Revue d’histoire moderne et contemporaine
Belin

I.S.B.N.2701130514
224 pages

p. 30 à 49
doi: en cours

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Religion et société dans la France moderne

no48-1 2001/1

2001 Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine Religion et société dans la France moderne

« Sciences et Arts » dans les Mémoires de Trévoux ( 1701-1762)

Marie-Hélène Froeschlé-Chopard Marie-Hélène FROESCHLÉ -CHOPARD, C.R.H., UMR 8558 CNRS- E.H.E.S.S. 54, boulevard Raspail, 75006 Paris Michel Froeschlé Michel FROESCHLÉ, Observatoire de la Côte d’Azur, UMR 6527 CNRS Avenue Copernic, 06130 Grasse
Marie-Hélène FROESCHLE-CHOPARD, Michel FROESCHLE Sciences et Arts dans les Mémoires de Trévoux ( 1701-1762) Organe de la Société de Jésus, les Mémoires de Trévoux affirment vouloir «donner au public un état fidèle de tout ce qui parait de curieux tous les jours dans le monde, en quelque genre de science que ce soit». Toutefois, les Mémoires de Trévoux luttent aussi contre la «philosophie» du siècle. Leurs comptes rendus, qui se situent entre ces deux perspectives, opèrent des choix. Du début du journal ( 1701) jusqu’à la suppression des Jésuites en France ( 1762), on relève 6758 mentions d’ouvrages ou comptes rendus. Ce nombre correspond approximativement au quart des demandes de permission d’imprimer «publiques ou tacites» On peut donc étudier les recensions des Mémoires de Trévoux comme une sorte de bibliothèque idéale offerte au public. Bien des aspects de cette bibliothèque montrent que les Jésuites ont le souci de rester fidèles à l’actualité. Il s’agit de livres récents. Par ailleurs, le journal accorde aux Sciences et arts et à l’Histoire une importance analogue à celle que ces matières occupent dans la pro~duction générale des livres. Enfin et surtout, dans ces recensions comme dans cette pro~duction, le nombre des ouvrages de Théologie s’effondre et celui des ouvrages de Sciences et arts est en constante progression. Ce résultat montre que les Mémoires de Trévoux, consti~tuent le reflet de l’opinion «éclairée». Dans ces Sciences et arts, les comptes rendus concernant les sciences sont de loin les plus fréquents. Parmi ceux-ci, les ouvrages de physique et de mathématiques ont pris le dessus. Pour guider les âmes, il faut s’appuyer sur une physique qui «offre à l’esprit et à l’ima~gination, non seulement les phénomènes que nous voyons, mais les causes et les ressorts dont l’action invisible donne ce spectacle de la nature» Un thème parcourt toute la période: c’est la confrontation de la physique de Descartes à celle de Newton. La Compagnie de Jésus, qui reste fidèle, en principe, à l’en~seignement d’Aristote dans les collèges, est en fait ralliée au cartésianisme et s’ouvre de plus en plus à la philosophie de Newton qui com~mence à s’implanter sur le continent et dans l’opinion éclairée. The Mémoires de Trévoux, as the organ of the Company of Jesus, aimed at «providing the public with a faithful inventory of all note~worthy scientific publications of the day». It also set out to combat the «philosophy» of that century. The two stances made choice neces~sary and the reviews reflect such choices. The Journal, which existed from 1701 until the Jesuits were expelled from France in 1762, contains 6758 reviews and references to books.These correspond to approximately one quarter of all requests for «public or tacit» printing authorisation, meaning that the reviews contained in the Mémoires de Trévoux can be studied as a sort of ideal library avai~lable to the public. In many respects it is obvious that the Jesuits wanted to present a faithful picture of their day. Firstly, reviews concern newly published works. Secondly, the subjects of History and «sciences et arts» are treated in proportion to their importance in general book production. Finally and most importantly, book publication and book review activities point to the increased appeal of books dealing with «sciences et arts» and a sharp fall in the number of books on theology, a sure indication that the Mémoires de Trévoux reflect «well-informed» public opinion. The subjects most frequently reviewed in the category of «sciences et arts» «are scientific, with mathematics and physics coming foremost. Physics, it is expected, will contribute to man’s spiritual guidance by «satisfying the soul and the imagination with descriptions of visible phenomena and the invisible causes and motives that produce the spectacle of nature.» The entire period is marked by the confrontation of Cartesian and Newtonian physics. In theory, the Company of Jesus remains faithful to the teachings of Aristotle in schools, while in reality it has ral~lied Cartesianism and is increasingly receptive to the philosophy of Newton which has begun to reach the continent and to penetrate well~informed circles.
Organe de la Société de Jésus, les Mémoires de Trévoux sont, on le sait, composés surtout de comptes rendus de livres récents dont les journalistes voudraient, comme l’abbé Desfontaines (qui deviendra directeur du Journal des Savants en 1723), « faire connaître le mérite… sans pour autant mêler une critique directe » [1]. Mais plus encore que pour le Journal des Savants, cet idéal de neutralité ne peut être qu’un leurre dans une publication qui lutte contre le protestantisme, le jansénisme et surtout la « philosophie » du siècle. Bien que les journalistes affirment vouloir « donner au public un état fidelle de tout ce qui paroît de curieux tous les jours dans le monde, en quelque genre de science que ce soit », les Mémoires opèrent un choix et ne se privent pas de jugement [2]. Dans la livraison de janvier 1712, on peut lire:
« Nous ne pouvons nous dispenser de mêler de la critique dans nos extraits, agir autrement, ce seroit manquer à nos devoirs les plus essentiels, ce seroit trahir les lecteurs qui nous prennent pour guides dans la connoissance des livres, que de se laisser séduire par des titres imposans, que de leur cacher les écueils où ils donneront infailliblement » [3].
Ceci reste vrai même si, trente ans plus tard, le Père Berthier, en janvier 1746, tempère les ardeurs de ses devanciers:
« Nous regardons nos Mémoires plutôt comme un lieu d’entrevue et un terme de réconciliation pour les auteurs, que comme un champ de bataille. C’est une sorte de congrès littéraire où les intérêts se traitent à l’amiable, où ceux qui tiennent la plume se renferment dans la qualité de médiateurs, et leur attention doit être d’en remplir toujours les devoirs avec fidélité» [4].
Les Mémoires de Trévoux se situent donc entre le miroir de la production du siècle et le choix dans cette production.
Vouloir mesurer l’influence du périodique dans la diffusion des sciences et arts au XVIIIe siècle, c’est nécessairement chercher à repérer la vision du monde, la hiérarchie des valeurs, la place de la nature dans l’expression du groupe social qui « fabrique » le journal. Un périodique est, consciemment ou inconsciemment, un instrument d’interprétation au service d’un groupe dans les débats d’opinion d’une époque. Se proposer d’analyser le « comportement » des Mémoires de Trévoux vis-à-vis des sciences et arts, c’est tenter de repérer dans le journal l’importance de cette catégorie et d’essayer d’analyser le dispositif de sélection mis en œuvre par l’ensemble des acteurs du journal, les Jésuites ou leurs collaborateurs occasionnels. In fine, les Mémoires de Trévoux constituent pour les Jésuites une « bibliothèque » idéale et une bibliothèque de combat.
