Revue d’histoire moderne et contemporaine
Belin

I.S.B.N.2701137357
256 pages

p. 58 à 87
doi: en cours

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Les mondes savants

no51-2 2004/2

2004 Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine Les mondes savants

Le métier de bibliothécaire au XVIIIe siècle : Angelo Maria Bandini à Florence ( 1726-1803)

Emmanuelle Chapron Emmanuelle CHAPRON Université Aix-Marseille I Département d’histoire 29, avenue R.Schuman 13621 Aix-en-Provence cedex 01
Emmanuelle Chapron Le métier de bibliothécaire au XVIIIesiècle: Angelo Maria Bandini à Florence (1726-1803) La carrière d’Angelo Maria Bandini (1726-1803),bibliothécaire pendant plus d’un demi-siècle des bibliothèques Laurentienne et Marucelliana de Florence,témoigne des muta~tions du travail du bibliothécaire au XVIIIesiècle, dans le cadre des réformes insti~tutionnelles et culturelles des grands-ducs Habsbourg-Lorraine. Les nouvelles biblio~thèques publiques comme la Marucelliana sont en effet le lieu d’une politique tournée vers l’utilité publique et la modernisation cul~turelle;le métier de bibliothécaire s’y structure autour du travail catalographique et de la ges~tion matérielle et intellectuelle des politiques d’achat. Mais ces mutations ne sont pas linéaires: à la Laurentienne, admirée par les visiteurs de toute l’Europe, Bandini continue d’entretenir, par son monumental catalogue des manuscrits et sa correspondance, une bibliothèque réservée aux seuls érudits. For over half a century, Angelo Maria Bandini (1726-1803) was librarian of the Laurentian and Marucelliana libraries in Florence. His career attests the transforma~tions of librarianship in the eighteenth cen~tury, under the institutional and cultural reforms implemented by the grand dukes of Habsbourg-Lorraine.These new public libra~ries, such as the Marucelliana, are perfect illustrations of a policy which emphasized public utility and cultural modernization; librarianship is founded on cataloguing and the material and cultural management of pur~chasing policies. However these transforma~tions are not linear: at the Laurentian library, which is admired by visitors from all over Europe, Bandini, through his monumental catalog of manuscripts and with his corres~pondence, continued to maintain a library exclusively reserved for the erudites.
La gravure insérée en tête du catalogue des manuscrits latins de la bibliothèque Laurentienne de Florence représente le bibliothécaire et auteur de l’ouvrage, Angelo Maria Bandini ( 1726-1803) [1]. L’homme, dont l’ample et sombre habit de chanoine accentue la corpulence naturelle, est assis face au lecteur. Il tient de sa main droite un volume fermé sur ses genoux et désigne de l’index gauche un livre ouvert que lui tend son assistant, Antonio Sarti. Une tenture sombre en toile de fond laisse apparaître dans un angle des étagères couvertes de livres. L’image du bibliothécaire, des livres seul gardien (de la main droite) et dispensateur (de la main gauche), figurant en tête d’un catalogue, nécessaire instrument du lecteur dont Bandini serait le guide et l’allié, apparaît solide, cohérente et presque familière. Mais si l’on regarde quelques décennies en arrière, sur ces « monstres sacrés » des bibliothèques d’Italie qu’ont été Magliabechi et Muratori, l’image se brouille : Antonio Magliabechi ( 1633-1714), le bibliothécaire des grands-ducs de Toscane, bibliotheca animata selon le témoignage des voyageurs et de ses correspondants, n’a jamais attaché son nom à un tel ouvrage, étant en quelque sorte lui-même le catalogue des trésors dont il avait la garde; Lodovico Antonio Muratori ( 1672-1750), conservateur des manuscrits de l’Ambrosienne de Milan puis bibliothécaire du duc de Modène, doit sa célébrité à son œuvre historique plus qu’à son office de bibliothécaire [2]. En regard, Bandini se présente comme l’homme d’une seule œuvre, le monumental catalogue des manuscrits de la Laurentienne en onze gros volumes in-folio auquel il lie son image, témoignant de l’incapacité de l’érudit à transmettre seul la mémoire des livres et de son nécessaire effacement derrière une nouvelle figure de bibliothécaire.
Des travaux récents ont retracé les grandes lignes de la transformation du travail du bibliothécaire de l’époque moderne et du passage « du citoyen de la République des Lettres au fonctionnaire », ainsi que la constitution entre les XVIIe et XVIIIe siècle d’un savoir professionnel [3]. Au XVIIIe siècle, le bibliothécaire est souvent un homme d’origine bourgeoise, muni des ordres mineurs mais sans vocation religieuse bien affirmée, de solide formation classique, distingué pour son amour des livres, son érudition, son aptitude à gérer matériellement et intellectuellement de grandes masses de volumes. L’ouverture au public des bibliothèques, le perfectionnement des techniques bibliothéconomiques, l’intérêt croissant porté par les souverains aux institutions culturelles transforment son travail, comme il ressort des études consacrées à l’abbé Bignon de la Bibliothèque Royale, à Girolamo Tiraboschi à la bibliothèque Estense de Modène ou à Giovan Battista Audiffredi à la Casanatense de Rome [4].
La carrière du bibliothécaire florentin Angelo Maria Bandini, qui dirige pendant plus d’un demi-siècle les bibliothèques Laurentienne et Marucelliana, illustre la complexité et le caractère non linéaire de ces mutations. Le quotidien des bibliothèques florentines subit les effets plus ou moins directs des réformes entreprises par François Étienne ( 1737-1765) et par Pierre Léopold ( 1765-1790), grands-ducs de la dynastie des Habsbourg-Lorraine qui succède aux Médicis en 1737. La volonté de réduire l’influence ecclésiastique sur la société, le souci de rationaliser l’administration toscane, l’intérêt porté par les grands-ducs aux structures de l’économie du savoir, l’importance accordée par Pierre Léopold au développement de la culture scientifique infléchissent le rôle du bibliothécaire [5]. Le travail de Bandini et sa conception même du métier de bibliothécaire apparaissent d’autre part très différents d’une bibliothèque à l’autre. Autour de la bibliothèque Laurentienne qui conserve depuis le XVIe siècle les manuscrits des Médicis, il tente d’entretenir une petite République des érudits : les transformations institutionnelles, le catalogue imprimé, sa correspondance sont consacrés à un cercle restreint d’utilisateurs. Pour les autres visiteurs, l’assimilation de la bibliothèque à un musée de manuscrits s’accentue avec l’adoption de nouveaux règlements et l’instauration d’un « livre d’or ». Comme bibliothécaire de la Marucelliana, l’une des deux bibliothèques qui ouvrent au public à Florence au milieu du XVIIIe siècle, il se met au contraire au service de lecteurs nombreux et divers; il doit s’adapter aux nouvelles règles administratives et, à travers la politique d’achats, aux objectifs d’utilité publique et de modernisation culturelle auxquels sont soumises les institutions florentines, bibliothèques, académies, musées, sous le règne de Pierre Léopold. Se pose alors la question dans les dernières décennies du siècle de l’attitude du bibliothécaire et plus largement des élites culturelles florentines face aux choix de la politique réformatrice du grand-duc. De manière plus générale, il s’agira à travers le cas d’Angelo Maria Bandini de mettre en évidence les signes d’un processus de professionnalisation déjà engagé au siècle précédent [6]. La nature des compétences exigées d’un bibliothécaire, la définition de nouveaux savoirs et de nouvelles pratiques qui se constituent en champ de savoir autonome et transmissible, la conception que l’on se fait et qu’il se fait lui-même de sa tâche, sont des axes de réflexion qui permettent de comprendre comment se transforme la fonction traditionnelle de médiateur culturel du bibliothécaire et comment elle s’inscrit à la fois dans les nouvelles exigences du champ politique et dans les réformes de l’économie urbaine du savoir.
 
