2001
Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine
Les territoires de l’économie, XVe-XIXe
siècles
Penser l’espace
Espace et stratégies industriellesaux XVIIIe et XIXe siècles :
exploiter le laboratoire méditerranéen
Gérard Chastagnaret
Gérard CHASTAGNARET Casa de
Velasquez, c. de Paul Guignard, 3 Ciudad Universitaria, 28040 Madrid
(Espagne)
Olivier Raveux
Olivier RAVEUX UMR TELEMME,
CNRS 6570 Université de Provence, 5, rue du château de l’horloge, BP 647, 13094
Aix-en-Provence cedex 2
Cet article voudrait, dans une démarche essentiellement
programmatique, souligner l’importance de la composante spatiale dans la
détermination des stratégies industrielles, dimension qui nous paraît
aujourd’hui par trop négligée. Il y a très longtemps que la question de la
décision fait partie intégrante du champ de l’analyse économique
[1]. Elle y est entrée d’abord
sous l’angle, suggestif mais très particulier, de la théorie des jeux : le
célèbre théorème de Bernoulli peut servir de repère initial d’une filière
intellectuelle qui connaît des moments d’épanouissement, comme les années 1940
et le début des années50, « cycle » d’intérêt marqué notamment par les travaux
de John Von Neumann et Oskar Morgenstern, avant de se clore par l’article de
Maurice Allais en 1953
[2]. Les années 1990 ont été marquées par un nouveau
rebond, en liaison avec la floraison des pratiques spéculatives et avec un
affinement des démarches méthodologiques
[3]. L’analyse de la décision économique est
aussi au cœur de l’analyse libérale, avec l’arbitrage entrepreneurial après
examen des avantages comparatifs, une filière intellectuelle enrichie elle
aussi de renouvellements théoriques, à partir du marginalisme. Elle s’est
surtout ensuite élargie à d’autres domaines relevant de stratégies
d’anticipation, tels que les marchés et la gestion des firmes. Cette diversité
des approches, qui pourrait trouver bien d’autres illustrations, n’a pas
empêché une convergence certaine des acquis quant à la détermination des
stratégies entrepreneuriales, dans des domaines aussi variés que la gestion des
facteurs de production, les rapports entre les différents acteurs de la vie
économique, les marchés ou les contraintes politiques et institutionnelles. Les
cadres temporels de la décision ont fait l’objet d’une attention réelle, en
dehors même des travaux sur les spéculations boursières ou commerciales et pour
des motifs qui ne relèvent pas seulement de la prise en compte traditionnelle
du temps dans le coût du capital : la décision est bien perçue comme projection
dans le futur, anticipation de conditions et de résultats.
En revanche, les cadres spatiaux n’ont guère retenu l’attention
des chercheurs, sauf dans les cas où les jeux sur l’espace étaient
manifestement au cœur du processus décisionnel, notamment dans le cas des
spéculations commerciales sur les grains de l’époque pré-industrielle
[4]. Or, avant d’être,
stricto sensu, terrain d’action de
l’entreprise, l’espace est pourtant l’une des composantes de base de stratégies
qui doivent toujours s’organiser, même implicitement, en fonction d’un espace,
et le plus souvent en fonction d’espaces différents par leur situation ou par
leur échelle. Les jeux d’espace sont loin d’être l’apanage de négociants
arbitrant entre les opportunités de marché.
L’espace pensé, utilisé ou construit est tout autant au cœur de
l’activité industrielle, non seulement pour les aspects commerciaux de
l’activité, à l’amont et à l’aval de la production – fourniture des
inputs et écoulement des produits –
mais aussi pour les stratégies productives elles-mêmes, depuis le choix des
sites jusqu’à la mobilisation des facteurs capital et travail.
Champ d’élection du grand négoce de l’époque moderne, la
Méditerranée constitue paradoxalement un terrain exceptionnel d’analyse de la
composante spatiale des stratégies industrielles. D’abord parce que
l’industriel ne doit jamais perdre les réflexes du négociant, pour exploiter
les opportunités liées à l’inégalité des espaces, dans le cadre de cycles de
durées très variables. Ensuite, parce qu’il lui faut savoir jouer de manière
spécifique, sans jamais ou presque pouvoir se contenter de se reposer sur les
cadres protecteurs de toute industrialisation à ses débuts : l’espace national
ou de petits marchés régionaux abrités par les difficultés de transport, et
cela pour différentes raisons. Dans le premier cas, depuis les divergences
d’intérêt au sein d’un même espace jusqu’à la faiblesse des cadres nationaux,
dans le second parce que la mer apporte toujours les contraintes et les chances
de l’ouverture. Dans cette perspective, par la diversité des situations qu’elle
met en scène comme par ses recompositions spatiales sans cesse renouvelées pour
des raisons elles-mêmes en évolution, la Méditerranée desXVIIIe et XIXe siècles
est un champ d’études prometteur pour saisir la complexité et la variété des
jeux de l’industrie et de ses acteurs sur l’espace. De Séville à Salonique, de
l’époque des Lumières aux prémices de la seconde révolution industrielle,
l’action des entrepreneurs des rives méditerranéennes peut se lire simplement
en termes d’innovation, d’investissement ou de recherche de marchés. Mais, plus
qu’ailleurs, ou plus visiblement, leur réussite a dû être aussi décryptage
d’espaces encore confus, jeux complexes sur leur croisement et sur leurs
échelles. Il ne s’agit pas pour nous de revendiquer une quelconque et
fallacieuse originalité méditerranéenne, mais avec sa culture négociante, ses
routes de mer et ses arrière-pays isolés si proches des côtes, la Méditerranée
exacerbe les contrastes, les nécessités et les opportunités.