Mais le catalogue de cette bibliothèque n’a pas été dressé au XVIIIe siècle, bien que les Jésuites y aient songé: « On y pensa sérieusement en 1745, mais les libraires chargés de ce journal, l’étant aussi de celui des Sçavans, crurent devoir d’abord commencer par donner une table à ce dernier, comme plus ancien » [5]. En l’absence de table méthodique, il faut donc extraire les livres de sciences et arts de l’ensemble des comptes rendus, ce qui revient à classer la totalité des ouvrages dans les cinq grandes catégories des libraires du XVIIIe siècle: théologie, droit, sciences et arts, belles lettres et histoire.
Toutefois, la réalisation pratique de ce classement pose un certain nombre de problèmes qui ont été maintes fois soulignés [6]. Le premier vient de la complexité de ces grandes catégories, particulièrement celle des sciences et arts qui réunit la philosophie (métaphysique, morale, applications de la morale), les sciences physiques et chimiques, les sciences naturelles, les sciences médicales, les sciences mathématiques (mathématiques, astronomie, art militaire), la philosophie occulte et enfin les arts (beaux-arts et métiers) [7]. Cette énumération, qui paraît bien hétérogène au XXe siècle, avait cependant sa pertinence pour les hommes du XVIIIe siècle. Comme la théologie étudiait les rapports de l’homme à Dieu, le droit et l’histoire les rapports de l’homme à lui-même, les belles lettres les rapports de l’homme et de son imaginaire, les sciences et arts étudiaient les rapports de l’homme et de la nature. Les encyclopédistes n’ont pas adopté une définition très différente dans l’Explication détaillée du système des connoissances humaines qui termine leur Discours préliminaire. Pour eux, ce découpage est basé sur la division baconienne des facultés de l’esprit humain: « la Mémoire, la Raison, l’Imagination », d’où « résulte une distribution générale de la Connoissance humaine, qui paraît assez bien fondée, en Histoire, qui se rapporte à la Mémoire, en Philosophie, qui émane de la Raison; & en Poésie, qui naît de l’Imagination » [8]. La philosophie ou la science, les deux termes sont synonymes, recouvrent ainsi un vaste domaine (dans lesquels l’Encyclopédie englobe aussi « la science de Dieu »), celui de la Raison. Un domaine que les libraires de Paris, reprenant les classifications des bibliothécaires du XVIIe siècle, avaient défini empiriquement dans un champ tout aussi vaste [9].
Mais les limites des sciences et arts n’en sont pas pour autant simples à tracer. La seconde difficulté vient en effet de ce qu’un même ouvrage peut être classé dans deux catégories différentes. On peut citer, par exemple, les récits de voyage qui, quelquefois, s’apparentent plus à des comptes rendus d’expéditions scientifiques qu’à des divertissements. Or, ces récits de voyages sont rangés par les libraires parmi les livres d’histoire, qui englobent les ouvrages de géographie. Ces contradictions restent toutefois limitées si l’on se reporte aux bibliographies du temps, et il n’est pas de notre propos de revenir sur les classifications établies par les libraires de Paris et utilisées par tous les catalogues des grandes bibliothèques du XVIIIe siècle [10]. Le père Sommervogel, qui dressa les tables du journal au XIXe siècle, s’est conformé à cette classification. C’est à partir de cet immense travail que nous avons dressé les statistiques des différentes catégories d’ouvrages pendant la période étudiée: 1701-1762 [11]. Pour mesurer l’engouement ou le désintérêt pour chacune des catégories, nous avons dressé un fichier de l’ensemble des comptes rendus ou des simples mentions d’ouvrages contenant les items suivants: matière, date de parution de l’ouvrage, date de la mention dans les Mémoires de Trévoux, format et langue.
 
LES MÉMOIRES DE TRÉVOUX, REFLETS DE L’OPINION ÉCLAIRÉE
 
 
Du début du journal jusqu’au bannissement des Jésuites de France, on a relevé 6757 mentions d’ouvrages. Ce nombre correspond approximativement au quart des demandes de permission d’imprimer publiques ou tacites [12]. Ainsi les Mémoires de Trévoux ne cherchent pas à donner un reflet fidèle de l’ensemble de la production du livre. Les journalistes, au-delà du seul fait qu’ils ne reçoivent pas des libraires et des auteurs tous les livres parus, restent en quelque sorte des« militants », dont le dessein « est d’attaquer sans ménagement les ennemis déclarez de la religion, et de démasquer ses ennemis cachez » [13]. D’ailleurs, au cours des années, le journal essuya de nombreux reproches et dut maintes fois soutenir de violentes polémiques qui attestent de l’engagement des professeurs du collège Louis-le-Grand [14] :
« Malgré tous nos ménagemens, la délicatesse des auteurs l’emporte sur notre modération, ceux qu’on ne loue pas sans mesure se plaignent, s’irritent, quelques-uns éclatent. Que faire? Il faut contenter le public, rendre notre ouvrage instructif, et laisser crier les auteurs mécontens » [15].
En outre, au cours des soixante années que nous étudions, le nombre des recensions ne suit pas, comme l’ensemble de la production imprimée, une progression régulière. Au contraire, ce nombre qui diminue fortement entre 1720 et 1750 met en évidence l’existence de trois époques dans la vie du journal (voir schéma 1, page suivante).
La première période ( 1701-1720) correspond à la très féconde direction du Père Tournemine qui eut la lourde tâche de lancer le journal. On compte alors en moyenne 150 recensions annuelles. Pendant la seconde période, ces recensions tombent à moins de 75 par an. Le journal traverse de nombreuses turbulences. Dans l’avertissement du numéro de janvier 1720, les rédacteurs écrivent:
« Depuis quelque temps on s’est plaint qu’il n’y avoit plus de régularité dans la publication de nos Mémoires; que ce n’étoit que retardement; et quelques personnes ont même cru que nous prétendions par là disposer le monde à nous voir tout abandonner ».
Au printemps 1731, le journal s’imprime à Lyon. Il subit souvent des retards. La distribution est irrégulière. Les abonnés, et surtout les auteurs de mémoires, sont mécontents. On peut lire dans la livraison du mois de mai 1730 :
SCHÉMA 1
COMPTES RENDUS
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« Les directeurs du journal de Trévoux ont appris avec douleur, que quelques uns des Messieurs de l’Académie des Sciences avoient eu lieu de se plaindre de la manière dont on avoit fait les extraits de leurs Mémoires dans les derniers journaux. Ils en ont eu d’autant plus de peine qu’ils sont pleins d’estime pour cette sçavante Académie qui par ses ouvrages et ses Lumières contribue avec tant de zèle à la perfection des Arts et des Sciences et qui est estimée avec justice par tous les savants de l’Europe » [16].
Il faudra attendre 1734 pour que le duc du Maine prenne à nouveau le journal sous sa protection, lequel ne sera plus, comme auparavant, imprimé en province, mais à Paris, sous le contrôle des jésuites de Louis-le-Grand responsables de sa parution et sans les retards dus aux difficultés de transport.
Les Jésuites s’engagent « plus que jamais à redoubler leur attention et leurs soins, pour remplir avec honneur le plan qu’ils se sont tracé d’un journal aussi intéressant par le choix et la variété des sujets, que par la manière de les traiter » [17].
Ils réaffirment leur volonté de faire du journal le miroir d’une opinion éclairée: « sans faire parade des divers talens qu’on a réunis en commun pour donner à ces Mémoires une forme plus parfaite, nous attendrons avec docilité le jugement des lecteurs éclairés, dont nous nous ferons gloire de suivre les lumières » [18]. Ce redressement aboutit à la troisième période, vers 1750, dans laquelle le journal retrouve, sous la direction du Père Berthier qui restera à sa tête jusqu’à la suppression de son Ordre en France, sa vitalité du début du siècle.
