans l’« Avant-propos » de la Comédie humaine, qu’il se considérait « plus historien que romancier ». Mais comme l’écrit Jacques Dubois, il posait aussi en « concurrent des sciences de l’homme » et

25

avait pour projet, en élaborant son énorme Comédie, de remédier aux failles de la société de son temps […], il pensait qu’il lui revenait d’alerter l’opinion sur les dysfonctionnements en cours et le plus souvent enfouis sous la surface de la vie collective [46][46] Jacques Dubois, Les romanciers du réel de Balzac à....

26

Quant à Zola, qui intimait au romancier de « partir de la réalité du milieu et de la vérité du document humain [47][47] Émile Zola, « Du roman », dans Le Roman expérimental,... », il ne faisait pas que « montrer la machine humaine au travail [48][48] Émile Zola, « Du roman », op. cit. » dans les Rougon-Macquart : Henri Mitterand a montré qu’il

27

pren[ait] place dans cette cohorte, aux côtés de Pierre Larousse, de Louis Hachette, de Littré, de Claude Bernard, de Taine, de Verne, de Jules Ferry, et de beaucoup d’autres plus obscurs, qui écrivent à leur façon le grand texte conquérant de la pédagogie et de la mythologie positiviste [49][49] Henri Mitterand, Le Discours du roman, Paris, PUF,....

28

Chez Boylesve, cette « concurrence à l’état civil » et ces prétentions scientifiques n’ont pas lieu d’être. Dans un texte de 1912, intitulé « Au lecteur » et placé en tête de son roman Madeleine jeune femme, le romancier expose ses vues sur ce point. Revenant sur la réaction des critiques au moment de la parution de son précédent roman, La Jeune fille bien élevée, Boylesve rappelle d’abord quelles avaient été ses ambitions : « j’avais composé sans arrière-pensée le récit de la vie d’une jeune fille élevée comme on l’était assez communément en province au siècle dernier [50][50] René Boylesve, « Au lecteur », dans Madeleine jeune... ». Or, les critiques auraient déformé ce projet « sans arrière-pensée », purement descriptif, en un roman à thèse :

29

Et c’est le problème de l’éducation de la jeune fille que l’on a voulu voir traité dans mon sujet. Ma prétention n’avait jamais été si grande ! Les uns ont cru que j’attaquais les méthodes anciennes ; les autres ont découvert chez moi d’incontestables complaisances pour les usages d’autrefois [51][51] Ibid..

30

Boylesve se défend bien d’avoir pris position : « je décrivais tout bonnement l’état d’esprit d’une jeune fille à une époque donnée, et rien de plus [52][52] Ibid. ». Le sens du réel impose au romancier le rôle d’observateur et non celui d’expérimentateur : ce dernier interroge son sujet tandis qu’il importe au contraire de le respecter, de fixer l’objet de son étude conformément à « l’esprit positif d’un historien » :

31

Si j’eusse été un moraliste ou un sociologue, j’eusse pris parti, j’eusse incliné le sens de mon livre vers le passé ou vers ce que l’on croit l’avenir ; romancier, je ne suis que du parti de la vérité humaine, qui est complexe, obscure quelquefois, mais qui est légitime, et plus forte, plus riche en substance que nos clartés artificielles destinées à favoriser une manie de rangement étiqueté, de classement provisoire, ou bien à ménager notre paresse [53][53] Ibid., p. II. Ces propos datant de 1912 seront repris....

32

Cette opinion au sujet du « parti de la vérité humaine » est étroitement liée à la conception du personnage romanesque élaborée par Boylesve. Le personnage d’un roman, conçu à l’image de l’homme, ne peut être catalogué de manière définitive : la complexité de ses mécanismes psychologiques et de ses habitus sociaux est trop importante pour cela; il ne saurait être réduit à un type. Ici encore, Du Bos fut particulièrement sensible à cette duplicité qui caractérise quantité de personnages boylesviens. Voici ce qu’il notait au sujet de l’héroïne de Madeleine jeune femme, qu’il considérait comme « la plus substantielle, la plus inépuisable des œuvres de Boylesve » :

33

« Comme on constate qu’un bassin s’emplit d’eau, je m’aperçus simplement que j’étais envahie ». Telle est l’image qui vient spontanément à Madeleine dans le mémorable passage où elle prend conscience de son amour pour M. Juillet […] Cet envahissement de l’émotion ; ce niveau soudain étale et aussitôt illimité ; au sein de l’être même — et de lui jusque-là ignorée — cette activité réfléchissante par où simultanément toutes ses puissances s’éprouvent décuplées [54][54] Charles Du Bos, « Introduction à Feuilles tombées de....

34

L’éveil des sens refoulés, qui, pour Du Bos, permet de souligner toute la complexité du personnage et de donner à lire, selon sa belle expression, une « symphonie intérieure », voilà un aspect primordial de cette complexe et obscure « vérité humaine » que Boylesve cherchait à insuffler à ses personnages [55][55] Du Bos considère d’ailleurs que ces « zones de refoulement ».... Mais si le roman donne la vie au personnage, le romancier doit bien se garder de la juger. Comment, en effet, le romancier pour-rait-il donner son avis à son sujet si les personnages qu’il convoque dans son roman lui échappent, vivent en quelque sorte indépendamment de sa volonté ?

35

Ce n’est pas nous qui décidons dans notre cabinet : « Je veux que telle figure soit ainsi »; mais c’est la figure qui répond à notre évocation, à notre curiosité, à nos soins, et nous récompense finalement par son aveu : « Voilà toutes les diverses faces que j’ai. » Nous ne sommes tout à fait maître ni de nos personnages, ni de notre roman [56][56] Ibid..

