2001
Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine
Religion et société dans la France
moderne
Les jésuites chassés de la cité. Violences pour un retour :
Mauriac, 6-7 septembre 1762
Joël Fouilleron
Joël FOUILLERON, Université Montpellier III Route de Mende,
34199 Montpellier Cedex 5.
Joël FOUILLERON Les jésuites chassés de la cité. Violences pour
un retour : Mauriac, septembre 1762 L’attentat de Damiens ( 1757) réactive la
légende noire de la compagnie de Jésus. L’opinion assiste, consentante, au bras
de fer engagé par les parlements contre les jésuites, qui aboutit à leur
expulsion en 1762. À l’op~posé, la population d’une petite ville d’Auvergne,
Mauriac, descend dans la rue pour défendre son collège, un des plus anciens du
royaume ( 1563), mais aussi les bons pères. La sédition inachevée de Mauriac
rappelle, par sa dramaturgie, les émeutes populaires du XVIIe siècle; elle s’en
différen~cie toutefois par l’esquisse d’un projet poli~tique qui, au delà des
profiteurs locaux, met en cause la personne même du roi. Majorée par les
autorités, minorée par les coupables (une populace manœuvrée en sous-main par
une partie des élites), l’éphémère violence des révoltés de Mauriac milite pour
un avenir de réaction.
Damien’s assassination attempt of Louis XV ( 1757) reactivated
acrimony at the Jesuits. Public opinion stood mostly idly by the combat engaged
by provincial parliaments against the Society, to its eventual expulsion of the
coun~try in 1762. In contrast, the population of Mauriac in the Auvergne took
to the streets in defence of the order’s college – one of France’s most ancient
( 1563) – and also of its well-loved clergy. The demonstration which soon
petered out, is reminiscent in its make-up of its XVIIth Century predecessors;
its political agenda, however, even if only sketched, was more ambi~tious : it
attacked not only local corrupt officers, but also the person of the king
himself. Exaggerated by the authorities, played down by its instigators (who
pleaded that influential members of the elite had in fact manœuvered the town’s
populace) Mauriac’s short-lived bout of violence foreshadows in fact its later
com~mitment to the Conservative camp.
France panurgienne, celle qui assiste, consentante, ravie,
consternée, stupéfiée, impuissante, à l’hallali des jésuites, pourtant de
longue date proches du pouvoir et liés à la personne même du roi
[1], pourtant meilleurs
pédagogues du royaume, pourtant puissance religieuse et matérielle avec leurs
3500 membres (dont près de 2000 prêtres) et leurs 105 collèges
[2] et aujourd’hui, pourtant,
contraints de faire leurs valises. Du côté de l’agression, des adversaires
acharnés, les parlements, les jansénistes, les philosophes qui, à force de
calomnies, de partialités, de rumeurs, appuyées et amplifiées à souhait,
rameutent un vieux fond de méfiance et de gallicanisme : et comment en France
n’être pas gallican, n’être pas pour la patrie et pour le roi ? Du côté de la
défense, dévote et jésuitique, rien ou presque. Au mieux, des discours; la
personne du Dauphin, et l’espoir d’autres temps, d’autres mœurs; des manœuvres
feutrées d’antichambre; une cabale tramée contre la favorite et sa créature,
Choiseul
[3] ; une
tentative de médiation du gouvernement, mais qui, trop tardive, dessert ceux
qu’elle voulait servir
[4]. Pour calmer le jeu et brider les audaces des juges,
il manque une volonté et une autorité, fortes et fédératrices, alors que le
roi, hésitant, fait dans la mollesse
[5].
Sur le terrain, l’opinion en province s’agite ou se tait. Comme
si, seuls, la passion, l’intérêt ou la prudente raison la gouvernaient.
Beaucoup attendent l’issue du combat pour rallier le courant dominant. Exhumée
d’un vieux temps, forte de l’éternel retour des mêmes ressassements
[6], la passion anti-jésuite
gagne ceux-là mêmes qui, hier encore, vénéraient les bons pères et qui,
aujourd’hui, les brocardent. Les jésuites sont-ils vraiment devenus
infréquentables et vénéneux ? Avec une belle insouciance, et quelque
inconséquence, la France se vide d’une partie d’elle-même sans que beaucoup de
fièvres ou de dévouements publics ne plaident pour une fidélité. Où sont les
théories d’anciens élèves, descendant dans les rues, hurlant des slogans pour
les pères et la plus grande gloire de Dieu, brandissant pancartes et calicots ?
L’éclat de Paris masque-t-il, comme souvent, les paroles et les dires de la
province ? Les manuels ne disent rien de possibles réactions ou protestations
locales. Peut-être parce qu’il n’y a rien à dire. Encore faudrait-il s’en
assurer. Tant de liens tissés, tant de soins donnés, et tant d’indifférences,
en l’état actuel de la documentation
[7] : l’inventaire des départs des jésuites reste à
faire, ville après ville
[8]. Une au moins, Mauriac, fait exception en réclamant,
sur les airs vociférants et menaçants d’une sédition, ses ci-devant bons
pères.
Pourquoi Mauriac ? Parce que, un peu comme Billom
[9], sa consœur de
Basse-Auvergne, la ville prospère par et grâce à la férule jésuitique
[10]. Pour une ville petite, d’environ deux
mille habitants, et à l’économie hésitante
[11], un collège, c’est bien sûr un supplément d’âme,
mais aussi de ressources. De la présence et de l’activité de cette pieuse
bâtisse, de ses trois cents à trois cent cinquante écoliers
[12], la ville tire profit,
jusqu’aux marchands, aux artisans, aux logeurs des enfants forains
[13]. Dans l’avaricieuse
Auvergne, comme partout, on tient à ce pactole. Inlassable agitateur d’esprit,
un collège dispense la civilité et les bonnes lettres, Cicéron et Virgile, des
rêves d’ascension sociale, aux fils des robins et des gens mécaniques de
Mauriac, des laboureurs du plat pays
[14] : « Les écoliers sont tous fils de laboureurs,
paysans, ouvriers, et artisans, et quelques-uns de la lie du peuple »
[15]. La petite ville
se nourrit, économiquement, intellectuellement, spirituellement, du collège qui
lui donne un air de capitale, une honorabilité, un prestige. Comme les parents
choient un enfant malingre, Mauriac tient d’autant plus à ses jésuites et à son
collège
[16], que la
maison, depuis sa fondation, survit, toujours menacée, toujours à court
d’argent et écrasée de dettes, toujours pauvre et « misérable »
[17], toujours
fragile, et comme provisoire.
Comment, dans ce contexte, les Mauriacois pourraient-ils
accepter l’opprobre jeté sur les jésuites, et ce qu’il signifie pour un bourg
qui leur doit tout ? Pour ramener les jésuites et sauver le collège, le peuple
de Mauriac est prêt, si nécessaire, à transgresser la loi. Le discours
administratif souligne volontiers l’« émeutivité » des populations d’entre
Dordogne et Puy Mary
[18] : psychologie de manches de lustrine enclines à
distribuer à leurs gouvernés de bons et de mauvais points. En fait, sans être
portés plus que d’autres à la sédition, les Mauriacois imaginent mal Mauriac
sans collège et un collège performant sans jésuites. Dès lors qu’un intérêt
vital de la communauté est menacé, les habitants peuvent avoir le bâton et la
pierre faciles.
Sur ces deux termes, le collège et les jésuites, s’établit, au
départ, un consensus entre les habitants et les officiers de justice pour, en
deux mémoires distincts mais convergents, défendre le premier et louer les
seconds. À contre-courant de l’esprit du temps, les uns et les autres décernent
aux pères un vibrant satisfecit pour leurs soins, leurs prières et leurs bons
exemples :
« Il n’y a pas un citoyen qui ne soit d’accord que tout ce
qu’il sait, il le tient des jésuites, qu’il n’a reçu d’eux que d’excellens
principes de Religion et d’éducation, que tous les tems, ils les a vus se
comporter avec une édification salutaire et exemplaire; cette conduite de leur
part, les secours qu’il prête journellement pour la prédication, pour les
Confessions, pour l’instruction du peuple, et principalement pour la bonne
éducation de la Jeunesse, donnent tout lieu de croire qu’ils ne sauroient être
que très-imparfaitement remplacés »
[19].
Signe d’attachement et de fidélité aux jésuites, la ferme prise
de position mauriacoise, tant du peuple que des notables, anticipe, sur le mode
pacifique du discours, la violence populaire de septembre.
