2001
Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine
Religion et société dans la France
moderne
« Sciences et Arts » dans les Mémoires de Trévoux ( 1701-1762)
Marie-Hélène Froeschlé-Chopard
Marie-Hélène FROESCHLÉ -CHOPARD,
C.R.H., UMR 8558 CNRS- E.H.E.S.S. 54, boulevard
Raspail, 75006 Paris
Michel Froeschlé
Michel FROESCHLÉ, Observatoire
de la Côte d’Azur, UMR 6527 CNRS Avenue Copernic, 06130 Grasse
Marie-Hélène FROESCHLE-CHOPARD, Michel FROESCHLE Sciences et Arts
dans les Mémoires de Trévoux ( 1701-1762) Organe de la Société de Jésus, les
Mémoires de Trévoux affirment vouloir «donner au public un état fidèle de tout
ce qui parait de curieux tous les jours dans le monde, en quelque genre de
science que ce soit». Toutefois, les Mémoires de Trévoux luttent aussi contre
la «philosophie» du siècle. Leurs comptes rendus, qui se situent entre ces deux
perspectives, opèrent des choix. Du début du journal ( 1701) jusqu’à la
suppression des Jésuites en France ( 1762), on relève 6758 mentions d’ouvrages
ou comptes rendus. Ce nombre correspond approximativement au quart des demandes
de permission d’imprimer «publiques ou tacites» On peut donc étudier les
recensions des Mémoires de Trévoux comme une sorte de bibliothèque idéale
offerte au public. Bien des aspects de cette bibliothèque montrent que les
Jésuites ont le souci de rester fidèles à l’actualité. Il s’agit de livres
récents. Par ailleurs, le journal accorde aux Sciences et arts et à l’Histoire
une importance analogue à celle que ces matières occupent dans la pro~duction
générale des livres. Enfin et surtout, dans ces recensions comme dans cette
pro~duction, le nombre des ouvrages de Théologie s’effondre et celui des
ouvrages de Sciences et arts est en constante progression. Ce résultat montre
que les Mémoires de Trévoux, consti~tuent le reflet de l’opinion «éclairée».
Dans ces Sciences et arts, les comptes rendus concernant les sciences sont de
loin les plus fréquents. Parmi ceux-ci, les ouvrages de physique et de
mathématiques ont pris le dessus. Pour guider les âmes, il faut s’appuyer sur
une physique qui «offre à l’esprit et à l’ima~gination, non seulement les
phénomènes que nous voyons, mais les causes et les ressorts dont l’action
invisible donne ce spectacle de la nature» Un thème parcourt toute la période:
c’est la confrontation de la physique de Descartes à celle de Newton. La
Compagnie de Jésus, qui reste fidèle, en principe, à l’en~seignement d’Aristote
dans les collèges, est en fait ralliée au cartésianisme et s’ouvre de plus en
plus à la philosophie de Newton qui com~mence à s’implanter sur le continent et
dans l’opinion éclairée.
The Mémoires de Trévoux, as the organ of the Company of Jesus,
aimed at «providing the public with a faithful inventory of all note~worthy
scientific publications of the day». It also set out to combat the «philosophy»
of that century. The two stances made choice neces~sary and the reviews reflect
such choices. The Journal, which existed from 1701 until the Jesuits were
expelled from France in 1762, contains 6758 reviews and references to
books.These correspond to approximately one quarter of all requests for «public
or tacit» printing authorisation, meaning that the reviews contained in the
Mémoires de Trévoux can be studied as a sort of ideal library avai~lable to the
public. In many respects it is obvious that the Jesuits wanted to present a
faithful picture of their day. Firstly, reviews concern newly published works.
Secondly, the subjects of History and «sciences et arts» are treated in
proportion to their importance in general book production. Finally and most
importantly, book publication and book review activities point to the increased
appeal of books dealing with «sciences et arts» and a sharp fall in the number
of books on theology, a sure indication that the Mémoires de Trévoux reflect
«well-informed» public opinion. The subjects most frequently reviewed in the
category of «sciences et arts» «are scientific, with mathematics and physics
coming foremost. Physics, it is expected, will contribute to man’s spiritual
guidance by «satisfying the soul and the imagination with descriptions of
visible phenomena and the invisible causes and motives that produce the
spectacle of nature.» The entire period is marked by the confrontation of
Cartesian and Newtonian physics. In theory, the Company of Jesus remains
faithful to the teachings of Aristotle in schools, while in reality it has
ral~lied Cartesianism and is increasingly receptive to the philosophy of Newton
which has begun to reach the continent and to penetrate well~informed
circles.
Organe de la Société de Jésus, les
Mémoires de Trévoux sont, on le sait,
composés surtout de comptes rendus de livres récents dont les journalistes
voudraient, comme l’abbé Desfontaines (qui deviendra directeur du Journal des
Savants en 1723), « faire connaître le mérite… sans pour autant mêler une
critique directe »
[1].
Mais plus encore que pour le
Journal des
Savants, cet idéal de neutralité ne peut être qu’un leurre dans une
publication qui lutte contre le protestantisme, le jansénisme et surtout la «
philosophie » du siècle. Bien que les journalistes affirment vouloir « donner
au public un état fidelle de tout ce qui paroît de curieux tous les jours dans
le monde, en quelque genre de science que ce soit », les Mémoires opèrent un
choix et ne se privent pas de jugement
[2]. Dans la livraison de janvier 1712, on peut
lire:
« Nous ne pouvons nous dispenser de mêler de la critique dans
nos extraits, agir autrement, ce seroit manquer à nos devoirs les plus
essentiels, ce seroit trahir les lecteurs qui nous prennent pour guides dans la
connoissance des livres, que de se laisser séduire par des titres imposans, que
de leur cacher les écueils où ils donneront infailliblement »
[3].
Ceci reste vrai même si, trente ans plus tard, le Père
Berthier, en janvier 1746, tempère les ardeurs de ses devanciers:
« Nous regardons nos Mémoires plutôt comme un lieu d’entrevue
et un terme de réconciliation pour les auteurs, que comme un champ de bataille.
C’est une sorte de congrès littéraire où les intérêts se traitent à l’amiable,
où ceux qui tiennent la plume se renferment dans la qualité de médiateurs, et
leur attention doit être d’en remplir toujours les devoirs avec
fidélité» [4].
Les Mémoires de
Trévoux se situent donc entre le miroir de la production du siècle
et le choix dans cette production.
Vouloir mesurer l’influence du périodique dans la diffusion des
sciences et arts au
XVIIIe siècle, c’est nécessairement chercher à repérer la
vision du monde, la hiérarchie des valeurs, la place de la nature dans
l’expression du groupe social qui « fabrique » le journal. Un périodique est,
consciemment ou inconsciemment, un instrument d’interprétation au service d’un
groupe dans les débats d’opinion d’une époque. Se proposer d’analyser le «
comportement » des Mémoires de Trévoux
vis-à-vis des sciences et arts, c’est
tenter de repérer dans le journal l’importance de cette catégorie et d’essayer
d’analyser le dispositif de sélection mis en œuvre par l’ensemble des acteurs
du journal, les Jésuites ou leurs collaborateurs occasionnels.
In fine, les
Mémoires de Trévoux constituent pour
les Jésuites une « bibliothèque » idéale et une bibliothèque de
combat.
Mais le catalogue de cette bibliothèque n’a pas été dressé au
XVIII
e siècle, bien que les Jésuites y aient songé: « On y
pensa sérieusement en 1745, mais les libraires chargés de ce journal, l’étant
aussi de celui des Sçavans, crurent devoir d’abord commencer par donner une
table à ce dernier, comme plus ancien »
[5]. En l’absence de table méthodique, il faut donc
extraire les livres de
sciences et
arts de l’ensemble des comptes rendus, ce qui revient à classer la
totalité des ouvrages dans les cinq grandes catégories des libraires du
XVIII
e siècle:
théologie,
droit,
sciences et
arts,
belles lettres et
histoire.
