Revue d’histoire moderne et contemporaine 2002/5
Revue d’histoire moderne et contemporaine
2002/5 (no49-4bis)
192 pages
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I.S.B.N. 2701131103
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La Renaissance, ou le sens du changement culturel
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Vous consultezLa notion de Renaissance : réflexions sur un paradoxe historiographique

AuteurArlette Jouanna du même auteur

Arlette JOUANNA Université Paul Valéry UFR Sciences Humaines Route de Mende Bâtiment Jean Cocteau 34199, Montpellier cedex

Le choix de la Renaissance comme thème du programme des concours d’enseignement offre une utile occasion de réfléchir sur l’usage historiographique de cette notion et sur le malaise qu’il suscite chez bien des historiens.

2 Tous s’accordent pour estimer que cette notion renvoie d’abord à un fait culturel, fait culturel caractérisé en premier lieu par le nouveau regard porté sur l’Antiquité, mais surtout, plus largement, par le sentiment qu’ont éprouvé les lettrés et les artistes à l’aube des Temps Modernes de vivre une résurrection, au sortir de ce qu’ils appelaient les ténèbres gothiques. Les difficultés surgissent lorsqu’il s’agit, en un temps où la primauté de l’économique et du social comme facteur explicatif fait toujours figure de dogme, de se servir de ce fait culturel pour caractériser une période. D’où cette question : est-il pertinent d’utiliser la notion de Renaissance, nécessairement difficile à définir et dont les manifestations apparaissent avec un certain décalage dans les divers pays européens, pour opérer un découpage chronologique et nommer la séquence temporelle ainsi isolée ? C’est autour de cette interrogation que cet exposé tente d’apporter quelques éléments de réflexion. Après un rappel de la généalogie du concept de Renaissance, sera abordé l’examen des problèmes que pose son usage en histoire, avant de passer à l’analyse des ambiguïtés, mais aussi de la fécondité de son contenu.

GÉNÉALOGIE DU CONCEPT

3 Au XVIe siècle, le mot Renaissance a d’abord désigné un renouveau des lettres et des arts. On sait qu’il a été employé par Vasari en 1550 dans ses Vies des plus excellents peintres, sculpteurs et architectes, pour évoquer le courant artistique qui commence à apparaître en Italie dès le XIVe siècle. En France, trois ans après la publication de cet ouvrage, Pierre Belon du Mans, dans Les Observations de plusieurs singularitez et choses memorables, utilise le mot pour évoquer un véritable retour à la vie :

4

« De là est ensuyvi que les esprits des hommes qui auparavant estoyent comme endormiz et detenuz assopiz en un profond sommeil d’ancienne ignorance, ont commencé à s’esveiller et sortir des ténèbres ou si long temps estoyent demeurez enseveliz, et en sortant ont jecté hors et tiré en évidence toutes especes de bonnes disciplines : lesquelles à leur tant heureuse et désirable renaissance, tout ainsi que les nouvelles plantes après l’aspre saison de l’hiver reprennent leur vigueur à la chaleur du Soleil et sont consolées de la doulceur du printemps, semblablement ayant trouvé un incomparable Mecenas et favorable restaurateur si propice, n’arresterent gueres à pulluler et à produire leurs bourgeons »… [1] [1] Pierre BELON DU MANS, Les Observations de plusieurs singularitez...
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5 Ce texte est semé de métaphores qui opposent d’un côté le sommeil, les ténèbres, les tombeaux, l’hiver, et de l’autre la vie, la lumière, la chaleur et le printemps. Il est l’aboutissement d’une évolution qui a commencé par l’emploi des mots « restitution », « restauration », voire « instauration » des bonnes lettres :
« Maintenant toutes disciplines sont restituées, les langues instaurées », fait dire Rabelais à son Gargantua écrivant à Pantagruel. En ce qui concerne l’Antiquité, Guillaume Budé, écrivant à Érasme, évoque les « sépulchres » dans lesquels elle était ensevelie et dont on croit la tirer[2] [2] Cité par Marie-Madeleine DE LA GARANDERIE, Christianisme...
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, non qu’elle ait été ignorée au Moyen Âge, mais parce que l’on estime que les textes déjà connus étaient jusqu’à présent défigurés par les gloses et les erreurs de transcription et de traduction et que le travail philologique que l’on exerce sur eux les rappelle littéralement à la vie, résurrection que viennent compléter l’apport de nouveaux manuscrits et les découvertes archéologiques en Italie. C’est aussi le message biblique dont on pense retrouver la jeunesse et la fraîcheur en le libérant, à la suite de Lorenzo Valla et de ses Annotations sur le Nouveau Testament (publiées en 1505 par Érasme), des coquilles véhiculées par la Vulgate et en recourant directement au texte original, dont on propose des traductions nouvelles. Ce souci de boire à la source, une source nettoyée des pollutions accumulées au cours des siècles, a une dimension philosophique; il se rattache au désir plus général de restaurer une pureté perdue grâce à laquelle les hommes pourront vivre une seconde naissance, les faisant enfin accéder à la dignité humaine : autrefois, nous étions de « lourdes et grosses bestes », affirme en 1547 Pierre Galland dans l’oraison funèbre de François Ier; « à présent par l’institution en toutes bonnes sciences entendons quelque chose et sommes véritablement devenus hommes »[3] [3] Pierre GALLAND, Oraison sur le trespas du Roy François…...
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. On notera la pointe polémique de cette affirmation, qui réduit à l’animalité les générations qui ont précédé le renouveau des « bonnes sciences », condamnation qui s’étend à tous les contemporains qui refusent de s’ouvrir à la lumière. La conscience de renaissance s’accompagne de la conviction qu’il faut lutter sans relâche contre ceux qu’Érasme appelle les « barbares », ceux que les amis de Reuchlin nomment les « hommes obscurs »[4] [4] Érasme commence à travailler à ses Antibarbares, livre...
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. Les artisans de la résurrection des lettres se voient, selon les mots de Robert Gaguin, comme les combattants d’une « guerre encore plus dangereuse que difficile contre l’espèce méprisable de ceux qui ne cessent d’attaquer les études d’humanité »[5] [5] Robert Gaguin, lettre de remerciement à Érasme ( 7 octobre...
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. On mesure mieux, aujourd’hui, à quel point cette opposition entre un avant et un après, entre l’ombre et la lumière, masque indûment les réelles continuités. Sans s’attarder sur cet aspect, on retiendra la force avec laquelle se manifeste le sentiment d’avoir vécu une métamorphose radicale, un passage de l’animal à l’humain. C’est bien la certitude qu’il faut naître à nouveau pour mériter le nom d’homme qui est au cœur de la notion de Renaissance telle qu’elle apparaît au XVIe siècle.