LE BIBLIOTHÉCAIRE
 
 
Le 20 mars 1751, alors que Bandini se trouve à Rome, il est nommé par Alessandro Marucelli à la tête de la nouvelle bibliothèque Marucelliana. Fondée par le testament de son oncle Francesco Marucelli (mort en 1703), elle doit prochainement ouvrir au public à Florence, après un demi-siècle de fructification du capital et de contentieux familiaux. Comme celle de la Magliabechiana (la bibliothèque d’Antonio Magliabechi ouverte au public en 1747), cette fondation s’inscrit dans un mouvement d’édification de bibliothèques publiques par des particuliers qui connaît en Italie une grande expansion entre le milieu du XVIIe siècle et la fin du XVIIIe siècle : on dénombre en un siècle et demi une cinquantaine de fondations [7]. Bandini est en 1751 un érudit prolixe de vingt-cinq ans, connu surtout pour ses commentaires sur des vestiges antiques. Des bribes de mémoires conservés dans ses papiers personnels témoignent de la manière dont le jeune homme, resté précocement orphelin de parents peu fortunés, s’est rapidement inséré dans un réseau de sociabilité savante qui lui fournit des recommandations et des appuis matériels. Ce réseau lui permet aussi d’avoir accès aux riches bibliothèques privées érudites et nobiliaires qui pallient en partie l’absence de bibliothèque publique à Florence dans la première moitié du siècle. Il fréquente ainsi dès l’âge de onze ans la bibliothèque de l’érudit Anton Francesco Gori à qui il fournit des copies d’inscriptions romaines, la bibliothèque des marquis Riccardi où officie son maître Giovanni Lami, rédacteur des Novelle letterarie de Florence, celle des marquis Salviati dont il est le protégé, le poète et à l’occasion l’historien. Il assiste à la bibliothèque Laurentienne le jésuite Girolamo Lagomarsini dans sa grande entreprise de collation des manuscrits cicéroniens et utilise, enfin, la bibliothèque Magliabechiana dès avant son ouverture officielle au public [8]. L’appui d’Emmanuel de Richecourt, le chef de la Régence toscane qu’il fréquente à l’académie des Apatisti, lui permet d’obtenir l’emploi de secrétaire de l’évêque de Volterra et de se rendre ainsi à Vienne et à Rome entre août 1747 et février 1748. Dans la capitale impériale, il présente au grand-duc François Étienne son Specimen literaturae florentinae qui lui vaut la promesse du prochain bénéfice vacant de Toscane et, grâce aux lettres de présentation dont l’a doté Lami, il rencontre le mathématicien impérial Giovanni de’Marinoni, le père Eckhel, numismate impérial, le célèbre poète Métastase, et pénètre au cabinet des médailles, à la Bibliothèque Impériale et au musée d’histoire naturelle :
autant de refuges dans une contrée qui apparaît au jeune Toscan, dans des réminiscences tacitiennes, fort menaçante [9]. À Rome ensuite, les lettres de Lami l’introduisent auprès de Pier Francesco Foggini et d’Anton Maria Bottari, les bibliothécaires du cardinal Neri Corsini, et de l’antiquaire toscan Ridolfino Venuti, auditeur du cardinal Alessandro Albani. Il fréquente la bibliothèque Vaticane, celle des Corsini, la Casanatense ouverte au public dans le couvent de Sainte Marie de la Minerve. De Rome à Vienne, axe intellectuel et politique majeur de cette première moitié de siècle, il se dote ainsi d’amitiés et de protections solides; il rapporte aussi de ses pérégrinations dans les bibliothèques, comme Giovanni Lami vingt ans auparavant des bibliothèques autrichiennes et parisiennes, des listes et des extraits de manuscrits [10].
Dès 1748, alors que le bâtiment de la Marucelliana est encore en construction à Florence, Bandini brigue le poste de bibliothécaire. Sa promotion apparaît à travers sa correspondance comme le résultat de manœuvres complexes de recommandations, menées à Rome par son frère Giuseppe, par Foggini et les cardinaux Albani et Valenti, mais rendues particulièrement difficiles par la vie recluse que mène Alessandro Marucelli et par les rivalités entre lettrés florentins qui trouvent écho dans les cercles romains [11]. Que demande-t-on alors d’un candidat à un tel poste ? La conception des compétences que doit posséder un bibliothécaire tend au XVIIIe siècle à se préciser. De la même manière que les notices « bibliothécaire » des dictionnaires étudiés par Jürgen Voss font apparaître au cours du XVIIIe siècle des exigences scientifiques plus affirmées, les actes de fondations de bibliothèques publiques énoncent plus précisément les qualités requises de l’impétrant [12]. Le testament d’Alessandro Gambalunga ( 1619), par lequel il donne sa bibliothèque à la commune de Rimini pour qu’elle soit ouverte au public, évoque simplement une « personne de lettres, idoine et apte ». À la Casanatense de Rome, selon le testament du fondateur ( 1698), les bibliothécaires devront être « doctes, savants, experts en matière de livres et de bonnes mœurs ». Le cardinal Imperiali se montre plus précis dans son testament de 1729 : « outre les études en grammaire, rhétorique et philosophie, [le bibliothécaire] devra avoir connaissance de l’histoire » [13]. Et alors que le testament de Francesco Marucelli laissait le choix du bibliothécaire à la gouverne des représentants de la famille, son neveu Alessandro souligne qu’il devra maîtriser l’hébreu et le grec « non seulement comme Bandini, mais encore plus parfaitement, s’il se trouve »: preuve que ce dernier, peu habile en ces matières, ne représentait pas aux yeux du prélat le candidat idéal [14]. Si la formation que les fondateurs attendent des futurs bibliothécaires n’est pas spécifique à leur activité, il reste que le champ des savoirs qu’ils doivent maîtriser se précise.
Pour un jeune érudit sans fortune personnelle, les avantages d’une telle situation sont conséquents : si les conditions de l’emploi ne sont pas, en 1748, encore bien fixées, le testament d’Alessandro Marucelli de juillet 1751 stipule qu’il sera logé à proximité de la bibliothèque, qu’il recevra un salaire de soixante-douze scudi annuels (celui de la Magliabechiana en reçoit cent vingt), et qu’à moins d’une faute grave, il ne pourra perdre son emploi [15]. Autant que ces aspects matériels importe « la commodité d’avoir à disposition une bibliothèque bien fournie où exercer [son] esprit uniquement porté à la belle littérature » [16]. Le théatin Paolo Maria Paciaudi évoque en 1761 dans des termes semblables au comte de Caylus l’offre que lui fait le ministre du Tillot du poste de bibliothécaire de la Parmense :
« Rome est sans doute un grand pays, fait pour ceux qui aiment l’étude de l’antiquité. On y trouve toujours des monuments, de grandes bibliothèques, des savans à consulter. J’y ai plusieurs amis; mais je n’ai rien à y espérer qui me donne un établissement pour ma vieillesse. L’âge avance, ma santé n’est pas robuste : je ne suis pas dominé par l’ambition, mais j’aime les commodités de la vie et je les souhaite. Du Tillot m’a fait proposer des appointements assez honnêtes, et l’emploi de bibliothécaire de l’infant. Le soin de former une bibliothèque se réduit plutôt à un amusement qu’à une occupation. Les honoraires vont me mettre à mon aise; je serai libre et maître de ma volonté; je pourrai vivre en philosophe tranquille; c’est la meilleure chose du monde » [17].
La figure du bibliothécaire reste encore floue, elle ne se suffit pas à elle-même et s’ajoute à d’autres activités mieux considérées et jugées intellectuellement plus gratifiantes, sur le modèle de Giovanni Lami, érudit, journaliste, polémiste avant que d’être bibliothécaire. Significatif aussi est le parcours de Giovanni Targioni Tozzetti, de quatorze ans l’aîné de Bandini : le jeune botaniste est nommé bibliothécaire de la Magliabechiana en 1739, alors qu’il espérait une chaire de botanique à Pise; au cours de ces années pendant lesquelles s’organise la première bibliothèque publique de Florence, il poursuit sa pratique médicale, ses voyages botaniques, ses recherches érudites et scientifiques [18]. En somme, le poste de bibliothécaire offre un emploi sûr et rémunéré, la possibilité de vaquer à ses recherches et une certaine liberté d’action dans un cadre institutionnel qui, en ce moment de transformation de la bibliothèque patricienne, érudite ou royale en bibliothèque publique, n’est pas encore bien fixé.
Plus encore que sa nomination à la tête de la Marucelliana, c’est la promotion comme bibliothécaire-surintendant de la Laurentienne le 5 février 1757 qui représente un tournant radical dans la carrière de Bandini et l’émergence d’une conception plus professionnelle de sa fonction. Après la mort du bibliothécaire Anton Maria Biscioni le 6 mai 1756, sa candidature est encore une fois appuyée par les milieux ecclésiastiques (les cardinaux Valenti, le pape Benoît XIV, le nonce archevêque de Césarée à Vienne), et par les conseillers viennois de l’empereur. Il semble en particulier que la recommandation pontificale ait fortement joué dans sa nomination [19]. Les compétences de Bandini sont pourtant contestées : le lieutenant fiscal Ippolito Scaramucci le décrit, dans un rapport au conseil de Régence, comme un petit clerc devenu lettré grâce à la bienveillance de Giovanni Lami et dont les œuvres sont truffées d’erreurs et objecte sa méconnaissance des langues orientales « très nécessaires pour un bibliothécaire » [20]. D’autre part, l’organisation institutionnelle de la bibliothèque Laurentienne et les attributions de son bibliothécaire sont encore sujettes à controverses. Selon les termes de la bulle de Clément XII de 1532, deux bibliothécaires, un chanoine et un chapelain, doivent être élus chaque année par le chapitre de Saint Laurent. Depuis l’ouverture de la bibliothèque au public en 1571, les Médicis avaient en outre pris l’habitude de nommer un surintendant pour veiller à la bonne marche de l’établissement : la charge, assez honorifique, était confiée à des hommes mûrs, au terme d’une carrière dans les rouages de l’État, qui intervenaient peu dans la vie quotidienne de la bibliothèque [21]. Après la mort d’Orazio Rucellai en 1663, la place de surintendant reste vacante. Le chanoine Anton Maria Biscioni, à plusieurs reprises bibliothécaire annuel, ne parvient pas malgré ses requêtes répétées à obtenir du chapitre une affectation fixe à la bibliothèque. Ce n’est qu’en 1741 qu’il est nommé surintendant par le grand-duc François Étienne. Cette nomination représente une rupture importante dans le fonctionnement séculaire de la Laurentienne, puisque le surintendant grand-ducal n’est plus seulement un garant de son bon fonctionnement mais un véritable bibliothécaire qui tend à se substituer aux gardiens désignés par le chapitre. D’autre part, la figure de ce surintendant se transforme : ce n’est plus un homme de cour mais un homme d’Église, docteur en théologie, doublé d’un homme de lettres (il est à deux reprises doyen du Studio de Florence et auteur de nombreuses éditions de textes classiques), doté d’une solide éducation qu’il parfait au cours de sa carrière à la Laurentienne par l’apprentissage du grec et de l’hébreu. Il a aussi une certaine expérience bibliothéconomique pour avoir réordonné les bibliothèques de plusieurs grandes familles florentines, les Panciatichi, les Ricasoli, les Riccardi, les Guadagni [22]. Quelques décennies auparavant, Côme III de Médicis avait de la même manière rompu avec la tradition de confier les collections privées des grands-ducs (la bibliothèque Palatine) à un aristocrate lettré : le choix d’Antonio Magliabechi est celui d’un homme d’origine modeste mais qualifié par ses compétences en matière bibliographique et par sa connaissance des réseaux de librairie [23].
À la mort de Biscioni, le chapitre tente de revenir à l’antique dichotomie et de confiner Bandini dans le rôle passif des surintendants médicéens. Le texte même de sa nomination en témoigne : contrairement à ses prédécesseurs autorisés à « exécuter tout ce qu’[ils] juger[ont] convenir à la dignité et au service de la bibliothèque », Bandini n’a que la tâche de « veiller que les bibliothécaires élus selon les termes de la bulle de Clément VII [… ] remplissent exactement leurs devoirs » [24].À la fin de l’année 1758, Bandini propose un nouveau règlement dont l’objectif est de réformer les rapports entre le chapitre et la bibliothèque [25]. Selon lui, les deux gardiens élus sont tout à fait incompétents et ne peuvent se former en l’espace d’un an; avides de pourboires, ils introduisent des visiteurs dans la bibliothèque en dehors des heures pendant lesquelles officie le bibliothécaire grand-ducal, faisant courir de grands risques aux manuscrits, d’autant plus difficiles à protéger que les inventaires sont sommaires et qu’on ne connaît pas bien la composition de chaque volume. Bandini demande que leur élection soit désormais approuvée par le bibliothécaire, qu’ils lui soient complètement soumis et qu’ils ne disposent pas de la clé de la bibliothèque. Il s’agit donc de promouvoir une véritable figure de bibliothécaire, permanente et responsable. Au début de l’année 1759, des avis contradictoires sont rendus par les membres du conseil de Régence et les oppositions durent jusqu’à la parution du règlement promulgué par l’empereur François Étienne le 6 mars 1760. Il ordonne que le bibliothécaire et son aide soient dispensés des chœurs tout en recevant les distributions qui récompensent normalement l’assiduité aux offices, que le bibliothécaire détienne une clé privative de la bibliothèque et interdit aux gardiens d’introduire des visiteurs sans l’accord de ce dernier [26]. À la suite de Biscioni, Bandini peut donc ouvrir quotidiennement la bibliothèque.
L’évolution du statut du bibliothécaire laurentien, qui se joue de la nomination de Biscioni à celle de Bandini et au règlement de 1760, nous semble relever de trois dynamiques. En premier lieu, on voit se dessiner la professionnalisation du bibliothécaire : son activité est désormais dissociée de celle de la Cour ou du chœur à laquelle elle était précédemment étroitement liée; la nécessité de certaines compétences bibliographiques, linguistiques et techniques est fortement soulignéepar les bibliothécaires eux-mêmes, qui revendiquent l’existence d’un champ de savoirs autonome, spécifique de leur activité.
En second lieu, cette évolution s’inscrit dans une politique culturelle qui vise à mettre à disposition du plus grand nombre les instruments du savoir.
L’affirmation au XVIIIe siècle de nouvelles images de la souveraineté qui représentent le prince comme le garant de la félicité publique implique une réorganisation des circuits de l’économie du savoir, édition, bibliothèques, universités, sous la tutelle souveraine. François Étienne hâte ainsi l’ouverture des deux bibliothèques publiques, la Magliabechiana en 1747, la Marucelliana en 1752, bloquées l’une par des problèmes financiers, l’autre par des contentieux familiaux. Comme la bibliothèque ducale des Estense de Modène au même moment, la bibliothèque Palatine est réorganisée à partir de 1758, en vue de son ouverture au public. Un vice-bibliothécaire est nommé pour pallier l’absence du bibliothécaire Valentin Jameray Duval qui a rejoint Vienne en 1748; les livres et les manuscrits sont remis en ordre et catalogués, un règlement interne est préparé par le garde-robe majeur avec l’aide des bibliothécaires de la Magliabechiana et la Bibliothèque Impériale de Vienne fournit le modèle du règlement pour les lecteurs. À partir de 1760, elle reçoit une dotation de trois cents scudi annuels pour l’achat et l’entretien des livres [27]. Enfin, les nominations des surintendants laurentiens et le règlement de 1760 témoignent de la volonté de François Étienne et de certains membres du gouvernement de limiter le rôle du chapitre dans la gestion de la bibliothèque : si Biscioni et Bandini détiennent un canonicat à Saint Laurent, ils dépendent en premier lieu du grand-duc; ils sont d’ailleurs en conflit latent avec le clergé laurentien pendant toute la durée de leurs fonctions. Le règlement de 1760 évoque par ailleurs l’éventualité d’un bibliothécaire qui ne serait pas membre du chapitre. On peut rapprocher cette évolution de celles d’autres institutions culturelles où l’influence ecclésiastique recule : à la Magliabechiana, les volontés testamentaires d’Antonio Magliabechi, qui avait stipulé que le bibliothécaire soit choisi parmi les dominicains de Santa Maria Novella, sont contournées et le jeune médecin Giovanni Targioni Tozzetti est nommé en 1739. Pour le poste d’antiquaire de la Galerie des Offices, François Étienne préfère en 1738 à des candidats ecclésiastiques mieux formés le médecin Antonio Cocchi, intellectuel ouvert à de larges perspectives culturelles. Enfin, le fonctionnement de la censure est modifié par la loi de 1743 qui redimensionne le rôle du censeur ecclésiastique et laisse en dehors du champ de la loi les espaces de la circulation du livre et de la lecture [28].
 