Passent les mois et avance la machination parlementaire contre
la compagnie. Sans se désaffectionner encore des bons pères, les habitants de
Mauriac, dans un nouveau mémoire, passent de l’attachement « extrême »,
souligné par l’université de Paris le 3 mars, à un certain détachement ou, du
moins, à un prudent silence, plus en rapport avec les précautions nécessaires à
la sauvegarde d’un collège menacé. Ils en viennent même, pour prouver « l’assez
bon état » des bâtiments, et, peut-être aussi, pour faire chorus avec les
accusateurs, à prêter, après d’autres, une hypocrisie, une habileté manœuvrière
à leurs chers pères : « Ils prétendent que la Société n’avoit employé ces
matériaux [une couverture de chaume] que pour faire croire qu’il falloit
rebâtir le College que même les Jésuites avoient déjà acheté les bois, les
pierres de taille, la chaux… »
[20]. Désormais, entre
les jésuites et le collège, ils choisissent le collège :
« Nous espérons avec confiance que la Cour du Parlement,
toujours animée des vues supérieures du bien public, et du soin de pourvoir à
l’éducation des peuples, sera sensible à nos humbles représentations; qu’elle
reconnoîtra l’utilité de notre College, et qu’elle n’aura aucun égard aux
prétentions et représentations des Officiers d’Aurillac… ». Ils répugnaient aux
« maîtres étrangers » qui ne pouvaient égaler les mérites des pédagogues de la
compagnie; ils se déclarent enchantés de les accueillir, car il faut bien des
enseignants pour qu’il y ait des enseignés et un collège :
« Des Maîtres étrangers n’ont absolument rien à craindre de
notre prévention prétendue pour les Jésuites. Persuadés que ces nouveaux
Maîtres rempliront exactement les devoirs de leur état, nous les chérirons,
nous leur serons attachés autant que nous pouvons l’avoir été aux Jésuites, et
nous rechercherons en corps et en particulier toutes les occasions de leur en
donner des preuves;
nos enfants sont, pour les nouveaux Maîtres, des gages assurés
de toute notre affection et de toute notre bienveillance »
[21].
Le nouveau mémoire laisse augurer un
aggiornamentode la politique des
notables prêts à renier une fidélité trop voyante et trop risquée pour les
intérêts supérieurs de la ville et à adopter un discours plus conforme au
dessein des parlementaires. Mais d’autres Mauriacois, autant que les textes le
laissent entrevoir, enragent, sans rien comprendre à ces finasseries d’un autre
monde. Tout, dans le mauvais parti fait aux jésuites, heurte leurs certitudes,
les déroute et les enfièvre. Tout les indigne, et d’abord la fermeture du
collège à compter du 1
er avril 1762,
décidée par le parlement de Paris
[22] ; puis le départ des pères, à qui le même parlement
de Paris enjoint, par un arrêt du 6 août, de vider les lieux, « et ce, dans la
huitaine de la signification du présent Arrêt »
[23]. Et voilà qu’on
annonce, pour le 6septembre, un nouveau départ, un nouveau malheur, non plus
l’éloignement des personnes, qu’on peut toujours croire provisoire, mais la
vente judiciaire du mobilier des pères
[24], avec ce qu’elle représente d’irréversible. La
nouvelle court les rues, exaspérante, impensable, impossible.
Boutiques et échoppes grondent et travaillent à se défendre
contre cette agression. La violence est prête à prendre. Il suffit, pour que la
ville s’ameute et « s’émeute », d’un incident minuscule, d’une étincelle
triviale qui enflamme le cours ordinaire des choses.
Spectacle et occasion de rencontres, l’encan attire. La
badauderie mobilise une foule de quidams, venus là pour voir, d’acheteurs
flairant la bonne occasion (encore que le meilleur, les jésuites l’aient confié
à des familles aisées en prévision d’un prochain retour
[25]), d’anciens élèves à qui un objet banal
rappelle un moment de leur propre histoire, quand ils ânonnaient
rosa, la rose, et se frottaient de
mythologie, et tous ceux qui ont entendu chuchoter, par un tiers bien informé,
qu’il se passerait quelque chose d’inédit après une certaine enchère, et qui
tiennent à en être. Dès huit heures carillonnées, dans la cour du collège,
l’huissier Maurel ouvre la criée, sans réelle « opposition ny trouble »
[26]. Une fois, deux
fois, trois fois… : défile l’inévitable bric-à-brac délaissé lors de départs
précipités et contraints. À plusieurs reprises, les Mauriacois présents
manifestent leur désapprobation à la vente de tables, de bois de lits, de
chenets
[27], d’une
broche de fer
[28]… La
tension monte soudain quand, à la fin de la matinée, un gentilhomme, qui n’est
pas un inconnu pour les Mauriacois, rafle, pour treize livres, un lot
d’antiquailles, quinze « vieux tableaux » qu’il destine à son château de
Drugeac. Le même noble, marquis de Saluces et baron de Drugeac, se fait
adjuger, sur la lancée, « plusieurs douzaines de planches », que les jésuites
avaient amassées pour de futures réparations aux bâtiments
[29]. Une sévère déconvenue pour les
enchérisseurs rivaux, moins déterminés ou moins fortunés, et comment, en
Auvergne, résister à la séduction des ais, car on a toujours besoin d’une
planche chez soi, pour une cloison, un toit, une cabane !
De plus, cet achat sacrilège compromet la restauration des
jésuites, la survie des classes.
La « populace », comme ensauvagée par l’imminence du chargement
des planches, se porte, hostile et tumultueuse, vers la « voiture »
seigneuriale et son infortuné voiturier, un fidèle du marquis
[30], pour s’opposer au rapt
des matériaux. Un orateur improvisé, le marchand Jacques Rixain, incite et
excite la foule de son verbe. Il dénonce l’accapareur, le menace de mort et
promet le retour prochain des jésuites : rien n’est encore joué car l’unanimité
des parlements est loin d’être faite et le roi, lui-même, peut mourir. La
foule, unanime, aussitôt applaudit le tribun d’occasion
[31]. Elle hurle menaces et quolibets,
invective le marquis et, « la rage étincelant dans les yeux des révoltés »
[32], elle se rue sur
le « gentilhâtre », l’huissier et les recors pour les lyncher « à coups de
bâtons et de pierres »
[33]. Saluces et les auxiliaires de justice, accablés par
le nombre, n’échappent à un funeste destin qu’en trouvant refuge dans un lieu
sûr et saint, le monastère mauriste voisin, qui retrouve pour l’occasion, son
rôle ancien de sauveté
[34]. Les boucs émissaires de la « populace » tirés
d’affaire, les émeutiers, insatisfaits, trouvent, à défaut de tuerie, une cible
de substitution pour épancher leur colère. Sur sa lancée, la foule surchauffée
et « mutinée » s’engouffre dans les bâtiments du collège, enfonce les portes,
retrouve, à l’occasion de ce désordre, l’attrait réflexe du pillage et
vandalise paradoxalement ce pour quoi elle se mobilisait
[35]. Le nombre et la certitude de leur bon
droit – les voleurs, ce sont les autres – donnent à chacun l’audace, et un
sentiment d’impunité. La « populace » pille pour piller, pour s’enrichir, car
le bas de laine auvergnat est toujours ouvert, mais surtout, pour dire, mieux
qu’avec les seuls mots, son malaise et son désarroi. Elle pille le jour même où
les portes sont forcées, mais aussi, parce que depuis elles sont toujours
ouvertes et que les tentations sont grandes, le lendemain. Mais jusqu’où ne pas
aller trop loin ? La liste des larcins et des chapardeurs identifiés est courte
: un missel que la dévotieuse Marthe Destrudeles
[36] fait sien pour le salut, ou la perte,
de son âme, des livres de la bibliothèque que Chavignié attire à lui, avec une
ingéniosité bien digne d’un ancien élève des jésuites, à travers la chatière de
la porte par le moyen d’un croc de fer attaché au bout d’un bâton
[37], un « grand tapis » levé
par le charpentier Broussole
[38], des portières, des rideaux de fenêtre et, presque
immeubles par destination, les grilles du potager
[39]. Maigre butin qui pourrait, après tout,
relever d’une volonté de mémoire afin de garder du vieux temps, quelques
épaves, quelques reliques significatives : à chacun, ses madeleines !
Après coup, comme si les révoltés entendaient habiller, d’un
manteau de légalité, le bref recours à la violence et donner à « la rebellion »
une légitimité, l’huissier Pierre Coltegeol vient remettre à son confrère du
siège d’Aurillac qui procède aux enchères, un acte d’opposition, des consuls de
Mauriac, à la vente et à la délivrance des matériaux du collège, mais un acte
non signé, dont l’authenticité peut paraître douteuse
[40].
