Revue d’histoire moderne et contemporaine
Belin

I.S.B.N.
194 pages

p. 768 à 782
doi: en cours

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Média et politique

no 47-4 2000/4

2000 Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine Média et politique

La télévision publique française : une fabrique politique ? les interventions de georges pompidou premier ministre, 1962-1968

Violaine Chatelain E.N.S. Lettres et Sciences humaines, 15, parvis Descartes, 69366 Lyon Cedex 07.
Dès les débuts de la Ve République se pose cette question : comment succéder au général de Gaulle qui incarne à lui seul le nouveau régime ? Georges Pompidou cherche à y répondre par une utilisation originale de la télévision. Grâce à une stratégie de communication bien maîtrisée, ce néophyte réussit à s’affirmer, en six ans passés à Matignon, comme un homme politique à part entière. Attentif à manifester simplicité, proximité et chaleur humaine à l’écran, dans un style bien différent de celui du général, il acquiert la légitimité nécessaire pour accéder à la charge suprême. Ever since the beginning of the Fifth Republic the question was : how to succeed general de Gaulle who single handedly embodied the new system ? Georges Pompidou tried to answer the question by using the television. Thanks to a good strategy of communication, this neophyte was able to establish himself, during the six years spent at the Matignon Palace, as a real politician. He was careful to signify simplicity, closeness and human warmth, in a contrasting style to the General’s, to acquire the necessary legitimacy to attain the high office of President.
L’impact de la télévision sur les hommes politiques dans les régimes pluralistes est incontestable et ne se dément pas dans les plus vieilles démocraties européennes. En France, la retransmission télévisée des débats parlementaires a ainsi modifié le comportement des élus, le mercredi particulièrement, où les questions au gouvernement à l’Assemblée nationale rassemblent aujourd’hui un nombre croissant de députés, qui espèrent secrètement être vus de leurs électeurs. Les règles du discours politique à la télévision se sont fixées progressivement : d’un simple discours transposé de la tribune à l’écran par le général de Gaulle, on évolue vers un débat entre un journaliste et un homme de gouvernement avec Georges Pompidou, avant d’aboutir au face-à-face plus contemporain opposant deux hommes politiques. Remarquablement efficace, cette forme d’expression est aussi impitoyable et peut rapidement se retourner contre ceux qui commettent une erreur.
La force d’attraction de média comme la télévision sur le monde politique tient à trois raisons principales, qu’illustre assez clairement la situation française des années 1960. La première repose sur l’image supérieure et accessible de technologie et de modernité que l’opinion a de la télévision. La seconde découle des possibilités considérables qu’offre ce mode de communication, diffusant une parole redoublée par la présence de l’orateur. La troisième raison vient précisément de ce pouvoir de présentation des hommes politiques qui devient un élément décisif de l’avènement public. Cette intrusion nouvelle de l’apparence et de l’image dans un monde habitué traditionnellement à la parole et à l’écrit, a bouleversé les pratiques politiques, accélérant des carrières nationales qui s’en trouvent en même temps fragilisées, une mauvaise prestation d’un jour pouvant générer des passifs très importants [1]. Aussi l’histoire politique en France a-t-elle intégré cet acteur nouveau et décisif à sa réflexion sur le fonctionnement démocratique contemporain [2].
Bien que les travaux précurseurs de Marc Ferro et Pierre Sorlin aient permis de définir une méthode propre à l’étude des archives audiovisuelles, le champ des média, parce qu’il a été plus récemment abordé, est le moins défriché [3]. Rares sont encore les études qui s’attachent à cerner les stratégies de communication télévisée des hommes politiques et l’articulation entre image personnelle et programme politique. La question des modifications qu’impose l’usage du petit écran au discours, à la gestuelle, voire à l’apparence globale des gouvernants, de façon plus ou moins consciente d’ailleurs selon les cas, mérite pourtant d’être posée. En effet, le jeu démocratique a vu sa prétention à l’objectivité et au naturel accrue par la visibilité que lui permet la télévision. Il est alors nécessaire de s’interroger sur un phénomène de mise en scène, peu évident a priori, de la politique à la télévision, et sur les méthodes des acteurs de cette théâtralisation. Ces recherches disposent d’un large fonds d’archives audiovisuelles conservées à l’I.N.A. Ainsi, les interventions de Georges Pompidou à la télévision publique française, lorsqu’il était chef du gouvernement — du 14 avril 1962 au 31 mai 1968 — composent un corpus cohérent [4]. L’étude du début de la carrière politique de Georges Pompidou, alors Premier ministre, à travers l’exploitation de ses interventions télévisées, est susceptible d’éclairer le parcours singulier du successeur du général de Gaulle à la présidence de la République.
 
UN MÉDIA NOUVEAU POUR UN HOMME NOUVEAU
 
 
L’avènement de la Ve République en 1958 coïncide, on le sait, avec le développement de la télévision en France. Le taux d’équipement des ménages français augmente rapidement, passant ainsi de 13% en 1960 à 27 % en 1962 et 70 % en 1970 [5]. Pendant la présidence de Charles de Gaulle, la télévision devient véritablement un média de masse en France, ce dont le Général est très conscient [6]. Cette coïncidence est renforcée par la personnalité et les choix du nouveau Président de la République. L’usage prioritaire qu’il fait de la télévision correspond au lien politique qu’il tente d’instaurer depuis la descente des Champs-Élysées, inscrit dans une démocratie plus directe, limitant les intermédiaires entre les citoyens et leurs dirigeants politiques. Il correspond également à la personnalisation croissante du pouvoir recherchée et instituée dans le fonctionnement du nouveau régime, qui privilégie le rôle du Président de la République. Ainsi, lorsque Georges Pompidou est nommé Premier ministre, le 14 avril 1962, la télévision fait partie des outils de communication privilégiés par le pouvoir et contrôlés par l’État, qui dispose du monopole sur les ondes jusqu’en 1965 [7]. Mais l’homme politique Georges Pompidou est peu connu des Français comme des milieux politiques [8]. Se montrer importe donc autant que proposer un discours. Par conséquent, cet homme de culture et de l’écrit choisit paradoxalement la télévision comme outil principal de sa communication de Premier ministre, conscient de son efficacité [9]. Entre 1962 et 1968, vingt-deux interventions télévisées ponctuent son passage à Matignon, soit en moyenne trois par an, un rythme inhabituel à la fois pour la période et pour un Premier ministre. Lorsqu’il est élu en 1969 à la présidence de la République, il fait la preuve de la viabilité d’un régime dont on pensait qu’il ne devait sa survie qu’à la personnalité du Général. Or, cette ascension fulgurante ne se nourrit pas seulement des circonstances de la crise de Mai 1968.
