2001
Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine
Religion et société dans la France moderne
Les Réformations catholiques en France : le témoignage des statuts synodaux
J. Michael HAYDEN
J. Michael HAYDEN Université de Saskatchewan Canada
Malcolm R. Greenshields
Malcolm R. GREENSHIELDS Université de Lethbridge Canada
J. Michael HAYDEN, Malcolm R. GREENSHIELDS
Les Réformations catholiques en France : Le témoignage des statuts synodaux
Cet article considère les évêques français
comme les chefs de file de la réforme catho~lique, et les statuts synodaux promulgués
comme des indicateurs importants de leur
activité réformatrice. Ayant reconstruit la
carte de la France ecclésiastique pour la
période de la Réforme, les auteurs analysent
la fréquence de promulgation et le contenu
changeant des statuts afin de dessiner le
tableau de la réforme catholique de 1390 à
1789. Leur analyse montre un mouvement de
réforme proprement française, à destination
des Français, commençant bien avant la
réforme de Luther, ayant son apogée pendant
les années 1670-80, et continuant jusqu’au
milieu du XVIIIe siècle. Ces développements
ont contribué notablement à la modernisation
des mentalités.
The authors of this article consider
bishops to have been leading figures in French
Catholic reform, and regard synodal statute
promulgation as a sound indicator of reforming
activity. They establish an ecclesiastical map of
France as it existed between the fifteenth cen~tury and the French Revolution.With this geo~graphic base they analyze the frequency of
synod statute promulgation and the changing
content of synod statutes to chart the patterns
of religious reform from 1390 to 1789. They
discover a reforming movement that developed
distinctively in France for the French, with its
origins predating the Lutheran reformation by
a generation. The movement extended to the
mid-eighteenth century, reaching its peak in the
mid- to late- seventeenth century and making
an important contribution to the modernization
of French attitudes.
François de Sales, évêque de Genève ( 1602-1622), écrit qu’en dépit des
distractions nombreuses de leur fonction, « il appartient principalement aux
évêques de perfectionner les âmes; d’autant que leur ordre est le suprême
entre les hommes, comme celui des séraphins entre les anges… »
[1]. Quoique la
majorité des évêques français du début de l’époque moderne n’aient pas
atteint une notoriété égale à celle de F. de Sales, les statuts synodaux qu’ils promulguèrent montrent bien que beaucoup d’entre eux se souciaient de préparer
leurs ouailles à affronter les défis spirituels d’une époque que de Sales qualifia
de « fort bigearre ». Nous voudrions montrer que les évêques de France ont été
à la tête d’une réforme, en grande partie d’origine française, qui débuta à la fin
du XV
e siècle et continua jusque vers le milieu du XVIII
e, en analysant les variations du nombre et du contenu des statuts synodaux qu’ils ont promulgués
[2].
Les opinions des historiens divergent encore à propos du mode de développement de la Réforme catholique
[3]. Récemment, certains ont souligné qu’à
la veille de la Réforme protestante, le catholicisme fonctionnait assez bien et
jouait un rôle fondamental et dynamique, tant en France qu’ailleurs en
Europe
[4]. Si cela s’avère vrai et si nos conclusions sont bien fondées, il faudra
examiner de nouveau le rôle que la Réforme catholique joua en tant que mouvement modernisateur qui, à long terme, transforma la pensée et la vie européenne en suscitant une uniformité de pensée, le compartimentage de la
religion et la professionnalisation du clergé
[5]. Il faudra également ré-examiner
les influences réciproques entre Réforme catholique, Réforme protestante et
mouvement des Lumières.
Marie-Hélène Froeschlé-Chopard et Michel Froeschlé ont apporté une
importante contribution à notre compréhension de la Réforme catholique
dans leur ouvrage majeur, l’
Atlas de la réforme pastorale en France, qui propose
un tableau des structures de la Réforme catholique en France, fondé sur l’analyse des données du précieux répertoire des visites paroissiales menées par les
évêques et par d’autres fonctionnaires jusqu’en 1790, établi par le CNRS
[6].
Ces auteurs soutiennent que l’esprit de la Réforme catholique, qui est manifeste dans les préoccupations d’un « nouveau » genre de visites pastorales,
pénétra le Sud-Est de la France vers la seconde moitié du XVI
e siècle.
Cherchant les indices de réforme, ils soulignent les différences dans les questions posées par les visiteurs lors de leurs tournées. Celles-ci indiquent un
changement révélateur dans l’ordre des préoccupations, annonçant, selon les
auteurs, l’arrivée de la Réforme catholique. Toutefois, M.-H. et M. Froeschlé-Chopard montrent que l’ancien modèle de visites ne disparut pas complètement et resta encore en vigueur dans le Nord de la France, où les visites étaient
effectuées par des fonctionnaires ecclésiastiques qui ne faisaient l’inspection
que d’une partie des diocèses, par exemple un doyenné ou un archidiaconé. Ces
fonctionnaires se préoccupaient avant tout de recueillir des honoraires, de vérifier l’état physique des églises, de dresser la liste des ecclésiastiques en résidence
et de régler les activités financières des paroisses. En revanche, le nouveau genre
de visite était pratiqué par l’évêque ou son délégué et visait théoriquement à
atteindre l’ensemble du diocèse. On considérait les activités professionnelles des
prêtres, la réforme de leur comportement, l’amélioration des églises et de leur
décoration, de même que la dévotion et l’obéissance des laïcs.
Tout en admettant que la Réforme catholique ne se réduit pas à cela, M.-H. et M. Froeschlé-Chopard font coïncider l’apparition de ce nouveau genre de
visites, au questionnaire différent, avec l’avènement de la Réforme catholique
[7].
À juste titre, ils lient les préoccupations du Concile de Trente à celles du nouveau genre de visites pastorales, et de là, ils suggèrent que la Réforme catholique française débuta dans le Sud-Est de la France durant les années
1550-1610, probablement sous l’influence italienne. Ensuite, elle ne cessa de se
propager, pour couvrir l’ensemble du territoire français entre 1670 et 1730.
Après cela vinrent le légalisme, la routine et la décadence.
Cette interprétation relève les décalages et variations géographiques de
l’influence réformatrice : dans le Sud-Est, le vent de réforme souffla durant
toute la période 1550-1730. Il persista dans le Sud-Ouest depuis la fin du
XVIe siècle jusque vers la fin du XVIIe, alors qu’il ne fut vraiment actif dans le
Centre que durant la période 1670-1730. Quoique cette vague de réforme
apparût au XVIe siècle en quelques endroits de la France du Nord, cette partie
du pays ne rallia guère le mouvement général de réforme qu’entre les
années 1670 et 1730. Pareil tableau est solidement étayé et les hypothèses soutenues par ses auteurs sont tout à fait défendables. Mais il nous semble aussi
qu’un certain nombre des critères utilisés méritent discussion. Ne faut-il pas
aussi prendre en compte d’autres sources que les procès-verbaux des visites
pastorales ?
Sans négliger l’intérêt des visites pastorales en tant que révélateur et instrument de mesure, il nous semble que M.-H. et M. Froeschlé-Chopard bâtissent, sur une base documentaire vaste mais superficielle, une vision et une
chronologie de la Réforme catholique assez contestables. Ils n’ont évidemment
pu lire qu’une partie infime des dizaines de milliers de comptes rendus disponibles
[8]. Ils ont été obligés de se fier au répertoire du CNRS, qui n’indique que
les dates de visites, l’endroit où se trouvent actuellement les procès-verbaux et,
parfois, les sujets mentionnés dans ces documents. En conséquence, ils n’ont
pas pu étudier les réactions des visiteurs, tant aux questions qu’ils avaient à
poser qu’aux réponses qu’on leur faisait
[9]. Cette restriction est aggravée par
leurs choix géographiques. Les auteurs prennent le modèle de la « grande
France », qui comptait 150 diocèses et qui ressemblait un peu à la France que
Louis XIV et Napoléon tentèrent, sans succès, d’instaurer. Par ce procédé, ils
englobent de nombreux diocèses qui s’étendaient au-delà des frontières de la
France à l’époque de la Réforme catholique
[10]. De plus, ils laissent de côté les
provinces ecclésiastiques qui faisaient partie intégrante de l’administration de
l’Église française. Comme nous le verrons, ces deux choix essentiels biaisent la
structure apparente (géographique et chronologique) de la Réforme catholique en France. Notre étude se borne par contre aux 113 diocèses qui existaient en France au mitan de la Réforme catholique et les regroupe en seize
provinces ecclésiastiques (carte 1).
Elle repose aussi sur une autre source : les statuts synodaux. Ces statuts
servent de complément aux visites pastorales, et nous permettent de mettre à
l’épreuve la méthode et les conclusions de M.-H. et M. Froeschlé-Chopard.
Dans le but d’examiner l’ensemble de la structure de la Réforme, nous franchirons la porte des palais épiscopaux, où les prélats, après avoir analysé les
résultats des visites pastorales ainsi que les informations recueillies par d’autres
moyens, relevaient ce qu’ils considéraient être les problèmes les plus pressants
dans leurs diocèses. Par la suite, ils rédigeaient les statuts devant être promulgués au prochain synode, c’est-à-dire lors de la réunion de l’ensemble des
prêtres du diocèse en vue de consultation et d’instruction. Souvent, c’était le
premier geste réformateur, qui servait à passer en revue les intentions et les
priorités de réforme des dirigeants.
Comme les visites pastorales, les synodes étaient un instrument de
réforme traditionnel que le Concile de Trente encourageait les évêques à utiliser
[11]. Notre point de départ est le corpus des statuts synodaux promulgués qui
furent aussi l’objet d’une enquête du CNRS, qui en a publié également le
répertoire
[12]. Mais au lieu d’une étude purement statistique, nous avons procédé à une lecture des originaux de 988 sur 1350 exemplaires disponibles de
statuts synodaux diocésains effectivement promulgués en France entre 1390
et 1789 (soit 73%). De plus, ces statuts ont été comparés à un échantillon
représentatif de statuts synodaux médiévaux, ainsi qu’aux statuts synodaux
provinciaux et à un échantillon de statuts synodaux promulgués entre 1390
et 1789 dans les 29 diocèses situés sur les périphéries de la France
[13].