Le calme revenu, le lendemain, 7 septembre, dans la même cour
du collège, la vente reprend sur la promesse faite par le juge Lacoste qu’« on
ne s’opposoit point à la vente des autres effets ». Mais une nouvelle fois, la
faction pro-jésuite entend utiliser la recette éprouvée la veille pour
réactiver l’émeute et contrarier les enchères. Cette fois, l’identité du
provocateur change : au lieu du marchand Rixain, le cabaretier Barthélemy
Matheuf, mais un cabaretier « pris de vin » et titubant
[41]. Plus de deux heures durant, l’ivrogne
discourt, insulte l’huissier et les recors, qu’il traite de « coquins » et de «
voleurs », menace d’« écraser tous ceux qui achetteroient et qu’on les
obligeroient bien a rendre »
[42], reproche aux Mauriacois amnésiques et consentants,
de n’avoir « ny cœur ny honneur »
[43], dénonce le
dessein satanique et mortifère du parlement qu’il accuse de vouloir « anéantir
la religion », ressasse son attachement aux bons pères : « Les Jesuites étoient
d’honnettes gens »
[44]…, ils « etoient absolument utiles et nécessaires »
[45]. Malgré, ou
peut-être à cause de la violence et de l’impétuosité vineuses du propos, rien
n’y fait : ni l’appel aux « pères de famille » soucieux de bonne éducation pour
leur progéniture
[46],
ni les reproches, ni les menaces. La foule écoute, impassible. Trop de vin,
moins de talents rhétoriques, ou une soudaine tiédeur de la « canaille », faite
de raison et de prudence, ne parviennent pas à soulever, comme la veille,
l’auditoire et à « susciter une nouvelle révolte »
[47].
Qu’a fait Mauriac pour mériter, dans la requête produite par le
procureur Crozet d’Hauterive
[48], l’épithète de « rebelle » ? La
seditio ne dépasse pas l’attroupement
séditieux, à peine une émeute, et de série, au scénario immuable, banal et
répétitif. La ville est-elle entrée en dissidence ? Elle y entre, comme on
écrase une larme. Par fidélité aux bons pères et aux saintes valeurs du
collège, par peur du nouveau, par refus de couper le cordon ombilical
[49] : mais où sont les jésuites d’antan ?
Les sources opposent deux visions de l’affaire de Mauriac : le récit du
procureur, partiel et partial, qui exagère la rébellion et répond au souci
d’ordre d’un homme du roi; la narration éclatée des différents témoins et
accusés, interrogés au cours de l’enquête, menée par le lieutenant général
criminel Colinet de Niossel
[50], qui, au ras de l’événement, focalise sur un détail
et, malgré oublis et malvoyances, donne un écho plus coloré, plus expressif et,
par là, permet une appréciation et une interprétation plus justes de la
prétendue émotion populaire.
Magistrats et enquêtés parlent de « foule »
[51], de « troupe »
[52], et surtout de «
populace »
[53] qui, à
défaut d’identifier un milieu particulier
[54], attestent du caractère populaire d’un soulèvement,
où les rares bourgeois présents assistent, plus qu’ils ne participent, à
l’agitation et au tumulte. Combien d’émeutiers ? Un écolier de quatrième juge
la troupe « très considérable ».
Un autre parle d’une « populace très nombreuse »; un marchand
chaudronnier d’Aurillac d’« un grand nombre ». Les seules estimations chiffrées
varient du simple au triple : où l’un voit cent personnes, l’autre en voit plus
de deux cents
[55]. Et
le procureur du roi, quant à lui, hausse le nombre des émeutiers à près de
trois cents
[56]. La
sociologie des mutins se limite aux quelques noms cités, à l’économie, par des
témoins prudents. La plupart appartiennent au monde de la boutique et de
l’échoppe
[57], à
l’exception d’un charpentier, fils de charpentier
[58], et d’un charpentier, qualifié aussi de
journalier
[59]. Un
marchand et des cabaretiers, voilà les cadres et les porte-parole de la
piétaille. Un témoin note aussi le rôle déterminant des femmes, qui «
occasionnent » l’émeute par leurs vociférations, ou, si toutes remplissaient
leur tablier de pierres pour lapider l’huissier et ses recors, en
constitueraient le bras armé
[60]. Sans oublier l’intrépide Madame Rixain
[61] qui marche derrière ou à
côté de son compère, féminité oblige, et pousse le marchand drapier à prendre
une dimension épique
[62] : est-elle l’amazone anonyme qui appelle la foule à
tomber sur le marquis de Saluces et son domestique et à leur « couper le col »
[63] ? Certains
métiers de sociabilité (hôtes et cabaretiers
[64]), certain sexe
[65], d’autant plus présent le 6 septembre 1762 que la
survie du collège et le retour des jésuites intéresse au premier chef les mères
et éducatrices chrétiennes
[66], passent pour fomenter et nourrir le
désordre;
ingrédients habituels des révoltes, ils et elles se retrouvent
dans la mutinerie de Mauriac, comme dans les émotions populaires du
XVIIe siècle.
Le côté bavard de la sédition haut-auvergnate s’éloigne, par
contre, de la typologie coutumière des émeutes des règnes antérieurs. Les
discours du marchand Rixain et du cabaretier Matheuf méritent analyse; le
premier surtout qui, mieux que les propos envinés de Matheuf, va bien au delà
de la pure violence verbale et expose les refus et les aspirations qui portent
la populace en avant et alarment son courroux. Rixain part d’un postulat simple
: « La ville de Mauriac ne pourroit pas vivre sans [les jésuites] »
[67]. Pour éviter
l’irréparable et permettre la restauration de l’ordre ancien, Rixain presse les
Mauriacois de ne rien laisser emporter des meubles et des matériaux qui, de
près ou de loin, touchent aux pères
[68]. Le retour des jésuites, pour le marchand, relève de
l’espoir têtu (« il les désiroit avec ardeur »), de la militance (« ils
feroient tous leurs efforts pour les remettre dans tous leurs droits »), de
l’article de foi (« ils etoient des saintes ames que Dieu ne permettroit point
qu’ils fussent toujours persecutés »)
[69]. Il martèle sa
certitude, qui s’alimente peut-être au précédent du premier départ des pères,
en 1595
[70], à la
suite de l’attentat de Jean Chastel
[71], suivi du retour triomphal de 1605
[72] : ils reviendront «
infailliblement »
[73], « bientôt », « dans peu », « tôt ou tard »
[74]. Car le ciel,
manichéen à souhait, ne peut abandonner les bons et laisser sans punition le
mauvais, le roi infidèle à sa mission sacrée. On est loin du roi trompé et des
autres écrans qui exonéraient le souverain de toute responsabilité
personnelle
[75].
Désormais, à Mauriac comme à Paris, le prince n’échappe plus à la mise en cause
et au châtiment de sa personne
[76]. Rixain en appelle à une mort naturelle de Louis XV,
par quelque fièvre maligne qui manifesterait la réprobation divine : « si le
roy pouvoit mourir »
[77], « si le roy venoit à mourir »
[78]. Il espère le roi
mort, il le veut mort, pour que l’impiété cède la place à la piété et que
monte, sur le trône, un héritier tout dévoué aux jésuites
[79]. Hypothèse, supposition, attente, vœu,
présage, prophétie : il y a un peu tout cela dans la prédication-prédiction de
Rixain qui, bien comprise, veut persuader ses compatriotes, surtout les tièdes
et les hésitants, que le retour des jésuites ne relève pas de la politique
fiction, n’appartient pas au domaine de la chimère.
D’autant plus que la sainte cause dispose d’alliés de taille
(nombre de parlements non alignés sur le prêt à penser parisien
[80], le dauphin et
l’entourage delphinal
[81]) : « À cause que Mgr le dauphin les soutenoit et que
d’ailleurs les autres parlemens ne pensoient pas comme celuy de Paris et qu’ils
[les jésuites] etoient conserves en plusieurs endroits »
[82]. Rixain mêle à la
main de Dieu, croyance d’un autre âge, des informations, bien réelles et bien
contemporaines, sur l’actualité politique dans le royaume : qui tyrannise, et
qui s’y refuse et agit bien dévotieusement. Preuve qu’un savoir politique
pénètre un lointain de montagnes à vaches, qu’on croirait étranger aux
meuglements du monde, et nourri les conversations cabaretières locales, d’avant
ou d’après dîner, chez Matheuf, Croizet, Lachassagne et les autres. Avec des
courroies de transmission qui pourraient être les bons pères eux-mêmes, et qui
valent toutes les gazettes de France.
Avec le discours de Rixain, la foule entend ce qu’elle attend.