L’industriel ne peut ignorer l’espace. Le constat s’applique à
la Méditerranée, mais sa validité n’est-elle pas beaucoup plus générale ? Ce
caractère conférerait au terrain méditerranéen à la fois un intérêt spécifique
et un rôle de révélateur.
L’ESPACE, UNE DIMENSION TROP
NÉGLIGÉE
Le manque d’intérêt pour la composante spatiale des décisions
et stratégies industrielles est avant tout le résultat des orientations, des
problématiques et des méthodologies de l’histoire économique comme de
l’économie.
L’histoire économique a depuis longtemps privilégié la
réflexion sur la conjugaison des temporalités. À cette fin, elle s’est dotée de
toute une batterie d’instruments d’élaboration et de traitement des séries qui
ont centré la recherche sur des cadres territoriaux prédéterminés et oublié
l’importance des espaces dans les stratégies individuelles et collectives des
acteurs. L’histoire quantitative a besoin d’espaces stables, pour ne pas dire «
fixes ». Elle parvient difficilement à prendre en compte la complexité des
articulations des cadres spatiaux et des mouvements fondés sur des facteurs
aussi externes à l’entreprise que les opportunités géographiques ou des
changements de législation douanière. Elle peine à croiser les racines
micro-économiques du comportement des acteurs avec ce qui est son principal
objet : l’étude macro-économique des séquences qui définissent l’évolution des
activités industrielles sur le long terme.
L’espace comme élément moteur des stratégies entrepreneuriales
a également échappé en grande partie à l’analyse des sciences
économiques.
L’orientation de plus en plus marquée de cette discipline vers
la modélisation mathématique l’a conduite à négliger des variables qui ne se
prêtaient pas à ce type d’approche. L’espace est ainsi perçu comme une donnée
intemporelle ou immatérielle et n’est que trop peu considéré comme un facteur
éclairant de la diversité des situations économiques
[5]. De même, tout ce qui relève de facteurs
mentaux ou culturels a rarement été pris en compte, et seulement dans le cadre
d’approches frustes, négligeant les avancées d’autres disciplines. Ainsi, la
psychologie, pourtant sensible à l’insertion spatiale des individus et aux
éléments explicatifs des choix territoriaux, n’a guère été sollicitée par les
économistes pour orienter leurs enquêtes vers les anticipations spatiales des
agents
[6]. Or, le choix
économique relève non seulement d’une forme de rationalité, mais d’un rapport
global du décideur à son environnement, rapport qui inclut son histoire
personnelle, avec sa formation et, plus largement, l’ensemble de son histoire
culturelle mobilisée pour la prise de décision
[7]. Une histoire qui a été aussi construction d’un
savoir spatial et d’un rapport à l’espace à la fois activés et actualisés par
la décision.
L’espace est en effet un des éléments essentiels de la prise de
décision, parce qu’il intervient dans les représentations – reproductives ou
inventives – préalables à la décision et qu’il est l’un des outils ou des
enjeux de celle-ci
[8]. La
décision n’est pas simple enregistrement d’un calcul de probabilité sur les
marchés et les profits. La représentation de l’environnement futur sur lequel
elle se fonde comporte toujours une composante spatiale et, sous des formes
diverses, la décision s’inscrit toujours dans un espace. La crise asiatique est
récemment venue rappeler que l’informatique permettait certes d’ignorer les
distances et le temps pour les transactions, mais qu’elle ne dispensait
nullement d’une attention envers les caractéristiques régionales du « village
mondial ». Sauf pour les cas, récents à l’échelle de l’historien, des grandes
firmes multinationales, des districts «à l’italienne » et des politiques
d’aménagement du territoire, les articulations entre stratégies des
entrepreneurs et espaces n’ont encore jamais fait l’objet de véritables études,
alors même qu’elles constituent le plus souvent le socle du dynamisme
économique.
La réflexion sur les stratégies spatiales ou, plus exactement,
sur la composante spatiale des stratégies élaborées par les acteurs de la vie
économique n’est nullement réduction de la décision à l’une de ses composantes
: c’est, au contraire, un élargissement du champ d’analyse par la réintégration
de l’espace comme composante à part entière du processus décisionnel. Il s’agit
d’une approche exigeante, qui suppose la mise en articulation de deux
nécessités. Elle appelle d’abord, de la part de l’historien, une connaissance
approfondie des logiques propres au secteur étudié et des environnements au
sein desquels les stratégies sont pensées et mises en œuvre. Elle demande
ensuite une collaboration entre plusieurs disciplines (histoire, économie,
géographie, psychologie, sociologie) qui, sans être neuve sous tous ses
aspects, revêtirait néanmoins un caractère pionnier dans plusieurs
domaines.