Ainsi, la fluctuation des recensions s’explique par l’existence de difficultés matérielles, le départ ou l’arrivée de telle personnalité à la tête de la publication [19]. Mais le souci des Jésuites reste à tout moment, celui de satisfaire une certaine opinion, à la fois chrétienne et éclairée, même s’ils semblent s’être raidis, après 1750, sous le coup des critiques venues du clan des philosophes.
Lors de la partie de bras de fer entre les responsables de la publication et les Encyclopédistes, le père Berthier écrit:
« Le Journal de Trévoux n’est point un livre nouveau; il existe depuis plus de 52 ans: par conséquent le public sçait bien s’il mérite son estime, ou s’il ne la mérite pas. Au cas qu’il en soit digne, quelques traits polémiques de l’Encyclopédie ne détruiront pas cette bonne renommée. Si ce journal n’est pas estimé, ce que l’Encyclopédie pourra dire et répéter à son désavantage n’aggravera pas beaucoup le poids de son infortune. Mais de l’une ou de l’autre hypothèse, il résultera toujours pour nous l’obligation étroite de ranimer nos forces; de redoubler de zèle et d’attention; de chercher dans les livres plutôt le bien que le mal qu’on peut en dire; de réserver les grands coups de la critique pour les ouvrages contraires à la religion et aux bonnes moeurs… » [20].
Ainsi, au dire de son directeur, le journal intéressait un très large public.
En effet, avec un tirage qui peut atteindre 2000 exemplaires, il fait partie des quelques périodiques les plus lus en ce milieu du siècle [21]. Il est attesté aussi bien dans les catalogues de vente des bibliothèques que dans les guides à l’usage des étrangers qui n’omettent jamais de le mentionner comme une publication de qualité. Enfin, une approche sociologique de ses lecteurs et de ses correspondants, menée par Christian Albertan, montre que le journal touche un public divers, constitué peut-être de dévots, mais aussi de gens du monde et d’érudits qui lui envoient des mémoires [22].
La masse des ouvrages dont les Mémoires font le compte rendu confirme sans conteste que le journal est bien tourné vers un vaste public. Jetons, à titre d’exemple, un regard sur les formats de ces ouvrages. Dans la « bibliothèque » de Trévoux, les livres de petits formats atteignent 70% alors que les folios ne représentent que 6% des recensions. Or, on sait que ces petits formats, qui permettent pour chaque moment de répit au cours d’une journée de se « réfugier » dans la lecture, dans la méditation, ont envahi l’édition [23]. À la fin du XVIIIe siècle, Louis-Sébastien Mercier note ainsi dans son Tableau de Paris: « La mode a changé: on ne recherche plus que les petits formats; on a réimprimé ainsi tous nos jolis poètes. Ces livrets ont l’avantage de pouvoir être mis en poche, de fournir au délassement de la promenade, et de parer à l’ennui du voyage » [24].
Les Mémoires de Trévoux suivent également l’actualité éditoriale de près. En effet, les délais entre la sortie des ouvrages et leur mention ou analyse dans le journal sont très courts. Plus de 80% des comptes rendus concernent des ouvrages publiés dans l’année. Cette rapidité apparaît également « en creux », quand les Mémoires se font l’écho de plaintes provenant d’auteurs impatients:
« On supplie ceux qui adressent quelques Livres ou quelques pièces pour mettre dans ces mémoires, de ne sçavoir point mauvais gré, si nous ne les faisons pas paroître aussitôt qu’ils pourroient le souhaiter. Nous sommes obligez de les faire aller dans le rang qu’on nous les a adressés, et nous ne pouvons pas excéder notablement la mesure du volume de chaque mois » [25].
On peut voir dans ces retards des réticences ou même des refus de la part des rédacteurs: les auteurs doivent se conformer à la ligne directrice des Mémoires. Mais des indices certains témoignent en faveur d’un journal ouvert aux lecteurs et aux correspondants «éclairés ». Voyons à ce sujet les recensions des ouvrages publiés en latin.
À l’image de l’ensemble de la production imprimée, ceux-ci perdent du terrain face aux langues vernaculaires. Comme l’ont remarqué J. Ehrard et J. Roger, le latin n’est plus la seule langue d’érudition [26]. Mais cette chute qui s’accentue vers 1720, n’est brutale que pour l’ensemble des comptes rendus et reste très modérée pour les sciences et arts (voir le schéma 2).
Dans cette différence entre les sciences et arts et l’ensemble des autres matières, le journal suit encore la production, mais manifeste aussi un intérêt particulier pour la production scientifique. En effet, le livre scientifique est destiné à un public européen. Pour être rapidement diffusé et lu, les auteurs publient d’abord en latin, les traductions viennent ensuite.
Dans la préface de son Essai de physique, le physicien van Musschenbroek se plaint de l’abandon du latin comme langue scientifique universelle. Il pense que les scientifiques perdent trop de temps à apprendre les langues étrangères.
Les philosophes partagent cette opinion. Dans le Discours préliminaire de l’Encyclopédie, D’Alembert constate amèrement que,
« Avant la fin du dix-huitième siècle, un Philosophe qui voudra s’instruire à fond des découvertes de ses prédécesseurs, sera contraint de charger sa mémoire de sept à huit Langues différentes; & après avoir consumé à les apprendre le tems le plus précieux de sa vie, il mourra avant de commencer à s’instruire. L’usage de la Langue Latine, dont nous avons fait voir le ridicule dans les matières de goût, ne pourroit être que très-utile dans les Ouvrages de Philosophie, dont la clarté & la précision doivent faire tout le mérite, & qui n’ont besoin que d’une Langue universelle & de convention » [27].
Lorsque paraît la seconde édition des Philosophiae naturalis principia mathematica ( 1714), les Mémoires de Trévoux font un compte rendu circonstancié mais ne parleront pas, en 1756, de la traduction de la marquise du Châtelet. En revanche, ils mentionnent la sortie en librairie d’une nouvelle édition de La Recherche de la Vérité, traduite en latin en 1754. Cette traduction leur paraît utile pour les « républicains des lettres », même si celle-ci n’a pas les qualités de l’original:
SCHÉMA 2
LES OUVRAGES EN LATIN
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« On imagine assez qu’aucun de ceux qui sçauront lire la Recherche dans la Langue de l’Auteur, ne s’avisera de recourir au Latin; n’étant pas possible que dans cette dernière Langue on ait conservé la force et les graces du style de Mallebranche. Mais les Étrangers profiteront de ce secours; c’est pour eux qu’on a travaillé, pour eux qu’on s’est soumis aux dégoûts de cette pénible tâche » [28].
Par la rapidité des comptes rendus, par les recensions d’ouvrages scientifiques écrits en latin, les rédacteurs du journal suivent de près la production imprimée et la production scientifique. Ils la suivent aussi dans le choix des sujets.
Dans l’ensemble des livres recensés, les catégories dominantes sont l’histoire et les sciences et arts qui représentent plus de la moitié des titres. Les belles lettres et la théologie se situent autour de 20% tandis que le droit est réduit à la portion congrue ( 4%). Cette répartition, qui fait une grande place aux sciences et arts par rapport à celle de la théologie s’accorde avec celle de la production du livre au XVIIIe siècle [29].
Elle s’accorde aussi avec l’évolution de cette production qui voit la part de la théologie diminuer au profit de celle des sciences et arts. On voit dans le journal, comme dans la « librairie » du royaume, ces deux catégories échanger leur importance respective. Les recensions touchant les sciences et arts passent de moins de 20% de l’ensemble au début du siècle à près de 40% après 1750.