36

Tout se passe comme si les personnages du roman mettaient le romancier en contact avec une réalité étrangère à lui-même. Dans ces conditions, le roman ne peut être une réflexion sur la vie, puisque le romancier n’est, d’une certaine manière, que l’intermédiaire de ses personnages. Le roman se doit donc d’être une réflexion de la vie : « que le romancier ait le pouvoir de faire apparaître cette image, c’est assez. À elle de parler [57][57] Ibid. ».

37

Boylesve doit donc être pris au mot lorsqu’il écrit qu’« un roman est un cadre magique où la vie, trop vaste pour la plupart des yeux, vient se refléter en un raccourci saisissant [58][58] Ibid. Nous soulignons. ». Cette définition du roman est intéressante à plus d’un titre. Certes, elle n’est pas « originale » en ce sens qu’elle est inspirée de ce passage célèbre du roman Le Rouge et le Noir de Stendhal, où le narrateur affirme qu’ « un roman est un miroir qui se promène sur une grande route. Tantôt il reflète à vos yeux l’azur des cieux, tantôt la fange des bourbiers de la route [59][59] Stendhal, Le Rouge et le Noir, Paris, Garnier-Flammarion,... ». L’intertexte stendhalien rappelle qu’à ce moment de son parcours, la production romanesque du XIXe siècle représente pour Boylesve l’apogée du roman français et qu’à ses yeux toute définition du roman devrait, d’une manière ou d’une autre, se réclamer de cet héritage. Cela dit, dans ce passage du Rouge, il est remarquable que ce soit le roman, et non le romancier, qui « se promène » le long du chemin et qui reflète le monde au yeux du lecteur : cette personnification à laquelle a recours Stendhal, qui relègue d’une certaine manière le romancier au second plan, a certainement attiré l’attention de Boylesve puisqu’elle est une figure qui traduit parfaitement son opinion, voulant que le romancier, qui n’est pas « tout à fait maître ni de [se]s personnages, ni de [son] roman [60][60] René Boylesve, « Au lecteur », op. cit., p. III. », s’efface derrière son œuvre toute-puissante.

Le poète

38

Ce « raccourci saisissant » qu’évoquait Boylesve ne renvoie pas seulement à la « tranche de vie » qui, restituée dans le roman, acquiert une portée symbolique et permet de servir d’allégorie à la grande « vérité humaine »; elle annonce aussi la question du style car « si le but de la littérature est de rendre l’homme, l’esthétique littéraire consiste à le bien rendre et par le moyen propre à la littérature, qui est le style [61][61] René Boylesve, « Sur le mouvement littéraire », op.... ». Plus haut, nous citions Boylesve qui remarquait que le style, s’il donne cet « air de beauté » au roman, ne « saurait être défini ». Cela est faux : plusieurs textes du romancier, disséminés dans son œuvre critique, y renvoient. Le beau style résulte d’une discipline consistant à « s’imposer la plus grande sobriété d’imagination et d’expression [62][62] René Boylesve, « Préface », dans L’Enfant à la balustrade,... ». Les passions du romancier, qui sont bien éphémères en comparaison du « rythme immuable de la marche des actions humaines [63][63] René Boylesve, La Leçon d’amour dans un parc, Paris,... », n’engendrent rien qui vaille. C’est à l’« intelligence » qu’échoit le rôle de « trier l’apport confus de la sensibilité et de l’ordonner en beauté [64][64] René Boylesve, « Les Goncourt », dans Profils littéraires,... ». Balzac et Flaubert, les plus illustres représentants du « grand roman » français, auraient tenu compte de cette règle, d’où leurs chefs-d’œuvre où peuvent se lire

39

ce goût du juste et du vrai, ce goût de la vie, cet amour, cette complaisance pour la créature humaine jusqu’en son moindre mouvement, jusqu’en son geste le plus humble, par quoi se traduit en un clin d’œil toute la tragédie obscure d’une existence, ce goût qui se perd de jour en jour, en faveur de l’artificiel, de l’excessif ou du simplet [65][65] René Boylesve, « Mort d’Alphonse Daudet », dans Profils....

40

L’« artificiel » et l’« excessif » dans le roman, ce sont les Goncourt. Ils se sont écartés de la voie royale du roman, ont été victimes des courants et des modes littéraires, tout aussi futiles que les émotions du romancier pour la conception d’un « bon » roman. Les éclats de leur écriture artiste tuent l’efficacité de la représentation de la « vie », la rendant moins crédible puisque le lecteur est sans cesse confronté à des procédés stylistiques et formels qui lui rappellent le médium :

41

ils ont disloqué, tordu, déchiqueté, entrelardé, haché et défiguré totalement la phrase française […] sous couleur de nouveauté, ils ont fait prévaloir, dans le roman, le morceau sur la composition, le tableau sur l’enchaînement ordonné, le mot sur la phrase [66][66] René Boylesve, « Les Goncourt », dans Profils littéraires,....

42

Le style, chez Boylesve, est ce qui permet de transfigurer « l’observation crue » en « transposition, qui est précisément le propre de l’art et du génie [67][67] Ibid. ». Ce polissage est réussi quand peut être remarquée

43

l’absence de clinquant, d’oripeaux empruntés, et de ce ton particulier et indéfinissable que l’on ne saurait rapprocher que de celui des pitres de foire (…). Le courage ne consiste plus à élever la voix, à tonner, à pourfendre; mais bien à mesurer son expression à la taille exacte de ce que l’on veut dire, et à maintenir son discours dans une tonalité justement appropriée à son sujet [68][68] René Boylesve, « Fernand Vanderem », dans Profils littéraires,....