Elle honore et félicite son héros par ses applaudissements. Des cris fusent de
« plusieurs personnes de la lie du peuple » : Vive Rixain ! « Vive Rixain qui
se montre comme il convient au lieu que les autres sont des gens timides qui
n’osent rien dire »
[83]! Un vivat unanime assorti, en corollaire, de deux
rejets : l’un presque dit (non au premier consul), l’autre implicite (à bas le
roi, mort au roi).
Au-delà de leur contenu même, les paroles de Rixain tirent une
partie de leur force agissante, des circonstances antécédentes et présentes qui
les suscitent. Manifeste insurrectionnel, elles esquissent un projet politique,
légitiment un refus collectif de la vente, aiguillonnent une indignation
diffuse qui poigne les Mauriacois, bien avant les fatidiques onze heures : «
tout de suite la populace commença de crier [… ] que rien ne se vendroit »
[84]. Car la ville se
sent agressée. Par les arrêts iniques et l’insolente simarre des Messieurs du
parlement. Par l’intrusion, à leur suite, d’un huissier exogène et de ses
recors. Par ces acheteurs étrangers, les Joseph Ternat, Jean Bonal, Pierre
Burg, eux aussi venus d’Aurillac, pour faire de bonnes affaires sur le dos du
collège rival : la foule, une fois encore sans attendre la philippique de
Rixain, menace les Aurillacois « de les maltraiter s’ils s’avisoient d’achetter
quelqu’un des effets »
[85]. Le spectacle de tous ces marauds forains qui, tels
des rapaces, s’abattent sur Mauriac, profitent du malheur public, de
l’infortune des bons pères et privent la communauté d’une partie de son
patrimoine, ravive une ancestrale méfiance de l’étranger. Chacun réprouve le
principe d’une vente scélérate et frustratoire et refuse tout à fait qu’elle
tourne à l’hémorragie de substance, à la dépossession : « Supposé que l’on dut
vendre le mobilier, la ville de Mauriac devoit en avoir la preferance ». Rixain
ne se déclare pas plus libre-échangiste que la foule attroupée : « Les gens de
la ville devoient etre preférés »
[86].
Plus qu’aucun autre, Lur Saluces
[87] concentre sur sa personne rancunes et
rancœurs pour des raisons peu claires. Certes joue, dans un sens aggravant, la
réputation du marquis, très porté sur la bonne table
[88], les idées nouvelles, les
sciences et les œuvres d’art, amateur d’écus et de procédure
[89]. Menacer un gentilhomme
de le fouler au pied et de le bastonner, l’obliger à une retraite précipitée et
honteuse, voilà bien une plaisante inversion de rôle qui réjouit la populace,
et à laquelle elle se prête volontiers. Avant que la foule ne s’engouffre dans
la violence, le roturier Rixain provoque Monsieur de Lur Saluces et le nargue
par l’injure et la brimade verbale. Il le traite, entre autres arrogances, de «
petit j. f. [jean-foutre] etranger [qui] n’etoit pas fait pour leur faire la
loi »
[90], de « petit
foutriquet »
[91].
Sans plus de délicatesse, le marchand citadin fait de l’extrace drugeacoise du
marquis, une tare et un délit : Mauriac « ne lui avoit pas grande obligation »
[92] ; « on ne le
respectoit pas beaucoup »
[93]. On le menace, lui, l’étranger
[94], le tyranneau de
village
[95], de «
mauvais tour »
[96],
de « facheuses » vengeances, à l’occasion d’allées et venues diurnes et
nocturnes; par exemple, d’« essuyer quelques coups de barre », assénés par «
certaine quanaille » de la ville
[97]. Mais que diable vient faire, « de nuit et de jour
», dans Mauriac
[98],
le châtelain de Drugeac ? Autant que les tableaux et les planches, l’identité
de l’acheteur électrise l’atmosphère et déclenche la turbulence. Lur Saluces
présente la particularité d’être connu, reconnu et jalousé des Mauriacois. Une
nouvelle fois, dans son cas, la violence ne frappe pas au hasard. Pour autant,
on peut difficilement forcer le trait et voir, dans cette brève fête des fous,
une révolte d’anticipation, une première lézarde de l’ancien régime
social.
Les événements de Mauriac résultent-ils d’une irritation sans
invite, d’un accès de fièvre instinctif ? Faits et discours contredisent une
interprétation spontanéiste de la violence. Les provocateurs sont nommés :
Rixain, femme et fils
[99], mais aussi Matheuf et Croizet
[100], qualifiés de «
complices »; et la machination, avouée : « … quoique rééllement ils fussent
d’accord et d’intelligence pour ne pas encherir entr’eux ». L’entente préalable
se borne-t-elle au refus concerté de participer aux enchères et, dans le cas où
des étrangers auraient « le tort de s’opiniâtrer et d’acheter des matériaux du
collège », à des mesures de rétorsion contre vendeurs et acquéreurs
intrus
[101] ? Dans
un propos tenu à Saluces, Rixain fait allusion à des machinations de l’ombre, à
une conspiration soigneusement ourdie au sujet de son interlocuteur, contre qui
« on avoit tramé bien de choses »
[102]. Pour
redoubler cris et huées, la foule attendait-elle les enchères portées par Lur
Saluces comme un signal convenu entre initiés ?
Voulue, préparée, conduite, l’effervescence ne vient pas des
imprécateurs successifs, Rixain et Matheuf, mais de plus haut. Colinet de
Niossel et le présidial se satisfont, assez volontiers, de coupables apparents
et ne souhaitent pas remonter de la piétaille aux vrais responsables, aux chefs
secrets. Mieux vaut ne pas trop chercher les vrais criminels, de peur de les
trouver et de bouleverser l’ordre socio-politique urbain, en mettant en cause
des principaux, des notables. Et pourtant, les témoins livrent trois noms de
complices de l’émeute, et qui pourraient être quelques-uns de ses instigateurs.
À deux bourgeois, Danjolie
[103] et Ternat fils
[104], paladins du double langage, Rixain reproche leur
audace boutonnée, leur cautèle de pleutres, leur mutisme, laissant à d’autres,
à lui, la mission périlleuse d’entraîner et d’orienter la violence populaire :
« Vous nétes que des politiques et de j. f. [jean-foutre] vous etés forts pour
parler derriere et vous n’osés pas parler en face de personne, pour moy je dis
ce que je pense »
[105]. Absence-présence qui n’est pas totale puisque
Danjolie et Ternat participent à l’altercation entre le marquis de Saluces et
Rixain, que Danjolie tient au marquis des « propos assez vifs »
[106], que l’un et
l’autre soutiennent, mais dans leur cas sans référence aux jésuites, « qu’on
vouloit conserver [les planches] dans lesperance que le college de lad. ville
subsisteroit et qu’on attendoit une descision du parlement »
[107]. L’enquête
livre un troisième nom, impensable et paradoxal : celui d’un serviteur de la
loi et de l’ordre. Arlésienne tapie dans l’ombre et le calme de son cabinet, le
juge Lacoste
[108]
pourrait mener l’ire populaire; il tente un coup de force légal en fabriquant
un acte d’opposition à la vente et en forçant, par auxiliaire interposé, la
main et la signature du premier consul, le médecin Chevalier
[109], contraint de
l’authentifier
[110]. Rixain, pourtant avaricieux d’aveux et de
confidences, lui attribue la paternité de l’acte
[111] et Coltegeol, celle de
l’émotion
[112]. Le
premier consul Chevalier ne confond pas l’exécutant (Coltegeol) et le
commanditaire : « Tout ce quil avoit fait et signé a ce sujet c’étoit qu’il y
avoit ete forcé par le sr Lacoste juge »
[113]. Le
lendemain, le
deus ex machinade
l’émeute, Lacoste, promet, bon apôtre, le calme; alors que la veille, il levait
la tempête
[114]. Si
manigances et intrigues du « turbulent » juge de Mauriac il y a, et elles ne
paraissent pas douteuses, il échappe, lui aussi, comme Danjolie et Ternat, au
bras de la justice, immunité sociale oblige.