Dans le même temps, malgré un léger sursaut qui s’explique probablement par la crise de la Bulle Unigenitus entre 1720 et 1730, la théologie perd progressivement de son importance et passe de 32% à 10% des recensions. Comme dans la production générale, les autres matières sont très stables: autour de 4% pour le droit, de 18% pour les belles-lettres, de 30% pour l’histoire. On remarquera là encore, en particulier dans l’intérêt indéfectible pour l’histoire, la marque de l’esprit du siècle.
Lorsqu’on se place après 1750, à la fin de cette évolution, une hiérarchie des matières, et donc des connaissances, semble bien établie: sciences et arts, histoire, belles-lettres, théologie, droit. Même dans le journal des Jésuites, les sciences et arts sont au premier rang (schéma 3).
Les sciences et arts, nous l’avons vu, réunissent toutes les connaissances portant sur les rapports de l’homme et de la nature. L’ordre dans lequel elles se placent, de la philosophie aux arts mécaniques, suppose une hiérarchie incontestée. La science est fille de la philosophie, les arts mécaniques sont le stade le plus élémentaire des savoir-faire de l’homme. Mais, à côté de cette hiérarchie traditionnelle des connaissances, il en est une autre, celle que détermine l’intérêt plus ou moins grand porté à chaque discipline, lequel peut se mesurer au nombre de recensions.
SCHÉMA 3
LES GRANDES CATÉGORIES
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Dans les Mémoires, elle est très nette: les écrits concernant les sciences proprement dites sont, de loin, les plus fréquents ( 1155 recensions, 62%), contre 472 seulement pour la philosophie ( 26%), et 224 pour les arts ( 12%).
Ainsi, ce sont les comptes rendus des ouvrages scientifiques qui expliquent la grande progression de la catégorie sciences et arts à l’intérieur de la « bibliothèque » de Trévoux entre 1701 et 1762. Ils passent en effet de 15 titres par an à près de 35 alors que la philosophie, qui est en progression également, ne réunit pas 15 recensions par an à la fin de la période (voir le schéma 4).
Voyons, à partir des ouvrages recensés, le contenu de ces diverses disciplines. Les comptes rendus concernant les arts ne posent pas de problèmes particuliers de définition. La catégorie est essentiellement constituée par les beaux-arts ( 189 titres), qui réunissent sans surprise les ouvrages concernant le dessin, la peinture, l’architecture et la musique. Il s’y ajoute quelques rares ouvrages traitant des arts et métiers ( 14 titres) et des « exercices gymnastiques » ( 21 titres).
La philosophie est constituée de trois ensembles. Le premier, le plus important ( 230 recensions) concerne la « philosophie générale ». Il rassemble les écrits des philosophes anciens et modernes, la logique et la métaphysique.
Les ouvrages des « philosophes anciens », peu nombreux, sont dominés par Cicéron. Chez les « philosophes modernes », beaucoup plus fréquents, cohabitent des ouvrages d’apologétique luttant contre les déistes et les athées du siècle (en particulier les réfutations des écrits de Voltaire, de Diderot ou de d’Holbach) et les ouvrages présentant un système d’explication du monde dus à Descartes, Leibnitz ou Newton. Avec les traités de ces derniers auteurs, en particulier les Philosophiæ naturalis principia mathematica de Newton, la philosophie n’est pas très éloignée de la « physique ». En revanche, l’apologétique devient prédominante dans la « métaphysique ». Les deux autres ensembles de comptes rendus touchant à la philosophie rassemblent des ouvrages de morale ( 92 recensions), l’économie et l’économie politique ( 148 recensions). Ces chiffres soulignent l’importance acquise par les applications de la morale et les traités sur la vie civile.
SCHÉMA 4
SCIENCES ET ARTS
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SCHÉMA 5
SCIENCES
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Parmi les sciences, c’est en histoire naturelle que les comptes rendus sont les moins fréquents ( 192). Bien que la médecine reste à un niveau élevé ( 429 recensions), les sciences « exactes » ( 520 recensions) prennent le dessus vers 1730. Il s’agit de la physique et des mathématiques qui englobent aussi l’astronomie et l’optique.
Cette évolution remonte à la fin du XVIIe siècle. Henri-Jean Martin constatait déjà dans la production des ouvrages scientifiques de cette époque l’essor des sciences exactes, avec l’intérêt pour les problèmes de physique (conjectures sur les lois de la pesanteur, sur la percussion et la chute des corps, sur l’horreur du vide, sur le froid et le chaud) et l’engouement pour l’astronomie [30]. L’évolution de l’enseignement dans les collèges jésuites allait aussi dans ce sens. Entre 1700 et 1761, les chaires de sciences dans les collèges sont de plus en plus nombreuses et de plus en plus de « physiciens » en assurent les cours. En 1761, 85 collèges sur 90 enseignent la physique [31]. Les Mémoires ne pouvaient qu’accompagner ce mouvement.
Mais les comptes rendus des Mémoires montrent que ces questions sont devenues primordiales vers 1730, bien que, à partir de 1740, les recensions augmentent régulièrement dans chaque discipline (voir le schéma 5).
 
LA CONFRONTATION DES PHYSIQUES DE DESCARTES ET DE NEWTON DANS LES MÉMOIRES DE TRÉVOUX
 
 
Les thèmes abordés sont nombreux mais un seul parcourt, nous semble-t-il, toute la période comme un fil rouge, c’est la confrontation de la physique de Descartes à celle de Newton qui commence à s’implanter sur le continent.
Depuis le début du siècle, où le Père Daniel, dans son ouvrage à succès intitulé Voiage du Monde de Descartes, s’est appliqué à critiquer la physique de M. Descartes chef de la nouvelle secte [32], jusqu’au Traité de paix entre Descartes et Newton [33] dans lequel le Père Paulian adopte partiellement le système de Newton, les Mémoires de Trévoux se font l’écho des efforts des physiciens cartésiens pour répondre aux critiques des newtoniens. La philosophie et la mécanique de Newton sont portées à la connaissance des lecteurs au travers de ses œuvres et de celles de ses disciples. La première mention de quelque importance de la physique de Newton se trouve dans le compte rendu de l’Astronomiae physicae de David Gregory (Oxford, 1702) [34]. Dans son introduction, le journaliste, comme pour prendre déjà ses distances, critique le concept newtonien d’attraction:
« Les qualitez occultes, & surtout celles d’attraction & de pesanteur, paraissoient être si absolument bannies de la Physique & de la Nature par Mr. Descartes, le plus grand des Géomètres, qu’il n’en étoit plus fait mention que pour servir d’exemple de faux raisonnemens fondez sur les préjugez de l’enfance. Cependant d’habiles Géomètres Anglois les ramenent au Monde, & qui a lu les Principes mathématiques de la Philosophie naturelle, & l’optique de Mr Newton, a sans doute admiré sa crédulité en ce point » [35].
Dans son ouvrage, Grégory appliquait aux mouvements des planètes la loi d’attraction de Newton et terminait par une réfutation du système de Descartes en plusieurs points. Il affirmait notamment que le mouvement observé des « comètes souvent opposé directement à celui du tourbillon, & plus vite que le tourbillon ne le comporte, fait assez connoître que ces tourbillons sont une pure chimère. Si on lui passe ce principe, nous dit le journaliste, il faut reconnaitre que son ouvrage est excellent pour la subtilité de la géométrie qu’il y a repandue » [36].