44

C’est dans un tel état d’esprit que Boylesve entreprendra la lecture de Proust, en 1913, au moment de la parution du premier volume de la Recherche. L’expérience, on s’en doute, ne fut pas convaincante :

45

Je me perdais dans le dédale de phrases interminables, de construction archaïques, et qui avaient, pour mon goût déterminé en faveur de la simplicité, le tort de sembler vouloir surtout contraster avec les usages établis. Je lus quelques pages : je perdis patience ; et, irrité, je jetai le livre [69][69] Ibid., p. 220-221..

46

Les premières impressions que suggérèrent Du côté de chez Swann à Boylesve furent « nettement défavorables [70][70] René Boylesve, « Premières réflexions sur l’œuvre de... »; cinq ans plus tard, il considèrera les premiers romans de Proust comme indépassables : « Notre œuvre, à nous, est ruinée par celle-là. Nous avons travaillé en vain. Proust supprime la littérature des cinquante dernières années [71][71] René Boylesve cité dans Émile Gérard-Gailly, « Note... ».

« EN DÉCHIRANT LA GANGUE DES LOIS ROMANESQUES » [72][72] Ibid., p. 228.

47

Quelques mois après la fin de la Première Guerre mondiale [73][73] Pendant la Grande Guerre, la production critique de..., Boylesve remarquait que cet événement d’une ampleur et d’une brutalité sans précédent allait exiger de nouvelles esthétiques, de nouvelles manières de représenter le monde et que, dans ces conditions, le roman, dont le rôle traditionnel consiste à rendre avec fidélité la vérité humaine, ne serait pas en reste :

48

Seulement, comme à l’heure qu’il est les hommes viennent d’agir beaucoup et violemment, ils s’avisent que les romans que l’on avait coutume de prôner piétinent un peu et que la chaîne des événements proprement dits n’y est pas secouée avec assez de muscle [74][74] René Boylesve, « Propos romanesques », dans Opinions....

49

De ce « nouveau roman » français, Proust sera le plus digne représentant. En effet, six ans après avoir « jeté » Du côté de chez Swann, un brusque renversement s’est accompli : Boylesve écrit à Proust, qui vient de remporter le Goncourt pour À l’ombre des jeunes filles en fleurs, qu’il est « content, comme [il] ne l’[a] jamais été depuis l’invention de ce prix [75][75] Marcel Proust, Correspondance, tome XVIII (1919), Paris,... ». En 1922, Boylesve prend la parole au nom de tous ses confrères et note que « la mort de Marcel Proust est le plus grand deuil que nous pouvions subir ». Il ajoute :

50

Peut-être contribuerai-je à faire lire davantage un auteur qui a produit sur moi — sujet très rebelle — une impression sans égale, en racontant fidèlement, naïvement même, les phases du combat que j’eus à livrer avec elle, et à l’issu duquel je me déclarai totalement vaincu [76][76] René Boylesve, « Premières réflexions sur l’œuvre de....

51

Tout se passe comme si c’était à partir de ce moment-clé, celui où Boylesve découvre l’« art rénovateur [77][77] René Boylesve, ibid., p. 222. » qu’est le roman proustien, que ses « opinions sur le roman » allaient se décloisonner pour s’ouvrir à de nouveaux possibles esthétiques. Les différentes qualités que Boylesve reconnaît à l’œuvre de Proust, qui l’avait rebuté quelques années auparavant, deviennent autant de nouveaux repères lui permettant de redéfinir son art du roman.

La nouvelle hybridité du romanesque

52

Dans ses « réflexions sur l’œuvre de Marcel Proust », Boylesve fait un retour sur sa prévision selon laquelle le roman de l’après-guerre devra tenir compte de nouveaux paramètres. Plus éclaté, moins linéaire, adapté aux réalités d’une civilisation qui, comme l’écrivait Valéry, se sait désormais mortelle, le roman devra se renouveler :

53

Mais ce qui est proprement l’objet de la littérature romanesque (…), à savoir les caractères, la psychologie et les mœurs, est devenu, chez nous, seulement matière à conversation; on l’y traite brillamment, on l’y exténue ; (…) le transport de tels sujets dans la littérature est sans charme et ne produit qu’un effet de déjà vu [78][78] René Boylesve, ibid..

54

Le modèle romanesque que défendait Boylesve avant 1914 apparaît désormais usé. Plus que quiconque, Proust serait parvenu à secouer le moule traditionnel du roman — sans pour autant le dénaturer [79][79] Boylesve se fait un devoir de rappeler qu’à son avis,... — et cette modernisation s’effectuerait principalement grâce à une nouvelle technique de composition, où :

55

les fragments principaux sont enchâssés entre cent épisodes de nature différente, qui vous troublent un bon moment, et vous troublent surtout parce qu’aucun d’eux n’étant inférieur, tous excitent un intérêt égal [80][80] René Boylesve, « Premières réflexions sur l’œuvre de....

