Revue d’histoire moderne et contemporaine 2001/2-3
Revue d’histoire moderne et contemporaine
2001/2-3 (no48-2)
400 pages
Editeur
I.S.B.N. 2701131030
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Les territoires de l'économie, XVe-XIXe siècles


Marchands au long cours

Vous consultezLa main invisible qui guidait les marchands aux foires de Leipzig : enquête sur un haut lieu de la réalisation des bénéfices, 1750-1830

AuteurGérard Gayot du même auteur

Gérard GAYOT, Université Charles-de-Gaulle-Lille 3, CERSATES, UMR 8529 CNRS-IFRESI Pont-de-bois, BP 149 59653 Villeneuve d’Ascq cedex gayot@ univ-lille3.fr

Dans un livre publié en 1885, sept ans après que le congrès de Berlin eut consacré la capacité d’arbitrage international de l’Allemagne en Europe orientale, Ernst Hasse, qui avait classé lui-même les archives de la ville de Leipzig, écrivait que parmi les 10000 personnes qui s’étaient rendues en moyenne aux foires de Neujahr, Jubilate et Saint-Michel, plus de 800 visiteurs avaient quitté chaque année leur pays pour venir aux foires de Leipzig, entre le milieu du XVIIIe siècle et les débuts du Zollverein ( 1834). Le plus grand nombre des chalands venaient donc de Chursachsen (Saxe) et du Reich, mais l’auteur constatait avec fierté que les foires lipsiennes avaient toujours attiré une minorité de marchands étrangers très entreprenants[1] [1] Ernst HASSE, Geschichte der Leipziger Messen, Leipzig,...
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.

2 Avec les foires de Nijni-Novgorod, les foires de Leipzig, qui avaient supplanté celles de Francfort-sur-le-Main depuis le début du XVIIIe siècle, étaient devenues, pour le trafic de marchandises, l’occasion de la plus grande migration de marchands d’Europe[2] [2] Fernand BRAUDEL, Civilisation matérielle, économie...
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. Pour le chiffre des transactions, nous ne disposons que d’estimations au milieu du XVIIIe siècle, de l’ordre de 5 à 8 millions de Taler, soit 25 à 40 M. de livres tournois[3] [3] E. HASSE, op. cit. , p. 248-255. ...
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, un chiffre qui paraît très faible par rapport aux années 1830 : 4905000 £, à Pâques 1836, contre 7150000 pour l’année 1838 à Nijni-Novgorod[4] [4] Maurice LÉVY -LEBOYER, Les banques européennes et...
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; ce qui fait beaucoup plus – x par 25 F –, trop peut-être, ou pas assez pour le siècle précédent. En tout cas, même avec 40 millions de livres tournois, il y avait de quoi y faire de bonnes affaires, à condition de bien connaître sa partie.

3 Qui étaient ces Fernhändler venus de France, d’Angleterre et d’Écosse, de la principauté de Liège, d’Amsterdam, des Pays-Bas autrichiens, de Suisse et d’Italie ? La curiosité du badaud ou le goût du voyage ne peuvent suffire à expliquer le temps et l’argent consacrés tous les ans, et souvent deux fois par an, au transport des personnes et des marchandises. Un courrier rapide, porteur de lettres de change de Dantzig sur Amsterdam, les y présentait après 21 à 22 jours de route. LeHavre-Leipzig, par Strasbourg et Francfort, demandait 45 jours, et pour aller, de relais en relais, de Aix-la-Chapelle à Leipzig, par Cologne, Coblence et Francfort, selon l’itinéraire en « Meilen » – 7, 5 km environ – indiqué dans le livre d’adresses de 1810, il fallait 22 jours[5] [5] Samuel RICARD, Traité général de commerce, Amsterdam,...
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. Et encore 22 jours pour le retour, après 15 jours de foire et d’après-foire, où l’on faisait ses comptes, et où l’on préparait la prochaine. Rarement à la Nouvelle Année, mais, à coup sûr, à Pâques et à la Saint-Michel pour les marchands habitués à faire la foire de Leipzig, c’était donc deux fois deux mois de surveillance de convois et de malles, de présence en boutique et de tenue de livres, d’hébergement le long de la route et dans une ville de 30000 habitants[6] [6] Hubert KIESEWETTER, Industrialisierung...
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, survoltée trois fois l’an par l’arrivée des gens de foire. Au milieu du XVIIIe siècle, 86 hôtels intra muros et 20 « Gasthöfe » dans les faubourgs des quatre portes, dont 9 autour de la « Peters-Thore », étaient prêts à les accueillir, et la ville s’était déjà dotée de cette architecture singulière avec ses rues, ses places et ses maisons-blocs aménagées et aménageables pour les foires. Confort garanti ou pas, un tiers de l’année à l’étranger, loin de sa maison, c’était long, et l’on comprend le soin qu’Henri Peltzer, un industriel de Verviers, prit à mettre par écrit pour ses enfants, vers 1830, ses recommandations pour les voyages (annexe 1).

4 Coûteux en temps, le trajet et le séjour l’étaient aussi en argent, que le marchand utilisât ses propres équipements de transport ou qu’il recourût aux entreprises de roulage. Pierre Dardel nous a déjà donné le tarif de base de la Régie des Diligences, Messageries royales et du Roulage, 1 sol 6 deniers par quintal et par lieue en 1781, et un prix de référence, 9 livres par quintal sur la « ligne » LeHavre-Strasbourg, en 27 à 30 jours[7] [7] P. DARDEL, op. cit. , p. 279. ...
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. Vingt ans plus tard, une facture de Fortin Poulet et Cie, rouliers de Paris, nous apprend que, pour la livraison par Guillaume Ternaux, départ de Paris, de deux balles de laine d’Espagne de 443 livres, il en avait coûté 7 livres 10 sols du cent pesant à Pierre Henri Dethier de Verviers, soit un peu plus de 34 livres, lequel pouvait remarquer aussitôt que le coût des transports était resté à peu près au même niveau[8] [8] Verviers, Musées communaux, Centre de documentation, Fonds...
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.

5 Mais cela restait fort cher. Et Verviers-Leipzig coûtait encore plus cher !

6 Alors, à quoi bon passer tant de temps et dépenser tant d’argent pour aller en foire ? Impossible que le marchand au long cours y perdît et y retournât… sauf à y gagner ! Partait-il seul à Leipzig ? Combien étaient-ils de Verviers et d’ailleurs en Europe à faire comme lui, à quitter la fabrique, la boutique et la famille pendant deux fois deux mois ?

ACCUEILLIR ET COMPTER LES VISITEURS AUX PORTES DE LEIPZIG

7 Placés aux quatre portes de Leipzig, des officiers de la ville enregistraient les visiteurs « nation » par « nation » sur deux colonnes, juifs et chrétiens, les « orthodoxes » étant compris dans ces derniers, selon un découpage territorial en 38 zones, pas toujours respectueux des limites de souveraineté, une géographie de l’Europe fabricante et négociante vue de Leipzig qui mériterait à elle seule une étude particulière. Nous avons, nous aussi, compté les visiteurs, foire après foire, mais nous avons fait ce que ne s’étaient pas embarrassés à faire les préposés aux portes, ni Ernst Hasse, à savoir les comptages annuels pour toute la période et les représentations graphiques, « nation » par « nation »[9] [9] Leipzig, Stadtarchiv, XLVB 13a, Bd 1 1765-1784, Bd 2 1785-1819,...
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.

8 La courbe des visiteurs ( Besucher ) n’est pas la courbe des marchands ( Händler ). Elle en a l’allure mais, avec les domestiques et les commis qui accompagnaient leur maître, elle se situe au-dessus de celle des vendeurs.

9 Cette réserve faite, il reste que la courbe annuelle des étrangers aux foires de Leipzig traduit une des tendances du commerce européen. Ces hommes venaient seuls ou en rangs plus ou moins serrés, pour répondre à la demande des marchés d’Europe centrale et orientale, une demande dont ils avaient eu connaissance au cours de la dernière foire ou entre les foires, ils venaient aussi pour convaincre de nouveaux chalands d’acheter les produits qu’ils n’avaient pas réussi à vendre sur les marchés locaux et régionaux de leur pays d’origine.

10 Honorer les commandes et fidéliser la clientèle, s’en faire une nouvelle, de bouche à oreille et échantillon à la main, et surtout réaliser ses bénéfices lui-même, sans en céder la moindre portion à un commissionnaire ou à quelque autre intermédiaire, tel était l’objectif de tout honnête marchand à Leipzig. Le projet des Verleger, des marchands-fabricants, était plus ambitieux : ils voulaient tenir et contrôler les deux bouts de leur vie, l’industrie et le commerce.

11 Au retour de la foire de Saint-Michel ou, s’ils ne s’y étaient pas rendus, dès la fin de la moisson, ils répartissaient l’ouvrage entre les ouvriers de la ville et des champs, suivaient ou faisaient suivre les opérations de fabrication pendant l’automne et l’hiver, s’informaient sans cesse sur la situation en Pologne, en Russie et à Constantinople, surveillaient de leurs yeux la finition du produit et son emballage au début du printemps. Alors, ils étaient fin prêts pour la foire de Pâques, pour chaque foire que Dieu fait, à réaliser de leurs propres mains et sur un marché qu’ils avaient choisi, les bénéfices qu’« il avait plu au Seigneur de leur donner ».

12 Mais avant de distinguer les Verleger des marchands ordinaires, ce que la documentation nous permettra de faire le moment venu dans certains cas, examinons d’abord les variations de l’effectif total des visiteurs, puis celui de chaque « nation ». (graphiques 1 à 8, annexe 6).