6 Il faut attendre le XIXe siècle pour que soit franchi le pas historiographique qui pourvoit le mot Renaissance d’une majuscule; celui-ci devient alors une étiquette pour désigner toute une période. Dès 1824, c’est une séquence de l’histoire de l’art qui est caractérisée par ce terme : un passage du numéro du 5 juillet de cette année-là du Journal des débats décrit ainsi l’inauguration d’une nouvelle galerie au Louvre : « Le Musée consacré à recevoir les chefs-d’œuvre de la sculpture depuis la Renaissance portera, d’après une décision de S. M., le nom de Galerie d’Angoulême ». C’est aussi en 1824 que se situe l’action d’un conte de Balzac, Le bal de Sceaux, achevé en 1829, dans lequel on voit le narrateur dire de l’héroïne : « Elle raisonnait facilement sur la peinture italienne ou flamande, sur le Moyen Âge ou la Renaissance »[6] [6] Textes cités par Karlheinz STIERLE, « Un mot franco-européen :...
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. L’étape suivante étend le concept à l’ensemble d’une « civilisation », apte à rendre compte de tous les aspects d’une période : ce sont Michelet et Burckhardt qui le vulgarisent dans ce sens-là, le premier en intitulant Renaissance le livre paru en 1855 dans le cadre de son Histoire de France et le second en publiant en 1859 son ouvrage Die Kultur der Renaissance in Italien, traduit en 1860 sous le titre Civilisation de la Renaissance en Italie[7] [7] Sur cette évolution historiographique, l’ouvrage classique...
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USAGES DU CONCEPT

7 C’est ce saut historiographique, ce passage d’une notion culturelle à un concept opératoire pour l’ensemble d’une période qui pose un problème.

8 L’intitulé des programmes des concours reflète bien cette difficulté, puisque l’on a éprouvé le besoin d’accoler la précision « dans toutes ses dimensions » au mot « Renaissance ». Peut-on valablement utiliser le terme dans les domaines économique, social, démographique, politique ? Y a-t-il, dans ces secteurs, une spécificité méritant d’être désignée comme une renaissance, voire comme une mutation, spécificité assez évidente pour justifier la majuscule qui distingue cette période des autres renaissances que l’historiographie a discernées, telles la « renaissance carolingienne » ou la « renaissance du XIIe siècle »? Il est possible, incontestablement, de parler de renaissance démographique européenne après les ravages de la Peste noire et de la guerre de Cent Ans. On peut également considérer qu’apparaissent des formes étatiques neuves privilégiant les structures monarchiques, que ce soit dans les vastes États territoriaux ou dans les petits États princiers, même si les formes républicaines ne disparaissent pas. La démarche peut sembler en revanche plus difficile lorsqu’elle s’applique à l’évolution économique et sociale. « Y a-t-il une économie de la Renaissance ? », se demandait naguère Michel Mollat[8] [8] Michel MOLLAT, « Y a-t-il une économie de la Renaissance ?»,...
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. Les économistes font souvent valoir que dans la longue durée qui précède la révolution industrielle on en reste à l’âge des moulins à eau et à vent et que les améliorations techniques qui caractérisent l’aube des Temps Modernes ne changent pas grand chose dans l’utilisation traditionnelle des sources d’énergie. La critique peut aller jusqu’à renoncer, dans ces domaines, au mot Renaissance pour préférer des périphrases plus vagues comme celle de « première modernité ».