Elle est aussi le fruit d’une stratégie de communication réfléchie et menée patiemment pendant six ans par le Premier ministre. Ce choix répond à trois objectifs principaux : légitimer sa nomination et les actions entreprises, se faire connaître en personnifiant, par l’image télévisuelle, la fonction de Premier ministre, et enfin, acquérir une image autonome en se démarquant des pratiques gaulliennes.
Georges Pompidou intervient pour la première fois à la télévision française le 1er août 1962, soit quatre mois après son entrée en fonction. Puis ses interventions ont lieu trois à quatre fois par an, à vingt heures, moment de la plus forte audience. Dès le départ, la place attribuée aux interventions télévisées dans la stratégie de communication du Premier ministre est donc particulièrement importante. Par des essais en « circuit fermé », il tente de trouver le ton qui lui correspond le mieux, et d’acquérir la maîtrise de l’outil.
C’est ainsi qu’il abandonne la diatribe, et renonce également à la cigarette, dès la deuxième intervention d’octobre 1962.
Le choix des causeries par le Premier ministre n’est pas nouveau en soi, mais il le modernise par l’usage de la télévision, qui offre un visage en plus d’une voix. Georges Pompidou répond ainsi à la fois au souci de contact direct, de proximité, et à celui de franchise, qui représentent des éléments caractéristiques de sa pratique gouvernementale au quotidien. Cet homme nouveau en politique voit dans la télévision le moyen de fonder la pratique politique sur de nouvelles bases, faites de transparence et de proximité [10]. Il choisit de présenter directement aux Français les politiques menées, afin de légitimer les orientations choisies. Le style de la causerie, en outre, en autorisant les digressions et surtout le ton de la confidence, permet au Premier ministre une plus grande liberté pour se faire connaître [11].
Des causeries au coin du feu au modèle américain
Quelques fausses notes rythment les premières causeries, signe de l’inexpérience de Georges Pompidou. Le 1er août 1962, il marque des temps d’hésitation ou bégaie en cherchant son texte, vraisemblablement appris en grande partie par cœur. Interrogé sur les impressions ressenties lors de la première session parlementaire, il hésite et cherche ses mots [12]. Ou bien, il butte sur les termes plus techniques : « Nous avons fait voter une loi sur les z..., zones à urbaniser en priorité » [13]. Cependant, la télévision est vite apprivoisée par le Premier ministre et le style de l’intervention rapidement établi.
La mise en scène s’étoffe également. Les plans fixes sont moins nombreux et surtout moins longs. La caméra multiplie les largeurs de plan et les angles de vue différents pour suggérer la vie. L’imitation du réel, du spontané et du naturel appartient rapidement au registre des causeries au coin du feu de Georges Pompidou. Des apostrophes cherchent à rendre présente aux téléspectateurs la conversation : « Croyez-le ! » ou bien « Tenez, je prends par exemple [...] » [14]. La présence familière du même journaliste jusqu’en 1965, François de la Grange, permet de reproduire les conditions d’une conversation intime, sans débat [15]. Grâce à la télévision, le Premier ministre va ainsi à la rencontre des Français, et partout en France, ce qui est assez nouveau pour une grande partie des téléspectateurs.
C’est dans ce cadre que se met en place progressivement une grammaire gestuelle propre à Georges Pompidou. Lors de la première émission, ses mains témoignent de la nervosité du Premier ministre, manifestement peu habitué à l’exercice. Il croise et décroise continuellement ses doigts crispés, avant de les occuper en tenant une cigarette. Dans les émissions suivantes, deux gestes sont surtout caractéristiques et accompagnent ses paroles. Ce sont les mains croisées à hauteur de poitrine, avec les pouces qui se soulèvent pour ponctuer sa démonstration. De même, les ressources de l’image télévisuelle lui permettent de procéder à une théâtralisation de ses propos, amplifiant la complicité déjà contenue dans l’aspect volontairement informel de l’intervention. Pour défendre le plan quinquennal par exemple, et mettre en avant l’importance extrême de celui-ci pour l’économie française, face à un public sceptique, il brandit un des livres posés sur la table basse devant lui, en disant : « Le plan, voyez-vous, ce n’est pas un simple document imprimé... c’est le visage de la France de demain ».
En revanche, à partir de la campagne de 1965, l’accès de l’opposition à la télévision change la donne. Ces conditions nouvelles amènent le Premier ministre à adapter le style de ses interventions. S’impose alors la nécessité de recourir à une stratégie plus agressive et aux formes plus clairement politiques. Il fait appel à une agence de marketing politique Services et Méthodes, dirigée par Michel Bongrand qui a conduit la campagne de Jean Lecanuet en 1965 [16]. A partir de 1966, les mentions « au coin du feu », « causerie », « entretien » disparaissent au profit de « déclaration » ou « interview », dans les articles des journaux relatant l’émission. C’est une véritable campagne de promotion qui est désormais menée lors de chaque intervention de Georges Pompidou. Le style de la causerie au coin du feu est définitivement abandonné au profit d’un véritable débat, où l’important est de convaincre verbalement et d’apparaître en professionnel de la politique. Il ne reçoit plus le journaliste dans un salon de Matignon, mais débat avec lui sur un plateau de télévision. Le 28 mars 1966, l’intervention se fait sous une forme plus novatrice encore, puisque le Premier ministre est invité à l’une des premières émissions françaises de débat politique : Face-à-Face. Le modèle en est l’émission américaine Meet the Press. L’objectif, inédit à la télévision française, est de susciter une controverse avec une personnalité politique confrontée à des journalistes de la presse écrite. Le journaliste se fait désormais investigateur. Dans ce cadre nouveau, Georges Pompidou apparaît alors en véritable « débatteur ». Il s’agit pour lui, non plus de présenter le bilan de son action gouvernementale, mais de défendre sa politique.
L’improvisation imposée par ce nouveau type d’interventions télévisées témoigne alors de la très grande maîtrise de la télévision qu’a désormais le Premier ministre, puisqu’il répond sans hésiter, tout en sachant changer de registre, passant du ton détendu au ton plus solennel. Il sait retourner les questions à son avantage par la maîtrise de l’outil et des dossiers. Il apparaît en véritable homme politique qui ne redoute plus la confrontation. Plus mordant, plus agressif, le ton évolue aussi à travers les transformations lexicales : le vocabulaire se politise et se rapproche de celui du Président de la République. Lors des causeries, on relevait les termes de « Mon pays », « la France »; après 1966, dans les débats, les termes plus abstraits sont utilisés et reprennent les idées gaulliennes. On relève : « le devoir de l’État », « l’esprit de la Ve République ». Et même, plus significativement, il commence son intervention du 5 mars 1967 pour la campagne législative par « Françaises, Français » et termine par « Vive la France ! ».