LA MÉDITERRANÉE, TERRAIN D ’OBSERVATION
EXCEPTIONNEL
Deux types de raisons, tenant d’une part à l’espace et d’autre
part au temps, font de la Méditerranée des XVIIIe et XIXe siècles un cadre
exceptionnel pour l’analyse spatiale de la décision entrepreneuriale dans le
secteur industriel. L’espace méditerranéen est à la fois concentration de
diversités et exacerbation de contrastes. La diversité est d’abord celle des
secteurs industriels : de la sidérurgie aux secteurs non
leaders comme les activités liées à
l’agroalimentaire ou au travail du bois, tous les types d’industries peuvent
être recensés
[9]. Ce sont
aussi de multiples cloisonnements, naturels, politiques, mais aussi culturels
et économiques : le simple marché des cartes à jouer en fournit une
illustration à la fois symbolique et effective. Les contrastes, ce sont ceux
qui opposent les micro-territoires, ruraux ou urbains, aux vastes ouvertures,
par les ports et des routes commerciales dont les permanences s’appuient sur le
renouvellement des produits. Ces contrastes sont aussi ceux des situations
locales et sont en l’occurrence souvent aggravés de discordances diachroniques,
fondées moins sur des décalages par rapport à une conjoncture dite « générale »
que sur des bases spécifiques de prospérités cycliques toujours
régionalisées.
Diversité et contrastes mettent l’espace au cœur de la
décision, dans le cadre d’arbitrages qui sont rarement sélection et surtout
jeux, combinaisons, par des articulations entre espaces disjoints ou entrelacés
avec des échelles multiples : la ville et son territoire, le cadre régional, le
marché national, un horizon méditerranéen transnational et souvent même des
ouvertures extraméditerranéennes constituent le paysage composite que tout
entrepreneur doit savoir lire, dans lequel il doit être capable de se mouvoir
sans commettre d’erreur majeure d’appréciation et qu’il doit surtout savoir
exploiter et organiser à son profit. Il ne faut pas s’y tromper : au-delà de sa
complexité, qui est réelle, le champ possède aussi une unité profonde, dans les
liaisons entre ces différents espaces, visibles ou sous-jacentes, toujours
riches d’opportunités comme de liberté de décision et donc lourdes de
responsabilité pour les entrepreneurs. Ces liaisons appellent une attention
toute particulière, non seulement parce qu’elles permettent de toucher au cœur
des stratégies entrepreneuriales, mais aussi parce qu’elles constituent une
voie exceptionnelle de compréhension des processus même de l’industrialisation
en Méditerranée
[10].
En Méditerranée plus qu’en aucun autre lieu, le temps vient
aussi nourrir l’espace. Depuis l’Antiquité, la Méditerranée a vu se sédimenter,
se transformer ou se renouveler les activités de commerce et de production. La
très longue durée alimente les imaginaires, par les récits et les signes
matériels, voire les liens intergénérationnels. De la fin du XVIIIe siècle aux
années 1860, les vestiges des activités minières antiques dans la péninsule
ibérique ou dans les Balkans sont plus souvent lus comme des appels à de
nouvelles exploitations que comme les symboles d’un passé définitivement
révolu
[11]. On le
sait, le négoce est plus utilisateur d’héritages maritimes qu’inventeur de
nouvelles routes : le trafic entre Marseille et les Échelles du Levant exprime
tout à la fois la stabilité des directions et le renouvellement des échanges.
Dans cet espace pourtant structurellement voué aux reconversions productives,
l’industrie connaît aussi des enracinements pluriséculaires de filières
techniques, savoir-faire et débouchés cumulant leur propre logique de
sédimentation. Cordoue et Marseille restent, aujourd’hui encore, associées
l’une au travail du cuir, l’autre à la fabrication des produits chimiques,
alors même que ces industries, vieilles de plusieurs siècles, ont connu de
nombreux renouvellements des procédés et des produits.
Espace et industrialisation en
Méditerranée : l’intérêt des ruptures
La longue durée fait plus qu’élargir l’éventail des
situations : elle invite à réfléchir, en termes structurels, à la liaison entre
caractéristiques de l’économie et traitement des espaces. En ce sens, les
périodes de rupture, dont on sait de surcroît l’apport documentaire, sont sans
doute plus riches d’enseignements que les grandes séquences de l’évolution des
activités industrielles et commerciales.
Précisément, le basculement de l’économie marchande de
l’époque moderne vers l’industrialisation contemporaine constitue l’un des
pôles d’intérêt majeurs de l’espace méditerranéen. La diversité des rythmes et
des modalités de ce passage selon les secteurs et les régions offre des
possibilités de comparaison très éclairantes sur le poids respectif de chaque
type de contrainte et d’acteur
[12].
Les inégalités chronologiques les plus manifestes sont celles
des dates-mêmes des processus d’industrialisation tout au long du XIXe siècle.
Si la Provence, l’Andalousie, la Catalogne, le royaume des Deux-Siciles et
l’Égypte sont touchés par le phénomène tôt dans le siècle, il faut attendre les
années 1860 pour que la côte ligure connaisse ses premiers succès, et les
années 1870-1880 pour que la ville du Pirée s’affiche comme le cœur industriel
de la Grèce. Les discordances des temps se retrouvent aussi dans la durée
nécessaire à la transformation des structures. La rapidité des changements qui
interviennent à Marseille et à Barcelone dans les années 1830-1840 tranche avec
la lenteur des transformations dans la grande majorité des régions italiennes
et dans le reste de la péninsule ibérique
[13].
Ces écarts dans les temporalités permettent d’étudier les
mêmes phénomènes économiques au sein d’environnements multiples. Le problème,
classique au point de donner lieu à des réflexions souvent redondantes, du
protectionnisme et du libre-échange, retrouve ainsi une nouvelle fraîcheur, à
la faveur de la confrontation d’expériences très diverses d’alternance des deux
situations, et surtout parce que la Méditerranée invite à l’insérer dans une
thématique plus large, celle de la frontière, pertinente sur la très longue
durée, et aux incidences fortes et originales : les jeux sur la frontière sont
partie intégrante des stratégies économiques.