Toutefois, la réalisation pratique de ce classement pose un
certain nombre de problèmes qui ont été maintes fois soulignés
[6]. Le premier vient de la
complexité de ces grandes catégories, particulièrement celle des
sciences et arts qui réunit la
philosophie (métaphysique, morale, applications de la morale), les sciences
physiques et chimiques, les sciences naturelles, les sciences médicales, les
sciences mathématiques (mathématiques, astronomie, art militaire), la
philosophie occulte et enfin les arts (beaux-arts et métiers)
[7]. Cette énumération, qui
paraît bien hétérogène au XX
e siècle, avait cependant sa
pertinence pour les hommes du XVIII
e siècle. Comme la
théologie étudiait les rapports de l’homme à Dieu, le droit et l’histoire les
rapports de l’homme à lui-même, les belles lettres les rapports de l’homme et
de son imaginaire, les sciences et arts étudiaient les rapports de l’homme et
de la nature. Les encyclopédistes n’ont pas adopté une définition très
différente dans l
’Explication détaillée du
système des connoissances humaines qui termine leur
Discours préliminaire. Pour eux, ce
découpage est basé sur la division baconienne des facultés de l’esprit humain:
« la Mémoire, la Raison, l’Imagination », d’où « résulte une distribution
générale de la Connoissance humaine, qui paraît assez bien fondée, en Histoire,
qui se rapporte à la Mémoire, en Philosophie, qui émane de la Raison; & en
Poésie, qui naît de l’Imagination »
[8]. La
philosophie ou la
science, les deux termes sont synonymes,
recouvrent ainsi un vaste domaine (dans lesquels l’
Encyclopédie englobe aussi « la science de Dieu
»), celui de la Raison. Un domaine que les libraires de Paris, reprenant les
classifications des bibliothécaires du XVII
e siècle,
avaient défini empiriquement dans un champ tout aussi vaste
[9].
Mais les limites des
sciences et
arts n’en sont pas pour autant simples à tracer. La seconde
difficulté vient en effet de ce qu’un même ouvrage peut être classé dans deux
catégories différentes. On peut citer, par exemple, les récits de voyage qui,
quelquefois, s’apparentent plus à des comptes rendus d’expéditions
scientifiques qu’à des divertissements. Or, ces récits de voyages sont rangés
par les libraires parmi les livres d’
histoire, qui englobent les ouvrages de
géographie. Ces contradictions restent toutefois limitées si l’on se reporte
aux bibliographies du temps, et il n’est pas de notre propos de revenir sur les
classifications établies par les libraires de Paris et utilisées par tous les
catalogues des grandes bibliothèques du XVIII
e
siècle
[10]. Le père
Sommervogel, qui dressa les tables du journal au XIX
e
siècle, s’est conformé à cette classification. C’est à partir de cet immense
travail que nous avons dressé les statistiques des différentes catégories
d’ouvrages pendant la période étudiée: 1701-1762
[11]. Pour mesurer l’engouement ou le
désintérêt pour chacune des catégories, nous avons dressé un fichier de
l’ensemble des comptes rendus ou des simples mentions d’ouvrages contenant les
items suivants: matière, date de parution de l’ouvrage, date de la mention dans
les
Mémoires de Trévoux, format et
langue.
LES MÉMOIRES DE TRÉVOUX, REFLETS DE L’OPINION
ÉCLAIRÉE
Du début du journal jusqu’au bannissement des Jésuites de
France, on a relevé 6757 mentions d’ouvrages. Ce nombre correspond
approximativement au quart des demandes de permission d’imprimer publiques ou
tacites
[12]. Ainsi
les Mémoires de Trévoux ne cherchent
pas à donner un reflet fidèle de l’ensemble de la production du livre. Les
journalistes, au-delà du seul fait qu’ils ne reçoivent pas des libraires et des
auteurs tous les livres parus, restent en quelque sorte des« militants », dont
le dessein « est d’attaquer sans ménagement les ennemis déclarez de la
religion, et de démasquer ses ennemis cachez »
[13]. D’ailleurs, au cours des années, le
journal essuya de nombreux reproches et dut maintes fois soutenir de violentes
polémiques qui attestent de l’engagement des professeurs du collège
Louis-le-Grand
[14]
:
« Malgré tous nos ménagemens, la délicatesse des auteurs
l’emporte sur notre modération, ceux qu’on ne loue pas sans mesure se
plaignent, s’irritent, quelques-uns éclatent. Que faire? Il faut contenter le
public, rendre notre ouvrage instructif, et laisser crier les auteurs mécontens
» [15].
En outre, au cours des soixante années que nous étudions, le
nombre des recensions ne suit pas, comme l’ensemble de la production imprimée,
une progression régulière. Au contraire, ce nombre qui diminue fortement entre
1720 et 1750 met en évidence l’existence de trois époques dans la vie du
journal (voir schéma 1, page suivante).
La première période ( 1701-1720) correspond à la très féconde
direction du Père Tournemine qui eut la lourde tâche de lancer le journal. On
compte alors en moyenne 150 recensions annuelles. Pendant la seconde période,
ces recensions tombent à moins de 75 par an. Le journal traverse de nombreuses
turbulences. Dans l’avertissement du numéro de janvier 1720, les rédacteurs
écrivent:
« Depuis quelque temps on s’est plaint qu’il n’y avoit plus
de régularité dans la publication de nos Mémoires; que ce n’étoit que retardement; et
quelques personnes ont même cru que nous prétendions par là disposer le monde à
nous voir tout abandonner ».
Au printemps 1731, le journal s’imprime à Lyon. Il subit
souvent des retards. La distribution est irrégulière. Les abonnés, et surtout
les auteurs de mémoires, sont mécontents. On peut lire dans la livraison du
mois de mai 1730 :
SCHÉMA 1
COMPTES RENDUS
« Les directeurs du journal de Trévoux ont appris avec
douleur, que quelques uns des Messieurs de l’Académie des Sciences avoient eu
lieu de se plaindre de la manière dont on avoit fait les extraits de leurs
Mémoires dans les derniers journaux. Ils en ont eu d’autant plus de peine
qu’ils sont pleins d’estime pour cette sçavante Académie qui par ses ouvrages
et ses Lumières contribue avec tant de zèle à la perfection des Arts et des
Sciences et qui est estimée avec justice par tous les savants de l’Europe
» [16].
Il faudra attendre 1734 pour que le duc du Maine prenne à
nouveau le journal sous sa protection, lequel ne sera plus, comme auparavant,
imprimé en province, mais à Paris, sous le contrôle des jésuites de
Louis-le-Grand responsables de sa parution et sans les retards dus aux
difficultés de transport.
Les Jésuites s’engagent
« plus
que jamais à redoubler leur attention et leurs soins, pour remplir avec honneur
le plan qu’ils se sont tracé d’un journal aussi intéressant par le choix et la
variété des sujets, que par la manière de les traiter »
[17].
Ils réaffirment leur volonté de faire du journal le miroir
d’une opinion éclairée: « sans faire parade des divers talens qu’on a réunis en
commun pour donner à ces
Mémoires une
forme plus parfaite, nous attendrons avec docilité le jugement des lecteurs
éclairés, dont nous nous ferons gloire de suivre les lumières »
[18]. Ce redressement aboutit
à la troisième période, vers 1750, dans laquelle le journal retrouve, sous la
direction du Père Berthier qui restera à sa tête jusqu’à la suppression de son
Ordre en France, sa vitalité du début du siècle.