56

Boylesve découvre que dans les différents volumes de la Recherche, la matière romanesque n’est pas restituée en fonction du déroulement chronologique des événements. Ce récit fragmenté constitue un barrage à la linéarité traditionnelle du récit : la poétique proustienne joue avec le temps, déréalise le grand « roman XIXe ». La présence d’épisodes disparates, qui ne se greffent pas — à première vue — directement au fil conducteur de la narration, avait été explicitement condamnée par Boylesve en 1912 :

57

Je donne ma préférence et je consacre le meilleur de mes forces au roman dit « de mœurs », c’est-à-dire à celui qui ne se contente pas de narrer, fût-ce sous la plus belle forme, un épisode, une idylle, une anecdote […] Cet art difficile est une lutte entre deux forces et non un divertissement arbitraire : ce combat entre la volonté de l’artiste qui se croit libre et l’opposition obtuse des lois naturelles sourdement manifestées par le modèle humain [81][81] René Boylesve, « Les tendances présentes de la littérature....

58

Désormais, cette méthode de composition admirable, « dont l’extensibilité atteint l’invraisemblable [82][82] René Boylesve, « Premières réflexions sur l’œuvre de... », est vue d’un très bon œil par Boylesve, puisqu’il réalise que le « désordre » du roman proustien n’est qu’apparent. En 1913, Proust écrivait à René Blum au sujet de la Recherche : « c’est un tout très composé, quoique d’une composition si complexe que je crains que personne ne le perçoive et qu’il apparaisse comme une suite de digressions. C’est tout le contraire [83][83] Marcel Proust, Correspondance, tome XII (1913), Paris,... ». Boylesve sera sensible à l’architecture de l’œuvre :

59

il ne faut qu’avancer dans la connaissance de ces nombreux volumes pour s’apercevoir que la composition n’est ni oubliée, ni méprisée, mais bien au contraire observée avec un surcroît de mérite sur un champ beaucoup plus vaste que l’ordinaire, et en une fresque étalée outre les limites attendues [84][84] René Boylesve, « Premières réflexions sur l’œuvre de....

60

Mais ce qui surprend encore davantage, est ce que Boylesve ajoute plus loin : « la méthode de composition adoptée par lui, excluant toute contrainte rigoureuse ou seulement convenue, lui a permis d’être romancier sans se priver d’être essayiste à sa guise [85][85] Ibid., p. 227. ». Ce sont là deux nouvelles entorses vis-à-vis du canon romanesque précédemment défendu. Dans un premier temps, rappelons que ce statut de romancier-essayiste, que Boylesve reconnaît chez Proust et auquel il donne son aval, est contraire au rôle qui était précédemment dévolu au romancier. Boylesve se défendait d’exprimer ses propres idées dans ses romans, sous peine de les affaiblir : l’avis « Au lecteur », placé en tête de son roman Madeleine jeune femme et dont il a été question plus haut, l’indique assez bien. Deuxième entorse : durant les années d’avant-guerre, Boylesve milite en faveur du resserrement des lois romanesques qui ont permis la constitution d’une « haute et magnifique tradition » du roman français :

61

Il est véritablement temps de retirer le roman de l’inextricable fourré où l’ont mis nos esprits confus et où il étouffe. C’est un genre si souple, dit-on partout. Parbleu ! Le genre a bon dos ! On peut soutenir que c’est le plus souple des genres, mais à toute souplesse il y a une limite […] Non ! mais je vous demande un peu ce qui n’est pas roman ? [86][86] René Boylesve, « Sur le mouvement littéraire », dans...

62

Or, cette prose « excluant toute contrainte rigoureuse ou seulement convenue » qu’est celle de Proust et qui avait irrité Boylesve en 1913, voilà qu’elle devient, à partir des années 1920, un procédé tout à fait légitime.

L’intellect détrôné

63

La découverte de ces licences, qui plongent le roman dans son propre univers — un univers se suffisant d’une certaine manière à lui-même, où il ne s’agit plus tant de reconstituer fidèlement le « monde » que de donner à lire la reconstitution d’un « moi », d’une sensibilité, des perceptions d’un sujet dans le monde —, entraîne à sa suite une autre conséquence : Boylesve est alors amené à reconnaître le primat de l’« imagination » sur celui qu’il accordait préalablement à l’« intelligence ».

64

En 1919, dans son cahier de notes personnel, Boylesve constate au sujet du « rôle de l’imagination en art » que :

65

ce rôle est si considérable qu’on n’est pas loin de la vérité en affirmant qu’il est tout. Il y a l’information de l’imagination, comme il y a l’émotion de l’imagination. La première n’est que la servante qui va aux provisions. La grande dame, c’est l’autre. Quand l’imagination est nourrie et commence à s’animer, l’art commence [87][87] René Boylesve, Feuilles tombées, cité dans Opinions....

66

Nous sommes loin ici des postulats d’avant-guerre, où le romancier insistait sur le rôle prépondérant de l’intelligence, qui permet de faire le tri dans le désordre des impressions de l’auteur et qui est l’unique garante de la « sobriété d’imagination et d’expression [88][88] René Boylesve, « Préface », dans L’Enfant à la balustrade,... » de rigueur dans le roman. Faisant son entrée dans l’œuvre critique boylesvienne en 1919, ce nouveau discours sur le roman est contemporain de la découverte de l’esthétique romanesque de Proust, où les éléments de la réalité ne sont rien tant qu’il n’ont pas été réévalués par le travail de mémoire et où ce n’est qu’en les considérant du point de vue d’un « après » qu’ils acquièrent un sens et une profondeur. Ouvrons une courte parenthèse ici pour indiquer que dès 1909, dans La jeune fille bien élevée, Boylesve écrivait cette phrase étonnante : « Des paroles ou des bruits entendus, et qui nous ont pénétrés, peut-être à notre insu, remuent en nous un monde ignoré de nousmêmes [89][89] René Boylesve, La Jeune fille bien élevée, Paris, Calmann-Lévy,... ». Aussi n’avait-il pas échappé à Du Bos qu’« il y a[vait] en Boylesve les traces d’un pré-proustisme indéniable [90][90] Charles Du Bos, « Introduction à Feuilles tombées de... ». En 1923, un an après la mort de Proust, Boylesve admet ceci :

67

Eh bien ! En vérité, dans le genre romanesque, les qualités intellectuelles ne suffisent point. J’irai même jusqu’à dire, et bien que ce soit une vérité qui me choque, que, dans le roman proprement dit, les qualités intellectuelles sont secondaires [91][91] René Boylesve, « Henry-K Marks », dans Profils littéraires,....