C’est la querelle du vide et du plein qui explique le mieux ce refus de l’attraction universelle qualifiée de qualité occulte. Pour les cartésiens, il est nécessaire que l’espace, que l’étendue, soit rempli de matière. Espace et matière s’identifient. Chaque partie de cette étendue a des figures et des mouvements divers qui sont les « moteurs » des déplacements observés. Le vide n’existe pas:
« Pour ce qui est du vide, au sens que les philosophes prennent ce mot, à sçavoir pour un espace où il n’y a pas de substance, il est evident qu’il n’y a point d’espace en l’univers qui soit tel, pource que l’extension de l’espace ou du lieu interieur n’est point differente de l’extension du corps » [37].
Comment Dieu aurait-il pu créer le néant? « Dieu de sa toute puissance a créé la matière avec le mouvement et le repos et conserve maintenant en l’Univers, par son concours ordinaire, autant de mouvement et de repos qu’il en a mis en le créant » [38].
Les newtoniens répliquent qu’on leur fait un mauvais procès lorsqu’on affirme qu’ils renouvellent la doctrine d’Aristote en se servant du mot d’attraction. Dans la préface de son Essai de physique, van Musschenbroek fait remarquer:
« En effet comme nous n’avons aucune idée innée des corps, ni de leurs propriétés, ni de la manière dont ils agissent les uns sur les autres, nous sommes absolument obligés, pour parvenir à cette connaissance d’avoir recours aux Expériences et aux observations. Lorsque nous faisons attention à ce qui se passe dans les corps, nous remarquons qu’ils agissent les uns sur les autres par un attouchement mutuel et quelquefois sans se toucher. On donne à la première de ces actions le nom de pression et de choc, et la seconde est connue sous le nom d’attraction. Les philosophes ont examiné la première de ces actions, et ils ont d’abord supposé sans beaucoup approfondir cette matière, qu’il n’y avait que celle là qui eut lieu. Delà vient qu’ils ont voulu faire dépendre du choc et de la pression tous les phénomènes qui se présentaient. C’est aussi sur cela que Descartes a imaginé sa matière subtile, et qu’il la fait servir partout, quoiqu’elle ne soit qu’une pure fiction » [39].
Pour les newtoniens, Dieu est toujours actif dans le Monde en continuelle évolution. Il existe « un Être incorporel, vivant, intelligent, tout-présent, qui dans l’espace infini, comme si c’était dans son « sensorium », voit intimement les choses en elles mêmes, les aperçoit, les comprend entièrement et à fond, parce qu’elles lui sont immédiatement présentes » [40].
Cependant ce combat idéologique auquel participent les rédacteurs des Mémoires ne doit pas masquer que, dans la Compagnie de Jésus, la seule physique reconnue est encore celle d’Aristote. Les pères favorables aux idées cartésiennes doivent faire preuve de prudence dans leur enseignement. En 1706, la quinzième congrégation générale de la Compagnie prohibe de l’enseignement une trentaine de propositions dont la plupart concernent le système de Descartes. La dernière est sans appel: « le système de Descartes peut être soutenu comme une hypothèse dont les principes et les postulats ont une juste cohérence entre eux et avec leurs conclusions » [41]. À la seizième congrégation ( 1731), il est encore demandé aux pères de « suivre l’aristotélisme non seulement en logique et en métaphysique, mais aussi dans la philosophie naturelle, où le système péripatéticien des principes et de la constitution du corps naturel ne doit pas être omis » [42].
Ainsi, malgré les directives de la Compagnie, les Mémoires reflètent le succès chez les Jésuites français, du cartésianisme qui gagne aussi l’opinion éclairée à la fin du XVIIe siècle. Bien des pères se rallient non seulement à la méthode cartésienne mais aussi au système de Descartes [43]. Or, cette physique si longtemps combattue triomphe au moment où les théories de Newton commencent à se propager. Fontenelle, qui avait popularisé la physique cartésienne [44], sent bien le danger que représentent les Principia lorsque, en 1731, il écrit:
« Le système général de Descartes était le système dominant chez la plus grande partie des philosophes, qui ne laissaient pas, cependant, de bien sentir les difficultés qu’il renferme, lorsque M. Newton, ou donna plus de force à ces difficultés, ou en proposa de nouvelles, de sorte que les fondements de tout l’édifice cartésien parurent absolument renversés » [45].
Cependant au début du siècle, de nombreux savants pensent que, moyennant une modification de certaines hypothèses de Descartes, il sera possible de conserver l’esprit de son système. Le premier physicien qui répond aux défis lancés par les newtoniens a été l’abbé Villemot qui publie Une nouvelle explication du mouvement des Planètes (Lyon, 1707) dont les Mémoires de Trévoux donnent un compte rendu très circonstancié [46]. L’auteur, pour la première fois, tente, dans le cadre de la théorie des tourbillons, de démontrer les lois de Kepler. C’était là une des objections fortes contre la physique tourbillonnaire qui ne pouvait pas, selon Newton, rendre compte des mouvements des planètes. « L’hypothèse des tourbillons, écrivait-il, répugne à tous les phénomènes astronomiques, et paraît plus propre à les troubler qu’à les expliquer » [47].
En 1714, la seconde édition des Philosophiae naturalis principia mathematica retient toute l’attention des Mémoires. Le journaliste admet que l’ouvrage jouit d’une grande réputation parmi les Géomètres mais n’oublie pas de rappeler qu’il « est contesté entre les Physiciens, qui la plûpart ne sçauroient s’accomoder d’une attention naturelle [l’attraction], qu’il prétend être entre tous les corps » [48]. De plus, il ne manque pas de noter que la théorie de Newton concernant la figure de la terre s’oppose à l’opinion de Cassini.
Mais d’autres objections à la théorie des tourbillons restaient encore bien embarrassantes. Huygens, dans son Discours sur la cause de la pesanteur (Leyde, 1690), montre que si la matière céleste tournait suivant des cercles parallèles, les graves devraient tomber suivant des droites perpendiculaires à l’axe de la Terre. De plus, si l’on voulait rendre compte de l’amplitude de la pesanteur, il convenait d’augmenter considérablement la vitesse de rotation de la matière céleste. Le premier compte rendu d’importance sur ce sujet concerne l’ouvrage de Bouillet [49], lequel propose une explication qui confirme les petits tourbillons que Malebranche avait introduits dans la physique de Descartes. Cependant, cette nouvelle interprétation de la pesanteur ne convainc pas complètement l’auteur du compte rendu qui met en exergue les contradictions de ce système. Ainsi, il s’étonne que Bouillet accrédite l’idée « que les corps pesent moins à l’équateur qu’aux poles, & [que] en même tems la terre est un ellipsoïde allongé comme un œuf d’un pole à l’autre ». Ceci contredisait « le sentiment de tous les Philosophes & Mathématiciens les plus habiles, de M. Huguens, de M. Cassini, de M. Newton, de M.Villemot, et je ne vois pas qu’on puisse penser autrement » [50].
