2001
Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine
Les territoires de l’économie, XVe-XIXe
siècles
Marchands au long cours
Guerre et expansion commerciale : le rôle des Basques dans
l’empire espagnol au XVIe siècle
Jean-Philippe Priotti
Jean-Philippe PRIOTTI Centre de
Recherche d’Histoire Atlantique et Littorale Université du Littoral, 34,
Grande-rue, 62200 Boulogne-sur-mer
À Esteban Sánchez de
Tagle
On sait combien les guerres, avec la mobilisation de moyens
qu’elles impliquent pour les États, ont pesé sur les économies. S’agissant de
la crise que connaît l’Espagne à la fin du XVIe siècle, les historiens ont
souvent mis en cause, précisément, l’influence négative des politiques de
l’État castillan. Sans doute, la multiplication des embargos, des réquisitions
d’hommes et de navires, et surtout le souci croissant de s’assurer de rentrées
fiscales pour financer les guerres ont-ils freiné le développement économique.
Il semble pourtant qu’il faille nuancer ce tableau pessimiste, comme le montre
l’observatoire offert par les provinces et les élites basques espagnoles
[1].
En effet, la Reconquête, l’expansion militaire espagnole dans
le Nouveau Monde et la politique guerrière de Philippe II et de ses successeurs
stimulent et rendent performante l’économie basque, en favorisant l’essor de
ses chantiers navals et de son industrie d’armes. Qui plus est, des
entrepreneurs locaux recrutent, organisent et financent les forces armées.
Certains s’enrichissent et réussissent une ascension sociale sans
précédent
[2]. Par
ailleurs, l’organisation des territoires d’outre-Atlantique et leur défense
exigent de gros débours d’argent.
Les revenus de l’État castillan et les métaux précieux venus
d’Amérique ne suffisent pourtant pas à couvrir ces dépenses. Un recours
systématique à l’emprunt auprès des élites se met donc en place. Les hommes
d’affaires basques, guère distingués de leurs homologues espagnols,
apparaissent aux premiers rangs des prêteurs
[3].
L’analyse des relations entre l’État, ces entrepreneurs et leur
territoire permet de mesurer l’impact du politique sur l’organisation et les
orientations de l’économie basque, et de décrire les agissements du monarque en
tant qu’entrepreneur. Ces relations se nouent au cœur d’un des problèmes
cruciaux des règnes de Charles Quint, de Philippe II et de Philippe III : les
guerres et leur financement
[4]. Pour des raisons pratiques, seule sera abordée ici
la question des rapports entre conflits armés et économie.
PRODUCTION DE GUERRE ET ÉCONOMIE
LOCALE
Les provinces basques ont joué un rôle militaire important dans
la guerre de Cent Ans, fournissant navires, armes et prêts d’argent aux Anglais
et aux Français, ainsi que dans le processus de Reconquête et les conflits
européens de la première moitié duXVIe siècle
[5]. Deux faits se révèlent particulièrement dignes
d’intérêt. En premier lieu, à la faveur de la prise de contrôle d’une partie de
l’Andalousie, au XIIIe siècle, les Basques s’installent à Séville. Ensuite,
lors des luttes de succession à la Couronne opposant Ferdinand d’Aragon et
Isabelle de Castille à Henri IV, les Biscayens se rangent finalement du côté
des futurs monarques
[6].
À cette époque, les chantiers navals du Nord jouissent d’une excellente
réputation et les Rois Catholiques n’hésitent pas à recourir à eux en maintes
occasions. Les Basques n’en continuent pas moins à exporter des armes et à
rendre des services de guerre aux Anglais
[7] et même aux autres ennemis de l’Espagne. Établis à
Séville et alliés du pouvoir, Biscayens et Guipuzcoans prennent logiquement
part aux entreprises de découverte, puis à la conquête de l’Amérique
[8]. Ces activités guerrières se
combinent avec un essor maritime et commercial de première ampleur
[9]. Entre les pays du Nord-ouest
européen et l’Italie, autrement dit entre deux des grands pôles de l’activité
économique européenne, les navires ne cessent de naviguer et les marchands
basques de faire commerce. Dès lors, au début du XVIe siècle, les chantiers
navals de Biscaye, localisés en bonne proportion le long de la
ría bilbaína, alignent une flotte de
300 à 500 unités et convertissent la province en première puissance maritime
des royaumes d’Espagne de l’époque
[10].
Pendant cette période, le roi loue le plus souvent les services
des bateaux et des soldats basques
[11]. De multiples réclamations de salaires jalonnent
d’ailleurs les années 1520-1550/1560. Au cours de la seconde moitié du siècle,
la trace de ces documents s’estompe sans disparaître, au moment où l’importance
des commandes royales de navires et d’armes grandit. Figurant parmi les
principaux centres producteurs, les chantiers navals de la zone nord
(Cantabrie, Biscaye et Guipúzcoa)
[12] sont sollicités, d’autant plus qu’à partir des
années 1580, l’Atlantique devient le principal théâtre de la guerre. La
multiplication des conflits fait prendre conscience au monarque de l’urgence de
créer une flotte de guerre propre. C’est un des facteurs de l’augmentation
rapide des dépenses liées aux conflits. Ces changements coïncident avec
l’accession au trône de Philippe II qui s’attache notamment à doter l’Espagne
d’une bureaucratie centralisée. Ses ministres s’efforcent d’établir le contrôle
sur la politique et l’économie de guerre
[13]. En ne considérant que l’intervalle 1578-1594,
l’argent consacré aux forces militaires armées aurait triplé
[14], car il faut combattre
l’ennemi en Europe, assurer la cohésion et la sauvegarde de l’empire, et
alimenter la
Carrera de Indias en
unités nouvelles de transport et de défense.
Ne serait-ce qu’en raison de la multiplication des conflits sur
mer, il ne semble pas que l’industrie navale espagnole ait pu fortement
décliner dans le dernier quart du XVIe siècle (voir annexe n° 1). Entre 1588 et
1623, au moins 242 navires sont construits pour le compte du roi d’Espagne et
la part des fabrications basques est de 55% environ ( 133)
[15]. Cela donne une idée claire du degré de
dépendance du roi vis-à-vis des chantiers navals basques. Mais ces navires sont
de capacité inégale. Pour ce qui est des galions, de loin les plus gros navires
et les plus représentés dans notre tableau, la proportion atteint près de 60%.
Un facteur géographique renforce cette prépondérance : près du quart des
effectifs des gros tonnages provient de chantiers navals situés hors de la
Péninsule (Naples, Raguse, Danemark, Écosse) et des étrangers dirigent d’autres
constructions en Galice, des Flamands en particulier. Si l’on rapproche ce
constat de la volonté du monarque de privilégier les péninsulaires, on comprend
aisément sa collaboration longue et continue avec le Pays Basque, et les
faveurs accordées à ses élites, d’autant mieux que les provinces maritimes du
Nord fournissent au souverain de grandes quantités d’armes, d’argent et de
soldats
[16].
L’industrie navale a un effet multiplicateur, car il faut armer
les navires, puis les avitailler. Pour mieux comprendre la portée économique de
ces constructions, faisons quelques pas, à Bilbao même, au cœur des préparatifs
tandis qu’une flotte s’organise à Santander, en Cantabrie
[17]. Nous sommes en 1574. Tout le Pays
Basque est mis à contribution. En premier lieu, les marchands de Bilbao sont
sollicités : San Pedro de Arbieto et Juan de Landecho ont reçu 3000 ducats
d’avance pour la fabrication de 75 zabres, dont 40 jaugeant 35 à 40 tonneaux;
Pedro de Goiri, de Bilbao, Antón et Juan de Herquiñigo, de Lezama, 4000 ducats
pour l’artillerie (notamment bombardes et faucons). Ensuite, tout un monde de
fabricants d’arbalètes de Durango, Balmaseda et Bilbao, de lances (Bilbao), de
mousquets (Placencia), et de forgerons de fer de piques d’Ermua et Bilbao
surgissent en masse à cette occasion
[18]. Ces forces armées mobilisent d’importants capitaux
: il est question de 42000 ducats en mai avec une rallonge de 10000 ducats deux
mois plus tard
[19].
Bien entendu, ces montants ne représentent que des avances, des fractions des
sommes totales que le roi engage au cours d’une année pour la défense de son
empire. En 1625, 6 galions ainsi que 40 pinasses les années suivantes sont
préparés dans la
ría de Bilbao. Pour
ces bateaux « prêts à naviguer », la Couronne doit débourser plus de 100000
ducats, sans compter les frais d’équipages et de l’artillerie
[20].