D’autre part, avec l’évolution du cadre des interventions, d’autres gestes s’imposent. Lors des débats, les gestes d’autorité deviennent plus systématiques. Les gestes d’ouverture, typiques des mouvements de mains enseignés aux hommes politiques, ont aussi une envergure plus large. Ils ouvrent au dialogue qui doit être instauré avec le citoyen et qui doit convaincre l’électeur.
Les mains sont tendues vers l’avant et ouvertes. Cette construction progressive de l’homme politique Pompidou par l’image s’articule donc autour d’un mouvementque nous pouvons lire dans l’évolution de la forme des interventions télévisées du Premier ministre : une professionnalisation accrue qui ne remet pourtant pas en cause une certaine forme de proximité, chaleureuse ou ironique, caractéristique du personnage.
La création d’un style télévisuel
Quelle que soit la forme prise par l’émission, causerie ou débat, et l’évolution du ton, le Premier ministre impose un style personnel qui se définit par la fréquence des interventions, le sérieux revendiqué par l’intervenant, le choix d’un langage accessible à tous et la recherche d’une complicité avec le public. Par cette ambition nouvelle, Georges Pompidou se place d’emblée sur un registre différent de celui du général de Gaulle. A l’écran, le Général apparaît seul et solennel, mais il semble par conséquent plus distant et lointain. A l’opposé, le style de Georges Pompidou se veut plus informel.
Il décide d’apparaître comme Monsieur-Tout-Le-Monde, tout en conservant la rigueur intellectuelle et la dignité imposées par l’exercice du pouvoir. Lors de la causerie du 14 octobre 1965, un feu brûle dans la cheminée devant laquelle les deux interlocuteurs sont confortablement installés.
La tenue vestimentaire est le premier élément qui définit l’homme politique à l’écran. En choisissant le costume et la cravate, Georges Pompidou s’inscrit d’emblée du côté de la rigueur et du professionnalisme [17]. Si le choix de la causerie suggère la rencontre informelle dans la simplicité, le vêtement rappelle immédiatement qu’il s’agit bien d’une personne intervenant à la télévision dans sa fonction officielle. Ce souci est encore plus évident dans les émissions en studio à partir de 1966. On observe là une plus grande raideur et donc un maintien plus imposant. Pourtant, son apparence physique joviale le rend sympathique et sert sa stratégie de représentation. Ainsi, même si la forme évolue et se fait moins familière, le souci de transmettre une chaleur humaine reste permanent au fil des interventions. Son vocabulaire intègre fréquemment des expressions populaires [18]. En outre, pour contrebalancer la gravité de ses propos, Georges Pompidou n’hésite pas à utiliser le registre de l’humour [19] ou celui de la confidence [20]. Dans les débats, le recours presque systématique à la dérision concourt à instaurer une nouvelle forme de complicité/séduction caractéristique. Cette dérision est dirigée d’abord contre les journalistes [21], contre ses adversaires de l’opposition ensuite [22]. Il inaugure alors son entrée dans un nouveau registre, celui de la polémique politique.
Alors que les spécialistes de l’image du Général reconnaissent que la longueur des développements dans ses discours, l’aridité parfois des sujets et le style même, rendent l’approche difficile à l’homme de la rue, l’étude des prestations de Georges Pompidou démontre qu’il cherche au contraire un langage de la proximité avec les Français [23]. Il fait preuve de beaucoup de didactisme. Il tente de préciser les termes techniques par des exemples simples de la vie courante, par des images compréhensibles par tout le monde [24]. Globalement, il excelle dans la simplification des problèmes sous forme de comparaisons concrètes, afin de se mettre au niveau de tous. Doit-on y voir la rhétorique pédagogique d’un ancien professeur de lettres, mise au service d’une nouvelle façon de faire de la politique ?
Trois objectifs principaux ont ainsi dominé les vingt-deux interventions télévisées de Georges Pompidou. Il lui est d’abord indispensable de se faire connaître des Français auxquels s’impose la figure omniprésente du Président de la République. La défense et l’illustration de son action à la tête du gouvernement est le deuxième axe de sa communication. La recherche d’une posture d’homme d’État est enfin le dernier objectif qui oriente ces interventions télévisées.
L’AVÈNEMENT D’UNE FIGURE POLITIQUE
Au-delà de la mise en œuvre d’un style de communication, il importe au Premier ministre de se constituer une image cohérente et personnelle en tant qu’homme politique. En effet, la personne de Georges Pompidou apparaît au départ multiforme et floue, héritage d’un parcours atypique : d’abord professeur de classes préparatoires, avant d’être administrateur de la banque d’affaires Rothschild, enfin collaborateur du général de Gaulle. Pierre Viansson-Ponté titre ainsi son éditorial du Monde, lors de la nomination de Georges Pompidou : « Un banquier baudelairien à Matignon » [25], rappelant les multiples facettes de cet homme nouveau.
Il prend soin d’occuper l’antenne après chaque session parlementaire pour en présenter le bilan, n’hésitant pas parfois à insister sur sa détermination, en précisant par exemple à propos de l’action gouvernementale : « Elle n’a pas été tous les jours facile » [26]. Ponctuellement, il lui arrive aussi d’intervenir pour s’expliquer sur une situation particulièrement grave. C’est le cas de son intervention du 8 mars 1963, lors de la grève des mineurs. Il tente de justifier sa décision d’imposer le décret de réquisition, montrant l’autorité d’un chef de gouvernement pénétré de ses responsabilités. L’originalité de Georges Pompidou est de situer cette défense et illustration de l’action gouvernementale dans un cadre qui entend rappeler la détermination sans failles du gouvernement [27]. Par opposition au souvenir d’instabilité laissé par la IVe République, Georges Pompidou s’attache à témoigner du souci constant qu’il a du bon fonctionnement du pays.