Reste la question même de la rupture induite par le passage
vers l’industrie moderne : en quoi les stratégies spatiales sont-elles
réellement éclairantes ?
La réponse n’est pas dans leur existence même – le commerce
traditionnel savait déjà penser et gérer des espaces complexes – mais dans
l’apparition d’exigences nouvelles et de réponses spécifiques par rapport à la
période antérieure. Le négoce exigeait avant tout une information précoce et
sûre, un système de correspondants solides et fiables pour pratiquer avec
profit le trafic des grains ou le commerce atlantique
[14]. Les solutions consistaient le plus
souvent en une combinaison de correspondants locaux et d’utilisation de
ressources familiales, notamment de jeunes en cours de formation. Comme l’a
montré Charles Carrière, les plus grands négociants voyageaient très peu : le
réseau de correspondants suffisait à amener les affaires et à assurer la
sécurité des transactions
[15]. L’industrialisation ne fait pas disparaître les
besoins du négoce, mais elle y ajoute de nouvelles exigences. Certaines restent
de caractère commercial, comme l’utilisation et l’exploitation de nouvelles
matières premières ou l’application d’innovations dans le domaine des
transports.
D’autres, liées à l’implantation des activités productives,
impliquent de nouveaux rapports à l’espace, du fait de la diversification des
sites et parfois de la nature des activités. Ces exigences concernent
l’ensemble du processus décisionnel, depuis la définition de la stratégie
jusqu’à la gestion des nouvelles implantations. Le cas extrême est sans doute
celui des activités qui sont inscrites dans le cadre de concessions publiques
et à forts effectifs ouvriers, comme les concessions de services publics et
surtout de mines : le « démarchage » initial à l’égard de la puissance publique
doit s’accompagner d’une vigilance dans la longue durée. Les péripéties des
initiatives françaises en Grèce dans le Laurium, au cours des années 1860-1870,
illustrent les difficultés de ce type de situation. Il faut aussi installer une
unité productive, avec toutes les implications, techniques et humaines, de
l’opération. Ce dernier type d’exigence vaut pour toute implantation
industrielle, toujours confrontée à des problèmes d’insertion, dans un site et
dans un ensemble social, ainsi qu’à toutes les contraintes relevant de facteurs
technologiques ou de l’organisation du travail
[16]. Ces nouvelles formes de rapport à
l’espace ne peuvent être mises en place ou gérées dans le seul cadre des
pratiques traditionnelles du mandataire commercial ou du simple correspondant.
Elles entraînent de nouvelles responsabilités pour les entrepreneurs,
impliquant notamment des formes de présence soutenue sur le terrain des
opérations
[17].
TROIS APPROCHES
CONVERGENTES
Vaste et complexe, le problème des stratégies économiques et
des espaces en Méditerranée doit être abordé à partir de trois thèmes forts qui
constituent des angles d’attaque convergents : l’espace perçu par les agents
économiques, comme élément fondateur de décisions et de stratégies; l’espace
structuré et contrôlé par les activités entrepreneuriales; l’espace transformé
par des stratégies industrielles et commerciales lourdes d’implications
économiques mais aussi politiques et sociales. Articulés d’amont en aval, ces
trois éléments ne sont que des cadres de réflexion et ne constituent en rien
une segmentation de la problématique. Dans la conduite de ses travaux, le
chercheur doit réunir ces trois dimensions au sein d’une analyse générale qui
est la seule garantie de restitution de la richesse et de la complexité du lien
entre stratégies économiques et espaces.
L’espace perçu : genèse et
maturation de la prise de décision
Il s’agit d’abord d’inventorier les éléments qui permettent
aux agents de l’économie de penser l’espace et de comprendre comment ceux-ci
s’articulent, pour motiver et expliquer la prise de décision industrielle ou
commerciale. Les recherches doivent avoir pour but de proposer des grilles de
lecture de ces différents mécanismes, notamment dans les deux grands types de
résolutions que prennent les entrepreneurs dans la gestion de leurs affaires :
les anticipations qui inaugurent des cycles de durée très variable au sein
d’espaces qu’il reste à structurer et les adaptations qui procèdent de
modifications conjoncturelles ou structurelles s’opérant au sein d’ensembles
spatiaux déjà constitués. Les anticipations « fondatrices » constituent, de
loin, l’enjeu essentiel pour la réflexion sur l’espace, parce qu’elles posent
une question majeure : qu’est-ce qu’inventer l’espace ? S’agit-il d’effectuer
une projection originale, fondée sur une analyse prévisionnelle rationnelle des
différents paramètres, de transposer des modèles à partir d’autres espaces ou
d’autres époques, de mettre en œuvre des imaginaires par l’actualisation de
signes ?
Dans la réalité, les alternatives sont sans nul doute
beaucoup moins nettes, mais il n’en demeure pas moins que l’invention d’un
espace à venir s’exerce au sein de deux polarisations majeures dans
l’élaboration des représentations, d’une part entre le conservatisme et
l’inventivité, d’autre part entre le rationnel et l’incantatoire. L’espace est
un révélateur d’attitudes profondes à l’égard du futur.
Dans cette perspective, le croisement de l’espace et de
l’innovation est particulièrement éclairant, par la typologie, contrastée à
l’extrême, qu’il permet de dégager au sein des pratiques des industriels de la
Méditerranée.