Ainsi, la fluctuation des recensions s’explique par l’existence
de difficultés matérielles, le départ ou l’arrivée de telle personnalité à la
tête de la publication
[19]. Mais le souci des Jésuites reste à tout moment,
celui de satisfaire une certaine opinion, à la fois chrétienne et éclairée,
même s’ils semblent s’être raidis, après 1750, sous le coup des critiques
venues du clan des philosophes.
Lors de la partie de bras de fer entre les responsables de la
publication et les Encyclopédistes, le père Berthier écrit:
« Le Journal de Trévoux n’est point un livre nouveau; il
existe depuis plus de 52 ans: par conséquent le public sçait bien s’il mérite
son estime, ou s’il ne la mérite pas. Au cas qu’il en soit digne, quelques
traits polémiques de l’Encyclopédie ne détruiront pas cette bonne renommée. Si
ce journal n’est pas estimé, ce que l’Encyclopédie pourra dire et répéter à son
désavantage n’aggravera pas beaucoup le poids de son infortune. Mais de l’une
ou de l’autre hypothèse, il résultera toujours pour nous l’obligation étroite
de ranimer nos forces; de redoubler de zèle et d’attention; de chercher dans
les livres plutôt le bien que le mal qu’on peut en dire; de réserver les grands
coups de la critique pour les ouvrages contraires à la religion et aux bonnes
moeurs… » [20].
Ainsi, au dire de son directeur, le journal intéressait un très
large public.
En effet, avec un tirage qui peut atteindre 2000 exemplaires,
il fait partie des quelques périodiques les plus lus en ce milieu du
siècle
[21]. Il est
attesté aussi bien dans les catalogues de vente des bibliothèques que dans les
guides à l’usage des étrangers qui n’omettent jamais de le mentionner comme une
publication de qualité. Enfin, une approche sociologique de ses lecteurs et de
ses correspondants, menée par Christian Albertan, montre que le journal touche
un public divers, constitué peut-être de dévots, mais aussi de gens du monde et
d’érudits qui lui envoient des mémoires
[22].
La masse des ouvrages dont les
Mémoires font le compte rendu confirme sans
conteste que le journal est bien tourné vers un vaste public. Jetons, à titre
d’exemple, un regard sur les formats de ces ouvrages. Dans la « bibliothèque »
de Trévoux, les livres de petits formats atteignent 70% alors que les folios ne
représentent que 6% des recensions. Or, on sait que ces petits formats, qui
permettent pour chaque moment de répit au cours d’une journée de se « réfugier
» dans la lecture, dans la méditation, ont envahi l’édition
[23]. À la fin du
XVIII
e siècle, Louis-Sébastien Mercier note ainsi dans son
Tableau de Paris: « La mode a changé:
on ne recherche plus que les petits formats; on a réimprimé ainsi tous nos
jolis poètes. Ces livrets ont l’avantage de pouvoir être mis en poche, de
fournir au délassement de la promenade, et de parer à l’ennui du voyage
»
[24].
Les Mémoires de
Trévoux suivent également l’actualité éditoriale de près. En effet,
les délais entre la sortie des ouvrages et leur mention ou analyse dans le
journal sont très courts. Plus de 80% des comptes rendus concernent des
ouvrages publiés dans l’année. Cette rapidité apparaît également « en creux »,
quand les Mémoires se font l’écho de
plaintes provenant d’auteurs impatients:
« On supplie ceux qui adressent quelques Livres ou quelques
pièces pour mettre dans ces mémoires, de ne sçavoir point mauvais gré, si nous
ne les faisons pas paroître aussitôt qu’ils pourroient le souhaiter. Nous
sommes obligez de les faire aller dans le rang qu’on nous les a adressés, et
nous ne pouvons pas excéder notablement la mesure du volume de chaque mois
» [25].
On peut voir dans ces retards des réticences ou même des refus
de la part des rédacteurs: les auteurs doivent se conformer à la ligne
directrice des Mémoires. Mais des
indices certains témoignent en faveur d’un journal ouvert aux lecteurs et aux
correspondants «éclairés ». Voyons à ce sujet les recensions des ouvrages
publiés en latin.
À l’image de l’ensemble de la production imprimée, ceux-ci
perdent du terrain face aux langues vernaculaires. Comme l’ont remarqué J.
Ehrard et J. Roger, le latin n’est plus la seule langue d’érudition
[26]. Mais cette chute qui
s’accentue vers 1720, n’est brutale que pour l’ensemble des comptes rendus et
reste très modérée pour les
sciences et
arts (voir le schéma 2).
Dans cette différence entre les sciences et arts et l’ensemble des autres
matières, le journal suit encore la production, mais manifeste aussi un intérêt
particulier pour la production scientifique. En effet, le livre scientifique
est destiné à un public européen. Pour être rapidement diffusé et lu, les
auteurs publient d’abord en latin, les traductions viennent ensuite.
Dans la préface de son Essai de
physique, le physicien van Musschenbroek se plaint de l’abandon du
latin comme langue scientifique universelle. Il pense que les scientifiques
perdent trop de temps à apprendre les langues étrangères.
Les philosophes partagent cette opinion. Dans le
Discours préliminaire de l’Encyclopédie, D’Alembert constate amèrement
que,
« Avant la fin du dix-huitième siècle, un Philosophe qui voudra
s’instruire à fond des découvertes de ses prédécesseurs, sera contraint de
charger sa mémoire de sept à huit Langues différentes; & après avoir
consumé à les apprendre le tems le plus précieux de sa vie, il mourra avant de
commencer à s’instruire. L’usage de la Langue Latine, dont nous avons fait voir
le ridicule dans les matières de goût, ne pourroit être que très-utile dans les
Ouvrages de Philosophie, dont la clarté & la précision doivent faire tout
le mérite, & qui n’ont besoin que d’une Langue universelle & de
convention »
[27].
Lorsque paraît la seconde édition des
Philosophiae naturalis principia
mathematica ( 1714), les Mémoires de
Trévoux font un compte rendu circonstancié mais ne parleront pas, en
1756, de la traduction de la marquise du Châtelet. En revanche, ils mentionnent
la sortie en librairie d’une nouvelle édition de La Recherche de la Vérité, traduite en latin en
1754. Cette traduction leur paraît utile pour les « républicains des lettres »,
même si celle-ci n’a pas les qualités de l’original:
SCHÉMA 2
LES OUVRAGES EN LATIN
« On imagine assez qu’aucun de ceux qui sçauront lire la
Recherche dans la Langue de l’Auteur,
ne s’avisera de recourir au Latin; n’étant pas possible que dans cette dernière
Langue on ait conservé la force et les graces du style de Mallebranche. Mais
les Étrangers profiteront de ce secours; c’est pour eux qu’on a travaillé, pour
eux qu’on s’est soumis aux dégoûts de cette pénible tâche » [28].
Par la rapidité des comptes rendus, par les recensions
d’ouvrages scientifiques écrits en latin, les rédacteurs du journal suivent de
près la production imprimée et la production scientifique. Ils la suivent aussi
dans le choix des sujets.
Dans l’ensemble des livres recensés, les catégories dominantes
sont l’
histoire et les
sciences et arts qui représentent plus
de la moitié des titres. Les
belles
lettres et la
théologie se
situent autour de 20% tandis que le
droit est réduit à la portion congrue ( 4%).
Cette répartition, qui fait une grande place aux
sciences et arts par rapport à celle de la
théologie s’accorde avec celle de la
production du livre au XVIIIe siècle
[29].
Elle s’accorde aussi avec l’évolution de cette production qui
voit la part de la théologie diminuer
au profit de celle des sciences et
arts. On voit dans le journal, comme dans la « librairie » du
royaume, ces deux catégories échanger leur importance respective. Les
recensions touchant les sciences et
arts passent de moins de 20% de l’ensemble au début du siècle à près
de 40% après 1750.