Interlocuteur régulier des Français, Georges Pompidou est alors en outre l’homme politique qui souhaite incarner l’opinion moyenne et le sens commun, auxquels les Français peuvent plus facilement s’identifier. Il affiche les mêmes préoccupations qu’eux [28]. Aussi cet homme très intelligent et cultivé conserve-t-il avec soin et sans doute avec naturel, selon les témoignages de son entourage, l’allure d’un Français moyen, proche des petites gens. Car finalement, « ce qui captive, ce n’est pas le portrait authentique d’un homme véritablement modeste et quelconque, c’est l’image cultivée par un artiste de la politique » [29]. C’est justement là le pivot de la stratégie de communication réussie de Georges Pompidou. Il importe en effet de construire à la télévision une image d’homme politique capable séduire les Français et de légitimer son action. Pour cela, il rappelle ses origines rurales, alors qu’elles remontent en réalité à plusieurs générations [30]. En affectant également de partager des centres d’intérêt communs avec les Français, loisirs et sport, il tente d’abolir la distance qui le sépare de la population [31].
Le ton informel des causeries laisse tout naturellement la place à ce type de confidences.
Cette image savamment cultivée contribue puissamment à distinguer le Premier ministre du Président qui, en le nommant, a lancé sa carrière politique. En affirmant son autonomie par rapport à de Gaulle, il peut gagner crédibilité et légitimité. L’image d’un homme accessible, c’est-à-dire en proie aux mêmes problèmes que tout le monde, et utilisant le même langage, en constitue une condition indispensable. Cependant, il veille à toujours présenter son action en retrait de celle du Président. Le rôle de G.Pompidou consiste donc bien à mettre en œuvre des objectifs définis à l’Élysée, mais à un niveau plus pratique [32] : le Président s’occupe de la France et le Premier ministre des Français.
D’autre part, ces apparitions à la télévision sont aussi l’occasion pour Pompidou d’expliquer le fonctionnement des institutions en place depuis peu, et de trouver sa place dans le régime. Il souligne régulièrement le rôle de l’Assemblée Nationale, destinée à contrôler le gouvernement. Il apparaît donc fidèle à l’esprit de la Ve République, au Général et au gaullisme [33]. C’est pourquoi il rassure les Français. Mais on voit déjà glisser Pompidou du gaullisme historique vers un gaullisme de gestion, car l’appel à la mobilisation nationale est moins présent. Il s’agit de moderniser la France dans la recherche d’une pratique politique plus proche de la population.
Conquérir l’opinion
Pour tenter de mesurer l’impact de la pratique politique de Georges Pompidou sur l’opinion publique, on peut recourir aux sondages d’opinion, d’autant plus que ces derniers constituent un outil qu’utilise également le pouvoir. En même temps, les sondages ont part à la transformation du jeu politique par la télévision et contribuent même à l’accélérer.
Les sondages de 1967 indiquent que 27 à 34% des Français regardent les interventions du Premier ministre à la télévision [34]. Les journaux jouent un rôle de relais pour ceux qui ne les regardent pas. On arrive ainsi à un pourcentage moyen de 40 % d’adultes ayant pris connaissance d’une façon ou d’une autre des propos du Premier ministre. Néanmoins, c’est principalement par la télévision que Georges Pompidou touche la population (30 %).
La stratégie retenue fonctionne donc. Les sondages témoignent de l’efficacité du choix de l’image. Ils montrent en effet chez les téléspectateurs l’importance plus grande attachée à l’apparence qu’au discours. Ainsi, le public retient davantage la maîtrise et la sympathie dégagées à l’écran par le Premier ministre, que le détail de ses propos [35].
L’évolution de la courbe de popularité de G.Pompidou traduit assez bien cet état de fait, et montre que la constitution de son personnage public à l’écran lui vaut de conquérir peu à peu auprès de l’opinion son autonomie d’homme politique. Ainsi, le 16 avril 1962, deux jours après la formation du gouvernement, à la question : « Eˆtes-vous satisfait ou mécontent du choix du Premier ministre ? », 78 % des personnes interrogées ne se prononcent pas.
Un tel chiffre indique que les Français attendent de connaître cet inconnu et de le voir à l’épreuve. Puis le taux de « sans opinion » diminue rapidement, pour se maintenir ensuite autour de 20 %. A mesure que les Français s’habituent à la personnalité de G.Pompidou, les avis se précisent et rendent légitime son action gouvernementale. Le rapprochement des courbes de popularité du Président et du Premier ministre illustre aussi cette évolution que l’on peut découper en trois phases [36]. De juillet 1962 à octobre 1963, G. Pompidou ne doit sa légitimité qu’à la décision du Général de faire de lui son Premier ministre. Sa courbe de popularité évolue parallèlement à celle du Président, mais avec des amplitudes plus faibles : pour les Français, les décisions prises par Matignon semblent dictées de l’Élysée [37]. L’opinion publique ne lui reconnaît encore aucune autonomie décisionnelle. En revanche, à partir de novembre 1963 et jusqu’au début de 1966, sa courbe de popularité progresse rapidement et évolue désormais indépendamment de celle du Président. Elle augmente même régulièrement alors que celle du Président fluctue : le Premier ministre a acquis à cette date une légitimité dans son rôle de chef du gouvernement. Enfin, de 1966 à son remplacement par Maurice Couve de Murville en juillet 1968, la courbe reste stable, autour de 45 %: les Français ont confiance. Mai 68 est alors un révélateur : il capitalise toute l’expérience de ces six années et projette son image dans une situation de crise taillée pour le Général.
Gagner la bataille de la légitimité
Les journaux accordent une place systématique aux interventions télévisées dans leurs colonnes. Pourtant, les qualificatifs évoluent au cours de ces six années. L’absence de passé politique du Premier ministre laisse les journalistes incrédules. Mais surtout, l’originalité de son choix de communication les surprend [38]. Progressivement cependant, l’évolution des adjectifs utilisés dans les articles permet de mesurer un changement [39]. Le style de communication du Premier ministre apparaît sans cesse plus maîtrisé et efficace et, à partir de 1964, les journalistes considèrent avec beaucoup plus de sérieux l’homme politique Pompidou. Cette évolution va de pair avec la reconnaissance de son autorité. Jusqu’en 1964, le chef du gouvernement apparaît dans la presse comme le bras droit du Général à Matignon [40].
Ensuite, les journaux commencent en revanche à lui conférer une légitimité réelle. Il n’est plus seulement présenté comme le fantoche du général de Gaulle, mais comme un participant actif à l’élaboration des décisions [41]. A` la lecture de ces commentaires, nous voyons donc comment se diffuse progressivement, suivant une alchimie subtile, une légitimité accordée à ce néophyte en politique : en amont, la définition d’un style de communication relayé, en aval, par la presse spécialisée et sanctionné par l’opinion. Cet avènement public d’une figure politique doit servir une ambition nationale qui se construit à travers la réalisation de rôles successifs qui trouvent avec la télévision une puissance de conviction décisive culminant avec la crise de Mai 1968. Il s’agit donc de déterminer comment un jeu d’images peut identifier un projet politique, la représentation à la télévision de rôles majeurs débouchant sur la construction d’un destin national, sanctionné par l’élection à la charge suprême.