13 Après l’interruption des foires pendant la « deuxième guerre de Silésie » – la Saxe est, dès 1756, constamment occupée et rançonnée par les troupes prussiennes, « allemandes » ou autrichiennes, et Leipzig est située entre Rossbach et Leuthen (Lissa), tout bon marchand ambulant en est informé à la fin de l’année 1757 – , la reprise des activités est forte, comme toujours lorsqu’on a rongé son frein pendant sept ans. Le nombre annuel moyen de visiteurs (graphique 1) passe brutalement au-dessus de 10000, reste à ce niveau jusqu’à 1800, augmente encore jusqu’à la « Bataille des nations » de 1813, et après le Congrès de Vienne, ne descend plus en dessous de 20000. Sur cette courbe, où le mouvement est donné par les grosses cohortes marchandes du Saint Empire romain germanique, on lit les bons résultats de la reconstruction séculaire des Allemagnes, les réactions à la conjoncture internationale entre Rhin et Vistule, et aussi la capacité de l’économie saxonne à rebondir plus haut après les malheurs des guerres.

14 La courbe des visiteurs européens (graphique 2) résulte du cumul des effectifs représentés sur les courbes « nationales » (graphique 3 à 8). Chacune d’elles a une allure propre. Les marchands britanniques manifestèrent un intérêt grandissant pour les foires de Leipzig de 1780 à 1820, cet élan étant stoppé net en 1806 avec la mise en route du Blocus continental[10] [10] François CROUZET, L’économie britannique et le Blocus...
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. L’engouement des Français, de 50 à 150 de la guerre de Sept Ans au règne de Louis XVIII, paraît s’être interrompu à trois brèves reprises : en 1794-1795, de la bataille d’Iéna aux entrevues de Tilsit et d’Erfurt où ils préférèrent rester chez eux, et de Leipzig à Waterloo, comme si la défaite avait découragé les voyageurs autant que la victoire. Les « Italiens » qui, il est vrai, avaient comme les Français, une représentation marchande permanente dans la ville, furent moins empressés que les Suisses et les « Néerlandais », ceux-ci se ruant ensemble à plus de 600 aux foires de 1815 et de 1817. En fait, chaque groupe paraît s’être adapté aux circonstances locales, aux conditions de circulation des hommes, mais c’est le marché qui a imposé le rythme. La vente des soieries de Lyon et d’Italie ou des montres suisses, des fourrures des Pays-Bas ou des galanteries de Paris, dépendit moins du risque à courir sur les routes que de l’offre et de la demande sur le lieu de production et des ordres donnés par le marché de Leipzig. À preuve, le surprenant graphique 8, qui représente les visiteurs regroupés sur la ligne 33 des relevés : à plus de 50 en moyenne, parfois à 100, les marchands venus d’Aix-la-Chapelle, Eupen, Burtscheid, Monschau et Verviers, formaient la « nation » la plus nombreuse présente aux foires, si l’on se réfère aux 50000 habitants qui peuplaient ces cinq localités. De plus, pourquoi avoir répertorié sous la même origine les marchands d’une ville d’Empire, du Limbourg autrichien, d’un faubourg d’Aix-la-Chapelle sous la souveraineté d’une abbesse d’Empire, du duché de Juliers et de la principauté de Liège ? Sans doute en raison de leur voisinage : ils venaient tous d’une petite région située entre Meuse et Rhin, des vallées de la Vesdre et de la Roër (ou Rur), mais surtout parce qu’ils arrivaient tous à Leipzig pour vendre le même produit-phare depuis le début du XVIIIe siècle, des draps fins, des milliers de pièces de toutes les couleurs, en uni ou en « bunt », qu’il leur était impossible d’écouler sur un marché intérieur trop étroit. Et les préposés aux portes de la ville avaient fini par ranger sous la même rubrique la marchandise et le marchand, le lieu de la fabrication et l’origine du fabricant, délivrant ainsi au produit, avant même que le client n’y eût porté la main, un certificat de garantie « sorti de fabrique ». Signe que ce traitement de faveur était passé dans les habitudes : après la conquête et l’annexion par la France de cette contrée, les villes drapières continuèrent à figurer ensemble sur la même ligne 33.

15 Pour avoir tenté d’imposer leur volonté de vendre leurs marchandises, les marchands n’en ont pas moins subi les répercussions des grands événements internationaux. Du moins si l’on en juge par le graphique récapitulatif (graphique 2) où les « nations » les plus nombreuses orientent la tendance. On peut faire quatre observations : tout d’abord, le déclin de la présence des marchands d’Europe occidentale au cours de la guerre d’Amérique; en deuxième lieu, de brèves et violentes baisses des visites de 1790 à 1795 – deux partages de la Pologne et les traités de Bâle –, en 1799 – guerre en Italie, en Suisse et en Autriche, jusqu’à la paix de Lunéville –, au début de l’application des mesures du Blocus continental, et enfin en 1813, lorsque la « Völkerschlacht » empêcha toute transaction; ensuite, la chute très rapide des fréquentations après le succès de 1817, comme si les foires de Leipzig cherchaient leur second souffle, après les progrès spectaculaires enregistrés dans les années 1800, à l’époque du grand marché continental, une autre voie adaptée au repli sur les marchés intérieurs protégés qui, à l’exception de l’Angleterre, tenta tous les pays européens après le Congrès de Vienne. Enfin, tout aussi déterminantes pour les marchands grecs et turcs, les guerres que se livrèrent presque sans interruption la Prusse, l’Autriche, la Russie et l’Empire ottoman en Europe orientale.

16 Malgré ces difficultés, on a pu vérifier à l’entrée des portes sud de Leipzig (annexe 2) que la diaspora des marchands « orthodoxes », repérée par Braudel avait bien eu lieu, facilitée par la place grandissante prise par Vienne dans les règlements de comptes internationaux pour cette zone de l’Europe[11] [11] F. BRAUDEL, op. cit. , t. 3 : Le temps du monde, Paris,...
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. À raison de plus de 100 visiteurs par an au cours du dernier tiers du XVIIIe siècle, le flux des commerçants fut régulier, sauf en trois circonstances[12] [12] Gunther MEINERT, Handelsbeziehungen...
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:

  • En 1769, année où, selon Frédéric le Grand, les « borgnes » (les Russes), après avoir battu les « aveugles » (les Turcs), s’emparèrent de la Moldavie et de la Valachie.
  • De 1787 à 1789, où les Turcs durent faire face à une coalition austro-russe.
  • Après 1803, quand la nouvelle configuration de l’Europe commerçante paraît dissuader une partie de ces marchands orientaux de faire le voyage de Leipzig. La baisse se confirme de 1815 à 1830, pour cause de question grecque et balkanique, mais aussi en raison de la régionalisation accrue des foires au profit des Saxons, des Prussiens et des Allemands, et aux dépens de son internationalisation, caractère qu’elles retrouveront au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle en prenant la forme de grande foire moderne d’échantillons.

17 Une remarque au terme de cette première étape – statistique – de l’enquête : même s’il est toujours intéressant – ne serait-ce que du point de vue d’un aubergiste de Leipzig de l’époque – de compter les visiteurs et de tracer des courbes originales, nous n’aurions pas procédé à de tels calculs sans avoir eu connaissance, au préalable, d’une source qui nous promettait de faire vivre les chiffres, de mettre sous les courbes des lieux, des noms de marchands et des marchandises.

LE TERRITOIRE DES MARCHANDS ET DES MARCHANDISES

18 Le premier Adreßbuch paru en 1701, est le plus ancien exemple d’ouvrage où une ville allemande s’est donné à lire avec son magistrat, son université, son clergé et ses corporations. La publication étant annuelle et régulière, on voit aussitôt le parti que peuvent en tirer les curieux d’histoire sociale des institutions en longue durée. Pour le commerce, autre que celui, célèbre, des livres, les premières informations précises commencent en 1736, avec la liste des marchands français et italiens domiciliés à Leipzig et y formant une délégation permanente[13] [13] Leipzig, Stadtarchiv, Adreßbuch...
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. Mais c’est seulement à partir de 1752 que l’on peut lire, en caractères gothiques, les premières pages – 13 exactement – où se succèdent dans l’ordre alphabétique 270 noms de marchands étrangers avec leur ville d’origine – 74 dont 11 extérieures au Saint Empire – et l’adresse de leur boutique à la foire[14] [14] Leipzig, Stadtarchiv, Adreßbuch...
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. En 1756, les villes, elles aussi, sont présentées en ordre alphabétique, ce qui permet d’observer les éventuels regroupements entre « pays » le long de la Reichstraße, de la Katharinenstraße ou de la Hainstraße, dont on ne sait pas encore qu’elles étaient les rues les plus huppées de la ville.

19 Car, tant qu’on ne dispose pas de la marchandise de luxe ou courante, ou du rang du marchand, premier ou modeste, on en est réduit à un simple repérage des fidèles, des nouveaux venus et des choix des points de vente. Or, ce n’est qu’en 1769 qu’un produit est mentionné sous un nom et une ville :
d’Eupen, dans les Pays-Bas autrichiens, dans le Limbourg qui appartient à Marie-Thérèse d’Autriche, est venu Johann Simon Vercken « mit feinen Tüchern », avec des draps fins[15] [15] Ibid. , Adreß-Post,...
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. La même année, on apprend que Friedrich Dedecke, de Halle, a proposé du café, du tabac à priser et de la porcelaine, et que Jean Chalas, de Nîmes, a offert des bas de soie. Pour l’historien comme pour le client, cette devanture n’a de prix que référée aux fabricants du pays d’origine : Chalas et Vercken sont sans doute arrivés en bel équipage à Leipzig, précédés d’une solide réputation – ils figurent dans les livres d’adresses précédents – et porteurs des produits-phares de leur région, tandis que Dedeke est venu plutôt en voisin, afin d’arrondir son chiffre d’affaires en vendant à la foire ce que les pieux habitants de sa cité ne lui avaient pas acheté. Et en 1769, cette question de la représentativité du marchand et du produit par rapport à la ville de départ se pose pour 133 localités – dont 90 dans le territoire de l’Empire – réparties entre Poitiers et Poznan, Glasgow et Constantinople. On mesure là l’ampleur du travail d’investigation, de répertoire et de recoupement qui reste à accomplir.