9 Il n’est pas possible ici de discuter ces points de vue; mais le simple fait de poser la question d’une spécificité renaissante dans chacun des domaines évoqués possède en soi une fécondité épistémologique dans la mesure où c’est une invite à rechercher les interactions entre eux, un peu à la manière des hommes de la Renaissance qui percevaient les champs du savoir comme une « encyclopédie »[9] [9] Le mot a été forgé par Guillaume BUDÉ, d’abord en...
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cimentée par des correspondances. Le problème est ici celui du synchronisme entre, d’une part, la mutation culturelle[10] [10] Eugenio GARIN va jusqu’à parler de « révolution culturelle...
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qui se caractérise par un changement du regard porté sur le monde et sur le devenir humain, par un optimisme qui ouvre un futur aux hommes, par un rapport nouveau au temps, et, de l’autre, les multiples façons dont se manifeste le mouvement, passage du clos à l’ouvert, extension du monde connu, vitalité démographique, enrichissement des villes, accélération des échanges, inventivité technique, fécondité artistique, affirmation du pouvoir des princes. Cette recherche des interactions autoriserait une approche renouvelée de l’énigme centrale que pose le concept de Renaissance et que formule ainsi Henri-Jean Martin à propos de l’imprimerie, invention que l’Orient a connue plus tôt que l’Occident : « le véritable problème est de comprendre pourquoi les mêmes inventions qui n’eurent que des conséquences restreintes en des sociétés orientales bloquées exercèrent une énorme influence sur le devenir de l’Europe »[11] [11] Roger CHARTIER, Henri-Jean MARTIN (dir. ), Histoire de l’édition...
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. La Renaissance apparaîtrait ainsi, sinon comme un déblocage – terme que les médiévistes récuseraient à juste titre – du moins comme une accélération du déblocage des sociétés européennes, s’accompagnant du sentiment de vivre une résurrection ou d’être les artisans d’une rénovation; la spécificité de la période pourrait résider précisément dans cette corrélation, qui n’est d’ailleurs pas à sens unique : il faudrait tenter d’en élucider les manifestations, mais aussi les dysfonctionnements, en dépassant les oppositions souvent stériles entre causes et effets, infrastructures et superstructures, phénomènes et épiphénomènes.

10 Adopter cette perspective permettrait de valider la notion de Renaissance comme outil historiographique, à condition cependant d’en jalonner précisément l’extension tant sociale que géographique. Extension sociale : l’étroitesse de la couche concernée par le renouveau des lettres et des arts fait en effet partie des objections de certains historiens contre l’utilisation de cette notion pour désigner une période : un des arguments avancés, par exemple, par Bernard Quilliet pour expliquer pourquoi il n’a pas appelé La France de la Renaissance son ouvrage sur La France du beau XVIe siècle est que « prétendre s’intéresser à une France qui ne serait que de « La Renaissance », ce serait oublier ou négliger le fait que cet événement culturel, certes majeur dans l’histoire du monde, n’a guère alors concerné au grand maximum que 5 à 10% de la population, donc passer sous silence ou presque les 90 ou 95% restants »[12] [12] Bernard QUILLIET, La France du beau XVIe siècle, Paris,...
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. Mais, là encore, poser la question en termes de dynamique, d’accélération des déblocages ou de permanences, celles-ci n’étant d’ailleurs pas nécessairement des archaïsmes, pourrait être un moyen de dépasser cette objection. Il faut s’interroger sur les réseaux, les modes, les institutions qui ont permis de diffuser le modèle culturel des élites : les liens épistolaires entre les humanistes, la circulation en Europe des savants, des professeurs et des étudiants, la multiplication et la transformation des collèges, la création de nouvelles universités, le rôle des cours aristocratiques ou monarchiques, l’engouement pour des comportements et des styles de vie perçus comme dispensateurs de prestige, l’éclosion, jusque dans des villes modestes, de cercles lettrés dont l’influence se répand grâce aux relations d’amitié et de sociabilité; il faut évoquer aussi les manifestations festives comme les entrées urbaines qui donnent aux spectateurs de toute condition sociale l’occasion de se frotter à un nouveau langage symbolique, même si les plus humbles n’en perçoivent pas tout le sens.

11 D’autres questionnements sont à moduler en fonction des catégories envisagées : peut-on parler, par exemple, de Renaissance pour les femmes ? Pour les paysans ? Pour les artisans ? Autant d’interrogations, autant de réponses différentes, mais pas nécessairement négatives : les spécialistes de ces domaines perçoivent là aussi des facteurs de déblocage, plus ou moins efficaces, mais qui n’en sont pas moins présents[13] [13] Voir pour l’histoire des femmes, Madeleine LAZARD, Les...
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12 Quant à l’extension géographique de la Renaissance, on ne peut ici que mentionner la controverse pour déterminer le ou les foyers d’origine du mouvement, Italie et/ou Pays-Bas, le décalage avec lequel il se manifeste dans les divers pays ou encore le relatif affaiblissement qu’il subit lorsqu’il atteint les périphéries européennes; on retiendra surtout le fort sentiment de solidarité qu’éprouvent les lettrés et qui les fait croire à une communauté idéale transcendant les frontières, communauté que désigne l’expression « république des Lettres », apparue, semble-t-il, pour la première fois en 1417 mais diffusée surtout à partir de la décennie 1490 dans des ouvrages imprimés à Venise, Nuremberg, Augsbourg et Bamberg[14] [14] Hans BOTS, Françoise WAQUET, La République des Lettres,...
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. La vitalité de cette « république », au moins dans l’Europe occidentale, se manifeste de façon éclatante lors de la querelle évoquée plus haut autour de l’œuvre de Johannes Reuchlin : contre les adversaires de ce dernier, les théologiens de Cologne, Erfurt, Louvain et Paris, se dessine une véritable internationale de savants, dont Reuchlin, en publiant en 1514 les lettres qu’il en a reçues ( Clarorum virorum epistulae), démontre la cohésion. Il y a là un phénomène novateur, né de la conviction que l’enjeu de la lutte contre les « ténèbres » ne saurait s’enfermer dans les limites d’un seul pays.