En 1733, les Mémoires ne peuvent passer sous silence la parution de la brochure de Maupertuis intitulée Discours sur les différentes figures des astres…
Avec une exposition abrégée des systèmes de Mr. Descartes et de Mr. Newton [51]. En effet, Maupertuis est l’introducteur du newtonisme en France auquel il se « convertit » après un voyage en Angleterre en 1728. Son discours est passé au peigne fin par le journaliste qui en commente les principales propositions:
l’aplatissement de la Terre, l’explication de la pesanteur, le mouvement des comètes et des planètes. Aux mesures de Richer faites à Cayenne sur la longueur d’un pendule battant la seconde qui confirment l’aplatissement de la terre aux pôles, les Mémoires opposent les mesures géographiques de Cassini et Maraldi, pour qui « la terre, au lieu d’être un sphéroïde rehaussé à l’équateur et rabaissé aux poles, est un ellipsoïde allongé aux poles et rabaissé à l’équateur » [52]. En ce qui concerne l’explication de la pesanteur, le journaliste renonce à défendre les cartésiens et conclut: « en un mot la chûte des corps par la force centrifuge du tourbillon, paroît un système absolument désespéré» [53]. Quant à la route « bizarre » des comètes, elle se révèle aussi comme un problème redoutable, mais le commentateur ne veut pas envisager que les comètes puissent croiser le tourbillon des planètes. Lorsque Maupertuis démontre les lois de Kepler à partir du principe de l’attraction et qu’il affirme que celui-ci est bien établi par les faits, on lui répond que les cartésiens ont toujours appuyé leurs hypothèses sur des faits bien réels alors que les newtoniens usent « de faits purement mathématiques [qui] sont bien plutot des possibilités abstraites que des faits » [54]. Pour finir, les Mémoires insinuent que Newton lui-même ne croit pas au vide et à l’attraction:
«[Il] paroit n’en avoir jamais osé soutenir ni présenter l’idée, qu’après s’être enveloppé de la plus grande géométrie. Toutes les fois qu’il a parlé à découvert et pour le public, il a toujours modifié son discours, et adouci ses idées par des peut-être, par des suspensions, par des correctifs » [55].
Le Discours de Maupertuis n’a aucun écho en France. À l’Académie où les cartésiens sont encore nombreux, il se heurte à l’hostilité de J. Cassini, de Saurin, de Mairan et dans une moindre mesure de Fontenelle. En revanche, il est bien accueilli en Allemagne et surtout en Hollande. Mais en 1738, il trouvera en Voltaire un avocat et un vulgarisateur efficace qui publie les Elemens de la philosophie de Newton, mis à la portée de tout le monde. Dans les Mémoires, deux articles sont consacrés à cet ouvrage [56]. Ils rendent hommage au talent de l’auteur qui met à la portée de tous la plus subtile géométrie réservée aux seuls savants. C’est Voltaire qui sort de l’abîme les Principia que Newton qualifiait lui-même de hard book. Les pères jésuites en conviennent: «À peine les nouveaux elemens ont paru, qu’on les a vûs dans les mains de tout Paris, & dans toutes sortes de mains. Le prix n’arrête personne. On les enlève. On se les arrache. Chacun veut au moins en lire un chapitre, en parcourir les tîtres, dévorer le livre des yeux » [57]. Mais ils trouvent que l’auteur a traité d’une manière cavalière tous nos « philosophes français » et ils ne désarment pas quand ils continuent d’affirmer: « Le système de M. Newton est mathématiquement, géométriquement, hypothétiquement admirable, il perd toute sa force, dès qu’on le prend physiquement, litteralement & historiquement » [58]. Ils restent favorables aux ouvrages des pères Castel [59] et Regnault [60], tous deux cartésiens.
Après la publication des Elémens de Maupertuis et du livre de vulgarisation de Voltaire, le newtonisme se propage en France. On traduit les ouvrages des physiciens hollandais, de Van Musschenbroek, un des plus forts Newtoniens de l’Europe [61], et de S’Gravesande [62]. Le ton se fait plus acerbe contre Newton.
Dans « Le vrai système de physique générale de M. Isaac Newton, exposé et analysé en paralelle avec celui de Descartes;à la portée du commun des physiciens » [63], le père Castel accuse le philosophe anglais de tromper ses lecteurs.
Dans les comptes rendus de cet ouvrage, le rédacteur, après avoir souligné l’impartialité de l’auteur, marque sa défiance envers la « méthode » newtonienne:
« Newton lui-même, à qui la Géométrie en doit de si belles, a bien plus appauvri la Physique, qu’il ne l’a enrichie. C’est que la Géométrie chez Newton, servoit bien plus à envelopper, à obscursir, ou à détruire les vraies idées de Physique & de Méchanisme, qu’à corriger ou à perfectionner les anciennes et à en établir de nouvelles. Au lieu que chez Descartes, l’obscurité de sa Géométrie n’influa jamais sur sa physique, bien loin de la mettre tout-à-fait hors de la portée ordinaire des esprits » [64].
Castel accuse Newton de faire des suppositions tacites qui sont cachées « sous le nuage d’une forte Géométrie pour être aperçu[es]». Non seulement la géométrie fait écran, mais le système est erroné parce qu’il s’appuie sur les mathématiques. On comprend la déception de Voltaire qui espérait une plus grande ouverture d’esprit de la part des Jésuites. Il écrit en 1735 au Père Tournemine: « Je souhaiterais que les jésuites qui ont les premiers fait entrer les mathématiques dans l’éducation des jeunes gens fussent aussi les premiers à enseigner des vérités aussi sublimes » (la philosophie de Newton) [65].
Pendant toute cette période, les Académiciens cartésiens se montrent résolus à défendre bec et ongle la théorie des tourbillons et forment un front uni sur tous les points litigieux. Les Mémoires accordent une attention particulière aux Leçons de physique de Privat de Molières [66]. Ils consacrent un compte rendu détaillé à la parution de chacun des tomes de cet ouvrage. Le premier tome est l’occasion pour le rédacteur de préciser le projet de l’Académicien. Il écrit:
« Mais ce qui surprendra sans doute dans son dessein, c’est que malgré l’incompatibilité plus qu’apparente du Cartésianisme & du Newtonisme, il entreprenne de réunir en quelque manière Descartes avec Newton, le plein avec le vuide, & l’impulsion avec l’attraction, ou (pour parler plus juste) de nous mettre en état de profiter sans aucun inconvénient, des avantages incontestables de la Physique Angloise, sans rien perdre de la supériorité de la physique Françoise; en un mot de conserver le sistème du plein, & d’y introduire les belles découvertes, qui sembloient réservées uniquement au système du vuide » [67].
Il s’agissait donc pour Privat de Molières de montrer que, des principes cartésiens, on pouvait tirer les idées de Newton « afin que ces systèmes allant de pair, ils puissent contribuer tous deux également à la perfection de la physique » [68].
Cette tentative de s’accaparer les découvertes newtoniennes en les « démontrant » dans le cadre de la physique cartésienne, même au prix d’une multiplication des petits tourbillons de Malebranche, emporte l’adhésion de Fontenelle qui écrit: « Monsieur l’Abbé de Molières conserve donc toute la théorie de M. Newton; seulement il la rend en quelque sorte moins newtonienne, en la dégageant de l’attraction, et en la transportant dans le plein » [69]. Pourtant, cette position suscita de nombreuses lettres polémiques de la part des lecteurs des Mémoires sur l’explication toujours controversée touchant la cause de la pesanteur. Sigorgne polémique avec l’Académicien en écrivant une réfutation des Leçons de physique [70]. Par l’intermédiaire du journal, partisans et adversaires s’écrivent de nombreuses lettres où les uns défendent pied à pied les Leçons de physique et les autres mettent le doigt sur les « plaies » jamais cicatrisées de la théorie cartésienne. Par exemple, Sigorgne réfute l’explication de la pesanteur. L’auteur du compte rendu prend à son compte ces critiques: « M. Sigorgne remarque, ce que nous avons nous-mêmes vingt fois remarqué & répété & prouvé, que depuis plus de 30 ans cette explication de la pesanteur par là [les petits tourbillons], étoit une affaire totalement deses-pérée chez les Sçavants » [71]. En revanche, Privat de Molières est défendu par Le Corgne de Launay [72]. Il n’est pas question ici d’entrer dans les détails de la polémique, mais à la lecture de ces comptes rendus on voit nettement le journal résister à la mélodie des petits tourbillons. Ainsi dans le compte rendu d’avril 1742, son rédacteur critique le porte parole de Privat de Molières et conclut:
« Mais enfin comment concilier les effets que nous voyons avec les principes que l’on veut nous faire admettre? Peut-être sommes-nous trop curieux. La curiosité qui bâtit les sistêmes est la premiere à les renverser »; mais il ajoute: « Il faut aussi convenir qu’il est beaucoup plus difficile de bien soutenir un système que de bien l’attaquer… si l’on réussissoit à crever, ou à dissiper un petit tourbillon il serait fort à craindre qu’avec la même méthode on ne fit bien-tôt un cahos de ce merveilleux arrangement de tourbillons qui ouvre une si belle carrière à l’imagination » [73].