L’espace peut servir d’abord à refuser ou à masquer le temps,
lorsqu’on lui fait jouer le rôle de
background figé au sein duquel les agents
économiques cherchent à minimiser les risques en se limitant à reproduire des
activités et des attitudes validées par la durée. À Marseille, entre la fin du
XVIIe siècle et les débuts de la monarchie de Juillet, l’indiennage et la
savonnerie conservent les mêmes caractéristiques techniques, parce que leur
positionnement sur des créneaux commerciaux spécifiques n’impose aucune
nécessité de modifier les structures et l’organisation de la production. Dans
d’autres cas, cette segmentation de l’espace peut avoir une fonction
d’incubateur d’initiatives fondatrices, liées à des spécificités locales.
L’invention du four à manche (
horno de gran
tiro), par un pharmacien de Carthagène pour traiter les carbonates
de plomb locaux, en 1846, est une réponse à un blocage qui ne peut être
surmonté par l’importation de procédés étrangers
[18]. L’espace segmenté peut aussi être
l’instrument d’une inscription dans la durée, en constituant le cadre de ces
renouvellements sectoriels cycliques, caractéristiques de plusieurs sites
méditerranéens : la meilleure illustration en est peut-être celle
d’Hermoupolis, capitale des Cyclades, qui, de 1850 au milieu du XXe siècle,
offre une palette d’industries étonnante par sa diversité et sa capacité de
recomposition
[19].
L’innovation en Méditerranée est aussi un lieu privilégié
d’analyse des stratégies de transfert, par introduction de productions ou de
pratiques commerciales déjà éprouvées dans un autre ensemble territorial et
surtout par adoption d’innovations. Ce dernier mouvement est moins unilatéral
qu’on ne le croit souvent. La Méditerranée est aussi espace « naisseur »
d’innovations.
Ainsi, l’Italie est au début du XVIIe siècle un des pôles de
référence en Europe occidentale dans l’industrie de la soie, au point de
susciter l’intérêt de nombreuses nations qui viennent y chercher techniciens et
équipement. L’entreprise de l’Anglais John Lombe, qui installe en 1717 près de
Derby un moulin à organsiner, avec des machines réalisées sur des plans
rapportés d’Italie, constitue un exemple des plus significatifs
[20]. Des sites peuvent en
venir à s’identifier à une technique. C’est le cas de Murano, dont les verriers
conservent pendant longtemps le secret de la fabrication des miroirs de grande
taille; c’est aussi celui de Marseille, à partir des années 1830, pour la
fabrication des presses hydrauliques de traitement des oléagineux
[21]. Les mouvements
s’exercent aussi très largement, et de plus en plus au cours du XIXe siècle, en
direction de la Méditerranée, mais deux observations s’imposent. Tout d’abord,
ils sont beaucoup moins signe de dépendance que d’appropriation dynamique :
ainsi, l’installation d’ingénieurs britanniques de premier plan s’inscrit dans
cette ambivalence de l’Espagne. Par ailleurs, les transferts d’innovations sont
beaucoup plus complexes qu’un simple courant d’importation de techniques
nouvelles envers un espace retardataire ou déprimé: les phénomènes
intra-méditerranéens jouent un rôle important, voire parfois de premier plan,
illustrant, au-delà des retards relatifs au sein d’un même ensemble,
l’élaboration de modèles et la mise en place de dynamiques régionales. L’espace
n’est donc pas neutre : il pèse sur les acteurs et il peut être subi ou
instrumentalisé par eux, de manière très inégalement heureuse mais toujours
significative, au service de conservatismes ou de volontés innovantes.
L’espace structuré: constructions
et jeux d’opportunité
L’industriel ne doit pas seulement inscrire sa stratégie dans
un espace, il doit aussi gérer celui-ci et parfois même le construire. Il
convient en effet de distinguer les opérations de création d’espaces
économiques de celles relevant de la gestion d’ensembles préalablement
structurés et déjà opérationnels. La réussite d’un projet industriel ou
commercial et son inscription dans la durée découlent fondamentalement de la
capacité des entrepreneurs à combiner, dans le même temps, la mise en place de
dynamiques internes à l’activité économique, et la maîtrise des contraintes de
l’environnement, liées à la conjoncture ou aux cadres mêmes de l’activité.
L’espace méditerranéen invite à une attention privilégiée dans trois
directions.
La première est celle des stratégies de frontières ou, plus
largement, de jeu sur des espaces de statuts différents. On peut observer,
selon les cas, une grande diversité de pratiques, d’ailleurs parfois associées
: acceptation de la règle du cadre économique national, combinaison d’espaces
d’échelles différenciées (le local, le régional, le national et le
supranational), jeux sur l’inégalité des espaces dans la conquête des marchés,
pratiques de contrebande, dont on sait qu’elles constituent souvent, de par
leur risque même, un moyen de dégager d’importants profits. L’inscription des
comportements dans cet éventail, qui pourrait sans nul doute être détaillé et
élargi, appelle un décryptage décisif pour la compréhension globale du projet
de l’entreprise.