 
LA CONSTRUCTION D’UN DESTIN NATIONAL : UN JEU DE ROLES A` L’ÉCRAN ?
 
 
« On l’a vu se faire sous nos yeux. » a dit un jour François Mauriac en parlant de Pompidou [42]. C’est en effet un certain nombre d’images qui, suffisamment fortes et cohérentes, se cristallisent progressivement autour de sa personne pour finalement dessiner le profil du successeur du Général.
Du gestionnaire au modernisateur
La première intervention de G.Pompidou, décevante, à la tribune de l’Assemblée Nationale, témoigne de son inexpérience politique. Mais le Premier ministre retourne ce handicap apparent à son avantage. En effet, il l’intègre à sa stratégie de communication, pour en faire un argument destiné à légitimer son action aux yeux des Français [43]. Cette absence de passé politicien doit garantir son intégrité et lui permet de s’affirmer épargné par les luttes politiques, plus lucide car placé en dehors de la mêlée [44]. Après un an de pouvoir, il apparaît ainsi comme un gestionnaire impartial [45]. Arthur Conte, P.D.G. de l’O.R.T.F. et proche du pouvoir, rappelle cette évolution en expliquant que, sous l’impulsion de Georges Pompidou, le cabinet devient une sorte de conseil d’administration avec un technicien à sa tête [46]. Cette impression se retrouve par exemple dans l’extrême précision avec laquelle le Premier ministre présente ses bilans de session dans les causeries [47]. Il affirme très fermement cette volonté d’impartialité en ajoutant : « Ce sont des chiffres que j’ai voulu regarder en face avec les journalistes » [48].
De l’image de gestionnaire, Georges Pompidou passe sans difficulté à celle de modernisateur. Lors de ses interventions, en dépit du style détendu, le Premier ministre annonce ainsi des mesures économiques dures. Le 12septembre 1963, il présente aux Français le plan de stabilisation qui doit permettre de stopper l’inflation. Ces mesures libérales comportent des aspects draconiens. Or, elles sont paradoxalement présentées par le Premier ministre comme une action sociale [49]. Homme de la synthèse, Georges Pompidou réconcilie de cette façon libéralisme et discours social en faveur des plus démunis. Ainsi, le thème du progrès est lié, de façon originale, à la fois à sa figure de modernisateur et à celle de conservateur. En effet, comme l’écrit Stéphane Rials, analyste des idées politiques de Georges Pompidou Président :
« Le choix par Georges Pompidou de l’industrialisation en France n’excluait pas une conscience très vive que, dans la société, la continuité l’emporte sur le changement. Il pensait que les changements sont souvent douloureux pour beaucoup et que la France profonde les souhaitait davantage en parole qu’en fait » [50]. Il propose des projets à long terme, repris et prolongés après 1969.
Il soutient par exemple les mesures votées pour la reconnaissance de l’égalité sociale des femmes [51]. En économie, il développe en outre des thèmes mobilisateurs et les expose comme un programme de gouvernement [52]. Il s’agit de modifier les structures de l’économie pour la moderniser et la rendre plus efficace dans un contexte international en évolution. Il a aussi pour projet d’accélérer l’aménagement du territoire et de procéder à des transformations de fond.
Cette image résolument moderne ne l’empêche cependant pas d’inscrire progressivement et sans ambiguïté son action dans celle plus conventionnelle de leader de la majorité.
Le rassembleur
A partir de 1964, son action lui permet d’endosser les responsabilités de chef de majorité et de leader de campagne. L’évolution du style d’interventions après 1966, plus clairement politique, traduit en outre une accélération de cette tendance.
Sur les vingt-deux interventions du Premier ministre entre 1962 et 1968, le thème des élections ou de la majorité qu’il dirige est abordé dans quatorze d’entre elles. A partir de 1963, c’est le Premier ministre qui prend en main progressivement les rênes du parti majoritaire. Après l’accueil glacial qui lui est fait, Georges Pompidou apprivoise ensuite rapidement l’U.N.R.-U.D.T. : il dirige l’action du groupe parlementaire, participe aux réunions des instances du mouvement. Il apparaît vite comme le chef de file du parti gaulliste qu’il veut uni [53]. Chef de la majorité, il réplique, au cours d’une intervention télévisée en 1967, au « oui, mais » de Valéry Giscard d’Estaing et condamne sévèrement les dissidences qui voient le jour au sein du gaullisme [54]. En novembre 1967, il se charge enfin de réorganiser le parti aux Assises de Lille en transformant l’U.N.R. en Union des Démocrates pour la Ve République.
Ses interventions sur le petit écran sont l’occasion d’exposer les thèmes électoraux, de donner le ton de la campagne et, systématiquement, de déclencher l’offensive. Ainsi, lors des élections municipales de 1965, une causerie lui procure l’occasion d’un bref discours électoral, dans lequel il invite les Français à voter pour la Ve République [55]. Pour le deuxième tour des élections présidentielles, Georges Pompidou prend également en main la campagne du général de Gaulle. Il utilise alors les ressources nouvelles du marketing politique. Le 19 décembre 1965, le Général est réélu. Le Premier ministre apparaît en leader incontesté de la majorité. Pour tous, il est l’artisan de la victoire aux élections. Pourtant, fidèle à son personnage, il rappelle qu’il n’appartient à aucun parti politique [56].
Les Français ont donc progressivement « le sentiment qu’en dessous du géant qui les gouverne, il y a désormais, en seconde ligne, un mortel à qui ils peuvent s’identifier et qui partage leurs préoccupations » [57]. Georges Pompidou apparaît comme le successeur possible du général de Gaulle.
Le successeur
Cette prise de conscience suit toutefois une chronologie différenciée selon les milieux. Pour la presse, l’année 1964 marque véritablement le tournant. Deux événements en sont principalement à l’origine. En premier lieu, le 16 avril 1964, le Général est hospitalisé à l’hôpital Cochin pour une ablation de la prostate. Georges Pompidou assure alors l’intérim que lui a confié le Président. D’autre part, le 24 avril 1964, jour des questions orales à l’Assemblée, Georges Pompidou est pris à partie par François Mitterrand sur les articles de la Constitution qui décident des pouvoirs respectifs du Président de la République et du Premier ministre. Georges Pompidou réplique, faisant preuve de ses talents désormais acquis d’orateur. Il mérite alors, dans la presse française, le titre de dauphin [58]. Cependant, aucune confirmation ne vient officiellement de Matignon ou de l’Élysée. Pourtant, à partir de 1966, le changement dans le style des émissions suggère qu’il se prépare à cette éventualité, même s’il s’en défend [59]. Bien plus, à partir de cette date, il aborde dans ses interventions des domaines réservés jusqu’à là au seul Président de la République. C’est le cas de la politique étrangère dont il débat pour la première fois longuement en janvier 1967 [60] : il prend position sur les relations franco-soviétiques, sur la guerre du Viêt-Nam, sur la sécurité en Europe. D’autre part, il voyage plus souvent en province et à l’étranger. Le 11 juillet 1967, il est ainsi interrogé à la télévision au retour de son voyage officiel en U.R.S.S.