68

Cette dernière affirmation est particulièrement intéressante du fait qu’elle recoupe presque mot pour mot certaines formules qu’emploie le narrateur de la Recherche dans Le Temps retrouvé. Entre l’épisode des « trois coups » et le moment de faire son entrée dans le grand salon de la princesse de Guermantes, le narrateur médite sur l’œuvre qu’il se sent finalement prêt à entreprendre et nous livre un « art du roman ». Ses réflexions le conduisent entre autres à mettre ceci au clair :

69

la littérature qui se contente de « décrire les choses », d’en donner seulement un misérable relevé de lignes et de surfaces, est celle qui, tout en s’appelant réaliste, est la plus éloignée de la réalité, celle qui nous appauvrit et nous attriste le plus […] [92][92] Marcel Proust, Le Temps retrouvé, Paris, Gallimard,....

70

Il poursuit :

71

Quant aux vérités que l’intelligence — même des plus hauts esprits — cueille à claire-voie, devant elle, en pleine lumière, leur valeur peut être très grande ; mais elles ont des contours plus secs et sont planes, n’ont pas de profondeur parce qu’il n’y a pas eu de profondeurs à franchir pour les atteindre, parce qu’elles n’ont pas été recréées [93][93] Marcel Proust, Le Temps retrouvé, op. cit., p. 205.

72

Boylesve, mort en 1926, n’a pu lire le dernier volet de la Recherche, publié en 1927. Mais ses « Premières réflexions sur l’œuvre de Marcel Proust », qui anticipent, d’une certaine manière, sur le « mode d’emploi » de la Recherche qu’est la seconde moitié du Temps retrouvé, confirment qu’il avait bien saisi la portée et les enjeux de l’œuvre proustienne.

73

L’art du roman boylesvien a été transfiguré par la découverte du roman proustien. Ce sont les volumes de la Recherche qu’il aura eu le temps de lire qui permettront de faire basculer l’opinion de Boylesve sur le roman :

74

L’intrigue sacro-sainte y est simplement ignorée. La fameuse situation dramatique […] que nous nous entêtons à exiger dans le roman comme à la scène, et qui suscite tant de soufflets à la vérité, qui engendre de si plates banalités, […] Proust refuse de la connaître [94][94] René Boylesve, « Premières réflexions sur l’œuvre de....

75

Ces remarques, inconcevables sous la plume de Boylesve dix ans plus tôt, sont fondatrices de la modernité romanesque que le romancier défendra deux ans plus tard dans son article « Un genre littéraire en danger : le roman ».

Notes

[*]

Cette étude a été réalisée dans le cadre des travaux de l’équipe de recherche TSAR (« Travaux sur les arts du roman ») de l’Université McGill, financés par le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada.

[**]

Université McGill.

[1]

André Gide, Journal I, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1996, p. 146. Le roman l’Enfant à la Balustrade paraît en 1903.

[2]

Marcel Proust, Correspondance, tome XX (1921), Paris, Plon, 1991, p. 332.

[3]

Marcel Proust, Correspondance, tome XXI (1922), Paris, Plon, 1991, p. 178.

[4]

Charles Du Bos, « Introduction à Feuilles tombées de René Boylesve », dans Approximations, Paris, Fayard, 1965, p. 700.

[5]

Géraldi Leroy, Julie Bertrand-Sabiani, La Vie littéraire à la Belle Époque, Paris, PUF, coll. « Perspectives littéraires », 1998, p. 162.

[6]

Les ouvrages consacrés exclusivement à Boylesve, qui ne sont pas nombreux, ont presque tous été publiés entre 1926, année de la mort du romancier, et 1960. Voici une liste des principaux titres : Gérard-Gailly, René Boylesve, ennemi de l’amour, Paris, Le Divan, 1932 ; Edmond Lefort, La Touraine de René Boylesve, préface de Jean-Louis Vaudoyer, Tours, Arrault, 1949 ; André Bourgeois, René Boylesve et le problème de l’amour, Lille/Genève, Giard/Droz, 1950 ; Jean Ménard, L’œuvre de Boylesve, Paris, Nizet, 1957. Quelques articles ont été consacrés à l’écrivain ; deux seulement se penchent sur son œuvre : Aaron Schaffer, « Is René Boylesve a Disciple of Balzac ? », dans Publications of the Modern Language Association of America, vol. 41, n° 2, juin 1926, p. 488-496 ; Gérard-Gailly, « Toponymes et patronymes chez René Boylesve », dans RHLF, vol. 59,1959, p. 381-388.

[7]

R.-M. Albérès, Histoire du roman moderne, Paris, Albin Michel, 1962, p. 103.

[8]

Ibid., p. 103-104.