LE CATALOGUE DE LA LAURENTIENNE
 
 
Ce nouveau cadre statutaire permet à Bandini de continuer le catalogue de la Laurentienne commencé par son prédécesseur. Cette entreprise s’inscrit dans un mouvement de grande ampleur, celui de la publication au XVIIIe siècle des catalogues de bibliothèques privées et publiques. Les enjeux intellectuels en sont importants : la rédaction d’un catalogue implique une réflexion sur les catégories et les classifications employées et sur le rapport entre le texte du catalogue et l’espace de la bibliothèque [29]. Mais la manière dont le catalogue est conçu et mis à disposition des lecteurs participe aussi de la construction de la publicité des bibliothèques et du métier de bibliothécaire. Au XVIIIe siècle, la bibliothèque publique est un objet difficile à cerner et les bibliothèques apparaissent aux yeux des voyageurs et des lecteurs comme plus ou moins publiques selon leurs horaires d’ouverture, leur règlement, leur politique d’achats, l’existence ou non d’un catalogue imprimé [30]. Comme l’attribution d’une dotation financière, la publication du catalogue s’inscrit dans la recherche de l’utilité publique de la bibliothèque : Girolamo Tiraboschi, le bibliothécaire de l’Estense, souligne ainsi que « la détermination de faire imprimer le catalogue raisonné des manuscrits de cette bibliothèque est digne de la munificence de Son Altesse et correspond aux visées d’utilité publique qu’elle s’est fixée en l’ouvrant à l’avantage de tous et en l’enrichissant avec une singulière libéralité » [31]. D’autre part, le travail catalographique apparaît comme une composante importante dans le processus de professionnalisation du bibliothécaire. À côté des savoir-faire empiriques des catalographes expérimentés se constituent en effet des savoirs professionnels, formalisés et transmissibles. Si les traités théoriques de la « science » des bibliothèques concernent plus le choix des livres et leur classement que la rédaction des catalogues, le travail catalographique s’ancre sur la circulation de modèles, la collaboration entre bibliothécaires et un corps de textes de référence [32]. En outre, aux yeux du public, le bibliothécaire construit à travers le catalogue une double identité professionnelle, celle d’un expert en matière de livres (qu’il partage avec les bibliographes et les libraires), et d’un gardien d’un patrimoine livresque, garant d’un accès facilité aux collections.
La genèse du catalogue de la Laurentienne, bien documentée par la correspondance de Bandini, témoigne des ressources intellectuelles et matérielles mobilisées par le bibliothécaire. Il choisit de recenser les manuscrits par groupe linguistique (grecs, latins, langue vulgaire) dans l’ordre où ils sont disposés sur les pupitres. Il justifie cette préséance donnée au critère linguistique sur la classification par matières (selon laquelle est organisée la bibliothèque)
par un souci de continuité avec l’œuvre de Biscioni qui avait publié le catalogue des manuscrits orientaux; c’est aussi la pratique la plus fréquente pour les catalogues de manuscrits. Pour la composition des notices, il innove moins qu’il n’exécute à la perfection une méthodologie déjà éprouvée, celle de Bernard de Montfaucon dans la Bibliotheca Coisliana, illustrée une décennie plus tôt par les bibliothécaires de l’Université de Turin [33]. Les préfaces de ces deux ouvrages sont d’ailleurs littéralement utilisées par Bandini pour la présentation de sa propre méthodologie dans la préface et les manifestes du catalogue. La pratique catalographique de Bandini est désormais bien connue : les notices, attentives au texte plus qu’à l’aspect matériel du manuscrit, énumèrent les parties constitutives de l’ouvrage, citent les incipit et explicit de chaque opuscule, précisent la biographie de l’auteur, les circonstances de la rédaction, esquissent une description codicologique, s’attachent parfois à l’histoire du manuscrit en traquant les signes laissés par le copiste, l’enlumineur, les propriétaires successifs. Bandini signale aussi les éditions du texte, renvoie à des manuscrits comparables, en reproduit des passages [34]. La circulation des modèles catalographiques montre l’existence d’un champ de références autonomes, partagées par les bibliothécaires de toute l’Europe. Cette circulation apparaît assez nourrie : pour le catalogue des imprimés de la Marucelliana, son frère Giuseppe lui conseille en 1751 de rédiger un « catalogue raisonné comme le fit monseigneur Fontanini de la bibliothèque Imperiali et comme se fait actuellement celui de la Minerve [la Casanatense] et des autres célèbres bibliothèques » [35]. Un des aspects les plus étonnants de cette circulation est la réutilisation de catalogues d’autres bibliothèques afin de procurer le plus rapidement possible un outil de repérage aux lecteurs de la Marucelliana. Bandini utilise ainsi un exemplaire du catalogue de la bibliothèque Imperiali : les ouvrages présents à la Marucelliana y sont soulignés et leur cote est indiquée dans la marge; des feuilles blanches ont été insérées pour y porter les références des ouvrages qui ne se trouvent que dans la bibliothèque florentine [36].
L’enthousiasme des débuts est vite tempéré par une série de difficultés matérielles et intellectuelles. Il évoque en 1760, dans une lettre à Giammaria Mazzuchelli, alors qu’il rédige le premier tome du catalogue des grecs, « les nombreuses difficultés qui [le] travaillent, [… ] les caractères très étranges des manuscrits, [… ] les recherches et efforts incroyables qu’il faut faire pour voir ce qui est édité, ou inédit, [qui lui] prennent toutes les heures du jour, et une partie de la nuit » [37]. Pour affronter une collection de plus de trois mille manuscrits orientaux, grecs et latins, et pour pallier ses lacunes en grec, en diplomatique ou en paléographie (il n’a qu’une formation universitaire de juriste), Bandini utilise diverses ressources du monde érudit. Il retrouve la trace de dépouillements faits par le médecin Antonio Cocchi sur les manuscrits médicaux ou par Lagomarsini sur ceux de Cicéron [38]. Il tire profit des compétences de ses amis, d’assistants plus ou moins fiables (comme le dominicain Domenico Stratico qui lui a été conseillé par Foggini mais qui s’avère plus porté sur le beau sexe que sur les manuscrits laurentiens, ou encore Christoph Joseph Jagemann, futur bibliothécaire du duc de Weimar), voire de voyageurs.
Il demande à Pier Francesco Foggini de faire réviser les épreuves du catalogue des manuscrits grecs par les lecteurs de la bibliothèque Vaticane et à Giovan Cristoforo Amaduzzi, le surintendant de l’imprimerie de la congrégation de Propaganda Fide, de relire celles du catalogue des manuscrits latins [39]. Bandini dispose enfin d’un petit fonds de livres rassemblé par Biscioni et acheté par le gouvernement à ses héritiers en septembre 1756. Ce fonds est composé d’une centaine d’ouvrages nécessaires pour le travail de catalogage, ouvrages d’histoire littéraire, catalogues des grandes bibliothèques européennes, bibliographies, annales typographiques. Cette petite bibliothèque professionnelle préfigure les bibliothèques institutionnelles spécialisées, peu ou pas ouvertes au public, qui se développent à Florence dans la deuxième moitié du siècle. On voit par exemple se constituer un fonds spécialisé pour les scientifiques du Musée de physique et d’histoire naturelle à partir de 1771 et pour les médecins et étudiants de l’hôpital de Santa Maria Nuova après les réformes des années 1780. Ferdinando Fossi, le directeur de l’Archivio Diplomatico fondé en 1778, rassemble des livres de diplomatique et d’histoire. La parenté entre ces différentes bibliothèques est soulignée par Giuseppe Pelli Bencivenni, le directeur de la Galerie des Offices, qui s’appuie explicitement sur les exemples de la Laurentienne et du Musée de physique, lorsqu’il entreprend la constitution d’une bibliothèque d’art et d’antiquariat pour la Galerie à partir de 1775 [40]. De tels instruments, qui rendent visibles la définition et le contrôle d’un savoir spécifiquement requis pour exercer une activité particulière, participent du processus de professionnalisation de ces activités : l’exemple des médecins est particulièrement éclairant, puisque la constitution d’une bibliothèque spécialisée va de pair avec la réforme de l’enseignement médical et des organes de contrôle sur les professionnels de la santé [41]. Dans le cas de la Laurentienne, il s’agit d’une collection systématique qui illustre parfaitement les compétences (linguistiques, bibliographiques, techniques) requises des bibliothécaires, soulignées dans les traités de bibliothéconomie ou les dictionnaires.
Aux difficultés intellectuelles s’ajoutent les problèmes financiers et l’instabilité du statut du bibliothécaire laurentien, qui témoignent de l’intérêt assez mesuré que portent les grands-ducs à l’entreprise du catalogue laurentien.
Comme Biscioni, Bandini obtient du gouvernement une prime de cent scudi par volume et le prix du papier : il doit donc subvenir lui-même à l’essentiel des frais, en particulier au salaire des copistes. Paradoxalement, si la catalographie est devenue au XVIIIe siècle la grande affaire des bibliothécaires, elle n’est pourtant pas intégrée dans le fonctionnement régulier de l’institution et apparaît toujours comme une activité extraordinaire du personnel. En 1768, sans doute à l’instigation du prieur de Saint Laurent, Pierre Léopold supprime les rétributions et privilèges dont jouissait Bandini : contraint d’accomplir toutes les obligations de la vie de chanoine et d’assister aux chœurs, le bibliothécaire décide alors de renoncer au catalogue [42]. Il le reprend en 1771 lorsqu’il retrouve ses privilèges mais sa déception et son amertume persistent, nourries du sentiment que son œuvre, qui en d’autres temps aurait assuré sa renommée dans le monde des lettres, est méprisée par un souverain ouvertement plus attentif aux productions de la science qu’à celles de l’érudition. S’ajoute enfin la fatigue physique que représente l’ouvrage : dans ses lettres au médecin Bianchi, Bandini évoque ses « obstructions au foie et à la rate » et la perte de la moitié de ses dents, causée par les longues années de travail sur le catalogue, car « à peine [pouvait-il] trouver un moment pour prendre un peu de nourriture et de repos » [43]. Soucieux de sa santé et un peu hypocondriaque, le bibliothécaire fait pour la Marucelliana l’achat de l’ouvrage de Pujati, Della preservazione della salute dei letterati, du Dizionario di sanità, de la Medicina domestica de William Buchan, un grand succès européen.
Les volumes paraissent en l’espace d’une quinzaine d’années : en 1764, 1768,1770, les trois volumes des manuscrits grecs, puis de 1774 à 1777 les quatre volumes des latins, en 1778 le catalogue des manuscrits et imprimés en langue vulgaire. S’y ajoutent entre 1791 et 1793 les trois volumes de la Bibliotheca Leopoldina qui recensent les manuscrits parvenus à la Laurentienne sous le règne de Pierre Léopold. On peut estimer le tirage du catalogue à environ cinq cents exemplaires [44]. Sa diffusion illustre les mécanismes du marché du livre érudit au XVIIIe siècle. Bandini refuse, sans doute pour préserver son indépendance, de recourir aux souscriptions, procédé pourtant couramment utilisé en Italie depuis les années 1730 [45]. Pour faire connaître son œuvre, il demande à ses correspondants de faire circuler les manifestes et de lui procurer des comptes rendus dans les périodiques italiens et européens au fur et à mesure de la parution des volumes. Giuseppe Fabrizi, de la bibliothèque de Modène, lui annonce ainsi en 1770 qu’il a envoyé le manifeste à Yverdon, à Leipzig et à Göttingen [46]. L’ouvrage apparaît dans les colonnes de la Gazzetta patria et dans les Novelle Letterarie de Florence, dans les Efemeridi letterarie de Rome mais aussi dans la Gazette littéraire de l’Europe, dans le Courrier françois en Italie, dans l’Allgemeine historische Bibliothek de Göttingen, dans le journal littéraire de Iéna, « le plus renommé en Allemagne et lu par tous les savants et libraires de ce pays », dans la Gazette littéraire de Zurich [47]. Les articles se limitent en général à célébrer le courage de l’entreprise et son utilité pour le monde des lettres et reprennent parfois des extraits de la préface où sont exposées la méthode et l’histoire de la bibliothèque et de ses collections. La Gazette littéraire de l’Europe note :
« Ce n’est point ici un long & inutile amas de titres nuds & décharnés; M. Bandini, à l’exemple du célèbre Lambecius donne souvent des extraits, même très étendus; le Prélat Assemani [dans la description des Manuscrits du Vatican], le savant M. Lami [dans celle des manuscrits de la bibliothèque Riccardi], & surtout les auteurs de la Description des Manuscrits de la Bibliothèque Royale de Turin ont suivi la même méthode. On trouve encore dans l’ouvrage de M. Bandini plusieurs morceaux de poésie & de prose, & quantité de lettres intéressantes grecques & latines écrites par de savans hommes inconnus jusqu’à présent. Des catalogues de cette espèce doivent être regardés comme une partie très essentielle de la littérature. »
La publicité de l’ouvrage se fait aussi par le biais des voyageurs : le registre d’entrée de la Laurentienne porte des traces de l’admiration des visiteurs, on trouve des mentions du catalogue dans nombre de guides et de récits de voyage et l’érudit allemand Martin Gerbert en reproduit presque littéralement le manifeste dans son Iter italicum [48].
Pour la vente du premier volume du catalogue, le bibliothécaire traite avec les libraires : il en place environ deux cents exemplaires chez Cambiagi à Florence, une centaine chez le libraire gênois Pier Paolo Pizzorno, une cinquantaine chez les libraires vénitiens, plus de cent auprès du libraire romain Monaldini, quelques exemplaires chez Jean-Thomas de Trattner à Vienne et chez les frères Luchtmans à Leyde [49]. Cette collaboration échoue rapidement.
Les libraires se plaignent des difficultés qu’ils ont à écouler l’ouvrage et refusent par conséquent d’en prendre la suite, d’autant plus qu’ils n’ont aucune assurance de voir revenir les acquéreurs du premier volume : le libraire vénitien Sebastiano Coleti lui signale en 1780 que dix-huit des vingt et une copies du catalogue des manuscrits grecs qui lui avaient été remises sont encore dans ses magasins; Trattner le prie de bien vouloir reprendre les invendus [50]. Échaudé, Bandini fait revenir de Venise, de Gênes et de Turin à Florence un grand nombre d’exemplaires du tome I et cherche lui-même des acquéreurs pour la suite de l’ouvrage [51]. Il tient un répertoire des bibliothèques et des érudits susceptibles de prendre le catalogue et se sert de ses nombreux correspondants pour retrouver, à l’occasion de la parution de chaque nouveau volume, les acheteurs des volumes précédents et pour leur en proposer l’achat : libraires, bibliothécaires (Pier Francesco Foggini à Rome, Eustachio d’Afflito à Naples), érudits et collectionneurs (Cesare Lucchesini à Lucques) sont mis à contribution par le bibliothécaire. Le cardinal Dugnani, nonce apostolique à Paris, Pietro Molini, le frère du libraire florentin installé à Londres, l’évêque de Montefiascone à Vienne, le propre frère de Bandini à Avignon sont quelques-uns des jalons d’un réseau qui tente de s’étendre partout en Europe [52]. La tâche de ces correspondants est souvent compliquée par la grande mobilité des bibliothèques privées, souvent dispersées à la mort de leur propriétaire : Bandini lui-même rachète dans les ventes publiques quand l’occasion s’en présente, des volumes dépareillés du catalogue pour compléter des corpus lacunaires [53].
De manière générale, la diffusion de l’ouvrage s’avère souvent difficile et la correspondance reflète le paysage contrasté du public érudit et l’état souvent précaire des finances des bibliothèques italiennes dans les dernières décennies du XVIIIe siècle. Le public des acheteurs potentiels, celui des « bibliographae studiosi doctissimique publicarum privatorumque Europae bibliothecarum praefecti », est en effet bien étroit : à Gênes, le catalogue des manuscrits grecs ne trouve preneur ni auprès des bibliothèques ni chez les particuliers faute d’hellénisants [54]. Dans les bibliothèques, destinataires privilégiés de l’ouvrage, son intérêt n’est pas toujours bien perçu. Francesco Antonio Zaccaria, bibliothécaire de l’Estense de Modène, lui écrit en 1764 : « Je ne manquerai pas de proposer votre œuvre aux autres bibliothèques, mais l’issue de l’affaire dépend du génie divers des bibliothécaires qui souvent s’effrayent à l’idée de dépenser une grosse somme pour des livres qui informent sur des livres; ils ne comprennent pas tous de quelle importance est pour la science la connaissance des manuscrits » [55]. La dépense n’est d’autre part pas mince et nombre de particuliers, de bibliothèques sans financement et de couvents désargentés ne peuvent se la permettre. Bandini accorde facilement des réductions importantes : aux capucins de Pieve San Stefano, il concède le premier tome du catalogue des manuscrits grecs contre quarante messes [56]. Même à Rome, « en dehors de la Vaticane, de la Casanatense, de la Corsiniana, aucune [bibliothèque] n’achète de livres neufs », témoigne en 1778 Amaduzzi; en 1793, les bibliothèques de Brescia, de Ferrare, de Mantoue refusent les volumes de la Bibliotheca Leopoldina par manque de fonds [57]. La suppression des couvents dans de nombreux États italiens dans les dernières décennies du siècle représente enfin une perte certaine pour le commerce du livre érudit [58]. Malgré ces difficultés, le catalogue de la Laurentienne trouve sa place dans les principales bibliothèques italiennes et européennes et chez un grand nombre de particuliers. La pratique de l’échange permet à Bandini de placer plus facilement les volumes et d’enrichir considérablement sa propre bibliothèque, suivant la prédiction – partiellement réalisée – de son ami, l’étruscologue Mario Guarnacci : « vous ferez par les échanges une immense bibliothèque, et du reste, une belle somme d’argent » [59].
 