Pour les Français, il faut attendre le déclic de Mai 1968. Georges Pompidou bénéficie alors de la lassitude des Français en face de la politique du Général. Ce dernier apparaît âgé, alors que Georges Pompidou affiche un style politique et des projets neufs. Pendant cette crise, il prouve également qu’il a les moyens de sa politique. Il intervient plusieurs fois à la télévision pour tenter de désamorcer la crise et de renouer le dialogue [61]. Il prend en main la situation dès son retour d’Afghanistan, alors que le général de Gaulle semble en revanche perdre pied. Le point culminant de cette prise de conscience se situe le 29 mai. Pendant quelques heures, on ignore où se trouve le Président. Le chef du gouvernement apparaît donc seul au sommet de l’État et sa personnalité patiemment construite s’impose pour exercer la charge suprême. Georges Pompidou reconnaît d’ailleurs lui-même l’importance que lui ont donnée, à ce moment-là, événements et média [62]. Ainsi, lorsqu’il est remplacé par Maurice Couve de Murville au poste de Premier ministre en juin 1968, une majorité de la population est désormais persuadée que le général de Gaulle cherche ainsi à le mettre « en réserve de la République » [63].
Au total, l’analyse des interventions télévisées de G.Pompidou de 1962 à 1968 révèle l’importance acquise par la télévision dans la stratégie de communication du Premier ministre. Le petit écran a progressivement façonné sa stature de présidentiable, en contribuant à diffuser les conceptions politiques originales d’un homme nouveau, attentif à manifester simplicité, proximité et chaleur humaine.
L’importance de l’image dans la construction de cette personnalité publique est une dimension reconnue par ses proches. Nous en voulons pour preuve ce témoignage de Michel Jobert : « Ce qu’il a le plus réussi, me semble-t-il, n’est pas dans l’ordre concret, mais sur le plan des signes ou des attitudes. Il a été probablement, pour cette époque, la signification précise de l’orientation moderne de la France. Voilà qui est important » [64]. Liée au recours à des média nouveaux, l’orientation résolument modernisatrice de Georges Pompidou, destinée à marquer sa présidence, s’en trouvait incontestablement renforcée et légitimée dans l’opinion. Les émissions de ces six années ont donc imposé Pompidou comme celui qui a su le mieux incarner la réconciliation entre changement et continuité, qui préoccupe la France d’avant Mai 68. Homme de la transition, ce n’est donc pas un hasard si, au moment des « événements », il apparaît définitivement comme l’homme de la situation.
Pourtant, quelques années plus tard, la télévision montre le visage d’un homme malade. Loin toutefois de fragiliser sa position politique, la représentation de la mort devait être le dernier acte de l’expérience télévisuelle du chef d’État contemporain [65]. Ainsi, né à la politique par la télévision, Georges Pompidou, en faisant la preuve de la force du petit écran dans l’affirmation d’un homme politique et dans l’exercice du pouvoir, a-t-il contribué à lier plus fortement pouvoir et visibilité. En cela, la période de son gouvernement représente une étape importante dans le processus associant toujours plus étroitement média et politique.
 
NOTES
 
[1]Cf. le débat du 27 octobre 1985 opposant Laurent Fabius, alors Premier ministre, au chef de l’opposition Jacques Chirac. Au cours du face-à-face, traité par Jacques Chirac de « roquet », Laurent Fabius s’indigne : « Vous parlez au Premier ministre de la France ! ». L’opinion sanctionne ce faux pas. « Ce débat est la nouvelle “ référence de l’échec ” en la matière », Jérôme BOURDON, Haute-fidélité, Pouvoir et télévision, 1935-1994, Paris, Seuil, 1994, p. 310.
[2]Comme en témoigne cette bibliographie nécessairement sélective : René REMOND et Claude NEUSCHWANDER, « Télévision et comportement politique », Revue française de sciences politiques, t.13, juin 1963; J. G. BLUMER, R.CAYROL et G. THOVERON, La télévision fait-elle l’élection ?, Paris, Presses de la F.N.S.P., 1978; Jean-Pierre GUICHARD, De Gaulle et les mass média, l’image du Général, Paris, Éditions France-Empire, 1985; Mai 68 à l’O.R.T.F. Journée d’études de Comité d’histoire de la télévision, Paris, I.N.A.-La documentation française, 1987; « Télévision, spectacle, politique », Dossiers de l’audiovisuel, no 17, janvier 1988; Jérôme BOURDON, Histoire de la télévision sous de Gaulle, Paris, Anthropos-I.N.A., 1990; Id., Haute-fidélité, pouvoir et télévision, 1935-1994, Paris, Seuil, 1994; Jean-Noël JEANNENEY (dir.), L’écho du siècle. Dictionnaire historique de la radio et de la télévision en France, Paris, Hachette Littératures et Arte-La Cinquième, 1999; Marie-Françoise LEVY (dir.), La télévision dans la république. Les années 1950, Bruxelles, Complexe, 2000.
[3]Marc FERRO, Analyse des films, analyse de société, Paris, Hachette, 1976, et Cinéma et histoire, Paris, Gonthier, 1977; Pierre SORLIN, Sociologie du cinéma, Paris, Aubier, 1977.
[4]Ces archives nous ont été communiquées par la direction de l’I.N.A. durant le premier trimestre 1998. Elles ont fait l’objet d’un mémoire de maîtrise d’histoire, sous la direction de Gilles Le Béguec et d’Hélène Duccini : Les interventions télévisées de Georges Pompidou, 1962-1968, Université de Paris X-Nanterre, 1998.
[5]J. BOURDON, op. cit., p. 53.
[6]« Voici que la télévision s’offre à moi au moment même où l’innovation commence son foudroyant développement. Pour être présent partout, c’est là soudain un moyen sans égal » : Charles De GAULLE, Mémoires d’espoir, t. 2, Paris, Plon, 1971, p.301.