AMBIGUÏTÉS ET FÉCONDITÉ DU CONCEPT

13 Après ce bref survol des risques et des profits de l’usage historiographique du terme Renaissance, faisant apparaître que les seconds peuvent largement l’emporter sur les premiers, il faut maintenant évoquer les ambiguïtés de son contenu, autre facteur qui explique le malaise relatif qu’il suscite chez les historiens. Le thème de la seconde naissance exprime bien l’ambition d’une époque qui a prétendu dire ce qu’est l’homme, ce qui fait sa dignité et son excellence, ce qui le différencie de la bête. Prétention qui apparaît volontiers suspecte aujourd’hui, en un temps où la définition du « propre de l’homme » semble se dérober aux efforts des chercheurs[15] [15] Yves COPPENS et Pascal PICQ (dir. ), Aux origines de l’humanité. ...
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. Les lettrés ont pris le nom d’humanistes, mot qui vient du latin humanista, attesté en Italie à la fin du Moyen Âge[16] [16] Jean-Claude MARGOLIN, « Humanisme : genèse et histoire...
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. Ils entendent par là signifier qu’ils s’adonnent à l’étude et à l’enseignement des humanités, les studia humanitatis (expression empruntée à Cicéron); mais ils suggèrent aussi que cette activité les rend plus humains, plus dignes de la qualité d’homme. Étienne Dolet exprime magnifiquement cette conviction en écrivant, dans le tome II des Commentarii linguae latinae, paru en 1536, que les studia humanitatis « sont dites plus humaines – humaniores – appellation qui les met assurément au-dessus des autres arts, parce qu’elles permettent mieux que ceux-ci d’approcher de la nature ou de la dignité de l’homme »[17] [17] Étienne DOLET, Commentarii linguae latinae, 1536, t. II,...
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. C’est donc par l’apprentissage assidu des humanités, puis par le « labor improbus » célébré par Guillaume Budé, le travail acharné de perfectionnement individuel qui le prolonge, que l’on accède à la dignité humaine. La formule célèbre d’Érasme illustre en un raccourci saisissant ce long cheminement : « les hommes ne naissent pas, ils se fabriquent »; ils se différencient en cela des arbres ou des chevaux qui, eux, naissent arbres et chevaux[18] [18] « Homines non nascuntur, sed finguntur » Declamatio...
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14 Des contresens ont parfois été commis sur la notion de dignitas homini : on y a vu l’affirmation d’une libération de l’homme à l’égard de Dieu et l’exaltation des pouvoirs de la raison et de la volonté humaines. C’est ne pas voir à quel point le thème de la dignité de l’homme forme un couple indissociable, dans les écrits des humanistes, avec celui de sa fragilité et de sa misère. Les capacités humaines sont perçues comme des dons de Dieu dont il faut remercier le Créateur, dans un mouvement où fierté et humilité se rejoignent; l’optimisme qu’ils engendrent n’anéantit pas le sentiment qu’ils peuvent être gaspillés et détournés de leur fin, si bien que la joie de la Renaissance s’accompagne de cette mélancolie dont Jean Delumeau a souligné la vigueur[19] [19] Jean DELUMEAU, La Civilisation de la Renaissance, Paris,...
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. Même un philosophe comme Charles de Bovelles, qui a été très loin dans l’affirmation de l’autonomie humaine en dessinant la figure du sage, défini comme « celui qui s’est fait homme » – qui se fecit hominem –, donne à la notion de perfection de l’homme une dimension mystique qui maintient la force du lien avec Dieu[20] [20] Le Livre de l’Intellect et Le Livre du Sage sont publiés...
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15 La prétention à dire l’homme est portée par un idéal universaliste, qui n’exclut pas, bien sûr, le sens aigu de l’individuel dont témoigne la multiplication des portraits comme ceux des Clouet ou d’Holbein. C’est tout l’humain qui est censé renaître, l’humain dans toutes ses potentialités, dont on recherche les traces jusque chez les « sauvages » du Nouveau Monde. Cet universalisme est consubstantiel à la notion de seconde naissance; il explique la ferveur qu’elle suscite chez ceux qui s’en font les propagateurs. Mais il en fait aussi la faiblesse, car les contradictions qu’il recèle, masquées au début par l’enthousiasme des premiers découvreurs, engendreront peu à peu la désillusion.

16 Parmi ces contradictions, on peut signaler tout d’abord celle qui se dessine progressivement entre le rêve universaliste et la volonté de cohérence chrétienne, volonté qui est omniprésente chez les humanistes. L’hypothèse selon laquelle la propension à rechercher des modèles d’humanité dans l’Antiquité aurait fini par provoquer une résurgence du paganisme antique est en effet discutable; elle se situe dans la veine historiographique d’un Michelet et sub-siste chez certains auteurs, qui, comme Michel Jeanneret dans son ouvrage Perpetuum Mobile ( 1997), ont souligné l’attrait de la Renaissance pour le pulsionnel, l’archaïque, le vertige païen. Si l’on peut trouver effectivement les signes d’une fascination des humanistes pour les ivresses païennes (pensons en particulier au bouc couronné de lierre et offert à Bacchus par Jodelle et ses amis en 1553), il faut rappeler que la multitude des références à la mythologie antique n’est le plus souvent, dans la peinture et la littérature, qu’une métaphore savante pour exprimer un sentiment religieux chrétien, utilisée d’autant plus aisément que la notion de prisca theologia, diffusée en Italie par Marsile Ficin et, en France, par Symphorien Champier et Jacques Lefèvre d’Etaples, permet de croire que les Anciens ont mystérieusement bénéficié d’une sorte de révélation pré-chrétienne leur faisant pressentir les vérités du christianisme, ce qui justifie l’enrôlement de leur sagesse pour conforter la foi chrétienne.