LE PUBLIC DE LA LAURENTIENNE
 
 
Bandini a conçu son ouvrage non comme un simple catalogue des manuscrits de la Laurentienne mais comme un instrument de travail et de référence quasi encyclopédique pour le monde érudit. Comme il le souligne dans la préface de l’ouvrage et dans sa correspondance, le catalogue doit permettre aux philologues d’identifier et de travailler sur les leçons d’un texte et d’en obtenir éventuellement une collation sur les manuscrits médicéens. Toute une conception du travail savant anime ainsi l’ouvrage de Bandini, celle d’une minutieuse confrontation des manuscrits dans la tradition de son maître Lagomarsini et d’une érudition fondée sur une grande familiarité avec les textes (l’érudit Lorenzo Mehus confie ainsi avoir écrit son histoire littéraire après avoir consulté plus de dix-sept mille manuscrits). Certes, Bandini ne refuse jamais de procéder pour ses correspondants à des recherches dans les manuscrits de la Laurentienne ou d’autres bibliothèques florentines mais, au fur et à mesure de la parution des volumes, il tend à renvoyer ses correspondants à son catalogue. C’est de toute évidence un moyen d’en promouvoir la vente, mais aussi de l’élever au rang d’outil de référence incontournable, remplaçant les catalogues partiels de la Laurentienne, manuscrits ou imprimés, qui circulent dans les milieux savants [60]. Ainsi, il signale à Giovanni Jacopo Dionisi, bibliothécaire véronais éditeur de Dante : « Aussitôt que [vous] aurez entre les mains les dits tomes [du catalogue], allez à l’index général à la fin du tome V p. 479 et 698 à « Allagherii », où vous trouverez de nombreuses lumières qui serviront certainement votre propos, et vous donneront envie d’avoir la copie des autres anecdotes sur le divin poète qui se trouvent ici » [61]. De nombreux correspondants utilisent par la suite la référence précise au catalogue pour formuler leurs requêtes et son utilité s’impose même aux détracteurs du bibliothécaire [62]. Le travail de copie est ensuite fait par les aides de Bandini, par un copiste désigné par le destinataire ou par le bibliothécaire lui-même pour des manuscrits difficiles ou des correspondants importants; le moment délicat de l’établissement d’un devis suscite bien des correspondances houleuses. On voit donc ici se dessiner une pratique nouvelle, qui ne relève plus de la collaboration par voie épistolaire entre pairs au sein de la République des Lettres, telle qu’elle pouvait être pratiquée par Muratori ou Magliabechi, mais du service rendu par un professionnel, le bibliothécaire, à un lecteur, donc d’une relation foncièrement asymétrique.
La consultation du catalogue n’est toutefois, aux yeux de Bandini, qu’une phase préparatoire qui ne dispense pas de la fréquentation directe des manuscrits. Les collections de la Laurentienne ne concernent par nature qu’un public restreint, mais Bandini se montre particulièrement hostile à tout élargissement des autorisations de consultation. Dans ses propositions de 1758 pour un nouveau règlement de la bibliothèque, il recommande l’application stricte du règlement de Côme II du 15 août 1610, c’est-à-dire « qu’il ne soit permis à personne de transcrire ou de copier livre, ou écriture, sans la permission du prince dans laquelle soit exprimée précisément le manuscrit ou le traité que le suppliant désire transcrire » [63]. Les suppliques sont adressées au souverain, et approuvées ou non, après avoir pris l’avis du bibliothécaire. Le manuscrit est alors dégagé des chaînes qui le relient à son pupitre et remis au lecteur placé sur une table au milieu de la bibliothèque, sous le regard de tous : « en effet, les 88 pupitres sur lesquels sont placés les manuscrits sont autant de cachettes pour qui voudrait abuser de la permission obtenue. En d’autres temps, quand on vivait plus à la bonne, sont advenues à cause de cela des pertes irréparables : il reste encore les couvertures enchaînées de certains manuscrits qui se sont envolés » [64]. À la bibliothèque Vaticane, où la procédure d’autorisation se durcit après le nouveau règlement de Clément XIII du 4 août 1761, il ne semble pas que l’on ait refusé des suppliques. Bandini, lui, n’hésite pas à émettre des avis négatifs [65]. En réponse à une supplique de l’académicien et intendant des finances turinois Giuseppe Bisatti, qui demande en 1793 à pouvoir consulter le manuscrit des Pandectes, le bibliothécaire expose les talents douteux du personnage, versificateur et grand amateur du beau sexe, les difficultés que pose la lecture du manuscrit, les mauvaises conditions de consultation qu’offre en plein été la bibliothèque inondée de soleil pour un manuscrit fragile, et propose qu’il aille plutôt en consulter la copie conservée à la Magliabechiana [66]. On le voit aussi s’emporter contre le Grec Giorgio Draco, qui demande en 1794 à pouvoir consulter les manuscrits médicéens pour ses études de médecine et de belles lettres, « s’imaginant que la Laurentienne était de la nature des autres bibliothèques publiques, dans lesquelles il est permis à quiconque d’aller étudierpendant les heures d’ouverture », et le renvoyer aux éditions disponibles à la Magliabechiana et à la Marucelliana et aux ouvrages de la bibliothèque de l’hôpital Santa Maria Nuova [67]. Bandini entretient donc à la Laurentienne une publicité restreinte, certes conforme à la valeur du matériel qui y est conservé, mais qui est aussi le reflet de sa nostalgie de la République des Lettres, d’une idéale collaboration entre savants, que ses efforts pour professionnaliser son activité ont pourtant contribué à infléchir dans un sens nouveau.
Mais le bibliothécaire ne définit pas sa fonction uniquement à travers la catalographie ou l’assistance qu’il apporte aux érudits. Il se montre particulièrement attentif à un autre type de public, celui des visiteurs de la Laurentienne. Le voisinage de la bibliothèque avec les chapelles de Saint Laurent, mausolée des grands-ducs Médicis, l’architecture de Michel-Ange, et la renommée des manuscrits médicéens, font en effet de la Laurentienne l’une des bibliothèques italiennes les plus visitées par les voyageurs européens, avec la Vaticane et l’Ambrosienne de Milan. Pour les visiteurs les plus importants, il met littéralement en scène la bibliothèque en faisant ouvrir sur les pupitres les plus beaux manuscrits dorés et enluminés et en en disposant d’autres sur des tables entre les deux rangées de pupitres; aux autres voyageurs, il montre des manuscrits en relation avec leur rang [68]. L’assimilation de la Laurentienne à un musée de manuscrits est accentuée par une série de dispositions prises par le bibliothécaire. Dès 1758, Bandini annonce à Pier Francesco Foggini son intention de rédiger à l’usage des visiteurs une brève histoire de la bibliothèque médicéenne. Il illustre aussi par des articles parus dans les Novelle letterarie les nouvelles acquisitions : les manuscrits orientaux venus de la Palatine en 1771, ceux de la célèbre collection des Strozzi, deux précieux évangéliaires grecs du XIe siècle, les Pandectes annotées par Ange Politien, réputées perdues et retrouvées par hasard, une Bible du VIIIe siècle du monastère de Monte Amiata déposée à la Laurentienne en 1785 [69]. À travers ces notices, Bandini souligne le rôle de valorisation intellectuelle et de restauration matérielle des manuscrits joué par le bibliothécaire, mais les articles font aussi pour les lecteurs office de guide parmi les collections, semblable par exemple au Ragguaglio delle antichità e rarità che si conservano nella Galleria Mediceo-Imperiale di Firenze publié en 1759 par le premier gardien de la Galerie des Offices, Giuseppe Bianchi.
D’autre part, il inaugure le 12 juillet 1771 une sorte de livre d’or sur lequel les visiteurs de la bibliothèque inscrivent leur nom et d’éventuels commentaires [70]. L’ouverture du registre coïncide avec le moment où Bandini retrouve les privilèges qui lui avaient été accordés en 1760, et qu’il avait perdus en 1768, en particulier l’exemption de l’obligation de présence aux chœurs, qui lui permet d’ouvrir quotidiennement la bibliothèque [71]. Les noms de près de quatre mille sept cents visiteurs inscrits entre 1771 et 1803 doivent apporter la preuve de l’importance de sa fonction pour la renommée européenne de l’institution, et Bandini note lui-même dans l’album les visites des souverains de toute l’Europe et leurs appréciations louangeuses, argument de poids au cas où il aurait fallu une nouvelle fois défendre ses privilèges [72]. Le registre des visiteurs comme les notices historiques relèvent donc d’une stratégie de construction d’un statut qui ne puisse plus être contesté. Dans le cadre d’une bibliothèque de manuscrits, peu fréquentée par nature et bien différente des bibliothèques publiques qui s’ouvrent à Florence au milieu du siècle, la construction d’une identité professionnelle apparaît problématique. Si elle est confortée par l’entreprise catalographique, c’est peut-être plus sur le flux des visiteurs que sur les philologues qui la fréquentent ou sur la célébrité de son catalogue dans le monde savant que Bandini fait reposer l’argument de défense de son statut hybride, mi-conservateur et mi-bibliothécaire.
 