CARTE 1
LES DIOCÈSES ET PROVINCES ECCLÉSIASTIQUES DE FRANCE PENDANT LA RÉFORME CATHOLIQUE
Nous avons choisi de privilégier deux critères d’activité réformatrice : tout
d’abord la fréquence des promulgations des statuts synodaux, et ensuite la
modification du contenu et du style des statuts. Il n’y a aucun moyen d’établir
le nombre de synodes effectivement tenus par les évêques français, mais nous
sommes en droit de penser que les évêques qui promulguaient de tels statuts
étaient parmi les plus désireux de réformer leur diocèse. Cette activité peut
être évaluée quantitativement et analytiquement.
Le répertoire des statuts synodaux recense 99% des textes encore disponibles de nos jours
[14]. Une fois promulgués, les statuts synodaux avaient une
meilleure chance de surmonter les outrages du temps que les procès-verbaux
des visites pastorales, parce qu’à partir de la fin du XV
e siècle, la majorité
furent imprimés et distribués
[15]. L’analyse serrée des changements dans le
contenu des statuts, dans la fréquence de leur promulgation, nous procure un
outil extrêmement solide pour évaluer la structure et la substance de la
Réforme catholique. Pour en infirmer les résultats, il faudrait démontrer l’existence de lacunes accentuées à certaines époques, faussant l’analyse, ce qui
paraît bien improbable. De plus, l’étude du contenu des statuts synodaux
confirme les résultats quantitatifs.
Nos recherches nous ont conduits à formuler trois hypothèses. Tout
d’abord, la Réforme catholique paraît s’être développée en France d’une
manière bien différente de celle proposée jusqu’à présent par les historiens, et
selon un modèle également différent de celui des diocèses limitrophes de la
France (voir Figure 1). La Réforme catholique s’étend de la dernière décennie
du XVe siècle jusqu’au milieu du XVIIIe siècle. Elle commença dans le Nord
vers la fin du XVe, s’élargit vers le Centre-Est au milieu du XVIe, pour atteindre
le Sud-Est et le Sud-Ouest à la fin de ce siècle. Aux XVIIe et début du
XVIIIe siècles, le pays entier a participé de ce mouvement de réforme. Le
rythme de promulgation des statuts fait apparaître deux périodes d’activité
réformatrice intense : 1491-1564, et 1592-1745. On trouve le plus grand
nombre de promulgations dans la seconde moitié du XVIIe siècle, avec un
niveau maximum en 1673-1679 et 1693-1698.
FIGURE 1
PROMULGATIONS DES STATUTS
Deuxième hypothèse : la fréquence et le contenu des statuts synodaux,
considérés dans le contexte global des activités réformatrices, montrent que
l’activité réformatrice de la période 1491-1564 appartient bel et bien à la
Réforme catholique de la France. Ce n’était pas une « pré-réforme », mais une
partie d’un mouvement de grande envergure qui avait démarré non seulement
avant Calvin mais encore avant que Luther ne commence son œuvre.
En troisième lieu, les statuts synodaux nous conduisent à penser que la
première étape de la Réforme catholique française a été conçue par les ecclésiastiques français pour répondre aux besoins des Français. Elle était inspirée
par les expériences pastorales sur le terrain d’un bon nombre d’évêques français, qui se servirent des œuvres du français Jean Gerson ( 1363-1429) comme
moyen de propagation réformatrice auprès de leur clergé
[16]. Il y eut une certaine influence des Pays-Bas avec Érasme et le mouvement de
Devotio
Moderna. L’influence italienne n’arriva qu’à la fin du XVI
e siècle avec le
Concile de Trente, et dans la seconde moitié du XVII
e siècle, alors que les
œuvres pastorales de l’archevêque de Milan, Charles Borromée, étaient devenues les modèles à suivre pour de nombreux évêques français.
Afin de tracer avec précision le progrès des statuts synodaux promulgués,
nous avons limité notre attention aux 113 diocèses qui existaient en France au
cœur de la Réforme catholique. Nous ne tiendrons pas compte des diocèses
qui faisaient partie de provinces ecclésiastiques étrangères et qui n’étaient pas
intégrés dans le système ecclésiastique français
[17]. Car la lecture des statuts
synodaux des 29 diocèses avoisinants indique que leur organisation et contenu
étaient bien différents de ceux qui avaient cours en France
[18]. Le diocèse de
Belley, partie de la province de Besançon (dont le reste était située hors de la
France), a été exclu par esprit d’uniformité, quoique Belley ait fait partie de la
France après 1601
[19]. D’autre part, les statuts synodaux promulgués dans les
diocèses qui furent créés à partir d’autres diocèses plus anciens aux XVII
e et
XVIII
e siècles n’ont pas été comptés séparément
[20]. Nous avons préféré les
inclure dans les chiffres que nous proposons pour les diocèses dont ils sont
issus. Les compter à part aurait pu conduire à la conclusion qu’ils ne furent
pas touchés par la réforme, et cela à cause du petit nombre de statuts synodaux promulgués en comparaison avec les diocèses qui existaient depuis des
siècles. En revanche, ne pas les compter du tout aurait fait croire que leurs
provinces d’origine avaient été moins réformées qu’elles ne l’étaient
[21].
Les 113 diocèses étaient répartis dans quatorze provinces ecclésiastiques
jusqu’au XVII
e siècle, quand deux autres y furent ajoutées (Paris en 1622, séparée de Sens, et Albi, créée en 1687 des suites d’une division de Bourges). Par
les statuts synodaux diocésains, il est évident que chacune des seize provinces
était une région distincte, du moins pour ce qui avait trait à la promulgation de
synodes
[22]. De plus, durant les périodes de 1445-56, 1528 et 1565-1591,les
réunions des synodes provinciaux déclenchèrent des réformes dans leurs diocèses constitutifs, comme on peut le voir en faisant la comparaison des statuts
qui en découlèrent aux deux niveaux
[23]. En conséquence, pour ce qui suit, nous
considérons la France comme ayant été divisée en seize provinces ecclésiastiques distinctes durant toute la période de 1390 à 1789 (voir Figure 2)
[24].
Cette répartition correspond non seulement à la réalité historique, mais aussi
contrebalance (par le groupement de diocèses apparentés) l’effet statistique
des statuts perdus dans quelques diocèses. Néanmoins, il importe de bien distinguer les différents niveaux : diocésain, provincial, et national.
FIGURE 2
LES PROMULGATIONS DANS LES PROVINCES
FIGURE 3
LES PROMULGATIONS DES STATUTS, 1480-1760
Lorsque nous traçons la courbe du nombre de statuts synodaux promulgués chaque année en France durant les quatre siècles précédant la Révolution
française, nous voyons apparaître une périodisation très marquée (voir
Figures 1 et 3). Pendant un siècle, de 1390 à 1490, la moyenne des promulgations est de 1,6 par an, tandis que les 70 années suivantes voient une soudaine
recrudescence ( 3, 7 statuts promulgués par an). Suit une période de reflux de
près de 30 ans ( 1,9). Enfin, du début des années 1590 jusqu’au milieu de la
décennie 1740, nous observons d’abord une remontée soutenue dans les promulgations jusqu’à l’apogée de 1673, puis un trend onduleux de reflux. La
moyenne générale pour cette période est de 6, 1 promulgations par an.
Finalement, durant les 45 années précédant la Révolution française, le mouvement retombe au niveau des années 1390-1490 ( 1,6 par an).
L’importance des variations annuelles nous a conduit à ventiler les données selon la périodisation dégagée à partir des courbes (voir tableau 1). Pour
déterminer l’intensité des promulgations par province ecclésiastique à long terme,
nous avons divisé le nombre de statuts synodaux promulgués dans chacune, par
le nombre de leurs diocèses. Le tableau 2 fait ainsi apparaître une géographie
réformatrice. Enfin, pour pouvoir établir une véritable comparaison, le nombre
de statuts synodaux promulgués dans une province durant chacune des périodes
dégagées a été divisé par le nombre de ses diocèses (pour égaliser les provinces),
et ensuite par le nombre d’années dans la période (pour égaliser les périodes). On
aboutit alors aux résultats présentés au tableau 3, page suivante, pour la période
1390-1789.
Qu’en est-il du contenu de ces statuts ? Les synodes diocésains étaient déjà
chose courante à la fin du XI
e siècle, suite à la réforme grégorienne. Avec le temps,
une série de statuts fondamentaux souvent connue sous le nom de
precepta communiafut adoptée par plusieurs diocèses de France et d’ailleurs
[25]. Les statuts synodaux français, particulièrement ceux du Nord et de l’Ouest, ont été fortement
influencés par ceux d’Eudes de Sully (évêque de Paris 1196-1208), bientôt appelés
Synodal de l’ouest. Ce dernier fut vraisemblablement promulgué pour la première
fois à Angers un peu avant 1220. Le Midi fut particulièrement influencé par les statuts de l’évêque Raymond de Calmont de Rodez ( 1289)
[26].