Dans le même temps, malgré un léger sursaut qui s’explique
probablement par la crise de la Bulle Unigenitus entre 1720 et 1730, la
théologie perd progressivement de son
importance et passe de 32% à 10% des recensions. Comme dans la production
générale, les autres matières sont très stables: autour de 4% pour le
droit, de 18% pour les
belles-lettres, de 30% pour
l’histoire. On remarquera là encore,
en particulier dans l’intérêt indéfectible pour l’histoire, la marque de
l’esprit du siècle.
Lorsqu’on se place après 1750, à la fin de cette évolution, une
hiérarchie des matières, et donc des connaissances, semble bien établie:
sciences et arts,
histoire,
belles-lettres,
théologie,
droit. Même dans le journal des
Jésuites, les sciences et arts sont au
premier rang (schéma 3).
Les sciences et arts,
nous l’avons vu, réunissent toutes les connaissances portant sur les rapports
de l’homme et de la nature. L’ordre dans lequel elles se placent, de la
philosophie aux arts mécaniques, suppose une hiérarchie incontestée. La science
est fille de la philosophie, les arts mécaniques sont le stade le plus
élémentaire des savoir-faire de l’homme. Mais, à côté de cette hiérarchie
traditionnelle des connaissances, il en est une autre, celle que détermine
l’intérêt plus ou moins grand porté à chaque discipline, lequel peut se mesurer
au nombre de recensions.
SCHÉMA 3
LES GRANDES CATÉGORIES
Dans les Mémoires,
elle est très nette: les écrits concernant les sciences proprement dites sont,
de loin, les plus fréquents ( 1155 recensions, 62%), contre 472 seulement pour
la philosophie ( 26%), et 224 pour les arts ( 12%).
Ainsi, ce sont les comptes rendus des ouvrages scientifiques
qui expliquent la grande progression de la catégorie
sciences et arts à l’intérieur de la «
bibliothèque » de Trévoux entre 1701 et 1762. Ils passent en effet de 15 titres
par an à près de 35 alors que la philosophie, qui est en progression également,
ne réunit pas 15 recensions par an à la fin de la période (voir le schéma
4).
Voyons, à partir des ouvrages recensés, le contenu de ces
diverses disciplines. Les comptes rendus concernant les arts ne posent pas de
problèmes particuliers de définition. La catégorie est essentiellement
constituée par les beaux-arts ( 189 titres), qui réunissent sans surprise les
ouvrages concernant le dessin, la peinture, l’architecture et la musique. Il
s’y ajoute quelques rares ouvrages traitant des arts et métiers ( 14 titres) et
des « exercices gymnastiques » ( 21 titres).
La philosophie est constituée de trois ensembles. Le premier,
le plus important ( 230 recensions) concerne la « philosophie générale ». Il
rassemble les écrits des philosophes anciens et modernes, la logique et la
métaphysique.
Les ouvrages des « philosophes anciens », peu nombreux, sont
dominés par Cicéron. Chez les « philosophes modernes », beaucoup plus
fréquents, cohabitent des ouvrages d’apologétique luttant contre les déistes et
les athées du siècle (en particulier les réfutations des écrits de Voltaire, de
Diderot ou de d’Holbach) et les ouvrages présentant un système d’explication du
monde dus à Descartes, Leibnitz ou Newton. Avec les traités de ces derniers
auteurs, en particulier les Philosophiæ naturalis
principia mathematica de Newton, la philosophie n’est pas très
éloignée de la « physique ». En revanche, l’apologétique devient prédominante
dans la « métaphysique ». Les deux autres ensembles de comptes rendus touchant
à la philosophie rassemblent des ouvrages de morale ( 92 recensions),
l’économie et l’économie politique ( 148 recensions). Ces chiffres soulignent
l’importance acquise par les applications de la morale et les traités sur la
vie civile.
SCHÉMA 4
SCIENCES ET ARTS
SCHÉMA 5
SCIENCES
Parmi les sciences, c’est en histoire naturelle que les comptes
rendus sont les moins fréquents ( 192). Bien que la médecine reste à un niveau
élevé ( 429 recensions), les sciences « exactes » ( 520 recensions) prennent le
dessus vers 1730. Il s’agit de la physique et des mathématiques qui englobent
aussi l’astronomie et l’optique.
Cette évolution remonte à la fin du XVII
e
siècle. Henri-Jean Martin constatait déjà dans la production des ouvrages
scientifiques de cette époque l’essor des sciences exactes, avec l’intérêt pour
les problèmes de physique (conjectures sur les lois de la pesanteur, sur la
percussion et la chute des corps, sur l’horreur du vide, sur le froid et le
chaud) et l’engouement pour l’astronomie
[30]. L’évolution de l’enseignement dans les collèges
jésuites allait aussi dans ce sens. Entre 1700 et 1761, les chaires de sciences
dans les collèges sont de plus en plus nombreuses et de plus en plus de «
physiciens » en assurent les cours. En 1761, 85 collèges sur 90 enseignent la
physique
[31]. Les
Mémoires ne pouvaient qu’accompagner
ce mouvement.
Mais les comptes rendus des Mémoires montrent que ces questions sont
devenues primordiales vers 1730, bien que, à partir de 1740, les recensions
augmentent régulièrement dans chaque discipline (voir le schéma 5).
LA CONFRONTATION DES PHYSIQUES DE
DESCARTES ET DE NEWTON DANS LES MÉMOIRES DE
TRÉVOUX
Les thèmes abordés sont nombreux mais un seul parcourt, nous
semble-t-il, toute la période comme un fil rouge, c’est la confrontation de la
physique de Descartes à celle de Newton qui commence à s’implanter sur le
continent.
Depuis le début du siècle, où le Père Daniel, dans son ouvrage
à succès intitulé
Voiage du Monde de
Descartes, s’est appliqué à critiquer la physique de
M. Descartes chef de la nouvelle
secte
[32],
jusqu’au
Traité de paix entre Descartes et
Newton
[33]
dans lequel le Père Paulian adopte partiellement le système de Newton, les
Mémoires de Trévoux se font l’écho des
efforts des physiciens cartésiens pour répondre aux critiques des newtoniens.
La philosophie et la mécanique de Newton sont portées à la connaissance des
lecteurs au travers de ses œuvres et de celles de ses disciples. La première
mention de quelque importance de la physique de Newton se trouve dans le compte
rendu de l’
Astronomiae physicae de
David Gregory (Oxford, 1702)
[34]. Dans son introduction, le journaliste, comme pour
prendre déjà ses distances, critique le concept newtonien
d’attraction:
« Les qualitez occultes, & surtout celles d’attraction
& de pesanteur, paraissoient être si absolument bannies de la Physique
& de la Nature par Mr. Descartes, le plus grand des Géomètres, qu’il n’en
étoit plus fait mention que pour servir d’exemple de faux raisonnemens fondez
sur les préjugez de l’enfance. Cependant d’habiles Géomètres Anglois les
ramenent au Monde, & qui a lu les Principes mathématiques de la Philosophie
naturelle, & l’optique de Mr Newton, a sans doute admiré sa crédulité en ce
point » [35].
Dans son ouvrage, Grégory appliquait aux mouvements des
planètes la loi d’attraction de Newton et terminait par une réfutation du
système de Descartes en plusieurs points. Il affirmait notamment que le
mouvement observé des « comètes souvent opposé directement à celui du
tourbillon, & plus vite que le tourbillon ne le comporte, fait assez
connoître que ces tourbillons sont une pure chimère. Si on lui passe ce
principe, nous dit le journaliste, il faut reconnaitre que son ouvrage est
excellent pour la subtilité de la géométrie qu’il y a repandue »
[36].