Quelques données supplémentaires rendent compte de l’importance
et surtout de la diversité des préparatifs que réclament la construction et
l’avitaillement d’une flotte. La Couronne fait apprêter les agrès en Pays
Basque, même pour les navires construits sur la côte asturienne
[21]. De plus, au moins au
début du siècle, Bilbao représente l’endroit traditionnel de
l’approvisionnement en poudre
[22]. Les provisions de bouche font aussi partie des
préoccupations des officiers royaux. À cette occasion, de grandes quantités de
biscuits, de poissons séchés et salés, de cidre ou de vin apparaissent dans les
actes notariés
[23]. Ne
limitons pas ces commandes à l’espace biscayen et à la seule année 1574, car
elles jalonnent le XVIe siècle, continuent au XVIIe et affectent l’ensemble du
Pays Basque espagnol (voir annexes n° 1 et 2).
Quelles sont les répercussions économiques profondes de ces
fabrications ? Tout d’abord, en période de guerre, quand le commerce subit un
dérèglement notable, ces rentrées d’argent sont autant de ballons d’oxygène
pour l’économie basque. Les activités locales trouvent dans ces fabrications un
remède contre une conjoncture globalement défavorable. À la fin du XVIe siècle,
le commerce s’est ralenti et une meilleure compétitivité de la métallurgie
étrangère nuit aux performances de la première des productions basques. Le
fonctionnement des industries locales liées à la construction navale et à
l’avitaillement des navires enrichit une large part de la population, jusqu’aux
groupes les plus humbles, de la ville comme de la campagne. Non seulement les
contrats signés avec le roi stimulent la production, mais le marché en tire
bénéfice, surtout à Bilbao, grand centre d’importation de la côte nord. Les
artisans ne tardent pas employer le montant des avances payées par les
officiers royaux. Qu’un cordonnier ou un propriétaire de pommeraies vende le
fruit de son labeur, et le voilà le jour même ou quelque temps plus tard
dépensant son argent en achats de blé, de tissus, de cire ou d’autres articles.
Les échanges sur la place bilbanaise se nourrissent des plus belles pièces de
monnaie de la bourse des paysans, pêcheurs, muletiers et des artisans venus des
alentours ou des faubourgs de la ville pour vanter le produit de leur
savoir-faire aux agents du roi et en tirer bon prix. À la fin du XVIe siècle et
surtout au début du siècle suivant, à une époque où les échanges ont perdu de
leur vigueur, la consommation de toute la province sauve comme elle peut le
marché de Bilbao d’un étiolement absolu
[24].
Du point de vue de l’organisation économique des deux provinces
maritimes basques (Biscaye et Guipúzcoa), quels sont les effets des commandes
royales ? Grâce à leur caractère massif et répété, les ports de commerce, tel
que Bilbao, Deva ou San Sebastián raffermissent leurs relations avec
l’arrière-pays.
En somme, ces productions « disciplinent » l’espace en donnant
une logique commerciale à son organisation. Ainsi, les fabrications exécutées
sur ordre du roi contribuent à la mise en place d’un système de relations. Les
commandes royales ne le créent pas, mais lui donnent force. Prenons l’exemple
de la Biscaye et de ses relations avec l’
hinterland
[25]. Le bois de l’intérieur de la province sert de
matériau de base pour la construction des navires. Le besoin de cette matière
première, du fer et de ses dérivés (clous, armes, etc.) pour les chantiers
navals, du chanvre pour les gréements, parachèvent la rencontre des produits de
l’économie portuaire et ceux de l’économie « terrestre », dont les échanges
sont dictés par une spécialisation « naturelle », une hétérogénéité
cohérente
. En Biscaye, Bilbao est
promu au poste principal pour plusieurs raisons. Son port et les chantiers
navals de sa
ría contrôlent le gros de
la fabrication de navires dans la province et constituent à ce titre
l’aboutissement du bois et du fer venus de l’intérieur. En sens inverse, la
ville est le principal centre de redistribution du produit des pêches côtières
et hauturières. De même, elle représente l’une des principales portes d’entrée
pour les grains en provenance de l’Andalousie et de l’étranger dont la province
du Nord a tant besoin. Ces deux denrées nourrissent l’arrière-pays. Pour les
exportations de fer, une fois encore, les marchands de l’intérieur de la
Biscaye
[26] font
largement appel au port du Nervión.
L’industrie des armes portables, autre production basque de
première importance pour le souverain, permet d’approfondir le débat. En
Espagne, les artisans de Biscaye et de Guipúzcoa font figure de spécialistes,
et partant de fournisseurs assidus de l’Espagne du Siècle d’Or. Au moins durant
la première moitié du XVIe siècle, le contrôle royal sur la puissance de feu ne
s’étend pas aux armes portables fabriquées en Guipúzcoa et Biscaye
[27], si bien que les Basques
n’hésitent pas à écouler leur production en Angleterre ou en Afrique du Nord.
Comme pour la construction navale, le contrôle sur ce type de production se
renforce sous Philippe II.
Les quantités fabriquées et les courts délais observés
favorisent la relative spécialisation des différentes unités urbaines dans
l’élaboration de tel ou tel type de produits, production acheminée par la suite
vers les grands centres collecteurs. En Biscaye, la production de piques et de
lances a lieu à Bilbao, mais surtout à Elorrio
[28], celle d’arbalètes à Durango, Balmaseda
et Bilbao, tandis que le Guipúzcoa confectionne des armes à feu portables à
Placencia et des armes blanches dans la zone de Tolosa et d’Oñate
[29]. N’allons pas trop vite
en besogne, car cette répartition des productions n’est pas aussi strictement
localisée. En 1569, en Biscaye, une main-d’œuvre nombreuse est réquisitionnée
pour fabriquer 12000 mousquets et 5000 arquebuses
[30]. L’année suivante, Hernando de Aguirre,
employé du roi, affrète une embarcation à Pedro de Barcena afin de transporter
de Portugalete (avant-port de Bilbao) à Deva 136 caisses contenant 1800
arquebuses pour les envoyer par la suite au duc d’Albe
[31]. En Guipúzcoa, Placencia ne possède pas
le monopole de fait de la confection des armes à feu, car Elgoibar, Mondragón
ou Vergara en fabriquent également. Quoi qu’il en soit, les centres producteurs
d’armes blanches sont plus nombreux, car ces fabrications requièrent moins de
dextérité et de moyens techniques. À côté des centres de fabrication d’armes à
feu déjà cités qui confectionnent aussi lances et piques, Tolosa, Eibar, Oñate
et San Sebastián, et tous les groupements humains d’un peu d’importance
produisent également des armes blanches. Plus la production est concentrée et
plus le degré de technicité a de chance d’être élevé
[32].
Plusieurs facteurs donnent corps à ces centres de fabrication
et tendent à les regrouper. Tout d’abord, en Guipúzcoa, il existe deux
manufactures royales d’armes (
casas reales de
armería): à Placencia et à Tolosa. À l’évidence, même s’ils ne
travaillent pas tous au même endroit, les fabricants d’armes doivent se
regrouper et s’unir en corporations pour assurer une certaine qualité et
respecter les délais. Et surtout, à l’intérieur de la province, les armes
prennent des itinéraires précis et sont acheminées jusqu’à des places
déterminées. Grâce à la fabrication et à la commercialisation d’armes, les
villes du Guipúzcoa maintiennent de forts liens entre elles ainsi qu’avec
d’autres villes de Biscaye. Cependant, si l’on en croit Ian Thompson, cette
industrie demeurerait éclatée en petites unités de production à cause de la
politique gouvernementale, car les officiers royaux veillent à ce qu’aucun
contrat ne soit signé avec des marchands ou avec quiconque n’étant pas artisan.
En 1586, un contrôleur royal affirme que nombre de ces fabricants sont « pobres
y perdidos » et que les maîtres-artisans ne peuvent assurer la fabrication d’un
seul mousquet. De plus, ils demeurent dépendants du paiement de leur travail
pour acheter de nouvelles matières premières et ne pas mourir de faim
[33]. Les affirmations du
veedor contrastent avec les chiffres
de production que nous possédons pour la même année. En effet, Hieronimo
Lippomano, l’ambassadeur vénitien en Espagne, dans une lettre adressée au doge
et au sénat de la sérénissime précise : « The ships which have reached Lisbon
from Bilbao, and have joined the fleet of the Marquis of Santa Cruz, have on
board five thousand troops, twelve thousand pikes, twelve thousand
harquebusses, and two thousand muskets »
[34]. Thompson lui-même concède qu’à la fin du siècle,
dans les royaumes d’Espagne, la seule industrie d’armes capable de répondre à
la demande royale est celle de Biscaye et du Guipúzcoa. En 1586, les deux
provinces peuvent fabriquer 20000 arquebuses et 3000 mousquets par an, en plus
du nombre de piques dont on aura besoin
[35]. D’autres informations démentent les propos du
veedor. À Placencia, en Guipúzcoa, la
production moyenne annuelle d’armes (piques, lances, mousquets et arquebuses)
élaborée pour le compte du roi triple entre 1568-74 et 1629-41, et la part des
armes à feu y gagne en importance
[36]. Des retombées financières s’ensuivent :
entre 1580 et 1606, les fonds destinés aux manufactures d’armes
quadruplent et passent de 40000 à 166000 ducats par an
[37]. Pourquoi de telles différences
d’appréciation ? Répondre à cette question revient à s’interroger sur
l’identité des officiers royaux. Leurs liens avec le milieu des affaires sont
avérés, soit parce qu’ils sont eux-mêmes des entrepreneurs locaux, soit parce
que des marchands les secondent pour accomplir leur tâche. En effet, les
représentants de l’État utilisent le concours et la complicité de marchands
puissants pour stocker la production et tenir la bride courte aux fabricants.
