2001
Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine
France/États-Unis : les enjeux politiques de la culture
Diplomatie culturelle et propagande françaises aux États-Unis pendant le premier vingtième siècle
Alain Dubosclard
Alain DUBOSCLARD Doctorant à l’Université Paris-I,
Alain DUBOSCLARD
Diplomatie culturelle et propagande françaises aux États-Unis
dans la première moitié du XXe siècle
Propagande et action culturelle sont deux
termes utilisés parfois de manière interchan~geables. À travers l’action d’influence de la
France aux États-Unis dans la première moitié
du XXe siècle, nous tenterons de déterminer si
la propagande et l’action culturelle sont un
objet unique dont la dénomination ne varierait
qu’en fonction du public auquel on s’adresse,
de l’enjeu, des circonstances, ou bien au
contraire deux actions de nature distincte, par~ticipant certes toutes deux à la défense des inté~rêts français, mais utilisant pour y parvenir des
chemins singuliers. En analysant les moyens
d’action et les réalisations de la diplomatie fran~çaise aux États-Unis, sa manière de s’appuyer
sur la culture pour atteindre des objectifs de
tous ordres (politique, commercial, touris~tique... ), nous entendons aussi montrer, d’une
part l’importance du récepteur (en l’occurence
le milieu américain), condition sine qua non du
succès de toute entreprise d’influence, et
d’autre part, la complexité des réseaux, français
ou américains, institutionnels ou privés, ainsi
que l’extraordinaire diversité des acteurs. Ceux-ci jouent d’ailleurs un double rôle d’agents et
de «passeurs culturels» participant ainsi à la
toile diplomatique, aidant le gouvernement
français à atteindre ses buts, en même temps
qu’ils sont les vecteurs des relations culturelles
franco-américaines.
Propaganda and cultural diplomacy are
sometimes used to mean the same thing.
Through French efforts to influence the United
States during the first part of the XXth cen~tury, we’ll attempt to determine if propaganda
and cultural diplomacy are a unique object
whose designation may vary depending on the
audience, aims and circumstances or if they are,
on the contrary, two distinct actions separated
by nature, that would both benefit French inter~ests, but using two distinct means of achieve~ment. In analysing the influence and
achievements of French diplomacy in the
United States, its cultural character favorable to
reach all kinds of political, commercial or tou~ristic aims, we would like to point out first the
importance of the «receiver» (meaning in this
case the american society), a sine qua non condi~tion for success in any effort of foreign
influence; second the deep complexity of
various networks, both American and French,
public and private and the enormous diversity
of cultural actors. Moreover, these agents play
a double function of agents belonging to the
diplomatic web, and cultural links as vectors of
American-French cultural relations.
L’homme d’affaires new-yorkais Victor Morawetz écrivait en 1932 dans
ses Suggestions relatives à la propagande française aux États-Unis:
« Dans les démocraties modernes telles que les États-Unis, la France ou l’Angleterre, le
gouvernement est en grande partie contrôlé par l’opinion publique. (… ) Un gouvernement
ne peut plus conclure ou exécuter des traités d’alliance; il ne peut plus venir au secours d’un
autre pays en cas de guerre s’il n’a pour lui l’opinion publique. Faire naître, et conserver
ensuite, l’opinion publique favorable d’autres nations est donc une partie essentielle de la
politique d’État contemporaine » [1].
Or, une telle entreprise s’apparente à un jeu de patience; l’influence d’un
État sur un autre est d’autant plus efficace qu’elle s’inscrit dans la durée, toujours présente, sans jamais brusquer les esprits ni violer les consciences.
L’action culturelle s’inscrit justement dans le temps long; elle possède une
large autonomie vis-à-vis des décisions politiques quotidiennes de la chancellerie (aussi bien de par ses structures que de par son fonctionnement) et offre
des occasions multiples de rappeler ici le rang de la France, là sa lecture des
événements, ou encore, au besoin, de faire appel aux héros mythifiés de l’histoire des relations franco-américaines. De plus, la politique culturelle de la
France est incitative, rarement chargée de produire un événement culturel de
A à Z; c’est plutôt une politique d’accompagnement culturel, de coordination
et de partenariat, une action de relations publiques aussi, qui comporte une
part de mondanités, rappelant que la « diplomatie de salons » du siècle dernier
perdure. L’autonomie de l’action culturelle extérieure est grande; la Direction
politique du Quai d’Orsay le regrette parfois.
L’objet du présent article est de montrer la place de choix de la culture
française aux États-Unis au XXe siècle et, par suite, comment celle-ci fut un
levier d’influence de la diplomatie et une alternative à une propagande plus
conventionnelle.
LA CULTURE AU CŒUR DE LA DIPLOMATIE FRANÇAISE
Si l’efficacité d’un réseau diplomatique s’estime à sa capacité à regrouper
autour de l’État qu’il sert des amis étrangers, qui lui apporteront soutien et
assistance en cas de besoin, nul doute que la France connaît un certain succès.
Elle a tissé depuis plusieurs siècles des liens d’amitié qui ne répondent pas seulement à l’appel de l’intérêt; elle a su fédérer durablement bien des énergies
amies chez ses proches et ses lointains. Notre but ici est de montrer que c’est
en partie à sa diplomatie culturelle qu’elle le doit.
Racines historiques, raisons pratiques
L’ancienneté du réseau diplomatique a permis de tisser des liens d’amitié
séculaires avec certains États ou certaines communautés nationales, et en
même temps de densifier ce tissu de relations. À ce réseau matriciel euroméditerranéen puis mondial se sont rattachés, dès la fin du XIXe siècle, de
nombreux établissements culturels ou d’enseignement, indépendants, autonomes ou, au contraire, assujettis au Quai d’Orsay. Conséquence de l’expansion coloniale aussi bien que d’une production intellectuelle brillante, une
partie des élites du monde est venue étudier à Paris dans la première moitié du
siècle, et l’influence française reste encore grande dans l’entre-deux-guerres.
La France a aussi, par l’enseignement du français, fidélisé des membres des
élites apatrides, juifs, écrivains ou artistes iconoclastes, ou hommes politiques,
de Hô Chi Minh à Léon Trotsky.
De Paul Claudel à Claude Lévi-Strauss, Édouard Morot-Sir ou Romain
Gary
[2], de nombreux hommes de lettres ont conduit la politique culturelle de la
France aux États-Unis au XX
e siècle. Sans doute la valeur et le rayonnement
personnel de ces diplomates un peu particuliers ont-ils encore ajouté au brio
de l’action culturelle extérieure.
Surtout, la France s’est très tôt préoccupée de son influence culturelle
extérieure, en intégrant l’action culturelle à sa politique étrangère
[3]. Aux États-Unis par exemple, la France a dès les premières années du siècle commencé de
tisser sa toile culturelle, s’appuyant sur les
chapters
[4] de l’Alliance Française, sur
les consulats et les agents consulaires ainsi que sur les diverses associations
franco-américaines, dont la plus connue,
France-Amérique, est née en 1909.
C’est pourtant la Première Guerre mondiale qui fait des États-Unis un objectif prioritaire de diplomatie culturelle : la noria des missionnaires et conférenciers s’accélère, civils et militaires prêchent la bonne parole; l’exposition de
San Francisco en 1915 sert la propagande de guerre; la troupe du Vieux-Colombier s’installe à demeure à New York; le chef d’orchestre français Pierre
Monteux entraîne les Ballets de Diaghilev dans une tournée américaine en
1916-1917, avant de conduire le New York Symphony Orchestra de 1917 à
1919; enfin, les films documentaires et les photographies du service cinématographique des Armées servent à gagner l’opinion américaine à la cause française. Le tout est orchestré par le Haut-Commissariat français à New York et
par l’ambassade.