Après le tourbillon du 6 septembre et le ratage du 7, le calme
revient; le quotidien reprend son cours; les boutiquiers regagnent leurs
boutiques, les artisans leurs échoppes, les disciples de Bacchus les cabarets,
et la lie du peuple, au terme d’un bref
happening, reprend un anonymat couleur de
muraille. Une soudaine explosion de colère, un simple fait divers, comme
beaucoup d’autres, mais qui laisse un sillage. Bien avant l’explosion populaire
de septembre, Mauriac cesse de présenter un front uni, dans une même action
pour les jésuites et le collège, entre modérés et extrémistes, entre notables
et gens de peu. Le 14 avril, pour répondre à l’avis de l’université de Paris du
3 mars
[115], une
partie du corps de ville rédige un mémoire, que signent le premier consul, un
homme « de la meilleure bourgeoisie », les officiers de la justice de Mauriac
et « plusieurs Habitans ». Les deux autres consuls, des marchands, avec
d’autres « Habitans », envoient, le même jour, un autre mémoire, assez peu
différent, au même destinataire. Cette dualité révèle, dans le camp mauriacois,
des discussions, des dissensions, des querelles de personnes. Les officiers de
justice s’offusquent du « grand nombre de gens de tout état qui ont voix aux
assemblées de ville » et exigent, par malthusianisme politique, la réduction du
nombre des votants aux trois consuls en charge, aux quinze consuls précédents,
au juge et au procureur
[116]. La béance, entre les fidèles qui ne lâchent pas,
et les ventres habiles et mous, prêts à toutes les opportunités, la révolte ne
la crée pas; mais elle la creuse. Les premiers, qui s’opiniâtrent dans
l’ultracisme jésuite, condamnent le modérantisme gestionnaire du médecin
Chevalier. Des femmes, dans la populace attroupée, « crioient hautement qu’on
avoit un consul qui ne se donnoit aucun mouvement pour soutenir les interets de
la ville », confirmant le dire de la « lie du peuple » : « les autres sont des
gens timides qui n’osent rien dire »
[117]. L’huissier
Coltegeol, en service commandé, accable, lui aussi, le controversé premier
consul. Les témoins le décrivent, saisi au collet par l’huissier
[118], traîné dans la salle
de la congrégation
[119], et irrévérencieusement tutoyé par un Coltegeol à
l’assignation plutôt musclée : « J.
F. [Jean-foutre] tu soutiendras malgré toi les interets de lad.
ville »
[120]. Qui
soutient les vrais intérêts de la ville ? Chevalier, le politique, décrié par
les
pasionariasde la cause jésuite
pour servir le seul collège et oublier les pères, ou Rixain, le champion de la
résistance
A.M.D.G. ?
Incomprise, contestée, vilipendée, le temps d’une émeute,
l’autorité légale reprend l’initiative. Pour contrer les intrigues
d’Aurillac
[121],
éloigner le discrédit qui pèse sur la ville et conserver un collège menacé par
les autres et par eux-mêmes, les « habitants » de Mauriac, assemblés dès le 14
septembre
[122], se
voltairianisent, s’inventent une inclination pour les parlements et les
parlementaires, se façonnent une aversion pour les bons pères. Au prix d’un
ralliement de conviction, de sagesse ou de résignation, et de bien des rancœurs
chez les vaincus de septembre, ils chargent ceux que, hier, ils révéraient et
cajolent ceux dont ils dénonçaient l’injuste vindicte. Le pouvoir municipal
change de camp et de discours et, dans un troisième mémoire, déposé le 30
septembre, il aboie avec les loups :
« Dans notre délibération du 3 janvier dernier, nous avons fait
l’éloge le plus flatteur des ci-devants soi-disans Jésuites qui avoient habité
et composé notre College. Nous étions dans la bonne foi, les apparences étoient
pour eux; nous ne connoissions ni la méchanceté, ni la perversité de leur
doctrine et morale, ni la leur. Leur conduite nous oblige à tenir un langage
bien différent; elle justifie parfaitement leur proscription, et que ce n’est
que dans les occasions que l’on connoît les hommes. Depuis le premier moment
qu’ils ont perdu l’espoir de leur conservation, ils ne se sont tous occupés que
du soin de ruiner et piller le College »
[123].
Toujours par attachement à leur collège, les « habitants »
forcent le trait et accusent les disciples d’Ignace de Loyola d’avoir dilapidé
l’argent et les matériaux réunis pour relever les bâtiments et d’avoir
soustrait, dérobé, emporté, grains, livres, bouteilles. Mais que n’ont-ils
pris, et jusqu’aux vases sacrés, aux ornements, au « grand calice ciselé et en
vermeil avec sa patene », aux « nappes de Flandre à personnages, ramages et
autres »
[124] ? Au
père jésuite Pierre Delattre de commenter, désabusé, en 1957 : « De telles
volte face ne sont guère honorables, mais elles sont très humaines »
[125]. Mais, pour
la plus grande gloire de Mauriac, le maintien du collège récompense, deux ans
plus tard, le 20 juin 1765
[126], le reniement opportun des « habitants »
[127] et les
efforts inlassés de la ville.
MAIN BASSE SUR UN
COLLÈGE
Et si tout cela n’était qu’un mauvais rêve ? Une ombre fugace
qu’un procureur du roi, sûr de lui-même et de ses informations, travestit en «
rebellion des plus vives », dans la « requête en plainte », quelque peu sujette
à caution, qu’il remet, trois jours après les faits, au lieutenant général
criminel Colinet de Niossel
[128]. Quel dessein, quel mobile le poussent à donner, en
majorant les chiffres, plus de corps à la foule, à faire du soulèvement un fait
majoritaire (« la majeure partie des habitants »
[129]), à
embourgeoiser une partie des manifestants pour accréditer une presque
unanimité, à grossir, à force d’enflures verbales (« rebellion », « populace
mutinée », « attroupement seditieux », « revolte seditieuse »
[130]), une
manifestation illicite qui verse dans la violence. Et, surtout, il charge un
coupable collectif, la « populace tumultueusement assemblée conduite par des
gens seditieux », qui s’aventure, sans grandes précautions oratoires sur un
thème, la mort possible du souverain, où toute mauvaise parole prononcée se
retourne implacablement contre son auteur, sans peut-être savoir qu’on ne doit
pas, en public, préférer un fils à son père quand il s’agit du « successeur au
trone » et du roi. « Ils ont eu laudace et la temerite d’interessér la personne
sacrée du roy et pour ainsi dire de fondér leur esperance sur sa mort qu’ils
paroissent souhaiter affin de conserver les cy devant soi disant jesuites nest
ce pas la un crime des plus graves et des plus attroces qui doit faire fremir
tout bons français ? nest ce pas la un veritable crime de leze majesté et une
approbation certaine de la moralle des cy devant soi disant jesuites ? en un
mot nest ce pas un de ces crimes dont l’attrocité est plus aisee a sentir qu’a
exprimer ? »
[131]
Crozet d’Hauterive se serait-il livré à un tel effet de manches sans le forfait
de Damiens
[132] ?
Depuis cinq ans, le coup de canif porté à Louis XV ravive, dans l’opinion et
dans le monde de la basoche, des petits juges jusqu’aux parlementaires, la
hantise du régicide et rameute les vieilles accusations contre la compagnie de
Jésus
[133]. Par le
poignard de leurs impudences verbales, le procureur rattache les séditieux de
Mauriac à la grande famille des Jacques Clément
[134], des Jean Chastel
[135], des Ravaillac
[136] et des Damiens, plus
ou moins manipulés par les funestes pères. Il hume, derrière ces propos
sacrilèges, un relent jésuite et, sur la ville tout entière, il voit planer,
méphitique, une tenace nuée loyolesque.
Ville tumultueuse, mal pensante, mal disante, mal agissante,
qui appelle, au delà du châtiment des coupables, une punition collective. Mais
qui requiert, instruit et juge ? Un procureur, un lieutenant général criminel
et des conseillers qu’on voudrait croire insensibles aux pressions, mais dont
le zèle pour la cause d’Aurillac pourrait l’emporter sur les scrupules de
l’officier du roi. Immergés dans une ville qui se veut, elle, indemne de tout
péché jésuitique et rébellionnaire
[137], et cumulant un service de justice et
des fonctions consulaires
[138], les hommes du présidial soutiennent-ils, dans
l’affaire de Mauriac, le grand dessein des municipaux d’Aurillac, qui tentent
de faire main basse sur le collège rival
[139] ? La réponse des Mauriacois, dans sa brutalité, a
le mérite d’être claire :
les officiers du bailliage d’Aurillac « nous sont suspects,
parce qu’ils font les derniers efforts pour obtenir la réunion de notre College
au leur… [et voient] avec complaisance tout ce qui tend à la destruction de
notre College, et à nous mettre dans l’impuissance de le conserver ». Les
tenants de la cause mauriacoise étayent leur plainte sur le caractère abusif de
la vente du 6 septembre et des jours suivants, qui contrevient à l’arrêt du
parlement du 6 août; ils accusent le présidial d’Aurillac d’avoir fait vendre à
l’huissier Maurel, d’intention délibérée, pour « dégrader » les bâtiments et «
faire supprimer » le collège, non seulement les délaissés des « ci-devants soi
disans Jésuites » mais « les meubles meublans les classes » et « même une
marmite de cuivre enchassée dans le mur de la cuisine, qu’il a fallu, pour cet
effet, démolir en partie »
[140].