C’est la querelle du vide et du
plein qui explique le mieux ce refus de l’attraction universelle
qualifiée de qualité occulte. Pour les
cartésiens, il est nécessaire que l’espace, que l’étendue, soit rempli de
matière. Espace et matière s’identifient. Chaque partie de cette étendue a des
figures et des mouvements divers qui sont les « moteurs » des déplacements
observés. Le vide n’existe pas:
« Pour ce qui est du vide, au sens que les philosophes
prennent ce mot, à sçavoir pour un espace où il n’y a pas de substance, il est
evident qu’il n’y a point d’espace en l’univers qui soit tel, pource que
l’extension de l’espace ou du lieu interieur n’est point differente de
l’extension du corps » [37].
Comment Dieu aurait-il pu créer le néant? « Dieu de sa toute
puissance a créé la matière avec le mouvement et le repos et conserve
maintenant en l’Univers, par son concours ordinaire, autant de mouvement et de
repos qu’il en a mis en le créant »
[38].
Les newtoniens répliquent qu’on leur fait un mauvais procès
lorsqu’on affirme qu’ils renouvellent la doctrine d’Aristote en se servant du
mot d’attraction. Dans la préface de son Essai de
physique, van Musschenbroek fait remarquer:
« En effet comme nous n’avons aucune idée innée des corps, ni
de leurs propriétés, ni de la manière dont ils agissent les uns sur les autres,
nous sommes absolument obligés, pour parvenir à cette connaissance d’avoir
recours aux Expériences et aux observations. Lorsque nous faisons attention à
ce qui se passe dans les corps, nous remarquons qu’ils agissent les uns sur les
autres par un attouchement mutuel et quelquefois sans se toucher. On donne à la
première de ces actions le nom de pression et de choc, et la seconde est connue
sous le nom d’attraction. Les philosophes ont examiné la première de ces
actions, et ils ont d’abord supposé sans beaucoup approfondir cette matière,
qu’il n’y avait que celle là qui eut lieu. Delà vient qu’ils ont voulu faire
dépendre du choc et de la pression tous les phénomènes qui se présentaient.
C’est aussi sur cela que Descartes a imaginé sa matière subtile, et qu’il la
fait servir partout, quoiqu’elle ne soit qu’une pure fiction » [39].
Pour les newtoniens, Dieu est toujours actif dans le Monde en
continuelle évolution. Il existe « un Être incorporel, vivant, intelligent,
tout-présent, qui dans l’espace infini, comme si c’était dans son « sensorium
», voit intimement les choses en elles mêmes, les aperçoit, les comprend
entièrement et à fond, parce qu’elles lui sont immédiatement présentes »
[40].
Cependant ce combat idéologique auquel participent les
rédacteurs des
Mémoires ne doit pas
masquer que, dans la Compagnie de Jésus, la seule physique reconnue est encore
celle d’Aristote. Les pères favorables aux idées cartésiennes doivent faire
preuve de prudence dans leur enseignement. En 1706, la quinzième congrégation
générale de la Compagnie prohibe de l’enseignement une trentaine de
propositions dont la plupart concernent le système de Descartes. La dernière
est sans appel: « le système de Descartes peut être soutenu comme une hypothèse
dont les principes et les postulats ont une juste cohérence entre eux et avec
leurs conclusions »
[41]. À la seizième congrégation ( 1731), il est encore
demandé aux pères de « suivre l’aristotélisme non seulement en logique et en
métaphysique, mais aussi dans la philosophie naturelle, où le système
péripatéticien des principes et de la constitution du corps naturel ne doit pas
être omis »
[42].
Ainsi, malgré les directives de la Compagnie, les
Mémoires reflètent le succès chez les
Jésuites français, du cartésianisme qui gagne aussi l’opinion éclairée à la fin
du XVII
e siècle. Bien des pères se rallient non seulement
à la méthode cartésienne mais aussi au système de Descartes
[43]. Or, cette physique si
longtemps combattue triomphe au moment où les théories de Newton commencent à
se propager. Fontenelle, qui avait popularisé la physique cartésienne
[44], sent bien le danger que représentent
les
Principia lorsque, en 1731, il
écrit:
« Le système général de Descartes était le système dominant
chez la plus grande partie des philosophes, qui ne laissaient pas, cependant,
de bien sentir les difficultés qu’il renferme, lorsque M. Newton, ou donna plus
de force à ces difficultés, ou en proposa de nouvelles, de sorte que les
fondements de tout l’édifice cartésien parurent absolument renversés » [45].
Cependant au début du siècle, de nombreux savants pensent que,
moyennant une modification de certaines hypothèses de Descartes, il sera
possible de conserver l’esprit de son système. Le premier physicien qui répond
aux défis lancés par les newtoniens a été l’abbé Villemot qui publie
Une nouvelle explication du mouvement des
Planètes (Lyon, 1707) dont les
Mémoires de Trévoux donnent un compte rendu très
circonstancié
[46].
L’auteur, pour la première fois, tente, dans le cadre de la théorie des
tourbillons, de démontrer les lois de Kepler. C’était là une des objections
fortes contre la physique tourbillonnaire qui ne pouvait pas, selon Newton,
rendre compte des mouvements des planètes. « L’hypothèse des tourbillons,
écrivait-il, répugne à tous les phénomènes astronomiques, et paraît plus propre
à les troubler qu’à les expliquer »
[47].
En 1714, la seconde édition des
Philosophiae naturalis principia mathematica
retient toute l’attention des
Mémoires. Le journaliste admet que l’ouvrage
jouit d’une grande réputation parmi les
Géomètres mais n’oublie pas de rappeler qu’il «
est contesté entre les Physiciens, qui la plûpart ne sçauroient s’accomoder
d’une attention naturelle [l’attraction], qu’il prétend être entre tous les
corps »
[48]. De plus,
il ne manque pas de noter que la théorie de Newton concernant la figure de la
terre s’oppose à l’opinion de Cassini.
Mais d’autres objections à la théorie des tourbillons restaient
encore bien embarrassantes. Huygens, dans son
Discours sur la cause de la pesanteur (Leyde,
1690)
, montre que si la matière
céleste tournait suivant des cercles parallèles, les graves devraient tomber
suivant des droites perpendiculaires à l’axe de la Terre. De plus, si l’on
voulait rendre compte de l’amplitude de la pesanteur, il convenait d’augmenter
considérablement la vitesse de rotation de la matière céleste. Le premier
compte rendu d’importance sur ce sujet concerne l’ouvrage de Bouillet
[49], lequel propose une explication qui
confirme les petits tourbillons que Malebranche avait introduits dans la
physique de Descartes. Cependant, cette nouvelle interprétation de la pesanteur
ne convainc pas complètement l’auteur du compte rendu qui met en exergue les
contradictions de ce système. Ainsi, il s’étonne que Bouillet accrédite l’idée
« que les corps pesent moins à l’équateur qu’aux poles, & [que] en même
tems la terre est un ellipsoïde allongé comme un œuf d’un pole à l’autre ».
Ceci contredisait « le sentiment de tous les Philosophes & Mathématiciens
les plus habiles, de M. Huguens, de M. Cassini, de M. Newton, de M.Villemot, et
je ne vois pas qu’on puisse penser autrement »
[50].