Cette action culturelle, dont nulle étude n’a jamais mesuré précisément l’efficacité, devient après la guerre l’outil indispensable d’une diplomatie apaisée
qui préfère convaincre ses interlocuteurs américains plutôt que d’exercer sur
eux une pression à courte vue. Dans le domaine culturel, la France jouit justement vers 1920 d’une influence considérable, sur laquelle elle peut s’appuyer.
La passion américaine pour la culture française du premier XXe siècle
La culture française a longtemps bénéficié aux États-Unis, et bénéficie
encore, de l’engouement d’une élite cultivée. Les nombreuses collections de
tableaux de maîtres témoignent d’ailleurs de la perspicacité de ces richissimes
esthètes américains, banquiers ou industriels au goût raffiné et sûr qui, dès les
premières années du siècle, ont nourri pour l’art en général, et pour l’art français en particulier, une passion entretenue par un régime fiscal très favorable
au mécénat culturel. Albert C. Barnes l’illustre parfaitement
[5]. D’autres noms
viennent à l’esprit : les collections de Lila Acheson Wallace, Justin
Thannhauser, Louisine et Harry Havemeyer, Henry Clay Frick (New York),
William et Henry Walters (Baltimore), de Menil (Texas), Spreckels
(Californie), Maurice Wertheim (Boston), Duncan Phillips et Paul Mellon
(Washington), Mrs. Potter Palmer (Chicago)… Rappellons aussi les dons
munificents de John D. Rockefeller J.-R. en faveur de la restauration de
Versailles ou de la cathédrale de Reims, dons qui montrent l’enjeu politique et
social que représente aux États-Unis l’attachement à la culture du vieux continent
[6].
L’influence de la culture française dépasse de beaucoup les seules collections privées. Des artistes, des architectes américains se sont formés à
l’École des Beaux-Arts de Paris dans la première moitié du siècle : Welles
Bosworth, Whitney Warren, Arthur Brown, parmi d’autres. Rappelons encore
l’influence de la rive gauche sur les écrivains et les mécènes américains;
Faulkner, Hemingway et autre Peggy Guggenheim sont venus s’installer à
Paris temporairement ou à demeure
[7].
De leur côté, beaucoup d’intellectuels français sont allés affronter le public
et les médias d’outre-Atlantique
[8]. Ces missionnaires parlaient au nom de la
France et étaient présentés comme la quintessence d’une pensée supposée
française. Ces conférenciers, dédaigneux, voire quelquefois méprisants, pour
cette nation présumée sans histoire et sans culture, étaient malgré tout ébahis
ou conquis selon les cas et les présupposés idéologiques, par la puissance et la
vitalité du pays. Tous ont fait le chemin vers ce nouveau monde dont on a dit
très tôt qu’il façonnerait le siècle. On ne saurait toutefois se méprendre sur la
signification de ces voyages : Émile Boutroux ou Ferdinand Buisson, Cyrille
Arnavon ou Julien Benda, vont en Amérique sûrs d’eux-mêmes et du message
de supériorité culturelle qu’ils portent à l’Amérique.
Quoi qu’il en soit, les diplomates ont tôt fait de comprendre tout l’intérêt
qu’il y avait à s’allier ces Américains, juifs pour la plupart, pétris de culture européenne, compréhensifs à l’égard de la France sur les questions internationales et
désireux d’aider au resserrement des relations franco-américaines.
Les acteurs culturels
L’action culturelle de la France aux États-Unis implique plusieurs catégories d’acteurs : diplomates, agents consulaires locaux, enseignants français
d’une part, intermédiaires et diffuseurs américains (imprésarios, réseaux de
distribution divers… ), personnalités locales relais, parrains de la programmation culturelle d’autre part; enfin les artistes, écrivains ou autres vecteurs de la
culture française aux États-Unis, l’Association Française d’Expansion et d’Échanges Artistiques (ancêtre de l’A.F.A.A.) par exemple. Les services culturels
n’apparaissent dans les ambassades qu’à la naissance de la Direction Générale
des Relations Culturelles en 1945. Encore n’y a-t-il jamais eu de formation
spécifique pour ces agents qui proviennent pour la majorité d’entre eux du
vivier de l’Éducation Nationale
[9]. Certains sont des diplomates de carrière,
d’autres ne font que passer aux Affaires étrangères. Avant 1940, ce sont les
consuls qui assument une tâche étendue, d’information, de contacts étroits
avec les institutions culturelles ou d’éducation locales, de relations mondaines
et d’action dans tous les domaines (livre, cinéma, théâtre, arts du spectacle,
peinture, musique, conférences… ). Ils sont chargés par ailleurs de la fonction
consulaire proprement dite, tournée vers la communauté française du lieu. En
l’espèce, le consul de France à New York joue un rôle primordial dans l’action
diplomatique de la France avant 1940 puisqu’il est le plus haut représentant
français sur place
[10].
Jean Baillou, directeur de l’enseignement, des missions scientifiques et
des œuvres à l’étranger après 1945 et directeur-adjoint de la D.G.R.C. à
partir de 1953, rappelle qu’en 1914, la France compte seulement dix ambassades (dont celle des États-Unis), 33 légations, 32 consulats généraux (à New
York et San Francisco), 75 consulats (Boston, la Nouvelle-Orléans, Chicago)
et 656 agences consulaires; en 1939 : seize ambassades, 38 légations, 28
consulats généraux, 123 consulats (dont six aux États-Unis) et 574 agences
consulaires
[11]. Sans être négligeable, le réseau de représentation français aux
États-Unis est donc très lâche. C’est pourquoi il est d’autant plus nécessaire
d’utiliser les services d’intermédiaires ou de réseaux culturels américains déjà
constitués pour affirmer l’action de la France.
Dans un pays-continent comme les États-Unis, chaque État étranger qui
s’essaie à mener une action culturelle digne de ce nom se heurte inévitablement au problème des distances et à celui des coûts. La modestie des moyens
qui caractérise toujours ce type d’action oblige à mettre sur pied des événements culturels en partenariat avec des institutions (
National Endowment for
the Arts ou
National Endowment for the Humanities, Smithonian Institution,
musées privés tels le
Metropolitan Museum of Art new-yorkais, l’
Art Institute de
Chicago ou des fondations privées, Blumenthal, Rockefeller, Gould, etc)
[12].
S’il est aujourd’hui possible d’utiliser les réseaux culturels existants (festivals annuels de cinéma de New York au
Lincoln Center, de San Francisco ou
de Houston, festival franco-hispanique de Miami, etc), cela est plus délicat
pendant l’entre-deux-guerres, car il n’existe pas de manifestations de cette
importance. C’est pourquoi l’organisation des tournées d’artistes est confiée
à un ou plusieurs imprésarios qui couvrent tout ou partie du pays, garantissant un certain nombre de spectacles à l’avance et faisant bénéficier la troupe
ou l’artiste de son réseau d’information et de publicité. Ainsi, dès les années
1930, les Français choisissent de s’associer à l’un des plus prestigieux imprésarios de New York, Solomon Hurok
[13]. Nicolas Koudriavtzeff joue un rôle
semblable au Canada. Pour des raisons financières, les tournées courent le
plus souvent du Canada aux États-Unis ou réciproquement, car les artistes
français sont presque certains de trouver sur la rive nord des Grands Lacs un
public qui assure une partie de la recette, ce qui n’est pas toujours le cas aux
États-Unis. L’imprésario apporte sa compétence en matière de choix des
salles de spectacle, de transport du matériel et de conseil sur le choix des
pièces.