En Biscaye, en 1574, les contrats sont signés avec quatre personnes distinctes
au moins (annexe 2). En Guipúzcoa, Juan Pérez de Alzola, riche marchand, est
chargé de l’administration des armes et des munitions fabriquées en Biscaye et
en Guipúzcoa. À l’occasion d’un procès, l’une de ses connaissances, le marchand
d’Eibar, Andrés de Urquizu, affirme avoir porté en maintes occasions des
munitions et des armes pour le compte du roi à l’entrepôt de Juan Pérez
[38]. Qui peut, mieux que les
marchands, fournir la matière première (contrôle du commerce du fer, possession
de frênaies), faire des avances d’argent et acheminer les marchandises ? Ils
demeurent les partenaires indispensables des
veedores.
La politique royale n’a pu faire fi de la complicité des
entrepreneurs locaux.
Elle n’a sans doute pas modifié substantiellement
l’organisation de la production, si ce n’est en la rendant plus rationnelle et
efficace. Malgré les interdictions, les marchands continuent à s’immiscer dans
le secteur manufacturier des armes. Ainsi, les commentaires du
veedor ne doivent pas être pris au
pied de la lettre. Certes, la fabrication est surveillée, mais les liens entre
la population, les intérêts locaux et les officiers royaux s’en trouvent
raffermis.
PRODUCTION DE GUERRE ET EXPANSION
COMMERCIALE
Mesurer les effets des commandes royales sur l’industrie locale
et jusqu’à un certain point sur l’agriculture du Pays Basque, reste
insuffisant. Pour bien appréhender leur portée, il faut les envisager du point
de vue commercial. Au début du XVIe siècle, l’on fait voyager du blé et du vin
d’Andalousie jusqu’au Nord de la péninsule pour le ravitaillement des armées
organisées en Guipúzcoa. En 1588, année de l’invincible
armada, le roi commande auprès de
Martín de Aguirre, marchand de Bilbao, 2000 pièces d’« olonnes » de Pouldavid
(Bretagne), pour un montant total de 160000 réaux
[39]. À Burgos, en 1590, la population se
consacre exclusivement à la fabrication de poudre et au stockage du blé pour
les envoyer à Bilbao et Santander
[40]. L’organisation des armées joue en tant que facteur
de cohésion entre les différents ports de la Péninsule, et entre les centres
maritimes et ceux de l’intérieur. Les déplacements des acteurs de l’intérieur
jusqu’aux lieux de concentration des flux de marchandises leur offrent la
possibilité d’y trouver des clients autres que les agents du roi pour écouler
leur production. En avril 1573, à Bilbao, Juan Martínez de Esteibar, habitant
d’Elorrio, vend 20 arquebuses au Portugais Patricio Machado
[41]. Il s’opère en
conséquence autour des préparatifs de guerre une extension des réseaux
d’approvisionnement et de distribution des productions locales. N’exagérons pas
la portée des commandes royales dans ce domaine, car le commerce suppose de
semblables déplacements d’hommes et de marchandises. Certes, les Portugais se
rendent d’autant plus facilement à Bilbao qu’ils y trouvent des armes, mais le
fonds de leur commerce avec les entrepreneurs de la ville et de ses environs
demeure le fer. De même, lorsque le roi charge Martín de Aguirre de l’achat
d’une grande quantité d’olonnes, il sait fort bien que Bilbao maintient des
rapports privilégiés avec Nantes, grande voie d’exportation de ces toiles à
l’époque. Ces cas de figure montrent comment le roi utilise les réseaux
commerciaux des marchands basques pour les besoins de la guerre. C’est à
travers leur présence et celle des Castillans dans les grands centres de
commerce européens (Anvers, Londres, Rouen, Nantes) que le monarque trouve tout
ce dont il ne dispose pas en Espagne pour apprêter ses flottes. Les liens
commerciaux des Basques à l’étranger leur valent d’agir comme agents royaux
dans les domaines les plus divers :
approvisionnements de matériel de guerre, espionnage,
diplomatie, commandements militaires, trésorerie et transferts
monétaires
[42].
Mais pour bien comprendre l’importance de la relation entre
commerce et guerre, il faut revenir au moment où se développe l’économie
maritime basque. Durant la Reconquête et son prolongement (la conquête),
l’expédition de matériels de guerre, l’envoi de soldats et de navires à Séville
et en Amérique, suivent une logique différente et ne connaissent pas les mêmes
répercussions, car ils préexistent au développement commercial entre les
régions. Avant que les Chrétiens ne reprennent le contrôle de al-Andalus, le
commerce des ports d’Andalousie s’effectue surtout avec la Méditerranée
[43]. Lorsque les forces
navales et militaires du Nord de l’Espagne s’emparent de Séville en 1248, les
Basques et les Castillans profitent alors du vide commercial créé par le départ
des Musulmans, d’autant plus que l’expansion catalanoaragonaise en Méditerranée
leur laisse, dans une certaine mesure, le champ libre côté atlantique. Les
armes et les navires de la Reconquête ouvrent alors les premiers grands axes
commerciaux avec le Sud des royaumes d’Espagne.
Les marins, les soldats et les marchands du Pays Basque,
parfois une seule et même personne, en profitent pleinement, car l’économie
maritime basque possède de nombreux atouts. Sa diversité (industrie du fer et
des armes, pêche, construction navale) lui vaut d’entretenir un commerce
régulier avec le Nord-Ouest européen. De même, des exportations de fer, d’armes
et autres objets métalliques, partent du Nord de l’Espagne pour rejoindre les
rives du Guadalquivir. Cette liaison se renforce au XVe siècle et se double de
la réexportation de produits venus de France, d’Angleterre et des Pays-Bas vers
l’Andalousie qui transitent souvent par Bilbao
[44]. Par ailleurs, les Italiens, surtout
les Génois, que les Basques ont rencontrés à Séville, font appel à leur
capacité de transport, tout comme les Castillans dont les exportations de laine
à partir des ports du Nord gagnent l’Europe entière. Grâce à leur potentiel
économique et aux services rendus au roi en périodes de guerre, les Basques
sont, dès le début d’une navigation transcontinentale régulière, nommés aux
postes de contrôle de la
Casa de
Contratación de Séville.
Leur établissement précoce en Andalousie grâce à l’économie
guerrière, l’extension du commerce qui en découle, la fréquentation assidue des
côtes méditerranéennes, et l’alliance avec les Rois Catholiques préparent leur
succès en Amérique. En effet, la conquête commerciale et militaire du Nouveau
Monde s’organise à partir d’une forte composante de matériels de guerre et de
transport basques. Jusqu’en 1570-1580, 80% au moins de l’armement de la
Carrera provient de la côte
basco-cantabrique
[45].
Il faut comprendre cette primauté comme le double résultat de chantiers navals
en plein essor et de services prêtés au roi pendant les guerres. Dès lors les
Basques, aidés des Castillans, se trouvent à la tête de l’expansion militaire
en Amérique, contrôlant une bonne partie des moyens de transport, de la
production d’armes et autres objets métalliques nécessaires à tous types de
constructions. D’ailleurs avant 1503, les expéditions au Nouveau Monde «
doivent être considérées comme des armements militaires ou politiques de la
Couronne (les navires et les cargaisons sont à son compte et elle en assume les
risques); les particuliers n’ont point de part dans ce commerce que les Rois
Catholiques se sont réservés »
[46]. En terre américaine, les voies ouvertes grâce au
trafic d’armes, au transport de soldats et de chevaux inaugurent les relations
commerciales terrestres et maritimes. Depuis le début du XVIe siècle, les
chargements provenant de Séville font état du commerce de divers articles de
guerre d’origine basque, notamment d’épées et de poignards fabriqués en
Biscaye, mais aussi de fer, de haches et de pioches nécessaires non seulement à
la conquête mais à la mise en culture des nouvelles terres
[47]. De même, les premières communications
entre les deux vice-royautés américaines prennent la forme d’exportations de
guerriers, d’armes et de chevaux
[48].