Le collège forcé, pillé, l’a-t-il été par la « populace »
effrénée de Mauriac ou par les juges casseurs d’Aurillac ? Le mémoire des
habitants de Mauriac redistribue les rôles et ramène l’émeute à une
manipulation, à une intrigue ourdie à Aurillac, à laquelle quelques mauvais
drôles, quelques agités, quelques ambitieux et une population alarmée par des
enlèvements excessifs et provocateurs ont donné corps. La brève déraison
collective du 6 septembre, les officiers royaux d’Aurillac, dévoués à la ruine
du collège concurrent, la déguisent, quant à eux, en révolte inquiétante et
grave. De la ville « émeutée », ils font une ville défaillante qui ne mérite
pas la confiance du roi, et où un collège ne peut vivre dans l’ordre et dans la
tranquillité. « Il est aisé de s’apercevoir, protestent les habitants de
Mauriac, que c’est moins l’amour du bien public qui dirigent leurs démarches,
que le desir de contribuer au bien et à l’avantage particulier de leur Ville »
[141]. Le présidial
d’Aurillac n’a pas inventé la révolte, et pas davantage, la fascination de
Mauriac pour les jésuites, mais il a su les interpréter, les assombrir, au
mieux des intérêts de la principale ville du haut-pays.
L’esprit de clocher réunit les émeutiers de Mauriac, comme il
arme la plume des magistrats d’Aurillac. Il suffit d’un collège ou d’autres
miettes de richesse et de prestige, pour déchaîner des rivalités entre
communautés, qui tapissent de requêtes et de placets les lieux de pouvoir et,
parfois, s’exaspèrent en turbulences. Le tumulte de Mauriac ne s’ancre pas,
tout entier, dans la défense d’un intérêt urbain mais, comme toutes les
contestations, il délivre « une pluralité de sens »
[142]. Il plaide
pour l’efficacité d’une pastorale et du maillage du tissu social urbain par les
sodalités jésuites. Preuve, s’il est besoin, que les pères ne visent, et
n’atteignent, pas seulement l’élite
[143], mais aussi le peuple
[144]. Il révèle et réactive, à l’intérieur
même de la ville, toute une latence de lignes de fracture : entre gens de peu
et « principaux », envers les étrangers, contre la gentilhâtrie. Gestes et
paroles dirigés contre l’accapareur Lur Saluces ont déjà un air fin de siècle;
mais on aurait tort de lire une révolte fondamentalement passéiste à partir des
événements révolutionnaires.
Car il s’agit, avant tout, pour les attroupés de Mauriac, de
restauration, de rétablissement. À écouter Rixain et Matheuf, un même élan, un
même projet politique élémentaire les unissent et les animent : que le passé
redevienne présent. Ils souffrent de l’audace, novatrice et malfaisante, de
juges qui éclaboussent la religion, judiciarisent l’Église et la monarchie. Ils
abandonnent au glaive terrestre de Dieu, Louis XV, roi si peu saint qu’il
laisse partir leurs chers jésuites. Seule, la mort du prince indigne peut
renverser le cours des choses et opérer un salutaire retour en arrière. Même à
Mauriac, on est loin, en 1762, de l’affection naturelle que les enfants, soumis
ou polissons, portent à leur souverain et père, et tout proche, harangue
[145] de Rixain et
applaudissements unanimes aidant, des coups de canif langagiers de la
capitale.
Les mutins du 6 septembre totalisent une belle somme
d’indignations, de rancœurs et de nostalgies. Mais l’intolérable reste bien le
mauvais coup porté contre un attachement dévotieux, la rupture provocante du
vieux couple que formaient, depuis vingt décennies, la petite ville de
Haute-Auvergne et les disciples de Loyola, et qui l’apparentait aux « Genève »
septentrionales des jésuites
[146].
LISTE DES TÉMOINS Numéro Nom Âge Profession
Domicile Observations d’ordre ou état 1 Bertrand 37 « huissier Aurillac Maurel
de la chancellerie presidiale » d’Aurillac 2 Joseph Libert 22 recors Aurillac 3
Pierre Lours 32 brassier et recors Aurillac 4 Barthélemy 25 brassier et pêcheur
Aurillac Delpeuch 5 Antoine Dumas 52 brassier Mauriac 6 Henry Pomerie 34 ancien
gendarme Mauriac Fils de Beauzire Pomerie,ancien maire de Boissières du roi
perpétuel de Mauriac (Louis de RIBIER, La chronique de Mauriac…, 1905, p.
215-216). 7 Pierre Delmas 50 cavalier Mauriac de la maréchaussée 8 Joseph
Carrau 73 marchand bourgeois Mauriac 9 Joseph Finiel 40 cavalier Mauriac de la
maréchaussée 10 Pierre Delmas 12 « etudiant en quatrieme » Mauriac Fils du
témoin 7 au collège de Mauriac. 11 Jean de Murat 37 « avocat en Parlement »
Fontenilles Ste-Eulalie 12 Jean Cantuel 30 maître perruquier Mauriac 13
Jean-Louis 32 bourgeois Pommiers Fils de Guy Diernat, « bourgeois ». Diernat
Ally 14 Bertrand 47 bourgeois Frugères « Homme d’affaires » du marquis de
Ginestal Drugeac Saluces (Interrogatoires, 3, 24mars 1763. RHA,VIII, 1,1906, p.
111). 15 Guillaume 50 marchand Le Peuch Ginestal Ally 16 Léger Celerier 35
jardinier du marquis Drugeac Gardien du château de de Saluces au château
Drugeac en 1793 (RHA, de Drugeac XIV, 3, 1912, p. 313). 17 Joseph Ternat 32
marchand chaudronnier Aurillac 18 Jean Bonal 35 maître maçon Aurillac 19 Pierre
Burg 34 bourgeois Aurillac Fils de Jean Burg, procureur, consul d’Aurillac en
1756 (AMAurillac, BB 22, 29septembre 1756). 20 François 44 mauriste, prêtre
Mauriac Procureur du monastère Saint-Pierre Chassagnon de Mauriac. RHA : Revue
de la Haute-Auvergne
[1]
Dix-neuf confesseurs jésuites de 1604 à 1764 (vingt en
comprenant Edmond Auger, confesseur de Henri III); le dernier en date :
Philippe Onuphre Desmaretz, confesseur de Louis XV depuis 1753. Cf. Georges
MINOIS,
Le confesseur du roi. Les directeurs de
conscience sous la monarchie française, Paris, Fayard, 1988, p.
507-508, 531-532.
[2]
Roger CHARTIER, Marie-Madeleine COMPÈRE, Dominique JULIA,
L’éducation en France du
XVIe au XVIIIe siècle, Paris, SEDES, 1976, p.
210 n. 10, 211,212 (carte 11).
[3]
Guy CHAUSSINAND -NOGARET,
Choiseul (1719-1785). Naissance de la gauche,
Paris, Perrin, 1998, p. 104-112.
[4]
Comme en témoigne l’accueil fait à l’édit de mars
1762.
[5]
Paul DUDON, « De la suppression de la compagnie de Jésus (
1758-1773) »,
Revue des questions
historiques, 66
e a., n° 3-4, mai-septembre
1938, p. 82, 85, 87-88. Sur l’expulsion des jésuites, voir, outre Edmond
PRÉCLIN et Eugène JARRY,
Les luttes politiques et
doctrinales au XVIIe et XVIIIe siècles, Paris,
Bloud et Gay, 1956, p. 686-696 (« Histoire de l’Église », XIX 1) qui donne la
bibliographie ancienne, Jean EGRET, « Le procès des jésuites devant les
parlements de France ( 1761-1770) »,
Revue
historique, 74
e a., t. CCIV/1,juillet-septembre
1950, p. 1-27; Dale K. VAN KLEY,
The Jansenists
and the Expulsion of the Jesuits from France, 1757-1765, New-Haven,
Yale University Press, 1975; D. Gillian THOMPSON, « The persecution of French
Jesuits by the Parlement of Paris, 1761-1771 » dans William J. Sheils éd.,
Persecution and Toleration, Oxford, B.
Blackwell, 1984, p. 289-302 (« Studies in Church History », XXI).
[6]
Michel LEROY,
Le mythe jésuite.