LE BIBLIOTHÉCAIRE DE LA MARUCELLIANA
 
 
Bandini effectue à la Marucelliana un travail bien différent. La bibliothèque ouvre au public trois jours par semaine, les lundis, mercredis et vendredis, en alternance jusqu’en 1771 avec la Magliabechiana (cette dernière ouvre ensuite tous les jours). Il est assez difficile d’en déterminer la fréquentation, mais la bibliothèque semble attirer tout particulièrement les jeunes élèves des Écoles Pies et les étudiants de l’académie voisine des beaux-arts [73]. À côté de l’incontournable travail de catalogage effectué là encore quasi gratuitement par le bibliothécaire, celui-ci a la responsabilité de la politique des acquisitions. Les revenus des placements romains permettent en effet à la Marucelliana d’effectuer des achats réguliers et nombreux : quelque trois mille deux cents ouvrages entrent à la bibliothèque entre 1753 et les dernières années du siècle, qui voient l’effondrement des rentes romaines. Peu de bibliothèques ecclésiastiques ou de fondations privées, on l’a vu, ont de telles possibilités financières. Le soin de déterminer un programme d’achats et d’entretenir les relations avec les libraires est l’une des composantes majeures du métier de bibliothécaire dans les grandes bibliothèques publiques de la deuxième moitié du siècle. À l’occasion de l’ouverture au public des collections princières ou de réformes statutaires, plusieurs bibliothèques italiennes se voient attribuer par les pouvoirs publics une dotation importante. C’est le cas en Toscane de la bibliothèque Palatine à partir de 1760, de la bibliothèque universitaire de Pise et de la Magliabechiana à partir de 1771, mais aussi de la bibliothèque universitaire de Padoue, de la bibliothèque Estense ou des bibliothèques lombardes [74]. Cette attention à l’enrichissement et à la mise à jour des bibliothèques s’inscrit en Toscane, en Lombardie comme à Modène dans le cadre d’une politique attentive à la modernisation des instruments de formation intellectuelle et professionnelle des futurs serviteurs de l’État, professeurs, juristes, médecins ou techniciens. La mise en place d’une politique d’achats transforme considérablement le rôle du bibliothécaire qui doit déterminer des orientations culturelles, s’informer sur les nouvelles parutions et sur les ventes, savoir gérer un budget et en répondre. Elle l’investit aussi d’une mission qui n’est plus seulement la mise à disposition d’un patrimoine livresque mais celle aussi de transformer les références culturelles de ses contemporains : au bibliothécaire de la nouvelle bibliothèque de l’université de Pavie, fondée en 1771, le ministre Kaunitz interdit d’acheter trop de livres de droit ou de théologie morale, mais conseille des ouvrages susceptibles d’« éteindre les anciens préjugés et erreurs et de faciliter les progrès des bons esprits » [75].
Selon le testament d’Alessandro Marucelli, Bandini doit soumettre les dépenses de la bibliothèque au représentant le plus âgé de la famille Marucelli résidant à Florence; les ayants droit y ayant renoncé, il jouit en pratique d’une grande liberté dans ses choix intellectuels. Il utilise des réseaux diversifiés pour procurer à la Marucelliana les livres qu’il estime utiles à ses lecteurs. Comme à la Magliabechiana, les éditions du XVIIIe siècle représentent 60% des achats et celles de la deuxième moitié du siècle un peu plus d’un tiers. Bandini privilégie la littérature ( 30% des titres) et l’histoire ( 25%); les sciences ( 15%) ne viennent qu’après la théologie ( 17%). S’il se fournit essentiellement sur le marché du livre florentin, les reçus des fournisseurs témoignent de la façon dont le bibliothécaire mobilise les réseaux internationaux des grands libraires de la ville : il fait venir par Giuseppe Molini des ouvrages de Londres et de Paris et par la librairie Bonaiuti des éditions vénitiennes et viennoises commandées au libraire vénitien Antonio Zatta [76]. Il ne s’adresse qu’occasionnellement à des libraires non toscans comme Giovan Claudio Molini de Paris en 1758, Domenico Terres, Giuseppe Maria Porcelli et autres libraires napolitains à l’occasion de son voyage à Naples en 1781. Il s’agit parfois dans ce cas de tractations destinées à écouler le catalogue de la Laurentienne : les achats faits auprès des frères Luchtmans (onze éditions récentes d’auteurs classiques imprimées à Leyde) et du libraire vénitien Sebastiano Coleti en 1780 sont ainsi des livres qu’il reçoit en échange de tomes du catalogue et qu’il se fait ensuite rembourser par la bibliothèque [77]. Avec les libraires s’établissent des relations durables de fidélité, par exemple avec la famille Bonaiuti à qui il confie un quart de la valeur des achats de la bibliothèque, mais aussi des relations d’affaires assez dures : en 1752, il intente un procès à Antonio Ristori, son principal fournisseur à l’époque, qu’il accuse d’avoir profité de l’inexpérience de Paolo Vallensi, l’agent d’Alessandro Marucelli, pour imposer des prix exorbitants sur des livres et des travaux de reliure [78]. Par la suite, la mauvaise volonté mise à payer les comptes, et les manœuvres de Bandini pour faire baisser les prix, irritent les fournisseurs de la Marucelliana. À côté des achats de nouveautés, et contrairement à la Magliabechiana qui choisit d’enrichir sa collection d’incunables, Bandini cherche à étoffer les fonds des XVIe et XVIIe siècles. Pour cela, il visite en cinquante ans vingt et une ventes publiques qui illustrent quelques moments de la vie culturelle toscane : les ventes suivent la disparition de grandes figures intellectuelles (ventes des bibliothèques du baron de Stosch en 1759, d’Anton Maria Biscioni en 1764, d’Antonio Cocchi en 1767); elles ponctuent aussi les réformes léopoldines, comme la réunion de la bibliothèque Palatine à la Magliabechiana en 1771 suivie de la vente des livres en double, la suppression des collèges jésuites en 1773, la purge de la bibliothèque de l’hôpital Santa Maria Nuova en 1783; elles marquent enfin les dispersions de grandes bibliothèques nobiliaires florentines (bibliothèque Pandolfini en 1792) et romaines (bibliothèque du cardinal Garampi en 1798) [79].
Comme pour le catalogue de la Laurentienne, Bandini se munit pour préparer les achats de la Marucelliana de divers instruments bibliographiques, instruments d’une collecte raisonnée et d’un savoir professionnel en construction.
Il complète la bibliothèque professionnelle de Biscioni par des catalogues (ceux des bibliothèques publiques, la Casanatense, San Angelo a Nido, la bibliothèque impériale de Vienne ou des grandes collections privées des Farsetti, Nani, Saliceti ou Pinelli), des ouvrages bio-bibliographiques et des annales typographiques, avec une vive attention portée aux nouvelles parutions : ainsi, les deux tiers des titres ont moins de dix ans lors de leur achat. Dans la dernière décennie du siècle, Bandini s’engage dans l’achat suivi de périodiques littéraires qui, s’ils répondent sans doute à une demande des lecteurs, lui fournissent aussi des instruments de mise à jour bibliographique : on trouve par exemple quelques tomes des Memorie per servire alla storia letteraria e civile (Venise), du Genio letterario di Europa (Venise, 1793-1795), du Mercurio d’Italia storico letterario (Venise), du journal de Mantoue, périodique d’information sur la littérature ( 1794-1795). Il se procure aussi les catalogues des ventes publiques de bibliothèques, en particulier ceux des Pays-Bas. Enfin, Bandini reçoit des libraires italiens soucieux de faire figurer la bibliothèque publique au nombre de leurs clients, des catalogues de vente et des listes de livres [80]. Cette diversité d’instruments, destinée à pallier l’incomplétude des ouvrages bibliographiques de l’époque et à laquelle s’ajoutent les informations transmises par ses nombreux correspondants, constitue un arsenal de références professionnelles là encore largement partagées par les autres bibliothécaires italiens.
Le 28 juillet 1783, à la mort de Francesco Marucelli, neveu d’Alessandro et dernier représentant de la famille, la bibliothèque se trouve acéphale. Son testament ne contenant aucune disposition sur l’avenir de la Marucelliana, l’établissement passe sous la tutelle grand-ducale [81]. Ce changement de statut s’accompagne d’une importante réorganisation administrative. Les ministres de l’Uffizio delle Revisioni e Sindacati (qui contrôlent les finances des administrations publiques) sont chargés de revoir les comptes de la Marucelliana depuis son ouverture au public et critiquent les erreurs de méthode dans la tenue des livres, le désordre des pièces justificatives, la mauvaise stratégie des placements financiers [82]. En septembre 1784, la gestion de la Marucelliana est réorganisée selon le système élaboré pour la Magliabechiana l’année précédente : Bandini est tenu de remettre chaque année au secrétaire et à deux académiciens de l’Académie Florentine le bilan financier et la liste des ouvrages achetés pour qu’ils puissent en juger et en rendre compte au gouvernement. Dans les autres institutions florentines, ces réformes nées du souci léopoldin d’une gestion efficace et économe ne passent pas sans douleur : le directeur du Musée de physique et d’histoire naturelle, le savant Felice Fontana, réfractaire aux soucis gestionnaires, est progressivement marginalisé par son assistant Giovanni Fabbroni qui se fait l’interprète des exigences de rationalisation administrative du grand-duc. Des évolutions semblables se jouent d’ailleurs dans d’autres États de la péninsule :
Girolamo Tiraboschi, bibliothécaire de l’Estense de Modène, est mis en 1777 sous le contrôle du Conseil économique, ce qu’il supporte assez mal [83].
Le changement de statut de la Marucelliana suscite d’autre part des projets de réorganisation, tant sur le plan intellectuel qu’institutionnel, des bibliothèques publiques. Le grand-duc remet d’abord en cause la pertinence de leurs politiques d’achat, les jugeant « très mal fournies en livres récents ». Il est vrai que la part consacrée aux nouveautés est faible par rapport aux bibliothèques de l’hôpital et du Musée de physique où la production éditoriale du XVIIIe siècle représente les neuf dixièmes des livres achetés. Il souligne aussi la nécessité que « les bibliothécaires [de la Marucelliana et de la Magliabechiana] se concertent entre eux sur les achats de livres pour ne pas avoir d’exemplaires en double dans les deux bibliothèques publiques » [84]. En 1783, Felice Fontana (directeur du Musée de physique) remarque aussi que « les bibliothèques publiques achètent parfois sans le savoir les mêmes ouvrages » et propose pour une meilleure gestion financière que « soient déterminées précisément les classes des livres à acheter par chacune desdites bibliothèques », c’est-à-dire les deux bibliothèques publiques et celle du Musée [85]. Ce projet de concertation fait long feu, en raison sans doute des mésententes entre Bandini et Ferdinando Fossi, le bibliothécaire de la Magliabechiana.
La recherche d’une plus grande cohérence dans le réseau des bibliothèques s’exprime aussi par la réapparition du projet d’une surintendance commune aux bibliothèques publiques de patronage grand-ducal, la Laurentienne, la Magliabechiana et la Marucelliana. Cette question avait déjà été abordée en 1767 par le sénateur Antonio Filippo Adami dans un mémoire sur l’industrie éditoriale florentine. Il s’agissait alors de redonner vigueur à ce secteur par un soutien politique actif, la réorganisation de l’ancienne Imprimerie granducale et la nomination d’un surintendant qui aurait été chargé des imprimeries mais aussi des bibliothèques publiques [86]. Le projet échoue, sans doute à cause des critiques du directeur de l’Imprimerie et de Bandini : celui-ci souligne qu’il occupe lui-même la surintendance de la Laurentienne et que les bibliothécaires de la Magliabechiana et de la Marucelliana sont déjà responsables devant le Magistrato Supremo, le tribunal du prince. Peu après la mort de Francesco Marucelli, le projet reprend forme.
L’érudit florentin Lorenzo Mehus, un proche collaborateur de Pierre Léopold, transmet en 1783 au grand-duc un « Règlement pour les bibliothèques publiques de Florence ». Il propose d’instituer un surintendant des bibliothèques publiques qui devra rendre compte du travail des bibliothécaires, surveiller la politique d’achats, veiller à l’exactitude des comptes et des inventaires, transmettre les ordres de l’administration. Le surintendant aura aussi la tâche de se procurer les catalogues des ventes publiques de bibliothèques pour y repérer les ouvrages intéressants et de signaler les manuscrits ou anciennes éditions menacés d’être extraits de Toscane pour en faire l’achat pour le public [87]. Le projet de Mehus, comme celui d’Adami, fait long feu.
On trouve enfin la trace du souci d’un meilleur fonctionnement du réseau des bibliothèques dans la résurgence d’un autre projet, celui de l’union des bibliothèques Magliabechiana et Marucelliana. Dans les Relazioni sul governo della Toscana, Pierre Léopold évoque le projet de déménager les livres dans les bâtiments du couvent supprimé de San Niccolò, d’« enlever les livres en double, les vendre et avec le prix acheter de bons livres récents pour mettre le fonds à jour » [88]. Ce projet est encore plus ancien que celui de la surintendance : dès avant l’ouverture au public des bibliothèques, dans les années 1740, il avait été avancé par les héritiers de Francesco Marucelli soucieux de s’épargner les dépenses de la construction de la future Marucelliana, et soutenu par certains membres du gouvernement. François Étienne en remarquant que « la ville de Florence etant spacieuse, [il est] plus a propos d’y avoir deux Biblioteques Publiques », avait coupé court aux manœuvres [89]. Le projet léopoldin, lui non plus jamais mis en œuvre, s’inscrit dans une pratique réformatrice qui tend à fusionner des institutions dispersées dans un souci d’efficacité et d’économie :
dans le monde culturel, l’exemple le plus frappant est celui des trois académies littéraires (l’Académie Florentine, celle des Apatisti et celle de la Crusca)
réunies en juillet 1783 en une nouvelle Académie Florentine; un certain nombre de petits hôpitaux sont de la même manière réunis à celui de Santa Maria Nuova [90].
À travers les réformes institutionnelles effectives ou projetées sous le règne de Pierre Léopold, le bibliothécaire s’inscrit non plus seulement dans un projet culturel de partage et de laïcisation des savoirs, comme c’était le cas sous le règne de François Étienne, mais dans une économie urbaine du savoir contrôlée et formalisée. Différents aspects de son activité (les choix intellectuels, la gestion financière, les relations avec les autres institutions culturelles) tendent à être plus rigidement encadrés. Dans la pratique, le contrôle qui s’exerce désormais sur le bibliothécaire concerne essentiellement les aspects financiers et administratifs de sa gestion de la bibliothèque, et sa politique d’achats, un moment contestée, n’est pas remise en cause.
 