Comme en terre espagnole, l’économie guerrière dont les Basques
se nourrissent pour étendre la géographie de leur commerce ne meurt pas avec la
fin de l’ère des conquêtes, car au nord comme au sud de l’immense empire
espagnol, la guerre soutient l’économie
[49]. Sur les marches de l’empire, les Espagnols du Chili
luttent contre les indigènes araucans. Sans l’engagement financier de l’État et
l’envoi de troupes, il ne serait pas possible de maintenir la présence
espagnole au Chili. Longtemps après la fin de l’ère de conquête, à partir de
1600, le roi décide d’une subvention annuelle de 60000 ducats, augmentée à
212000 ducats, pour le maintien d’une armée permanente de 2000 hommes. Au XVIIe
siècle, la guerre est la condition d’existence du Chili et le fondement de son
économie
[50].
S’il est certain qu’en Amérique les déplacements de matériels
de guerre inaugurent les itinéraires commerciaux
[51], il reste à savoir dans quelle mesure
les marchands d’armes basques et les navigateurs ont participé à leur mise en
place. De quelque côté que l’on se dirige, des Basques voyagent et font la
guerre : aux côtés de Cortés en allant vers le sud du Mexique actuel, avec Nuño
de Guzmán vers le nord
[52]. Ils organisent également des expéditions maritimes
: Vizcaíno part à la recherche de perles en Californie tandis que López de
Legazpi et Urdaneta conquièrent les Philippines. Toutefois, le financement de
ces guerres n’est pas seulement privé comme on l’a souvent répété.
Le roi participe aux découvertes. À la fin du XVIe siècle,
Vizcaíno obtient de la Couronne la moitié de la valeur d’un navire avec 50
mousquets et arquebuses, 8 à 10 pièces d’artillerie légère, poudre et
munitions
[53]. Quoi
qu’il en soit, dans les listes de Basques arrivés aux Indes, ceux qui
proviennent des hauts lieux de fabrication d’armes et de navires sont
majoritaires
[54]. Ils
apparaissent comme charpentiers, tailleurs de pierres, marins, marchands,
capitaines de navires. En terre basque, les préparatifs et les constructions
liés à leur économie guerrière et commerciale les ont rompus à coopérer. Une
situation similaire se retrouve en Amérique. En Nouvelle-Espagne, à l’occasion
des expéditions de Legazpi et Urdaneta aux Philippines, un chantier naval est
installé à La Navidad
[55]. À cette occasion, Rodrigo de Ateguren est nommé
trésorierpayeur des travaux et le capitaine Martín de Goiti responsable de la
qualité des armes et des munitions. Deux compagnies de soldats sont recrutées :
parmi les officiers, l’
alférez mayor
se nomme Andrés de Ibarra. Quant aux capitaines des quatre navires, un certain
Martín de Ibarra, originaire de Bilbao, est maître de la
capitana « San Pedro ». Comme si cela
était peu, six charpentiers sur neuf, 18 marins sur 60 proviennent également du
Pays Basque (voir annexe n° 3).
Partout où leur présence est requise, les hommes de guerre
basques (navigateurs, soldats, hommes d’affaires) ont accompagné le mouvement
des armes, d’autant que leur puissance financière complète utilement l’éventail
des services offerts. À eux seuls, ils forment une armée complète, terrestre
comme maritime, prête à lutter, avec des moyens de transport et de transferts
monétaires, une puissance de feu, des hommes et de l’argent. Nul autre royaume
d’Espagne n’est capable d’aligner autant de qualités militaires et commerciales
à la fois. La guerre a fait des Basques les champions de l’État castillan.
Ainsi, le facteur de Cortés au Pérou est un certain Alonso de Zamudio, dont des
familiers se trouvent à Bilbao. Un autre Basque, en la personne de Sancho Ortiz
de Urrutia prête également de l’argent à Diego de Ordás, le compagnon d’Hernán
Cortés
[56]. Au début
des années 1520, Francisco de Orduña est secrétaire personnel de Cortés et il
obtient les années suivantes les charges de notaire royal et celle de
regidor de Mexico
[57]. Ces hommes sont étroitement liés aux
conquistadores
[58] ainsi qu’aux gros marchands basques de
Séville et du Pays Basque, les Matienzo, les López de Recalde, les Ochandiano,
les Zamudio. D’ailleurs, des 111 marchands qui traversent l’Atlantique entre
1519 et 1539, 20 sont basques, ce qui montre un intérêt pour le commerce
supérieur à la moyenne des autres provinces espagnoles pour quelque activité
que ce soit
[59].
Rallions Lima où d’autres Basques, à l’image de Jerónimo de
Zurbano, d’origine biscayenne, effectuent des expéditions de matériel de fonte,
tout en alternant commerce et guerre contre les Pizarro. Juan de Zabala, Andrés
de Areilza et San Pedro de Urista, ses compatriotes, défendent pour leur part
la cause de Hernando Pizarro et lui fournissent marchandises et armes. Mais
certains, comme Andrés Areilza, profitent tout simplement de la guerre et au
besoin changent de camp : en 1545, il met à la disposition du vice-roi Blasco
Nuñez Vela un de ses navires.
Pendant ce temps, Zurbano, en vertu des services rendus,
obtient le titre de capitaine de la
armada de
guarda de Lima. Vingt ans plus tard, il en est
regidor
[60]. D’autres exemples mènent aux mêmes
conclusions : les Basques financent la guerre, la font et possèdent une grande
habileté à se nourrir des luttes entre factions. Pour nous en convaincre,
suivons le parcours de Juan de la Reinaga
[61]. Né à Bilbao en 1509, il s’embarque en 1535 pour le
Pérou et prête main forte à Francisco Pizarro, dépensant plus de 8000 pesos en
chevaux, armes et esclaves.
Des années plus tard, il abandonne la cause pizarriste et passe
du côté du roi. En son nom, il dépense de nouveau beaucoup d’argent en armes,
chevaux et esclaves. En parallèle, il participe à de grandes affaires
commerciales, et en 1570, il est alcalde ordinaire de Lima.
En utilisant la force armée des Basques, les souverains ont
amorcé leur essor commercial en Andalousie et la conquête d’une bonne part des
richesses du Nouveau Monde. Leurs compétences commerciales et leur expérience
minière ont resserré ces liens entre monarchie et Pays Basque. En Europe, lors
de la révolte des Pays-Bas par exemple, des réseaux commerciaux castillans et
basques étant déjà en place, le monarque a beau jeu de s’en servir. La guerre
et ses nécessités fondent dans un même moule fonction commerciale et fonction
guerrière. La figure du marchand-guerrier est née. La détention d’armes protège
les activités mercantiles. En Nouvelle-Espagne, au début du XVIIe siècle, 112
marchands basques de Puebla s’unissent à d’autres riches habitants pour
proposer une offre « basque » d’aide militaire à l’audience de Mexico à un
moment où l’on craint une insurrection de la population noire
[62]. Par ailleurs, et même
s’il s’agit d’une force plus symbolique que réelle, les Basques de la capitale
de la vice-royauté, disposent d’un détachement propre dans la milice.
Ces exemples montrent leur volonté de former un corps
indépendant dans le domaine militaire comme dans celui de la milice. À la même
époque, à Potosí où ils règnent en maîtres, les Basques affrontent et tiennent
en respect toutes les autres « nations » réunies. Lors de la première
réconciliation, les « Castillans » demandent comme preuve de leur bonne foi, de
remettre aux officiers royaux la grande quantité d’arquebuses et de lances
entreposées chez un certain Oyanume
[63]. La possession d’un tel arsenal est bien la
préoccupation fondamentale des non-Basques. Elle montre aussi l’organisation du
clan basque et la contrainte dans laquelle se trouvent les autres habitants de
se soumettre à la loi du plus fort. Comment expliquer que les Basques aient
maintenu leur hégémonie à Potosí sans l’autorité de leur argent et de leur
force armée ?
Compte tenu de l’importance des Basques dans le processus de
formation de la monarchie, de la conquête et de la défense de l’empire
espagnol, le roi a su se montrer obligeant. Du début du XIVe siècle, au moins
au XVIIe siècle, les souverains n’ont eu de cesse d’octroyer ou de réaffirmer
des prérogatives économiques et sociales pour se ménager les services de leurs
précieux alliés :
exemptions fiscales, exclusivité commerciale sur les produits
manufacturés de leurs forges, subventions pour la fabrication de navires et
conservation de la primauté de la flotte basque dans le commerce américain,
confirmation de la création d’un consulat de commerce à Bilbao en 1511
[64]. Tout le potentiel
économique du Pays Basque est ainsi soutenu et protégé.