En 1733, les Mémoires
ne peuvent passer sous silence la parution de la brochure de Maupertuis
intitulée Discours sur les différentes figures
des astres…
Avec une exposition abrégée des
systèmes de Mr. Descartes et de Mr. Newton
[51]. En effet, Maupertuis est
l’introducteur du newtonisme en France auquel il se « convertit » après un
voyage en Angleterre en 1728. Son discours est passé au peigne fin par le
journaliste qui en commente les principales propositions:
l’aplatissement de la Terre, l’explication de la pesanteur, le
mouvement des comètes et des planètes. Aux mesures de Richer faites à Cayenne
sur la longueur d’un pendule battant la seconde qui confirment l’aplatissement
de la terre aux pôles, les
Mémoires
opposent les mesures géographiques de Cassini et Maraldi, pour qui « la terre,
au lieu d’être un sphéroïde rehaussé à l’équateur et rabaissé aux poles, est un
ellipsoïde allongé aux poles et rabaissé à l’équateur »
[52]. En ce qui concerne l’explication de la
pesanteur, le journaliste renonce à défendre les cartésiens et conclut: « en un
mot la chûte des corps par la force centrifuge du tourbillon, paroît un système
absolument désespéré»
[53]. Quant à la route « bizarre » des comètes, elle se
révèle aussi comme un problème redoutable, mais le commentateur ne veut pas
envisager que les comètes puissent croiser le tourbillon des planètes. Lorsque
Maupertuis démontre les lois de Kepler à partir du principe de l’attraction et
qu’il affirme que celui-ci est bien établi par les faits, on lui répond que les
cartésiens ont toujours appuyé leurs hypothèses sur des faits bien réels alors
que les newtoniens usent « de faits purement mathématiques [qui] sont bien
plutot des possibilités abstraites que des faits »
[54]. Pour finir, les
Mémoires insinuent que Newton lui-même
ne croit pas au vide et à l’attraction:
«[Il] paroit n’en avoir jamais osé soutenir ni présenter
l’idée, qu’après s’être enveloppé de la plus grande géométrie. Toutes les fois
qu’il a parlé à découvert et pour le public, il a toujours modifié son
discours, et adouci ses idées par des peut-être, par des suspensions, par des
correctifs » [55].
Le
Discours de
Maupertuis n’a aucun écho en France. À l’Académie où les cartésiens sont encore
nombreux, il se heurte à l’hostilité de J. Cassini, de Saurin, de Mairan et
dans une moindre mesure de Fontenelle. En revanche, il est bien accueilli en
Allemagne et surtout en Hollande. Mais en 1738, il trouvera en Voltaire un
avocat et un vulgarisateur efficace qui publie les
Elemens de la philosophie de Newton, mis à la
portée de tout le monde. Dans les
Mémoires, deux articles sont consacrés à cet
ouvrage
[56]. Ils
rendent hommage au talent de l’auteur qui met à la portée de tous la plus
subtile géométrie réservée aux seuls savants. C’est Voltaire qui sort de
l’
abîme les
Principia que Newton qualifiait
lui-même de
hard book. Les pères
jésuites en conviennent: «À peine les nouveaux elemens ont paru, qu’on les a
vûs dans les mains de tout Paris, & dans toutes sortes de mains. Le prix
n’arrête personne. On les enlève. On se les arrache. Chacun veut au moins en
lire un chapitre, en parcourir les tîtres, dévorer le livre des yeux »
[57]. Mais ils trouvent que l’auteur a traité d’une
manière cavalière tous nos « philosophes français » et ils ne désarment pas
quand ils continuent d’affirmer: « Le système de M. Newton est
mathématiquement, géométriquement, hypothétiquement admirable, il perd toute sa
force, dès qu’on le prend physiquement, litteralement & historiquement
»
[58]. Ils restent
favorables aux ouvrages des pères Castel
[59] et Regnault
[60], tous deux cartésiens.
Après la publication des
Elémens de Maupertuis et du livre de
vulgarisation de Voltaire, le newtonisme se propage en France. On traduit les
ouvrages des physiciens hollandais, de Van Musschenbroek,
un des plus forts Newtoniens de
l’Europe
[61], et de S’Gravesande
[62]. Le ton se fait plus acerbe contre
Newton.
Dans « Le vrai système de physique générale de M. Isaac Newton,
exposé et analysé en paralelle avec celui de Descartes;à la portée du commun
des physiciens »
[63], le père
Castel accuse le philosophe anglais de tromper ses lecteurs.
Dans les comptes rendus de cet ouvrage, le rédacteur, après
avoir souligné l’impartialité de l’auteur, marque sa défiance envers la «
méthode » newtonienne:
« Newton lui-même, à qui la Géométrie en doit de si belles, a
bien plus appauvri la Physique, qu’il ne l’a enrichie. C’est que la Géométrie
chez Newton, servoit bien plus à envelopper, à obscursir, ou à détruire les
vraies idées de Physique & de Méchanisme, qu’à corriger ou à perfectionner
les anciennes et à en établir de nouvelles. Au lieu que chez Descartes,
l’obscurité de sa Géométrie n’influa jamais sur sa physique, bien loin de la
mettre tout-à-fait hors de la portée ordinaire des esprits » [64].
Castel accuse Newton de faire des suppositions tacites qui sont
cachées « sous le nuage d’une forte Géométrie pour être aperçu[es]». Non
seulement la géométrie fait écran, mais le système est erroné parce qu’il
s’appuie sur les mathématiques. On comprend la déception de Voltaire qui
espérait une plus grande ouverture d’esprit de la part des Jésuites. Il écrit
en 1735 au Père Tournemine: « Je souhaiterais que les jésuites qui ont les
premiers fait entrer les mathématiques dans l’éducation des jeunes gens fussent
aussi les premiers à enseigner des vérités aussi sublimes » (la philosophie de
Newton)
[65].
Pendant toute cette période, les Académiciens cartésiens se
montrent résolus à défendre bec et ongle la théorie des tourbillons et forment
un front uni sur tous les points litigieux. Les
Mémoires accordent une attention particulière
aux
Leçons de physique de Privat de
Molières
[66]. Ils
consacrent un compte rendu détaillé à la parution de chacun des tomes de cet
ouvrage. Le premier tome est l’occasion pour le rédacteur de préciser le projet
de l’Académicien. Il écrit:
« Mais ce qui surprendra sans doute dans son dessein, c’est
que malgré l’incompatibilité plus qu’apparente du Cartésianisme & du
Newtonisme, il entreprenne de réunir en quelque manière Descartes avec Newton,
le plein avec le vuide, & l’impulsion avec l’attraction, ou (pour parler
plus juste) de nous mettre en état de profiter sans aucun inconvénient, des
avantages incontestables de la Physique Angloise, sans rien perdre de la
supériorité de la physique Françoise; en un mot de conserver le sistème du
plein, & d’y introduire les belles découvertes, qui sembloient réservées
uniquement au système du vuide » [67].
Il s’agissait donc pour Privat de Molières de montrer que, des
principes cartésiens, on pouvait tirer les idées de Newton « afin que ces
systèmes allant de pair, ils puissent contribuer tous deux également à la
perfection de la physique »
[68].
Cette tentative de s’accaparer les découvertes newtoniennes en
les « démontrant » dans le cadre de la physique cartésienne, même au prix d’une
multiplication des petits tourbillons de Malebranche, emporte l’adhésion de
Fontenelle qui écrit: « Monsieur l’Abbé de Molières conserve donc toute la
théorie de M. Newton; seulement il la rend en quelque sorte moins newtonienne,
en la dégageant de l’attraction, et en la transportant dans le plein »
[69]. Pourtant, cette position
suscita de nombreuses lettres polémiques de la part des lecteurs des
Mémoires sur l’explication toujours
controversée touchant la cause de la pesanteur. Sigorgne polémique avec
l’Académicien en écrivant une réfutation des
Leçons de physique
[70]. Par l’intermédiaire du journal,
partisans et adversaires s’écrivent de nombreuses lettres où les uns défendent
pied à pied les
Leçons de physique et
les autres mettent le doigt sur les « plaies » jamais cicatrisées de la théorie
cartésienne. Par exemple, Sigorgne réfute l’explication de la pesanteur.