[7]La campagne pour les élections présidentielles de 1965 voit pour la première fois l’opposition politique accéder au débat télévisé.
[8]En février 1961, le Général avait chargé Georges Pompidou de renouer les négociations avec le gouvernement provisoire algérien. Il rencontre en Suisse des représentants du G.P.R.A.
[9]« Il y a une autre forme de dialogue que la démocratie moderne a rendue à la fois possible et nécessaire et qui est finalement la plus importante de toutes. Je veux parler de contacts directs entre les gouvernants et le peuple, non pas comme autrefois, fragmentaires par les réunions publiques et les banquets électoraux, mais par la télévision et la radio. [...] Il faut que radio et télévision soient utilisées non pour endoctriner, mais pour expliquer, pour faire comprendre les difficultés, répondre aux objections, montrer les différentes options possibles. Les moyens audiovisuels ont créé les conditions de démocratie directe et par là me paraissent devoir modifier le comportement des hommes d’Etat et jusqu’à leur caractère. Parlant sans intermédiaire au peuple [...], le petit écran ne tolère pas longtemps la dissimulation et cette nature n’est pas celle des politiciens traditionnels »: G.POMPIDOU, Le nœud gordien, Paris, Plon, 1974, p.51-52.
[10]G. POMPIDOU, op. cit., p.51-52.
[11]Ainsi, le 24 octobre 1962, il explique qu’il a fait des études de droit, le 16 septembre 1964, il rappelle ses origines terriennes et son expérience de professeur de lettres.
[12]Causerie du 1er août 1962 : « Eh bien... euh... (pause), ça ne va pas sans une certaine appréhension... ».
[13]Causerie du 1er août 1962.
[14]Causerie du 27 juillet 1965.
[15]Il est présent lors de neuf émissions sur les onze réalisées entre 1962 et 1965. Il est alors commentateur politique à l’O.R.T.F. et présentateur du journal télévisé, avant d’occuper la fonction d’adjoint au chef du service documentaire de la télévision jusqu’en 1968.
[16]Ce dernier avait su alors utiliser à son avantage la télévision, à la différence des autres candidats, novices face à cet outil de communication politique nouveau pour eux.
[17]Ce choix n’est pas systématique dans ses apparitions publiques : pour des reportages dans des magazines ou pour certaines émissions pendant la présidence de la République, pantalon de velours et pull-over sont privilégiés.
[18]Par exemple, lors de la causerie du 8 mars 1963, il parle de « remèdes de cheval » pour qualifier les mesures de lutte contre l’inflation.
[19]Ainsi, il compare par exemple les dissidents au sein de la majorité, allusion en demi-teinte à Valéry Giscard d’Estaing, à la pneumonie qu’il faut soigner par des antibiotiques, même si ce n’est pas très agréable, ajoute-t-il. Pierre Viansson-Ponté qui l’interroge, s’étonne alors de voir Georges Pompidou assimiler les dissidents à des bacilles et l’indiscipline à une maladie. Le Premier ministre répond en souriant : « Elle n’est pas très importante, on ne se gratte pas » (causerie du 20 janvier 1967).
[20]Le 1er août 1962, interrogé sur les impressions ressenties lors de son premier discours à l’Assemblée Nationale, il répond : « La question est un tout petit peu indiscrète puisqu’elle m’oblige à un aveu personnel. »
[21]A Roger Priouret qui l’interroge sur la télévision et sur le contrôle exercé par le pouvoir sur l’O.R.T.F, Georges Pompidou répond avec un large sourire : « Et vous avez l’impression que lorsqu’il y a eu le changement de République, vous avez vu la dictature s’installer à la télévision ? » (26septembre 1966).
[22]« C’était assez amusant de voir Monsieur Lecanuet prendre ses 80 députés, et puis cinq minutes après ils étaient 100, dix minutes après, ils étaient 150. Heureusement, le Face-à-Face s’est arrêté sans quoi le centre démocrate avait la majorité. C’était du meilleur théâtre. » (ibid.).
[23]Roland SADOUN, « Média et opinion sous la présidence de Charles de Gaulle », in Alain PLANTEY (dir.), De Gaulle et les média, Paris, Institut Charles de Gaulle, Plon, 1994.
[24]Ainsi explique-t-il le 8 mars 1963 ce qu’est l’inflation : « L’inflation est une maladie qui, au départ, est agréable. Tout le monde se sent plus riche [...] Mais le jour où l’on sent la souffrance, il est trop tard pour guérir, sauf par des remèdes que j’appellerai, si vous le permettez, des remèdes de cheval. »
[25]Pierre VIANSSON-PONTÉ, « Un banquier baudelairien à Matignon », Le Monde, 14 avril 1988.
[26]Causerie du 1er août 1962.
[27]Lors des causeries au coin du feu, le journaliste ou le Premier ministre rappelle la date du dernier entretien ou le temps écoulé depuis ce dernier. Le 8 mars 1963, par exemple, François de la Grange débute l’entretien en disant : « Et bien, Monsieur le Premier ministre, il s’est passé pas mal de choses depuis notre dernier entretien. Il y a eu le référendum, il y a eu les élections [...]. » Et Georges Pompidou lui répond : « En effet, il s’est passé mal de temps et je me réjouis de renouer avec cette petite tradition... »
[28]Le 27 juillet 1965, laissé libre de choisir un dernier sujet à aborder, Georges Pompidou conclut : « Écoutez, je n’en vois qu’un : les vacances. [...] Je souhaite à tous les Français et à vous-même de bonnes vacances et du soleil. Croyez bien que nul n’en désire plus que moi d’ailleurs. »
[29]Roger-Gérard SCHWARTZENBERG, L’État-Spectacle, Paris, Flammarion, 1977, p. 42.
[30]« On m’a reproché de ne penser qu’aux agriculteurs, peut-être à cause de mes origines terriennes » (causerie du 16 septembre 1964). Son père, Léon Pompidou, était un professeur d’espagnol renommé. Ses origines rurales remontent en fait à son grand-père paternel.
[31]Causerie du 8 mars 1965 : « En politique, c’est comme en rugby, la meilleure équipe n’est pas celle qui est en charge d’un meilleur ailier, d’un meilleur demi, d’un meilleur trois-quarts, c’est celle qui ne change pas [...]. »
[32]Causerie du 15 novembre 1963 : « Il est vrai que gouverner, c’est expédier comme on dit les affaires courantes. »
[33]Débat du 4 juillet 1966 : « Si réflexion veut dire réserve, méfiance, alors je ne suis pas un “ gaulliste réfléchi ”. Mais si cela veut dire que l’on est gaulliste, parce qu’ayant réfléchi, on approuve fondamentalement les idées, les données, la ligne définie par le général de Gaulle, alors je suis un gaulliste tout ce qu’il y a de plus réfléchi. »
[34]Sondages I.F.O.P., Sondages, 1967, no 4.