TABLEAU 1
Nombre des synodes avec statuts par an, par période « naturelle »
TABLEAU 1
Nombre des synodes avec statuts par an, par période « naturelle »
1390-1432 1,70 1565- l591 1,85 1690-1720 6, 52
1433-1464 1,88 1592-1622 4, 23 1721-1745 5, 08
1465-1490 1,19 1623-1639 5, 35 1746-1789 1,64
1491-1542 3, 90 1640-1673 7, 94
1543-1564 3, 27 1674-1689 7, 69
TABLEAU 2
Classement des provinces selon le taux de promulgations
TABLEAU 2
Classement des provinces selon le taux de promulgations
Province Promulgations Nombre de Chiffres Corrigés
1390 - 1789 diocèses par dioc par dioc par an
Tours (Trs) 327 12 27, 25 0, 068
Lyon (Lyn) 130 5 26, 00 0, 065
Paris (Prs) 92 4 23, 00 0, 058
Reims (Rms) 176 9 19, 44 0, 049
Sens (Sns) 70 4 17, 50 0, 044
Rouen (Ren) 103 7 14, 71 0, 037
Bourges (Brg) 84 6 14, 00 0, 035
Bordeaux (Brd) 138 10 13, 80 0, 035
Aix (Aix) 67 6 11,17 0, 028
Toulouse (Tls) 80 8 10, 00 0, 025
Embrun (Emb) 51 6 8, 50 0, 021
Vienne (Vnn) 34 4 8, 50 0, 021
Arles (Arl) 37 5 7, 40 0, 019
Albi (Alb) 34 6 5, 67 0, 014
Auch (Ach) 44 11 4, 00 0, 010
Narbonne (Nrb) 38 10 3, 80 0, 010
France 1 505 113 13, 31 0, 033
Les statuts médiévaux s’adressaient aux prêtres. Ils commençaient d’ordinaire par les règles qui gouvernaient la préparation et l’assistance des prêtres à
un synode, ainsi que le déroulement de ces réunions. Puis, particulièrement au
TABLEAU 3
Provinces ecclésiastiques de France classées par
TABLEAU 3
Provinces ecclésiastiques de France classées par
chiffre corrigé de statuts promulgués par an par période 1390 - 1789
1390-1432 1433-1464 1465-1490 1491-1542 1543-1564
moyenne moyenne moyenne moyenne moyenne
0, 013 0, 016 0, 010 0, 031 0, 034
Arl 0, 074 Trs 0, 073+ Lyn 0, 046- Trs 0, 165+ Lyn 0, 136+
Trs 0, 062 Lyn 0, 050+ Trs 0, 045- Prs 0, 096+ Sns 0, 091+
Brd 0, 012 Sns 0, 023+ Ren 0, 027+ Sns 0, 048+ Prs 0, 068-Rms 0, 01 Arl 0, 019- Ren 0, 033+ Trs 0, 049-Lyn 0, 009 Ren 0, 018+ Prs 0, 010- Brg 0, 032+ Alb 0, 045+
Nrb 0, 007 Sns 0, 010- Rms 0, 035+
Sus 0, 006 Prs 0, 016+ Vnn 0, 010+ Rms 0, 028+
Prs 0, 006 Brg 0, 016+ Brg 0, 007- Lyn 0, 019- Vnn 0, 034+
Vnn 0, 006 Emb 0, 010+ Tls 0, 005- Brd 0, 015+ Brg 0, 023-Ach 0, 006 Tls 0, 008+ Rms 0, 004+ Alb 0, 013+ Ren 0, 020-Tls 0, 006 Nrb 0, 006- Ach 0. 012+ Brd 0, 018+
Brg 0, 004 Ach 0, 003- Aix 0, 000= emb 0, 010+ Arl 0, 009+
Emb 0, 004 Brd 0, 003- Alb 0, 000= Tls 0, 010- Ach 0, 008-Ren 0, 003 Rms 0, 003- Arl 0, 000- Aix 0, 006+ Emb 0, 008-Aix 0, 000 Ach 0, 000- Vnn 0, 005-Alb 0, 000 Aix 0, 000= Brd 0, 000- Arl 0, 004+ Aix 0, 000-Alb 0, 000= Emb 0, 000- Nrb 0, 000=
Vnn 0, 000- Nrb 0, 000- Nrb 0, 000= Tls 0, 000-
« + » indique une augmentation depuis la période précédente, « - » indique une diminution, « = » indique une
fréquence persistante de promulgation.
TABLEAU 3,
CONTINUÉ
TABLEAU 3, CONTINUÉ
1565-1591 1592-1622 1623-1639 1640-1673
moyenne moyenne moyenne moyenne
0, 019 0, 036 0, 049 0, 071
Prs 0, 065- Lyn 0, 090+ Brd 0, 118+ Ren 0, 143+
Aix 0, 043+ Tls 0, 085+ Aix 0, 098+ Lyn 0, 112+
Lyn 0, 037- Brd 0, 077+ Brg 0, 088+ Prs 0, 103+
Emb 0, 031+ Trs 0, 073+ Prs 0, 074+ Brd 0, 091-Sns 0, 028- Aix 0, 048+ Lyn 0, 071- Brg 0, 088=
Trs 0, 025- Prs 0, 040- Emb 0, 059+ Rms 0, 088+
Arl 0, 022+ Ren 0, 037+ Ren 0, 059+ Trs 0, 086+
Ren 0, 021+ Tls 0, 052- Emb 0, 074+
Emb 0, 032+ Sns 0, 074+
Rms 0, 012- Sns 0, 032+ Sns 0, 044+ Tls 0, 074+
Ach 0, 007- Brg 0, 022+ Trs 0, 025-Alb 0, 006- Vnn 0, 016+ Alb 0, 019+ Aix 0, 069-Brg 0, 006- Rms 0, 011- Rms 0, 019+ Alb 0, 044+
Brd 0, 004- Ach 0, 006- Nrb 0, 018+ Nrb 0, 029+
Nrb 0, 006+ Ach 0, 016+ Vnn 0, 022+
Nrb 0, 000= Vnn 0, 015- Ach 0, 021+
Tls 0, 000= Alb 0, 000- Arl 0, 012+ Arl 0, 018+
Vnn 0, 000- Arl 0, 000-
1674-1689 1690-1720 1721-1745 1746-1789
moyenne moyenne moyenne moyenne
0, 073 0, 061 0, 046 0, 015
Vnn 0, 156+ Lyn 0, 155+ Rms 0, 196+ Sns 0, 045-
Lyn 0, 125+ Rms 0, 143+ Prs 0, 110+ Rms 0, 043-Brd 0, 113+ Prs 0, 105+ Brg 0, 080+ Lyn 0, 041-Sns 0, 109+ Aix 0, 075+ Sns 0, 080+ Trs 0, 017-Brg 0, 094+ Vnn 0, 073- Lyn 0, 056-Prs 0, 094- Trs 0, 070- Ach 0, 015+
Rms 0, 090+ Brg 0, 065- Trs 0, 037- Brd 0, 014-Trs 0, 083- Vnn 0, 030- Aix 0, 011-Tls 0, 078+ Ren 0, 055- Nrb 0, 028+ Tls 0, 011-Arl 0, 045+ Brd 0, 024- Arl 0, 009+
Aix 0, 063- Brd 0, 045- Ren 0, 023- Ren 0, 007-Ren 0, 063- Sns 0, 032- Emb 0, 020- Prs 0, 006-Alb 0, 042- Alb 0, 027- Tls 0, 020= Alb 0, 004-Emb 0, 031- Emb 0, 027- Aix 0, 013- Brg 0, 004-Nrb 0, 019- Nrb 0, 023+ Alb 0, 013- Emb 0, 004-Ach 0, 006- Tls 0, 020- Ach 0, 011- Nrb 0, 002-Ach 0, 015+
Arl 0, 000- Arl 0, 000- Vnn 0, 000-
Nord et à l’Ouest, suivaient des définitions assez simples de six des sept sacrements (l’ordination était omise) avec des instructions sur leur administration ainsi
que sur la manière de dire la messe. On y prêtait beaucoup d’attention à tout ce
qui concernait le pain et le vin consacrés, qu’ils fussent sur l’autel ou en route vers
les malades. Il y était souvent question, et jusque dans le détail, des accidents qui
pouvaient leur arriver
[27]. On craignait aussi fortement le vol des hosties consacrées
ou de l’eau bénite du baptême par de prétendus sorciers. Ensuite, l’ordre des
sujets variait et le texte semblait s’égarer. La section consacrée à la vie des ecclésiastiques essayait de réglementer leur habillement et leurs rapports avec les
femmes, et leur défendait toute activité marchande. On relève un effort continu
pour empêcher au moins les sous-diacres, diacres et prêtres d’avoir ce qu’on
appelait des concubines, qui étaient souvent en fait des « épouses de droit coutumier » vivant avec les ecclésiastiques comme mari et femme. On ajoutait presque
toujours une section sur les différents genres de péchés (la gourmandise, l’ivrognerie et les fautes sexuelles en particulier).
Ces statuts médiévaux faisaient peu de cas des laïcs. Mais les prêtres
furent obligés de donner aux fidèles une instruction élémentaire de la foi chrétienne, spécialement sur laTrinité, l’Incarnation, les sacrements et les péchés
capitaux. Ils devaient exiger que leurs ouailles croient à ce que croyait l’Église,
sans essayer de raisonner ni de comprendre ces mystères.
Les synodes de la période 1390-1490 attestent clairement l’influence
d’Eudes de Sully, même si des différences sont peu à peu apparues : les statuts
sont plus détaillés, ils mentionnent des châtiments (particulièrement l’excommunication), et des amendes, surtout pour les ecclésiastiques qui persistaient à
désobéir aux règlements. Sont rappelés l’interdiction du cumul des bénéfices
et le devoir de résider dans les bénéfices ayant « cure d’âmes ». Les âmes en
question aussi sont l’objet de plus d’attention. On voit monter le souci de faire
respecter les règles du mariage, et les prêtres sont invités à redoubler d’efforts
auprès des laïcs. L’inquiétude grandit aussi au sujet des concubines des ecclésiastiques (on donne aux prêtres un mois pour mettre fin à ces liaisons), de la
sorcellerie, des charivaris.
Presque tous les statuts synodaux du XV
e siècle attestent d’un effort pour
protéger ce qui était considéré comme les droits et les privilèges de l’Église et
des ecclésiastiques contre les empiètements des laïcs en général et des autorités en particulier. Les évêques sont aussi bien résolus à maintenir ou à augmenter leur autorité en ce qui concerne les monastères et les officiaux des
églises locales
[28].
Des quatre siècles qui nous occupent ici, c’est la période 1390-1490 qui
voit le nombre le plus réduit de statuts promulgués. Presque toute l’activité
synodale que nous connaissons se situe de part et d’autre d’une ligne diagonale partant de la Manche et descendant vers le Sud-Est jusqu’à Grenoble.
Dans le Sud-Est, Arles fait figure d’exception avec le record des promulgations entre 1390 et 1432. Encore ne s’agit-il que du diocèse d’Arles lui-même,
et non de la province entière. Lyon, à l’Est, est la plus active entre 1465
et 1490. Dans cette province, les diocèses de Langres et d’Autun sont en tête
et Lyon les rejoint après 1465. La province de Tours dans l’Ouest est la plus
active durant toute la période, et se trouve en tête des autres provinces
entre 1433 et 1464. Entre 1390 et 1490, dix de ses douze diocèses sont à l’origine de 47% des 162 promulgations que connut toute la France. La petite
activité enregistrée par huit autres provinces (Rouen, Sens, Paris, Bourges,
Embrun, Toulouse, Vienne et Reims) ne concerne en réalité que 16 des 48 diocèses qui les composaient
[29].