Dans le domaine politique, certaines provinces du Pays Basque
pratiquent une sorte de
self-government
[65]. Le roi n’est que seigneur de Biscaye et,
malgré la présence d’un
corregidor
(agent du roi) dans les plus importantes villes basques, et celle,
intermittente, d’un
juez de sacas qui
contrôle les sorties de numéraire, son autorité sur ces territoires est plus
faible qu’ailleurs
[66]. La confirmation royale des
fueros de Biscaye de 1527 et autres
déclarations royales favorables à la noblesse collective a des répercussions
sur le plan politique. La noblesse et la pureté de sang étant souvent requises
pour occuper les postes de l’administration d’État, les Biscayens et
Guipuzcoans se voient favorisés pour l’occupation de ces charges.
De même, leur accès à des postes diplomatiques, militaires et
de politique extérieure a bénéficié de ce statut particulier
[67].
Force est de constater qu’au début de l’époque moderne, les
avantages économiques et sociaux que suppose leur rattachement à la Couronne,
permettent aux provinces maritimes basques et à ces hommes d’avoir accès à un
large éventail de possibilités et d’opportunités (émigration en Amérique,
carrière dans l’administration et dans l’armée, nouveaux débouchés commerciaux,
protection de certains commerces, etc.) tout en pâtissant moins que les autres
royaumes d’Espagne des abus d’ingérence de l’autorité royale en matière
politique et économique. L’ensemble de ces privilèges engendre aussi
l’émergence d’un sentiment de solidarité, d’appartenance à un même groupe. Ces
prérogatives imprègnent les esprits de valeurs propres à la communauté, fer de
lance de la défense de ses intérêts. Ce facteur de différenciation est une des
conditions essentielles requises pour le succès de la reproduction
socio-culturelle
[68].
Dans le cas basque, il oblige à la fois les membres du groupe de parenté à
orienter leur vie de façon à perpétuer le lignage et le renom de la famille et
lie les différents lignages entre eux pour faire face à l’adversité, en tant
que communauté. Bien entendu, cette identité est renforcée par le fait que les
Basques forment une minorité dans les royaumes d’Espagne.
En définitive, la participation des monarques espagnols aux
grands conflits européens a stimulé l’agriculture et l’industrie basque et en a
facilité l’organisation et la spécialisation. De plus, en faisant la guerre
avec armes, navires et hommes de la côte nord, le roi a lancé les Basques sur
les chemins de la reconquête et de la conquête de l’Amérique tout en facilitant
l’expansion de leur commerce. Car, s’ils deviennent des combattants aguerris,
les Basques excellent aussi comme marchands, industriels, marins et disposent
d’importants réseaux de commerce et de crédit en Europe. Forts de leur place
dans la guerre et le commerce espagnol, ils assoient leur position économique
(mines d’argent, activités bancaires, etc.) de l’autre côté de l’océan et en
prolongent les réseaux. Au début de l’époque moderne, dans la Péninsule, seuls
les Basques peuvent offrir tant de services au roi : de l’argent et une
structure financière, des hommes de guerre, des moyens de transport et de
combat. En contrepartie, ils reçoivent des privilèges socio-économiques qui
façonnent leur identité de groupe.
Or, l’autonomie des groupes bureaucratiques et militaires est
universellement crainte. Elle met en péril l’existence même de l’État
[69]. Quant aux banquiers et aux marchands,
leur pouvoir financier les rend indispensables à la monarchie. En inventant la
figure du marchand-guerrier, la guerre fait fusionner ces deux forces
autonomes. À ce titre, les Basques forment un groupe de pression de première
importance dans l’empire espagnol du début de l’ère moderne. Les provinces du
Nord et ses hommes ne se situent pas à la périphérie du Siècle d’Or
[70], mais bien en son cœur.
ANNEXE N ° 1 Constructions navales en
Biscaye et Guipúzcoa (1582-1630) Date 1582 1583 1588 1589 1590 1591 1592 1594
1595 1596 1597 1599 1602 1603 1603 1605 1607 1616 1617 1610- 1630 Type de
navires 50 navires 15000 tonneaux 12 galions 12 frégates 6 galions 2 zabres 3
galions et 1 zabre 6 zabres 7 navires 6 galions légers 6 galions 3 galizabres 6
galions et 2 galizabres 12 galions 2 navíos 3 galions 8 naves 1 nave 6 galions
1 nave 10 galions 6 galions 3-4 galions 4 galions 3 naves 2 galions 6 galions 7
galions 40 galions Nom du constructeur et lieu de construction d’au moins 500
tonneaux chacun, en Biscaye dans le Señorío de Biscaye 1000 tonneaux chacun, à
Bilbao et Santander, terminés en 1591 à Deusto (Biscaye), pour accompagner les
galions à Deusto (Biscaye) 200 tonneaux chacune 3695 tonneaux en Biscaye 200
tonneaux chacune, Guipúzcoa 500 tonneaux chacun, à Rentería (Guipúzcoa), pour
la défense des Indes 250 tonneaux chacun, Guipúzcoa 1300 tonneaux (?) chacun, à
Rentería, terminés en 1596 60 tonneaux chacune, à Rentería en Guipúzcoa, pour
l’armée de Barlovento 2 de 1000 tonneaux, 8 avec une moyenne de 750 tonneaux, 6
en Guipúzcoa, 6 en Biscaye (Zorroza), terminés en 1599 capitaine Domingo de
Goyzueta, en Biscaye Martín de Jauregui et Martín de Gauna, en Biscaye Martín
de Bertendona, 2 naves de 500 tonneaux, et 2 pataches 2 de 400, 2 de 300, 2 de
200, en Biscaye San Juan de Fano et Miguel Sanz de Elorduy, 400 tonneaux, à
Bilbao, pour juin 1603 capitaine Martín de Gúspide, 3 de 400 tonneaux et 3 de
300, pour juin 1603 général Martín de Bertendona, 600 tonneaux Deusto, Zorroza
et Abando (Biscaye) Domingo de Goyzueta, 600 tonneaux chacun Domingo de
Goyzueta, 400 tonneaux chacun, à San Sebastián don Juan de Amasa, 500 tonneaux
chacun, arsenaux royaux de Pasajes (Guipúzcoa), pour la défense des Indes
capitaine Juan de Erauso, de San Sebastián, 300, 200, 100 tonneaux don Juan de
Amasa capitaine Agustín de Ojeda, en Guipúzcoa 2650 tonneaux, San Sebastián de
700, 600 et 300 tonneaux, ría de Bilbao Type de contrat administration
administration administration asiento administration administration
administration administration administration asiento asiento asiento asiento
asiento asiento asiento asiento asiento asiento administration asiento Source
PRO: Calendar of State Papers,foreign series, 1582, Londres, Mackie and Co,
1909, n°471 T. Guiard-Larrauri, op.cit., p. 208 I.A.A.Thompson, op.cit., p.
305-307. Ibid. et PRO: loc.cit., 1589 AHPB, leg. 3869 I.A.A.Thompson, loc.cit.
AHPB, leg. 3871 I.A.A.,Thompson, loc.cit. Ibid. Ibid. Ibid. Ibid. Ibid. AHPB,
leg. 4979 et I.A.A.Thompson, loc.cit. Ibid. Ibid. Ibid. Ibid. Ibid. Ibid.
A.H.P.B.,leg. 3880 I.A.A.Thompson, loc.cit. Ibid. Ibid. Ibid. Ibid. Ibid. Ibid.