LE BIBLIOTHÉCAIRE ET LE « SALOMON DU MIDI »
 
 
Bien que l’on n’ait pas de trace vraiment concrète d’un projet d’union entre les deux bibliothèques publiques sous Pierre Léopold, on en trouve un écho dans le geste de protestation de Bandini qui, le 7 août 1787, cède au chanoine Gabriello Riccardi (bibliophile qui constitue une précieuse bibliothèque à côté du fonds familial) un certain nombre de manuscrits qu’il prévoyait de léguer à la Marucelliana. Une annotation portée sans doute ultérieurement par Bandini sur la liste des manuscrits, tenue pour mémoire dans ses papiers, témoigne de son opposition à la personnalité et à la politique de Pierre Léopold : l’exemple des hôpitaux, des académies, des confraternités bouleversés par le grand-duc, le sort vacillant de la Marucelliana menacée d’une union avec une Magliabechiana gouvernée par le « doyen des jansénistes », Ferdinando Fossi, le persuade de céder ses manuscrits à une bibliothèque privée [91]. La question se pose alors de l’attitude des élites culturelles florentines face aux réformes léopoldines [92].
Occasionnellement, les mesures prises par Pierre Léopold rencontrent l’approbation enthousiaste du bibliothécaire, même si les interprétations données aux réformes par le bibliothécaire et par le grand-duc ne sont pas les mêmes.
Ainsi, la décision prise en 1779 par le gouvernement d’interdire aux bibliothécaires et gardiens de la Laurentienne de recevoir des pourboires, est clairement liée à la réorganisation de l’administration toscane et en particulier à la régularisation des revenus des employés : cette mesure s’applique d’ailleurs aussi aux gardiens de la Galerie des Offices, du palais Pitti, aux portiers des tribunaux, camériers et serviteurs des juges sous peine de la perte de leur emploi. Bandini interrogé précédemment sur ce sujet avait décrit la pratique des pourboires comme une source d’inquiétude constante pour le bibliothécaire, à cause des gardiens peu scrupuleux qui, dans l’espoir de quelques sous, abîment les précieux manuscrits en les montrant sans discrimination à tous les visiteurs, même de peu de considération. Il se félicite donc du règlement du 16 décembre 1779 et en demande une copie officielle pour l’afficher dans la bibliothèque [93]. Bandini soutient d’autre part avec force le processus de rassemblement dans la Laurentienne des plus précieux manuscrits conservés dans les bibliothèques florentines. Il donne à cette politique un sens patrimonial, celui de faire de la Laurentienne le lieu de mémoire de l’âge d’or de l’humanisme florentin et de Côme l’Ancien [94]. Mais ces transferts s’expliquent souvent plus prosaïquement par des raisons matérielles. En 1777, les manuscrits de l’antique bibliothèque de l’Œuvre de Santa Maria del Fiore (fondée au XVe siècle) sont transférés à la Laurentienne : on avait en effet besoin de place pour agrandir les locaux des archives de l’Œuvre à laquelle se trouve réunie l’Œuvre de San Giovanni. Pour Bandini, c’est le moyen d’assurer la restauration et la conservation des manuscrits et « d’accomplir en quelque sorte le pieux souhait des fondateurs qui la rassemblèrent pour l’usage public » [95].
De manière générale pourtant, l’attitude de Bandini est représentative de l’opposition d’une partie des milieux culturels florentins aux réformes de Pierre Léopold, à contre-courant de la vulgate dithyrambique concernant le jeune « Salomon du Midi », dispensée en Europe dès les premières années de son règne et qui repose essentiellement sur les réformes économiques et judiciaires [96]. La politique culturelle du grand-duc qui tend à concentrer, à spécialiser, à organiser d’en haut le tissu des institutions toscanes suscite des résistances, en particulier dans le monde théâtral et dans les académies : l’activité de la nouvelle Académie Florentine est rapidement minée par la mauvaise volonté des académiciens [97]. Bandini attribue la responsabilité de la décadence des lettres et des arts en Toscane au désintérêt manifeste du souverain pour la vie culturelle :
« On vit dès le début, qu’il n’estimait en rien les études, puisqu’il ne s’était pas soucié de voir les bibliothèques, ni aucun autre établissement public d’art ou de science, que notre ville propose en grand nombre aux étrangers dilettantes; au contraire, on vit avec horreur les livres magnifiquement reliés qui lui avaient été offerts vendus à unmarchand de friture ( friggitore di mercato)… ».
Le détournement de l’intérêt des couches cultivées vers les réformes et les problématiques économiques et sociales et la dispersion de plusieurs bibliothèques nobiliaires dans la deuxième moitié du siècle ne fait qu’accentuer ce sentiment d’appauvrissement [98]. Si le bibliothécaire apparaît frustré par une politique qui ne reconnaît pas la valeur de sa production catalographique et érudite, il se montre d’autre part hermétique aux nouvelles orientations de la culture et du monde éditorial : il s’insurge contre les choix éditoriaux de Marco Lastri aux Novelle letterarie, où l’on peut lire des extraits de « bouquins ( libracci) inutiles, ridicules, mauvais, tendant à fomenter le goût dépravé du siècle »; il propose à Amaduzzi de fonder une Biblioteca scelta della Repubblica Letteraria « dans laquelle nous damerons le pion à tous les bouquins dont on nous inonde » [99]. Sa phobie de toute modernité, qu’il s’agisse des réformes léopoldines ou d’une production éditoriale qu’il juge malfaisante pour la morale et la religion, sa nostalgie des temps médicéens ressassée dans ses papiers le rapprochent de Mario Guarnacci, le patricien étruscologue de Volterra, dont les lettres vitupèrent pareillement les périodiques inféodés aux nouvelles idées.
Cette inflexibilité le distingue au contraire progressivement de son ami Giovanni Amaduzzi, avec qui il partage des intérêts érudits et des amitiés romaines, mais qui dès 1783, et plus clairement à partir de 1786, commente avec enthousiasme les réformes léopoldines.
La carrière de Bandini illustre la profonde mutation que subit la figure du bibliothécaire au cours du XVIIIe siècle. La Toscane des premières décennies du siècle nourrit encore le souvenir d’Antonio Magliabechi, sage parmi les sages, érudit sale et rebelle, semblable à son buste grimaçant et échevelé que l’on place dans la bibliothèque Magliabechiana, entouré de mystère et de livres. À la fin d’un XVIIe siècle où naît la « science » des bibliothèques, l’homme a pourtant initié ce mouvement de professionnalisation de la charge de bibliothécaire, dans la mesure où sa véritable compétence en matière bibliographique et dans le commerce des livres le distingue nettement des aristocrates même teintés de lettres qui l’avaient précédé.
Dans la première moitié du siècle, à l’image de Giovanni Lami, des bibliothécaires romains, du Bandini des premières années, la figure est celle d’un homme de savoir qui ajoute à ses nombreuses occupations la charge d’une collection plus ou moins prestigieuse, où il trouve l’occasion de satisfaire sa curiosité érudite et d’assurer sa subsistance. Le règne de Pierre Léopold marque la transformation parfois éprouvante du bibliothécaire en un commis de la politique culturelle du prince qui doit allier les qualités d’un économe à l’engagement dans la modernisation culturelle des élites du grand-duché. Angelo Maria Bandini comme Ferdinando Fossi produisent peu et se consacrent essentiellement à leur tâche de bibliothécaire. La double carrière de Bandini illustre aussi le fait que, nonobstant la diversité des situations liée à la nature institutionnelle des bibliothèques (ouverte au public, gérée par la famille du fondateur, par les autorités publiques, par une institution religieuse, ou d’usage plus restreint), à la composition de leur fonds, à leurs ressources financières, la dimension professionnelle de l’activité de bibliothécaire, déjà amorcée au XVIIe siècle, s’affirme plus nettement au siècle suivant. La constitution d’un corpus autonome de références, d’outils, de modèles et de pratiques autour des deux opérations centrales du métier de bibliothécaire, les achats de livres et la rédaction de catalogues, les mutations (revendiquées ou non) de son statut administratif, les nouvelles composantes (plus ou moins bien acceptées) de son rôle d’intermédiaire culturel, liées aux politiques culturelles de certains États de la péninsule, en sont des éléments significatifs.
Malgré ces mutations, il reste pourtant chez Bandini comme chez d’autres bibliothécaires la nostalgie de la République des Lettres, d’une communauté savante que les correspondances semblent désormais impuissantes à recréer.
 