La faible hausse dans le nombre des promulgations durant la période 1433-1464 peut être la conséquence du mouvement conciliaire et du Concile de Bâle
[30].
De toute façon, cette poussée tourne court. La période 1465-1490 est la moins
active de toutes entre 1390 et 1789. On relève une augmentation à Rouen. Le
taux des deux autres provinces qui se trouvent au-dessus de la moyenne (Lyon
et Tours) est anémique et en baisse. Il n’y a aucune promulgation de statuts
synodaux dans la partie méridionale de la France, sauf une seule dans le diocèse de Toulouse en 1481.
En revanche, le taux de promulgation et le changement dans le contenu
des statuts synodaux sont l’un et l’autre des preuves solides que la Réforme
catholique française commence durant la période 1491-1542
[31]. La figure 2 et
le tableau 3 montrent que les promulgations sont plus fréquentes au Nord et
au Centre. L’élan vient du Nord (Tours, Paris, Rouen et Reims, dans les 25
premières années), puis Sens et Bourges remplacent ensuite Reims parmi les
provinces les plus actives sur le plan synodal
[32]. Les six premiers diocèses à
donner un esprit nouveau à leurs statuts synodaux sont Meaux et Mâcon
( 1493), Saint-Brieuc ( 1494), Grenoble et Paris ( 1495), puis Clermont
(autour de 1496). Les responsables en sont respectivement Jean L’Huillier,
Étienne de Longwy, les vicaires de Christophe Penmarch, Laurent (I)
Alleman, Jean Simon et Charles de Bourbon. Les premiers des nouveaux statuts synodaux entièrement réorganisés émanent de Saint-Malo ( 1501), Meaux
( 1511) et Paris ( 1515), sous les influences respectives de Guillaume (I) Briçonnet, Louis Pinelle et Étienne de Poncher
[33].
Durant ces années 1491-1542, la province de Tours se trouve en tête des
provinces avec un taux de promulgation cinq fois supérieur à la moyenne
nationale des quatre siècles ( 0, 033 synodes par diocèse et par an). Son taux de
promulgation et le fait que seul Paris (avec un taux juste au-dessous de trois
fois la moyenne) s’en approche, témoigne de sa prééminence. L’activité est
aussi assez importante dans les provinces de Sens, Rouen et Bourges, avec
Reims pas très loin derrière
[34]. Toutes les provinces ecclésiastiques connaissent
une hausse des promulgations, sauf quatre, toutes dans l’Est et le Sud : Lyon,
Vienne, Narbonne et Toulouse. Parmi celles-ci toutefois, Lyon et Vienne ont
participé à la réforme, comme le démontre le contenu de leurs statuts.
La structure de la promulgation des statuts synodaux prouve que la supposée « pré-réforme » est en fait suffisamment importante pour être considérée
comme partie intégrante de la Réforme catholique. On doit tenir compte de la
réforme des ordres religieux qui débuta au XV
e siècle, de l’Assemblée de Tours
en 1493 qui entreprit la réforme du clergé, et de l’accroissement frappant du
nombre de sermons imprimés entre les années 1500 et 1525
[35]. Mais surtout, le
contenu des statuts synodaux révèle entre autres que la Réforme catholique a
démarré longtemps avant le Concile de Trente.
Les statuts synodaux de la période 1491-1542 débutent ordinairement par
des éléments médiévaux traditionnels. Mais la théologie y est plus développée,
particulièrement dans la discussion du fond et de la forme de chacun des
sacrements. Le latin est souvent plus élégant qu’auparavant. On s’inquiète
moins de sorcellerie. Les synodes médiévaux insistaient sur la nécessité d’enregistrer les noms des personnes excommuniées. Au XVIe siècle, on commence
à souligner l’importance de la tenue de registres pour y consigner baptêmes,
mariages et inhumations.
Dans les statuts de 1491-1542, on décèle un bon nombre de problèmes
qui seront la marque de la réforme du XVII
e siècle. Par exemple, l’accent mis
sur la nécessité de se servir de vases appropriés pour la célébration de la
messe, tel que des calices en argent plutôt qu’en étain; ou le souci accru de
l’accomplissement des devoirs de Pâques (confession et communion
annuelle); ou encore l’idée que le cimetière est un lieu saint. On se soucie
davantage de la préparation intellectuelle, du comportement et des devoirs des
prêtres, en restreignant en même temps les activités des prédicateurs itinérants
et des religieux qui demandent l’aumône. Beaucoup plus encore qu’au Moyen
Âge, les prêtres sont invités à bien connaître leurs paroissiens et à s’intéresser à
leurs besoins religieux, à les instruire par le moyen de simples sermons prononcés en langue vernaculaire. De fait, les statuts synodaux en français
deviennent choses plus courantes
[36].
Certes, quelques statuts ne sont que des copies exactes de statuts médiévaux.
[37]. Luther n’est mentionné que deux fois dans les statuts de la période
1491-1542. L’absentéiste archevêque d’Auch, le cardinal de Tournon, fait une
allusion rapide aux « haerticos et Lutheranos quasconque » dans ses statuts très
minutieux de 1542, et l’on trouve l’autre mention en 1537, à Tours, lorsque le
luthéranisme était seulement considéré comme un des nombreux péchés
publics : l’évêque Antoine de la Barre s’inquiétait beaucoup plus de blasphème
que de protestantisme.
La première phase du mouvement de réforme est une réaction des
évêques devant la corruption de l’Église française, et non une réaction aux
événements de l’étranger (l’irruption de Luther en Allemagne ou la Réforme
catholique en Italie). Dans la région de France la plus touchée par la Réforme
catholique, il semble que ses dirigeants tels que Louis Pinelle (évêque de
Meaux), Guillaume (II) Briçonnet (Lodève et puis Meaux) et Étienne de
Poncher (Paris et puis Sens) aient été influencés jusqu’à un certain point par la
Devotio Modernaet l’humanisme chrétien d’Érasme, c’est-à-dire que l’inspiration venait des Pays-Bas. L’influence du réformateur français Jacques Lefèvre
d’Étaples a aussi été très importante
[38].
Le contenu des statuts synodaux confirme que la réforme est plutôt française qu’étrangère et plutôt pratique que théorique. Par exemple, les prêtres se
voient souvent recommander de lire trois des œuvres pastorales de Jean
Gerson sur les commandements, la confession et la préparation à la mort, et
de s’en servir comme matériel de sermon
[39]. Le côté pratique des statuts synodaux de la première moitié du XVI
e siècle peut s’expliquer par les origines des
évêques réformateurs. Plusieurs avaient des liens de parenté et d’allégeance
avec la bureaucratie royale. L’archétype de ce genre d’évêque est Guillaume
(I) Briçonnet (mort en 1514), évêque réformateur de Saint-Malo, Nîmes,
Reims et Narbonne après qu’il s’est retiré de la bureaucratie royale, et père de
l’évêque également réformateur de Meaux, du même nom. Les frères Antoine
et François d’Estaing, évêques d’Angoulême et Rodez en sont deux autres
exemples
[40].
Durant la période suivante ( 1543-1564), la réforme continue dans un bon
nombre de diocèses, dans tous les régions de France, sauf au Sud. Parmi les
provinces en tête de la première Réformation, seul le diocèse de Sens conserve
un taux de promulgation croissant. Mais les provinces de Rouen, Albi et
Reims sont désormais au-dessus de la moyenne. Le tableau 3 montre que la
province de Lyon est au premier rang durant la période 1543-1564, avec un
taux de promulgation quatre fois supérieur à la moyenne nationale sur quatre
siècles, et à la moyenne de la période
[41]. Mais il convient de noter ici le rôle du
diocèse d’Autun, qui s’est engagé dans le processus de réforme avec un
ensemble de statuts complètement réorganisés et promulgués aux environs de
1534, et totalise dix des quinze promulgations de la province de Lyon.
Durant la période de 1491-1542, Paris avait été la seule province dont le
taux de promulgation approchait de celui de la première province, Tours. En
1543-1564, c’est le tour de Sens, derrière Lyon, ce qui traduit un déplacement
vers l’Est. Même si le taux de promulgation de Vienne est égal à la moyenne de
la période, il n’y a pas beaucoup plus de mouvement dans le Sud-Est ou le
Sud-Ouest, sauf pour quelques promulgations à Bordeaux et un soupçon
d’activité à Arles
[42].
On peut conclure que cette période 1543-1564 est bien marquée par le
nouveau genre de statuts synodaux apparus dans la période précédente, qui
continuent à se répandre, même si certains évêques jugèrent suffisant de faire
ré-éditer des statuts médiévaux
[43]. L’élément nouveau de la période est la prise
de conscience grandissante de la menace du protestantisme. Mais ce qui
étonne, c’est la lenteur avec laquelle ce fait se manifeste. À l’exception des
deux statuts mentionnés plus haut et des statuts d’Amiens de 1546, on ne
trouve aucune mention de Luther ou du protestantisme dans les statuts synodaux diocésains avant le début des années 1550. À partir de cette date, la
chose devient plus courante. La première mention du Concile de Trente dans
un statut diocésain apparaît à Rodez en 1552
[44].
Avec un taux de promulgation généralement peu élevé, la période 1565-1591 révèle la persistence de la ligne diagonale Ouest-Est, entre la Manche et
Lyon. Pourquoi ce recul du nombre des promulgations ? On peut y voir un
effet de la désorganisation ou de l’absentéisme épiscopal, avec les guerres de
religion. Sans doute ces guerres ont-elles freiné la Réforme catholique amorcée vers la fin du XVe siècle
[45]. Mais en dehors des guerres, il est probable que le
nombre grandissant de nominations royales aux postes d’évêques (et souvent
l’omission de telle nomination en vue de pouvoir amasser les revenus) depuis
le Concordat de Bologne de 1516 a eu des conséquences néfastes sur les
efforts de réforme. En outre, les guerres de religion ont fourni à plusieurs
familles nobles l’occasion de faire pression sur la monarchie pour se faire gratifier de nominations épiscopales
[46].