La deuxième direction de réflexionconcerne les variables
productives, commerciales ou « environnementales », privilégiées par les
entrepreneurs : capitaux, main-d’œuvre, technologie, moyens de transport,
marchés et relations avec les institutions. Tout au long du XIXe siècle, les
industriels et les négociants cherchent souvent à se constituer en groupes de
pression auprès des pouvoirs publics, pour verrouiller ou contrôler un espace à
leur profit. Les industriels espagnols du textile et la sidérurgie ont su
obtenir une protection douanière pour se réserver le marché national. Cette
stratégie peut même prendre la forme d’une demande d’intervention militaire ou
d’occupation effective d’un territoire. Le cas de Marseille avec l’Algérie et
l’Ouest africain dans les années 1830-1840 est significatif de ce type de
pratiques
[22]. De ce
fait, l’analyse de la perception de l’espace et des projets dont il est porteur
est indissociable d’une étude des réseaux du pouvoir économique. Ce phénomène
prend une ampleur particulière lorsque l’entreprise opère au sein d’espaces de
statuts différents. Le recours à des réseaux politiques, familiaux, culturels
ou confessionnels est alors souvent le moyen le plus fréquent pour vaincre la
complexité d’un fonctionnement qui nécessite accommodations et adaptations face
à des nécessités difficilement compatibles et parfois diamétralement opposées.
On sait déjà le rôle déterminant de ces réseaux dans la maîtrise des marchés,
on le connaît moins pour l’acquisition et la diffusion des technologies alors
qu’il y est souvent déterminant. Les logiques de l’industrialisation de la
métallurgie amènent ainsi les entrepreneurs méditerranéens à activer des
réseaux de toute nature pour attirer des hommes porteurs de compétences
nord-européennes. La Catalogne, Marseille et Naples accueillent de nombreux
techniciens britanniques au cours des années 1820-1840 pour assurer la mise en
place de productions à forte valeur technologique comme la construction de
bateaux à vapeur, la fabrication des locomotives et le traitement des plombs
argentifères
[23]. Ces
réseaux ne sont pas uniquement organisés sur un axe qui relie Nord et Sud de
l’Europe. À l’intérieur même de la Méditerranée, les relations entre
entrepreneurs ont permis une diffusion de techniques industrielles de pointe.
L’apparition de l’indiennage à Barcelone en 1736 se fonde sur les liens du port
catalan avec Marseille
[24]. Dans les années 1860 et 1870, la création des mines
et fonderies modernes de plomb du Laurium doit beaucoup à un transfert de
technologie depuis la ville espagnole de Carthagène, ainsi d’ailleurs qu’au
transfert vers la Grèce de plusieurs centaines d’ouvriers espagnols
spécialisés
[25].
Reste enfin la question, fondamentale pour toute activité
productive, de la présence in situ
d’une vraie capacité de décision. Ce problème est plus important pour
l’industrie que pour la plantation, parce que le processus productif est
beaucoup plus porteur d’imprévus, demandeur d’adaptations ou de contacts
locaux. Surtout en l’absence de téléphone, l’ingénieur directeur n’est qu’une
solution partielle à ce problème, d’autant plus que les responsables
d’entreprise tiennent à bien marquer la différence entre la compétence
technique et la fonction stratégique. La panoplie des réponses apportées –
voyages, jeux de communication sur la présence, recherche d’autres soi-même au
sein de la famille, contrôle tatillon du directeur local par courrier ou
télégraphe – constituent une information précieuse, non seulement sur les
méthodes de gestion de la société et les pouvoirs au sein de celle-ci, mais
aussi sur les modalités d’intégration de l’espace dans l’ensemble de sa
stratégie. La prise en compte des enjeux spatiaux est lourde d’implications, y
compris hors de l’entreprise : la nécessité de la présence, l’intérêt de la
création d’un lien de familiarité avec les interlocuteurs extérieurs ne
sont-ils pas parmi les racines de la pérennité du caractère familial de la
gestion des entreprises – autochtones et parfois même étrangères – en
Méditerranée ?
L’espace transformé: une relation
réciproque
Le dernier thème de questionnement se situe en aval de
l’action des entrepreneurs : quelles sont les retombées des initiatives des
industriels et des commerçants sur les espaces eux-mêmes ? Comment des
dynamiques industrielles ou commerciales participent-elles à la structuration
d’un espace économique collectif, vécu par les populations et les cadres
institutionnels ? Ces questions appellent des déclinaisons plus concrètes,
comme celle-ci : quel impact faut-il attribuer aux initiatives
entrepreneuriales – de nature individuelle ou collective – dans les processus
de formation et de consolidation des États nationaux ? Sous le Premier Empire,
les industriels de la soude amorcent la pleine intégration de l’économie
marseillaise dans l’espace national français. Dès les années 1840, Marseille
n’est plus la « porte de l’Orient » pour son unique profit. Elle est désormais
l’un des liens économiques essentiels entre Europe du Nord-Ouest et
Méditerranée, la tête de pont de la France vers les espaces lointains.
Ces mêmes initiatives des entrepreneurs engendrent également
des flux de population aux niveaux intra- et extra-méditerranéens. Ces vagues
migratoires sont d’autant plus importantes qu’elles permettent de comprimer les
coûts salariaux. Marseille a excellé en ce domaine. Les entrepreneurs profitent
de la dynamique commerciale du port, d’un monde de correspondants disséminés
sur le pourtour méditerranéen depuis la fin du XVIIe siècle, pour activer les
flux migratoires nécessaires au développement des industries. Les vagues
d’ouvriers levantins, italiens et espagnols se succèdent pour venir étoffer des
secteurs aussi variés que la faïence, l’indiennage, la soierie, le raffinage du
sucre, l’industrie des oléagineux et celle des non-ferreux
[26].