17 L’Antiquité « ressuscitée » des humanistes est une Antiquité reconstruite selon leurs aspirations. Mais cette volonté d’annexion les a poussés à accueillir sans discrimination toutes les manifestations du génie humain, non seulement celui des philosophes de l’Antiquité grecque ou romaine mais aussi celui de mages mythiques d’Égypte et d’Orient, comme cet Hermès Trismégiste, réputé contemporain de Moïse, auquel est attribué un ensemble de textes datant du IIe-IIIe siècles apr. J.-C., le « corpus hermétique », contenant un mélange de néoplatonisme, de stoïcisme teinté de judaïsme et de mystique venue d’Iran.

18 D’où le péril de syncrétisme, auquel Ficin n’échappe pas et dont Lefèvre prend peu à peu conscience. On peut suivre chez ce dernier la progression de son changement d’orientation, qui l’amène par exemple à écrire dans l’épître à Guillaume Briçonnet placée en tête de son Quincuplex Psalterium ( 1509) que, comparées à l’Écriture, les lettres humaines ne lui semblent plus maintenant « que ténèbres »[21] [21] Cité par Gérard DEFAUX, Rabelais agonistes : du rieur...
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. Il y a là une saisissante réévaluation de l’opposition entre lumière et ténèbres, qui ne place plus la coupure entre un avant et un après, mais entre deux secteurs de l’activité des hommes, introduisant ainsi une rupture de la cohérence humaine.

19 Sous l’effet des critiques émises par les gardiens de l’orthodoxie, au premier rang desquels se place la Faculté de théologie de Paris, critiques de plus en plus sévères après l’apparition des doctrines luthériennes, les humanistes perçoivent la difficulté qu’il y a à concilier ce qu’ils avaient cru compatible dans leur premier enthousiasme. C’est dans les années 1530 que l’évolution devient manifeste, jalonnée par le livre que Guillaume Budé intitule de manière significative : De transitu hellenismi ad christianismum ( 1535), le passage de l’hellénisme au christianisme. Ce passage n’est pas chez lui une rupture à proprement parler : c’est l’ascension depuis un étage de la connaissance jusqu’à un niveau plus haut. Mais il estime désormais que les trésors antiques ramassés en cours de route ne peuvent être conservés que s’ils sont « exposés dans le temple du Seigneur [… ] pour le servir et le parer »[22] [22] Guillaume BUDÉ, Le Passage de l’hellénisme au christianisme...
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. Cette prise de conscience des mirages et des dangers de « l’hellénisme » défait l’illusion des premiers temps où l’on croyait que les richesses de la culture antique étaient directement intégrables dans la culture chrétienne. Le rêve totalisant survit cependant chez certains penseurs, en particulier chez les médecins et les mathématiciens, dans la lignée des recherches exposées par Agrippa von Nettesheim dans le De Occulta Philosophia (publié en 1533)[23] [23] Pierre BÉHAR, Les langues occultes de la Renaissance, Paris,...
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; l’attrait pour l’occultisme, l’hermétisme et l’alchimie persiste dans des cercles érudits qui pensent y trouver un moyen de comprendre l’univers et d’agir sur lui, mais le sentiment d’opérer une synthèse philosophique entre le paganisme et le christianisme s’efface chez eux derrière le souci d’efficacité pratique, qui se traduit en particulier par la confection de talismans et d’horoscopes ou la recherche de la pierre philosophale. Quant à la solution prônée par Étienne Dolet, en particulier dans le De Imitatione ciceroniana ( 1535), celle d’un usage a-chrétien – ce qui ne veut pas dire anti-chrétien, comme l’ont pensé les censeurs – des textes païens appréciés pour leur beauté formelle intrinsèque[24] [24] Démarche analysée par Marc FUMAROLI, L’Âge de l’éloquence. ...
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, on peut estimer, dans la mesure où elle tente d’établir des compartiments étanches au sein desquels l’esprit pourrait déployer son activité de manière diverse, qu’elle opère comme une seconde mort de l’Antiquité; elle détruit tout autant que la démarche d’un Lefèvre d’Etaples ou d’un Budé la belle cohérence que percevaient les premiers humanistes lorsqu’ils pensaient retrouver, dans les écrits antiques ressuscités, l’essence même d’une humanité chrétienne.

20 Une autre illusion de l’idéal universaliste est la conviction que les bonnes lettres, en rendant l’homme meilleur, le qualifient pour occuper des charges importantes dans la hiérarchie sociale et politique. Le rêve d’unité s’exprime ici par la croyance que la bonté morale se confond avec la compétence :
l’homme nouveau serait apte à s’investir dans la chose publique. Dans le domaine éducatif, cette idée se manifeste par la tentative d’instaurer un cursus universitaire supérieur axé sur les belles lettres (enseignées alors dans la faculté subalterne des Arts) et pouvant décerner des grades qualifiant professionnellement ceux qui en seraient pourvus à l’instar des facultés de droit, de médecine ou de théologie. Ont répondu à cette ambition l’université trilingue d’Alcalà créée au début du XVIe siècle à l’instigation du cardinal Cisneros, le collège des Grecs parrainé à Rome par Léon X, le collège des Trois Langues fondé à Louvain en 1517 ou les chaires de lecteurs royaux établies par François Ier en 1530. Dans le domaine politique, cela se traduit par l’effort des humanistes pour s’établir en conseillers des princes, pensant que, faute de pouvoir réaliser immédiatement l’adage platonicien selon lequel les républiques seraient heureuses lorsque les philosophes régneraient ou que les rois philosopheraient, on pouvait du moins placer près des souverains des philosophes qui les éclaireraient sur la conduite à tenir. Érasme a tenté de jouer ce rôle auprès de Charles Quint et Budé auprès de François Ier. Il y a un aspect subversif dans l’espoir humaniste d’une société dans laquelle coïncideraient la prééminence politique et sociale et l’excellence morale, car la plupart de ceux qui l’ont caressé n’ont pas lié cette excellence à la naissance, même si, concrètement, ils n’ont pas fait beaucoup d’efforts pour envisager les mesures qu’il faudrait prendre pour offrir les mêmes chances à tous[25] [25] Fait exception à ce constat Jacques SADOLET, qui, dans...
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. Mais cette portée subversive est restée virtuelle.