L’action en faveur du cinéma français se heurte au même problème de
distribution. Nonobstant la création tardive d’un Centre de la cinématographie française à New York en 1938, le problème crucial de la distribution ne
sera jamais résolu de manière satisfaisante. Pourtant, le Centre de la cinématographie française, constitué en société américaine, était une première tentative de réponse. Il visait deux objectifs : l’exploitation commerciale de films
grand public (location, vente, cession de droits) et la diffusion de films documentaires
[14]. La percée du marché du film américain fut un échec.
Compte tenu de la faiblesse de leurs moyens et de l’immensité du pays,
les services diplomatiques ne peuvent donc se passer d’intermédiaires, même
si cela complique singulièrement leur action, car les objectifs politiques des
uns sont souvent très éloignés des objectifs commerciaux des autres. Quoi
qu’il en soit, le succès repose finalement sur les épaules des artistes et conférenciers qui viennent en tournée aux États-Unis.
Dès 1922, l’A.F.E.E.A. (devenue l’Association Française d’Action
Artistique en 1936) agit comme une agence prestataire de services des deux
ministères très impliqués dans l’action culturelle extérieure : les Beaux-Arts et
les Affaires étrangères
[15]. Certaines tournées d’artistes ou expositions proviennent donc entièrement de cette agence. C’est le cas par exemple de la venue
sur la côte Est en 1924 de la troupe du théâtre de l’Odéon dont le directeur,
Firmin Gémier, fut aussi le fondateur du premier
Théâtre national populaire
[16]; ou de celle du jeune violoniste Miquel Candéla ( 13 ans). Celui-ci, après
avoir obtenu le Premier Prix du conservatoire de Paris en 1927, se produit à
New York et Philadelphie. Ses dix concerts sont coproduits par l’A.F.E.E.A. et
par un imprésario new-yorkais. Il en va de même des tournées de la violoncelliste Madeleine Monnier à la fin des années 1920 et au début des années
1930; de même pour la pianiste Lucie Caffaret (printemps 1927), pour le
Théâtre des Quatre Saisons dirigé par André Barsacq (fin 1937), pour la venue
de Nadia Boulanger et de Robert Casadesus ( 1938-1939).
Les ensembles nationaux à forte connotation symbolique (Orchestre de la
Garde Républicaine, Comédie-Française) sont également utilisés, mais le coût
et les difficultés pratiques font échouer bien des projets. Ainsi, la tournée de la
Garde Républicaine prévue en 1925 est repoussée à 1928, puis à 1932 avant
d’être finalement annulée
[17].
L’ambassade cautionne et/ou subventionne aussi des tournées privées.
Ainsi, la tournée de la Manécanterie des Petits Chanteurs à la Croix de Bois
aux États-Unis et au Canada en septembre-octobre 1931 reçoit le patronage
officiel du Quai d’Orsay et le soutien de Robert Brussel, le directeur de
l’A.F.E.A. Quant aux expositions d’art, le French Institute, les Alliances ou la
Gallery for French Art Inc. supervisée par Therese Bonney et ouverte au
Rockefeller Center, offrent des espaces permanents d’exposition à New York.
À elle seule, « l’action par la parole » pourrait constituer un objet d’étude
approfondie. Il convient de distinguer plusieurs types de réseaux et de conférenciers dont le statut et la fonction diffèrent sensiblement. Il existe dans
l’entre-deux-guerres deux réseaux de conférenciers : d’une part, celui des
Alliances Françaises (qui représentent trois cents points d’ancrage culturels
aux États-Unis dans les années 1930), des associations franco-américaines
affiliées ou non à la Fédération des Alliances (clubs féminins, groupements
professionnels), et le réseau des Universités et colleges (une centaine sur les
1600 existant à cette époque). À cela, s’ajoutent des réseaux américains de
conférences comme la Foreign Policy Association et la League of Nations Union,
qui comptent chacune de nombreux comités locaux répartis dans tous les
États. Les conférenciers empruntent par conséquent des itinéraires balisés qui
maillent autant que faire se peut le territoire américain, l’Ouest demeurant
malgré tout le parent pauvre. Ils arrivent après accord de l’Alliance Française
de Paris et souvent avec l’approbation du ministère des Affaires étrangères.
L’Office national des Universités et écoles françaises (créé en 1910) et
l’Institut de France sont des pourvoyeurs privilégiés de conférenciers
[18]. Il est
parfois demandé à des personnalités en voyage privé de bien vouloir sacrifier à
cet exercice si prisé aux États-Unis qu’est le discours public. Sont employés
aussi les professeurs français des Universités américaines. Parmi eux : André
Morize de
Middelbury College, Louis Cons de Harvard, Albert Feuillerat de
Yale ou Gilbert Chinard de Princeton.
Cependant, des obstacles empêchent de bâtir une action cohérente de
propagande par la parole. Tous les orateurs ne sont pas capables d’affronter le
public en anglais; et lorsqu’ils le peuvent, encore faut-il qu’ils s’engagent un
semestre à l’avance, comme il est de coutume aux États-Unis, pour une ou
plusieurs conférences. Il n’a jamais existé non plus de coordination dans la
programmation des tournées de conférences. En la matière, l’Alliance
Française et le
French Institute se sont même comportés, à New York, en frères
ennemis, les services consulaires restant isolés. Malgré tout, les résultats ne
sont pas négligeables. De 1922 à 1939, le seul établissement du
French Institute
à New York a proposé près de 300 conférences
[19]. À raison d’une quinzaine de
conférences entre octobre et avril, on mesure l’impact qu’une action coordonnée aurait pu avoir. Reste à examiner dans quelle mesure il est judicieux de
mener une action de propagande aux États-Unis.
DE L’ART DE LA PROPAGANDE DANS L’ENTRE-DEUX -GUERRES
Dans La Belle Illusion, Pascal Ory fait remarquer que la France de l’entre-deux-guerres ne connut qu’un seul ministère de la propagande (au sein du
second gouvernement Blum), et encore son existence fut-elle brève.
Cependant, le sujet n’a cessé d’occuper les esprits depuis 1918
[20].
« Réorganisons la propagande française en Amérique. Elle a complètement
disparu depuis l’armistice », peut-on lire sous la plume de Georges Berthoulat,
«(… ) l’après-guerre demande plus d’efforts encore que la guerre elle-même.
Et nulle part comme aux États-Unis il importe que nos intérêts soient bien
défendus »
[21].
S’il est peu probable que la propagande française ait tout à fait disparu
après guerre, la lecture des archives de l’ambassade de France à Washington
montre clairement une différence de point de vue entre le Quai d’Orsay et son
représentant sur place, concernant l’action à mener. Jusqu’au milieu des
années 1930, Jusserand puis Claudel, résistant aux critiques et aux pressions,
ne sont pas partisans d’une propagande active, arguant du fait que certains
Américains défendent mieux la France que ne sauraient le faire des services
patentés
[22]. Toute l’action culturelle de l’ambassade consiste à entretenir et à
développer un réseau d’amis, à le tenir parfaitement informé, à l’influencer
par conséquent en lui laissant toutefois sa liberté de jugement : « amener ces
amis à s’exprimer spontanément », telle est la devise de la Direction des
Affaires politiques du ministère. Un William Guthrie, président de la société
France-America, un Whitney Warren, architecte de renom, un Piatt Andrew,
sénateur, un Charles Downer, professeur d’Université, ont fait beaucoup
pour la France ainsi.