[9]

Sur la modernité de l’œuvre romanesque de Boylesve, voir Hélène Gaudreau, « René Boylesve », dans Nuit blanche, n° 89,2003, p. 32-35 ; Jean Ménard, « Avant-propos », dans René Boylesve, Entrez dans la ronde !… et C’est une chose finie, Ottawa, Éditions de l’Université d’Ottawa, 1975, p. 7-27. ; Thierry Rodange, « La Genèse d’un personnage fin de siècle, le docteur Grandier de René Boylesve », dans Littératures, vol. 27, automne 1992, p. 171-177.

[10]

Jean Ménard, L’Œuvre de Boylesve, op. cit., p. 12.

[11]

Quoique cet organe fondé en 1890 par Henri Mazel fut « entièrement dévoué au mouvement symboliste », André Bourgeois rappelle qu’« il ne faudrait pas s’imaginer que [Boylesve] fut jamais un symboliste » (« Les débuts littéraires de Boylesve à L’Ermitage », dans The French Review, vol. 29, n° 5, avril 1956, p. 398-399). Le conte est un genre que Boylesve pratiquera jusqu’à la fin de sa vie : citons, entre autres, La leçon d’amour dans un parc, 1902 ; La Marchande de petits pains pour les canards, 1913 ; Le bonheur à cinq sous, 1917 ; Le dangereux jeune homme, 1921.

[12]

André Bourgeois, « Les débuts littéraires de Boylesve à L’Ermitage », loc. cit., p. 400.

[13]

Jean Ménard, L’œuvre de Boylesve, op. cit., p. 56.

[14]

En témoigne la réédition, en 1988, de La becquée et de L’enfant à la balustrade dans la collection « Fin de siècle » dirigée par Hubert Juin aux éditions UGE 10/18.

[15]

Hélène Gaudreau, « René Boylesve », loc. cit., p. 32.

[16]

Roman, écrit Jean Ménard, où « on perd de vue les personnages au milieu des cadavres, le récit étouffe sous des sentences philosophiques, insuffisamment décantées d’ailleurs de l’actualité » (L’œuvre de Boylesve, op. cit., p. 57).

[17]

Charles Du Bos, Journal 1926-1927, tome III, Paris, Corrêa, 1949, p. 133.

[18]

La majorité de ces articles ont été rassemblés dans deux ouvrages posthumes : René Boylesve, Opinions sur le roman, Paris, Plon, 1929,241 p. ; René Boylesve, Profils littéraires, Paris, Nizet, 1962,318 p.

[19]

Michel Raimond, La crise du roman des lendemains du Naturalisme aux années vingt, Paris, José Corti, 1966, p. 115.

[20]

René Johannet écrira un « Épilogue à la querelle du roman », dans La Revue universelle du 15 juillet 1925.

[21]

Pierre Lafue rétorque à Johannet avec un article intitulé « L’art et la vie : suite à la querelle du roman », publié dans La Revue hebdomadaire du 26 décembre 1925.

[22]

Henri Rambaud, « Réflexions sur l’art du roman », dans La Revue universelle, 15 septembre 1925, p. 747-752.

[23]

Édouard Estaunié (1862-1942) a mené parallèlement deux carrières : celles d’ingénieur et d’homme de lettres. Il est l’auteur de plusieurs romans : Un simple (1891), L’Empreinte (1896), Le Ferment (1899), L’Épave (1902), La Vie secrète (Prix Fémina, 1908), Les Choses voient (1913), L’Ascension de M. Baslèvre (1921), Solitudes (1922), L’Infirme aux mains de lumière (1923), Tels qu’ils furent (1927), Madame Clapain (1932).

[24]

Entre le 15 octobre 1924 et le 14 février 1925, seuls Maurice Beaubourg (« Pour le roman », dans Paris-Journal, 26 décembre 1924), Maurice de Waleffe (« À bas le roman », dans Paris-Midi, 2 février 1925) et Émile Henriot (« La Défense du roman », dans Paris-Midi, 4 février 1925) prennent part au débat. Suite à l’article d’Estaunié, pour ne citer que les contributions les plus intéressantes, mentionnons les articles d’André Thérive (« Le Roman en péril », dans l’Opinion, 7 mars 1925), de Pierre Lafue (« Sur les méfaits du roman », dans La Revue hebdomadaire, 25 avril 1925 et « L’art et la vie », dans La Revue hebdomadaire, 26 décembre 1925), de René Johannet (« L’erreur littéraire », dans La Revue universelle, 1er mai 1925 et « Épilogue à la querelle du roman », dans La Revue universelle, 15 juillet 1925), de François Fosca (« Apologie pour le roman », dans La Revue hebdomadaire, 23 mai 1925), d’Henri Rambaud (« Réflexions sur l’art du roman », dans La Revue universelle, 15 septembre 1925) et de Marcel Arland (« Sur l’art du roman », dans La Nouvelle Revue Française, 1er novembre 1925).

[25]

René Boylesve, « Un genre littéraire en danger : le roman », dans La Revue de France, 15 octobre 1924, p. 826-831. Sauf indication contraire, toutes les prochaines citations de Boylesve sont extraites de cet article.

[26]

Édouard Estaunié, « Le roman est-il en danger ? », dans La Revue hebdomadaire, 14 février 1925, p. 132-133.

[27]

Idem, p. 133.

[28]

Idem.

[29]

Idem, p. 148. Le roman « pur » doit s’occuper « de la vie vraie » et donner « aux êtres et aux événements une réalité pouvant aller jusqu’à l’hallucination ».