Les préoccupations de la Réforme catholique se manifestent toutefois
dans nombre de statuts promulgués entre 1565 et 1591. C’est presqu’exclusivement dans le Nord que pointent les inquiétudes qui seront celles des réformateurs du siècle suivant (cela est particulièrement frappant dans les statuts
publiés à la fin des années 1580; or le Concile de Trente est toujours rarement
mentionné)
[47]. La lutte continue contre le concubinage ecclésiastique, avec une
intensité variable.
Dans cette période 1565-1591,les taux de promulgations commencent un
long cheminement ascendant dans les provinces de Rouen, Aix et Embrun. À
Aix, cela durera jusqu’en 1639; pour Rouen et Embrun, jusque vers 1673
(figure 2). À Aix, le siège épiscopal métropolitain et Gap sont des diocèses
actifs; à Embrun, ce sont ceux de Grasse et Vence; à Rouen, plusieurs diocèses
y prennent part.
Les événements des années 1565-1591 semblent conforter la notion d’une
réforme dans le Sud-Est proposée par M.-H. et M. Froeschlé-Chopard : Arles
rallie, quoique brièvement, Embrun et Aix dans la catégorie des promulgations
supérieures à la moyenne. Mais c’est Lyon et quatre autres provinces du Nord
qui viennent en tête. De plus, les statuts du Sud-Est ne sont pas spécialement
« modernes », même s’ils révèlent un engagement certain à affronter les problèmes du présent. On ne ressent aucune influence italienne dans les statuts,
malgré les efforts de l’archevêque Canigiani d’Aix ( 1576-1591) pour introduire les réformes de Trente et les idées du cardinal Borromée, particulièrement pendant l’assemblée du clergé de 1579 et le concile provincial d’Aix en
1585
[48].
La période 1592-1622 ouvre la seconde et la plus importante étape de la
Réforme catholique, quand s’accroît de nouveau le nombre de promulgations.
Dans les années 1592-1612, Bordeaux et Lyon figurent en tête, suivis de Tours,
Paris, Toulouse et Rouen. Si l’on considère la période entière, les premières provinces sont Lyon, Toulouse, Bordeaux et, plus loin, Tours, chacune ayant à son
actif plus du double de la moyenne nationale à long terme (près du triple pour
Lyon). L’évêque réformateur d’Angers, Charles Miron, joua un rôle particulièrement important dans la province de Tours.
Au Sud-Est, seul Aix se hisse au-dessus de la moyenne, même si le niveau
de promulgations s’accroît aussi à Embrun et Vienne, ainsi qu’à Narbonne qui
était d’habitude inactive
[49]. Il faut souligner, à Aix même, le rôle de l’archevêque Paul Hurault de l’Hôpital, et à Grasse (province d’Embrun), celui d’Étienne Le Maingre de Boucicault, tous deux réformateurs actifs. Marie-Hélène
et Michel Froeschlé ont relevé cette activité synodale dans le Sud-Ouest, mais
sans la mettre en rapport avec celle de Lyon à l’Est ou avec celle de presque
tout l’Ouest. Seule la province d’Auch, à l’extrémité du Sud-Ouest, fait exception ici (le nombre des promulgations a continué à descendre depuis une
hausse légère en 1491-1542).
Entre 1592 et 1622, les seuls statuts synodaux promulgués dans les onze
diocèses qui forment la province d’Auch sont ceux de l’évêque de Dax, Jean-Jacques Dussault, en 1600. En quinze pages, ils exigent que les curés soient
résidents, utilisent le bréviaire approuvé par le Concile de Trente, respectent
les règlements de Trente sur le mariage et assurent une meilleure gestion des
ressources financières des paroisses. Dussault fait état de son sincère regret
quant aux actions scandaleuses des membres du clergé dans le diocèse. Il
donne huit jours à tous les ecclésiastiques pour « cogedier et reiecter toutes
femmes mal nommées », porter leur tonsure et leur soutane, renoncer aux
cabarets, à l’ivrognerie, aux danses et aux jeux, et cesser de fréquenter les
endroits qui pourraient les inciter aux péchés de la chair.
La période 1592-1622 marque donc un tournant. On retrouve les débats
sur les sacrements et la messe, mais les anciennes inquiétudes sur les accidents
que pourraient subir les sacrements ont disparu. On se soucie maintenant de
la propreté dans les églises et de voir appliquées les nouvelles normes de
« décence ». Le mot décence prend une connotation morale et aussi esthétique.
Un manquement à la décence peut aussi bien suggérer des images mal exécutées ou mal entretenues, un affront à la dignité du personnage représenté, ou
encore cacher une référence à la nudité
[50]. On insiste aussi désormais sur la
tenue de bons registres de toutes sortes, et sur l’interdiction des mariages clandestins. De plus en plus d’instructions concernent les thèmes apparus dans la
période 1491-1542, tels que les vases sacrés et les vêtements sacerdotaux
appropriés, la clôture des cimetières et l’observance du devoir pascal.
Les statuts adressés directement au clergé recèlent ces mêmes préoccupations de décence et de dignité : les prêtres doivent être formés au séminaire et
vivre à l’écart du peuple, et notamment des femmes qui pourraient être causes
de tentation ou de scandale. Durant les trente premières années du XVII
e siècle,
la lutte contre les concubines des prêtres est assez sévère. Le problème ne disparaîtra jamais entièrement, mais il semble relativement maîtrisé au milieu du
XVIIIe siècle
[51].
Les statuts ordonnent aux prêtres de perfectionner leur formation en
assistant aux synodes et conférences ecclésiastiques où ils peuvent discuter des
problèmes pastoraux. Ils doivent se concentrer sur le service de la messe,
l’écoute des confessions, le sermon et l’enseignement du catéchisme, pour le
meilleur profit des laïcs.
Les prescriptions varient bien sûr selon les périodes et les régions, mais,
plus on avance dans le XVIIe siècle, plus les statuts deviennent complets et
s’uniformisent, plus l’influence tridentine se fait sentir. Dans certains diocèses,
la Réforme catholique met certes du temps à se manifester. Le dernier est probablement celui de Viviers dans la province de Vienne. En 1734, après avoir
servi dix ans comme évêque, François de Villeneuve publie un ensemble de
statuts très semblables à ceux publiés ailleurs dans les années 1590. Villeneuve
soutient que ses prédécesseurs avaient été trop occupés à combattre le calvinisme pour penser à faire autre chose.
La figure 3 indique que la période 1623-1639 semble marquer une pause;
toutefois, c’est une pause à un niveau élevé
[52]. Malgré un recul du taux de promulgation dans quatre provinces, ces années sont les premières qui connaissent au moins une promulgation dans chaque province. Bordeaux, sous l’égide
des frères François et Henri de Sourdis, est en tête avec un taux trois fois supérieur à la moyenne nationale à long terme. Aix suit de près, Bourges et Paris
affichent le double de la moyenne. En d’autres termes, les promulgations sont
plus uniformément répandues que lors la première Réformation. Si les provinces de Lyon, Toulouse et Tours promulguent moins de statuts, Paris entreprend un mouvement ascendant qui continue jusque dans la période suivante
et, après une pause, ira jusqu’en 1745. Le taux de promulgations de Bourges
qui avait commencé à augmenter doucement dans la période précédente,
rejoint le groupe se trouvant au-dessus de la moyenne. L’autre nouvelle venue
dans ce groupe est Embrun, mais elle n’y reste que jusqu’en 1673.
La période 1640-1673 marque le sommet de la Réforme. Il sembler que
cette montée d’activité soit en partie le résultat de frustrations, car le texte des
statuts révèle qu’un grand nombre d’évêques se rendirent compte que tous les
efforts précédents de réforme n’avaient pas eu les résultats attendus : d’où des
efforts redoublés, avec presque 8 promulgations par année pour un total de
268 statuts synodaux promulgués connus – 18% du total des années 1390-1789. Le taux par diocèse dépasse le double de la moyenne globale. Dix des
seize provinces de France affichent un taux supérieur à la moyenne de cette
période ( 1640-1673); douze se situent au-dessus de la moyenne nationale sur
quatre siècles, et toutes les provinces, sauf Arles, sont au-dessus de leur propre
moyenne sur ces quatre cents ans. Les sept évêques de la province de Rouen
produisent des statuts à un rythme quatre fois plus élevé que la moyenne
nationale d’ensemble. Le Tableau 3 montre neuf autres provinces ont publié
alors deux ou trois fois plus de statuts que cette moyenne à long terme
[53].
En revanche, tout le Sud, sauf Embrun et Toulouse, se situe en-dessous de
la moyenne pour 1640-1673. Narbonne, Vienne, Auch et Arles sont tous endeçà de la moyenne nationale à long terme. Malgré tout, on promulgua des
statuts synodaux dans sept diocèses de Narbonne, dans les quatre de Vienne,
dans deux des quatre diocèses d’Arles et dans quatre des onze diocèses
d’Auch
[54]. On n’aperçoit de recul des promulgations que dans deux provinces :
Bordeaux (toujours dans le groupe au-dessus de la moyenne) et Aix (hors de
ce groupe pour la première fois depuis 1565). Se pourrait-il que les évêques
dans ces provinces aient eu le sentiment d’avoir déjà accompli leur travail de
réforme ?
Un deuxième sommet est atteint dans la période suivante, 1674-1689
[55].
Le mouvement est toutefois contrasté, avec des taux élevés en 1674 et 1679,
mais une tendance à la baisse, avec des creux en 1683 et 1689. Dans neuf provinces, en même temps, le taux de promulgations approche le double ou le
triple de la moyenne globale sur quatre cents ans, témoignant que le mouvement réformateur est toujours vigoureux. Par rapport à la période précédente,
cependant, le taux de promulgation baisse dans neuf provinces. Paris et Tours
reculent légèrement mais restent quand même au-dessus de la moyenne.
Rouen, après une montée lente depuis 1655, avait atteint son sommet durant
la période de 1640 à 1673. Après cela, le nombre de promulgations sera à la
baisse jusqu’en 1789.
Six autres provinces reculent : ce sont toutes les provinces du Sud, où
seule Toulouse fait exception. Le mouvement de réforme qui avait débuté lentement dans cette région entre 1623 et 1639, est manifestement terminé,
longtemps avant la date de 1730 proposée par M.-H. et M. Froeschlé-Chopard.