Tout le travail d’influence consiste à initier « en amont » des cris du cœur
qui doivent intervenir au moment voulu. Les occasions sont nombreuses :
avant avril 1917, il s’agit de prouver à l’Amérique que le combat de la France
est celui de la liberté et de la justice;à partir des années 1920, il importe de
faire accepter la position de la France sur le problème des dettes de guerre et
de développer le marché de l’art français aux États-Unis. Au milieu des
années 1930, il devient de plus en plus impératif de contrer l’influence grandissante des États fascistes, de lutter contre l’isolationnisme américain. Et
pour la première fois, on s’intéresse aux retombées financières du tourisme
[23]. Mais s’il semble nécessaire de mener une action d’influence, encore
faut-il s’entendre sur ce que recouvre pour les diplomates en fonction le mot
« propagande »
Ce serait d’abord une action ne disant pas son nom, discrète, parfois
secrète, toujours indirecte, dont l’objectif est de défendre par les moyens les
plus divers les intérêts de la France. Parce que ces moyens sont divers, il
n’existe pas de source unique de financement et peu de moyens de « faire les
comptes ». La propagande joue principalement sa partition sur trois
registres : le renseignement
[24], l’image de la France et des Français, la publicité à des fins commerciales et touristiques.
Pour Jean-Jules Jusserand, « la propagande est l’art d’influencer l’opinion
publique en faveur ou au détriment de telle ou telle institution. Les conférences,
les entrevues, les brochures, les lettres aux journaux, les discours, tout ce qui
peut agir sur les sens des gens à influencer y servent »; encore faut-il agir à bon
escient
[25]. Ainsi, à l’occasion de la publication du livre de John Maynard Keynes,
The Economic Consequences of the Peace ( 1919), ouvrage jugé néfaste puisqu’il
laisse dans l’esprit du lecteur « une impression de rapace, une impitoyable et
obtuse férocité de la part des Alliés, et de martyre sans précédent (… ) imposé à
la nation allemande », l’ambassadeur préfère laisser réagir les intellectuels américains plutôt que d’intervenir directement. De fait, le professeur Charles
H. Haskins, de Harvard, publie « Les quatorze points ne devraient pas favoriser
l’Allemagne seule » (
New York Evening Post, 11 février 1920) tandis que son collègue de Columbia, Charles D. Hazen, écrit de son côté: « Fautes et faiblesses
de l’attaque de M. Keynes sur le traité» (
New York Times, 29 février 1920), deux
articles qui argumentent le point de vue français
[26]. Ainsi l’ambassadeur peut-il
démontrer au ministre que la réplique peut être efficace même si elle n’est pas
commanditée. Mais est-ce toujours le cas
[27] ?
À Paris d’ailleurs, on est convaincu que renseignement et propagande
sont plus que jamais utiles, l’expérience de la guerre l’a prouvé; il faut aller
plus loin dans l’art d’influencer l’Amérique. La création de la Maison de la
presse au sein du ministère des Affaires étrangères sous l’impulsion de
Philippe Berthelot précède donc de quelques années seulement celle du
Bureau français de renseignements à New York. La question est plutôt :
comment s’y prendre aux États-Unis ?
Le Bureau français de renseignements, 1922-1925
Le Bureau est confié à Gaston Liébert, ancien consul de France, ce qui
peut paraître surprenant, compte tenu de la fonction très officielle que celui-ci vient d’assumer pendant six ans, et vue la nécessité affirmée précédemment d’une certaine discrétion. La décision a été prise par Jean Giraudoux,
lui-même convaincu de l’importance d’une action de propagande aux États-Unis par l’abbé Dimnet, qu’il a rencontré le 6 décembre 1922, après que
celui-ci lui a remis un plan d’action
[28]. Ernest Dimnet est professeur agrégé
d’anglais au collège Stanislas à Paris, corrrespondant de la
Yale University
Press et de plusieurs revues américaines comme l’
Atlantic ou la
North
American Review. Il propose de faire, non de la propagande, mais de la publicité en faveur de la France, par l’intermédiaire d’un bureau de presse installé
à New York et dont les frais seraient couverts par les cotisations d’une société,
l’
American Society of Friends of Truth and France, possédant des comités un
peu partout aux États-Unis
[29]. Il assure les autorités françaises du soutien de
nombreuses personnalités américaines de premier plan avec lesquelles il
entretient des relations personnelles : E. Root à New York, l’amiral Sims à
Boston, le général Ch. Dawes à Chicago, le sénateur Reed à Philadelphie,
entre autres. Dès le mois de juin 1923, le Bureau installé au nº 598 de
Madison avenue tire un bulletin hebdomadaire en anglais, intitulé
Facts,
Figures and Weekly News, qui est envoyé à 600 journaux (sur 22000 recensés
à cette date), grandes sociétés ou banques qui publient elles-mêmes des
revues
[30]. Faits et chiffres actualisés offrent aux journalistes américains tout ce
qui leur est nécessaire pour nourrir leurs articles. L’année suivante, le Bureau
publie une revue,
French Colonial Digest, toujours en anglais, afin d’expliquer
la « mission civilisatrice de la France »
[31].
Pourtant, l’existence éphémère de ce Bureau ( 1922-1925) montre son
échec
[32]. La même année ( 1922), la Grande-Bretagne met sur pied l’
English
Speaking Union, une association de propagande qui obtiendra un certain succès
dans l’entre-deux-guerres, tandis que l’Allemagne établit un bureau officiel de
renseignements sur la Cinquième avenue en 1925. La Suède, la Suisse, l’Italie et
la Belgique possèdent à cette date des « bureaux d’information et de tourisme à
New York »
[33]. La Russie soviétique, elle, choisit de louer les services exclusifs
d’une agence de publicité amie, chargée de vendre la révolution en Amérique.
Quant aux États-Unis, c’est également en 1925 qu’ils projettent la création d’un
Bureau d’information à Paris, dirigé par M. Douglas Robinson, pour « faciliter
les relations entre les hommes éminents de ces deux pays »
[34].
Côté français, on en vient à penser que c’est plutôt à Paris que doit
s’élaborer la propagande destinée aux États-Unis. Tel est bien l’avis de Therese
Bonney, qui ouvre en 1932, sous l’œil bienveillant et complice du ministère des
Affaires étrangères, un service de documentation photographique (le premier
créé en Europe à cette date) destiné à la presse américaine et mondiale
[35]. C’est
également l’opinion d’Elmer Robert, directeur de l’
Associated Press à Paris, qui
suggère qu’avant de vouloir fonder des organes nouveaux de propagande, on
utilise ceux qui existent :
« Il y a à Paris quarante correspondants de journaux américains dont le seul but d’existence est de renseigner l’Amérique sur les choses de France. S’ils ne le font pas toujours
d’une façon satisfaisante, c’est que vous [le ministère des Affaires étrangères] ne les recevez
pas. (… ) Ce n’est pas une question de sentiment, c’est une question d’argent. Tous ces gens
(journalistes, consuls, Alliances, boursiers, associations, banques et compagnies de tourisme… ) ont un intérêt vital à propager les nouvelles de France ».
Ce qui manque, ajoute-t-il en substance, c’est une direction, un « organe
propulseur » chargé de fournir la matière officielle d’information, constamment mise à jour et prête à l’emploi, aux journalistes et à tous ceux qui possèdent un intérêt et un besoin de ce matériau. L’idée fera son chemin
[36].
En attendant, l’échec du Bureau de renseignements en 1925 marque un
coup d’arrêt temporaire aux velléités des propagandistes parisiens. Claudel
peut donc reprendre à son compte la politique chère à Jusserand, celle des
réseaux d’amis agissants. Pourtant, l’exacerbation des tensions en Europe et la
crainte de la guerre relancent le débat.