[30]

Idem, p. 138. La définition du roman que propose Estaunié inspirera cette remarque amusante de François Fosca, qui écrit : « J’avoue que cette définition ne me satisfait pas complètement, car je ne vois pas ce que vient y faire ce qui nous intéresse. D’abord parce qu’il y a des romans qui n’intéressent personne et qui sont quand même des romans » (François Fosca, « Apologie pour le roman », dans La Revue hebdomadaire, 23 mai 1925).

[31]

Édouard Estaunié, « Le roman est-il en danger ? », loc. cit., p. 139.

[32]

Idem, p. 139-140.

[33]

Michel Raimond, La Crise du roman des lendemains du Naturalisme aux années vingt, op. cit., p. 135.

[34]

Édouard Estaunié, « Le roman est-il en danger ? », loc. cit., p. 131.

[35]

René Boylesve, « Au lecteur », préface au roman Madeleine jeune femme, Paris, Calmann-Lévy, 1912, p. II.

[36]

René Boylesve, « Préface », dans La Becquée, Paris, Calmann-Lévy, 1901, p. 8.

[37]

Extrait d’une lettre de Zola à Léon Hennique, envoyée le 3 février 1880, cité dans Madeleine Ambrière, Précis de littérature française du XIXe siècle, Paris, PUF, 1990, p. 381.

[38]

René Boylesve, « Sur le mouvement littéraire », dans Le Cardonnel, Vellay, La littérature contemporaine, 1905. Opinions des écrivains de ce temps, Paris, Mercure de France, 1905, 331 p. Le texte de Boylesve est reproduit dans Opinions sur le roman, op. cit., p. 13.

[39]

René Boylesve, « Préface », dans L’Enfant à la balustrade, Paris, Calmann-Lévy, 1903. Préface non paginée.

[40]

René Boylesve, « Sur le mouvement littéraire », op. cit., p. 12.

[41]

Henri Godard, Le Roman mode d’emploi, Paris, Gallimard, coll. « folio/essais/inédit », 2006, p. 11-12.

[42]

Charles Du Bos, « Introduction à Feuilles tombées de René Boylesve », loc. cit., p. 706-707.

[43]

Pierre Larousse, « Roman », dans Dictionnaire universel du XIXe siècle, tome XIII, Nîmes, C. Lacourt, 1991, p. 1327.

[44]

René Boylesve, « Sur les tendances moralisatrices dans le roman », dans Opinion sur le roman, op. cit., p. 21.

[45]

Honoré de Balzac, « Préface », dans Le Cabinet des Antiques, Paris, Flammarion, 1987, 403 p.

[46]

Jacques Dubois, Les romanciers du réel de Balzac à Simenon, Paris, Seuil, 2000, p. 64.

[47]

Émile Zola, « Du roman », dans Le Roman expérimental, Paris, Garnier-Flammarion, 1971, p. 227.

[48]

Émile Zola, « Du roman », op. cit.

[49]

Henri Mitterand, Le Discours du roman, Paris, PUF, coll. « Écriture », 1980, p. 168.

[50]

René Boylesve, « Au lecteur », dans Madeleine jeune femme, op. cit., p. I.

[51]

Ibid.

[52]

Ibid.

[53]

Ibid., p. II. Ces propos datant de 1912 seront repris presque mot pour mot dans un texte qu’écrit Boylesve la même année, en réponse à une enquête menée par Gaston Picard et consacrée aux « Tendances présentes de la littérature française » : « Je donne ma préférence et je consacre le meilleur de mes forces au roman (…) qui ne se contente pas de narrer, fût-ce sous la plus belle des formes, un épisode, une idylle, une anecdote, mais qui emprunte à l’histoire son caractère de témoignage impartial de la vie d’un peuple ou d’une société ». René Boylesve, « Réponse à l’enquête de M. Picard », dans Opinions sur le roman, op. cit., p. 55.

[54]

Charles Du Bos, « Introduction à Feuilles tombées de René Boylesve », loc. cit., p. 699.

[55]

Du Bos considère d’ailleurs que ces « zones de refoulement » (Émile Gérard-Gailly, « Note liminaire », dans René Boylesve, Marcel Proust, Quelques échanges et témoignages, Paris, Le Divan, 1931, p. 16) qu’explore Boylesve chez ses personnages ne sont pas étrangères au fait qu’une « “contradiction étrange” […] forme la substructure de son œuvre tout entière » (« Introduction à Feuilles tombées de René Boylesve », loc. cit., p. 713). Cette « contradiction » est d’ordre thématique ; à titre d’exemple, Du Bos cite cet extrait de La Jeune fille bien élevée ou la protagoniste, Madeleine, prend la parole en son nom mais aussi au nom de ses consœurs de couvent : « Contradiction étrange et que personne n’examine avec franchise ! On nous met à genoux devant la beauté, le divin, l’absolu ; puis l’on nous dit : “Tout doit céder devant la réalité”. On nourrit, on excite, on exalte nos rêves ; et l’on nous donne pour avis : “N’écoutez pas les chimères”. Nous voyons bien que l’amour est au fond de la religion, de la littérature et de la musique dont on nous a imprégnées jusqu’aux moelles ; et, quand le cœur et la chair sont mûrs, il n’y a qu’une voix pour nous crier : “Il ne s’agit pas d’amour ; le mariage !” » (ibid.).

[56]

Ibid.

[57]

Ibid.

[58]

Ibid. Nous soulignons.

[59]

Stendhal, Le Rouge et le Noir, Paris, Garnier-Flammarion, 1964, p. 361.

[60]

René Boylesve, « Au lecteur », op. cit., p. III.