Les initiatives économiques ne font pas que s’inscrire dans
un cadre territorial déterminé: elles influencent aussi celui-ci en provoquant
des modifications d’équilibre. L’influence réciproque est en fait permanente :
l’espace transforme les initiatives aussi bien dans leur forme que dans leur
dessein. Il contribue à remodeler constamment les horizons de la décision et
impose sa marque dans l’émergence de nouvelles stratégies et de nouvelles
initiatives. En fait, le chercheur ne doit pas analyser l’évolution de
l’entreprise seulement en termes de réponse à des évolutions externes : il doit
aussi s’attacher à décrypter les malentendus initiaux, les contraintes
internes, liées à la technique, aux facteurs de production ou à la gestion, qui
peuvent obliger à des révisions de perspectives, voire à des renoncements. Les
illusions initiales des entreprises belges établies dans les Asturies au cours
des années 1830 trouvent deux solutions très inégales, l’une très médiocre de
repli sur un marché houiller espagnol insignifiant, l’autre plus rémunératrice,
mais longue à se dessiner, de réorientation vers la filière du zinc
[27]. L’échec d’une
anticipation spatiale fondée sur l’application à la Méditerranée du modèle de
consommation de l’Europe du Nord trouve une issue dans une autre construction
spatiale : l’ancrage de l’Espagne à la demande urbaine de l’Europe du
Nord-Ouest. Cet exemple illustre aussi le fait que toute reconversion appelle
la mobilisation d’un nouvel environnement culturel et qu’elle ne va pas sans
lourdes difficultés : la création d’un espace ou de plusieurs espaces (puisque,
en l’occurrence, la société finit par créer un marché espagnol du zinc) a
besoin de temps.
L’espace et le temps peuvent se fortifier ou se détruire
réciproquement.
Au total, une réflexion sur les espaces perçus, organisés et
transformés par les entrepreneurs de l’industrie dans la Méditerranée des XIIIe
et XIXe siècles poursuit toujours un double objectif. Le premier est propre au
champ considéré: il s’agit d’abord de comprendre les modalités de constitution
de la représentation de l’espace par les acteurs de l’économie et de parvenir
si possible à la construction d’une typologie. En ce domaine, la Méditerranée
apporte multiplicité des formes et des articulations. Le second objectif est
d’approfondir, pour l’ensemble du processus décisionnel, la fonction et
l’impact d’un facteur essentiel et sous-estimé du dynamisme des activités
industrielles. L’enjeu est essentiel pour la Méditerranée : on ne peut
comprendre les logiques industrielles de la rive Sud de l’Europe sans intégrer
les stratégies spatiales de ses acteurs. L’espace au cœur de la décision : une
marginalité ou une anticipation méditerranéennes ?
[1]
Pour un résumé de l’évolution de l’intérêt des économistes pour
les mécanismes de la prise de décision : Christian SMIDT, « Les théories de la
décision et la théorie économique ».
Les Cahiers
Français, n° 280, mars-avril 1997, p. 49-58.
[2]
John VON NEUMAN, Oskar MORGENSTERN,
Theory of Games and Economic Behavior,
Princeton, Princeton University Press, 1944 et Maurice ALLAIS, « Fondements
d’une théorie positive des choix comportant un risque et critique des postulats
et axiomes de l’École américaine », dans
Économétrie.
Colloques internationaux du CNRS, Paris, vol.
40, 1953, p. 127-140.
[3]
Ce renouveau de la théorie des jeux est symbolisé par
l’attribution du prix Nobel à John Nash, John Harsanyi et Reinhard Selten en
1994.
[4]
Cf. notamment Fernand
BRAUDEL, « choix et stratégies capitalistes » dans
Civilisation matérielle, économie et capitalisme,
XVe-XVIIIe siècles, tome II :
les jeux
de l’échange, Paris, Armand Colin, 1979, p. 353-382.
[5]
Patrick VERLEY, « Histoire économique et théorie économique »,
in Robert BOYER, Yves SAILLARD (dir.),
Théorie de
la régulation. L’état des savoir, Paris, La Découverte, 1995, p.
523-526.
[6]
Le rapprochement entre la psychologie et l’économie s’est
surtout fait sur la question des limites du concept de
l’homo œconomicus. L’entrepreneur
n’est pas toujours rationnel, bien informé et calculateur : Christine ROLAND
-LÉVY, Philippe ADAIR (dir.),
Psychologie
économique. Théories et applications, Paris, Economica, 1998 et
Hervé LAROCHE, « Les décisions stratégiques ou la petite fabrique de la
stratégie d’entreprise »,
Sciences
Humaines, n° 2, mai-juin 1993, p. 20-23.
[7]
Ce point est particulièrement bien perçu par les historiens
modernistes : cf., voir par exemple Franco ANGIOLINI et Daniel ROCHE (dir.),
Cultures et formations négociantes dans l’Europe
moderne, Paris, Éditions de l’EHESS, 1995.
[8]
Sur l’importance des représentations spatiales : Marcel
RONCAYOLO,
Marseille : port, ville,
pôle, Marseille, Chambre de Commerce et d’Industrie de
Marseille-Provence, 1990.
[9]
Gérard CHASTAGNARET, « L’industrie en Méditerranée : une
histoire en construction »,
Méditerranée, n° 3-4, 1997, p. 7 et Jordi NADAL,
Jordi CATALAN (dir.),
La cara oculta de la
industrialización española. La modernización de los sectores no líderes (siglos
XIX y XX), Madrid, Alianza editorial, 1994.
[10]
P. VERLEY,
L’Échelle du monde.