Une seconde tentative : le French Information Office ( 1935)
C’est en 1932, sous la présidence du Conseil d’André Tardieu, que le
débat ressurgit. Le rapport de mission de Raymond Schlemmer sur « La
France et l’opinion américaine » prône un effort plus soutenu. Constatant que
le sentiment antifrançais est virulent
[37], l’auteur dudit rapport y voit la marque
de la propagande allemande, italienne et anglaise qui aurait « retourné l’opinion publique américaine en moins de dix ans » et dénonce « les efforts spasmodiques de propagande française comparés à l’efficacité [supposée plus que
prouvée] des services de renseignement allemands sur la presse américaine »
[38].
La politique Jusserand est ouvertement remise en cause (c’est d’autant plus
facile que celui-ci est mort en juillet 1931). Pierre Constant, dans
Paris-Midi
attaque : « Si la France est peu connue en Amérique, à qui la faute ?»
( 28 décembre 1932), tandis que
L’intransigeant annonce déjà la création d’un
nouveau service de propagande français aux États-Unis ( 31 décembre 1932).
Tant de bruit pour une action supposée discrète !
Pour la seconde fois, le projet avorte et, lorsqu’à la fin de 1934 le
Parlement vote des crédits exceptionnels pour l’action extérieure, l’ambassadeur de Laboulaye ne peut que constater les dégats : « L’approbation donnée
ces jours derniers par la commission des Affaires étrangères de la Chambre à
la présentation d’une demande de crédits de 75 millions de francs pour “permettre à la France de se faire mieux connaître à l’étranger” a été largement
signalée par la presse américaine et taxée de propagande par plusieurs journaux »
[39]. Les fuites dans la presse et l’opposition de Claudel ont donc
repoussé de quelques années la naissance du Bureau d’information. Mais, au
fil des mois, les voix qui soutiennent une intervention minimale (celle de
Maurice Léon, notamment) se font plus rares; les tenants d’une action plus
soutenue l’emportent. Le
French Information Center, nom du nouvel organe
de renseignements français, dépose ses statuts en 1935, ouvrant simultanément à Paris et à New York des bureaux dirigés respectivement par André
Vuillet et Robert Valeur. Une association présidée par le Maréchal Pétain est
constituée afin de récolter des fonds. Bref, le schéma de 1922 est remis au
goût du jour. Il est décidé de souscrire à la proposition de William Guthrie,
président de la
France-America Society, de rattacher la fonction d’information
au
French Institute sous le contrôle du comité France-Amérique de New York.
Cette solution a pour avantage de dissimuler autant que possible l’action du
service d’information et de lui assurer le bénéfice du dévouement de
W. Guthrie : Claudel accepte.
En fait, le rouage fondamental, le moins apparent du système, est le poste
confié à André Vuillet à Paris. Travaillant sous le contrôle direct du sous-directeur de la direction Amérique du ministère, il est chargé de collecter la
documentation nécessaire pour approvisionner à la fois les correspondants de
presse américains à Paris et son collègue à New York, en articles rédigés en
anglais. À ce propos, Jules Henry, le chargé d’affaires à New York, avait préalablement insisté sur le besoin urgent et immédiat d’informations venant de
France, le consulat étant capable de se charger d’une diffusion discrète grâce
à divers intermédiaires : Alliances Françaises, Chambres de commerce,
Instituts Français, société France-Amérique, etc
[40].
LES ENTRELACS DE L’ACTION CULTURELLE
ET DE LA PROPAGANDE FRANÇAISE AUX ÉTATS-UNIS
On le voit, la propagande aux États-Unis dans l’entre-deux-guerres est
intimement liée au renseignement, au point que pour les initiés les mots
« propagande » et « information » sont interchangeables. C’est bien davantage
le service de presse, et non l’action culturelle, qui est mis à contribution
pour influencer l’opinion publique américaine et ses dirigeants. Est-ce à dire
que l’action culturelle ne contribue pas à la propagande française ?
Pour un État, présenter sa richesse culturelle est en soi un élément de prestige et par là même un instrument de puissance; c’est pourquoi la propagande
française a pu vanter jusqu’à satiété le « génie national » à travers presque chacune de ses manifestations culturelles. La culture, élément constituant de la
puissance d’un État, est un outil de son influence. Le livre, le cinéma, la
langue, le théâtre, l’art en général, sont ainsi d’une certaine manière instrumentalisés par la diplomatie.
Au service de la diplomatie
Qu’il s’agisse de sceller un traité ou une alliance, de célébrer une décision
commune, l’action culturelle vient symboliquement à l’appui de l’action politique. Philippe Erlanger, bien placé pour le savoir puisqu’il succéda à Robert
Brussel en 1938 à la tête de l’A.F.A.A., en donne quelques exemples :
« Aussitôt que naissait un espoir de coopération internationale, qu’une alliance se resserrait, qu’un pont était jeté avec un pays en délicatesse, la Comédie-Française était reçue et
symbolisait un espoir. Ainsi des représentations données à Genève pendant les jours finissant
de la S.D.N. et celles qui enthousiasmèrent Rome sous les éphémères accords de Stresa en
1935. Et surtout la véritable mission diplomatique accomplie par les Comédiens-Français à
travers les Balkans où le public applaudissait en chantant la Marseillaise» [41].
Il n’y a guère d’exemple d’action culturelle à ce point instrumentalisée aux
États-Unis entre 1918 et 1939; en revanche, la mission de Jacques Copeau en
1916 répond parfaitement à cette définition, de même que l’exposition française à New York en 1945 intitulée « France is back ! » Dans les deux cas, l’outil
culturel sert un objectif politique immédiat. Cela est néanmoins assez rare en
ce qui concerne l’action culturelle de la France aux États-Unis. En revanche, la
culture peut jouer un rôle essentiel sur l’image que l’on se fait d’un pays et irrésistiblement attirer ses élites.
Défendre l’image de la France et fidéliser les élites
Les différents «événements » culturels tendent toujours à montrer une
France vivante, digne d’un passé exceptionnellement riche et toujours créatrice. L’image de la France est au cœur des préoccupations culturelles. C’est
pourquoi, la symbolique est constamment mise en valeur, l’événement mis en
scène par la diplomatie pour façonner l’image désirée. Cet aspect non quantifiable de l’action culturelle est souvent critiqué comme inopérant; néanmoins,
l’image de la France est un enjeu omniprésent dans les rapports diplomatiques.
Cette action est menée à travers l’enseignement, grâce aux services d’un conférencier, par la symbolique d’un don (œuvre d’art, vase de Sèvres, tapisserie… ),
plus souvent par la programmation d’un événement culturel, mais toujours
avec le même objectif : souligner la puissance par le message universel de la
création artistique, l’exceptionnalité culturelle par l’ancienneté du patrimoine,
le dynamisme par la profusion de l’art contemporain.