20 Il est vrai que la présence de certains vendeurs ne demande pas d’enquête complémentaire. Ainsi, que Charles Bauduin, premier d’une longue liste de marchands d’armes – ou de marchandes, Henriette Bauduin et sœurs en 1797 – jusqu’à 1830, soit arrivé de Liège en 1777 avec des fusils, la spécialité du pays, n’est pas une surprise. Mais que la grande maison Cole de Londres vienne elle-même, en 1775, brader en foire ses aciers ou que la quincaillerie en gros, française ou anglaise, éperons, étriers et pinces, soit devenue la partie des marchands d’Iserlohn, est plus étonnant et appelle, en bonne méthode, une contre-expertise dans les archives de la firme londonienne et de la ville westphalienne[16] [16] Wilfried REININGHAUS, Die Stadt Iserlohn und seine Kaufleute...
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. On l’aura compris : à partir de 1769, chaque livre d’adresses doit être passé au crible. Il faut accorder une « entrée » à chaque nouvelle localité, à chaque nouveau marchand, à chaque nouvel article, noter les absents et les assidus, se familiariser avec la renommée des lieux et des firmes, apprendre à distinguer les maisons qui vendent ce qu’elles fabriquent de celles qui ne font que commercer, en gros ou en détail.

21 Après un premier examen, non systématique, des Adreßbücher et des Adreß-Post, une seule certitude : les foires de Leipzig ne furent pas une affaire d’amateurs, ni un lieu de rencontre pour fripons. Il y en avait tous les ans, mais ils disparaissaient l’année suivante. Certains manufacturiers-négociants chevronnés se risquèrent, un jour de Pâques, à y faire un tour, puis n’y revinrent plus, comme s’ils avaient été décontenancés, à moins qu’ils n’eussent trouvé fort encombré le créneau de leur marché. Exemple, Guillaume Ternaux, « domicilié à Paris », alors qu’il était encore considéré comme émigré, qui arriva en 1797 avec des draps de Sedan de toutes les couleurs, de Louviers et des casimirs. Il fit même un bref retour en 1821, domicilié alors à Sedan, toujours avec des draps et des casimirs, ensuite, on ne le revit plus à Leipzig. Le plus grand drapier d’Europe de 1800 à 1830 n’était pas un spécialiste des foires et, à l’instar de ses collègues français, il n’aimait guère les fréquenter, tout en reconnaissant qu’elles ne réussissaient qu’aux vrais professionnels[17] [17] Gérard GAYOT, Les draps de Sedan ( 1646-1870), Paris,...
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. Comment d’ailleurs un Français habitué, jusqu’aux lois « libératrices » de la Révolution, à respecter la marque, le contrôle réglementaire de conformité et la hiérarchie des produits, aurait-il pu, du jour au lendemain, adopter des mœurs commerciales aussi étranges ? Leur premier principe ne consistait-il pas, afin de mieux captiver le client, à mettre sous le comptoir son drapeau et sa marque, à étiqueter sans vergogne « façon de » – on ne brodait pas encore « made in » –, où à ne rien afficher du tout, à faire son marché à la tête du client et à l’apparence du produit ?

22 À Leipzig, de 1750 à 1830, l’horlogerie, les montres, les comtoises et les pièces détachées, furent suisses, de Genève, Locle, Hérisau, Saint-Imier ou du Jura français, et les fourrures restèrent un article hollandais ou russe. Les baromètres et instruments d’optique venaient du Milanais, tandis que la joaillerie et la bijouterie étaient aux mains des marchands d’Amsterdam, de quelques Parisiens et encore des Suisses. Les armes à feu, on l’a vu, étaient la spécialité des Liégeois. Parmi les autres « pondéreux », d’appellation d’origine plus ou moins contrôlée, mais au label obligatoire pour fidéliser la clientèle, les « aciers anglais», déjà rencontrés, qu’ils fussent fabriqués à Sheffield ou à Solingen, et les « cuirs de Maastricht » pour selles, harnais, bottes et semelles de chaussures, qu’ils fussent tannés à Stavelot, Malmédy ou à… Maastricht. Dans cette branche industrielle et commerciale très sensible à la demande, pourvu qu’elle vînt d’armées en marche et de cavaleries combattantes, d’immenses fortunes se sont bâties de 1790 à 1815, et l’on sait maintenant qu’il faut en rechercher l’origine dans les 59 tanneries installées le long de la Meuse et en « Belgique » orientale (annexe 3, extrait d’un somptueux tableau des productions du département de l’Ourthe), et la réalisation aux foires de Leipzig[18] [18] Liège, AEL (Archives de l’État, Liège), FFP (Fonds...
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23 Et la France ? Sa bannière était portée par les Parisiennes et les Parisiens, les plus nombreux au sein de la représentation française, et à leur éventaire, les fameuses Parisermodewaaren, les galanteries, les articles de mode, de luxe et de fantaisie. Monsieur Embaytaz – ce doit être un pseudonyme et de l’humour français – faisait dans l’article de Paris; Mlle Marquis présenta, en 1788, aux curieuses de Leipzig « tout ce qui convient à la femme d’intérieur moderne », un vrai nouveau produit, mais avec Mlle Marquis, on ne peut pas savoir s’il s’agissait de plumes pour chapeau ou de plumeau à poussières; et en 1804, Joseph Drapeau et Jean-François Rauch mettaient en vente sur la foire des « peintures originales de toutes les écoles », dont ils auraient sans doute hésité à fournir les certificats d’authenticité, au moins pour les toiles de l’école italienne volées dans la péninsule. C’est ainsi que, de 1750 à 1830, plus de 40 maisons parisiennes se sont succédé à Leipzig, les unes y faisant une brève apparition, après avoir échoué ou réalisé un joli coup, les autres (Delorme, Docagne, Madame Hummel, Keller, Le Grand) y revenant régulièrement pour engranger de bons bénéfices, le tout formant un beau sujet de recherche sur le marché de la galanterie de la frivolité à Paris et à Leipzig au XVIIIe siècle, quand « Paris était déjà Paris »[19] [19] Vu de Paris, Louis BERGERON a tracé de belles pistes dans...
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24 Autre chantier ouvert par les indications fournies par les livres d’adresses sur les produits manufacturés dans le Saint Empire romain germanique : les progrès de l’industrialisation à Berlin et en Prusse, en Bavière et en Thuringe, et bien sûr en Saxe. À la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle, certains Verleger allemands étaient déjà fort engagés dans la phase d’expansion commerciale. On le savait déjà pour Augsbourg, Nüremberg et la Prusse[20] [20] Horst KRüGER, Zur Geschichte der Manufakturen und der...
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. On le pressentait pour la Saxe, depuis les remarquables travaux de Rudolph Forberger[21] [21] Rudolf FORBERGER, Die Manufaktur in Sachsen vom Ende...
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, mais il reste à explorer certaines localités industrielles et à mesurer le rythme et les facteurs de cette croissance. En contrôlant minutieusement les premières entrées aux foires de Leipzig des Verleger de cotonnades de Chemnitz et du Vogtland (Plauen), des marchands de rubans d’Altenburg et des bas de soie de Halle, des fabricants de casquettes et d’étoffes de Haute-Lusace (Bautzen), et des manufacturiers de laine cardée et de laine peignée d’Oederan, de Crimmitschau, de Grossenhain et de Dresde en Saxe, ou de Greiz en Thuringe, en prenant le Verlagssystem par l’autre bout, celui des débouchés, on en saura plus sur le dynamisme propre à chaque « pays » et à chaque branche. Car, l’écoulement plus rapide des produits de l’industrie locale sur le marché des foires de Leipzig, à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle, fut un puissant moteur de l’accumulation des capitaux nécessaires à l’essai puis à l’achat des mécaniques, une ou deux décennies plus tard. Ainsi Adolph Gottlieb Fiedler, qui vend ses premières étoffes de laine en foire en 1795, augmente sa fabrique d’Oederan et de Wingendorf au début du siècle, et équipe celle-ci en tondeuses hélicoïdales françaises à 15000 francs/pièce dès 1818, afin d’accélérer encore son débit sur les foires[22] [22] Dresde, Sächsischen Haupstaatarchiv, Geheimes Kabinett,...
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. Et il y a au moins une centaine d’itinéraires du même genre à reconstituer en Saxe, en Lusace et en Thuringe…

25 Pour les Verleger, de Chemnitz, de Dresde et d’Erfurt, les foires de Leipzig furent donc un passage obligé s’ils voulaient persévérer dans l’industrie textile, eux-mêmes ou leurs enfants. Et ils eurent bien du mérite à y vendre leurs articles, tant la concurrence des produits textiles étrangers était rude, voire insoutenable.