De Béranger à Michelet, Paris, PUF, 1992, p. 15. Voir aussi Geoffrey
CUBITT,
The Jesuit Myth. Conspiracy Theory and
Politics in Nineteenth-Century France, Oxford, Clarendon Press,
1993.
[7]
À Dijon, le 15 juillet 1762, éclate une espèce d’émeute (classe
saccagée, bancs cassés) dont le projet paraît incertain : simple explosion sans
signification particulière ou manifestation pour ou contre l’éviction des
jésuites ? (Dominique DINET,
Religion et société
: les réguliers et la vie régionale dans les diocèses d’Auxerre, Langres et
Dijon, fin XVIe-fin XVIIIe siècles, Paris, Publications de la
Sorbonne, 1999, t. I, p. 180). À Lyon, en 1768, la foule se rue sur le collège
de laTrinité et le vandalise : à travers un accès de colère contre les
oratoriens, successeurs mal reçus, la possible expression d’une fidélité
populaire aux jésuites; mais, à la différence de Mauriac, bien après leur
départ (Maurice GARDEN,
Lyon et les Lyonnais au
XVIIIe siècle, Paris, Les Belles Lettres, 1970, p.
585-586).
[8]
À Rouen, dont le parlement se porte aux avant-postes du combat
contre les jésuites : Olivier CHALINE, « L’expulsion des jésuites du collège de
Rouen »,
Études normandes, t. 42, n°
4, 1993, p. 71-81.
[9]
B.M.I.U., Clermont-Ferrand, A 10 554/6 :
Mémoire pour les administrateurs du collège de la
ville de Billom en Auvergne et les habitans de la même ville,
Clermont-Ferrand, Pierre-Louis Boutaudon, 1763, p. 7.
[10]
Sur le collège de Mauriac, fondé en 1563 (sept ans après
Billom) : Étienne DEJOUX, « Monographie du collège de Mauriac »,
Revue de la Haute-Auvergne, t. I,
1899, n° 2, 3 et 4, p. 114-136, 203-225, 313-326; Pierre DELATTRE, art. «
Mauriac », dans
Les établissements des jésuites
en France depuis quatre siècles…, t. III, Enghien, Institut
supérieur de théologie – Wetteren, Impr. De Meester frères, 1957, col. 145-196;
Marie-Madeleine COMPÈRE et Dominique JULIA,
Les
collèges français, XVIe-XVIIIe siècles, t. I, Paris, INRP – Éd. du
CNRS, 1984, p. 430-435.
[11]
Henri BALDIT,
Paroisses et
communes de France. Dictionnaire d’histoire administrative et démographique.
Cantal, Paris, Éditions du CNRS, 1991,p. 218. Michel LEYMARIE, «
Jean-Baptiste Lacoste, conventionnel cantalien méconnu ( 1753-1821) »,
Revue de la Haute-Auvergne,
59
e a., t. XXXV, 1,janvier~juin 1957, p. 93.
[12]
Archives Municipales (désormais AM) Aurillac, GG 76, « Memoire
sur les trois colleges de la Haute-Auvergne… », f° 22 v°, Archives
Départementales (désormais AD) Cantal, D 1,1763.
[13]
MARMONTEL,
Mémoires,
éd. John Renwick, t. I, Clermont-Ferrand, Éd. Georges de Bussac, 1972, p. 7-8,
9-10.
[14]
M. LEYMARIE, « Les effectifs du collège de Mauriac en 1763 »,
Revue de la Haute-Auvergne,
80
e a., t. XLVI, 2, avril-décembre 1978, p.
520-533.
[15]
AD Cantal, 1 B 734 ( 2), Supplique d’Antoine Sedillot, prêtre
filleul de Mauriac, professeur de philosophie au collège, 20 octobre 1763. AM
Aurillac, GG 76, « Mémoire sur les trois collèges de la Haute-Auvergne… », f°
22 v°, 11 mai 1763.
[16]
Émile DELALO, art. « Mauriac », dans
Dictionnaire statistique, ou histoire,
description et statistique du département du Cantal, t. IV,
Aurillac, Impr. V
e Picut et Bonnet, M. DCCC LVI, p.
282.
[17]
AD Puy-de-Dôme, 1 C 7012, 3 juin 1750.
[18]
Marcel JUILLARD, « Violences et rébellion en Haute-Auvergne au
XVIIIe siècle » [Artense et pays mauriacois],
Revue de la Haute-Auvergne,
32
e a., 1930, p. 221-223. Dans un siècle réputé plus
calme, malgré la centaine d’émeutes recensées en France de 1715 à 1787 (Daniel
MORNET,
Les origines intellectuelles de la
Révolution française, 1715-1787, Paris, Armand Colin, 1934, p.
444-446).
[19]
« Mémoire des Habitans de Mauriac », 3 janvier 1762, dans
Barthélemy-Gabriel Rolland d’Erceville,
Recueil
de plusieurs ouvrages de Monsieur le Président Rolland…, À Paris,
chez P. G. Simon et N.H. Nyon, 1783, p. 553-554.
[20]
Ibidem, p.
554.
[21]
Ibidem, p.
555.
[22]
Jean EGRET, « Le procès des jésuites… », 1950, p.
9-10.
[23]
Léon MENTION,
Documents relatifs
aux rapports du clergé avec la royauté de 1705 à 1789, t. II, Paris,
Picard, 1903, p. 215 (réimpr., Genève, Slatkine-Megariotis, 1976).
[24]
AD Cantal, 1 B 1023 ( 2) : le dossier de la vente interrompue
et de l’émeute. Seront surtout utilisés : la « requête en plainte… » du
procureur du roi ( 9 septembre 1762), le « proces verbal de l’état des
effractions… » ( 13 septembre 1762), les dépositions des vingt témoins ( 13 au
17 septembre, 23 septembre, 23 novembre 1762), les interrogatoires ( 22, 24 et
30 mars, 20 et 22 avril 1763).
[25]
Louis LE GUILLOU, « Aperçus sur l’histoire d’un collège de
province. Le collège de Mauriac et l’évolution de ses habitudes pédagogiques »,
Revue de la Haute-Auvergne,
80
e a., t. XLVI, n° 2, avrildécembre 1978, p.
511.
[26]
Bertrand Maurel, huissier royal à Aurillac. Témoin 1. Voir, en
annexe, la liste des témoins.
[28]
Témoin 17. Opposition qui persiste bien au-delà des 6 et 7
septembre : le 9, deux amis de Rixain reprochent à un gendarme d’enchérir «
quelques bois de barrique » des jésuites et soutiennent « quil ne les auroit
pas » (témoin 9).
[29]
Témoin 14 et 1.
[30]
Léger Celerier (ou Celarier), jardinier du château de Drugeac.
La Révolution venue, toujours au service de son maître, il se voit confier la
garde du château après 1793.
[31]
Jacques Rixain, marchand drapier à Mauriac, 50 ans. Témoin 10
(« avant qu’on emportat [les planches] il y auroit de la mort ») et témoin
3.
[32]
AD Cantal, 1 B 1023, « Requête en plainte… », 9 septembre 1762,
p. 2.
[33]
Témoin 14. « Se faire écraser » (témoin 1); être « écrasé
(témoins 3, 4) et mis en pièces » (témoin 4).
[34]
Sept moines mauristes en 1696, huit en 1768, six en 1789. Léon
LECESTRE,
Prieurés et couvents d’hommes en
France. Liste générale d’après les papiers de la commission des réguliers en
1768, Paris, Picard, 1902, p. 17. Louis de RIBIER,
La chronique de Mauriac par Montfort, suivie de
documents inédits sur la ville et le monastère, Paris, Champion –
Mauriac, Becker-Lacassagne, 1903, p. 121-122, 127-128.
[35]
AD Cantal, 1 B 1023 ( 2), « Proces verbal de l’etat des
effractions… », 13 septembre 1762.
[36]
Témoin 4. Marthe Destrudeles, « du faubourg de
S
t Luc ».
[37]
Témoins 1,2, 4. Chavignié, « cy-devant ecolier de philosophie
habitant du fauxbourg appellé Barri neuf ».
[38]
Témoins 3, 4. Guillaume Broussole, charpentier à Mauriac, 35
ans.
[39]
Témoins 1 et 5.
[40]
Témoins 1,2, 3, 4. Barthélemy Matheuf, cabaretier à Mauriac, 65
ans.
[41]
Témoins 1 et 8.
[42]
Témoin 7. Pour Rixain comme pour Matheuf, à vente abusive,
achat précaire et restituable. À propos des planches adjugées à Lur Saluces : «
Il faut que j’aille voir le nombre quil y en a afin que sil est obligé de les
rendre on sasche cequ’il a pris » (témoin 14).