D’autre part, une action sur le cinéma américain concernant l’image de la
France et des Français véhiculée par les productions hollywoodiennes est très tôt
mise en place. Elle passe fort logiquement par des contacts étroits avec Will
Hays, le premier patron du
M.P.P.D.A. (
Motion Pictures Producers and
Distributors of America) de 1922 à 1945. Consciente de l’influence du cinéma
sur les masses, l’ambassade requiert les services, à New York (puis à
Hollywood), d’un agent chargé de prendre connaissance des projets et des
scripts avant tournage, afin de pouvoir, tant que de besoin, influer sur le produit ou au moins faire pression sur le
M.P.P.D.A. en avertissant que les autorités françaises pourraient prendre des mesures de rétorsion à l’encontre de
tel ou tel producteur américain. La France a parfois interdit la distribution de
films américains sur son sol, mais a également fait pression sur d’autres États
(d’Europe et d’Amérique latine notamment) pour qu’ils fassent de même. De
1919 à 1932, c’est Valentin Mandelstamm, auteur de romans d’aventures,
membre de la société Shakespeare
[42], qui joue ce rôle d’agent auprès des
Majors du cinéma
[43]. Mais l’arrangement officieux qui lui octroyait un droit de
regard sur la production des films américains afin d’apaiser la susceptibilité
française, est résilié par Will Hays en juillet 1932. Après cette date, c’est au
consul de France à Los Angeles qu’échoit cette fonction, sans qu’il en ait toujours les moyens
[44].
La diplomatie culturelle est enfin conçue comme une opération de
charme à destination des élites locales, aujourd’hui amoureuses de l’art français, demain défenseurs des positions françaises. Le réseau des associations et
établissements culturels forme en quelque sorte un vaste vivier d’énergies
bien disposées à l’égard de la France. Les Alliances Françaises et les
Universités jouent un rôle important puisqu’elles sont souvent le premier
contact avec la culture française. Quelques-uns des meilleurs amis de la
France rendront par la suite des « services » sans qu’on le leur demande officiellement. Dans cette perspective, le Quai d’Orsay a dès les années 1920 mis
sur pied un programme d’invitations, destiné aux décideurs culturels américains. Certains responsables de l’American National Theatre Association
(A.N.T.A.), le président de la Motion Picture, Will Hays, le président du
M.E.T., Otto Kahn, le directeur du French Institute, Pierre Bédard, comme
bien d’autres, en ont bénéficié. L’action d’enseignement de la langue française, qui pendant la première moitié du siècle a constitué le fer de lance de
l’action culturelle extérieure, a aussi permis de fidéliser une partie des élites.
Elle s’est appuyée sur des universitaires qui, de par leur statut et leur notoriété, sont naturellement autorisés à donner leur point de vue à la presse. On
justifie du même coup la place éminente du français dans les relations internationales, parfois même contre toute logique.
En exportant œuvres d’art, artistes et intellectuels, les Affaires étrangères
valorisent donc l’image de la France, renforcent le mythe de l’exceptionnalité
culturelle, ce qui n’est pas sans marquer les esprits, en fussent-ils bien
conscients. Rappelons-nous les mots de Whitney Warren à l’hôtel Ritz en
1915. Après tout, l’Italie, l’Espagne ou l’Angleterre peuvent tout aussi bien se
prévaloir d’un patrimoine culturel exceptionnel. Enfin, en favorisant ainsi
l’émergence d’un marché de l’art français à l’étranger, l’action culturelle
devient un partenaire objectif des acteurs économiques tels que les chambres
de commerce franco-américaines, la Compagnie Générale Transatlantique,
l’Office du tourisme, la S.N.C.F. ou les banques.
Diplomatie culturelle et intérêts économiques
De fait, les préoccupations économiques ne sont jamais très loin même si,
contrairement à ce qui se dit parfois aujourd’hui, elles ne justifient que rarement l’action culturelle. Les premières expositions internationales aux États-Unis, Philadelphie ( 1876), Chicago ( 1893), Saint-Louis ( 1904), San
Francisco ( 1915), ont soulevé des difficultés sans nombre sur les questions de
droits d’auteur et de reproduction d’œuvres d’art, de taxes à l’exportation, de
réciprocité
[45]. Progressivement, le commerce de l’art français a trouvé une nouvelle terre promise en Amérique, en partie grâce à la diplomatie culturelle.
Cette dernière fonction dévolue à la diplomatie culturelle est la plus récente
(les années 1930) et controversée. Depuis les pamphlets de Jeanne Laurent
sur les institutions artistiques de la III
e république et les recherches de Pierre
Vaisse et Marie-Claude Genet-Delacroix
[46], on sait le conservatisme et le
manque de clairvoyance de ces autorités en matière d’art. C’est pourquoi on
peut dire que, si le marché de l’art français a été si florissant aux États-Unis au
XX
e siècle, c’est en grande partie parce qu’on a laissé filer les chefs d’œuvre des
« refusés ». La cécité des conservateurs de nos musées nationaux a par contre-coup permis l’éclosion d’un marché florissant de la peinture française à New
York. En outre, le choix des œuvres et celui des artistes envoyés à l’étranger a,
de la même manière, souffert de ce conservatisme. L’action culturelle a souvent joué la carte des valeurs sûres, sans suffisamment faire connaître les mouvements artistiques contemporains dans l’entre-deux-guerres.
Résumons : l’action culturelle, prolongement de l’action politique, rassemble les amis de la France, police son image, défend sa langue, se préoccupe de la vente de ses œuvres d’art, diffuse ses messages et ses symboles,
cultive les mythes historiques en agissant sur l’opinion aussi bien que sur les
gouvernants… Bref, à l’aune de ces objectifs, le faible coût de cette action
semble inversement proportionnel à l’enjeu qui est le sien. Reste à présent à
dire dans quelle mesure l’action culturelle sert la propagande politique de la
France aux États-Unis.
Du fantasme à la réalité
« La propagande, a écrit en 1926 le parlementaire Albert Mousset, est essentiellement
une affaire d’adaptation, d’utilisation du terrain, comme disent les militaires. Elle exclut de ce
chef l’esprit de système, la standardisation et le centralisme administratif. Elle exige un calcul
patient des affinités, une détermination préalable des points de tangence. Elle devient indiscrète et blessante si elle se présente comme l’exaltation égoïste d’une culture supérieure, qui
n’aurait rien à apprendre, rien à emprunter. Elle fait le vide si elle prétend grouper des sympathies mobilisables en vue d’un objectif politique immédiat; encore plus si elle tourne, par
le zèle officieux des subalternes, à l’apologie d’un gouvernement ou d’un homme » [47].
On l’aura compris, l’objectif de l’action culturelle n’est pas celui des services de renseignement. La diplomatie culturelle n’est pas (et ne doit pas être)
un simple appendice de la diplomatie politique. Éviter le fantasme de la propagande omnipotente, c’est d’abord ne pas s’illusionner sur le véritable caractère des diverses associations franco-américaines, qui sont rarement
utilisables à des fins de prosélytisme politique immédiat; c’est aussi mesurer
précisément l’écart entre l’objectif sur le papier et l’action menée à bien sur le
terrain; c’est enfin se souvenir que « la propagande consiste autant à nous
familiariser avec la pensée d’autrui qu’à extérioriser nos mérites. C’est
modestement, l’art de suggérer à nos amis des raisons de s’estimer davantage
en nous connaissant mieux »
[48].
Jusqu’en 1940, la France ne s’est jamais donnée les moyens d’une action
systématique de propagande aux États-Unis. Même l’enseignement du français n’a pas été soutenu proportionnellement à la demande. Les moyens financiers n’ont jamais été à la mesure du pays, sauf peut-être sous le Front
Populaire. Jacques Kayser, envoyé spécial du ministère des Affaires étrangères
[49], le dit clairement au terme de son rapport de mission :
« Si dans d’autres pays, l’action de la France peut être le résultat de la juxtaposition d’efforts éparpillés et au rabais, aux États-Unis, une telle méthode n’apporterait aucun résultat
important. Il faut faire grand et beaucoup. Il faut faire vite, simple et clair. Si l’on n’est pas
disposé à se mettre à l’échelle et au niveau du public américain, il est inutile d’entreprendre
parce qu’il ne serait pas possible d’espérer »
[50].