26 En y imposant leur « façon » ou en y prenant la meilleure part du marché, les marchands-fabricants étrangers n’y avaient-ils pas, eux aussi et bien avant les Saxons, subi avec succès le même examen de marketing pour l’article-roi des foires, l’article textile ? Ils n’étaient pas prêts à laisser cet avantage à des locaux, sauf à trouver le même ailleurs, égal ou supérieur, et plus près de leur base. Tout dépendait de la valeur du test passé à Leipzig par leur entreprise. Pour certains Verleger, c’était l’épreuve-reine, le grand étal, le plus gros de leur chiffre d’affaires, et ceux-là n’allaient pas de sitôt céder leur fonds de commerce; pour d’autres, la foire représentait une épreuve complémentaire, presque optionnelle, le principal du chiffre étant réalisé chez eux, sur leur marché régional ou national. Ainsi les bas de soie étaient français, qu’ils vinssent de Nîmes ou de Cannobio dans le Milanais, mais les frères Galian, en 1791, nourrissaient-ils les mêmes espoirs que François Antoine Cressino qui les vendaient mêlés à des foulards et à des bas italiens ? Les cotonnades, les indiennes et les mousselines fabriquées à Glasgow, Manchester ou Londres étaient de façon « anglaise », comme l’étaient celles des marchands d’Augsbourg et de Neufchâtel, des Gonzenbach de Saint-Gall, et dès 1797, de Dollfuss de « Mulhouse, en Suisse », mais que représentait le marché lipsien pour ces maisons écossaises, anglaises et suisses ? Un peu, beaucoup, une tournée commerciale pour voir du pays du côté de l’Elbe, ou un marché vital pour l’avenir du fabricant ? Il faudra aller voir du côté des bilans et des comptes de foire, s’ils ont été conservés, si on les cherche…

27 Quelle portion de recettes escomptée par Antoine Malézieu venu « de Picardie », en 1778, avec ses batistes et ses « Cambrai Tuche », comme s’il voulait faire honte aux marchands de « cambriks » suisses et silésiens et défendre l’honneur des mulquiniers du Cambrésis[23] [23] Didier TERRIER, Les deux âges de la proto-industrie. ...
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? L’arrivée, en rangs serrés après 1795, des riches Valenciennoises, Victoire Arnoux, Claire Tribout Beauvallon et Cie, la veuve Boursier née Didier, avec leurs malles pleines de linons, de gazes et de batistes, signifiait-elle un coup d’essai pour cause de resserrement du marché français, ou une de ces authentiques innovations qui consiste à trouver de nouveaux débouchés à l’étranger ? Le Leipziger Adreßkalender de 1821 (annexe 4) paraît valider la deuxième hypothèse, mais il faudra aller y voir de plus près…

28 C’est dans la branche des draps de laine que les foires de Leipzig paraissent avoir joué un rôle déterminant pour certaines entreprises et pour certaines régions productrices, on l’a entrevu dans le cas de la Saxe et de la Thuringe. Sur ce secteur d’activité, aussi important que le coton pour les économies européennes, les Adreßbücher livrent des informations sérieuses et concordantes, et donnent des orientations pour la poursuite de l’enquête.

29 Déjà soulignée, l’offre de draps fins faite par Vercken, d’Eupen, en 1769, était un signe encourageant. Autre marque de l’attention particulière prêtée, par les éditeurs des livres d’adresses et par les marchands-fabricants concernés à cet article de luxe « façon hollandaise » – de 12 à 20 livres tournois l’aune de Paris pour l’étoffe d’Eupen et 2 livres pour un cadi de Lodève, évidemment absent des foires de Leipzig –, la précision de la localisation : en 1773, François Dirichlet le Jeune, dont on apprendra plus tard qu’il était drapier comme tant d’autres Verviétois, inscrit depuis 1764 sous la ville de Verviers (principauté de Liège), se fait domicilier à Hodimont (à deux pas de Verviers, mais dans les Pays-Bas autrichiens) jusqu’à 1783, année où il disparaît de la liste en même temps que Hodimont. Ce faubourg réapparaît en 1791 avec Pierre De Thier dont le père figurait déjà comme originaire de Verviers dans le livre de 1756, le premier à comporter un état des marchands étrangers[24] [24] Adreß-Post, 1756, p. 166. ...
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. À Leipzig, on enregistrait donc fidèlement les délocalisations d’entreprise, ou plutôt le dédoublement des fabriques entre Verviers et Hodimont, décidées, sur place, à des centaines de lieues, par les Verleger, après une étude comparée des avantages fiscaux et douaniers présentés par telle ou telle domiciliation[25] [25] Excellente démonstration de ces stratégies très modernes...
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. Un dernier indice de l’intérêt porté au marché de Leipzig par les manufacturiers de draps, la primeur de la nouveauté: au début du siècle, un drap léger de laine fine, en petite largeur, appelé casimir, employé pour gilet et pantalon, fit fureur à Paris et à Londres, alors qu’il avait été mis par les Aixois à leur devanture de Leipzig dès 1790, et que les Anglais, créateurs du tissu, le vendirent eux-mêmes en foire en 1796. Des détails sans doute, mais qu’on n’oublie pas que les marchands payaient les éditeurs des Adreßbücher pour qu’ils imprimassent une « carte de visite » conforme à la réputation de leur fabrique et à leurs vœux…

30 Et les marchands-fabricants de draps veillèrent à se distinguer individuellement, en figurant à un ou deux derrière Hodimont, Burtscheid ou Monschau, ou collectivement, en formant un bloc compact sous Verviers, Eupen et Aix-la-Chapelle. Tous ont été célèbres à l’époque, à Leipzig et dans leur ville[26] [26] D. J. DAHMEN, Das Aachener Tuchgewerbe bis zum Ende...
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. Certains le sont encore parce qu’ils ont longtemps persévéré dans l’industrie, parfois jusqu’à la fin du dernier millénaire.

31 De la guerre de Sept Ans au début du Zollverein, c’est bien la fine fleur de la draperie de l’Europe continentale, installée entre Meuse et Rhin, de Verviers à Aix-la-Chapelle, qui a approvisionné en beaux draps la riche clientèle allemande, polonaise, ottomane et russe, conquise et captive depuis le début du XVIIIe siècle.

32 Pas de Français, pourtant réputés pour la qualité et… le prix de leurs étoffes ? À cette question, une réponse propre à flatter le chauvinisme qui l’inspire : si l’on avait fait l’appel des Français, sur le front de la foire aux draps de 1795 à 1814, leur honneur eût été sauf ! Car, après 1815, les grands fabricants verviétois, devenus sujets du nouveau roi des Pays-Bas Guillaume Ier, en attendant d’être enfin Belges, et les gros manufacturiers d’Aix-la-Chapelle, de Burscheid, de Monschau et d’Eupen, qui travaillaient désormais pour le roi de Prusse, avaient été pour la plupart de glorieux Verleger « français », bardés de médailles d’or et d’argent obtenues aux expositions « nationales », qui avaient bien mérité de la Grande Nation.

33 Tous, ils avaient gagné beaucoup d’argent en réalisant eux-mêmes leurs ventes à Leipzig et sur le grand marché européen civil et militaire; tous, ils avaient accumulé les capitaux et le crédit nécessaires à la mécanisation du cardage et du filage de laine; et tous ces promoteurs de la révolution mécanicienne en amont de l’industrie de la laine étaient les descendants des puissants marchands-fabricants qui avaient fait fortune au cours du XVIIIe siècle. De la reproduction des richesses dans le monde de la draperie, les grands-pères et les pères, ou les beaux-pères, n’avaient pas écrit le discours, mais ils avaient montré, par leur exemple, la méthode pour y parvenir : bien fabriquer, au moindre coût, sans s’embarrasser de règlements, de marque, ni de tarif d’ouvriers, réaliser soi-même et au plus vite, «à flux tendu », compte tenu du temps des foires, garder intelligemment le monopole du marché, c’est-à-dire le partager entre voisins, suivre la mode et le client de près, réinvestir les bénéfices dans l’achat de laines, et préparer la prochaine foire, bref, vivre comme Pierre Henri Dethier[27] [27] Liste des Verleger inscrits dans les Adreßbücher et...
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LES BONNES AFFAIRES DE « MONSIEUR » DETHIER

34 Au cours d’une mission d’information, accomplie sur ordre du roi Louis XV, en 1755, dans les États de Liège et dans le duché de Limbourg, Abraham Poupart, un jeune manufacturier de draps de Sedan, note au cours de son passage à Verviers : « Monsieur François Franquinet, le père, qui vient de mourir ( 19 novembre 1754), a laissé environ trois M. de livres tournois ( 2400000 florins brabant) à deux fils (Alexandre, qui épousera Anne-Marie Simonis, et Lambert François) qui continuent la fabrique et ont plus de 100 métiers de draps »; autres Verviétois distingués : Chérin, Biolley, Simonis; à Hodimont, séparé de Verviers par le ruisseau de Dison, mais dans le Limbourg autrichien, il rencontre Pierre Jean-Baptiste Dethier; d’Eupen, il cite Grandry, Breuls, Schmitz, comme s’il avait lu tous ces noms dans l’Adreßbuch paru en 1756… un an plus tard. D’ailleurs, il ne se trompe pas sur les causes de leur succès : après s’être scandalisé sur leur manière de marquer leurs draps « draps d’Elbeuf » ou « façon d’Angleterre », il s’émerveille de leur réussite aux foires allemandes de Francfort, Brunswick, Leipzig et Francfort-sur-Oder[28] [28] AN, F12 661, voyage d’un négociant français dans les...
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35 Avec trois millions de livres de fortune au décès, personne dans le monde de la draperie européenne, au milieu du siècle, ne pouvait rivaliser[29] [29] P. BERTHOLET, « L’étonnante fortune du marchand-drapier...
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. François Franquinet avait atteint le sommet de la profession, parce qu’il avait été le premier sur les « coups à l’or »[30] [30] L’une des expressions favorites de Louis Greffulhe, manieur...
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. Né en 1671, en même temps que la manufacture de laine mérinos cardée à Verviers et à Eupen, dans le Limbourg espagnol jusqu’en 1713, il avait cumulé les bénéfices de spéculateur sur les laines ségovianes, de spécialiste des ventes en foire à Leipzig et de marchand-banquier. En y ajoutant les profits tirés de l’activité de marchand-fabricant équipé de laveries, de teintureries et d’ateliers d’apprêt, il avait montré le voie de la réussite à Pierre Jean-Baptiste Dethier ( 1685-1770) et à son fils Pierre Henri, « Monsieur » Dethier ( 1736-1817), véritable seigneur de la foire aux draps de Leipzig. Et quelle chance pour l’historien de tenir, tel le Verleger d’Hodimont lui-même, les deux bouts de la chaîne ! À Leipzig, le filer discrètement dans la Reichstraße, vérifier sa note de frais, faire une enquête de voisinage. À Hodimont, grâce au fonds « De Thier », les archives de la maison, et à l’aide des beaux travaux de Pierre Lebrun, surveiller avec lui, registre en mains, la progression de la fabrication et des encaissements, payer les ouvriers, si possible en mauvaise monnaie, bien emballer les draps, et surtout ne pas oublier, avant de partir, les livres où figuraient la liste des clients et les échantillons de draps achetés ou commandés lors de la dernière foire[31] [31] Verviers, Musées communaux, Centre de documentation, Fonds...
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. Car, chaque soir de foire, Pierre Henri collait, dans une case de la ligne réservée à chaque chaland, un minuscule morceau d’étoffe, afin de garder commodément son choix en mémoire, mais aussi pour lui prouver, en toute circonstance, que la maison Dethier était sérieuse, bien tenue, à son service. Tels les colporteurs, mais à plus grande échelle, les marchands en foire furent les promoteurs de cette innovation de marketing , l’échantillon-attrape-client-à-l’éventaire, que les Français, habitués de longue date à l’échantillon-garantie-réglementaire, finirent par adopter après 1800, à regret ou soulagés[32] [32] G. GAYOT, « Different uses of Cloth Samples in the Manufactures...
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. À méthodes de vente et de marchéage efficaces, marchand qui gagne, et marchand qui gagne se réjouit[33] [33] Inversion d’un autre adage de Louis Greffulhe : « marchand...
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. Exemple : Pierre Henri Dethier.

...


36 Malgré les absences, les comptes sont vite faits. Avant d’examiner la courbe 3 qui cumule, pendant cinquante ans, les ventes de Pâques et de Saint-Michel, et la courbe 4, celle des prévisions, redoutable exercice pour un entrepreneur – au vu des informations sur la conjoncture, partir avec combien d’articles, laisser combien d’invendus en dépôt, en ramener combien à la maison et repartir avec combien de pièces nouvelles à la prochaine foire ? –, une remarque de méthode et de vocabulaire : quand les stocks sont stables en longue durée, quand ils ne varient pas de manière désordonnée, ils sont moins des stocks résultant d’errements de gestion qu’une réserve de fonctionnement entre deux foires, c’est pour cela que nous avons risqué l’expression anachronique de « flux tendu ». Car ce qui ressort de l’observation, c’est le parallélisme des deux courbes, l’ajustement régulier des ventes aux pronostics, à 40% en-dessous, certes, mais sans accident, sans imprévu, et longtemps. Dethier est un professionnel, et sa performance a encore de quoi rendre rêveur ou jaloux un « commercial » d’aujourd’hui, jeune ou chevronné. Toujours présent en foire, sauf quand la prudence lui impose de s’abstenir lors du premier partage de la Pologne, il sait anticiper la guerre de Sept Ans et les guerres russo-turques, il profite des guerres révolutionnaires pour faire tourner sa fabrique à plein régime et, à raison de 600 pièces de drap en moyenne vendues en foire, il rapporte bon an mal an 50000 Taler de Leipzig en bon papier sur Amsterdam, sur Vienne ou sur Breslau. Pour lui, c’est de ce côté-là, du Sud-Est de l’Europe que vint le danger, les autres Verviétois, moins téméraires se ruant au cœur du nouveau marché français, à Paris. Au tournant du siècle, la reprise des hostilités entre Russes et Turcs retarda l’arrivée des commandes et des paiements, les magasins de Vienne et de Trieste débordèrent de draps sans client, et Pierre Henri Dethier, trop engagé sur les marchés du Levant, subit de grosses pertes d’argent et de crédit, au moment où il fallait l’un et l’autre pour s’équiper en assortiments Cockerill de cardage et de filature. Et puis, en 1800, à 67 ans, il était las et seul. Sans compter sa période de « stage commercial » en Hongrie, en Moldavie et en Valachie effectuée avant le décès de son père, en 1770, il avait passé trente ans à voyager pour affaires, à tenir ses livres et à surveiller sa fabrique. À peine entré dans la carrière, c’est-à-dire héritier de l’entreprise paternelle et époux de Marie-Claire Biolley, le plus beau parti de Verviers, il se retrouva veuf en 1773, et contraint à mener une longue et bruyante bataille contre ses beaux-frères, afin de faire respecter le droit d’une sœur sans enfants de déshériter ses frères en faveur de son mari. Il est vrai que le remariage de Pierre Henri avec Catherine Anne Godart, six mois après la mort de Marie-Claire, les avait fait jaser, et que le décès de la seconde épouse, en 1778, avec un seul survivant, Pierre Guillaume, sur les cinq enfants nés, leur avait donné des raisons de reprendre espoir. C’est lui qui accompagna le déclin de son père et fit face à sa faillite. Avec intelligence d’ailleurs puisque, les créanciers remboursés, il resta assez d’argent pour payer sa caution de receveur particulier de l’arrondissement de Verviers en 1814[34] [34] J. R. DE TERWANGNE, Histoire de la famille de Thier...
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37 Parce qu’ils manquèrent de force au moment où la plupart des marchands-fabricants s’engageaient avec entrain dans la voie de la mécanisation, les Dethier échouèrent là où le plus grand nombre allait réussir. Mais après 1800, leur cas est une exception à la règle générale de la croissance industrielle à Hodimont, Verviers, Eupen, Monschau et Aix-la-Chapelle, une règle que suggérait la courbe des visiteurs, que soulignaient les Adreßbücher et que confirment leurs registres de comptes… avant et après 1800 : la condition nécessaire et suffisante pour que les Verleger d’entre Meuse et Rhin entrent dans la carrière du capitalisme industriel a été la longue accumulation des bénéfices réalisés par eux-mêmes aux foires de Leipzig.

UN HAUT LIEU DE LA RÉALISATION DES BÉNÉFICES

38 Ainsi, il y a encore des conjonctures originales à découvrir dans les registres, dans les fardes ou dans les liasses d’archives. Non pas de ces conjonctures lisses et sans vie, à force de manipulation statistique, mais des conjonctures vécues, non corrigées, à échelle arithmétique, celles qui « touchent à l’épaule de l’homme »[35] [35] M. MORINEAU, in F. BRAUDEL et E. LABROUSSE, op. cit. ,...
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. L’économique est bien là, mais il faut aller le chercher derrière sa « manière d’être », derrière les hommes et les groupes qui fabriquent les produits et qui les vendent[36] [36] « Car, le social est la manière d’être de l’économique...
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39 Ici, tous les visiteurs des foires de Leipzig venus d’Europe occidentale et « ottomane » ont été comptés. Il reste à se replacer aux portes de la ville et à enregistrer, à chaque foire, les arrivées des Bohêmiens, des Moraves et des sujets des États héréditaires d’Autriche, les Russes et les Polonais, toujours recensés comme tels après 1795, les Danois, les Prussiens de Silésie et des autres provinces prussiennes, les « Allemands » et les Saxons, les Juifs enfin, de toutes les nations, ces indispensables porteurs d’espèces d’or et d’argent, 6413 en 1815 (dont 1657 « polonais ») contre 19469 « chrétiens »[37] [37] E. HASSE, op. cit. , p. 306-307. ...
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. Les courbes sont à construire, et nul doute qu’elles poseront autant de problèmes d’interprétation que celles tracées ci-dessus. Les Adreßbücher en résoudront certains, pas tous. L’enquête sur ce haut lieu de la réalisation des bénéfices ne fait que commencer…

40 Que nous a-t-elle appris sur les marchands européens, sur leurs affaires et sur leurs marchandises ? Les foires de Leipzig ont été le principal magasin de vente des produits fabriquées par certains Verleger : les cuirs des marchands-tanneurs de Stavelot et de Malmédy, les faux et les faucilles de Styrie et de Haute-Autriche[38] [38] S. RICARD, op. cit. , t. 2, p. 411-412, signale un marché...
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, les draps des marchands-drapiers d’entre Meuse et Rhin. Il y eut, à coup sûr, d’autres manufacturiers qui lièrent étroitement le sort de leur firme aux foires allemandes, ils ont été signalés, mais, pour chaque cas intéressant repéré parmi les milliers de marchands-fabricants et les centaines de noms de lieux et de marchandises, il faudra aller vérifier dans les archives d’entreprise la part du marché ordinaire – les clients locaux – et celle du marché extraordinaire, les hésitations entre le retour à la routine et la poursuite de l’innovation, le choix effectué entre la culture du produit imposé et du profit attendu et la culture du produit risqué et du bénéfice imprévu.

41 Retour aux foires de Leipzig et à leurs retombées économiques et sociales dans les pays d’origine des Verleger : on a vu (annexe 3 déjà évoquée)

42 que l’essor de la production et des ventes de cuir avait provoqué une augmentation considérable des services de voiturage ( 14000 voitures à un ou deux chevaux) dans cette partie du département de l’Ourthe. Le même phénomène est constaté en 1804, près de Monschau, à Kalterherberg, et cette fois, le développement des moyens de transports est explicitement mis en relation avec celui des foires (annexe 5). Des milliers de charretiers et de cochers, des centaines d’entrepreneurs de roulage occupés par ce trafic de terre au long cours finirent par former un groupe social particulier, caractérisé par sa mobilité et son activité de « service », le service de circulation et de livraison des marchandises. À part la grossièreté légendaire et nécessaire, dit-on, pour conduire les chevaux, les contours sociologiques exacts de cette catégorie socio-professionnelle « tertiaire » promise à un bel avenir, sont peu connus, comme son évolution et sa reconversion à l’époque des chemins de fer. L’information est bien meilleure, en revanche, sur les contrecoups du mouvement des affaires en foire dans les petits mondes où les produits étaient manufacturés. Et l’historien se doit d’être là, au tribunal, dans la rue ou dans l’atelier, partout où les langues se délient, de manière inhabituelle, à raisonner ou à vociférer sur le rapport entre conjoncture économique et mouvement social.

43 En 1763, la guerre est finie, et de Verviers, d’Eupen et d’Hodimont, les Dethier, les Fey, les Grandry, les Römer, les Thelosen et les Vercken repartent aussitôt aux nouvelles à Leipzig. Ils reviennent au pays, le carnet rempli de commandes de beaux draps pour officiers et pour cavaliers qu’il faut rhabiller à neuf après de longues campagnes, et bien décidés à les honorer. La demande est satisfaite, aux foires de 1764, grâce à une offre d’emploi massive dans la manufacture et à l’allongement de la journée de travail. Toutes les fileuses au rouet, pas un tisseur valide « désoccupé d’industrie », de l’ouvrage pour les tondeurs, jeunes et vieux, à la chandelle, mais cela ne va pas sans violence ni revendication. Car « suivant leurs coutumes criminelles, les ouvriers jettent l’ouvrage bas à la veille des foires, ou dans les temps les plus pressants, pour forcer à leur accorder ce qu’ils demandent »[39] [39] Verviers, Musées communaux, Fonds « De Thier », dossier...
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. Aussi, en octobre 1766, la foire de Saint-Michel passée, quand ils s’avisent que le travail va manquer, réclament-ils des mesures d’économie morale, et la réplique des marchands-fabricants est cinglante. À la proposition d’une répartition équitable de l’ouvrage entre tous les ouvriers, avec diminution du temps de travail et réduction proportionnelle du salaire, ils opposent un refus indigné, et un entrepreneur saisit l’occasion pour lâcher sa rancune et son mépris :
« nous aurons, en outre, la satisfaction de nous venger des insolences que commettaient les ouvriers dans les temps qu’ils se croyaient nécessaires et leur misère servira d’exemple aux autres »[40] [40] Verviers, Archives comm. , registre 70bis, mémoire transmis...
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44 Il est difficile de mieux montrer comment, dans cette petite région où 50000 hommes, femmes et enfants étaient occupés d’industrie drapière, les foires de Leipzig donnèrent longtemps le rythme à la réalisation des bénéfices, à la production et aux rapports sociaux, à l’accumulation du capital. Sauf à y ajouter quelques commentaires des intéressés eux-mêmes ou la critique d’illustres historiens du capitalisme industriel. Là, et sans doute ailleurs – l’enquête le dira –, il parut de plus en plus naturel aux entrepreneurs de diriger leur manufacture « selon les commissions qui leur sont données », d’ajuster l’offre d’emploi, l’intensité du travail et le salaire aux prévisions, de conduire leurs affaires à leur gré, sans entrave ni règlement. Un manufacturier qui, tel Paignon à Sedan, fit battre un nombre réglé de métiers à tisser pendant plusieurs décennies[41] [41] AN, F12 1357, « Précis historique de la Draperie royale...
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, eût été considéré à Verviers comme un exemple odieux et pernicieux, à Eupen comme un criminel contre l’esprit du Commerce. Car ils ne s’embarrassèrent pas de modèle colbertiste ou anglais, ni ne balancèrent entre les deux voies théorisées plus tard par Marx, l’archaïque, celle qui mène du commerce à l’industrie, et la révolutionnaire, ou l’industriel fait commerce de ses produits[42] [42] Karl MARX, Le capital, Livre troisième, chap. XX, «...
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. Ils choisirent – empiriquement – d’être « autant négociant que manufacturier », parce qu’ils « savaient vendre leurs produits, conduire une fabrique, faire marcher les ouvriers »[43] [43] À l’instar de Guillaume Ternaux, Paris, AN, F12 618,...
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. Placés d’entrée de carrière à la fin et au commencement du processus, ils avaient appris de leur père à faire tourner ensemble les deux moteurs de la machine, ils en connaissaient les avantages, les ratés et les lois de fonctionnement :

45

« 1. Le maître doit être en état de fabriquer au pair, en équilibre, en balance, sans dis-
proportion avec les concurrents voisins.
2. Le choix des ouvriers est totalement libre et arbitraire, selon les circonstances du
temps et les occasions.
3. Le salaire est muable et arbitraire »[44] [44] Verviers, Musées communaux, source citée. Selon la formule...
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,.

46 À Leipzig, la saine émulation de la concurrence et un prix de vente à débattre jusqu’à la livraison, sur les bords de la Vesdre, la logique implacable du prix de revient, l’irrésistible tentation de réduire les coûts salariaux pour garder une marge de manœuvre, et l’épreuve de force acceptée avec la maind’œuvre; tout le plan de la longue guerre civile entre maîtres et ouvriers était tracé par les entrepreneurs dès 1764, et déjà appliqué, sans pitié ni « remords social »[45] [45] Paul MANTOUX, La révolution industrielle au XVIIIe...
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, cette gêne morale qui leur fut inspirée au XIXe siècle plus par l’air du temps et la peur que par la raison et leur conscience économique. Ces principes d’action, élaborés dans le monde manufacturier entre Meuse et Rhin, au XVIIIe siècle, n’auraient sans doute pas pris aussi précocement la forme d’une doctrine simple, rude et efficace, partant toujours d’actualité, si leurs auteurs n’avaient pas voulu être à la fois fabricant pressé d’ouvrage, marchand pressé de vendre ses propres produits en foire et marchand-fabricant pressé de se réjouir à chaque bilan. Et si les entrepreneurs de Verviers, d’Hodimont et d’Eupen n’avaient pas résolument énoncé et mis en pratique ces maximes « monstrueuses », selon leurs ouvriers, la Belgique ne serait peut-être pas devenue, un siècle plus tard, « ce paradis des capitalistes et du libéralisme continental »[46] [46] K. MARX, op. cit. , Livre premier, 7e section, « L’accumulation...
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, ou cet enfer des ouvriers. Champs Elysées du « crétinisme libéral » ou champ d’horreur économique et sociale, pour Marx, c’était pareil[47] [47] Les premiers résultats de mes recherches dans les archives...
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Annexe

ANNEXE 6

NB : Pour des raisons de lisibilité, les échelles des ordonnées n’ont pas été uniformisées.

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GRAPHIQUE 1 Les visiteurs aux foires de Leipzig Nombre de visiteurs 30 000 25 000 20 000 15 000 10 000 5000 Total St Michel Pâques Nouvel An 1740 1743 1746 1749 1752 1755 1758 1761 1764 1767 1770 1773 1776 1779 1782 1785 1788 1791 1794 1797 1800 1803 1806 1809 1812 1815 1818 1821 1824 1827 1830 1833 1836 1839 Sources: E. Hasse, op.cit.;Leipzig, Stadtarchiv, XLVB 13a, Bd 1, 2, 3.

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GRAPHIQUE 2 Les visiteurs européens aux foires de Leipzig Angleterre, France, Italie, Pays-Bas, Suisse Aachen, Burtscheid, Monschau et Verviers Nombre de visiteurs 1 200 Total St Michel Pâques Nouvel An 1 000 800 600 400 200 0 1740 1743 1746 1749 1752 1755 1758 1761 1764 1767 1770 1773 1776 1779 1782 1785 1788 1791 1794 1797 1800 1803 1806 1809 1812 1815 1818 1821 1824 1827 1830 1833 1836 1839 Sources: E. Hasse, op.cit.;Leipzig, Stadtarchiv, XLVB 13a, Bd 1, 2, 3.

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GRAPHIQUE 3 Les visiteurs anglais aux foires de Leipzig Nombre de visiteurs 250 Total St Michel Pâques Nouvel An 200 150 100 50 0 1740 1743 1746 1749 1752 1755 1758 1761 1764 1767 1770 1773 1776 1779 1782 1785 1788 1791 1794 1797 1800 1803 1806 1809 1812 1815 1818 1821 1824 1827 1830 1833 1836 1839 Sources: E. Hasse, op.cit.;Leipzig, Stadtarchiv, XLVB 13a, Bd 1, 2, 3.

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GRAPHIQUE 4 Les visiteurs français aux foires de Leipzig Nombre de visiteurs 300 Total St Michel Pâques Nouvel An 250 200 150 100 50 0 1740 1743 1746 1749 1752 1755 1758 1761 1764 1767 1770 1773 1776 1779 1782 1785 1788 1791 1794 1797 1800 1803 1806 1809 1812 1815 1818 1821 1824 1827 1830 1833 1836 1839 Sources: E. Hasse, op.cit.;Leipzig, Stadtarchiv, XLVB 13a, Bd 1, 2, 3.

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GRAPHIQUE 5 Les visiteurs italiens aux foires de Leipzig Nombre de visiteurs 100 Total St Michel Pâques Nouvel An 80 60 40 20 1740 1743 1746 1749 1752 1755 1758 1761 1764 1767 1770 1773 1776 1779 1782 1785 1788 1791 1794 1797 1800 1803 1806 1809 1812 1815 1818 1821 1824 1827 1830 1833 1836 1839 Sources: E. Hasse, op.cit.;Leipzig, Stadtarchiv, XLVB 13a, Bd 1, 2, 3.

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GRAPHIQUE 6 Les visiteurs néerlandais aux foires de Leipzig Nombre de visiteurs 300 Total St Michel Pâques Nouvel An 250 200 150 100 50 0 1740 1743 1746 1749 1752 1755 1758 1761 1764 1767 1770 1773 1776 1779 1782 1785 1788 1791 1794 1797 1800 1803 1806 1809 1812 1815 1818 1821 1824 1827 1830 1833 1836 1839 Sources: E. Hasse, op.cit.;Leipzig, Stadtarchiv, XLVB 13a, Bd 1, 2, 3.

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GRAPHIQUE 7 Les visiteurs suisses aux foires de Leipzig Nombre de visiteurs 350 300 250 200 150 100 50 Total St Michel Pâques Nouvel An 1740 1743 1746 1749 1752 1755 1758 1761 1764 1767 1770 1773 1776 1779 1782 1785 1788 1791 1794 1797 1800 1803 1806 1809 1812 1815 1818 1821 1824 1827 1830 1833 1836 1839 Sources: E. Hasse, op.cit.;Leipzig, Stadtarchiv, XLVB 13a, Bd 1, 2, 3

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GRAPHIQUE 8 Les visiteurs de Aachen, Burtscheid, Eupen, Monschau et Verviers aux foires de Leipzig Nombre de visiteurs Total St Michel Pâques Nouvel An 1740 1743 1746 1749 1752 1755 1758 1761 1764 1767 1770 1773 1776 1779 1782 1785 1788 1791 1794 1797 1800 1803 1806 1809 1812 1815 1818 1821 1824 1827 1830 1833 1836 1839 Sources : E. Hasse, op. cit. ; Leipzig, Stadtarchiv, XLVB 13a, Bd 1,2,3. 150 120 90 60 30 0
 

Notes

[ 1] Ernst HASSE, Geschichte der Leipziger Messen, Leipzig, Hirzel, 1885, p. 288-309 (ouvrage exemplaire de plus de 500 pages, réédité en 1963. J’ai utilisé l’édition originale).Retour

[ 2] Fernand BRAUDEL, Civilisation matérielle, économie et capitalisme, XVe-XVIIIe siècles, t. 2 : Les jeux de l’échange, Paris, Armand Colin, 1979, p. 74. Voir aussi Nils BRÜBACH, Die Reichsmessen von FrankfurtamMain, Leipzig und Braunschweig (14-18 Jahrhundert), Stuttgart, 1994.Retour

[ 3] E. HASSE, op. cit., p. 248-255.Retour

[ 4] Maurice LÉVY -LEBOYER, Les banques européennes et l’industrialisation internationale dans la première moitié du XIXe siècle, Paris, PUF, 1964, p. 515.Retour

[ 5] Samuel RICARD, Traité général de commerce, Amsterdam, D. J. Changuion, 1781, p. 404-405; Richard GASCON, in Fernand BRAUDEL, Ernest LABROUSSE éd., Histoire économique et sociale de la France, t. 1 : 1450-1660, Paris, PUF, 1970, rééd. 1993, p. 380-381; Pierre DARDEL Commerce, industrie et navigation à Rouen et au Havre au XVIIIe siècle, Rouen, Société libre d’émulation de la Seine-Maritime, 1966, p. 277-287.Retour

[ 6] Hubert KIESEWETTER, Industrialisierung und Landwirtschaft. Sachsen stellung im regionalen Industrialisierungsprozeß Deutschlands im 19. Jahrhundert, Köln-Wien, Böhlau Verlag, 1988, p. 224. En 1815, Leipzig comptait 34000 habitants, Dresde 50000 et Chemnitz, troisième ville de Saxe, 13623. En 1830, la population est passée à 39930 pour Leipzig, à 61886 pour Dresde et à 15735 pour Chemnitz.Retour

[ 7] P. DARDEL, op. cit., p. 279.Retour

[ 8] Verviers, Musées communaux, Centre de documentation, Fonds De Thier, 1849, correspondance avec Ternaux frères, Paris, 1784-1808, 9 vendémiaire an X.Retour

[ 9] Leipzig, Stadtarchiv, XLVB 13a, Bd 1 1765-1784, Bd 2 1785-1819, Bd 3 1820-1830.Retour

[ 10] François CROUZET, L’économie britannique et le Blocus continental ( 1806-1813), Paris, PUF, 1958, p. 152, 239, 668. J. Wedgwood déclare que les marchés continentaux (Allemagne, Russie, Pays-Bas) se fermèrent au printemps et à l’automne 1807, et qu’il n’eut plus de relations avec le continent avant 1813.Retour

[ 11] F. BRAUDEL, op. cit., t. 3 : Le temps du monde, Paris, Armand Colin, 1979, p. 415.Retour

[ 12] Gunther MEINERT, Handelsbeziehungen zwischen Sachsen und Italien 1740-1814. Eine Quellenveröffentlichung, Weimar, Hermann Böhlaus Nachfolger, 1974, p. 314-344. Leipzig, Stadtarchiv, XLVB 13a, source citée.Retour

[ 13] Leipzig, Stadtarchiv, Adreßbuch 1736, p. 96-98. Il s’agit des colonies marchandes d’Europe occidentale les plus éloignées en Europe orientale. Si la délégation italienne (en 1787, BUZZI Ant. CALDERARE Salvator, CURIONE Joseph veuve, GRASSI Joseph, MAINONI DI PIETRO Dominico, PENSA frères, RASCO Joh., ROSSI Joh. Bernard, ROSSI Carl Joseph, SIOLI Giovan Batista, VERONELL Balthasar) a la même allure que la colonie française (même année : ANGELY Fried., BASSENGE Jacques Isaac, BUES Joh. Wilh. Gottl., CRAYEN Aug. Wilh., DUFOUR Jacob et DUFOUR Jacob Marcus Anton, DUMONT Amy, DUVIGNEAU David Anton et Gabriel Philippe, FÉLIX Joh. Victor et Oberman, FÉLIX Jakob et LESSING, FÉRONCE Daniel Simon, FIZEAUX Jakob, GABAIN Joh. David et BAERBALK August Fried., LE PLAY Peter, LINKE Heinr. Ernst, PENER Rudolph, RIQUET Joh., ROUSSET Phili. Wilh., SCHNEIDER Joh. Ulrich, SEYHEHAYE Johann André, THIERIOT Joh. et BASSENGE Jacques Isaac), nul doute que ces services commerciaux permanents doivent faire l’objet d’une recherche particulière. Les DUFOUR, les DUMONT, les FIZEAUX, mais aussi les DUBOSC, mentionnés en 1747, font partie du grand réseau d’affaires huguenot, bancaire industriel et commercial, mis en place en Europe après la Révocation de l’Édit de Nantes (Hubert LÜTHY, La banque protestante de la Révocation de l’Édit de Nantes à la Révolution, t. 2, De la banque aux finances (1730-1794), Paris, SEVPEN, 1961, p. 66-69, 83, 225, 252, 333; voir aussi l’excellent Katharina MIDDELL, Huguenotten in Leipzig, Leipzig, Leipziger Universitätverlag, 1998). Quant aux FÉRONCE, eux aussi « réfugiés » huguenots (H. LÜTHY, op. cit., p. 440), installés à Leipzig aux côtés d’autres puissantes familles lyonnaises, ils ont permis à Lyon d’exporter ses précieuses soieries dans d’excellentes conditions. Aussi le point d’interrogation qui figure au-dessus de Leipzig sur une carte établie par Maurice GARDEN (in Pierre LÉON éd., Aires et structures du commerce français au XVIIIe siècle, Lyon, Centre d’histoire économique et sociale de la région lyonnaise, 1975, p. 296) peut-il être effacé, après ce détour par les Adreßbücher.Retour

[ 14] Leipzig, Stadtarchiv, Adreßbuch 1752, p. 142-154. La publication, à compter de 1750, prend le titre de Adreß-Post-und Reise-Kalender.Retour

[ 15] Ibid., Adreß-Post, 1769, p. 204.Retour

[ 16] Wilfried REININGHAUS, Die Stadt Iserlohn und seine Kaufleute (1700-1815), Dortmund, 1995.Retour

[ 17] Gérard GAYOT, Les draps de Sedan ( 1646-1870), Paris, Editions de l’EHESS, 1998, p. 399-407; ID., « Les innovations de marketing sur le marché européen des draps fins (XVIIe-XVIIIe siècles)», Jacques BOTTIN et Nicole PELLEGRIN É d., Échanges et cultures textiles dans l’Europe pré-industrielle, Villeneuve d’Ascq, Revue du Nord, hors-série, coll. Histoire, 12, 1996, p. 111-128.Retour

[ 18] Liège, AEL (Archives de l’État, Liège), FFP (Fonds Français Préfecture), 698 ( 3), mémoire du sous-préfet de Malmédy, 21 juin 1807.Retour

[ 19] Vu de Paris, Louis BERGERON a tracé de belles pistes dans cette direction. Relire, par exemple, « Paris dans l’organisation des échanges intérieurs français à la fin du XVIIIe siècle », in P. LÉON éd., op. cit., p. 237-264, où l’on voit au travail les éventaillistes de Paris, et leur part de marché croissante en Europe centrale (p. 243-246).Retour

[ 20] Horst KRÜGER, Zur Geschichte der Manufakturen und der Manufakturarbeiter in Preußen. Die Mittleren Provinzen in der zweiten Hälfte des 18. Jahrhunderts, Berlin, 1958.Retour

[ 21] Rudolf FORBERGER, Die Manufaktur in Sachsen vom Ende des 16. bis zum Anfang des 19. Jahrhunderts, Berlin, Akademie-Verlag, 1958. ID., Die industrielle Revolution in Sachsen 1800-1861, t. 1, vol. 1, Die Revolution der Produktivekräfte in Sachsen, vol. 2, Übersichten zur Fabrikenentwicklung, Berlin, Akademie-Verlag, 1982.Retour

[ 22] Dresde, Sächsischen Haupstaatarchiv, Geheimes Kabinett, Commercien Sachsen, 2483, Loc. 338. 17, Das dem Ritter de Cochelet auf eine neuerfundene Tuchschermaschine erteilte Privilegium, 21 juillet 1818; privilège accordé au « chevalier » (de la Légion d’honneur !, agent commercial d’André de Neuflize en Europe pour ses tondeuses hélicoïdales brevetées en 1817) Cochelet pour une nouvelle machine à tondre les draps. Voir G. GAYOT, « Die Abenteuer des « Ritters » Adrien Louis Cochelet in Sachsen in 1818 », in Unternehmensgeschichtliches Kolloquium, Dresde, Sächsisches Wirtschafts-archiv, à paraître.Retour

[ 23] Didier TERRIER, Les deux âges de la proto-industrie. Les tisserands du Cambrésis et du Saint-Quentinois, 1730-1880, Paris, Éditions de l’EHESS, 1996.Retour

[ 24] Adreß-Post, 1756, p. 166.Retour

[ 25] Excellente démonstration de ces stratégies très modernes de localisation et de délocalisation dans Pierre LEBRUN, L’industrie de la laine à Verviers pendant le XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle. Contribution à l’étude des origines de la révolution industrielle, Liège, Bibliothèque de la Faculté de Lettres et Philosophie de Liège, 1948, p. 71-75, 98, 126.Retour

[ 26] D. J. DAHMEN, Das Aachener Tuchgewerbe bis zum Ende des 19. Jahrhundert. Ein Beitrag zur Wirtschaftsgeschichte der Stadt Aachen, Aachen, Aachener Verlags-und Druckerei Gesellschaft, 1925; S. R. X. GOLBÉRY, Considérations sur le département de la Roër suivies de la notice d’Aix-la-Chapelle et de Borcette, Aix-la-Chapelle, Imprimerie de Beaufort, 1811; J. C. F. LADOUCETTE, Voyage fait en 1813 et 1814 entre Meuse et Rhin, Paris, Eymery, Aix-la-Chapelle, Laruelle, 1818; P. LEBRUN, op. cit.Retour

[ 27] Liste des Verleger inscrits dans les Adreßbücher et les Adreß-Post. Aachen (Aix-la-Chapelle) : ALTENHOF, BILLI, BRAUMHAUER, BROFF, BRÜCKNER, CLERMONT Esaïas, CLERMONT Johann Arnold, FEY Ludwig, FION, GOTTSCHALK, HACHTMANN, HEUPGEN, KREIß Johann Michel, LUDWIG Andreas, MARBAIS, RITTERHAUFFEN, RÖMER, SCHMITZ Heinrich, STEINBERG et SCHMITZ, STRAUCH, TILLMANN, THIMUS, WISPEN. Burtscheid (Borcette) : FABRICIUS Johann Friedrich, STEINBERG frères. Eupen (Néau) :ACKENS, BREULS Jacob, BREULS Veuve, FELDMANN, FEY, FREGE, GIELENS et BUCHHOLZ, GORZ Hermann Heinrich, GRANDRY André, GRANDRY André Veuve, GRANDRY Nicolas Joseph, HANSEN, KROß Georg, MILLIARD et HERWEGH, NICOLA ï Simon, PHILIPP Jean Joseph, RÖMER Arnold, RÖMER Jean Gérard, SALM Nicolas, SCHEIBLER Bernard, SCHMITZ Thomas, THELOSEN, THIMUS, VERCKEN Léonard, VOß Jean, WALTER Jakob, WELTZER Jakob. Hodimont : M. DE THIER Pierre (Reichsstr. 382), DIRICHLET, GODIN Arnold (Reichsstr. 545). Monschau (Monjoie) : BAUER Martin, CREMER Jean Peter, SCHMITZ frères, SCHMITZ Peter et fils (Reichsstr. 432), STOLZ Johann Arnold. Verviers: BIOLLEY Jean, CHERIN Mathieu, DELHERZ Paul Joseph, DELLBERG, DE NEUVILLE Peter, DE THIER Servatius Joseph, DE THIER Peter, DIRICHLET Lejeune, DUCHAPT Anton, DUESBERG Otto Caspar, FION Edmond, GODIN Arnold, LAMBERT Anton, MEGRET, NIZET frères, RIPA, RÖMISCH Johann, THIS Nikolaus.Retour

[ 28] AN, F12 661, voyage d’un négociant français dans les fabriques de Liège et de Limbourg, avec en marge : « Il y a des choses qui vont mieux lorsqu’elles ne sont pas réglées. » Ce texte n’a pas échappé à la curiosité de Paul BERTHOLET qui l’a publié dans le Bulletin de la Société Verviétoise d’Archéologie et d’Histoire, LXI, 1980, p. 117-135. J’ai eu la chance d’en identifier l’auteur en découvrant, dans sa lettre d’anoblissement en 1769 (Paris, Archives Nationales, 44 AQ 5, « Mémoires » d’André de Neuflize), la mention de cette mission d’exploration industrielle qui lui avait été confiée par le roi en 1755 et qui lui avait valu, avec d’autres bons et loyaux services, l’encouragement suprême.Retour

[ 29] P. BERTHOLET, « L’étonnante fortune du marchand-drapier verviétois François Franquinet ( 1671-1754)», Bulletin de la Société Verviétoise d’Archéologie et d’Histoire, LXI, 1980, p. 136-173.Retour

[ 30] L’une des expressions favorites de Louis Greffulhe, manieur d’argent à Amsterdam, cité par H. LÜTHY, op. cit., p. 610.Retour

[ 31] Verviers, Musées communaux, Centre de documentation, Fonds « De Thier », source citée, 1665; P. LEBRUN, op. cit., p. 524-526, diagramme VI.Retour

[ 32] G. GAYOT, « Different uses of Cloth Samples in the Manufactures of Elbeuf, Sedan and Verviers in the Eighteenth-Century », Textile Sample Book Reassessed : Commerce, Communication and Culture, colloque organisé par l’Université de Southampton et la School of Arts and Design, Winchester, actes à paraître.Retour

[ 33] Inversion d’un autre adage de Louis Greffulhe : « marchand qui perd ne saurait rire », cité par H. LÜTHY, op. cit., p. 623.Retour

[ 34] J. R. DE TERWANGNE, Histoire de la famille de Thier de Verviers, Bruxelles, Office généalogique et héraldique de Belgique, 1979, p. 71-72, 82-87, 95.Retour

[ 35] M. MORINEAU, in F. BRAUDEL et E. LABROUSSE, op. cit., p. 872.Retour

[ 36] « Car, le social est la manière d’être de l’économique »: cette formule en forme de maxime est de Jean BOUVIER, « Le capitalisme et l’État en France », in Quel avenir industriel pour la France ?, Paris, Economica, 1987.Retour

[ 37] E. HASSE, op. cit., p. 306-307.Retour

[ 38] S. RICARD, op. cit., t. 2, p. 411-412, signale un marché de 400000 florins et 46 fabricants de faux et faucilles à Mühldorf et Kirchdorf, dans les pays en-dessous de l’Enns, destinées aux Turcs. Une partie de ces articles, avec d’autres de la même région, transitent par Leipzig. Et c’est là que la métallurgie de transformation va se développer au XIXe SIÈCLE. À l’initiative des Verleger ou de leurs enfants ?Retour

[ 39] Verviers, Musées communaux, Fonds « De Thier », dossier « Tondeurs » non classé, 1764. Je remercie Jocelyne Lemaire pour m’avoir signalé cette liasse de textes et de notes soigneusement classée et pliée, comme si Dethier la portait toujours sur lui, prête à sortir de sa poche en cas de contestation.Retour

[ 40] Verviers, Archives comm., registre 70bis, mémoire transmis aux États du Limbourg par le Conseil des finances, 31 octobre 1766. Laurent DECHESNE, Industrie drapière de la Vesdre avant 1800, Paris, Sirey, Liège, Wikmans, 1927, p. 207.Retour

[ 41] AN, F12 1357, « Précis historique de la Draperie royale de Sedan », 1775.Retour

[ 42] Karl MARX, Le capital, Livre troisième, chap. XX, « Aperçu historique sur le capital marchand », Paris, Éditions sociales, 1957, p. 342-343.Retour

[ 43] À l’instar de Guillaume Ternaux, Paris, AN, F12 618, mémoire de 1807, f° 3.Retour

[ 44] Verviers, Musées communaux, source citée. Selon la formule convenue, je ne suis responsable que de l’ordre de ces terribles arguments en faveur de la liberté absolue de l’entrepreneur.Retour

[ 45] Paul MANTOUX, La révolution industrielle au XVIIIe siècle, Paris, Genin, rééd. 1973, p. 494.Retour

[ 46] K. MARX, op. cit., Livre premier, 7e section, « L’accumulation du capital », Paris, Ed. sociales, 1968, p. 112-113, note 1; ID., op. cit., Livre premier, 3e section, « La production de la plus-value », Paris, Éditions sociales, 1967, p. 293, note 1. Pour « crétinisme libéral », ID., p. 233.Retour

[ 47] Les premiers résultats de mes recherches dans les archives de la ville de Leipzig ont fait l’objet d’une communication à un colloque organisé en 1997, à Leipzig, publiée sous le titre « Kaufleute aus Westeuropa auf den Leipziger Messen. Kommerzielle Interessen und internationale Konjonkturen ( 1750-1830) in Hartmut ZWAHR, Thomas TOPFSTEDT, Günter BENTELE éds., Leipzigs Messen 1497-1997. Gestaltwandel-Umbrüche-Neubeginn, t. 1 : 1497-1914, Köln, Weimar, Wien, Böhlau, 1999, p. 243-258. De cette version allemande, il ne reste ici que les graphiques. Je recommande la lecture de cet ouvrage à ceux qui considèrent les foires comme un « fait total », c’est-à-dire comme un fait social.Retour

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POUR CITER CET ARTICLE

Gérard Gayot « La main invisible qui guidait les marchands aux foires de Leipzig : enquête sur un haut lieu de la réalisation des bénéfices, 1750-1830 », Revue d’histoire moderne et contemporaine 2/2001 (no48-2), p. 72-103.
URL :
www.cairn.info/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2001-2-page-72.htm.