Les statuts des années 1670 et 1680 sont caractérisés par leur ampleur et
par l’attention portée à tous les aspects de la vie, spécialement celle du clergé
[56].
Les recommandations de plusieurs évêques à leur clergé de lire les œuvres
pastorales de Charles Borromée marquent l’influence de la Réforme catholique italienne durant cette période. Certains joignent même à leurs statuts les
instructions de ce dernier pour les confesseurs
[57].
La période de 1690 à 1720 est aussi assez contrastée. Malgré des pointes (dix
promulgations ou plus en 1693, 1695-96 et 1698), la tendance est à la baisse. Le
nombre de provinces au-dessus de la moyenne diminue de neuf à sept, mais pour
la troisième et dernière fois, toutes les provinces voient au moins une promulgation chacune. La moyenne d’ensemble était donc plus élevée que la figure 3 ne le
laisserait penser. La géographie des régions en tête forme une sorte de O avec
trois ailes se déployant vers la Bretagne, Boulogne et Aix. Rouen, Bordeaux et
Toulouse ne figurent plus dans le groupe de tête. Lyon et Reims dominent maintenant, avec des taux de promulgation quatre fois supérieurs à la moyenne nationale de long terme. Une sorte de mouvement vers le Nord et l’Est s’amorce, qui
s’affirmera dans les deux périodes suivantes.
Durant ces années 1690-1720 apparaît dans quelques statuts un nouveau
thème : on défend aux prêtres de porter des perruques, de poudrer leurs cheveux ou de priser du tabac. Plus tard, au milieu du XVIII
e siècle, il ne sera plus
question d’interdire ces pratiques, mais seulement de les limiter. De même
apparaît l’insistance sur le respect des devoirs religieux par les paroissiens, en
particulier la confession et la communion annuelle : souci qui ne va faire que
grandir dans les années suivantes
[58].
La période de 1721-1745, la dernière de la Réforme catholique française,
voit Reims émerger. Paris, Sens et Lyon la rejoignent dans le groupe de tête
(quoique Lyon aie déjà amorcé un recul après de solides performances depuis
1640). Désormais, le Nord et l’Est sont en pointe
[59]. À Reims, où le mouvement
de réforme avait commencé durant la période 1623-1639, le taux de promulgation en 1721-1745 est six fois plus élevé que la moyenne nationale d’ensemble.
Ce taux est le plus élevé de toutes les provinces durant les quatre siècles. Les
statuts synodaux y sont publiés à un taux quatre fois plus élevé que la moyenne
de la période. Les diocèses d’Amiens, de Châlons-sur-Marne et de Soissons
sont les plus actifs de cette province.
Durant la période 1746-1789, Paris et Bourges disparaissent du groupe
situé au-dessus de la moyenne. Au premier rang, Reims, Sens et Lyon au
Nord-Est sont rejoints à l’Ouest par Tours, formant un motif en T entrecoupé,
mais le taux de promulgations est déjà en baisse dans les quatre provinces. Les
seules augmentations sont enregistrées à Auch et Arles (mais avec un nombre
total de promulgations de huit seulement). Dans la plupart des cas, les statuts
de cette période sont des rééditions d’anciens statuts
[60].
Au cours de cette deuxième moitié du XVIII
e siècle, il semble que la situation
se soit trouvée améliorée : les séminaires fonctionnent, des conférences ecclésiastiques se tiennent dans plusieurs diocèses et, de toute évidence, un plus grand
pourcentage d’ecclésiastiques est célibataire. Les évêques et plus encore les
prêtres résident plus souvent dans leurs bénéfices. Les messes sont chantées et
célébrées dans les paroisses d’une façon régulière, les sermons sont prêchés, le
catéchisme enseigné et les sacrements généralement disponibles
[61]. En revanche,
les paroissiens, de même que les ecclésiastiques semblent tous s’être lentement
détachés de la réforme. On réduit le nombre de jours fériés où le travail est interdit. Le temps est au compromis avec la mode du jour. On republie d’anciens statuts. De plus en plus, les visites pastorales consistent à remplir des imprimés. La
routine et les détails administratifs paraissent l’emporter parmi les ecclésiastiques, tandis qu’un nombre croissant de laïcs refusent de plus en plus de
prendre une part active dans la vie de l’Église
[62].
De sorte qu’on peut dire qu’au milieu du XVIIIe siècle, la Réforme catholique est pour ainsi dire terminée. À côté de l’aridité spirituelle de l’Église
catholique, le siècle des Lumières est en plein essor et les reproches vont fleurir contre la richesse, le statut social et la puissance du clergé.
À l’échelle des quatre siècles considérés, une vue géographique d’ensemble
peut ainsi être esquissée. Entre 1390 et 1789, huit provinces affichent des taux
de promulgation de statuts synodaux supérieurs à la moyenne : Tours, Lyon,
Paris, Reims, Sens, Rouen, Bourges et Bordeaux. Quatre parmi celles-ci
(Lyon, Paris, Bordeaux et Reims) ont joué un rôle particulièrement important
durant trois ou quatre des périodes que nous avons dégagées. Sens a été active
durant deux périodes. Tours figure parmi les provinces qui se trouvaient au-dessus de la moyenne durant onze des treize périodes, mais elle ne joua un rôle
particulièrement important que pendant la première Réforme.
Aix est la seule des sept provinces ecclésiastiques du Sud, s’étendant
d’Auch à Vienne et Embrun, à jouer un rôle important dans la promulgation de
statuts synodaux. Il semble que le diocèse d’Aix ait été le premier à importer les
réformes du concile de Trente d’une façon significative. Toutefois, la géographie des promulgations indique que la Réforme catholique s’opère principalement dans les deux tiers septentrionaux de la France, la plus grande activité
étant relevée sur une bande territoriale en forme de V allant de la province de
Bordeaux à celle de Reims, puis de Reims à Lyon.
L’analyse du contenu des statuts synodaux confirme la prépondérance du
Nord. Elle témoigne aussi de l’influence des Pays-Bas sur la Réforme catholique en France au XVIe siècle. La question du protestantisme tarda à se manifester et ne joua jamais un grand rôle dans les statuts. En France, la Réforme
catholique semble avoir été développée par les évêques français pour répondre
aux besoins de l’Église française, entre la fin du XVe siècle et le milieu du XVIIIe.
De plus, son mode de développement fut visiblement bien différent de celui
des diocèses étrangers avoisinants.
Cette analyse n’est naturellement qu’une vue d’ensemble préliminaire.
D’autres instruments de la Réforme catholique, tels les séminaires, les conférences ecclésiastiques, les prêches réguliers, les missions, le catéchisme et surtout les visites pastorales devraient être également analysés en fonction des
divisions chronologiques et géographiques proposées ici. Nous pensons que les
conclusions tirées de notre indicateur synodal se trouveraient confirmées.
François de Sales disait à ses lecteurs : « ainsi peut une âme vigoureuse et
constante vivre au monde, sans recevoir aucune humeur mondaine… »
[63].
Toutefois, le mouvement dont son œuvre fut un puissant instrument fut
façonné par ce monde, avant d’aider, en retour, à le transformer. Certes, une
partie des transformations qui suivirent n’ont pas été directement voulues par
leurs instigateurs; il reste que l’on ne saurait en négliger l’ampleur. Si des
recherches ultérieures viennent confirmer les conclusions des travaux actuels,
il faudra réévaluer les analyses de la Réforme catholique, qu’il s’agisse de ses
origines ou de son recul, notamment en reconsidérant ses interactions avec la
Réforme protestante et le mouvement des Lumières.
[1]
François de SALES,
Introduction à la vie dévote, Paris, Victor Lecoffre, 1920, p. XIX.
[2]
Cet article tire son origine des recherches de l’Équipe Visite Pastorale qui est subventionnée
par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada. L’Équipe est en train de préparer un
ouvrage sur le clergé rural du Nord-Ouest de la France pendant la Réformation catholique, fondé sur
les visites pastorales et autres documents connexes. Un premier livre concernant le modèle de développement de la Réformation catholique en France est prévu.
[3]
Voir par exemple, Paul BROUTIN, S.J.,
La réforme pastorale en France au XVIIe siècle, Paris,
Desclée et Cie, 1956, vol. 1,p. 25-33; Louis WELTER,
La réforme ecclésiastique du diocèse de Clermont
au XVIIe siècle, Clermont-Ferrand, Mémoires de l’Académie de Clermont, 2e série, t. 45, 1956, p. 19-21; Jeanne FERTÉ,
La vie religieuse dans les campagnes parisiennes, 1622-1695, Paris, Vrin, 1962, p. 184;
Louis PÉROUAS,
Le diocèse de La Rochelle de 1648 à 1724, Paris, S.E.V.P.E.N., 1964, p. 194-205; Robert
SAUZET,
Les visites pastorales dans le diocèse de Chartres pendant la première moitié du XVIIe siècle, Rome,
Edizioni di Storia e Litteratura, 1975, p. 115-92 et
Contre-réforme et réforme catholique en Bas Languedoc.
Le diocèse de Nîmes au XVIIe siècle, Bruxelles, Nauwelaerts, 1979, p. 79-141,325-76, 500-01; René
TAVENEAUX,
Le catholicisme dans la France classique, Paris, SEDES, 1980, vol. 1,p. 137-44; Philip
HOFFMAN,
Church and Community in the Diocese of Lyon, New Haven, Yale University Press, 1984,
p. 3, 5, 44-52, 71-83, 98-101; Marc VENARD, « La fonction catéchétique des statuts synodaux » in
P. COLIN éd.,
Aux origines du catéchisme en France, Tournai, Desclée, 1989; Denis RICHET,
De la
Réforme à la Révolution, Paris, Aubier, 1991,p. 83-95; numéro spécial de la
Revue d’histoire de l’Église
de France(ci-après
RHEF), vol. 77, 1991,p. 7-230 : « Église et vie religieuse en France au début de
la Renaissance ( 1450-1530) ».