NOTES
 
[1] Mario ROSA, « Angelo Maria Bandini », in Dizionario biografico degli Italiani, Rome, t. V, 1963, p. 696-706. Rosario PINTAUDI (dir.), Un erudito del Settecento : Angelo Maria Bandini, Messina, Sicania, 2002.
[2] Caroline CALLARD, « Diogène au service des princes : Antonio Magliabechi à la cour de Toscane ( 1633-1714)», Histoire, Économie et Société, t. XIX, nËš1, janv.-fév. 2000, p. 85-103. REVUE D’HISTOIRE MODERNE ET CONTEMPORAINE 51-2, avril-juin 2004.
[3] Mario ROSA, « Un médiateur dans la République des Lettres : le bibliothécaire », in Françoise WAQUET et Johannes BOTS, Commercium litterarium : la communication dans la République des Lettres, 1600-1750, Amsterdam, Maarssen, 1994, p. 81-99. Maurice CAILLET, « Les bibliothécaires », in Claude JOLLY (dir.), Histoire des bibliothèques françaises, 2. Les bibliothèques sous l’Ancien Régime (1530-1780), Paris, Promodis, 1988, p. 373-389. Jürgen VOSS, « Bibliothekare als Gelehrte und Wissenschaftler im Zeitalter der Aufklärung », in Werner ARNOLD, Peter VODOSEK (dir.), Bibliotheken und Aufklärung, Wolfenbüttel, 1988, p. 185-206.
[4] Françoise BLÉCHET, Recherches sur l’abbé Bignon (1662-1743), académicien et bibliothécaire du roi, thèse de l’École des Chartes, 1974. Paola DI PIETRO LOMBARDI, Girolamo Tiraboschi, Rimini, Luisè, 1996. Angela Adriana CAVARRA (dir.), Giovan Battista Audiffredi (1714-1794), Rome, De Luca, 1994.
[5] Furio DIAZ, Luigi MASCILLI MIGLIORINI, Carlo MANGIO, Il Granducato di Toscana. I Lorena dalla Reggenza agli anni rivoluzionari, in Giuseppe GALASSO (dir.), Storia d’Italia, XIII, t. II, Turin, UTET, 1997. François Étienne, époux de Marie-Thérèse d’Autriche et empereur en 1745, réside à Vienne et est représenté à Florence par un conseil de Régence.
[6] Les travaux sur les processus de professionnalisation à l’époque moderne concernent surtout les milieux médicaux, scientifiques et juridiques : pour la Toscane au XVIIIe siècle, voir par exemple les contributions de Diana Toccafondi sur la profession d’ingénieur et d’Anna Bellinazzi sur la profession obstétrique dans Giulio BARSANTI, Vieri BECAGLI, Renato PASTA, (dir.) La politica della scienza. Toscana e stati italiani nel tardo Settecento, Florence, Olschki, 1996, p. 101-133 et p. 147-170. Sur les conservateurs de musée, Tom HOLERT, «“La fantaisie des custodes”. De la préhistoire de la profession de conservateur en France et en Allemagne au XVIIIe siècle », in Édouard POMMIER (dir.), Les musées en Europe à la veille de l’ouverture du Louvre, Paris, Klincksieck, 1995, p. 527-548; Daniela GALLO, « Per una storia degli antiquari romani nel Settecento », Mélanges de l’École Française de Rome – Italie et Méditerranée, t. CXI, nËš2,1999, p. 827-845.
[7] Pour une rapide vue d’ensemble, Enzo BOTTASSO, Storia della biblioteca in Italia, Milan, Editrice Bibliografica, 1984. Pour la France, Louis DESGRAVES, « Vers la bibliothèque publique », in Histoire des bibliothèques françaises, op. cit., p. 391-412; Yann SORDET, « La dévolution au public d’une bibliothèque particulière au XVIIIe siècle : l’exemple de Pierre Adamoli et de quelques-uns de ses contemporains », in Marie VIALLON (dir.), Voyages de bibliothèques, Saint-Étienne, Publications de l’Université, 1999. Maria MANNELLI GOGGIOLI, La biblioteca Magliabechiana. Libri, uomini, idee per la prima biblioteca pubblica a Firenze, Florence, Olschki, 2000.
[8] Biblioteca Marucelliana, Florence (désormais BMF), B III 48 : « Memorie dal 1769 al 1782 », f. 14,20,278-279,285,287. On a peu de renseignements sur les origines sociales de Bandini. Ses biographes décrivent ses parents comme des « gens pauvres mais honnêtes, descendus de Fiesole à la Florence voisine »: Emilio DE TIPALDO, Biografia degli Italiani Illustri, Venise, Alvisopoli, 1834, I, p. 138. Le testament de son père Anton Francesco Bandini ne fournit guère d’informations : Archivio di Stato, Florence (désormais ASF), Notarile moderno, protocolle 26538, notaire Filippo Pecorini, f. 1v-2r, 1er février 1734.
[9] « Il vaut mieux rester chez soi, ce pays ayant commencé à se montrer sous cet horrible aspect que nous décrivent Tacite, et d’autres écrivains… »: Biblioteca Riccardiana, Florence (désormais Ricc.), 3703, f. 104 : A. M. Bandini à G. Lami, Vienne, 18 octobre 1747.
[10] Les notes de Lami sur les bibliothèques allemandes se trouvent dans Ricc., 3799, f. 199-263.
[11] Il écrit à Foggini en 1748 : « je voudrais savoir si [Alessandro Marucelli] a décidé d’un bibliothécaire, parce que ce serait un emploi parfait pour moi dans cette ville, et d’un revenu suffisant, puisqu’il y a dix scudi par mois pour le bibliothécaire. J’en ai écrit aussi à mon frère, pour que vous vous concertiez ensemble sur quid agendum »; Biblioteca Corsiniana, Rome (désormais Cors.), 1591, f. 9 : A.Bandini à P.F. Foggini, Florence, 27 janvier 1748; et en 1751 à Lami : « Je ne sais comment les concurrents, parmi lesquels Giulianelli [le vice-bibliothécaire de la Laurentienne] soutenu avec de grands moyens par Gori, ont réussi à savoir que je pouvais être choisi, et ils ont tenté de me discréditer, en disant que j’étais votre élève, et que je fomentais les mêmes maximes contre la bonne morale »: Ricc., 3703, f. 158, Rome, 15 mai 1751.
[12] J. VOSS, art. cit. La notice de la Deutsche Encyclopädie ( 1778) est la plus emblématique de l’idéal du bibliothécaire des Lumières, doté de connaissances linguistiques, bibliographiques, littéraires et surtout désireux de participer aux progrès des savoirs.
[13] Vincenzio DE GREGORIO, La Biblioteca Casanatense di Roma, Naples, Edizioni scientifiche italiane, 1993, p. 30 : « dotti, studiosi e periti de’libri e di bontà di vità ». Flavia CANCEDDA, Figure e fatti intorno alla biblioteca del cardinale Imperiali, mecenate del ‘700, Rome, Bulzoni, 1995, p. 107.
[14] En 1788, un rapport sur les bibliothèques de la congrégation de Saint-Maur souligne que le soin des manuscrits « ne peut être confié qu’à des Religieux qui auront fait un cours libre de Diplomatique » (cité par Daniel-Odon HUREL, « Les Mauristes, consommateurs et producteurs de livres aux XVIIe et XVIIIe siècle », in Bernard DOMPNIER et Marie-Hélène FROESCHLÉ -CHOPARD, Les religieux et leurs livres à l’époque moderne, Presses universitaires Blaise-Pascal, 2000, p. 177-194, p. 194).
[15] BMF, Archivio Storico, 7 bis, testament d’Alessandro Marucelli, 5 juillet 1751 (copie), f. 22r-v.
[16] BMF, Archivio Storico, 21, fasc. 7 : mémoire d’A. M. Bandini, 22 mai 1798. On trouve des considérations semblables dans une lettre de G. Garampi à G. Bianchi : « notre abbé Ruggieri a été nommé bibliothécaire de la Bibliothèque Imperiali, ce qui lui est très avantageux, non seulement pour les émoluments, mais aussi pour la grande commodité de travailler, ayant la bibliothèque à portée de main »: Biblioteca Gambalunga, Rimini (désormais BGR), Carteggio Bianchi, G. Garampi à G. Bianchi, Rome, 29 juillet 1747.
[17] Paolo Maria PACIAUDI, Lettres au comte de Caylus, A. SÉRIEYS (éd.), Paris, H. Tardieu, 1802, p. 257.
[18] Tiziano ARRIGONI, Uno scienziato nella Toscana del Settecento : Giovanni Targioni Tozzetti, Florence, Gonnelli, 1987; M. MANNELLI GOGGIOLI, La biblioteca Magliabechiana, op. cit., p. 66-72.
[19] Le nonce apostolique lui écrit de Vienne le 29 juillet 1756 : « J’ai le plaisir de vous signifier que les choses s’arrangent assez bien en votre faveur, que selon toute apparence au moins un des canonicats vacants de Saint Laurent vous sera conféré par Sa Majesté Impériale, qui a beaucoup de considération pour la recommandation de Sa Sainteté. Il ne serait pas impossible que vous soyiez choisi aussi pour la charge de bibliothécaire. Les relations et informations de la Régence de Toscane ne sont pas encore arrivées. [La Régence] pourrait contribuer infiniment à l’heureux événement, si elle n’appuie pas trop le sujet mis en place [Giulianelli], puisque comme je vous l’ai dit je devine toute l’inclinaison de seconder les désirs [du pape]»: BMF, B II 27.12, f. 200.
[20] ASF, Miscellanea di Finanze, 317, mémoire non daté.
[21] Baccio Baldini, le premier surintendant, est médecin de Côme Ier; Baccio Valori et Giovanni Rondinelli, nommés en 1589, sont respectivement sénateur et commissaire de plusieurs villes de Toscane; Alessandro Medici, théologien, nommé en 1604, est chargé par Ferdinand Ier de l’éducation de son fils. Orazio Rucellai, nommé en 1657, gentilhomme de la Chambre, ambassadeur, s’occupe de l’éducation du prince Francesco Maria.
[22] Pietro GIULIANELLI, « Ragguaglio della Famiglia, e della Vita letteraria del Canonico Antonio Maria Biscioni Bibliotecario Laurenziano », Novelle Letterarie, t. XVII, 1756. Armando PETRUCCI, « Antonio Maria Biscioni », in Dizionario Biografico degli Italiani, t. X, Rome, 1968, p. 668-670.
[23] C. CALLARD, art. cit., p. 93-95.
[24] ASF, Consiglio di Reggenza, 556, ins. 66 : Mémoire de G. Rucellai à P. Pandolfini, 19 janvier 1757.
[25] ASF, Consiglio di Reggenza, 778, ins. 3.
[26] ASF, Consiglio di Reggenza, 563, ins. 326.
[27] ASF, Segreteria di finanze, Affari prima del 1788,478, « Libreria Palatina ». Le règlement pour les lecteurs est reproduit dans les Novelle letterarie, t. XXVI, 26 juillet 1765. Sur l’ouverture au public de l’Estense, décrétée en 1754 et effective en 1760, Paola DI PIETRO LOMBARDI, « Riflessioni nell’opinione pubblica modenese dell’apertura della biblioteca privata degli Estense, a metà Settecento », in Albano BIONDI (dir.), Formazione e controllo dell’opinione pubblica a Modena nel ‘700, Modène, Mucchi, 1986, p. 117-128. Plus généralement, Frédéric BARBIER, « Représentation, contrôle, identité : les pouvoirs politiques et les bibliothèques centrales en Europe, XVe-XIXe siècle », Francia, t. XXVI, 1999, p. 1-22, p. 13-16.
[28] M. MANNELLI GOGGIOLI, La biblioteca Magliabechiana, op. cit., p. 43-44. Miriam FILETI MAZZA, Bruna TOMASELLO, Antonio Cocchi, primo antiquario della Galleria Fiorentina, Modène, Panini, 1996. Sandro LANDI, Il governo delle opinioni. Censura e formazione del consenso nella Toscana del Settecento, Bologne, Il Mulino, 2000.
[29] Fontanini élabore ainsi dans le catalogue par matières de la bibliothèque Imperiali ( 1711) une taxinomie du savoir : F. CANCEDDA, Figure e fatti, op. cit., p. 62-90. Antonio Cocchi s’inspire pour la classification de la bibliothèque Magliabechiana des catégories de la philosophie de Locke : M. MANNELLI GOGGIOLI, La biblioteca Magliabechiana, op. cit., p. 73-91. Alfredo SERRAI, Storia della bibliografia, VII. Storia e critica della catalogazione bibliografica, Rome, Bulzoni, 1997.
[30] La bibliothèque Franzoniana de Gênes apparaît ainsi à l’orientaliste suédois Bjoernstahl comme « la bibliothèque la plus publique que [il ait] jamais vue »: Jacob Jonas BJOERNSTAHL, Lettere ne’suoi viaggi stranieri, Poschiavo, Ambrosioni, 1782, III, p. 249. Sur la publicité des bibliothèques d’Ancien Régime, Vincenzo DE GREGORIO, Casanatense e dintorni. Saggi su biblioteche e cultura, particolarmente a Roma nel XVII secolo, Naples, CUEN, 1998, p. 203-250.
[31] P. DI PIETRO LOMBARDI, Girolamo Tiraboschi, op. cit., p. 53.
[32] Sur les traités de bibliothéconomie, Louis DESGRAVES, « Naissance de la science des bibliothèques », Revue française d’histoire du livre, t. LXX-LXXI, 1991, p. 3-30.
[33] Bernard de MONTFAUCON, Bibliotheca Coisliniana olim Segueriana sive manoscriptorum omnium graecorum… accurata descriptio, Parisiis, 1715. Francesco BERTA, Antonio RIVAUTELLA, Codices manuscriipti bibliothecae Regii Taurinensis Athenaei per lingua digesti…, Taurini, ex Typographia Regia, 1749.
[34] Voir les contributions du volume R. PINTAUDI (dir.), Un erudito del Settecento, op. cit.
[35] BMF, B I 27.3, f. 33 : G. Bandini à A. M. Bandini, Rome, 14 août 1751.