[43]
Témoins 8, 10, 12.
[44]
Témoins 7, 8, 12.
[45]
Témoins 10, 12.
[46]
Témoin 12. Même appel aux parents d’élèves de la part de Rixain
: « Tout le monde devoit se reunir pour soutenir les Jesuites, aquoy tous ceux
qui avoient des enfans étoient interessés » (témoin 10).
[47]
Témoin 7. « Une seconde rebellion » (témoin 8).
[48]
Antoine Crozet d’Hauterive, conseiller et procureur du roi au
présidial d’Aurillac, consul d’Aurillac en 1746 et 1756 (AM Aurillac, BB 22, 24
septembre 1746 et BB 23, 29 septembre 1756).
[50]
Pierre-Joseph Colinet de Niossel ( 18 janvier 1726 – 12 mars
1792), lieutenant général criminel au présidial d’Aurillac depuis le 22 octobre
1757. Exerce, comme Crozet d’Hauterive, la charge consulaire : consul
d’Aurillac en 1758 (AM Aurillac, BB 23, 30 septembre 1758).
[52]
Témoins 1,3, 10.
[53]
« Requête en plainte… », 9 septembre 1762, p. 2, 3. Témoins
1,2, 4, 5, 8, 14, 16, 17, 20. Voir Daniel ROCHE, « Peuple des mots, peuple des
images : les représentations du peuple de l’Ancien Régime à la Révolution »,
Revue française d’histoire du livre,
59
e a., n.s., n° 66-67, janvier-juin 1990, p.
18-19.
[54]
Jean Nicolas parle de « fourre-tout notionnel » (« Un chantier
toujours neuf », dans Jean NICOLAS éd.,
Mouvements populaires et conscience sociale.
XVIe-XIXe siècles, Paris,
Maloine, 1985, p. 17).
[55]
Témoins 10, 16, 17, 11,2 et 3.
[56]
« Requête en plainte… », 9 septembre 1762, p. 1.
[57]
Le marchand Jacques Rixain; les cabaretiers Barthélemy Matheuf
(témoins 7, 8, 10, 12), Pierre Croizet (témoins 17, 18), Fregeac (témoin 18),
Lachassagne (témoin 8); l’armurier Dumé (témoin 8). Une belle densité de
cabarets à Mauriac : quatorze en 1787 (AD Cantal, C 262).
[58]
Chavignié, fils de Charles, habitant près du doyenné de Mauriac
(témoins 2, 4).
[59]
Guillaume Broussole (témoins 3, 4).
[60]
Témoin 18; témoin 20.
[61]
Thérèse Andrée Lambert, femme de Jacques Rixain, marchande, 48
ans.
[62]
Témoins 3, 4, 14.
[64]
Yves-Marie BERCÉ,
Histoire des
croquants. Étude des soulèvements populaire au XVIIe siècle dans le Sud-Ouest
de la France, t. II, Genève, Droz, 1974, p. 592-683;
Id., Révoltes et révolutions dans l’Europe
moderne. XVIe-XVIIIe siècles, Paris, PUF, 1980, p. 100-101.
[65]
Y.-M. BERCÉ,
Histoire des
croquants…, t. II, 1974, p. 543;
Révoltes et révolutions…, 1980, p. 125-126.
Arlette FARGE, « Évidentes meurtrières », dans Natalie Z. DAVIS et A. FARGE
dir.,
Histoire des femmes en Occident,
t. III :
XVIe-XVIIIe siècles, Paris,
Plon, 1991,p. 481-496; « Proximité pensable et inégalités flagrantes Paris
XVIIIe siècle », dans Cécile DAUPHIN et Arlette FARGE dir.,
De la violence et des femmes, Paris,
Albin Michel, 1997, p. 80-81.
[66]
L’avocat grenoblois Letourneau note, en 1763, que les jésuites
ont « surtout [la confiance] des femmes ». Cité par Jean EGRET,
Le parlement de Dauphiné et les affaires
publiques dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, t. I,
L’opposition parlementaire
(1756-1775), Grenoble, Impr. Allier, 1942, p. 124.
[68]
Témoins 4, 10, 14, 17, 18, 20.
[69]
Témoin 18; témoin 17.
[70]
Étienne DEJOUX, « Monographie du collège de Mauriac », 1899, p.
208-218. Pierre DELATTRE, art. « Mauriac », dans
Les établissements des jésuites…, t. III, 1957,
col. 157-162.
[71]
Sur la personne de Henri IV, le 27 décembre 1594 : Roland
MOUSNIER,
L’assassinat d’Henri IV. Le problème du
tyrannicide et l’affermissement de la monarchie absolue, Paris,
Gallimard, 1964, p. 201-208.
[72]
AD Cantal, D 5, 12 octobre 1605 (« On déploya pour les recevoir
la même solennité dont on use à l’égard des plus grands prélats »).
[73]
« Requête en plainte… », 9 septembre 1762, p. 2. Témoins 1,3,
4.
[74]
Témoin 18; témoin 17; témoin 10.
[75]
Y.-M. BERCÉ,
Histoire des
croquants…, t. II, 1974, p. 608-611;
Révoltes et révolutions…, 1980, p.
37-42.
[76]
Sur le chemin d’inimitié entre Louis XV et son peuple et le «
mauvais discours » contre le monarque : Arlette FARGE et Jacques REVEL,
Logiques de la foule. L’affaire des enlèvements
d’enfants. Paris. 1750, Paris, Hachette, 1988, p. 126-136; Roger
CHARTIER,
Les origines culturelles de la
Révolution française, Paris, Seuil, 1990, p. 141-146; A. FARGE, «
Les mots contre le roi… », dans
Dire et mal
dire.
L’opinion publique au XVIIIe
siècle, Paris, Seuil, 1992, p. 187-282 (en particulier, p. 268-271,«
1762, l’expulsion des jésuites »).
[77]
Témoins 2, 3, 4.
[78]
Témoin 1. « Le Roy peut mourir » (témoin 20).
[79]
Témoin 4. À qui profite le crime ? Après l’attentat de Damiens
( 1757), des rumeurs mettent en cause les jésuites et le dauphin : « On ne peut
ôter de la tête de personne que cet attentat n’ait été suggéré, et on l’impute
aux jésuites à cause de l’ardeur qu’ils ont du règne du Dauphin qui est
entièrement pour eux » (René-Louis de Voyer, marquis d’Argenson, 9 janvier
1757, cité par Pierre RÉTAT,
L’attentat de
Damiens. Discours sur l’événement au XVIIIe siècle, Paris, Éd. du
CNRS – Lyon, PUL, 1979, p. 192; voir aussi p. 427). Écho parisien au Mauriacois
Rixain, la femme Renaud, en 1765, souhaite « plutôt la mort du Roi que celle du
Dauphin parce que si ce prince était roi, il ferait revenir les jésuites en
France ». Citée par A. FARGE,
Dire et mal
dire…, 1992, p. 274, 311.
[80]
S’alignent sur Rouen et Paris, et à de courtes majorités :
Bordeaux ( 26 mai 1762), Rennes ( 27 mai), Perpignan ( 12 juin), Metz ( 20
septembre); mais huit cours souveraines n’ont pas encore pris position : Aix,
Toulouse, Pau, Dijon, Grenoble, Besançon, Douai et Colmar. Paul DUDON, « De la
suppression… », 1938, p. 83-85. Jean EGRET,
Le
parlement de Dauphiné…, t. I, 1942, p. 122-132; « Le procès des
jésuites… », 1950, p. 10-21;
Louis XV et
l’opposition parlementaire. 1715-1774, Paris, Armand Colin, 1970, p.
88-89. D. K. VAN KLEY,
The Jansenists and the
Expulsion of the Jesuits…, 1975, p. 182-205. Maurice GRESSET,
Le monde judiciaire à Besançon de la conquête par
Louis XIV à la Révolution française (1674-1789), t
.
II, Lille, Service de reproduction des thèses, 1975, p. 1149-1151. Monique
CUBELLS,
La Provence des Lumières. Les
parlementaires d’Aix au XVIIIe siècle, Paris, Maloine, 1984, p.
278-283.
[81]
Le dauphin Louis ( 4 septembre 1729-20 décembre 1765). La
dauphine a pour confesseur le jésuite Michel Kroust; la reine Marie Leczinska
les jésuites polonais Radominski, puis Bieganski. G. MINOIS,
Le confesseur du roi…, 1988, p.
509.
[86]
Témoin 17; témoin 15.
[87]
Eutrope Alexandre Hyacinthe de Lur, marquis de Saluces, baron
de Drugeac (Drugeac, 6 mars 1736 – S