L’auteur du compte rendu prend à son compte ces critiques: « M. Sigorgne
remarque, ce que nous avons nous-mêmes vingt fois remarqué & répété &
prouvé, que depuis plus de 30 ans cette explication de la pesanteur par là [les
petits tourbillons], étoit une affaire totalement deses-pérée chez les Sçavants
»
[71]. En revanche,
Privat de Molières est défendu par Le Corgne de Launay
[72]. Il n’est pas question ici d’entrer
dans les détails de la polémique, mais à la lecture de ces comptes rendus on
voit nettement le journal résister à la mélodie des petits tourbillons. Ainsi
dans le compte rendu d’avril 1742, son rédacteur critique le porte parole de
Privat de Molières et conclut:
« Mais enfin comment concilier les effets que nous voyons
avec les principes que l’on veut nous faire admettre? Peut-être sommes-nous
trop curieux. La curiosité qui bâtit les sistêmes est la premiere à les
renverser »; mais il ajoute: « Il faut aussi convenir qu’il est beaucoup plus
difficile de bien soutenir un système que de bien l’attaquer… si l’on
réussissoit à crever, ou à dissiper un petit tourbillon il serait fort à
craindre qu’avec la même méthode on ne fit bien-tôt un cahos de ce merveilleux
arrangement de tourbillons qui ouvre une si belle carrière à l’imagination
» [73].
Vers 1740, après l’expédition de Laponie et avant même le
retour des astronomes du Pérou, la question de la forme de la Terre consacre la
théorie de Newton. En fait, le newtonisme a gagné la partie. Dans le compte
rendu du livre de Clairaut sur la
Théorie de la
figure de la Terre, tirée des principes de l’Hydrostatique ( 1744),
on peut lire: « Quant à l’applatissement de la Terre au Pôle, il [Clairaut]
regarde la mesure des degrés de Tornea & de Paris, plus que suffisante pour
l’établir »
[74]. Mais
Fontenelle ne désarme pas. Bien après la publication des
Entretiens sur la pluralité des mondes
( 1686), il publie une
Théorie des tourbillons
cartésiens avec des réflexions sur l’attraction ( 1752)
. Les
Mémoires écrivent alorsque:
« les Mondes & la théorie des Tourbillons sont deux
ouvrages, qui se ressemblent assez pour être du même auteur, & qui sont
trop différens pour avoir les mêmes lecteurs. Là c’est un philosophe agréable,
qui tire le Cartésianisme de ses ténèbres, & le met dans le plus beau jour;
ici c’est un physicien profond, qui s’enfonce dans le même systême, & en
sonde les mystères » [75].
Il faut attendre 1747 pour que la théorie de Newton entre à
l’Université de Paris avec l’ouvrage de l’abbé Sigorgne:
Institutions newtoniennes ou introduction à la
philosophie de M. Newton (Paris, 1747)
[76]. Le ton des commentaires change. Les
Mémoires adoptent (presque) le concept
d’attraction dont les cartésiens, nous dit-on, ne peuvent pas se passer. Les
particules du tourbillon ultime ne s’évadent pas. Par quoi sont-elles retenues
puisqu’il n’y a plus de matière au-delà du dernier tourbillon? C’est donc
l’attractionqui agit. On finit par louer la physique mathématique: « N’est-il
pas suffisamment decidé par les institutions Newtoniennes, que tout vrai
Physicien, de quelque secte qu’il soit, doit se plonger dans les mathématiques,
s’il veut contribuer à diminuer les incertitudes de la Physique ordinaire
»
[77]. En conclusion,
le journaliste demande que l’on cesse d’opposer les deux « philosophes » et
ajoute: « Ce que désireroit le Journaliste, c’est qu’on considérat que
Descartes & Newton n’ont pas vêcu ensemble. Descartes a précédé, & a
ouvert le chemin de la véritable Physique.
Quelle gloire pour son nom ! »
[78].
***
Cette étude à la fois quantitative et ponctuelle est
certainement trop limitée pour que l’on puisse en tirer des conclusions
tranchées. L’analyse de la fréquence des comptes rendus suivant les sujets
traités a montré, sur la période 1701-1762, un changement de préoccupation des
pères jésuites. La théologie et
l’histoire, qui avaient leur
préférence au début du siècle, sont délaissées au profit des
sciences et arts. Parmi ces dernières,
les sciences proprement dites l’emportent dès 1730, avec une nette préférence
pour les mathématiques et la physique. Cet engouement pour les sciences
physico-mathématiques s’explique, nous semble-t-il, par l’enjeu auprès de
l’opinion des systèmes explicatifs du monde et in
fine de la place de Dieu dans l’univers. Il est significatif que la
seule critique de Sigorgne à laquelle Privat de Molières réponde concerne
l’existence de Dieu. Pour lui, le mouvement se communique dans le
choc,
« selon des règles qui ne peuvent avoir pour Auteur qu’un Dieu
souverainement intelligent… La loi du choc est fondée… sur une raison de
convenance & non sur une raison géométrique; la nécessité de cette loi ne
suit point de la nature de la matière, mais de l’idée d’un Dieu souverainement
intelligent, qui gouverne le monde par les règles les plus proportionnées à la
fin qu’il a en vûe »
[79].
Sous la matière se cache l’action de Dieu. Ce débat
métaphysique fut le ressort du développement des sciences. Ne faut-il pas pour
guider les âmes, nous dit Regnault, s’appuyer sur une physique qui « offre à
l’esprit et à l’imagination, non seulement les phénomènes que nous voyons, mais
les causes et les ressorts dont l’action invisible donne ce spectacle de
l’univers »
[80]?
[1]
Une première version de ce texte a été présentée au Dixième
Congrès International des Lumières, Dublin, 25-31 juillet 1999.
[2]
Mémoires de Trévoux (
désormais
M.T.), février 1701. Voir
aussi Pascale FERRAND, « Mémoires de Trévoux 1 ( 1701-1767)», in Jean SGARD
éd.,
Dictionnaire des Journaux
1600-1789, Oxford-Paris, Voltaire Foundation-Universitas, 1991, p.
805-816.
[3]
M.T., janvier
1712.
[4]
M.T., juin
1746.
[5]
M.T., décembre
1755.
[6]
Voir à ce sujet l’ouvrage pionnier: François FURET et Alphonse
DUPRONT éd.,
Livre et société dans la France du
XVIIIe siècle, Paris-La Haye, Mouton, 2 vol., 1965-1970, ainsi que
Jean QUÉNIART,
Culture et Société Urbaines dans
la France de l’Ouest au XVIIIe siècle, Paris, Klincksieck,
1978.
[7]
Jean EHRARD et Jacques ROGER, « Deux périodiques français du
XVIIIe siècle:
Le journal des Savants
et
Les Mémoires de Trévoux. Essai
d’une étude quantitative », in
Livre et société…,
op. cit., p. 33-59.
[8]
Encyclopédie ou dictionnaire
raisonné des sciences, des arts et des métiers, par une société de gens de
lettres…, Paris, 1751, t. 1, p. XLVII.
[9]
Jacques-Charles BRUNET,
Manuel du
libraire et de l’amateur de livres, Paris, 1860-1865, 6
vol.
[10]
Les tables dressées à la fin de telle ou telle année de
parution des
Mémoires n’y sont pas
étrangères. Mais leur contenu varie avec les ouvrages recensés dans l’année.
Ainsi, en 1730, les ouvrages sont regroupés dans les catégories suivantes: 1.
Religion; 2. Histoire ecclésiastique, civile, littéraire, Antiquités; 3.