[4]
Voir Geoffrey PARKER, « Success and Failure During the First Century of the Reformation »,
Past and Present, n° 136, 1992, p. 43-82 et les sources citées. Ajoutons deux livres anciens d’une certaine importance, que Parker ne cite pas : Jacques TOUSSAERT,
Le sentiment religieux en Flandre à la
fin du Moyen-Âge, Paris, Plon 1963, et A. N. GALPERN,
The Religions of the People in Sixteenth-Century
Champagne, Cambridge, Mass., Harvard University Press, 1976. Parmi les travaux importants plus
récents, non mentionnés par Parker : Nicole LEMAITRE,
Le Rouergue flamboyant : Clergé et paroisses du
diocèse de Rodez (1417-1563), Paris, Cerf, 1988; Eamon DUFFY,
The Stripping of the Altars : Traditional
Religion in England c. 1400-c. 1580, New Haven, Yale University Press, 1992 et Larissa TAYLOR,
Soldiers
of Christ : Preaching in Late Medieval and Reformation France, Oxford, Oxford University Press, 1992.
[5]
J. M. HAYDEN et M. R. GREENSHIELDS, « The Clergy of Early Seventeenth-Century France :
Self Perception and Society’s Perception »,
French Historical Studies, vol. 18, 1993, p. 145-72; Joseph
BERGIN, « Between Estate and Profession : The Catholic Parish Clergy of Early Modern Western
Europe » in M.L. BUSH (ed.),
Social Orders and Social Classes in Europe since 1500, London, Longman,
1992, p. 66-85.
[6]
Marie-Hélène FROESCHLÉ -CHOPARD et Michel FROESCHLÉ,
Atlas de la réforme pastorale en
France, Paris, Éditions du CNRS, 1986, p. 4-5, 28-36, 72-75;
Répertoire des visites pastorales de la
France. Première série. Anciens diocèses (jusqu’en 1790), 4 vol., Paris, Éditions du CNRS, 1977-85.
[7]
FROESCHLÉ -CHOPARD,
Atlas,
op. cit., p. 7-9, 34-36.
[8]
Marie-Hélène FROESCHLÉ -CHOPARD, « Les visites pastorales de Provence orientale du XVIe au
XVIIe siècle »,
RHEF, vol. 63, 1977, p. 273-292 traite les diocèses de Digne, Fréjus, Grasse, Riez, Senez
et Vence. L’
Atlas de la réforme cite des études de visites pastorales de quelques diocèses : Avignon,
Bordeaux, Chartres, Clermont, Coutances, Genève, Grenoble, Langres, Nantes, Nîmes, Reims,
La Rochelle, Rodez, Strasbourg et Toul.
[9]
Les sujets sont indiqués dans le catalogue par une série de nombres codés. La grille de sujets
déterminés à l’avance et représentés par ces nombres ne correspond pas toujours au contenu. Voir
D. JULIA, J. GADILLE, M. VENARD, « Pour un répertoire des visites pastorales »,
RHEF, vol. 54, 1969,
p. 50-67.
[10]
M.-H. et M. Froeschlé-Chopard n’ont pas eu accès aux matériaux sur le diocèse de Bâle.
Donc, quoique leur carte représente 150 diocèses, ils n’utilisent que des données pour 149 diocèses.
Les éditeurs du CNRS nous présentent une France de 154 diocèses.
[11]
Pour les origines et le développement des synodes, particulièrement en France, voir Odette
PONTAL (éd. et trad.),
Les statuts synodaux français du XIIIe siècle, Paris, Bibliothèque nationale, 1971,
p. XXV -LXXVII et « Les plus anciens statuts synodaux d’Angers et leur expansion dans les diocèses de
l’ouest de la France »,
RHEF, vol. 46, 1960, p. 54-67.
[12]
André ARTONNE, Louis GUIZARD et Odette PONTAL,
Répertoire des statuts synodaux des diocèses de l’ancienne France du XIIIe à la fin du XVIIIe siècle, 2è éd., Paris, Éditions du CNRS, 1969. Ce
volume nous propose une France de 162 diocèses.
[13]
Presque tous les statuts français non lus sont de la période de la fin du XVIIe et du début
du XVIIIe siècles alors que les modalités étaient déjà solidement ancrées. Les statuts synodaux des
régions périphériques ont été examinés pour les périodes cruciales. On a lu un total de 1160 des 1908
statuts synodaux diocésains et provinciaux subsistants pour la France et les 29 diocèses des environs
pour les années 1390-1789.
[14]
Ceci est confirmé par nos recherches dans les bibliothèques de Paris et les archives diocésaines et départementales, particulièrement du Nord et de l’Ouest de la France. Seuls 32 statuts n’ont
pu être retrouvés dans Artonne.
[15]
J. Michael HAYDEN, « The Uses of Political Pamphlets : The Example of 1614-15 in France »,
Canadian Journal of History, vol. 21,1986, p. 143-166.
[16]
Voir VENARD, « La fonction catéchétique », art. cit., p. 46.
[17]
Ceux-ci sont Metz, Toul (incluant Nancy et Saint-Dié créés à partir de Toul en 1777), Verdun
et Strasbourg.
[18]
Les années de réforme aux frontières de la France furent 1550-1615 et 1660-1710 (voir Figure 1).
La liste complète des 29 diocèses par province est 1) CAMBRAI : Anvers, Arras, Cambrai, Namur, Saint-Omer, Tournai; 2) MALINES : Bruges, Gand, Malines, Ypres; 3) TRÈVES : Metz, Saint-Dié, Toul, Trèves,
Verdun; 4) BESANÇON : Bâle, Belley, Besançon, Lausanne; 5) AVIGNON : Avignon, Carpentras,
Cavaillon, Vaison; 6) Autres diocèses : Elne, Genève, Liège, Maurienne, Nice, Strasbourg. Lesquels, sauf
Anvers, Namur, Bruges, Gand, Malines et Lausanne ont été considérés comme faisant partie de la France
dans l’étude des Froeschlé-Chopard, de même que les cinq diocèses corses, Nancy (qui n’avait pas de
statuts synodaux), Spire et Tarentaise.
[19]
Le fait que Belley ne soit pas inclus n’affecte en rien les statistiques - les seules dates connues
de promulgation de statuts synodaux sont 1631,1745, 1748 et 1749. Dans tous les diocèses exclus, les
ecclésiastiques étaient officiellement reconnus comme « clergé étranger » et ne furent jamais représentés
dans les réunions de l’Assemblée du Clergé puisqu’ils faisaient partie de diocèses qui avaient été réunis à
la France après le Contrat de Poissy en 1561. Cf. Marcel MARION,
Dictionnaire des institutions de la France
aux XVIIe et XVIIIc siècles, Paris, A. Picard, 1923, p. 101.
[20]
Alès ( 1694), Blois ( 1697), Dijon ( 1731), Saint-Claude ( 1742), Chambéry ( 1779).
[21]
Le diocèse de Maguelonne fut rebaptisé Montpellier en 1536; ce dernier nom est utilisé ici. Le
diocèse de Thérouanne est assimilé à celui de Boulogne-sur-Mer qui en fut détaché en 1567. Le diocèse
de Maillezais fut remplacé en 1648 par le diocèse de La Rochelle qui absorba aussi une partie du diocèse de Saintes. La Rochelle est retenu ici. Le diocèse de Die faisait partie du diocèse de Valence de 1275
à 1687. Ils sont considérés comme un seul.
[22]
Pour une conclusion analogue, au sujet des provinces ecclésiastiques des périodes précédentes,
voir Joseph AVRIL,
Les conciles de la province de Tours (XIIIe
-XVe siècles), Paris, Éditions du CNRS, 1987,
p. 49-98. Pour l’organisation financière et politique du clergé à partir des provinces ecclésiastiques, voir
Roland MOUSNIER,
Les institutions de la France sous la monarchie absolue, Paris, PUF, 1974, vol. 1,p. 282-299.
[23]
Quelques synodes provinciaux sont disponibles dans des éditions séparées. Voir la collection de
cartes par diocèse dans le fichier des affaires administratives religieuses de la Bibliothèque Nationale de
France. On peut en trouver une grande partie dans J.P. MIGNE, éd.,
Encyclopédie théologique, Paris, Chez
l’auteur, 1846-47, vol. 13-14 et J.D. MANSI, éd.
Sacrorum conciliorum nova et amplissima collectio, Paris,
1902, vol. 32-33.
[24]
M.-H. et M. FROESCHLÉ -CHOPARD ont choisi six divisions surprenantes de la France, qui ignorent les démarcations des provinces ecclésiastiques et réunissent des diocèses qui avaient des modalités de
réforme bien différentes. Dans leur zone du Sud-Est, 13 des 37 diocèses ne faisaient pas partie de la
France. Dans leur division Nord et Est, il n’y a que quatre des 21 diocèses qui faisaient vraiment partie
de la France.
0, 1
[25]
Pour l’Angleterre entre les années 871 et 1204, voir D. WHITELOCK, M. BRETT, C.N.L.
BROOKE, eds.,
Councils and Synods with Other Documents Relating to the English Church, vol. 1,Oxford,
Oxford University Press, 1981.
[26]
O. Pontal,
Les statuts de Paris,
op. cit., p. XXV -LXXVII, 105-11,136 et « Les plus anciens statuts synodaux d’Angers », art. cit., p. 54-67. N. LEMAITRE,
Le Rouergue, op. cit., p. 70-75.
[27]
Par exemple, que faire si du pain ou du vin consacrés étaient renversés, ou si une araignée
tombait dans le calice, ou si un malade vomissait immédiatement après avoir reçu la communion ? On
devait y remédier en ramassant ou épongeant le matériel versé et l’avaler ou le brûler.
[28]
On retrouve les mêmes inquiétudes dans les synodes provinciaux de l’époque à Tours. J. AVRIL,
Les Conciles, op. cit., p. 72-82.
[29]
Exemple d’une promulgation à Tours au XIVe siècle : Étienne FOUGERON, « Statuts synodaux
de Tours »,
Mémoires de la Société archéologique de Touraine, vol. 23, 1873, 2
e fasc., p. 50-122. Fougeron
les date par erreur de 1396, or il est certain que la promulgation est antérieure. Une façon commode
d’observer les changements pendant les années consiste à prendre la série des statuts synodaux pour
le diocèse de Troyes de 1374 à 1465, dans Charles LALORE,
Ancienne et nouvelle discipline du diocèse
de Troyes de 1785 à 1843, Troyes, 1883, vol. 2, p. 11-169, 177-221,244-49, 268-75.