T. Guiard-Larrauri, Historia del Consulado…, op.cit., p. 530.
ANNEXE N ° 2 Exemples de commandes royales à
Bilbao (avril-juin 1573) Date 13/04/1573 14/05/1573 19/05/1573 23/05/1573
25/05/1573 25/05/1573 26/05/1573 27/05/1573 27/05/1573 28/05/1573 27/05/1573
27/05/1573 3/06/1573 5/06/1573 5/06/1573 5/06/1573 Nom du fondé de pouvoir du
roi capitaine Pero Menéndez Márquez Juan Martínez de Recalde, pourvoyeur du
roi, habitant de Bilbao Diego de Olibarri Diego de Olabarri Diego de Olabarri
Pedro de Elguera, payeur du roi Pedro de Elguera, payeur du roi Pedro de
Elguera Pedro de Elguera Pedro de Elguera Pedro de Elguera Pedro de Elguera
Pedro de Elguera Pedro de Elguera Pedro de Elguera Pedro de Elguera Objets
fabriqués 44 couleuvrines de petit calibre 200 houes en fer, 100 piques et
herminettes en acier 25 douzaines de demi piques, 25 douzaines de piques, 240
dards, 100 douzaines de fer de piques 10 arbalètes 255 arquebuses, 40 socs, 24
scies,etc. 78 boucliers 146 quintaux de biscuits 5 quintaux 6 livres d’acier
étiré 3 quintaux 15 livres de poudre 17 épées 5 quintaux de poudre d’arquebuses
6 1/2 quintaux de morue, 6 quintaux de plomb, 1 pipe de vin de vinaigre de
Ribadavia, 1 cuir de vache tanné, 1 «olonne», 65 livres de fil à voile 1800
coudées ( 6 douzaines de planches) nourriture de 170 hommes pendant 3 jours
marchandises diverses transport de 24 pipes de cidre, 51 caisses de munitions,
clous, armes, 40 coulevrines de petit calibre, 55 quintaux de biscuits, 400
quintaux de brai, 3 gourdes de vin, 3 quintaux de morue, poudre et gens de
Guipúzcoa transportés de San Sebastián à Bilbao Nom du fabricant ou du marchand
Antón et Juan de Herquiñigo Hortuño de Eguiguren Domingo de Mendiola Miguel de
Villadiego Juan Ibanes de Churruca Juan de Uraya,peintre Simon de Plaza
Bartolomé de Arana Francisco de Arana Juan de Butrón, fabricant d’épées Juan de
Pineda Francisco Fernandez, portuguais Martín de Madalbe, maître charpentier
Juan de Cabea Martín de Regoitia Pascual de la Barcena et Juan de Montano
Origine Prix en géographique maravédis Larrabezua 106760 Eibar (Guipúzcoa)
Elorrio 31450 Bilbao 6920 Placencia 354246 (Guipúzcoa) Bilbao 9945 Begoña
vallée 7548 d’Oquendo Bilbao 17329 Bilbao 8401 Burgos 70210 Bilbao 30955
Busturia 45000 maravédis Guecho 17307 Bilbao 40807 Musques 30000 Source:AHPB,
leg. 3856.
ANNEXE N ° 3 Artisans et officiers d’origine
basque intervenant dans la fabrication ou le commandement d’une flotte
construite à La Navidad (1557-1564) Nom/prénom Miguel López de Legazpi Damián
de Ribas Rodrigo de Ateguren Martín de Goiti Gregorio de Isue Martín de Munguía
San Juan de Olazarreta Gaspar de Arana Martín Pérez de Aguinaga Juan de Zaraza
Andrés de Artaza Juan de Alzola Domingo de Baquio Andrés de Ibarra Pedro de
Olarza Martín de Ibarra Francisco de Astigarribia Asencio de Aguirre Felipe de
Salcedo Juan de Garay Juan Pérez de Pioza Antonio de Hormaechea Martín de
Gualdeche Pedro de Aycarla Ochoa Rodríguez de Asua Juan Ochoa de Arana Domingo
de Ayeta Esteban de Irizarri Juanes de Alzola Sancho de Izquinquiz Censio de
Lezama San Juan de Garay Francisco de Arana Juan de Aranguren Miguel de Ugarte
Juan de Ibarra Ochoa de Arratia Miguel de Herravarria Origine géographique
Biscaye Guipúzcoa (Urnieta) Deusto Bermeo Bilbao San Sebastián Biscaye Berango
(Biscaye) San Sebastián Deva Biscaye Biscaye Biscaye Guipúzcoa Fonction(s)
général de la flotte barbier et chirurgien trésorier-payeur chargé de l’achat
de munitions et de l’artillerie charpentier charpentier charpentier charpentier
charpentier charpentier calfat marin marchand de clous et autres objets
métalliques alférez mayor bombardier maître de navire contremaître notaire
capitaine marin marin marin marin marin marin marin marin marin marin marin
marin marin marin marin marin marin mousse mousse Proportion de Basques dans ce
secteur d’activité 6/9 1/2 1/3 1/4 17/60 2/12 Source: L. Muro, La expedición
Legazpi-Urdaneta a las Filipinas (1557-1564), Mexico, SepSetentas, 1975 (1re
éd. en 1970).
[1]
Je tiens à remercier vivement Michel Bertrand, Christian Borde
et Christian Pfister pour leurs suggestions. Liste des abréviations d’archives
: PRO : Public Record Office (Londres); AHPB : Archivo Histórico Provincial de
Bizkaia (Bilbao); AFB : Archivo Foral de Bizkaia (Bilbao); ADB : Archivo de la
Diputación de Burgos : Fonds Marie Helmer (Casa de Velázquez); AGS, CC :
Archivo General de Simancas, Cámara de Castilla.
[2]
Jean-Philippe PRIOTTI, « El rey, el crecimiento de la red
vizcaína y la defensa del imperio español ( 1500-1630)», communication au
colloque
Felipe II y el oficio de rey : la fragua
de un imperio, Zacatecas, sept. 1998 (actes à paraître).
[3]
Ils participent activement au financement de la politique de
guerre de l’État en souscrivant
juros
et
asientos. Ces consentements de
prêts au roi ne sont pas une particularité des marchands basques, ni des
marchands européens. En Afrique du Nord et dans le Sud de l’Inde, les marchands
bénéficient de faveurs spéciales en contrepartie de l’argent que leur emprunte
l’État, Alan K. SMITH,
Creating a World Economy.
Merchant Capital, Colonialism and World Trade, 1400-1825, San
Francisco-Oxford, Westview Press Boulder, 1991, p. 25. Les
juros sont des rentes viagères ou
héréditaires, octroyées ou achetées, sur les revenus de l’État. Les
asientos, pour leur part, sont des
contrats conclus entre le roi et un ou plusieurs financiers.
[4]
Michael Naylor PEARSON, « Merchants and States », in James D.
TRACY (dir)
The Political Economy of Merchant
Empires, Cambridge, Cambridge University Press, 1991, p. 80.
Ajoutons que même en période de paix, la première préoccupation des grands
États reste la guerre : Edwin Ernest RICH et Charles Henry WILSON, « Government
and Society », in
The Cambridge Economic History
of Europe, 1977, vol. V, chap. VII, p. 554 et Geoffrey PARKER,
Europa en crisis (1598-1648), Mexico,
Siglo XXI Ed., 1981 ( 1re éd. anglaise, 1980), p. 80.
[5]
PRO :
Calendar of State
Papers-Venetian, 1509-1512, p. 73. Le roi d’Angleterre prend à son
service 30 navires de Biscaye armés pour combattre la France. Dans le dernier
quart du XVe siècle, les Rois Catholiques, devant la menace du « Turc »,
ordonnent la préparation de 50 grandes naves dans les chantiers navals de
Biscaye et du Guipúzcoa, flotte qui se dirige postérieurement vers Naples. Plus
tard, le siège maritime du royaume de Grenade requiert encore leur
participation. Une armée est constituée. Sont capitaines deux
bilbaínos (Arriarán et Martín Díaz de
Mena) qui ont pour mission de bloquer le détroit de Gibraltar, évitant ainsi
d’éventuelles aides venant du Nord de l’Afrique. Pour d’autres exemples et de
plus amples détails, José Angel GARCÍA de CORTÁZAR,
Vizcaya en el siglo XV, Bilbao,
Ediciones de la Caja de Ahorros Vizcaína, 1966
, p. 174-81. En ce qui concerne la participation
de la flotte basque dans la défense de l’Espagne contre le Portugal et la
France à la fin du XVe siècle, Modesto SARASOLA,
Vizcaya y los Reyes Católicos, Madrid, Consejo
Superior de Investigaciones Científicas, 1950; Tarsicio AZCONA, « Las
relaciones de la provincia de Guipúzcoa con el reino de Navarra ( 1512-1521)»,
in José Luis ORELLA UNZUÉ (éd.)
El Pueblo Vasco
en el Renacimiento (1491-1521), 1994, p. 283-329, et Xose ESTÉVEZ, «
Vascos y Portugueses a finales del siglo XV : la actuación vasca en la guerra
de sucesión ( 1474-1479)», in
Ibidem,
p. 331-379.
[6]
M. SARASOLA,
Vizcaya…, op.
cit., p. 58.
[7]
PRO :
Letters and papers foreign
and domestic, vol. I ( 1509-1513), n° 1441-1495-1575, vol. III (
1521-23), n° 2617; Julio CARO BAROJA,
Los
vascos, Madrid, Ediciones Istmo, 1971, p. 196.