Généalogie. Géographie. Chronologie. Philosophie. Mathématiques; 4. Physique,
Histoire naturelle, Médecine; 5. Art militaire, Poésie, Grammaire, Éloquence,
Musique, Mécaniques. 6. Mélanges. Mais en 1734, on a: 1. Religion, Écriture
sainte, Théologie, Histoire ecclésiastique;2. Histoire profane, Antiquitez; 3.
Politique, Droit, Botanique, Philosophie, Mathématiques, Astronomie,
Géographie, Chronologie, Médecine, Histoire naturelle; 4. Poésie, Grammaire,
Éloquence, Romans, Mélanges littéraires.
[11]
Carlos SOMMERVOGEL,
Table
méthodique des Mémoires de Trévoux (1701-1775), Paris, 1864.
Sommervogel a tenu compte de tous les ouvrages de cette « bibliothèque », ceux
dont on fait uniquement l’annonce, ceux dont on fait l’analyse. Il n’a éliminé
de son catalogue méthodique que les ouvrages étrangers qui n’ont pas fait
l’objet d’un compte rendu. Ce qui, probablement, ne modifie pas drastiquement
les proportions des différentes disciplines.
[12]
F. FURET, « La librairie du royaume de France au XVIIIe siècle
»
, in
Livre et société, op. cit., p. 3-32. On sait
depuis ce travail que les permissions d’imprimer de la Librairie française ne
représentent pas toute la production imprimée. Elles donnent cependant un ordre
de grandeur repris par toutes les études sur le livre au XVIIIe
siècle.
[13]
M.T., janvier
1707.
[14]
Voir à ce sujet Christian ALBERTAN,
Apogée et fin des Mémoires de Trévoux
(1751-1762). Un moment dans la pensée française du XVIIIe siècle,
Thèse de doctorat d’État, Université de Paris IV, 1999, p. 138. Il faut
rappeler en effet que les rédacteurs des
Mémoires constituent une équipe de 3 à 5
personnes, même si celle-ci est dominée par les grandes figures des directeurs
du journal (Tournemine ou Berthier). Ces auteurs sont officiellement nommés par
les supérieurs de la Compagnie de Jésus. Le journal appartient d’ailleurs, au
plan juridique, au recteur du Collège Louis-Le-Grand.
[15]
M.T., janvier
1712.
[16]
M.T., mai
1730.
[17]
M.T., janvier
1734.
[19]
Pour plus de détails, voir Jean SGARD, « Chronologie des
Mémoires de Trévoux »,
Dix-huitième siècle, n° 8, 1976, p.
189-192.
[20]
M.T., novembre
1753.
[21]
Cette estimation est donnée par Ch. ALBERTAN,
op. cit., p. 631.
[22]
Ch. ALBERTAN,
op. cit.
: « Les contours du lectorat », p. 590-632.
[23]
Henri-Jean MARTIN, « Une croissance séculaire », in Roger
CHARTIER, Henri-Jean MARTIN éd.,
Histoire de
l’Édition française, t. II,
Le livre
triomphant ( 1660-1830), Paris, rééd. Fayard, 1999, p.
113-127.
[24]
Cité par R. CHARTIER,
Les
origines culturelles de la Révolution française, Paris, Seuil, 1991,
p. 114.
[25]
M.T., mai
1702.
[26]
J. EHRARD et J. ROGER, art. cit.
[27]
Encyclopédie ou dictionnaire…,
op. cit., t. 1, p. XXX.
[28]
M.T., octobre
1754.
[29]
François Furet,
op.
cit.
[30]
H.-J. MARTIN,
Livre, pouvoirs et
société à Paris, Genève, Droz, 1984, t. II, p. 871-872.
[31]
François de DAINVILLE,
L’éducation des jésuites, Paris, Éditions de
Minuit, 1978, p. 357.
[32]
Cet ouvrage connut trois éditions successives entre 1690 et
1720. Les
M.T. n’en font pas de
recension.
[33]
M.T., janvier et février 1765.
[34]
Dès la fin du XVIIe siècle, James et David Gregory à Cambridge
et John Keill à Oxford sont les premiers physiciens à enseigner les théories de
Newton.
[35]
M.T., février
1710.
[37]
R. DESCARTES,
Principes, Seconde partie ( 16 : Qu’il ne peut y
avoir aucun vuide au sens que les Philosophes prenent ce mot),
Oeuvres de Descartes publiées par
Charles Adam & Paul Tannery, Paris, Vrin, 1996, vol. IX, p. 71.
[38]
Ibidem, vol. IX, p.
83.
[39]
Van MUSSCHENBROEK,
Essai de
physique, t. 1, Leyde, 1739, p. XV.
[40]
Isaac NEWTON,
Traité
d’optique, Paris, Gauthier-Villars, 1955, p. 445.
[41]
G. SORTAIS, « Le cartésianisme chez les jésuites français au
XVIIe et au XVIIIe siècle »,
Archives de
philosophie, vol. VI, cah. 3, p. 1-93.
[42]
Cité par F. de DAINVILLE,
op.
cit., p. 373.
[43]
G. SORTAIS, art. cit.
[44]
FONTENELLE,
Entretiens sur la
pluralité des mondes, Paris, 1686.
[45]
Histoire de l’Académie des
Sciences, 1731, p. 92.
[46]
M.T., mai
1708.
[47]
Cité par P. BRUNET,
L’introduction des théories de Newton en France au XVIIIe
siècle, Genève, 1970, Slatkine p. 5.
[48]
M.T., février
1718.
[49]
BOUILLET,
Dissertation sur la
cause de la pesanteur qui a remporté le prix à l’Académie royale des
Belles-lettres, Sciences et Arts, Bordeaux, 1720.
M.T., janvier 1722.
[51]
M.T., avril
1733.
[56]
M.T., août et
septembre 1738.
[59]
CASTEL,
Traité de physique sur la
Pesanteur Universelle des Corps, Paris, 1724.
M.T., mars 1724.
[60]
REGNAULT,
Les entretiens
physiques d’Ariste et d’Eudoxe, ou, Physique nouvelle en Dialogues, qui
renferment précisément ce qui s’est découvert de plus curieux et de plus utile
dans la Nature, Paris, 1729, seconde édition,
M.T., février, mars et avril 1730;
L’origine ancienne de la physique
nouvelle, Paris, 1735,
M.T., mars, mai et août 1735.
[61]
M.T., août et
septembre 1738.
[62]
Le père Castel donnera aux
M.T., dès 1721, un compte rendu acerbe de
l’édition latine de son ouvrage:
Physices
elementa mathematica experimentis confirmata, sive introductio ad philosophiam
newtonianam, Leyde, 1720, dont la traduction en français paraîtra en
1746.
[63]
M.T., octobre et
décembre 1743.
[65]
Cité par SOMMERVOGEL
op.
cit., p. XLVII.
[66]
PRIVAT DE MOLIÈRES,
Leçons de
physique, Paris, 1733-1739, 4 vol.
[67]
M.T., novembre
1734.
[69]
Histoire de l’Académie des
Sciences, 1733, p. 131.
[70]
SIGORGNE,
Examen et réfutation
des leçons de physique, expliquées par M. de Molières au Collège Royal de
France, Paris, 1741;
M.T.,
juillet 1741.
[72]
M.T., juillet 1741;
mars et avril 1742.
[73]
M.T., avril
1742.
[74]
M.T., janvier
1744.
[75]
M.T., septembre
1752.
[76]
Les
M.T. consacreront
deux articles à l’ouvrage de Sigorgne (novembre et décembre 1747).
[77]
M.T., novembre
1747.
[78]
M.T., décembre
1747.
[79]
M.T., juillet
1741.
[80]
cité par F. de DAINVILLE,
op.
cit., p. 373.