21 Aussi bien dans le domaine éducatif que dans le domaine politique, la désillusion a été au rendez-vous. Quel que soit leur prestige, les nouveaux établissements d’enseignement n’ont pas réussi à concurrencer les trois facultés supérieures traditionnelles pour l’accès de leurs étudiants au cursus honorum; et le pouvoir des conseillers humanistes des princes est resté largement utopique.

22 Bien plus, beaucoup se sont aperçus que l’étude des bonnes lettres ne rendait pas nécessairement plus vertueux ceux qui s’y adonnent, comme on l’avait cru au début. « Faire ses humanités »: l’expression ne désignera pas, finalement, l’apprentissage de la sagesse, mais prendra le sens banal d’étape imposée aux jeunes gens de bonne famille, nécessaire mais non suffisante pour faire leur chemin dans le monde. L’homme nouveau sera en définitive celui qui sait parler un latin élégant et qui maîtrise le système de références classiques; cet indispensable bagage culturel ne suffira ni à le rendre meilleur, ni à le qualifier pour obtenir une charge importante, but pour lequel le rôle de la naissance et des relations, outre la formation technique, restera prépondérant. C’est ce qu’Anthony Grafton et Lisa Jardine ont proposé d’appeler le passage « de l’humanisme aux humanités », au cours duquel celles-ci deviennent une discipline scolaire et non un accomplissement humain; ce passage se traduit par la prolifération des méthodes, des manuels et des « digestes », domaine dans lequel Ramus, actif artisan de cette évolution, passera maître[26] [26] Anthony GRAFTON, Lisa JARDINE, From Humanism to the humanities. ...
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23 Une troisième contradiction apparaît lorsqu’on aborde les relations de l’humanisme avec la gestation des sentiments nationaux. La quête de la source a été aussi une quête des origines; on a cherché dans chaque pays, par-delà ce qu’on appelait l’ignorance médiévale, les traces d’une grandeur oubliée qui permettrait de faire pièce à l’Italie, à l’égard de laquelle on éprouve des sentiments ambivalents d’admiration et d’irritation. Ce mouvement dénature l’esprit de la vieille légende des origines troyennes, qui faisait des princes européens des cousins ayant des ancêtres communs. Dans l’Empire, la Germanie de Tacite, plusieurs fois rééditée dans les trente dernières années du XVe siècle, fournit une image flatteuse des anciens Germains, caractérisés par leur courage guerrier et leur amour de la liberté; des humanistes comme Heinrich Bebel ou Christophe Scheurl font paraître, le premier en 1504, le second en 1515, des traités intitulés De laudibus Germaniae[27] [27] Les traités de H. Bebel et de C. Scheurl sont publiés...
suite
. En France, c’est chez Strabon que Guillaume Budé va chercher des arguments pour affirmer que les Gaulois avaient une brillante culture littéraire et que Marseille possédait un collège qui attirait les jeunes Romains par sa réputation. Guillaume Postel se fait, au milieu du siècle, le fougueux propagateur de l’éloge des Gaulois[28] [28] Sur la « gallomanie » dont les ouvrages de Guillaume...
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, tandis que les apologistes des anciens Francs, dans la lignée de Charles Dumoulin[29] [29] Dans son traité sur la coutume de Paris ( 1539), Charles...
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, développent le thème de leur vaillance et de leur goût de l’indépendance. Cette exaltation des origines nationales ne peut que déboucher sur une rivalité entre les pays qui met à mal le rêve universaliste des premiers humanistes. Érasme, lui qui se voulait cosmopolite, habitant d’une République des Lettres transcendant les frontières, en fait l’expérience lorsqu’il publie, en 1528, son Ciceronianus; la controverse qu’il déclenche porte, certes, sur le rapport de la chrétienté à la latinité, mais elle met aussi en lumière la vitalité des fiertés nationales : en Espagne et en Angleterre, on lui reproche de ne pas avoir mentionné Juan Luis Vivès, tandis qu’en France on s’indigne du jugement peu flatteur émis sur Budé. L’orgueil français s’affirme éloquemment au milieu du siècle dans la Défence et Illustration de la langue françoise de Joachim Du Bellay; dans les Regrets, le poète pousse à son terme l’idée de la translatio studii d’Athènes à Rome et enfin à Paris en célébrant la France, « mère des arts, des armes et des lois ».