[8]
Pour ne prendre qu’un exemple, la liste de l’artillerie et des
armes provenant de Bilbao et participant à l’entreprise de Magellan est fournie
par Teófilo GUIARD -LARRAURI,
Historia del
Consulado de Bilbao y Casa de Contratación de Bilbao y del comercio de la villa
(1511-1699), Bilbao, José de Astuy, 1913, note p. 201.
[9]
J.-P. PRIOTTI,
Bilbao et le
commerce européen (vers 1520-vers 1620), thèse de doctorat,
université de Toulouse II-Le-Mirail, 1997, t. I. À paraître en 2002, Presses
Universitaires du Septentrion.
[10]
Les chantiers navals du Nervión datent de 1337. D’un côté, Tomé
Cano, dans un écrit daté de 1611, relatant un fait vieux d’un quart de siècle,
attribue quelque 500 navires à la flotte de Biscaye, voir Ramón CARANDE,
Carlos V y sus banqueros, Madrid,
Sociedad de Estudios y Publicaciones, 1965 ( 2e éd.), t. I, p. 367. De l’autre,
un mémorial de la fin du règne de Philippe II rappelle que jadis la Biscaye
avait 200 navires de haut bord, Henri LAPEYRE,
Une famille de marchands : Les Ruiz, Paris, A.
Colin, 1955, p. 213. Par ailleurs, une lettre des Rois Catholiques, datée de
1504, attribue au port de Bilbao 500
navíos, T. GUIARD -LARRAURI,
Historia del Consulado…, op. cit., p.
151. Il ne nous appartient pas de trancher le débat. Retenons uniquement
l’ordre de grandeur. Voir Pierre CHAUNU,
Séville
et l’Atlantique, Paris, SEV-PEN, 1960, t. VIII, p. 251. Cet auteur
souligne le fait que l’équipement maritime de Bilbao dépasse certainement celui
de Séville et de Cádiz au début du XVIe siècle.
[11]
Nombreux exemples dans AHPB, leg. 3288.
[12]
La Biscaye n’est pas seule à fournir des navires et du matériel
de guerre au roi. La Cantabrie, l’Andalousie et la Catalogne ont aussi des
arsenaux réputés. À Barcelone, au XVIe siècle, la construction navale est en
essor grâce aux contrats signés avec le roi, James S. AMELANG,
La formación de una clase dirigente : Barcelona
1490-1714, Barcelona, Editorial Ariel, 1986, p. 26. Voir aussi José
Luis CASADO SOTO,
Cantabria en los siglos XVI y
XVII, Santander, Ediciones Tantin, 1986 et « Astilleros y arsenales,
factor de articulación del sistema portuario español entre la Edad Media y la
Moderna. Ensayo de aproximación », in
Puertos y
sistemas portuarios (siglos XVI-XX ), 1996, p. 235-251. Pour Málaga,
Felipe RUIZ MARTÍN, « Un expediente financiero entre 1560 y 1575. La hacienda
de Felipe II y la Casa de la Contratación de Sevilla »,
Moneda y Crédito, 1965, p.
33.
[13]
Ian THOMPSON,
War and Government
in Habsburg Spain (1560-1620), London, University of London, 1976,
p. 4-6 et p. 28.
[14]
A.K. SMITH,
Creating…, op.
cit., p. 82. Selon J.-L. CASADO SOTO, art. cit., il est plus que
probable que la flotte espagnole conçue pour la navigation océanique a doublé
entre 1530 et 1580 et que le tonnage moyen de ces unités navales s’est
multiplié par deux et demi.
[15]
Proportion établie à partir des listes proposées par I.A.A.
THOMPSON,
War…, op. cit., p.
304-306.
[16]
Au sujet du resserrement des liens entre les besoins de la
monarchie et les provinces basques, il est également important de noter un
élément supplémentaire. Compte tenu du manque de planification dans
l’enrôlement des hommes du Nord dans les armées royales, Philippe III crée un
séminaire de marins à San Sebastián. Cette fondation qui date de 1606, est à
l’origine des écoles navales, Jesús VARELA MARCOS, « La fundación del seminario
de marinos de Guipúzcoa en 1606. Origen de las escuelas navales », in Ronald
ESCOBEDO MANSILLA et alii (coord.)
Comerciantes,
mineros y nautas. Los vascos en la economía americana, Vitoria,
1996, p. 67-76.
[17]
Vers 1570, Philippe II élit Santander comme lieu de formation
et d’avitaillement des armées navales du roi. En 1574, il s’agit de 120 bateaux
pour l’armée de Pedro Menéndez de Avilés, J.L. CASADO SOTO,
Cantabria… op. cit., p. 264.
[18]
AHPB, leg. 3859
.
Durango semble également fabriquer de grandes quantités d’arquebuses. En 1572,
535 arquebuses doivent être récupérées de Santorun de Gallaraga, habitant de
Durango, pour le compte de Pedro de Asturiazaga, de Bilbao, AHPB, leg.
3855.
[19]
AHPB, leg. 3859…
[20]
Carla RAHN PHILLIPS,
Six Galleons
for the King of Spain, Baltimore, The John Hopkins University Press,
1986
.
[21]
Juana de Barambio, femme d’affaires de Bilbao, est créditée de
6200 ducats pour les agrès des bateaux qui se fabriquent à Gijón et Ribadeo,
AHPB, leg. 3865.
[22]
AGS, CC, 141-330.
[23]
En 1574, Felipe de Areizaga, marchand de Bilbao, doit remettre
à la flotte qui de Santander part pour la Flandre 200
botas de vinos blancos de Ribadavia,
AHPB, leg. 3858. En 1588, le roi ordonne l’achat de 1240
botas de cidre de 200
azumbres chacune (soit 507160 litres
environ) à des habitants de Guecho, Berango, Sopelana, Erandio, Barrica,
Baracaldo, etc. : AHPB, leg. 3867. Toutes ces petites localités se trouvent en
Biscaye.
[24]
J.-P. PRIOTTI,
Bilbao…, op.
cit.
[25]
Bartolomé YUN CASALILLA insiste aussi sur les connexions
commerciales internes qui ont un effet décisif sur l’économie, « Cambiamento e
continuità. La Castiglia nell’impero durante il Secolo d’Oro »,
Studi Storici, janvier-mars 1995, p.
62.
[26]
Les assurances du XVIe siècle montrent bien l’importance de ces
exportations : ADB (fonds Marie Helmer). Précisons toutefois qu’elles ne
s’effectuent pas toujours au départ de Bilbao. De nombreux marchands d’Elorrio
(Biscaye), par exemple, utilisent les ports Guipúzcoans pour faire parvenir
leur fer à Séville.
[27]
I.A.A. THOMPSON,
War…, op.
cit., p. 234-237; 296. De grandes quantités d’armes proviennent
parfois d’Italie.
[28]
PRO :
Calendar of State Papers,
foreign series, 1589-1590, p. 374; Iñigo AGIRRE KEREXETA,
Elorrio. Aproximación a una monografía
local, Bilbao, Diputación Foral de Bizkaia, 1992.
[29]
PRO :
Ibid.; Ignacio
CARRIÓN ARREGUI, « Precios y manufacturas en Guipúzcoa en el siglo xvi : la
fabricación de armas de fuego », in José Ramón DÍAZ DE DURANA (éd.)
La lucha de bandos en el País Vasco : de los
parientes mayores a la hidalguía universal, 1998, p. 503.
[30]
Il se peut aussi que par extension, Biscaye désigne ici la
Biscaye et le Guipúzcoa. Les confusions sont fréquentes à l’époque. PRO :
Calendar of State Papers-Foreign series,
1569-1571, 1874, n° 341. Ce phénomène de mobilisation générale
apparaît à maintes reprises. En 1585, il y a grande pénurie de provisions dans
toute l’Espagne à cause du ravitaillement nécessaire des navires de guerre,
ibid., 1585-1586, p. 234.
[31]
AHPB, leg. 3855.
[32]
José Antonio AZPIAZU ELORZA,
Sociedad y vida social vasca en el siglo XVI. Mercaderes
Guipuzcoanos, Oiartzun, Fundación Cultural « Caja de Guipúzcoa »,
1990, t. I, p. 255-264.
[33]
I.A.A. THOMPSON,
War…, op.
cit., p. 245.
[34]
PRO :
Calendar Of State
Papers-Venetian, 1581-1591, p. 204.
[35]
I.A.A. THOMPSON,
War…, op.
cit., p. 240-1.
[36]
I. CARRIÓN ARREGUI, art. cit., p. 504.
[37]
I.A.A. THOMPSON,
War…, op.
cit., p. 241. Bien que des variations d’une année sur l’autre aient
lieu, il semble que ce secteur soit fructueux, car la demande privée peut au
besoin suppléer les commandes de l’État.