Essai sur l’industrialisation de l’Occident, Paris, NRF-Gallimard,
1997, p. 80.
[11]
G. CHASTAGNARET, « El Mediterráneo, frontera minera de Europa
en el siglo XIX : de la busca del signo al acaparamiento del horizonte próximo
», in
Industrialización y crecimiento económico
en España, Homenaje al Profesor Jordi Nadal, Barcelone, 1999, p.
813-826.
[12]
Louis BERGERON (dir.),
La
croissance régionale dans l’Europe méditerranéenne, XVIIIe-XXe
siècles, Paris, Éditions de l’EHESS, 1992.
[13]
Xavier DAUMALIN et Marcel COURDURIÉ,
Vapeur et révolution industrielle à Marseille
(1831-1857), Marseille, Chambre de Commerce et d’Industrie de
Marseille-Provence, 1997; Olivier RAVEUX,
Marseille, ville des métaux et de la vapeur au XIXe
siècle, Paris, Éditions du CNRS, 1998 et « Marseille et Barcelone (
1831-1848): contrainte énergétique et industrialisation » in Robert BELOT,
Michel COTTE et Pierre LAMARD (dir.),
La
Technologie au risque de l’histoire, Paris, Berg
internatrional-UTBM, 2000, p. 43-50; Jordi NADAL, Jordi MALUQUER DE MOTES et
alii,
Historia economica de la Catalunya contemporània, segle XIX
: Indùstria, transports i finances, Barcelone, Enciclopèdia
Catalana, 1991, et
Catalunya, la fàbrica
d’Espanya. Un siglo de industrialización catalana, 1833-1936,
Barcelone, Ayuntamiento de Barcelona, 1985.
[14]
Gilbert BUTI, « Marseille au XVIIIe siècle : réseaux d’un port
mondial », in Michèle COLLIN (dir.),
Ville et
port. XVIIIe-XXe siècles, Paris, L’Harmattan, 1994, p.
209-222.
[15]
Charles CARRIÈRE,
Négociants
marseillais au XVIIIe siècle. Contribution à l’étude des économies
maritimes, Marseille, Institut Historique de Provence, 1973, 2
volumes.
[16]
B. L. ANDERSON, P. W. PILLING, « Spanish Entrepreneurs and
British Technology in Early XIXth Century Andalucia »,
Journal of European Economic History,
1990, vol. 19, 1, p. 35-72.
[17]
G. CHASTAGNARET, « La Méditerranée au temps de
l’industrialisation », in Thierry FABRE (dir.),
Rencontres d’Averroès. La Méditerranée, frontières et
passages, Arles, Actes Sud, 1999, p. 143.
[18]
G. CHASTAGNARET,
L’Espagne
puissance minière dans l’Europe du XIXe siècle, Madrid, Casa de
Velázquez, 2000.
[19]
Christine AGRIANTONI,
Les Débuts
de l’industrialisation en Grèce (les années 1870-1880), Thèse de
doctorat, université Paris X-Nanterre, 1984 et Christos HADZIIOSSIF,
La vieille lune. L’industrie en Grèce,
1830-1940, Athènes, 1993 (en grec).
[20]
P. VERLEY,
Entreprises et
entrepreneurs du XVIIIe siècle au début du XXe siècle, Paris,
Hachette, « Carré-Histoire », 1994, p. 21.
[21]
Ibidem, p. 22 et O.
RAVEUX,
Marseille…
op.
cit, p. 149-150.
[22]
X. DAUMALIN,
Marseille et l’Ouest
africain : l’outre-mer des industriels (1841-1956), Marseille,
Chambre de Commerce et d’Industrie de Marseille-Provence, 1992.
[23]
M. J. ALVAREZ PANTOJA, « Nathan Wetherell, un industrial inglès
en la Sevilla del antiguo régimen »,
Moneda y
Credito, n° 143, 1977, p. 133-186; O. RAVEUX, « El papel de los
técnicos ingleses en la industria metalúrgica y mecánica del norte del
Mediterráneo ( 1835-1875): una primera aproximación »,
Revista de Historia Industrial, n° 6,
1994-1995, p. 143-161;
Id., « Un
technicien britannique en Europe méridionale : Philip Taylor ( 1786-1870)»,
Histoire, Economie et Société, 2000,
n° 2, p. 253-266; Luigi DE ROSA,
Iniziativa e
capitale straniero nell’industria metalmeccanica del Mezzogiorno,
1840-1904, Naples, 1968.
[24]
James K. J. THOMSON,
A
Distinctive Industrialization : Cotton in Barcelona, 1728-1832,
Cambridge, Cambridge University Press, 1992, p. 74-75.
[25]
Christine AGRIANTONI,
op.
cit.
[26]
Renée LOPEZ et Émile TÉMIME,
Migrance. Histoire des migrations à Marseille,
t. 1 et 2, Marseille, Edisud, 1990.
[27]
Ces compagnies ont participé en fait d’une triple illusion, sur
la qualité de la houille asturienne, sur le développement des marchés espagnol
et méditerranéen, sur la possibilité de concurrencer la houille anglaise en
Méditerranée : G. CHASTAGNARET, « Une réussite dans l’exploitation des minerais
non ferreux espagnols au XIXe siècle : la Compagnie Royale Asturienne des Mines
», in
Aux origines du retard économique de
l’Espagne, XVIe-XIXe siècles, Paris, Éditions du CNRS, 1983, p.
81-113;
Id.,
L’Espagne, puissance minière,
o
p. cit.