24 Le thème de la nouvelle naissance, de l’apparition d’un homme meilleur, plus chrétien, capable de faire advenir le règne conjoint des bonnes lettres, de la vertu et de la piété, finit donc par apparaître comme une utopie. Avancer cette proposition, c’est suggérer que le livre de Thomas More, malgré son apologie de l’austérité, pourrait être l’ouvrage emblématique d’une métamorphose frappée d’irréalité. La prise de conscience par les humanistes de ce caractère utopique signale la fin de la Renaissance. Elle se produit sous l’influence de facteurs divers selon les pays; mais partout l’éclatement religieux ou sa menace contribue à la précipiter, entraînant le surgissement de nouvelles rigidités. C’est pourquoi, lorsque s’affaiblit le sentiment de résurrection, affaiblissement qui survient plus ou moins précocement (dans les années 1560 en France, à la fin du siècle en Angleterre, peut-être dès 1527 en Italie, encore qu’y survit la conviction qu’une rénovation politique est en cours), on peut se demander si l’appellation de Renaissance, même si on lui accole, au prix d’une contradiction interne, les mots « déclin » ou « automne », se justifie encore[30] [30] Jean LAFFOND, André STEGMANN (éd. ), L’Automne de la...
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. Mais, en soulignant la dimension utopique de la notion de Renaissance, on retrouve l’énigme historiographique évoquée au début de cet exposé, celle du rôle de cette utopie comme facteur de mouvement, comme stimulant d’une dynamique créatrice qui donne une coloration si reconnaissable à une durée mesurable de l’histoire européenne. Énigme qui n’a pas fini d’interroger les historiens.

 

Notes

[ 1] Pierre BELON DU MANS, Les Observations de plusieurs singularitez et choses memorables trouvées en Grèce, Asie, Judée, Égypte, Arabie et autres pays estranges, Paris, 1553, épître liminaire adressée à François de Tournon.Retour

[ 2] Cité par Marie-Madeleine DE LA GARANDERIE, Christianisme et lettres profanes. Essai sur l’humanisme français et sur la pensée de Guillaume Budé, Paris, H. Champion, 1995, p. 71.Retour

[ 3] Pierre GALLAND, Oraison sur le trespas du Roy François… traduitte de latin en françois par Jan Martin, Paris, Michel de Vascosan, 1547.Retour

[ 4] Érasme commence à travailler à ses Antibarbares, livre édité en 1520, dès la fin des années 1480; le conflit entre les amis de Reuchlin et ceux qui l’attaquent à propos du De Verbo mirifico ( 1494) et des Rudimenta linguae hebraicae ( 1506) culmine en 1515 avec les Epistulae obscurorum virorum d’Ulrich VON HUTTEN et Rubeanus CROTUS.Retour

[ 5] Robert Gaguin, lettre de remerciement à Érasme ( 7 octobre 1495) qui lui a soumis le premier livre des Antibarbares, citée par Augustin RENAUDET, Préréforme et humanisme à Paris (Paris, 1953), reprint Genève, Slatkine, 1981, p. 271.Retour

[ 6] Textes cités par Karlheinz STIERLE, « Un mot franco-européen : la Renaissance », in Gilbert GADOFFRE éd., Renaissances européennes et Renaissance française, Montpellier, Éditions Espaces, 1995, p. 39-52.Retour

[ 7] Sur cette évolution historiographique, l’ouvrage classique est celui de Wallace F. FERGUSON, La Renaissance dans la pensée historique, traduction française, Paris, Payot, 1950; voir aussi la stimulante mise au point de Charles-Olivier CARBONELL, « La Renaissance : invention et avatars d’une période dans l’historiographie du XIXe siècle », in J. BONNET et C-O. CARBONELL éd., Les Temps de l’Europe, Strasbourg, Publication du Conseil de l’Europe, 1993, p. 176-184.Retour

[ 8] Michel MOLLAT, « Y a-t-il une économie de la Renaissance ?», Actes du colloque sur la Renaissance, Paris, Vrin, 1958, p. 37-54.Retour

[ 9] Le mot a été forgé par Guillaume BUDÉ, d’abord en latin dans les Annotations aux Pandectes ( 1508), puis en français dans l’Institution du Prince (écrit en 1519, publié en 1547).Retour

[ 10] Eugenio GARIN va jusqu’à parler de « révolution culturelle »La Renaissance, histoire d’une révolution culturelle, Verviers, éd. Gérard & C°, 1970), expression reprise par G. GADOFFRE ( La Révolution culturelle dans la France des humanistes, Genève, Droz, 1997).Retour

[ 11] Roger CHARTIER, Henri-Jean MARTIN (dir.), Histoire de l’édition française. Le Livre conquérant, du Moyen Âge au milieu du XVIIe siècle, Paris, Promodis, 1982, p. 153 (rééd. Fayard, 1990).Retour

[ 12] Bernard QUILLIET, La France du beau XVIe siècle, Paris, Fayard, 1998, p. 10.Retour

[ 13] Voir pour l’histoire des femmes, Madeleine LAZARD, Les avenues de Féminye : les femmes et la Renaissance, Paris, Fayard, 2001; pour les paysans, Emmanuel LE ROY LADURIE, Histoire des paysans français : de la Peste noire à la Révolution, Paris, Le Seuil, 2002 ou Jean-Marc MORICEAU, Terres mouvantes. Les campagnes françaises du féodalisme à la mondialisation, Paris, Fayard, 2002; et pour le monde du travail et des techniques, Henry HELLER, Labour, Science and Technology in France, 1500-1620, Cambridge, Cambridge University Press, 1996.Retour

[ 14] Hans BOTS, Françoise WAQUET, La République des Lettres, XVIe-XVIIIe siècle, Paris, Belin/De Boeck, 1997.Retour

[ 15] Yves COPPENS et Pascal PICQ (dir.), Aux origines de l’humanité. 2-Le propre de l’homme, Paris, Fayard, 2001.Retour

[ 16] Jean-Claude MARGOLIN, « Humanisme : genèse et histoire d’un mot », in Les Humanistes et l’Antiquité grecque, Paris, CNRS, 1989, p. 15-20.Retour

[ 17] Étienne DOLET, Commentarii linguae latinae, 1536, t. II, p. 493, cité par Lionello SOZZI, « La “dignitas hominis” chez les auteurs lyonnais du XVIe siècle », in L’humanisme lyonnais au XVIe siècle, Actes du colloque de mai 1972, Grenoble, Presses de l’Université, 1974, p. 322.Retour

[ 18] « Homines non nascuntur, sed finguntur » Declamatio de pueris statim ac liberaliter instituendis, édition critique et traduction par Jean-Claude MARGOLIN, Genève, Droz, 1966, p. 388-389.Retour

[ 19] Jean DELUMEAU, La Civilisation de la Renaissance, Paris, Arthaud, 1967, p. 22.Retour

[ 20] Le Livre de l’Intellect et Le Livre du Sage sont publiés en 1511. Voir Emmanuel FAYE, Philosophie et perfection de l’homme. De la Renaissance à Descartes, Paris, Vrin, 1998.Retour

[ 21] Cité par Gérard DEFAUX, Rabelais agonistes : du rieur au prophète. Études sur Pantagruel, Gargantua, Le Quart Livre, Genève, Droz, p. 234, note 141.Retour

[ 22] Guillaume BUDÉ, Le Passage de l’hellénisme au christianisme (De Transitu hellenismi ad christianismum), introduction, traduction et annotation par Marie-Madeleine DE LA GARANDERIE et Daniel F. PENHAM, Paris, Les Belles Lettres, 1993, p. 275.Retour

[ 23] Pierre BÉHAR, Les langues occultes de la Renaissance, Paris, Éditions Desjonquères, 1996.Retour

[ 24] Démarche analysée par Marc FUMAROLI, L’Âge de l’éloquence. Rhétorique et « res literaria » de la Renaissance au seuil de l’époque classique, Genève, Droz, 1980, rééd. Paris, Albin Michel, 1994, p. 113-114. Il y a là sans doute les traces de l’influence de l’école de Padoue sur Étienne Dolet, école marquée par l’enseignement de Pomponazzi, qui séparait les domaines de la raison et de la foi.Retour

[ 25] Fait exception à ce constat Jacques SADOLET, qui, dans son De liberis recte instituendis, Lyon, S. Gryphe, 1553, pense que les enfants de bonne famille, confiés à de bons précepteurs, sont plus aptes à apprendre les bonnes lettres. La plupart des humanistes, malgré des hésitations dont témoigne le De vera nobilitate de Josse CLICHTOVE ( 1512), ont estimé que la « nourriture » (l’éducation) pouvait triompher d’une nature mal disposée. C’est Jean BODIN a été le plus loin en ce sens : dans le Discours [… ] au Sénat et au peuple de Toulouse (Oratio de instituenda in Repub. Juventute, ad Senatum Populumque Tolosatem, édité et traduit du latin par Pierre MESNARD, Paris, PUF, 1951, p. 35), il affirme qu’il faut offrir à tous les enfants, quelle que soit leur condition sociale, des chances égales en leur donnant une éducation commune dans des collèges publics.Retour

[ 26] Anthony GRAFTON, Lisa JARDINE, From Humanism to the humanities. Education and the Liberal Arts in Fifteenth- and Sixteenth-Century-Europe, Londres, Duckworth, 1986.Retour

[ 27] Les traités de H. Bebel et de C. Scheurl sont publiés dans le recueil de Simon SCHARD, Historicum opus… tomus I, Germaniae antiquae illustrationem continet, Bâle, ex officina Henricpetrina, 1574. Voir Jacques RIDÉ, L’image du Germain dans la pensée et les lettres allemandes de la redécouverte de Tacite à la fin du XVIe siècle, Université Lille III, Atelier national de reproduction des thèses, 1977,2 vol.Retour

[ 28] Sur la « gallomanie » dont les ouvrages de Guillaume Postel sont l’illustration, voir Claude-Gilbert DUBOIS, Celtes et Gaulois au XVIe siècle. Le développement littéraire d’un mythe nationaliste, Paris, Vrin, 1973. Sur l’origine germanique des Francs et le thème de la conquête de la Gaule, Arlette JOUANNA, Ordre Social. Mythes et hiérarchies dans la France du XVIe siècle, Paris, Hachette, 1977.Retour

[ 29] Dans son traité sur la coutume de Paris ( 1539), Charles Dumoulin insiste sur l’origine germanique des Francs et sur leurs qualités physiques et leur esprit d’indépendance.Retour

[ 30] Jean LAFFOND, André STEGMANN (éd.), L’Automne de la Renaissance, 1580-1630, Paris, Vrin, 1981.Retour

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POUR CITER CET ARTICLE

Arlette Jouanna « La notion de Renaissance : réflexions sur un paradoxe historiographique », Revue d’histoire moderne et contemporaine 5/2002 (no49-4bis), p. 5-16.
URL :
www.cairn.info/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2002-5-page-5.htm.