Vers 1740, après l’expédition de Laponie et avant même le retour des astronomes du Pérou, la question de la forme de la Terre consacre la théorie de Newton. En fait, le newtonisme a gagné la partie. Dans le compte rendu du livre de Clairaut sur la Théorie de la figure de la Terre, tirée des principes de l’Hydrostatique ( 1744), on peut lire: « Quant à l’applatissement de la Terre au Pôle, il [Clairaut] regarde la mesure des degrés de Tornea & de Paris, plus que suffisante pour l’établir » [74]. Mais Fontenelle ne désarme pas. Bien après la publication des Entretiens sur la pluralité des mondes ( 1686), il publie une Théorie des tourbillons cartésiens avec des réflexions sur l’attraction ( 1752). Les Mémoires écrivent alorsque:
« les Mondes & la théorie des Tourbillons sont deux ouvrages, qui se ressemblent assez pour être du même auteur, & qui sont trop différens pour avoir les mêmes lecteurs. Là c’est un philosophe agréable, qui tire le Cartésianisme de ses ténèbres, & le met dans le plus beau jour; ici c’est un physicien profond, qui s’enfonce dans le même systême, & en sonde les mystères » [75].
Il faut attendre 1747 pour que la théorie de Newton entre à l’Université de Paris avec l’ouvrage de l’abbé Sigorgne: Institutions newtoniennes ou introduction à la philosophie de M. Newton (Paris, 1747) [76]. Le ton des commentaires change. Les Mémoires adoptent (presque) le concept d’attraction dont les cartésiens, nous dit-on, ne peuvent pas se passer. Les particules du tourbillon ultime ne s’évadent pas. Par quoi sont-elles retenues puisqu’il n’y a plus de matière au-delà du dernier tourbillon? C’est donc l’attractionqui agit. On finit par louer la physique mathématique: « N’est-il pas suffisamment decidé par les institutions Newtoniennes, que tout vrai Physicien, de quelque secte qu’il soit, doit se plonger dans les mathématiques, s’il veut contribuer à diminuer les incertitudes de la Physique ordinaire » [77]. En conclusion, le journaliste demande que l’on cesse d’opposer les deux « philosophes » et ajoute: « Ce que désireroit le Journaliste, c’est qu’on considérat que Descartes & Newton n’ont pas vêcu ensemble. Descartes a précédé, & a ouvert le chemin de la véritable Physique.
Quelle gloire pour son nom ! » [78].
***
Cette étude à la fois quantitative et ponctuelle est certainement trop limitée pour que l’on puisse en tirer des conclusions tranchées. L’analyse de la fréquence des comptes rendus suivant les sujets traités a montré, sur la période 1701-1762, un changement de préoccupation des pères jésuites. La théologie et l’histoire, qui avaient leur préférence au début du siècle, sont délaissées au profit des sciences et arts. Parmi ces dernières, les sciences proprement dites l’emportent dès 1730, avec une nette préférence pour les mathématiques et la physique. Cet engouement pour les sciences physico-mathématiques s’explique, nous semble-t-il, par l’enjeu auprès de l’opinion des systèmes explicatifs du monde et in fine de la place de Dieu dans l’univers. Il est significatif que la seule critique de Sigorgne à laquelle Privat de Molières réponde concerne l’existence de Dieu. Pour lui, le mouvement se communique dans le choc,
« selon des règles qui ne peuvent avoir pour Auteur qu’un Dieu souverainement intelligent… La loi du choc est fondée… sur une raison de convenance & non sur une raison géométrique; la nécessité de cette loi ne suit point de la nature de la matière, mais de l’idée d’un Dieu souverainement intelligent, qui gouverne le monde par les règles les plus proportionnées à la fin qu’il a en vûe » [79].
Sous la matière se cache l’action de Dieu. Ce débat métaphysique fut le ressort du développement des sciences. Ne faut-il pas pour guider les âmes, nous dit Regnault, s’appuyer sur une physique qui « offre à l’esprit et à l’imagination, non seulement les phénomènes que nous voyons, mais les causes et les ressorts dont l’action invisible donne ce spectacle de l’univers » [80]?
 
NOTES
 
[1] Une première version de ce texte a été présentée au Dixième Congrès International des Lumières, Dublin, 25-31 juillet 1999.
[2] Mémoires de Trévoux ( désormais M.T.), février 1701. Voir aussi Pascale FERRAND, « Mémoires de Trévoux 1 ( 1701-1767)», in Jean SGARD éd., Dictionnaire des Journaux 1600-1789, Oxford-Paris, Voltaire Foundation-Universitas, 1991, p. 805-816.
[3] M.T., janvier 1712.
[4] M.T., juin 1746.
[5] M.T., décembre 1755.
[6] Voir à ce sujet l’ouvrage pionnier: François FURET et Alphonse DUPRONT éd., Livre et société dans la France du XVIIIe siècle, Paris-La Haye, Mouton, 2 vol., 1965-1970, ainsi que Jean QUÉNIART, Culture et Société Urbaines dans la France de l’Ouest au XVIIIe siècle, Paris, Klincksieck, 1978.
[7] Jean EHRARD et Jacques ROGER, « Deux périodiques français du XVIIIe siècle: Le journal des Savants et Les Mémoires de Trévoux. Essai d’une étude quantitative », in Livre et société…, op. cit., p. 33-59.
[8] Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, par une société de gens de lettres…, Paris, 1751, t. 1, p. XLVII.
[9] Jacques-Charles BRUNET, Manuel du libraire et de l’amateur de livres, Paris, 1860-1865, 6 vol.
[10] Les tables dressées à la fin de telle ou telle année de parution des Mémoires n’y sont pas étrangères. Mais leur contenu varie avec les ouvrages recensés dans l’année. Ainsi, en 1730, les ouvrages sont regroupés dans les catégories suivantes: 1. Religion; 2. Histoire ecclésiastique, civile, littéraire, Antiquités; 3. Généalogie. Géographie. Chronologie. Philosophie. Mathématiques; 4. Physique, Histoire naturelle, Médecine; 5. Art militaire, Poésie, Grammaire, Éloquence, Musique, Mécaniques. 6. Mélanges. Mais en 1734, on a: 1. Religion, Écriture sainte, Théologie, Histoire ecclésiastique;2. Histoire profane, Antiquitez; 3. Politique, Droit, Botanique, Philosophie, Mathématiques, Astronomie, Géographie, Chronologie, Médecine, Histoire naturelle; 4. Poésie, Grammaire, Éloquence, Romans, Mélanges littéraires.