[61]

René Boylesve, « Sur le mouvement littéraire », op. cit., p. 16.

[62]

René Boylesve, « Préface », dans L’Enfant à la balustrade, op. cit.

[63]

René Boylesve, La Leçon d’amour dans un parc, Paris, Calmann-Lévy, 1902, p. 7.

[64]

René Boylesve, « Les Goncourt », dans Profils littéraires, op. cit., p. 37.

[65]

René Boylesve, « Mort d’Alphonse Daudet », dans Profils littéraires, op. cit., p. 50. Nous soulignons.

[66]

René Boylesve, « Les Goncourt », dans Profils littéraires, op. cit., p. 41.

[67]

Ibid.

[68]

René Boylesve, « Fernand Vanderem », dans Profils littéraires, op. cit., p. 93.

[69]

Ibid., p. 220-221.

[70]

René Boylesve, « Premières réflexions sur l’œuvre de Marcel Proust », dans Profils littéraires, op. cit., p. 220.

[71]

René Boylesve cité dans Émile Gérard-Gailly, « Note liminaire », dans René Boylesve, Marcel Proust, Quelques échanges et témoignages, Paris, Le Divan, 1931, p. 24.

[72]

Ibid., p. 228.

[73]

Pendant la Grande Guerre, la production critique de Boylesve est considérablement freinée : parmi les articles rassemblés dans Profils littéraires et Opinions sur le roman, aucun n’a été écrit entre 1914 et 1918.

[74]

René Boylesve, « Propos romanesques », dans Opinions sur le roman, op. cit., p. 127.

[75]

Marcel Proust, Correspondance, tome XVIII (1919), Paris, Plon, 1991, p. 525.

[76]

René Boylesve, « Premières réflexions sur l’œuvre de Marcel Proust », dans Profils littéraires, op. cit., p. 220.

[77]

René Boylesve, ibid., p. 222.

[78]

René Boylesve, ibid.

[79]

Boylesve se fait un devoir de rappeler qu’à son avis, tout rénovateur qu’il soit, le roman de Proust n’en est pas moins « un art légitimement éclos de nos traditionnelles formules » (René Boylesve, « Premières réflexions sur l’œuvre de Marcel Proust », dans Profils littéraires, op. cit., p. 222.)

[80]

René Boylesve, « Premières réflexions sur l’œuvre de Marcel Proust », dans Profils littéraires, op. cit., p. 224.

[81]

René Boylesve, « Les tendances présentes de la littérature française », dans Opinions sur le roman, op. cit., p. 55 et 58.

[82]

René Boylesve, « Premières réflexions sur l’œuvre de Marcel Proust », dans Profils littéraires, op. cit., p. 227.

[83]

Marcel Proust, Correspondance, tome XII (1913), Paris, Plon, 1991, p. 82.

[84]

René Boylesve, « Premières réflexions sur l’œuvre de Marcel Proust », dans Profils littéraires, op. cit., p. 223-224..

[85]

Ibid., p. 227.

[86]

René Boylesve, « Sur le mouvement littéraire », dans Opinions sur le roman, op. cit., p. 10.

[87]

René Boylesve, Feuilles tombées, cité dans Opinions sur le roman, op. cit., p. 104.

[88]

René Boylesve, « Préface », dans L’Enfant à la balustrade, op. cit., n.p.

[89]

René Boylesve, La Jeune fille bien élevée, Paris, Calmann-Lévy, 1987, p. 133.

[90]

Charles Du Bos, « Introduction à Feuilles tombées de René Boylesve », loc. cit., p. 700.

[91]

René Boylesve, « Henry-K Marks », dans Profils littéraires, op. cit., p. 238.

[92]

Marcel Proust, Le Temps retrouvé, Paris, Gallimard, coll. « Folio classique », 1990, p. 191.

[93]

Marcel Proust, Le Temps retrouvé, op. cit., p. 205.

[94]

René Boylesve, « Premières réflexions sur l’œuvre de Marcel Proust », op. cit., p. 223.

Résumé

Français

Cet article rend compte de l’évolution et des retournements ayant caractérisé les réflexions de René Boylesve sur l’art romanesque. Considérée dans sa totalité, la production critique du romancier révèle un parcours intellectuel original, bouleversé par deux événements qui ont marqué chacun à leur façon toute une génération d’écrivains : il y eut d’abord le choc provoqué par la Première Guerre mondiale et, dans un deuxième temps, la découverte non moins décisive du roman proustien. C’est cette évolution que nous nous proposons d’examiner ici à travers l’examen des observations théoriques que Boylesve a consignées dans différents types de textes, qu’il s’agisse de préfaces, nombreuses à être placées en tête de ses romans, d’articles critiques, de réponses à des enquêtes littéraires ou de pages de son journal personnel.

Plan de l'article

  1. LA « QUERELLE DU ROMAN »
  2. « ROMANCIER, JE NE SUIS QUE DU PARTI DE LA VÉRITÉ HUMAINE »
    1. L’historien
    2. Le poète
  3. « EN DÉCHIRANT LA GANGUE DES LOIS ROMANESQUES »
    1. La nouvelle hybridité du romanesque
    2. L’intellect détrôné

Pour citer cet article

Parenteau Olivier, « René Boylesve lecteur de Proust et théoricien du roman », Revue d'histoire littéraire de la France, 1/2009 (Vol. 109), p. 163-181.

URL : http://www.cairn.info/revue-d-histoire-litteraire-de-la-france-2009-1-page-163.htm
DOI : 10.3917/rhlf.091.0163


Article précédent Pages 163 - 181 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback