2001
Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine
Les territoires de l’économie, XVe-XIXe
siècles
Marchands au long cours
La main invisible qui guidait les marchands aux foires de Leipzig
: enquête sur un haut lieu de la réalisation des bénéfices, 1750-1830
Gérard Gayot
Gérard GAYOT, Université
Charles-de-Gaulle-Lille 3, CERSATES, UMR 8529 CNRS-IFRESI Pont-de-bois, BP 149
59653 Villeneuve d’Ascq cedex
Dans un livre publié en 1885, sept ans après que le congrès de
Berlin eut consacré la capacité d’arbitrage international de l’Allemagne en
Europe orientale, Ernst Hasse, qui avait classé lui-même les archives de la
ville de Leipzig, écrivait que parmi les 10000 personnes qui s’étaient rendues
en moyenne aux foires de
Neujahr,
Jubilate et Saint-Michel, plus de 800
visiteurs avaient quitté chaque année leur pays pour venir aux foires de
Leipzig, entre le milieu du XVIIIe siècle et les débuts du
Zollverein ( 1834). Le plus grand
nombre des chalands venaient donc de Chursachsen (Saxe) et du Reich, mais
l’auteur constatait avec fierté que les foires lipsiennes avaient toujours
attiré une minorité de marchands étrangers très entreprenants
[1].
Avec les foires de Nijni-Novgorod, les foires de Leipzig, qui
avaient supplanté celles de Francfort-sur-le-Main depuis le début du XVIIIe
siècle, étaient devenues, pour le trafic de marchandises, l’occasion de la plus
grande migration de marchands d’Europe
[2]. Pour le chiffre des transactions, nous ne disposons
que d’estimations au milieu du XVIIIe siècle, de l’ordre de 5 à 8 millions de
Taler, soit 25 à 40 M. de livres tournois
[3], un chiffre qui paraît très faible par rapport aux
années 1830 : 4905000 £, à Pâques 1836, contre 7150000 pour l’année 1838 à
Nijni-Novgorod
[4]; ce qui
fait beaucoup plus – x par 25 F –, trop peut-être, ou pas assez pour le siècle
précédent. En tout cas, même avec 40 millions de livres tournois, il y avait de
quoi y faire de bonnes affaires, à condition de bien connaître sa
partie.
Qui étaient ces
Fernhändler venus de France, d’Angleterre et
d’Écosse, de la principauté de Liège, d’Amsterdam, des Pays-Bas autrichiens, de
Suisse et d’Italie ? La curiosité du badaud ou le goût du voyage ne peuvent
suffire à expliquer le temps et l’argent consacrés tous les ans, et souvent
deux fois par an, au transport des personnes et des marchandises. Un courrier
rapide, porteur de lettres de change de Dantzig sur Amsterdam, les y présentait
après 21 à 22 jours de route. LeHavre-Leipzig, par Strasbourg et Francfort,
demandait 45 jours, et pour aller, de relais en relais, de Aix-la-Chapelle à
Leipzig, par Cologne, Coblence et Francfort, selon l’itinéraire en « Meilen » –
7, 5 km environ – indiqué dans le livre d’adresses de 1810, il fallait 22
jours
[5]. Et encore 22
jours pour le retour, après 15 jours de foire et d’après-foire, où l’on faisait
ses comptes, et où l’on préparait la prochaine. Rarement à la Nouvelle Année,
mais, à coup sûr, à Pâques et à la Saint-Michel pour les marchands habitués à
faire la foire de Leipzig, c’était donc deux fois deux mois de surveillance de
convois et de malles, de présence en boutique et de tenue de livres,
d’hébergement le long de la route et dans une ville de 30000 habitants
[6], survoltée trois fois l’an
par l’arrivée des gens de foire. Au milieu du XVIIIe siècle, 86 hôtels
intra muros et 20 « Gasthöfe » dans
les faubourgs des quatre portes, dont 9 autour de la « Peters-Thore », étaient
prêts à les accueillir, et la ville s’était déjà dotée de cette architecture
singulière avec ses rues, ses places et ses maisons-blocs aménagées et
aménageables pour les foires. Confort garanti ou pas, un tiers de l’année à
l’étranger, loin de sa maison, c’était long, et l’on comprend le soin qu’Henri
Peltzer, un industriel de Verviers, prit à mettre par écrit pour ses enfants,
vers 1830, ses recommandations pour les voyages (annexe 1).
Coûteux en temps, le trajet et le séjour l’étaient aussi en
argent, que le marchand utilisât ses propres équipements de transport ou qu’il
recourût aux entreprises de roulage. Pierre Dardel nous a déjà donné le tarif
de base de la Régie des Diligences, Messageries royales et du Roulage, 1 sol 6
deniers par quintal et par lieue en 1781, et un prix de référence, 9 livres par
quintal sur la « ligne » LeHavre-Strasbourg, en 27 à 30 jours
[7]. Vingt ans plus tard, une
facture de Fortin Poulet et Cie, rouliers de Paris, nous apprend que, pour la
livraison par Guillaume Ternaux, départ de Paris, de deux balles de laine
d’Espagne de 443 livres, il en avait coûté 7 livres 10 sols du cent pesant à
Pierre Henri Dethier de Verviers, soit un peu plus de 34 livres, lequel pouvait
remarquer aussitôt que le coût des transports était resté à peu près au même
niveau
[8].
Mais cela restait fort cher. Et Verviers-Leipzig coûtait encore
plus cher !
Alors, à quoi bon passer tant de temps et dépenser tant
d’argent pour aller en foire ? Impossible que le marchand au long cours y
perdît et y retournât… sauf à y gagner ! Partait-il seul à Leipzig ? Combien
étaient-ils de Verviers et d’ailleurs en Europe à faire comme lui, à quitter la
fabrique, la boutique et la famille pendant deux fois deux mois ?
ACCUEILLIR ET COMPTER LES VISITEURS AUX
PORTES DE LEIPZIG
Placés aux quatre portes de Leipzig, des officiers de la ville
enregistraient les visiteurs « nation » par « nation » sur deux colonnes, juifs
et chrétiens, les « orthodoxes » étant compris dans ces derniers, selon un
découpage territorial en 38 zones, pas toujours respectueux des limites de
souveraineté, une géographie de l’Europe fabricante et négociante vue de
Leipzig qui mériterait à elle seule une étude particulière. Nous avons, nous
aussi, compté les visiteurs, foire après foire, mais nous avons fait ce que ne
s’étaient pas embarrassés à faire les préposés aux portes, ni Ernst Hasse, à
savoir les comptages annuels pour toute la période et les représentations
graphiques, « nation » par « nation »
[9].
La courbe des visiteurs ( Besucher ) n’est pas la courbe des marchands (
Händler ). Elle en a l’allure mais,
avec les domestiques et les commis qui accompagnaient leur maître, elle se
situe au-dessus de celle des vendeurs.
Cette réserve faite, il reste que la courbe annuelle des
étrangers aux foires de Leipzig traduit une des tendances du commerce européen.
Ces hommes venaient seuls ou en rangs plus ou moins serrés, pour répondre à la
demande des marchés d’Europe centrale et orientale, une demande dont ils
avaient eu connaissance au cours de la dernière foire ou entre les foires, ils
venaient aussi pour convaincre de nouveaux chalands d’acheter les produits
qu’ils n’avaient pas réussi à vendre sur les marchés locaux et régionaux de
leur pays d’origine.
Honorer les commandes et fidéliser la clientèle, s’en faire une
nouvelle, de bouche à oreille et échantillon à la main, et surtout réaliser ses
bénéfices lui-même, sans en céder la moindre portion à un commissionnaire ou à
quelque autre intermédiaire, tel était l’objectif de tout honnête marchand à
Leipzig. Le projet des Verleger, des
marchands-fabricants, était plus ambitieux : ils voulaient tenir et contrôler
les deux bouts de leur vie, l’industrie et le commerce.
Au retour de la foire de Saint-Michel ou, s’ils ne s’y étaient
pas rendus, dès la fin de la moisson, ils répartissaient l’ouvrage entre les
ouvriers de la ville et des champs, suivaient ou faisaient suivre les
opérations de fabrication pendant l’automne et l’hiver, s’informaient sans
cesse sur la situation en Pologne, en Russie et à Constantinople, surveillaient
de leurs yeux la finition du produit et son emballage au début du printemps.
Alors, ils étaient fin prêts pour la foire de Pâques, pour chaque foire que
Dieu fait, à réaliser de leurs propres mains et sur un marché qu’ils avaient
choisi, les bénéfices qu’« il avait plu au Seigneur de leur donner ».
Mais avant de distinguer les Verleger des marchands ordinaires, ce que la
documentation nous permettra de faire le moment venu dans certains cas,
examinons d’abord les variations de l’effectif total des visiteurs, puis celui
de chaque « nation ». (graphiques 1 à 8, annexe 6).
Après l’interruption des foires pendant la « deuxième guerre de
Silésie » – la Saxe est, dès 1756, constamment occupée et rançonnée par les
troupes prussiennes, « allemandes » ou autrichiennes, et Leipzig est située
entre Rossbach et Leuthen (Lissa), tout bon marchand ambulant en est informé à
la fin de l’année 1757 – , la reprise des activités est forte, comme toujours
lorsqu’on a rongé son frein pendant sept ans. Le nombre annuel moyen de
visiteurs (graphique 1) passe brutalement au-dessus de 10000, reste à ce niveau
jusqu’à 1800, augmente encore jusqu’à la « Bataille des nations » de 1813, et
après le Congrès de Vienne, ne descend plus en dessous de 20000. Sur cette
courbe, où le mouvement est donné par les grosses cohortes marchandes du Saint
Empire romain germanique, on lit les bons résultats de la reconstruction
séculaire des Allemagnes, les réactions à la conjoncture internationale entre
Rhin et Vistule, et aussi la capacité de l’économie saxonne à rebondir plus
haut après les malheurs des guerres.
La courbe des visiteurs européens (graphique 2) résulte du
cumul des effectifs représentés sur les courbes « nationales » (graphique 3 à
8). Chacune d’elles a une allure propre. Les marchands britanniques
manifestèrent un intérêt grandissant pour les foires de Leipzig de 1780 à 1820,
cet élan étant stoppé net en 1806 avec la mise en route du Blocus
continental
[10].
L’engouement des Français, de 50 à 150 de la guerre de Sept Ans au règne de
Louis XVIII, paraît s’être interrompu à trois brèves reprises : en 1794-1795,
de la bataille d’Iéna aux entrevues de Tilsit et d’Erfurt où ils préférèrent
rester chez eux, et de Leipzig à Waterloo, comme si la défaite avait découragé
les voyageurs autant que la victoire. Les « Italiens » qui, il est vrai,
avaient comme les Français, une représentation marchande permanente dans la
ville, furent moins empressés que les Suisses et les « Néerlandais », ceux-ci
se ruant ensemble à plus de 600 aux foires de 1815 et de 1817. En fait, chaque
groupe paraît s’être adapté aux circonstances locales, aux conditions de
circulation des hommes, mais c’est le marché qui a imposé le rythme. La vente
des soieries de Lyon et d’Italie ou des montres suisses, des fourrures des
Pays-Bas ou des galanteries de Paris, dépendit moins du risque à courir sur les
routes que de l’offre et de la demande sur le lieu de production et des ordres
donnés par le marché de Leipzig. À preuve, le surprenant graphique 8, qui
représente les visiteurs regroupés sur la ligne 33 des relevés : à plus de 50
en moyenne, parfois à 100, les marchands venus d’Aix-la-Chapelle, Eupen,
Burtscheid, Monschau et Verviers, formaient la « nation » la plus nombreuse
présente aux foires, si l’on se réfère aux 50000 habitants qui peuplaient ces
cinq localités. De plus, pourquoi avoir répertorié sous la même origine les
marchands d’une ville d’Empire, du Limbourg autrichien, d’un faubourg
d’Aix-la-Chapelle sous la souveraineté d’une abbesse d’Empire, du duché de
Juliers et de la principauté de Liège ? Sans doute en raison de leur voisinage
: ils venaient tous d’une petite région située entre Meuse et Rhin, des vallées
de la Vesdre et de la Roër (ou Rur), mais surtout parce qu’ils arrivaient tous
à Leipzig pour vendre le même produit-phare depuis le début du XVIIIe siècle,
des draps fins, des milliers de pièces de toutes les couleurs, en uni ou en «
bunt », qu’il leur était impossible d’écouler sur un marché intérieur trop
étroit. Et les préposés aux portes de la ville avaient fini par ranger sous la
même rubrique la marchandise et le marchand, le lieu de la fabrication et
l’origine du fabricant, délivrant ainsi au produit, avant même que le client
n’y eût porté la main, un certificat de garantie « sorti de fabrique ». Signe
que ce traitement de faveur était passé dans les habitudes : après la conquête
et l’annexion par la France de cette contrée, les villes drapières continuèrent
à figurer ensemble sur la même ligne 33.
Pour avoir tenté d’imposer leur volonté de vendre leurs
marchandises, les marchands n’en ont pas moins subi les répercussions des
grands événements internationaux. Du moins si l’on en juge par le graphique
récapitulatif (graphique 2) où les « nations » les plus nombreuses orientent la
tendance. On peut faire quatre observations : tout d’abord, le déclin de la
présence des marchands d’Europe occidentale au cours de la guerre d’Amérique;
en deuxième lieu, de brèves et violentes baisses des visites de 1790 à 1795 –
deux partages de la Pologne et les traités de Bâle –, en 1799 – guerre en
Italie, en Suisse et en Autriche, jusqu’à la paix de Lunéville –, au début de
l’application des mesures du Blocus continental, et enfin en 1813, lorsque la «
Völkerschlacht » empêcha toute transaction; ensuite, la chute très rapide des
fréquentations après le succès de 1817, comme si les foires de Leipzig
cherchaient leur second souffle, après les progrès spectaculaires enregistrés
dans les années 1800, à l’époque du grand marché continental, une autre voie
adaptée au repli sur les marchés intérieurs protégés qui, à l’exception de
l’Angleterre, tenta tous les pays européens après le Congrès de Vienne. Enfin,
tout aussi déterminantes pour les marchands grecs et turcs, les guerres que se
livrèrent presque sans interruption la Prusse, l’Autriche, la Russie et
l’Empire ottoman en Europe orientale.
Malgré ces difficultés, on a pu vérifier à l’entrée des portes
sud de Leipzig (annexe 2) que la diaspora des marchands « orthodoxes », repérée
par Braudel avait bien eu lieu, facilitée par la place grandissante prise par
Vienne dans les règlements de comptes internationaux pour cette zone de
l’Europe
[11]. À raison
de plus de 100 visiteurs par an au cours du dernier tiers du XVIIIe siècle, le
flux des commerçants fut régulier, sauf en trois circonstances
[12] :
- En 1769, année où, selon Frédéric le Grand, les « borgnes »
(les Russes), après avoir battu les « aveugles » (les Turcs), s’emparèrent de
la Moldavie et de la Valachie.
- De 1787 à 1789, où les Turcs durent faire face à une
coalition austro-russe.
- Après 1803, quand la nouvelle configuration de l’Europe
commerçante paraît dissuader une partie de ces marchands orientaux de faire le
voyage de Leipzig. La baisse se confirme de 1815 à 1830, pour cause de question
grecque et balkanique, mais aussi en raison de la régionalisation accrue des
foires au profit des Saxons, des Prussiens et des Allemands, et aux dépens de
son internationalisation, caractère qu’elles retrouveront au cours de la
deuxième moitié du XIXe siècle en prenant la forme de grande foire moderne
d’échantillons.
Une remarque au terme de cette première étape – statistique –
de l’enquête : même s’il est toujours intéressant – ne serait-ce que du point
de vue d’un aubergiste de Leipzig de l’époque – de compter les visiteurs et de
tracer des courbes originales, nous n’aurions pas procédé à de tels calculs
sans avoir eu connaissance, au préalable, d’une source qui nous promettait de
faire vivre les chiffres, de mettre sous les courbes des lieux, des noms de
marchands et des marchandises.
LE TERRITOIRE DES MARCHANDS ET DES
MARCHANDISES
Le premier
Adreßbuch
paru en 1701, est le plus ancien exemple d’ouvrage où une ville allemande s’est
donné à lire avec son magistrat, son université, son clergé et ses
corporations. La publication étant annuelle et régulière, on voit aussitôt le
parti que peuvent en tirer les curieux d’histoire sociale des institutions en
longue durée. Pour le commerce, autre que celui, célèbre, des livres, les
premières informations précises commencent en 1736, avec la liste des marchands
français et italiens domiciliés à Leipzig et y formant une délégation
permanente
[13]. Mais
c’est seulement à partir de 1752 que l’on peut lire, en caractères gothiques,
les premières pages – 13 exactement – où se succèdent dans l’ordre alphabétique
270 noms de marchands étrangers avec leur ville d’origine – 74 dont 11
extérieures au Saint Empire – et l’adresse de leur boutique à la foire
[14]. En 1756, les villes,
elles aussi, sont présentées en ordre alphabétique, ce qui permet d’observer
les éventuels regroupements entre « pays » le long de la Reichstraße, de la
Katharinenstraße ou de la Hainstraße, dont on ne sait pas encore qu’elles
étaient les rues les plus huppées de la ville.
Car, tant qu’on ne dispose pas de la marchandise de luxe ou
courante, ou du rang du marchand, premier ou modeste, on en est réduit à un
simple repérage des fidèles, des nouveaux venus et des choix des points de
vente. Or, ce n’est qu’en 1769 qu’un produit est mentionné sous un nom et une
ville :
d’Eupen, dans les Pays-Bas autrichiens, dans le Limbourg qui
appartient à Marie-Thérèse d’Autriche, est venu Johann Simon Vercken « mit
feinen Tüchern », avec des draps fins
[15]. La même année, on apprend que
Friedrich Dedecke, de Halle, a proposé du café, du tabac à priser et de la
porcelaine, et que Jean Chalas, de Nîmes, a offert des bas de soie. Pour
l’historien comme pour le client, cette devanture n’a de prix que référée aux
fabricants du pays d’origine : Chalas et Vercken sont sans doute arrivés en bel
équipage à Leipzig, précédés d’une solide réputation – ils figurent dans les
livres d’adresses précédents – et porteurs des produits-phares de leur région,
tandis que Dedeke est venu plutôt en voisin, afin d’arrondir son chiffre
d’affaires en vendant à la foire ce que les pieux habitants de sa cité ne lui
avaient pas acheté. Et en 1769, cette question de la représentativité du
marchand et du produit par rapport à la ville de départ se pose pour 133
localités – dont 90 dans le territoire de l’Empire – réparties entre Poitiers
et Poznan, Glasgow et Constantinople. On mesure là l’ampleur du travail
d’investigation, de répertoire et de recoupement qui reste à
accomplir.
Il est vrai que la présence de certains vendeurs ne demande pas
d’enquête complémentaire. Ainsi, que Charles Bauduin, premier d’une longue
liste de marchands d’armes – ou de marchandes, Henriette Bauduin et sœurs en
1797 – jusqu’à 1830, soit arrivé de Liège en 1777 avec des fusils, la
spécialité du pays, n’est pas une surprise. Mais que la grande maison Cole de
Londres vienne elle-même, en 1775, brader en foire ses aciers ou que la
quincaillerie en gros, française ou anglaise, éperons, étriers et pinces, soit
devenue la partie des marchands d’Iserlohn, est plus étonnant et appelle, en
bonne méthode, une contre-expertise dans les archives de la firme londonienne
et de la ville westphalienne
[16]. On l’aura compris : à partir de 1769, chaque livre
d’adresses doit être passé au crible. Il faut accorder une « entrée » à chaque
nouvelle localité, à chaque nouveau marchand, à chaque nouvel article, noter
les absents et les assidus, se familiariser avec la renommée des lieux et des
firmes, apprendre à distinguer les maisons qui vendent ce qu’elles fabriquent
de celles qui ne font que commercer, en gros ou en détail.
Après un premier examen, non systématique, des
Adreßbücher et des
Adreß-Post, une seule certitude : les
foires de Leipzig ne furent pas une affaire d’amateurs, ni un lieu de rencontre
pour fripons. Il y en avait tous les ans, mais ils disparaissaient l’année
suivante. Certains manufacturiers-négociants chevronnés se risquèrent, un jour
de Pâques, à y faire un tour, puis n’y revinrent plus, comme s’ils avaient été
décontenancés, à moins qu’ils n’eussent trouvé fort encombré le créneau de leur
marché. Exemple, Guillaume Ternaux, « domicilié à Paris », alors qu’il était
encore considéré comme émigré, qui arriva en 1797 avec des draps de Sedan de
toutes les couleurs, de Louviers et des casimirs. Il fit même un bref retour en
1821, domicilié alors à Sedan, toujours avec des draps et des casimirs,
ensuite, on ne le revit plus à Leipzig. Le plus grand drapier d’Europe de 1800
à 1830 n’était pas un spécialiste des foires et, à l’instar de ses collègues
français, il n’aimait guère les fréquenter, tout en reconnaissant qu’elles ne
réussissaient qu’aux vrais professionnels
[17]. Comment d’ailleurs un Français habitué, jusqu’aux
lois « libératrices » de la Révolution, à respecter la marque, le contrôle
réglementaire de conformité et la hiérarchie des produits, aurait-il pu, du
jour au lendemain, adopter des mœurs commerciales aussi étranges ? Leur premier
principe ne consistait-il pas, afin de mieux captiver le client, à mettre sous
le comptoir son drapeau et sa marque, à étiqueter sans vergogne « façon de » –
on ne brodait pas encore « made in » –, où à ne rien afficher du tout, à faire
son marché à la tête du client et à l’apparence du produit ?
À Leipzig, de 1750 à 1830, l’horlogerie, les montres, les
comtoises et les pièces détachées, furent suisses, de Genève, Locle, Hérisau,
Saint-Imier ou du Jura français, et les fourrures restèrent un article
hollandais ou russe. Les baromètres et instruments d’optique venaient du
Milanais, tandis que la joaillerie et la bijouterie étaient aux mains des
marchands d’Amsterdam, de quelques Parisiens et encore des Suisses. Les armes à
feu, on l’a vu, étaient la spécialité des Liégeois. Parmi les autres «
pondéreux », d’appellation d’origine plus ou moins contrôlée, mais au label
obligatoire pour fidéliser la clientèle, les « aciers anglais
»,
déjà rencontrés, qu’ils fussent fabriqués à Sheffield ou à Solingen, et les «
cuirs de Maastricht
» pour selles,
harnais, bottes et semelles de chaussures, qu’ils fussent tannés à Stavelot,
Malmédy ou à… Maastricht. Dans cette branche industrielle et commerciale très
sensible à la demande, pourvu qu’elle vînt d’armées en marche et de cavaleries
combattantes, d’immenses fortunes se sont bâties de 1790 à 1815, et l’on sait
maintenant qu’il faut en rechercher l’origine dans les 59 tanneries installées
le long de la Meuse et en « Belgique » orientale (annexe 3, extrait d’un
somptueux tableau des productions du département de l’Ourthe), et la
réalisation aux foires de Leipzig
[18].
Et la France ? Sa bannière était portée par les Parisiennes et
les Parisiens, les plus nombreux au sein de la représentation française, et à
leur éventaire, les fameuses
Parisermodewaaren, les galanteries, les articles
de mode, de luxe et de fantaisie. Monsieur Embaytaz – ce doit être un
pseudonyme et de l’humour français – faisait dans l’article de Paris; Mlle
Marquis présenta, en 1788, aux curieuses de Leipzig « tout ce qui convient à la
femme d’intérieur moderne », un vrai nouveau produit, mais avec Mlle Marquis,
on ne peut pas savoir s’il s’agissait de plumes pour chapeau ou de plumeau à
poussières; et en 1804, Joseph Drapeau et Jean-François Rauch mettaient en
vente sur la foire des « peintures originales de toutes les écoles », dont ils
auraient sans doute hésité à fournir les certificats d’authenticité, au moins
pour les toiles de l’école italienne volées dans la péninsule. C’est ainsi que,
de 1750 à 1830, plus de 40 maisons parisiennes se sont succédé à Leipzig, les
unes y faisant une brève apparition, après avoir échoué ou réalisé un joli
coup, les autres (Delorme, Docagne, Madame Hummel, Keller, Le Grand) y revenant
régulièrement pour engranger de bons bénéfices, le tout formant un beau sujet
de recherche sur le marché de la galanterie de la frivolité à Paris et à
Leipzig au XVIIIe siècle, quand « Paris était déjà Paris »
[19].
Autre chantier ouvert par les indications fournies par les
livres d’adresses sur les produits manufacturés dans le Saint Empire romain
germanique : les progrès de l’industrialisation à Berlin et en Prusse, en
Bavière et en Thuringe, et bien sûr en Saxe. À la fin du XVIIIe siècle et au
début du XIXe siècle, certains
Verleger allemands étaient déjà fort engagés
dans la phase d’expansion commerciale. On le savait déjà pour Augsbourg,
Nüremberg et la Prusse
[20]. On le pressentait pour la Saxe, depuis les
remarquables travaux de Rudolph Forberger
[21], mais il reste à explorer certaines localités
industrielles et à mesurer le rythme et les facteurs de cette croissance. En
contrôlant minutieusement les premières entrées aux foires de Leipzig des
Verleger de cotonnades de Chemnitz et
du Vogtland (Plauen), des marchands de rubans d’Altenburg et des bas de soie de
Halle, des fabricants de casquettes et d’étoffes de Haute-Lusace (Bautzen), et
des manufacturiers de laine cardée et de laine peignée d’Oederan, de
Crimmitschau, de Grossenhain et de Dresde en Saxe, ou de Greiz en Thuringe, en
prenant le
Verlagssystem par l’autre
bout, celui des débouchés, on en saura plus sur le dynamisme propre à chaque «
pays » et à chaque branche. Car, l’écoulement plus rapide des produits de
l’industrie locale sur le marché des foires de Leipzig, à la fin du XVIIIe et
au début du XIXe siècle, fut un puissant moteur de l’accumulation des capitaux
nécessaires à l’essai puis à l’achat des mécaniques, une ou deux décennies plus
tard. Ainsi Adolph Gottlieb Fiedler, qui vend ses premières étoffes de laine en
foire en 1795, augmente sa fabrique d’Oederan et de Wingendorf au début du
siècle, et équipe celle-ci en tondeuses hélicoïdales françaises à 15000
francs/pièce dès 1818, afin d’accélérer encore son débit sur les foires
[22]. Et il y a au moins une
centaine d’itinéraires du même genre à reconstituer en Saxe, en Lusace et en
Thuringe…
Pour les Verleger, de
Chemnitz, de Dresde et d’Erfurt, les foires de Leipzig furent donc un passage
obligé s’ils voulaient persévérer dans l’industrie textile, eux-mêmes ou leurs
enfants. Et ils eurent bien du mérite à y vendre leurs articles, tant la
concurrence des produits textiles étrangers était rude, voire
insoutenable.
En y imposant leur « façon » ou en y prenant la meilleure part
du marché, les marchands-fabricants étrangers n’y avaient-ils pas, eux aussi et
bien avant les Saxons, subi avec succès le même examen de marketing pour
l’article-roi des foires, l’article textile ? Ils n’étaient pas prêts à laisser
cet avantage à des locaux, sauf à trouver le même ailleurs, égal ou supérieur,
et plus près de leur base. Tout dépendait de la valeur du test passé à Leipzig
par leur entreprise. Pour certains Verleger, c’était l’épreuve-reine, le grand
étal, le plus gros de leur chiffre d’affaires, et ceux-là n’allaient pas de
sitôt céder leur fonds de commerce; pour d’autres, la foire représentait une
épreuve complémentaire, presque optionnelle, le principal du chiffre étant
réalisé chez eux, sur leur marché régional ou national. Ainsi les bas de soie
étaient français, qu’ils vinssent de Nîmes ou de Cannobio dans le Milanais,
mais les frères Galian, en 1791, nourrissaient-ils les mêmes espoirs que
François Antoine Cressino qui les vendaient mêlés à des foulards et à des bas
italiens ? Les cotonnades, les indiennes et les mousselines fabriquées à
Glasgow, Manchester ou Londres étaient de façon « anglaise », comme l’étaient
celles des marchands d’Augsbourg et de Neufchâtel, des Gonzenbach de
Saint-Gall, et dès 1797, de Dollfuss de « Mulhouse, en Suisse », mais que
représentait le marché lipsien pour ces maisons écossaises, anglaises et
suisses ? Un peu, beaucoup, une tournée commerciale pour voir du pays du côté
de l’Elbe, ou un marché vital pour l’avenir du fabricant ? Il faudra aller voir
du côté des bilans et des comptes de foire, s’ils ont été conservés, si on les
cherche…
Quelle portion de recettes escomptée par Antoine Malézieu venu
« de Picardie », en 1778, avec ses batistes et ses « Cambrai Tuche », comme
s’il voulait faire honte aux marchands de « cambriks » suisses et silésiens et
défendre l’honneur des mulquiniers du Cambrésis
[23] ? L’arrivée, en rangs serrés après
1795, des riches Valenciennoises, Victoire Arnoux, Claire Tribout Beauvallon et
Cie, la veuve Boursier née Didier, avec leurs malles pleines de linons, de
gazes et de batistes, signifiait-elle un coup d’essai pour cause de
resserrement du marché français, ou une de ces authentiques innovations qui
consiste à trouver de nouveaux débouchés à l’étranger ? Le
Leipziger Adreßkalender de 1821
(annexe 4) paraît valider la deuxième hypothèse, mais il faudra aller y voir de
plus près…
C’est dans la branche des draps de laine que les foires de
Leipzig paraissent avoir joué un rôle déterminant pour certaines entreprises et
pour certaines régions productrices, on l’a entrevu dans le cas de la Saxe et
de la Thuringe. Sur ce secteur d’activité, aussi important que le coton pour
les économies européennes, les Adreßbücher livrent des informations sérieuses
et concordantes, et donnent des orientations pour la poursuite de
l’enquête.
Déjà soulignée, l’offre de draps fins faite par Vercken,
d’Eupen, en 1769, était un signe encourageant. Autre marque de l’attention
particulière prêtée, par les éditeurs des livres d’adresses et par les
marchands-fabricants concernés à cet article de luxe « façon hollandaise » – de
12 à 20 livres tournois l’aune de Paris pour l’étoffe d’Eupen et 2 livres pour
un
cadi de Lodève, évidemment absent
des foires de Leipzig –, la précision de la localisation : en 1773, François
Dirichlet le Jeune, dont on apprendra plus tard qu’il était drapier comme tant
d’autres Verviétois, inscrit depuis 1764 sous la ville de Verviers (principauté
de Liège), se fait domicilier à Hodimont (à deux pas de Verviers, mais dans les
Pays-Bas autrichiens) jusqu’à 1783, année où il disparaît de la liste en même
temps que Hodimont. Ce faubourg réapparaît en 1791 avec Pierre De Thier dont le
père figurait déjà comme originaire de Verviers dans le livre de 1756, le
premier à comporter un état des marchands étrangers
[24]. À Leipzig, on enregistrait donc
fidèlement les délocalisations d’entreprise, ou plutôt le dédoublement des
fabriques entre Verviers et Hodimont, décidées, sur place, à des centaines de
lieues, par les
Verleger, après une
étude comparée des avantages fiscaux et douaniers présentés par telle ou telle
domiciliation
[25]. Un
dernier indice de l’intérêt porté au marché de Leipzig par les manufacturiers
de draps, la primeur de la nouveauté: au début du siècle, un drap léger de
laine fine, en petite largeur, appelé
casimir, employé pour gilet et pantalon, fit
fureur à Paris et à Londres, alors qu’il avait été mis par les Aixois à leur
devanture de Leipzig dès 1790, et que les Anglais, créateurs du tissu, le
vendirent eux-mêmes en foire en 1796. Des détails sans doute, mais qu’on
n’oublie pas que les marchands payaient les éditeurs des
Adreßbücher pour qu’ils imprimassent
une « carte de visite » conforme à la réputation de leur fabrique et à leurs
vœux…
Et les marchands-fabricants de draps veillèrent à se distinguer
individuellement, en figurant à un ou deux derrière Hodimont, Burtscheid ou
Monschau, ou collectivement, en formant un bloc compact sous Verviers, Eupen et
Aix-la-Chapelle. Tous ont été célèbres à l’époque, à Leipzig et dans leur
ville
[26]. Certains le
sont encore parce qu’ils ont longtemps persévéré dans l’industrie, parfois
jusqu’à la fin du dernier millénaire.
De la guerre de Sept Ans au début du
Zollverein, c’est bien la fine fleur
de la draperie de l’Europe continentale, installée entre Meuse et Rhin, de
Verviers à Aix-la-Chapelle, qui a approvisionné en beaux draps la riche
clientèle allemande, polonaise, ottomane et russe, conquise et captive depuis
le début du XVIIIe siècle.
Pas de Français, pourtant réputés pour la qualité et… le prix
de leurs étoffes ? À cette question, une réponse propre à flatter le
chauvinisme qui l’inspire : si l’on avait fait l’appel des Français, sur le
front de la foire aux draps de 1795 à 1814, leur honneur eût été sauf ! Car,
après 1815, les grands fabricants verviétois, devenus sujets du nouveau roi des
Pays-Bas Guillaume Ier, en attendant d’être enfin Belges, et les gros
manufacturiers d’Aix-la-Chapelle, de Burscheid, de Monschau et d’Eupen, qui
travaillaient désormais pour le roi de Prusse, avaient été pour la plupart de
glorieux Verleger « français », bardés
de médailles d’or et d’argent obtenues aux expositions « nationales », qui
avaient bien mérité de la Grande Nation.
Tous, ils avaient gagné beaucoup d’argent en réalisant
eux-mêmes leurs ventes à Leipzig et sur le grand marché européen civil et
militaire; tous, ils avaient accumulé les capitaux et le crédit nécessaires à
la mécanisation du cardage et du filage de laine; et tous ces promoteurs de la
révolution mécanicienne en amont de l’industrie de la laine étaient les
descendants des puissants marchands-fabricants qui avaient fait fortune au
cours du XVIIIe siècle. De la reproduction des richesses dans le monde de la
draperie, les grands-pères et les pères, ou les beaux-pères, n’avaient pas
écrit le discours, mais ils avaient montré, par leur exemple, la méthode pour y
parvenir : bien fabriquer, au moindre coût, sans s’embarrasser de règlements,
de marque, ni de tarif d’ouvriers, réaliser soi-même et au plus vite, «à flux
tendu », compte tenu du temps des foires, garder intelligemment le monopole du
marché, c’est-à-dire le partager entre voisins, suivre la mode et le client de
près, réinvestir les bénéfices dans l’achat de laines, et préparer la prochaine
foire, bref, vivre comme Pierre Henri Dethier
[27].
LES BONNES AFFAIRES DE « MONSIEUR »
DETHIER
Au cours d’une mission d’information, accomplie sur ordre du
roi Louis XV, en 1755, dans les États de Liège et dans le duché de Limbourg,
Abraham Poupart, un jeune manufacturier de draps de Sedan, note au cours de son
passage à Verviers : « Monsieur François Franquinet, le père, qui vient de
mourir ( 19 novembre 1754), a laissé environ trois M. de livres tournois (
2400000 florins brabant) à deux fils (Alexandre, qui épousera Anne-Marie
Simonis, et Lambert François) qui continuent la fabrique et ont plus de 100
métiers de draps »; autres Verviétois distingués : Chérin, Biolley, Simonis; à
Hodimont, séparé de Verviers par le ruisseau de Dison, mais dans le Limbourg
autrichien, il rencontre Pierre Jean-Baptiste Dethier; d’Eupen, il cite
Grandry, Breuls, Schmitz, comme s’il avait lu tous ces noms dans l’
Adreßbuch paru en 1756… un an plus tard.
D’ailleurs, il ne se trompe pas sur les causes de leur succès : après s’être
scandalisé sur leur manière de marquer leurs draps « draps d’Elbeuf » ou «
façon d’Angleterre », il s’émerveille de leur réussite aux foires allemandes de
Francfort, Brunswick, Leipzig et Francfort-sur-Oder
[28].
Avec trois millions de livres de fortune au décès, personne
dans le monde de la draperie européenne, au milieu du siècle, ne pouvait
rivaliser
[29].
François Franquinet avait atteint le sommet de la profession, parce qu’il avait
été le premier sur les « coups à l’or »
[30]. Né en 1671, en même temps que la manufacture de
laine mérinos cardée à Verviers et à Eupen, dans le Limbourg espagnol jusqu’en
1713, il avait cumulé les bénéfices de spéculateur sur les laines ségovianes,
de spécialiste des ventes en foire à Leipzig et de marchand-banquier. En y
ajoutant les profits tirés de l’activité de marchand-fabricant équipé de
laveries, de teintureries et d’ateliers d’apprêt, il avait montré le voie de la
réussite à Pierre Jean-Baptiste Dethier ( 1685-1770) et à son fils Pierre
Henri, « Monsieur » Dethier ( 1736-1817), véritable seigneur de la foire aux
draps de Leipzig. Et quelle chance pour l’historien de tenir, tel le
Verleger d’Hodimont lui-même, les deux
bouts de la chaîne ! À Leipzig, le filer discrètement dans la Reichstraße,
vérifier sa note de frais, faire une enquête de voisinage. À Hodimont, grâce au
fonds « De Thier », les archives de la maison, et à l’aide des beaux travaux de
Pierre Lebrun, surveiller avec lui, registre en mains, la progression de la
fabrication et des encaissements, payer les ouvriers, si possible en mauvaise
monnaie, bien emballer les draps, et surtout ne pas oublier, avant de partir,
les livres où figuraient la liste des clients et les échantillons de draps
achetés ou commandés lors de la dernière foire
[31]. Car, chaque soir de foire, Pierre
Henri collait, dans une case de la ligne réservée à chaque chaland, un
minuscule morceau d’étoffe, afin de garder commodément son choix en mémoire,
mais aussi pour lui prouver, en toute circonstance, que la maison Dethier était
sérieuse, bien tenue, à son service. Tels les colporteurs, mais à plus grande
échelle, les marchands en foire furent les promoteurs de cette innovation de
marketing , l’échantillon-attrape-client-à-l’éventaire, que les Français,
habitués de longue date à l’échantillon-garantie-réglementaire, finirent par
adopter après 1800, à regret ou soulagés
[32]. À méthodes de vente et de marchéage efficaces,
marchand qui gagne, et marchand qui gagne se réjouit
[33]. Exemple : Pierre Henri
Dethier.
Malgré les absences, les comptes sont vite faits. Avant
d’examiner la courbe 3 qui cumule, pendant cinquante ans, les ventes de Pâques
et de Saint-Michel, et la courbe 4, celle des prévisions, redoutable exercice
pour un entrepreneur – au vu des informations sur la conjoncture, partir avec
combien d’articles, laisser combien d’invendus en dépôt, en ramener combien à
la maison et repartir avec combien de pièces nouvelles à la prochaine foire ?
–, une remarque de méthode et de vocabulaire : quand les stocks sont stables en
longue durée, quand ils ne varient pas de manière désordonnée, ils sont moins
des stocks résultant d’errements de gestion qu’une réserve de fonctionnement
entre deux foires, c’est pour cela que nous avons risqué l’expression
anachronique de « flux tendu ». Car ce qui ressort de l’observation, c’est le
parallélisme des deux courbes, l’ajustement régulier des ventes aux pronostics,
à 40% en-dessous, certes, mais sans accident, sans imprévu, et longtemps.
Dethier est un professionnel, et sa performance a encore de quoi rendre rêveur
ou jaloux un « commercial » d’aujourd’hui, jeune ou chevronné. Toujours présent
en foire, sauf quand la prudence lui impose de s’abstenir lors du premier
partage de la Pologne, il sait anticiper la guerre de Sept Ans et les guerres
russo-turques, il profite des guerres révolutionnaires pour faire tourner sa
fabrique à plein régime et, à raison de 600 pièces de drap en moyenne vendues
en foire, il rapporte bon an mal an 50000 Taler de Leipzig en bon papier sur
Amsterdam, sur Vienne ou sur Breslau. Pour lui, c’est de ce côté-là, du Sud-Est
de l’Europe que vint le danger, les autres Verviétois, moins téméraires se
ruant au cœur du nouveau marché français, à Paris. Au tournant du siècle, la
reprise des hostilités entre Russes et Turcs retarda l’arrivée des commandes et
des paiements, les magasins de Vienne et de Trieste débordèrent de draps sans
client, et Pierre Henri Dethier, trop engagé sur les marchés du Levant, subit
de grosses pertes d’argent et de crédit, au moment où il fallait l’un et
l’autre pour s’équiper en assortiments Cockerill de cardage et de filature. Et
puis, en 1800, à 67 ans, il était las et seul. Sans compter sa période de «
stage commercial » en Hongrie, en Moldavie et en Valachie effectuée avant le
décès de son père, en 1770, il avait passé trente ans à voyager pour affaires,
à tenir ses livres et à surveiller sa fabrique. À peine entré dans la carrière,
c’est-à-dire héritier de l’entreprise paternelle et époux de Marie-Claire
Biolley, le plus beau parti de Verviers, il se retrouva veuf en 1773, et
contraint à mener une longue et bruyante bataille contre ses beaux-frères, afin
de faire respecter le droit d’une sœur sans enfants de déshériter ses frères en
faveur de son mari. Il est vrai que le remariage de Pierre Henri avec Catherine
Anne Godart, six mois après la mort de Marie-Claire, les avait fait jaser, et
que le décès de la seconde épouse, en 1778, avec un seul survivant, Pierre
Guillaume, sur les cinq enfants nés, leur avait donné des raisons de reprendre
espoir. C’est lui qui accompagna le déclin de son père et fit face à sa
faillite. Avec intelligence d’ailleurs puisque, les créanciers remboursés, il
resta assez d’argent pour payer sa caution de receveur particulier de
l’arrondissement de Verviers en 1814
[34].
Parce qu’ils manquèrent de force au moment où la plupart des
marchands-fabricants s’engageaient avec entrain dans la voie de la
mécanisation, les Dethier échouèrent là où le plus grand nombre allait réussir.
Mais après 1800, leur cas est une exception à la règle générale de la
croissance industrielle à Hodimont, Verviers, Eupen, Monschau et
Aix-la-Chapelle, une règle que suggérait la courbe des visiteurs, que
soulignaient les Adreßbücher et que
confirment leurs registres de comptes… avant et après 1800 : la condition
nécessaire et suffisante pour que les Verleger d’entre Meuse et Rhin entrent dans la
carrière du capitalisme industriel a été la longue accumulation des bénéfices
réalisés par eux-mêmes aux foires de Leipzig.
UN HAUT LIEU DE LA RÉALISATION DES
BÉNÉFICES
Ainsi, il y a encore des conjonctures originales à découvrir
dans les registres, dans les fardes ou dans les liasses d’archives. Non pas de
ces conjonctures lisses et sans vie, à force de manipulation statistique, mais
des conjonctures vécues, non corrigées, à échelle arithmétique, celles qui «
touchent à l’épaule de l’homme »
[35]. L’économique est bien là, mais il faut aller le
chercher derrière sa « manière d’être », derrière les hommes et les groupes qui
fabriquent les produits et qui les vendent
[36].
Ici, tous les visiteurs des foires de Leipzig venus d’Europe
occidentale et « ottomane » ont été comptés. Il reste à se replacer aux portes
de la ville et à enregistrer, à chaque foire, les arrivées des Bohêmiens, des
Moraves et des sujets des États héréditaires d’Autriche, les Russes et les
Polonais, toujours recensés comme tels après 1795, les Danois, les Prussiens de
Silésie et des autres provinces prussiennes, les « Allemands » et les Saxons,
les Juifs enfin, de toutes les nations, ces indispensables porteurs d’espèces
d’or et d’argent, 6413 en 1815 (dont 1657 « polonais ») contre 19469 «
chrétiens »
[37]. Les
courbes sont à construire, et nul doute qu’elles poseront autant de problèmes
d’interprétation que celles tracées ci-dessus. Les
Adreßbücher en résoudront certains,
pas tous. L’enquête sur ce haut lieu de la réalisation des bénéfices ne fait
que commencer…
Que nous a-t-elle appris sur les marchands européens, sur leurs
affaires et sur leurs marchandises ? Les foires de Leipzig ont été le principal
magasin de vente des produits fabriquées par certains
Verleger : les cuirs des
marchands-tanneurs de Stavelot et de Malmédy, les faux et les faucilles de
Styrie et de Haute-Autriche
[38], les draps des marchands-drapiers d’entre Meuse et
Rhin. Il y eut, à coup sûr, d’autres manufacturiers qui lièrent étroitement le
sort de leur firme aux foires allemandes, ils ont été signalés, mais, pour
chaque cas intéressant repéré parmi les milliers de marchands-fabricants et les
centaines de noms de lieux et de marchandises, il faudra aller vérifier dans
les archives d’entreprise la part du marché ordinaire – les clients locaux – et
celle du marché extraordinaire, les hésitations entre le retour à la routine et
la poursuite de l’innovation, le choix effectué entre la culture du produit
imposé et du profit attendu et la culture du produit risqué et du bénéfice
imprévu.
Retour aux foires de Leipzig et à leurs retombées économiques
et sociales dans les pays d’origine des Verleger : on a vu (annexe 3 déjà
évoquée)
que l’essor de la production et des ventes de cuir avait
provoqué une augmentation considérable des services de voiturage ( 14000
voitures à un ou deux chevaux) dans cette partie du département de l’Ourthe. Le
même phénomène est constaté en 1804, près de Monschau, à Kalterherberg, et
cette fois, le développement des moyens de transports est explicitement mis en
relation avec celui des foires (annexe 5). Des milliers de charretiers et de
cochers, des centaines d’entrepreneurs de roulage occupés par ce trafic de
terre au long cours finirent par former un groupe social particulier,
caractérisé par sa mobilité et son activité de « service », le service de
circulation et de livraison des marchandises. À part la grossièreté légendaire
et nécessaire, dit-on, pour conduire les chevaux, les contours sociologiques
exacts de cette catégorie socio-professionnelle « tertiaire » promise à un bel
avenir, sont peu connus, comme son évolution et sa reconversion à l’époque des
chemins de fer. L’information est bien meilleure, en revanche, sur les
contrecoups du mouvement des affaires en foire dans les petits mondes où les
produits étaient manufacturés. Et l’historien se doit d’être là, au tribunal,
dans la rue ou dans l’atelier, partout où les langues se délient, de manière
inhabituelle, à raisonner ou à vociférer sur le rapport entre conjoncture
économique et mouvement social.
En 1763, la guerre est finie, et de Verviers, d’Eupen et
d’Hodimont, les Dethier, les Fey, les Grandry, les Römer, les Thelosen et les
Vercken repartent aussitôt aux nouvelles à Leipzig. Ils reviennent au pays, le
carnet rempli de commandes de beaux draps pour officiers et pour cavaliers
qu’il faut rhabiller à neuf après de longues campagnes, et bien décidés à les
honorer. La demande est satisfaite, aux foires de 1764, grâce à une offre
d’emploi massive dans la manufacture et à l’allongement de la journée de
travail. Toutes les fileuses au rouet, pas un tisseur valide « désoccupé
d’industrie », de l’ouvrage pour les tondeurs, jeunes et vieux, à la chandelle,
mais cela ne va pas sans violence ni revendication. Car « suivant leurs
coutumes criminelles, les ouvriers jettent l’ouvrage bas à la veille des
foires, ou dans les temps les plus pressants, pour forcer à leur accorder ce
qu’ils demandent »
[39]. Aussi, en octobre 1766, la foire de Saint-Michel
passée, quand ils s’avisent que le travail va manquer, réclament-ils des
mesures d’économie morale, et la réplique des marchands-fabricants est
cinglante. À la proposition d’une répartition équitable de l’ouvrage entre tous
les ouvriers, avec diminution du temps de travail et réduction proportionnelle
du salaire, ils opposent un refus indigné, et un entrepreneur saisit l’occasion
pour lâcher sa rancune et son mépris :
« nous aurons, en outre, la satisfaction de nous venger des
insolences que commettaient les ouvriers dans les temps qu’ils se croyaient
nécessaires et leur misère servira d’exemple aux autres »
[40].
Il est difficile de mieux montrer comment, dans cette petite
région où 50000 hommes, femmes et enfants étaient occupés d’industrie drapière,
les foires de Leipzig donnèrent longtemps le rythme à la réalisation des
bénéfices, à la production et aux rapports sociaux, à l’accumulation du
capital. Sauf à y ajouter quelques commentaires des intéressés eux-mêmes ou la
critique d’illustres historiens du capitalisme industriel. Là, et sans doute
ailleurs – l’enquête le dira –, il parut de plus en plus naturel aux
entrepreneurs de diriger leur manufacture « selon les commissions qui leur sont
données », d’ajuster l’offre d’emploi, l’intensité du travail et le salaire aux
prévisions, de conduire leurs affaires à leur gré, sans entrave ni règlement.
Un manufacturier qui, tel Paignon à Sedan, fit battre un nombre réglé de
métiers à tisser pendant plusieurs décennies
[41], eût été considéré à Verviers comme un exemple
odieux et pernicieux, à Eupen comme un criminel contre l’esprit du Commerce.
Car ils ne s’embarrassèrent pas de modèle colbertiste ou anglais, ni ne
balancèrent entre les deux voies théorisées plus tard par Marx, l’archaïque,
celle qui mène du commerce à l’industrie, et la révolutionnaire, ou
l’industriel fait commerce de ses produits
[42]. Ils choisirent – empiriquement – d’être « autant
négociant que manufacturier », parce qu’ils « savaient vendre leurs produits,
conduire une fabrique, faire marcher les ouvriers »
[43]. Placés d’entrée de carrière à la fin
et au commencement du processus, ils avaient appris de leur père à faire
tourner ensemble les deux moteurs de la machine, ils en connaissaient les
avantages, les ratés et les lois de fonctionnement :
« 1. Le maître doit être en état de fabriquer au pair, en
équilibre, en balance, sans dis-
proportion avec les concurrents voisins.
2. Le choix des ouvriers est totalement libre et arbitraire,
selon les circonstances du
temps et les occasions.
3. Le salaire est muable et arbitraire » [44],.
À Leipzig, la saine émulation de la concurrence et un prix de
vente à débattre jusqu’à la livraison, sur les bords de la Vesdre, la logique
implacable du prix de revient, l’irrésistible tentation de réduire les coûts
salariaux pour garder une marge de manœuvre, et l’épreuve de force acceptée
avec la maind’œuvre; tout le plan de la longue guerre civile entre maîtres et
ouvriers était tracé par les entrepreneurs dès 1764, et déjà appliqué, sans
pitié ni « remords social »
[45], cette gêne morale qui leur fut inspirée au XIXe
siècle plus par l’air du temps et la peur que par la raison et leur conscience
économique. Ces principes d’action, élaborés dans le monde manufacturier entre
Meuse et Rhin, au XVIIIe siècle, n’auraient sans doute pas pris aussi
précocement la forme d’une doctrine simple, rude et efficace, partant toujours
d’actualité, si leurs auteurs n’avaient pas voulu être à la fois fabricant
pressé d’ouvrage, marchand pressé de vendre ses propres produits en foire et
marchand-fabricant pressé de se réjouir à chaque bilan. Et si les entrepreneurs
de Verviers, d’Hodimont et d’Eupen n’avaient pas résolument énoncé et mis en
pratique ces maximes « monstrueuses », selon leurs ouvriers, la Belgique ne
serait peut-être pas devenue, un siècle plus tard, « ce paradis des
capitalistes et du libéralisme continental »
[46], ou cet enfer des ouvriers. Champs Elysées du «
crétinisme libéral » ou champ d’horreur économique et sociale, pour Marx,
c’était pareil
[47].
RENSEIGNEMENTS SUR LES
VOYAGES
- « Un voyageur expérimenté doit réduire sa malle au strict
nécessaire, plus légère elle sera, et moins il aura à payer de port, il aura
moins de peine à y introduire sans effort ce qu’elle doit contenir, il y
retrouvera plus facilement ce qu’il veut y prendre, aux douanes on dérangera
moins ses effets. S’il achète quelque chose en route, il trouvera place pour le
mettre. Enfin l’emballage et déballage de la malle qui est la plaie des
voyageurs exigera beaucoup moins de peine.
- Un voyageur peut être forcé à partir à l’instant même,
s’il a une malle trop garnie, cela peut lui devenir impossible.
- J’ai beaucoup voyagé et l’expérience m’a prouvé que peu
d’effets préviennent beaucoup d’ennuis.
- En général, il faut préférer le noir pour costumes de
voyage, surtout ne pas oublier le gilet de satin de soie ou de laine noir, dans
ce costume on peut se présenter partout, il n’exige pas d’être lavé.
- Pour ne pas devoir rechercher dans sa mémoire ce que l’on
doit prendre d’effets avec soi, il faut se faire trois notes d’habits
:
1. Note pour hiver
2. Pour hiver et printemps
3. Pour été.
- Il faut prévenir le double emploi des costumes.
- Des caleçons de toile, de coton règleront la température
qu’on veut avoir.
- Il faut avoir son nom gravé sur métal sur la
malle.
- Il ne faut pas manger ni boire trop à dîner ni souper,
car lorsqu’on se remet de suite dans la voiture la digestion est troublée et le
sang monte à la tête.
- En général, il faut éviter de boire des liqueurs et même
trop de vin à table si l’on veut conserver de la fraîcheur au
tempérament.
- La constipation provient généralement à la suite d’un
long voyage, c’est souvent la conséquence de trop boire et manger.
- On ne saurait prendre trop de bains en voyage, c’est
vraiment ce qui conserve la santé du voyageur surtout en été, ils sont
indispensables.
- Les bains rafraîchissent le sang, ils reposent et rendent
plus gai.
- Un crisopompe est un bon meuble que j’ai trop négligé,
car quelques fois j’étais si constipé que j’ai éprouvé un cruel malaise, un
lavement eût mis ordre à cela.
- Un voyageur doit s’informer exactement des meilleurs
hôtels où il devra descendre, les meilleurs hôtels sont ceux où généralement on
paie moins et où l’on trouve le plus de confort, ainsi que la meilleure
société.
- Avant d’arriver dans une ville, il faut donc toujours
connaître deux ou trois hôtels afin d’avoir de la ressource dans le cas où l’un
ou l’autre serait plein.
- Pour connaître les meilleurs hôtels il faut consulter le
guide du voyageur et faire confirmer ces renseignements par ses compagnons de
voyage.
- On perd une bonne partie de l’agrément d’une ville quand
on est mal logé, il faut surtout s’inquiéter du genre de voyageurs qui
fréquente un hôtel, car des voyageurs et de la société qu’on y trouve dépend
l’agrément et l’instruction qu’on y trouve.
- On s’instruit beaucoup en voyage en se liant à des gens
instruits qu’avec un peu de tact on reconnaît facilement.
- Il vaut mieux faire légaliser son passeport par le maître
de l’hôtel ou le portier que de vouloir faire cela soi-même, car outre que l’on
connaît mal les moyens à employer à cet effet l’on perd beaucoup de temps, il
en coûte enfin beaucoup moins de faire faire que de faire soi-même.
- Un système hygiénique est important en voyage.
- Un portefeuille à chaînette comme les agents de
change.
- Partager les espèces que l’on prend avec soi.
- Éviter la mauvaise société, c’est elle qui perd un
voyage.
- Autant les voyages instruisent un jeune homme qui a le
désir de s’instruire, autant ils perdent un jeune homme indolent et
paresseux.
- Il faut une incessante activité en voyage.
- Toutes les industries, les mœurs, les paysages, les
hommes, doivent intéresser.
- Il est des jeunes gens qui ont beaucoup voyagé et qui
n’en savent pas plus que s’ils étaient restés au lit.
Source : Liège, AEL (Archives de l’État, Liège), archives
Entreprise Peltzer, 100, guide sur la gestion d’une fabrique de tissage de
laine, n° 52, 128 ff. Écrit par Henri Edouard Peltzer (1797-1866).
Visiteurs d’Europe orientale aux foires de
Leipzig, 1750-1815 1750 1751 1752 1753 1754 1755 1756 1757 1758 1759 1760 1761
1762 1763 1764 1765 1766 1767 1768 1769 1770 1771 Hongrie 33 41 41 65 7 25 19
30 22 13 Transylvanie 4 4 9 8 5 Valachie 10 6 10 15 9 5 1 1 4 1 Macédoine 4 10
12 20 7 63 57 65 53 54 124 Grèce 8 9 42 23 8 27 28 11 26 5 Turquie 59 5 7 7 3 5
9 6 2 2 3 Arménie 4 1 Total 75 125 138 39 73 118 119 97 108 147
Hongrie 1772 1773 1774 1775 1776 1777 1778
1779 1780 1781 1782 1783 1784 1785 1786 1787 1788 1789 1790 1791 1792 1793 1794
1795 1796 1797 1798 1799 1800 1801 1802 1803 1804 1805 1806 1807 1808 1809 1810
1811 1812 1813 1814 1815 Transylvanie 22 25 12 22 19 21 16 10 23 14 15 17 16 17
14 12 16 22 25 37 27 26 17 12 23 22 22 19 13 9 27 19 6 12 7 5 3 9 7 3 4 3
Valachie 2 8 6 2 1 2 3 Macédoine 2 1 2 1 Grèce 127 16 2 1 1 1 3 1 99 114 119
105 114 122 140 116 89 70 69 55 27 4 30 21 81 43 68 3 15 Turquie 5 117 123 110
118 112 92 106 116 141 144 117 120 99 124 94 79 89 115 146 117 132 Arménie 4 7
9 7 5 7 2 8 8 6 4 3 6 9 11 8 2 3 2 3 4 5 2 5 3 3 5 13 9 11 6 10 13 9 3 13 3 2 1
50 4 1 1 Total 6 2 2 3 15 169 154 13 14 146 11 126 150 16 16 13 14 12 149 116
10 11 148 18 150 164 11 13 145 13 14 15 16 13 12 10 8 7 3 2 3 9 7 1 Source:
Gunther Meinert, Handelsbeziehungen zwischen Sachsen und Italien 1740-1814.Eine
Quellenveröffentlichung, Weimar, Hermann Böhlaus Nachfolger, 1974, p. 341-344.
Leipzig, Stadtarchiv, XLVB 13a, source citée.
RAPPORT DU SOUS-PRÉFET DE MALMÉDY,
21 JUIN 1807
« L’importance des tanneries de Malmédy et de Stavelot est
connue depuis longtemps.
La ville de Malmédy tanne ( 42 tanneurs) régulièrement 70
mille cuirs venant de Buenos-Aires par la mer, la Meuse et la Vesdre jusqu’au
pied de Chenée d’où 600 voitures à deux chevaux les transportent à Malmédy. La
manipulation de ces cuirs n’occupe que 200 ouvriers, emploie 5000 fosses,
consomme 200000 fagots d’écorce de chêne, du poids de 24 kilogrammes chacun,
faisant un poids total de 4800000 kilogrammes. De ces 200000 fagots, 150000
sont apportés du département des Forêts par 6000 voitures à un cheval, et les
50000 autres sont extraits du dépôt de Chenée par environ 800 voitures à deux
chevaux. Les 70000 cuirs tannés sont livrés aux foires de Leipzig, Brunswick,
Francfort et dans toute l’Allemagne par environ 2000 voitures à un cheval, et
en reçoivent pour le prix une somme de 3500000 en numéraire qui rentre
annuellement en France.
(À Stavelot), dix-sept tanneurs livrent annuellement au
commerce environ 40000 cuirs tannés dont la manipulation consomme 2200000
kilogrammes d’écorce de chêne et se travaillent dans 2000 fosses environ. Le
transport des cuirs en poil, des cuirs tannés et des écorces suit la même
marche que pour Malmédy. 2750 voitures à un cheval transportent annuellement du
département des Forêts 1650000 kilogrammes d’écorces et les 55 autres (le
sous-préfet distrait aurait dû écrire les 550 mille autres) viennent de Chenée
à Stavelot sur environ 380 voitures à deux chevaux. Les 40000 cuirs venant
annuellement de Buenos-Aires par la mer, la Meuse et la Vesdre à Chenée sont
transportés à Stavelot par 350 voitures à deux chevaux.
Et 40000 cuirs tannés sont annuellement livrés par environ
1200 voitures à un cheval aux foires de Leipzig, Brunswick, Francfort et autres
de l’Allemagne, dont le prix en numéraire s’élevant à 2100000 rentre en
France.
Ainsi les deux villes de Malmédy et Stavelot réunies
emploient annuellement pour leurs divers transports 11950 voitures à un cheval,
2130 voitures à deux chevaux, consomment 7000000 kilogrammes d’écorce de chêne,
achètent du commerce d’Espagne principalement 112000 cuirs et en livrent au
commerce d’Allemagne une pareille quantité de 112000 qui font rentrer en France
une somme annuelle de 5600000 francs, et conserve dans ses fosses 224000 pièces
de cuir en préparation.
Les circonstances actuelles sont très favorables à cette
importante manufacture. »
Source : Liège, AEL (Archives de l’État de Liège), FFP
(Fonds Français Préfecture), F 698 (3).
LES MARCHANDS AU LONG COURS D’EUROPE
OCCIDENTALE EN 1821 Extrait du Leipziger Adreßkalender, 1821, Leipzig,
Stadtarchiv
Aix-la-Chapelle:
BRAFF Kasp. Veuve et fils DEDEN et BROCK KUCK J.W.
LINGENS et DEGIVE POHLEN Kasp.
SYLVAIN et HARTOG SPIESS Joss. Frères Tous fabricants et
marchands de draps et de casimirs.
Alençon :
BASSE RASTIER, LAUNAY Kalmouks.
Amsterdam
:
BAGEN (von) et STEINBRENNER, peaux et fourrures.
KLUYTENAC Anton, joaillerie.
POLACK et fils, cannes.
Anvers:
DELIAGRE J. H., dentelles de Brabant et de France, tulles,
points, linons, batistes et gazes.
Arnsdorf
(Bohême):
PROST frères, fabriques de bas.
Berne:
GERBER Sam. et Cie, chapeaux de paille italiens, objets de
paille tressée suisses.
OBOUSSIER et KELLER, joaillerie, or et argent.
Brünn
(Moravie):
Groupement de fabriques de draps et de casimirs, Hainstr.
204.
Burtscheid (près
d’Aix-la-Chapelle):
STEINBERG frères, Reichstr. 402, draps de fines
couleurs.
Cannobio (près de
Milan):
CRESSINO frères, soieries et velours.
Côme :
CODURI Franz., soieries.
FISCHER Joh. Maria, soieries.
Saint-Etienne
:
BALAY frères CUNIT Eustache le jeune LACHERINE DEBILOES et
DESCOURT Tous fabricants de rubans de soie et de velours.
Eupen :
BÖHME C.
HANSEN J. Rich HENDRICKS Franz.
KUETEMEYER A. J.
PAULUS et DEGEN RÖMER Abr. Arnold fils SCHEIBLER Bernard
THELOSEN, MÜFFER VOß et Cie Tous marchands de draps et de casimirs.
Florence
:
COMOTTO Joseph, fabricant de chapeaux de paille.
SOLARI Chr.
VERBIANI Fr.
Francomont (près de
Verviers):
DAVID J. N., Hainstr. 202, draps fins.
Gablenz
(Bohême):
PFEIFER Phil., miroirs de Bohême.
Saint-Gall
:
DARBIER DÜRSINÜLLER J. C.
HÜLFENBECK et Cie RISS et Cie RISS et SULZBERGER TANNER
Joh.
ZÜVLIN G. J.
Mousselines et autres marchandises suisses.
Genève ou Genf
:
MOULINIE BAULTE et MAYNIER DANSE et DIMIER MELLY
C.
Gênes :
CAPURRO Gaetano, coraux (colliers, perles), velours,
selles.
CECCARDI Ludwig.
OLIVA DI LORENZO Bernard OLIVA Lorenzo, Matteo coraux
(perles, colliers).
Glarys
(Suisse):
JENNY et Cie JENNY, STREIF et Cie LUCHSINGER et STREIF
Draps de Suisse et cambrick (toiles) imprimés.
Glasgow :
ANDERSON James BREAKENRIDGE Andr.
HAMILTON Georges Châles de soies et marchandises
écossaises.
MAGGREGOR James et Cie MACLEA Sam et DAGLISH WOTHERSPOON
Produits manufacturés anglais et écossais.
Herve (près de
Verviers):
DEHESELLE
Imier (Saint) Suisse
:
RAIGUEL Jean et Cie, montres.
Leeds :
THAKRAH et SMITSON, mérinos anglais, bombasins et étoffes
de laine.
Lion
(Lyon):
AJAC, châles, bourre de soie.
BESSON et PIAGET, dentelles.
MEYER frères, articles de mode.
VINCENT et Cie, soieries.
Lisse (près de
Harlem):
ASSOUTIT R. E.
DE GRAAF Cornelis et fils Oignons de fleurs.
Locle en Suisse
:
COURVOISIER H., montres.
Du CROT et Cie, montres.
Londres :
ABELL et BROWN, acier anglais.
BALLIN et MEIER BROWN M. E.T., harnais de chevaux.
FITHER James et Cie, dentelles.
HAINESR., marchandises anglaises et indiennes.
HILL John et Cie, dentelles.
l., marchandises anglaises et indiennes.
JOHNSTON Alex., id.
JONES William, id.
Magnus KLEIN et Cie, id.
LEAKE James et Cie, id.
MAEVSTAR John, id.
MARTIN Richard, id.
MUCHALL Thom., dentelles.
NEEDHAM Sam., marchandises anglaises et indiennes.
PITTAR et Cie, diamants et perles.
STOCKMANN G. F., marchandises anglaises et
indiennes.
URLING G. F., marchandises anglaises et indiennes.
URLING G. F., dentelles, tulles.
O’REILLY Thom., savons.
Lörrach en Suisse
:
KÖCHLIN Nic. et frères, cotonnades façon
française.
Lunéville
:
ANTOINE Nikl.
MOLLARD fils Nicolas Richard NATHAN frère VALLET
N.
Ganteries.
Lüttich (Liège)
:
BURY Franz, fusils, armes.
Mailand
(Milan):
CHERUBINI Pietro, articles en albâtre.
Malmédy :
CAVENS Louis, cuirs.
DETHIER J.W., cuirs.
Manchester
:
ENGEL, HEYMANN HAMBERGER Heinr.
HAFFE et Cie NOR, DUFAY Joh. et Cie SAMSON frères
WOTHERSPOON David Articles manufacturés anglais.
Montjoye
:
SCHEIBLER, J. H. RONSTORFF, RAHLENBECK et Cie, draps fins
et casimirs.
SCHMITZ Peter, fabricant de draps.
Mülhausen (en
France):
BLECH, FRIES et Cie, cotonnades.
Nancy :
MAY Benjamin Ludwig, Stickereien (dentelles).
Neufchâtel (en
Suisse):
BOVET et Cie DUPASQUIER et Cie, cotonnades et cambriks
blancs.
Nottingham (en
Angleterre):
WILSON, BURNSIDE et Cie, dentelles de toutes sortes et de
toutes largeurs, draps, châles, vêtements.
Paris :
AMABLE, GRAND et Cie, articles de mode.
ARLESF., châles de laine et chenille.
BALLANGE et DUMAS DESCOMBES, châles.
BALON, bijoux.
BLANCHON Bernard, soieries, gazes, tulles, rubans et
gants.
COULON K., parfums, plumes et articles de mode.
DABASSE et Cie, plumes et fleurs.
DEVILLERS, bijoux.
DUBOIS Silvius, galanteries, articles de mode,
parfums.
HINDENLANG père et fils, châles cachemire et
mérinos.
HIVER F., Stickereien franc. (dentelles).
IBERT, articles de mode français.
Madame IFFERNET, articles de mode.
LABBE et Cie, porcelaines et montres.
LECŒUR, galanteries, bijoux, articles de mode.
LUPIN B. et Cie, cachemires, mérinos, châles et
batistes.
MAYER K., draps, casimirs et autres articles de mode
français.
FABIEN veuve MIELLE et Cie, articles de mode.
NACQUET et Cie RENOUARD H. et B. de GRAVE, châles.
REY, châles.
SCHWARZ et MUNSTER, bijoux, joailleries.
STÖHR Karl, galanteries.
WALZ Rudolph, draps et châles.
WEIL B., porcelaine.
ZSCHECH et KRINITZ (successeur de THO-RIN GRANDJEAN),
porcelaine, bronze, fleurs, plumes, parfums et autres articles français.À
Paris,
[34] rue
Mêlée.
Prague:
PORGES Jon., laines de Bohême et de Moravie.
Saint-Quentin :
DUFOUR frères, châles.
Rome:
FIDANZA Giuseppe, peintures.
Saffenheim (près
de Harlem) :
KRUYFFC., oignons de fleurs et légumes secs.
Sedan :
TERNAUX et fils, draps et casimirs.
Sheffield
:
GEE S., petites marchandises anglaises.
GUPPY Sam., id.
MAYERSS., id.
MICKELTHWAT B., aciers.
Stolberg (près
d'Aix-la-Chapelle) :
OFFERMANN fils SCHMITZ S. G.
Draps, casimirs.
Strasbourg
:
SCHERZ J. G., papier français.
Valenciennes:
BRACQ J. J.
COTTEAUX J. B.
GUTOT Louis et Cie HUTIN Alex.
LE MAÎTRE LE MAÎTRE Linons, batistes, gazes.
Venise:
INDRI Antonin., Romanische Saiten (cordes de
violon).
Verviers:
ANGENOT M. Jos.
BIOLLEY et fils Franz.
GOUVY Louis, fabricants de draps.
JORDIS COURTIN, Sedan, Louviers et draps hollandais de
première qualité.
Villerette
(Suisse) :
BOURQUIN Henri Louis, montres de poche et instruments pour
horloger.
Zürich :
ESSLINGER et fils, calicots et draps.
KUNSTLER David et fils, chapeaux italiens.
LOCHER J., corbeilles et chapeaux de paille.
SCHULTHESS, chapeaux de paille italiens.
LES SERVICES DE ROULAGE, PRINCIPALE
ACTIVITÉ DU VILLAGE DE KALTERHERBERG
« Le village de Kalterherberg touche à la limite
méridionale du département de la Roër, là où elle se confond avec celle du
département de l’Ourthe. Il est formé par deux rangs d’habitations étendues sur
les deux côtés de la route de Montjoie à Luxembourg. Il a 3600 mètres de
longueur, ce qui revient à peu près à trois-quarts de lieue ancienne.
Les habitants de Kalterherberg qui se sont établis sur un
des plateaux les plus froids et les plus ingrats des
fagnes (fanges imprimé par erreur)
sont parvenus cependant, à grandes peines et à grands frais, à défricher sur
une largeur de 180 mètres de chaque côté de la route, des terres qu’ils
cultivent en avoine, en sarrazin et en pommes de terre. Ils cultivent aussi
près de leur maison quelques légumes, élèvent des bestiaux et des moutons. Dans
les ménages, quelques tisserands tissent des draps et leur femme filent de la
laine, du chanvre et du lin. Mais les petites portions de terre qu’ils ont
défrichées près de leur maison, les herbes sauvages, aigres et dures, que leurs
bestiaux paissent sur le plateau dont le village occupe le sommet, seraient
loin de suffire à l’existence de Kalterherberg si, dès longtemps, ses habitants
( 1078 en 1804) ne s’étaient adonnés au métier de voiturier.
Ils mènent fort au loin les draps manufacturés dans les
fabriques de Montjoie, d’Imgenbroich, de Roetgen, de Stolberg, les laitons de
cette dernière ville, les plombs du Bleyberg et d’autres objets du canton de
Montjoie, d’Eschweiler et de Gemund;
et l’on voit leur charette (sic) à deux roues, dont les jantes n’ont que
quatre pouces de largeur, et qui presque toujours ne sont attelées que d’un
cheval, sur les bords de la Seine, sur ceux du Danube, et jusqu’aux frontières
de l’Italie et de la Turquie. »
S. R. X.GOLBÉRY, Considérations sur le département de la
Roër, Aix-la-Chapelle, Imprimerie de Beaufort, 1811, p. 198-200 (BNF, 8° Lk 4.
752, m. 21260).
NB : Pour des raisons de
lisibilité, les échelles des ordonnées n’ont pas été
uniformisées.
GRAPHIQUE 1 Les visiteurs aux foires de
Leipzig Nombre de visiteurs 30 000 25 000 20 000 15 000 10 000 5000 Total St
Michel Pâques Nouvel An 1740 1743 1746 1749 1752 1755 1758 1761 1764 1767 1770
1773 1776 1779 1782 1785 1788 1791 1794 1797 1800 1803 1806 1809 1812 1815 1818
1821 1824 1827 1830 1833 1836 1839 Sources: E. Hasse, op.cit.;Leipzig,
Stadtarchiv, XLVB 13a, Bd 1, 2, 3.
GRAPHIQUE 2 Les visiteurs européens aux
foires de Leipzig Angleterre, France, Italie, Pays-Bas, Suisse Aachen,
Burtscheid, Monschau et Verviers Nombre de visiteurs 1 200 Total St Michel
Pâques Nouvel An 1 000 800 600 400 200 0 1740 1743 1746 1749 1752 1755 1758
1761 1764 1767 1770 1773 1776 1779 1782 1785 1788 1791 1794 1797 1800 1803 1806
1809 1812 1815 1818 1821 1824 1827 1830 1833 1836 1839 Sources: E. Hasse,
op.cit.;Leipzig, Stadtarchiv, XLVB 13a, Bd 1, 2, 3.
GRAPHIQUE 3 Les visiteurs anglais aux foires
de Leipzig Nombre de visiteurs 250 Total St Michel Pâques Nouvel An 200 150 100
50 0 1740 1743 1746 1749 1752 1755 1758 1761 1764 1767 1770 1773 1776 1779 1782
1785 1788 1791 1794 1797 1800 1803 1806 1809 1812 1815 1818 1821 1824 1827 1830
1833 1836 1839 Sources: E. Hasse, op.cit.;Leipzig, Stadtarchiv, XLVB 13a, Bd 1,
2, 3.
GRAPHIQUE 4 Les visiteurs français aux
foires de Leipzig Nombre de visiteurs 300 Total St Michel Pâques Nouvel An 250
200 150 100 50 0 1740 1743 1746 1749 1752 1755 1758 1761 1764 1767 1770 1773
1776 1779 1782 1785 1788 1791 1794 1797 1800 1803 1806 1809 1812 1815 1818 1821
1824 1827 1830 1833 1836 1839 Sources: E. Hasse, op.cit.;Leipzig, Stadtarchiv,
XLVB 13a, Bd 1, 2, 3.
GRAPHIQUE 5 Les visiteurs italiens aux
foires de Leipzig Nombre de visiteurs 100 Total St Michel Pâques Nouvel An 80
60 40 20 1740 1743 1746 1749 1752 1755 1758 1761 1764 1767 1770 1773 1776 1779
1782 1785 1788 1791 1794 1797 1800 1803 1806 1809 1812 1815 1818 1821 1824 1827
1830 1833 1836 1839 Sources: E. Hasse, op.cit.;Leipzig, Stadtarchiv, XLVB 13a,
Bd 1, 2, 3.
GRAPHIQUE 6 Les visiteurs néerlandais aux
foires de Leipzig Nombre de visiteurs 300 Total St Michel Pâques Nouvel An 250
200 150 100 50 0 1740 1743 1746 1749 1752 1755 1758 1761 1764 1767 1770 1773
1776 1779 1782 1785 1788 1791 1794 1797 1800 1803 1806 1809 1812 1815 1818 1821
1824 1827 1830 1833 1836 1839 Sources: E. Hasse, op.cit.;Leipzig, Stadtarchiv,
XLVB 13a, Bd 1, 2, 3.
GRAPHIQUE 7 Les visiteurs suisses aux foires
de Leipzig Nombre de visiteurs 350 300 250 200 150 100 50 Total St Michel
Pâques Nouvel An 1740 1743 1746 1749 1752 1755 1758 1761 1764 1767 1770 1773
1776 1779 1782 1785 1788 1791 1794 1797 1800 1803 1806 1809 1812 1815 1818 1821
1824 1827 1830 1833 1836 1839 Sources: E. Hasse, op.cit.;Leipzig, Stadtarchiv,
XLVB 13a, Bd 1, 2, 3
GRAPHIQUE 8 Les visiteurs de Aachen,
Burtscheid, Eupen, Monschau et Verviers aux foires de Leipzig Nombre de
visiteurs Total St Michel Pâques Nouvel An 1740 1743 1746 1749 1752 1755 1758
1761 1764 1767 1770 1773 1776 1779 1782 1785 1788 1791 1794 1797 1800 1803 1806
1809 1812 1815 1818 1821 1824 1827 1830 1833 1836 1839 Sources : E. Hasse, op.
cit. ; Leipzig, Stadtarchiv, XLVB 13a, Bd 1,2,3. 150 120 90 60 30 0
[1]
Ernst HASSE,
Geschichte der
Leipziger Messen, Leipzig, Hirzel, 1885, p. 288-309 (ouvrage
exemplaire de plus de 500 pages, réédité en 1963. J’ai utilisé l’édition
originale).
[2]
Fernand BRAUDEL,
Civilisation
matérielle, économie et capitalisme, XVe-XVIIIe siècles, t. 2 :
Les jeux de l’échange, Paris, Armand
Colin, 1979, p. 74. Voir aussi Nils BRÜBACH,
Die
Reichsmessen von FrankfurtamMain, Leipzig und Braunschweig (14-18
Jahrhundert), Stuttgart, 1994.
[3]
E. HASSE,
op. cit., p.
248-255.
[4]
Maurice LÉVY -LEBOYER,
Les
banques européennes et l’industrialisation internationale dans la première
moitié du XIXe siècle, Paris, PUF, 1964, p. 515.
[5]
Samuel RICARD,
Traité général de
commerce, Amsterdam, D. J. Changuion, 1781, p. 404-405; Richard
GASCON, in Fernand BRAUDEL, Ernest LABROUSSE éd.,
Histoire économique et sociale de la France, t.
1 :
1450-1660, Paris, PUF, 1970, rééd.
1993, p. 380-381; Pierre DARDEL
Commerce,
industrie et navigation à Rouen et au Havre au XVIIIe siècle, Rouen,
Société libre d’émulation de la Seine-Maritime, 1966, p. 277-287.
[6]
Hubert KIESEWETTER,
Industrialisierung und Landwirtschaft. Sachsen stellung im
regionalen Industrialisierungsprozeß Deutschlands im 19.
Jahrhundert, Köln-Wien, Böhlau Verlag, 1988, p. 224. En 1815,
Leipzig comptait 34000 habitants, Dresde 50000 et Chemnitz, troisième ville de
Saxe, 13623. En 1830, la population est passée à 39930 pour Leipzig, à 61886
pour Dresde et à 15735 pour Chemnitz.