[11] Carlos SOMMERVOGEL, Table méthodique des Mémoires de Trévoux (1701-1775), Paris, 1864. Sommervogel a tenu compte de tous les ouvrages de cette « bibliothèque », ceux dont on fait uniquement l’annonce, ceux dont on fait l’analyse. Il n’a éliminé de son catalogue méthodique que les ouvrages étrangers qui n’ont pas fait l’objet d’un compte rendu. Ce qui, probablement, ne modifie pas drastiquement les proportions des différentes disciplines.
[12] F. FURET, « La librairie du royaume de France au XVIIIe siècle », in Livre et société, op. cit., p. 3-32. On sait depuis ce travail que les permissions d’imprimer de la Librairie française ne représentent pas toute la production imprimée. Elles donnent cependant un ordre de grandeur repris par toutes les études sur le livre au XVIIIe siècle.
[13] M.T., janvier 1707.
[14] Voir à ce sujet Christian ALBERTAN, Apogée et fin des Mémoires de Trévoux (1751-1762). Un moment dans la pensée française du XVIIIe siècle, Thèse de doctorat d’État, Université de Paris IV, 1999, p. 138. Il faut rappeler en effet que les rédacteurs des Mémoires constituent une équipe de 3 à 5 personnes, même si celle-ci est dominée par les grandes figures des directeurs du journal (Tournemine ou Berthier). Ces auteurs sont officiellement nommés par les supérieurs de la Compagnie de Jésus. Le journal appartient d’ailleurs, au plan juridique, au recteur du Collège Louis-Le-Grand.
[15] M.T., janvier 1712.
[16] M.T., mai 1730.
[17] M.T., janvier 1734.
[18] Ibidem.
[19] Pour plus de détails, voir Jean SGARD, « Chronologie des Mémoires de Trévoux », Dix-huitième siècle, n° 8, 1976, p. 189-192.
[20] M.T., novembre 1753.
[21] Cette estimation est donnée par Ch. ALBERTAN, op. cit., p. 631.
[22] Ch. ALBERTAN, op. cit. : « Les contours du lectorat », p. 590-632.
[23] Henri-Jean MARTIN, « Une croissance séculaire », in Roger CHARTIER, Henri-Jean MARTIN éd., Histoire de l’Édition française, t. II, Le livre triomphant ( 1660-1830), Paris, rééd. Fayard, 1999, p. 113-127.
[24] Cité par R. CHARTIER, Les origines culturelles de la Révolution française, Paris, Seuil, 1991, p. 114.
[25] M.T., mai 1702.
[26] J. EHRARD et J. ROGER, art. cit.
[27] Encyclopédie ou dictionnaire…, op. cit., t. 1, p. XXX.
[28] M.T., octobre 1754.
[29] François Furet, op. cit.
[30] H.-J. MARTIN, Livre, pouvoirs et société à Paris, Genève, Droz, 1984, t. II, p. 871-872.
[31] François de DAINVILLE, L’éducation des jésuites, Paris, Éditions de Minuit, 1978, p. 357.
[32] Cet ouvrage connut trois éditions successives entre 1690 et 1720. Les M.T. n’en font pas de recension.
[33] M.T., janvier et février 1765.
[34] Dès la fin du XVIIe siècle, James et David Gregory à Cambridge et John Keill à Oxford sont les premiers physiciens à enseigner les théories de Newton.
[35] M.T., février 1710.
[36] Ibidem.
[37] R. DESCARTES, Principes, Seconde partie ( 16 : Qu’il ne peut y avoir aucun vuide au sens que les Philosophes prenent ce mot), Oeuvres de Descartes publiées par Charles Adam & Paul Tannery, Paris, Vrin, 1996, vol. IX, p. 71.
[38] Ibidem, vol. IX, p. 83.
[39] Van MUSSCHENBROEK, Essai de physique, t. 1, Leyde, 1739, p. XV.
[40] Isaac NEWTON, Traité d’optique, Paris, Gauthier-Villars, 1955, p. 445.
[41] G. SORTAIS, « Le cartésianisme chez les jésuites français au XVIIe et au XVIIIe siècle », Archives de philosophie, vol. VI, cah. 3, p. 1-93.
[42] Cité par F. de DAINVILLE, op. cit., p. 373.
[43] G. SORTAIS, art. cit.
[44] FONTENELLE, Entretiens sur la pluralité des mondes, Paris, 1686.
[45] Histoire de l’Académie des Sciences, 1731, p. 92.
[46] M.T., mai 1708.
[47] Cité par P. BRUNET, L’introduction des théories de Newton en France au XVIIIe siècle, Genève, 1970, Slatkine p. 5.
[48] M.T., février 1718.
[49] BOUILLET, Dissertation sur la cause de la pesanteur qui a remporté le prix à l’Académie royale des Belles-lettres, Sciences et Arts, Bordeaux, 1720. M.T., janvier 1722.
[50] Ibidem.
[51] M.T., avril 1733.
[52] Ibidem.
[53] Ibidem.
[54] Ibidem.
[55] Ibidem.
[56] M.T., août et septembre 1738.
[57] Ibidem.
[58] Ibidem.
[59] CASTEL, Traité de physique sur la Pesanteur Universelle des Corps, Paris, 1724. M.T., mars 1724.
[60] REGNAULT, Les entretiens physiques d’Ariste et d’Eudoxe, ou, Physique nouvelle en Dialogues, qui renferment précisément ce qui s’est découvert de plus curieux et de plus utile dans la Nature, Paris, 1729, seconde édition, M.T., février, mars et avril 1730; L’origine ancienne de la physique nouvelle, Paris, 1735, M.T., mars, mai et août 1735.
[61] M.T., août et septembre 1738.
[62] Le père Castel donnera aux M.T., dès 1721, un compte rendu acerbe de l’édition latine de son ouvrage: Physices elementa mathematica experimentis confirmata, sive introductio ad philosophiam newtonianam, Leyde, 1720, dont la traduction en français paraîtra en 1746.
[63] M.T., octobre et décembre 1743.
[64] Ibidem.
[65] Cité par SOMMERVOGEL op. cit., p. XLVII.
[66] PRIVAT DE MOLIÈRES, Leçons de physique, Paris, 1733-1739, 4 vol.
[67] M.T., novembre 1734.
[68] Ibidem.
[69] Histoire de l’Académie des Sciences, 1733, p. 131.
[70] SIGORGNE, Examen et réfutation des leçons de physique, expliquées par M. de Molières au Collège Royal de France, Paris, 1741; M.T., juillet 1741.
[71] Ibidem.
[72] M.T., juillet 1741; mars et avril 1742.
[73] M.T., avril 1742.
[74] M.T., janvier 1744.
[75] M.T., septembre 1752.
[76] Les M.T. consacreront deux articles à l’ouvrage de Sigorgne (novembre et décembre 1747).
[77] M.T., novembre 1747.
[78] M.T., décembre 1747.
[79] M.T., juillet 1741.
[80] cité par F. de DAINVILLE, op. cit., p. 373.
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[20]
M.T., novembre 1753. Suite de la note...
[21]
Cette estimation est donnée par Ch. ALBERTAN, op. cit.,...
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[22]
Ch. ALBERTAN, op. cit. : « Les contours du lectorat », ...
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[23]
Henri-Jean MARTIN, « Une croissance séculaire », in Roger ...
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[24]
Cité par R. CHARTIER, Les origines culturelles de la Ré...
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[25]
M.T., mai 1702. Suite de la note...
[26]
J. EHRARD et J. ROGER, art. cit.