J’ai voulu montrer que la culture, attribut de la puissance, est aussi un utile
instrument d’influence, même s’il est impossible de le mesurer avec précision.
Jean-Jules Jusserand, Paul Claudel, comme la plupart de leurs successeurs,
étaient convaincus de l’efficacité de cette action à long terme qu’ils plaçaient
au-dessus de toutes les autres. L’analyse de l’action diplomatique montre par
ailleurs que, par sa nature même, par son organisation multipolaire, par les
outils qu’elle utilise, par le fait qu’elle s’appuie sur les Américains, l’action culturelle de la France se distingue de la propagande politique aux objectifs plus
immédiats. Elle sert néanmoins les mêmes objectifs et cible le même public, ce
qui entretient les doutes que l’on porte sur elle.
Inefficace à court terme, incapable d’agir dans l’urgence sur l’opinion ou
sur ses dirigeants sous peine de perdre toute crédibilité, elle attache à la France
par le cœur, l’esprit et la sensibilité, des hommes et des femmes, des familles
américaines qui, sur plusieurs générations, placent volontairement leur voix,
leur énergie, et leur fortune au service de la France. Ainsi en est-il de James
H. Hyde, père de la Fédération des Alliances Françaises aux États-Unis, un des
plus actifs défenseurs de la cause française auprès de ses compatriotes. Son fils,
Henry B. Hyde servira lui aussi la France, notamment durant la Seconde
Guerre mondiale lorsqu’il dirigera, à Alger puis à Londres, le French Secret
Intelligence Desk au sein de l’Office of Strategic Services (O.S.S.).
En 1945, les autorités issues de la France combattante, instruites des
échecs de la politique d’influence française aux États-Unis dans l’entre-deux-guerres, n’hésitent pas à créer, au sein du ministère des Affaires étrangères,
une véritable Direction Générale des Relations Culturelles, dont le budget
équivaut dans les années 1960 à près de la moitié du budget global du ministère des Affaires étrangères. C’est assez dire l’intérêt des responsables diplomatiques pour l’action culturelle et leur croyance en son efficacité. Pourtant,
les États-Unis ne seront jamais une priorité géographique, bien au contraire.
N’y avait-il pas une contradiction à reconnaître l’efficacité de l’action culturelle extérieure tout en refusant de faire de la première puissance mondiale
une priorité, sachant que cette puissance est aussi le berceau de la culture de
masse, des industries de communication et le lieu de formation d’une bonne
partie des élites du monde ?
[1]
Archives de l’Ambassade de France à Washington (désormais AAFW), dossier nº38, Annexe
à une lettre envoyée à l’ambassadeur, octobre 1932, 4 p. Victor Morawetz fut aussi le conseiller juridique personnel d’Andrew Carnegie et l’auteur de plusieurs ouvrages de droit faisant autorité, cf. John
A. GARRATY, Mark C. CARNES (eds.),
American National Biography, New York, Oxford University
Press, 1999, vol. 15, p. 805-806.
[2]
Respectivement ambassadeur, conseillers culturels et consul général.
[3]
Suzanne BALOUS,
L’action culturelle de la France dans le monde, Paris, P.U.F., 1970, et Albert
SALON,
L’action culturelle de la France dans le monde, thèse de l’université Paris I, 1981, 4 vol.
[4]
Chapters : chapitres, comités.
[5]
cf. Alain BOUBLIL,
L’étrange docteur Barnes, Paris, Albin Michel, 1993, et Anne DISTEL,
Collectionneurs des impressionnistes, Paris, Bibliothèque des arts, 1989.
[6]
Anne-Marie GRIMAUD, « Le don de John D. Rockefeller J.-R. à la France, 1924-1926 »,
Bulletin
du C.E.N.A. (E.H.E.S.S.), nº 4, octobre 1997, p. 93-103.
[7]
Sur l’influence de Paris dans la fabrication d’une identité artistique américaine : Jocelyne
ROTILY,
Artistes américains à Paris, 1914-1939, Paris, L’Harmattan, 1998.
[8]
Bernadette GALLOUX -FOURNIER, « Un regard sur l’Amérique : voyageurs français aux États-Unis,
1919-1939 »,
R.H.M.C., t. XXXVII, avril-juin 1990, p. 308-323, et
Voyageurs français aux États-Unis, 1919-1939. Contribution à l’étude d’une image de l’Amérique, I.E.P. de Paris, thèse de 3
e cycle, 1986, 395 p.
[9]
cf. les volumes annuels microfilmés de l’annuaire diplomatique pour les années de l’entre-deux-guerres aux archives du ministère des Affaires étrangères (désormais AMAE). Chaque volume
possède un index des agents en poste, indiquant pour chacun sa formation et sa carrière.
[10]
Parmi les plus importants, Gaston Liébert de 1916 à 1923, Maxime Mongendre de 1924 à
1931, Charles de Ferry de Fontnouvelle de 1931 à 1940.
[11]
Jean BAILLOU,
Les Affaires étrangères et le corps diplomatique, Paris, Éditions. du C.N.R.S.,
1984, p. 120, 134 et 414-415.
[12]
Jean-Claude ALLAIN, « Le ministère français des Affaires étrangères. Crédits et effectifs pendant la IIIe république »,
Relations Internationales, nº 32, hiver 1982, p. 405-446; Bernard PINIAU, Ramon
TIO BELLIDO,
L’action artistique de la France dans le monde, Paris, L’Harmattan, 1998.
[13]
Solomon Isaievich Hurok, né à Pogar (Russie) en 1888 dans une famille juive, s’exile aux
États-Unis à la suite des pogroms de 1906. À 16 ans, il se retrouve à Brooklyn et milite au
Socialist
Party of America. En 1911, lors d’une opération de
fund raising au profit de ce parti, il obtient du violoniste Efrem Zimbalist (lui-même né à Rostov, juif et qui débute à peine à la tête du
Boston Symphony
Orchestra) qu’il se produise en concert pour l’occasion. Encouragé par ce premier succès, il s’oriente
rapidement vers une carrière d’imprésario. Devenu citoyen américain en 1914, il établit en 1921 son
propre bureau musical rapidement connu sous le nom de
S. Hurok Concerts, Inc. Cf. Harlow ROBINSON,
The Last Impresario : the Life, Times, and Legacy of Sol Hurok, New York, Viking Press, 1994.
[14]
AMAE, série B - Amérique, États-Unis 1930-1940, dossier nº347 : Jacques Kayser, Rapport
sur mon voyage aux États-Unis, 18. 01-11. 02. 1939, p. 15.
[15]
B. PINIAU, R. TIO BELLIDO,
op. cit., p. 21-26.
[16]
H.I. BROCK, « France’s Odeon Comes to New York »,
New York Times Magazine, 2 novembre
1924, p. 9, et Stark YOUNG, «
L’Homme qui assassina, the first play from the Odeon »,
New York Times,
12 novembre 1924, p. 20.
[17]
La Musique de la Garde Républicaine n’est venue que trois fois aux États-Unis depuis sa
création ( 1802): en 1872, 1904 et 1953, le ministère des Armées (puis de la Défense) ayant toujours
rechigné à brouiller l’image de l’armée dans des tournées culturelles.
[18]
Sur les activités de propagande de l’Office des Universités : André-Hubert MESNARD,
L’action
culturelle des pouvoirs publics, Paris, LGDJ, 1969, p. 295-296 et Charles PETIT-DUTAILLIS, « Les conditions de notre expansion intellectuelle »,
Revue politique et parlementaire, avril-mai 1917, p. 21-34.