[35]71 % des sondés se déclarant d’accord avec le Premier ministre ne peuvent préciser sur quels points ils le sont. La proportion est la même pour ceux qui ne sont pas d’accord avec lui. Sondages I.F.O.P., Sondages, 1967, no 4.
[36]Alain CLAISSE, Le Premier ministre de la Ve République, Paris, L.G.D.J., 1970.
[37]Ceci est confirmé par un sondage du 7 mars 1963. Alors que le Premier ministre apparaît régulièrement à l’écran pour présenter son action gouvernementale, 64 % des Français interrogés estiment toujours qu’en matière de politique sociale, c’est le général de Gaulle qui a la plus grande responsabilité de décision. Sondage I.F.O.P., Sondages, 1964, no 4.
[38]« Mais tout cela est-il à la mesure de cette République qui se veut si fière ? Où est la dignité dans ce fatras de chansonnettes. [...] On veut faire de la politique de grandeur et on s’en explique à la façon des villageois », Philippe TESSON, Combat, 16 novembre 1963.
[39]En 1962 et 1963, tous les articles sans exceptions associent les interventions télévisées aux seuls termes « bonhomie » et « bonhomme ». En revanche, à partir de 1964, ces propos sont définis comme « fermes » et « incisifs ».
[40]P. VIANSSON-PONTÉ, « Reprise de l’argumentation officielle », Le Monde, 26 octobre 1962; Id., « Le premier discours électoral du général de Gaulle », Le Monde, 17 novembre 1963.
[41]Il apparaît dans les articles avec le titre de « principal collaborateur de De Gaulle », Le Monde, 11 mars 1965.
[42]P. VIANSSON-PONTÉ, Après de Gaulle, qui ?, Paris, Seuil, 1968.
[43]Causerie du 1er août 1962 : « Vous savez que je n’ai jamais été parlementaire et, par conséquent, cette première session était l’occasion pour moi d’aborder pour la première fois le Parlement, la tribune du Parlement et d’y monter pour la première fois. »
[44]Causerie du 24 octobre 1962 : « Voyez-vous, je ne suis pas un politicien de profession. »
[45]Causerie du 9 mars 1965 : « Notre seule politique c’est l’action ! »
[46]Arthur CONTE, Les Premiers ministres de la Ve République, Paris, Belfond, Le Pré aux Clercs, 1986.
[47]Causerie du 16 septembre 1964 : « Pendant les six premiers mois de l’année (l’indice des prix) a augmenté de plus de 2% et dans les six derniers, il n’a augmenté que de 0,84%. Entre juin 1957 et septembre 1958, l’indice du coût de la vie avait augmenté de plus de 19 %. »
[48]Causerie du 16 septembre 1964.
[49]Causerie du 12 septembre 1963 : « Les plus démunis, les retraités, les chômeurs sont les premiers touchés par l’inflation. »
[50]Stéphane RIALS, Les idées politiques du Président Georges Pompidou, Paris, PUF, 1977, p. 92.
[51]Causerie du 27 juillet 1965.
[52]Causerie du 9 mars 1965 : « Il faut aménager le territoire, il faut fortifier les régions même les plus prospères, il faut donner à la France des autoroutes, des voies navigables [...]. Il faut réformer l’enseignement, le décentraliser, le démocratiser, il faut accentuer l’effort de la recherche scientifique. Et il faut faire tout cela, songez-y bien, avec une monnaie stable, un budget en équilibre et en assurant une hausse régulière du revenu national [...]. »
[53]Causerie du 9 mars 1965 : « On ne construit pas sur la division, on ne construit que sur l’union. »
[54]Entretien du 20 janvier 1967 : « Dans “ oui, mais... ”, en tout cas, il y a oui. C’est déjà quelque chose. En politique, le but n’est pas de donner des places à un certain nombre. Le but, c’est de définir une politique, de la faire approuver par le pays et de l’appliquer au gouvernement. [...] J’irais plus loin : gouverner, c’est l’art d’éliminer les mais. »
[55]Causerie du 9 mars 1965 : « Je dirais que pour moi en tout cas, la première chose qui caractérise l’esprit de la Ve République, le point fondamental, c’est d’éliminer à tous les échelons de la gestion publique, le régime des partis. [...] Le second c’est l’esprit de rénovation [...]. Je fais le vœu que chaque ville de France puisse marcher au même rythme que l’État. »
[56]Entretien du 4 juillet 1966 : « Je ne fais pas partie de l’U.N.R. »
[57]Éric ROUSSEL, Georges Pompidou, 1911-1974, Paris, Lattès, 1994, p. 102.
[58]Un article est révélateur. Jean FERNIOT, « Le testament politique du général de Gaulle », L’Express, 21 septembre 1964 : « Ayant choisi M. Georges Pompidou comme successeur, le Général a décidé, il y a environ cinq mois, d’habituer les Français à cette idée. »
[59]Causerie du 5 novembre 1964 : « J’ai le bonheur d’avoir mon père et je ne me suis encore jamais posé la question de sa succession. Il en va de même en politique. La succession du général de Gaulle n’est pas ouverte et ne le sera probablement pas de sitôt. »
[60]Débat du 20 janvier 1967 : « La base de notre politique étrangère est l’indépendance. Nous voulons pouvoir déterminer notre politique et essayer d’atteindre nos objectifs qui sont : la paix, le rapprochement et les bonnes relations avec tous les peuples. L’indépendance, c’est le mot clé. »
[61]Les 11,24 et 28 mai 1968.
[62]« En 1968, la radio et la télévision avaient joué leur rôle, le prestige du Général à la tête de l’État était atteint. De même qu’elles avaient amplifié la crise et parfois contribué à créer ou à aggraver l’émeute, elles m’avaient mis en vedette. Pour la masse, c’est moi qui avais tenu », G.POMPI-DOU, Pour rétablir une vérité, Paris, Flammarion, 1982, p.202.
[63]Sondage I.F.O.P., Sondages, 1969, no 1.
[64]Michel JOBERT, Ni Dieu ni diable, Paris, Albin Michel, 1993, p.193.
[65]Jacques JULLIARD (dir.), La mort du roi. Essai d’ethnographie politique comparée, Paris, Gallimard, 1999.
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Cf. le débat du 27 octobre 1985 opposant Laurent Fabius, al...
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J. BOURDON, op. cit., p. 53. Suite de la note...
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