[30]
Entre 1445 et 1456, il y eut des synodes provinciaux à Rouen, Tours, Lyon et Reims. La figure 1
révèle qu’il y avait une hausse du nombre de promulgations dans les 29 diocèses autour de la France durant
la période après 1430. Pour la région immédiatement à l’Est de la France, voir Bruce GORDON,
Clerical
Discipline and the Rural Reformation : The Synod in Zurich, 1532-1580, Berne, Peter Lang, 1992, p. 23-36.
[31]
Cette déclaration est étayée par le graphique fourni par L. TAYLOR (
Soldiers of Christ,
op. cit., p. 6)
qui note un accroissement du nombre de livres de sermons publiés en France entre 1500 et 1525, très semblable à la hausse des promulgations de statuts synodaux.
[32]
Il y a une importante corrélation avec les synodes provinciaux. Entre 1485 et 1528, les synodes
provinciaux qui produisirent des statuts influençant les statuts diocésains furent tenus à Sens, Rouen, Lyon,
Bourges, Reims et Tours.
[33]
Pour Meaux, voir Michel VEISSIÈRE, « La vie chrétienne dans le diocèse de Meaux entre 1493
et 1526 d’après les synodes diocésains »,
RHEF, vol. 77, 1991,p. 71-81.
[34]
Les diocèses les plus actifs comprennent tous ceux de la province de Tours, particulièrement Angers,
Saint-Brieuc et Saint-Malo; tous ceux de Paris; deux diocèses de Sens (Sens, Troyes); trois de Rouen
(Avranches, Coutances, Sées); deux de Bourges (Clermont, Limoges). Les nombres individuels ne sont pas
élevés à Reims mais son activité était très étendue.
[35]
Voir L. TAYLOR,
Soldiers of Christ, op. cit., et le numéro spécial de la
RHEF : « La Réforme des
réguliers en France de la fin du XVe siécle à la fin des guerres de religion », vol. 65, 1979, p. 5-117, ainsi
que H. MARTIN, « Le legs du Moyen Âge ( 1450-1520) », in François LEBRUN éd.,
Histoire des catholiques
en France, Toulouse, Privat, 1980, 2e éd., p. 13-83.
[36]
Le passage du latin au français se produit pour la plupart entre 1550 et 1580. Le plus tôt fut
Boulogne-sur-Mer en 1530. Les derniers furent Comminges ( 1632), Narbonne ( 1645), Quimper (après
1657), Bayonne (après 1666), et Laon (après 1667). Le changement du latin à la langue vernaculaire des
29 diocèses situés sur les périphéries de la France survint très tard, ou pas avant 1789.
[37]
On le voyait encore en 1541 à Saintes et en 1553 à Albi. Parfois, comme à Tours (comparez
1515 avec 1537) et Saint-Brieuc (comparez 1496 avec 1506), un évêque introduisait une nouvelle formule de statuts et son successeur retournait à la formule médiévale.
[38]
Jean-Claude MARGOLIN, « Érasme, Guillaume Briçonnet et les débuts de la réforme en
France »,
RHEF, vol. 77, 1991,p. 7-28. M. VEISSIÈRE, « La prédication dans le diocèse de Meaux au
temps de Guillaume Briçonnet ( 1516-1534) », in B. CHEVALIER et R. SAUZET, éd.,
Les Réformes.
Enracinement socio-culturel, Paris, Éditions de la Maisnie, 1985, p. 285-92. R. SAUZET, « Présence rénovée du catholicisme ( 1520-1670) », in F. LEBRUN,
Histoire des catholiques, op. cit., p. 89-91. Laurent
Alleman de Grenoble, toutefois, fut influencé par le réformateur italien François de Paule (
Dictionnaire
de biographie française, Paris, Letouzey et Ané, 1933, vol. 2, col. 167).
[39]
Voir par exemple les statuts de Paris de 1506 et de Chartres de 1526, lesquels, comme
d’autres, comprenaient l’
Opus tripartitum de Gerson. Les premières allusions à l’emploi des œuvres de
Gerson se trouvent dans les statuts de Paris de 1506 et ceux de Meaux de 1511. Le concile provincial de Bourges de 1528 ordonna aux curés de lire la traduction française de Gerson à leurs paroissiens au lieu d’un sermon s’ils étaient incapables de prêcher d’une manière effective.
[40]
Pour les connexions royales et celles du Nord, voir Peter G. BEITENHOLZ, éd.,
Contemporaries
of Erasmus, A Biographical Register of the Renaissance and Reformation, Toronto, University of Toronto
Press, 1985-87, vol. 1,p. 196-199; vol. 3, p. 111-12, 253. Pour d’Estaing, voir N. LEMAITRE,
Le
Rouergue, op. cit., p. 217-43 et J.-C. TILLIER, « La pré-réforme catholique à Angoulême et les statuts
synodaux d’Antoine d’Estaing ( 1506-1523) »,
Mémoires de la société archéologique et historique de la
Charente, 1972, p. 259-316.
[41]
Le processus pour établir la moyenne provinciale utilisée au tableau 3 donne une image erronée des périodes 1543-64 et 1674-89. Comme on le voit au tableau 1,il y avait en fait proportionnellement beaucoup moins de promulgations dans ces périodes que dans celles les précédant
immédiatement. Un nombre relativement large de promulgations de statuts synodaux dans les provinces comprenant peu de diocèses biaise un peu les moyennes d’ensemble de ces deux périodes.
[42]
Les diocèses les plus actifs furent Angers ( 15 promulgations), Autun ( 10), Chartres ( 8), Sens
( 7). Les autres en avaient de 1 à 3.
[43]
Parfois, comme à Rodez en 1552, les problèmes nouveaux furent simplement traités à part,
en appendice aux statuts médiévaux : N. LEMAITRE,
Le Rouergue, op. cit., p. 427-32.
[44]
Ceux qui convoquaient les synodes provinciaux étaient plus conscients de l’enjeu du protestantisme. Les statuts de Lyon en 1527 et ceux de Sens et Bourges en 1528 mentionnent Luther. Pour
les premières réactions au protestantisme dans des sermons, voir L. TAYLOR,
Soldiers of Christ, op. cit.,
p. 211-25.
[45]
Dans les 29 diocèses limitrophes de la France, les deux périodes de réforme étaient séparées
par la guerre de Trente Ans ( 1618-48).
[46]
Marilyn M. EDELSTEIN, « The Social Origins of the Episcopacy in the Reign of Francis I »,
French Historical Studies, vol. 8, 1974, p. 377-392 et
id., « Les origines sociales de l’épiscopat sous
Louis XII et François I
er »,
Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine, vol. XXIV, avril-juin 1977, p. 239-247. Frederic BAUMGARTNER,
Change and Continuity in the French Episcopate : the Bishops and the Wars
of Religion, 1547-1610, Durham (N.C.), Duke University Press, 1986, p. 1-104 et le compte rendu
dans
The American Historical Review vol. 93, 1988, p. 160. Joseph BERGIN, « Henri IV and the Problem
of the French Episcopate » in Keith CAMERON, éd.,
From Valois to Bourbon, Exeter, University of Exeter
Press, 1989, p. 129-131.
[47]
Bon exemple d’ensemble de statuts complètement développés pour cette période : Orléans en
1587. Les statuts les plus « avancés » furent ceux de Paris en 1585.
[48]
P. BROUTIN,
La réforme pastorale, vol. 2, p. 7-16. Entre 1565 et 1591,des conciles provinciaux furent convoqués à Rouen, Embrun, Bordeaux, Reims, Tours, Bourges, Toulouse et Aix. Parmi
ceux-ci, Broutin n’examine que ceux d’Aix et de Bourges.
[49]
L’activité dans les provinces de Vienne et Narbonne est trompeuse : il n’y eut que deux promulgations dans chaque province entre 1592 et 1622.
[50]
Les procès-verbaux des visites pastorales normandes témoignent d’une telle révérence des
prêtres et des paroissiens vis-à-vis des statues offensantes qu’ils préféraient les inhumer au lieu de les
détruire.
[51]
Bon exemple de cette lutte acharnée : statuts pour le diocèse de Gap de 1620.
[52]
Les statuts synodaux du diocèse de Cahors en 1638 montrent bien comment la réforme se
développe à travers les âges dans un diocèse.
[53]
Les statuts synodaux de Meaux en 1654 et ceux d’Orléans en 1664 sont d’excellents exemples
pour cette période.
[54]
Dans la province de Narbonne, l’évêque Pavillon d’Alet, renommé pour son soutien au jansénisme, déclare dans la préface de ses statuts de 1670 combien il a travaillé depuis 1640 pour réformer son diocèse. Lorsqu’il publie une nouvelle édition en 1674, il se sent assez sûr de lui pour relâcher
la discipline concernant les ecclésiastiques et les femmes : auparavant, il leur avait défendu d’avoir
aucune femme dans leurs maisons; maintenant, il tolère que soient hébergées des parentes, particulièrement si elles ont plus de 50 ans.
[55]
Voir la note 41.
[56]
Pour la croissance détaillée, comparer les statuts d’Auxerre pour les années 1674, 1683 et 1695.
[57]
L’Assemblée du clergé de 1655-57 encouragea le choix de cette œuvre. Voir les statuts synodaux d’Aix pour 1686. On trouve quelques exemples de la publication de l’œuvre de Borromée dans
les statuts de Cahors ( 1640), Aix ( 1658), Autun ( 1668) et Béziers ( 1675).
[58]
Pour les perruques et le tabac à priser, voir les statuts de Paris de 1697, de Toulon de 1704
et ceux de Meaux en 1724. Pour les femmes, voir Orléans ( 1736) et Saint-Paul-Trois-Châteaux ( 1751).
Pour les inquiétudes au sujet des laïcs, voir Châlons-sur-Marne ( 1705). Le dernier souci est très évident dans les visites pastorales normandes de l’époque.
[59]
Bourges forme une exception, étant la dernière à se joindre au groupe dont le taux est situé
au-dessus de la moyenne, avec très peu d’activité avant 1738. Dans une dernière vague de réformes
à l’extérieur de Reims, l’évêque Jérô