[19]
Le
French Institute a été fondé en 1910 à New York par un avocat francophile, MacDougall
Hawkes, avec l’accord du ministère français des Affaires étrangères. À l’origine, il devait être à l’art
ce que l’Alliance Française était à la littérature, mais au fil des années, en raison de l’animosité personnelle envers les responsables de l’Alliance, le
French Institute devint une institution culturelle et d’enseignement rivale de l’Alliance de New York.
[20]
Pascal ORY,
La belle illusion, Paris, Plon, 1994, p. 523-524; Philippe AMAURY,
Les deux premières expériences d’un « ministère de l’Information » en France, Paris, LGDJ, 1969; William R. KEYLOR,
« How they advertised France »,
Diplomatic History, vol. 17, nº3, été 1993, p. 351-373.
[21]
AAFW, carton nº38, propagande française 1916-1937. Article paru dans
La Liberté du 15 mai
1920. La question devient même objet de débat : voir
Le Temps du 19 janvier 1922.
[22]
AMAE, série B - Amérique, États-Unis 1930-1940, dossier nº348, Note de la Direction des
Affaires politiques et commerciales pour le Président du Conseil, 31. 07. 1932, p. 2.
[23]
Il y a 115000 touristes américains en France en 1921, et 145000 en 1924, dépensant cette
année-là 4 milliards de francs. L’Office français du tourisme publie le premier numéro du
Voyageur
en France, bulletin mensuel en anglais, en janvier 1923 : AMAE, série B - Amérique, États-Unis 1918-1929, dossier nº 29C.
[24]
Il ne s’agit pas d’espionner et de transmettre du renseignement mais bien de fournir au poste
diplomatique de Washington l’information précise et actualisée qui lui est nécessaire afin de répondre
immédiatement aux attaques portées contre la France ou d’argumenter telle ou telle prise de position
française.
[25]
AMAE, série B - Amérique, États-Unis 1918-1929, dossier nº23, Lettre nº 96 de J.-J. Jusserand
à S. Pichon, Commissariat général à l’information et à la propagande, à propos d’une propagande nuisible, 10. 07. 1919, 3 p.
[26]
AMAE, série B - Amérique, États-Unis 1918-1929, dossier nº23, Lettre de J.-J. Jusserand à
A. Millerand, 2 mars 1920.
[27]
Pour une biographie de Jusserand et une analyse de sa politique, cf. J. BAILLOU,
Les Affaires
étrangères…, op. cit., p. 280-287.
[28]
AMAE, série B - Amérique, États-Unis 1918-1929, dossier nº25, Note sur la défense française aux États-Unis par une ligue et un bureau de presse purement américains, non daté, 4 p.
[29]
Le Temps, 27. 01. 1922
[30]
AAFW, dossier nº15, lettre de G. Liébert à l’ambassadeur, 5. 06. 1923.
[31]
C’est le titre d’un article d’Albert Sarraut, ancien ministre des Colonies, dans le nº 4, vol.
III, mars 1925, p. 71.
[32]
« Le simple fait qu’un document provenait de ce bureau, écrira plus tard Maurice Léon, suffisait pour assurer qu’il fût jeté aux corbeilles des directeurs et rédacteurs des journaux américains »:
AAFW, carton nº 38, Notes sur le problème de la diffusion du point de vue français, 2 mars 1932, 5 p.
[33]
AMAE, série B - Amérique, États-Unis 1918-1929, dossier nº 275, Réponses à un questionnaire adressé au consul de France à New York par le secrétaire général du Congrès des colonies
françaises à l’étranger, 29. 09. 1925, 6 p.
[34]
AMAE, série B - Amérique, États-Unis 1918-1929, dossier nº 27, Note de la sous-direction
d’Amérique, 20. 10. 1925.
[35]
Miss Bonney ( 1895-1978), journaliste et photographe américaine très proche des milieux
diplomatiques français, éditorialiste au
Figaro, correspondante de guerre à l’occasion, est la coqueluche
des cercles artistiques et mondains du Paris des années 30. Elle s’installe à Paris en 1919 afin de
mettre en place le premier programme d’échange d’étudiants entre la France et les États-Unis, soutient en 1921 sa thèse en Sorbonne (c’est la quatrième Américaine à le faire). Rentrée à New York,
elle dirige en 1935 l’éphémère galerie d’art français du
Rockefeller Center : New York Times, 26. 01. 1978,
B-2 : 3, et AAFW, dossier nº 791, compte-rendu des activités du service de presse fondé à Paris par
Th. Bonney, non daté (début 1933), 8 p.
[36]
AMAE, série B - Amérique, États-Unis, 1918-1929, dossier nº 25, compte rendu de la visite
de E. Robert, non daté, 3 p.
[37]
Ce que confirme un rapport du consul de France à New York du 31 mars 1932 insistant
sur la violence des attaques anti-françaises des derniers mois : « La France passe pour responsable de
l’effondrement économique de l’Allemagne, du malaise européen, de la chute de la Livre, de la guerre
sino-japonaise… »: AAFW, dossier nº38.
[38]
AMAE, série B - Amérique, États-Unis, 1930-1940, dossier nº348, rapport de R. Schlemmer
sur sa mission aux États-Unis, février.-mars 1932, 15 p.
[39]
Ibidem, dossier nº 348, télégramme nº 1072 de l’ambassadeur au M.A.E., 26. 12. 1934.
[40]
Ibidem, dossier nº 340, lettre de J. Henry à S.O.F.E., 19. 09. 1932
[41]
« Théâtre, prends tes valises !»
, Théâtre Public-A.F.A.A., hors série nº 6, 1992, p. 17.
[42]
Organisme rattaché aux Services français d’information visant la propagande dans les milieux
anglo-saxons et créé avec l’aide de Firmin Gémier pendant la Première Guerre mondiale.
[43]
Vasey RUTH,
The World according to Hollywood, 1918-1939, Oxford, Oxford University Press,
1997, p. 80-84.
[44]
AMAE, série B - Amérique, États-Unis 1930-1940, dossier nº 340, télégramme nº 538 de
Claudel au M.A.E., 30. 07. 1932. Voir aussi Jacques Portes,
De la scène à l’écran, Paris, Belin, 1997, p. 291.
[45]
Cf. par exemple, AAFW, dossier nº 804, Lettre de l’ambassadeur au sénateur Dupont,
Président des Expositions (concernant la protection des produits et œuvres des exposants français à
l’exposition de San Francisco), 3. 04. 1913.
[46]
Jeanne LAURENT,
La République et les Beaux-Arts, Paris, Julliard, 1955, et
Arts et pouvoirs en
France de 1793 à 1981.
Histoire d’une démission artistique, Saint-Étienne, C.I.E.R.E.C., 1982; Pierre
VAISSE
, La Troisième République et les peintres. Recherches sur les rapports des pouvoirs publics et la peinture de 1880 à 1914, Paris, Flammarion, 1995; Marie-Claude GENET-DELACROIX,
Art et État sous la
IIIe république. Le système des Beaux-Arts, 1870-1940, Paris, Publications de la Sorbonne, 1992.
[47]
Albert MOUSSET,
La France vue de l’étranger, ou le déclin de la diplomatie et le mythe de la propagande, Paris, L’île de France, 1926, p. 169-170.
[49]
Par ailleurs journaliste proche du Front populaire, auteur de
Les États-Unis d’Europe, Paris,
Monde moderne, 1926, et de
La paix en péril, Paris, Gallimard, 1931.
[50]
AMAE, série B - Amérique, États-Unis 1930-1940, dossier nº 347, Jacques Kayser : « Rapport
sur mon voyage aux États-Unis », 18-01/11-02-1939, p. 34.