[38]
J.A. AZPIAZU,
Vida…, op. cit.,
t. II, p. 264-265.
[39]
AHPB, leg. 3868.
[40]
PRO :
Calendar of State Papers,
foreign series, 1589-1590, p. 374.
[41]
AHPB, leg. 3856.
[42]
J.-P. PRIOTTI, « El rey… », art. cit.
[43]
Olivia REMIE CONSTABLE,
Trade and
Traders in Muslim Spain. The Commercial Realignment of the Iberian Peninsula,
900-1500, Cambridge, Cambridge University Press, 1994, p.
243.
[44]
Au sujet du commerce du fer basque en Andalousie, Ricardo
CÓRDOBA DE LA LLAVE, « El comercio del hierro en Córdoba, un capítulo de la
actividad económica vascongada en Andalucía a fines de la Edad Media », in
Congreso Mundial vasco, 1987-88, p.
317-25. En ce qui concerne la présence de la flotte basque en Andalousie,
Enrique OTTE, « La navegación europea del puerto de Sevilla a fines de la Edad
Media », in
Atti del V Convegno Internazionale di
Studi Colombiani, Gênes, 1990, p. 539-562.
[45]
P. CHAUNU,
Séville…, op.
cit., 1960, t. VIII, p. 255.
[46]
Cité par Antonio GARCÍA -BAQUERO GONZÁLEZ,
La Carrera de Indias. Histoire du commerce
hispano-américain (XVIe-XVIIIe siècles), Paris, Desjonquères, 1997 (
1re éd. espagnole, 1992), p. 18-19.
[47]
Ibid., p. 7-14 et
19.
[48]
Woodrow BORAH,
Comercio y
navegación entre México y Perú en el siglo XVI, México, Instituto
mexicano de comercio exterior, 1975 ( 1re éd. en anglais, 1954), p.
31.
[49]
Lewis HANKE,
Cuerpo de documentos
del siglo XVI, Mexico, Fondo de Cultura Económica, 1977 ( 1re éd. en
1943); Jean-Paul ZUNIGA,
Espagnols d’outre-mer.
Émigration, reproduction sociale et mentalités à Santiago-du-Chili au XVIIe
siècle, thèse de doctorat, Institut universitaire européen,
Florence, 1995; Philip W. POWELL,
La guerra
chichimeca (1550-1600), Mexico, Fondo de Cultura Económica, 1996 (
1re éd. anglaise, 1975).
[50]
J.-P. ZUNIGA,
Espagnols…, op.
cit., p. 134 et 143.
[51]
De nombreux exemples dans R. ESCOBEDO MANSILLA et alii
(coord.),
Euskal Herria y el Nuevo Mundo. La
contribución de los vascos a la formación de las Américas, Vitoria,
Universidad del País Vasco, 1996; Jaime OLVEDA (coord.),
Los vascos en el Noroccidente de México
(siglosXVI-XVIII), Zapopan, El Colegio de Jalisco, 1998; Amaya
GARRITZ (coord.),
Los vascos en las regiones de
México, siglos XVI-XX, México, UNAM-Ministerio de cultura del
Gobierno vasco e Instituto vasco-mexicano de desarrollo, 1996-1997, t. I, II et
III.
[52]
José DE LA CRUZ PACHECO ROJAS, « La formación de la Nueva
Vizcaya y el origen de las élites vascas en el norte », in J. OLVEDA (coord.),
op. cit., p. 69 sq. Cristóbal de
Oñate, Juan de Tolosa et Diego de Ibarra jouent un rôle essentiel dans la
conquête et la colonisation du Nord-Ouest du Mexique (fondation de Zacatecas en
1548). Diego de Ibarra, pour sa part, organise l’expédition de Francisco de
Ibarra, son neveu, avec plus de 100 soldats, la majeure partie d’origine
basque. Il apporte argent, armes, chevaux, objets en fer, munitions en plus
d’autres produits pour coloniser et exploiter le territoire au nord des mines
de San Martín. L’investissement est de 200000 pesos.
[53]
W. Michael MATHES,
Sebastián
Vizcaíno y la expansión en el océano pacífico, 1580-1630, Mexico,
UNAM, 1973.
[54]
Voir listes produites par J. OLVEDA, « Los vascos en la región
de Guadalajara », in J. OLVEDA (coord.),
op.
cit., p. 55 sq.; Peter BOYD -BOWMAN,
Indice geobiográfico de más de 56 mil pobladores de la
América hispánica (1493-1519), Mexico, Fondo de Cultura Económica,
t. I, 1985.
[55]
Luis MURO,
La expedición
Legazpi-Urdaneta a las Filipinas (1557-1564), Mexico, SepSetentas,
1975 ( 1re éd. en 1970), p. 36-44, 92, 102.
[56]
E. OTTE, « Los mercaderes vizcaínos Sancho Ortiz de Urrutia y
Juan de Urrutia »,
Boletín Histórico Fundación J.
Boulton, 1964, n° 6, p. 17.
[57]
Juan Carlos REYES GARZA, « Los vascos en Colima. Una primera
aproximación in J. OLVEDA (coord.),
op.
cit., p. 21 sq.
[58]
María Lourdes DÍAZ -TRECHUELO,
Navegantes y conquistadores vascos, Madrid,
Publicaciones españolas, 1965.
[59]
Cité par Pilar GONZALBO, « Familias vasco-novohispanas », in R.
ESCOBEDO MANSILLA et alii (coord.)
Emigración y
redes sociales de los vascos en América, 1996, p. 276.
[60]
E. OTTE, « Los mercaderes vascos y los Pizarro. Cartas inéditas
de Gonzalo y Hernando Pizarro y su mayordomo Diego Martín »,
Travaux de l’Institut d’Etudes Ibéro-américaines
de l’Université de Strasbourg, mai-juin 1966, p. 227-229 et
230
.
[61]
Les données suivantes sont tirées d’Angela PEREDA LÓPEZ, « El
capitán Juan de la Reinaga y las guerras civiles del Perú», in R. ESCOBEDO
MANSILLA et alii (coord.)
Euskal Herria, op.
cit., p. 29 sq.
[62]
Jonathan I. ISRAEL,
Razas, clases
sociales y vida política en el México colonial, 1610-1670, Mexico,
Fondo de Cultura Económica, 1980 ( 1re éd. en anglais, 1975), p. 118.
[63]
Alberto CRESPO,
La guerra entre
Vicuñas y Vascongados. Potosí, 1622-1625, La Paz, 1969, p. 85 et
suiv.
[64]
Antonio Miguel BERNAL,
La
financiación de la Carrera de Indias (1492-1824), Séville, Fundación
El Monte, 1992, p. 248. C.R. PHILLIPS,
Six
Galleons…,
op. cit., p. 20.
Lutgardo GARCÍA FUENTES,
Sevilla, los Vascos y
América, Bilbao, Banco Bilbao Vizcaya, 1991, p. 9. Dès 1489, les
marins et négociants de Bilbao se dotent d’une
Casa de Contratación, : T. GUIARD -LARRAURI,
Historia…, op. cit., p. 6.
[65]
Bartolomé BENNASSAR (dir.),
Histoire des Espagnols, VIe-XXe siècles, Paris,
Bouquins-Laffont, 1992 ( 1re éd. 1985), p. 428.
[66]
Peter BURKE explique que la croissance économique ne peut être
pleinement intelligible qu’avec la prise en considération de facteurs non
économiques. Parmi les avantages politiques qui favorisent l’économie, il note
la relative autonomie des villes (italiennes et des Pays-Bas) par rapport aux
rois ou aux nobles, « Republics of Merchants in Early Modern Europe », in Jean
BAECHLER (ed.),
Europe and the Rise of
Capitalism, Oxford, B. Blackwell, 1988, p. 220-221.
[67]
J.-P. PRIOTTI, « El rey… », art. cit. Notons que ces avantages
ne s’étendent pas forcément à l’Alava.
[68]
Cité par Rudolf BRAUN, « Reproducción sociocultural de las
élites de poder », in Wolfgang REINHARD (coord.),
Las élites del poder y la construcción del
Estado, Mexico-Madrid, Fondo de Cultura Económica, 1997 ( 1re éd.
anglaise, 1996), p. 309.
[69]
Kirti N. CHAUDHURI,
Asia before
Europe. Economy and Civilisation of the Indian Ocean from the Rise of Islam to
1750, Cambridge, Cambridge University Press, 1990, p. 90.
[70]
B. BENNASSAR, « Centre et périphérie dans l’Espagne du Siècle
d’Or », in
Actes du XXIe Congrès de la Société
des Hispanistes Français, 1985, p. 10-11.