[36] « Je compilai en attendant avec la plus grande célérité un index provisoire en m’appuyant sur le catalogue de la célèbre bibliothèque de Monseigneur Fontanini, afin que les gardiens puissent à chaque demande procurer les livres voulus »: BMF, Archivio Storico 50, fasc. 9, Bandini, « Memoria istorica dello stabilimento e progresso della pubblica libreria Marucelli dal dì 1 dicembre 1751 fino al dì 28 luglio 1783 », f. 8r. Il s’agit de Bibliothecae Josephi Renati Imperialis… Catalogus secundum auctorum cognomina ordine alphabetico dispositus, Romae, 1771. Nous remercions Monica Maria Angeli de nous avoir indiqué cette référence. Ce type de réemploi n’est pas rare : on en a plusieurs exemples pour le catalogue de la bibliothèque Imperiali (F. CANCEDDA, Figure e fatti, op. cit., p. 85-90); pour le premier catalogue de la Mazarine, on utilisa celui de la bibliothèque Bodléienne (Pierre GASNAULT, « La bibliothèque de Mazarin à la Bibliothèque Mazarine au XVIIe et au XVIIIe siècle », in Les espaces du livre. 2. Les bibliothèques, Paris, 1980, p. 38-56, p. 49). Carlo Carlini, le bibliothécaire de la Braidense de Milan, affirme à la fin des années 1770 avoir utilisé le catalogue de Tiraboschi comme modèle pour le catalogue de la bibliothèque de Haller : P. DI PIETRO LOMBARDI, Girolamo Tiraboschi, op. cit., p. 30.
[37] Biblioteca Apostolica Vaticana, Vaticani Latini, 10004, I, A. M. Bandini à G. Mazzuchelli, Florence, 4 octobre 1760.
[38] BMF, B II 27.16, f. 108 : R. Cocchi à A. M. Bandini, Florence, 30 novembre 1760. Bandini demande à Amaduzzi de chercher les dépouillements de Lagomarsini (Accademia dei Filopatridi, Savignano sul Rubicone, Carteggio Amaduzzi-Bandini [désormais Carteggio Amaduzzi-Bandini], I, n. 120,3 août 1773), qu’il retrouve à Gênes (BMF, B II 27.30, G. Lavagna à Bandini, Gênes, 27 août 1774); il en suggère l’achat pour la Marucelliana.
[39] Sandro LANDI, « Scrivere per il principe. La carriera di Domenico Stratico in Toscana ( 1761-1776)», Rivista Storica Italiana, t. CIV, nËš1,1992, p. 90-154. Les premières mentions d’envoi d’épreuves sont pour Foggini dans Cors., 32 E 12, f. 70, A. M. Bandini à P. F. Foggini, Florence, 1er juillet 1760, et pour Amaduzzi dans Carteggio Amaduzzi-Bandini, I, n. 43, Florence, 6 août 1771.
[40] Biblioteca Nazionale Centrale, Florence (désormais BNCF), Nuovi Acquisti, 1050, Giuseppe Pelli Bencivenni, Efemeridi, série II, vol. III, f. 458v, 6 mai 1775. Sur la bibliothèque de Biscioni, ASF, Consiglio di Reggenza, 556, ins. 48. Ce petit fonds rejoint la Marucelliana en 1799. L’ex-jésuite Juan Andrès évoque avec enthousiasme les bibliothèques de l’Archivio et des Offices : Cartas familiares, Madrid, D. Ant. de Sancha, 1786, I, p. 50, p. 56-58.
[41] Jacqueline BRAU, « La professionnalisation de la santé dans la Toscane des Lumières, 1765-1815 », Revue d’histoire moderne et contemporaine, t. 41, nËš3, juill.-sept. 1994, p. 418-439. Daniel Roche a souligné comment le processus de professionnalisation interne au clergé à l’époque moderne passe par la constitution d’un « champ autonome de réflexion et de formation », par la « vulgarisation d’un corps de texte minimal » et par une différenciation des lectures au sein du clergé : « Conclusions. Livres et culture. Religion et société à l’âge moderne », Revue d’histoire de l’Église de France, t. 83,1997, p. 215-225, p. 219.
[42] Cors., 32 E 12, f. 177 : A. M. Bandini à P. F. Foggini, Florence, 27 décembre 1768.
[43] BGR, Carteggio Bianchi, A. M. Bandini à G. Bianchi, Florence, 24 octobre 1767 et 9 janvier 1770.
[44] C’est le tirage du catalogue de Biscioni (ASF, Consiglio di Reggenza, 556, ins. 48) et du premier volume de la Bibliotheca Leopoldina (BMF, B I 1, f. 965). Catalogus Codicum Manuscriptorum Bibliothecae Mediceae Laurentianae varia continens Opera Graecorum Patrum…, Florentiae, Typis Caesareis, 1764. Catalogus Codicum graecorum Bibliothecae Laurentianae, Florentiae, Typis Regiis, 1768, 1770,2 vol. Catalogus Codicum Latinorum Bibliothecae Mediceae Laurentianae…, Florentiae, 1774-1777, 4 vol. Catalogus Codicum Italicorum Bibliothecae Mediceae Laurentianae Gaddianae et Sanctae Crucis…, Florentiae, 1778. Bibliotheca Leopoldina Laurentiana…, Florentiae, I, 1791, II, 1792, III, 1793.
[45] Françoise WAQUET, « Les souscriptions au Museum etruscum et la diffusion de l’étruscologie au dix-huitième siècle », Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, t. 208,1982, p. 305-314, et « I letterati-editori : produzione, finanziamento e commercio del libro erudito in Italia e in Europa (XVII-XVII secolo)», Quaderni storici, t. XXIV, nËš72, fasc. 3, décembre 1989, p. 821-838.
[46] BMF, B II 27.26, f. 195 : G. Fabrizi à A. M. Bandini, Modène, 24 mai 1770.
[47] Gazette littéraire de l’Europe, t. III, 1764, p. 7-9. Courrier françois en Italie, t. 39,15 mai 1779. Allgemeine historische Bibliothek von Mitgliedern des königlichen Instituts der historischen Wissenschaften zu Göttingen, t. VII, 1768, p. 127-156. Pour Zurich, B III 32.47, f. 435, H. Hirzel à A. M. Bandini, Zurich, 5 janvier 1791. Pour Iéna, B III 34.49, f. 526, L. H. Teucher à A. M. Bandini, Leipzig, 12 août 1793. Sur l’accueil fait par les périodiques aux catalogues de bibliothèques, M. ROSA, « Un médiateur », art. cit., p. 95.
[48] Martin GERBERT, Iter Alemannicum, accedit Italicum et Gallicum, 2e éd. Typis San Blasianis, 1773, p. 495-501. Jérôme DE LA LANDE, Voyage d’un Français en Italie, fait dans les années 1765 & 1766…, Venise, 1769, I, p. 320. Jakob Georg Christian ADLER, Kürze Übersicht seiner biblischkritischen Reise nach Rom, Altona, Eckhardt, 1783, p. 76.
[49] Les dossiers sont conservés dans BMF, B I 1, par ordre alphabétique de libraire.
[50] BMF, B II 27.36, f. 261 : S. Coleti à A. M. Bandini, Venise, 22 juillet 1780. B I 1, f. 797 : de Trattner à Bandini, Vienne, 12 février 1772.
[51] Carteggio Bandini-Amaduzzi, I, n. 247, Florence, 29 avril 1777.
[52] Biblioteca Moreniana, Florence, ms. Palagi, 342 : « Nota di tutti i Signori che tengono librerie e che son capaci di prendere il catalogo della libreria Laurenziana. L’alfabeto per ordine di città ». Cors., 2036, f. 111 : A. M. Bandini à P. F. Foggini, Florence, 20 novembre 1767. Biblioteca Statale, Lucques, Ms. 1360, f. 121-122 : A. M. Bandini à C. Lucchesini, 23 septembre 1786. BMF, B II 27.36, f. 5 : A. M. Bandini à E. d’Afflito, Naples, 25 juillet 1780. BNCF, Autografi Palatini, II, 56, A. M. Bandini à Dugnani, Florence, 15 juillet 1787. BMF, B I 1, f. 1007, A. M. Bandini à P. Molini, Florence, 4 février 1794.
[53] BMF, Carteggio generale 53, A. M. Bandini à G. J. Dionisi, Florence, 4 juin 1786.
[54] BMF, B II 27.20, f. 331, P. Polini à A. M. Bandini, Gênes, 21 avril 1764 : « En toute sincérité je peux vous dire, que dans ces misérables bibliothèques quod graecus est non legitur, et je ne sais si dans cette ville il y a six personnes qui sachent lire le grec, et trois qui le comprennent médiocrement; ce sera donc assez si vous envoyez une seule copie du catalogue à M. Pizzorno, et vous pouvez laisser tomber les autres ».
[55] BMF, B II 27.20, f. 531 : F. A. Zaccaria à A. M. Bandini, Modène, 16 janvier 1764.
[56] BMF, B II 27.20, f. 329 : F. Barnaba à A. M. Bandini, Pieve San Stefano, 4 décembre 1764.
[57] BMF, B II 27.34, f. 79 : G. C. Amaduzzi à A. M. Bandini, Rome, 12 décembre 1778.
[58] Domenico Maria Pellegrini fait part à Bandini des lamentations des libraires : « Croyez-moi, la suppression de trop de monastères [… ] a fait couler la librairie. Dans les discussions avec les libraires ou les imprimeurs, une question revient sans cesse : maintenant que les monastères ont disparu ou vont disparaissant, qui va acheter les livres ?»: B III 30.45, f. 357 : D. M. Pellegrini à A. M. Bandini, Venise, 14 mars 1789.
[59] BMF, B II 27.20, f. 269 : M. Guarnacci à A. M. Bandini, Volterra, 6 octobre 1764.
[60] En 1780, l’orientaliste danois Adler se sert encore pour exploiter les manuscrits de la Laurentienne d’un catalogue d’Assemani : BMF, B II 27.36, f. 381 : L. Mehus à A. M. Bandini, Florence, 21 novembre 1780. Il s’agit de Stefano Evodio ASSEMANI, Bibliothecae Mediceae Laurentianae et Palatinae Codicum Manuscriptorum Orientalium catalogus, Florentiae, ex Typographio Albiziano, 1742.
[61] BMF, Carteggio generale 53, ins. 6 : A. M. Bandini à G. J. Dionisi, Florence, 15 juillet 1786.
[62] Girolamo Tiraboschi, bibliothécaire de l’Estense, écrit en 1781 à Tommaso Trenta, imprimeur à Lucques, au sujet d’une édition de la correspondance de Pétrarque : « Les principales recherches doivent se faire à Florence, en particulier à la Laurentienne. Le catalogue publié par le chanoine Bandini pourra donner de nombreuses lumières. Mais quand on ira demander la copie de ce dont on a besoin, comment ira l’affaire ? Vous devez connaître le terrain mieux qu’ici, mais on le connaît assez ici pour avoir quelque peur. On peut toujours tenter »: Maria PELAEZ (éd.) Lettere di Girolamo Tiraboschi a Tommaso Trenta, Lucques, Giusti, 1898, p. 22-23.
[63] ASF, Consiglio di Reggenza, 778, ins. 3.
[64] Biblioteca Mediceo-Laurenziana, Florence, Archivio Storico (désormais ASBL), Affari, IV, f. 188v-189r.
[65] Christine Maria GRAFINGER, « Studiosi nella biblioteca Vaticana del Settecento », Archivum Historiae Pontificiae, t. XXXV, 1997, p. 289-296, p. 290. Le règlement stipule que seul le pape pourra donner l’autorisation de copie, et non le cardinal bibliothécaire.
[66] ASBL, Affari, III, f. 431-434 : A. M. Bandini à E. de Gilkens, 25 juin 1793.
[67] ASBL, Affari, IV, f. 187-189 : A. M. Bandini à E. de Gilkens, 26 novembre 1794.
[68] Il explique par exemple à Amaduzzi les préparatifs faits à l’occasion de la visite du couple souverain de Naples en 1785 : Carteggio Bandini-Amaduzzi, II, f. 121,31 mai 1785.
[69] Cors., 1607, f. 385, A. M. Bandini à P. F. Foggini, Florence, non daté (mais 1758). Le manuscrit de l’histoire de la bibliothèque a été récemment publié : Angelo Maria BANDINI, Dei princìpi e progressi della Real Biblioteca Mediceo Laurenziana (Ms laur. Acquisti e Doni 142), Rosario PINTAUDI, Mario TESI, Anna Rita FANTONI (éd.), Florence, Biblioteca Laurenziana, 1990. Novelle Letterarie, 1772,1773, 1778,1785,1786,1787.
[70] ASBL, Album dei visitatori della biblioteca Laurenziana, I.
[71] Bandini retrouve l’exemption de chœur le 20 juin 1771. Il écrit à Foggini le 5 décembre 1769 que la Laurentienne « depuis un an reste fermée, au grand dommage des belles lettres et au scandale des érudits étrangers qui ne peuvent plus y avoir accès »: Cors., 1607, f. 335.
[72] Le 23 mai 1772, il note par exemple la visite de la princesse Marie de Bavière à la bibliothèque, « qui m’ajouta en s’en allant qu’elle aurait eu beaucoup de regret si elle était partie sans la voir »: Album, f. 7r.
[73] ASBL, Affari, IV, f. 465v-466r : A. M. Bandini à Ferdinand III, 14 mars 1798. À la Magliabechiana, on atteint dès 1748 jusqu’à cinquante lecteurs par jour : BNCF, Archivio Magliabechiano, IX, fasc. 1, G. Targioni Tozzetti à François Étienne, 27 juin 1748.
[74] Alessandro VOLPI, « La biblioteca universitaria », in Storia dell’Università di Pisa, 1737-1861, t. 2, vol**, Pise, Edizioni Plus, 2000, p. 1045-1107, p. 1057. Silvio FURLANI, « Maria Teresa fondatrice di biblioteche », Accademie e biblioteche d’Italia, t. L, 1982, p. 459-474. Tiziana PESENTI MARANGON, La biblioteca universitaria di Padova, Padoue, Antenore, 1979, p. 143-156. P. DI PIETRO LOMBARDI, Girolamo Tiraboschi, op. cit., p. 63-64. Pour la France, Pierre GASNAULT, « Les collections et leurs enrichissements », in Histoire des bibliothèques françaises, op. cit., p. 335-351; Françoise BLÉCHET, « La création des Départements et la politique d’acquisitions à la Bibliothèque royale, 1718-1741 », in Louis TRÉNARD (dir.), Les bibliothèques au XVIIIe siècle, Bordeaux, Société des bibliophiles de Guyenne, 1989, p. 57-76.
[75] Cité par S. FURLANI, art. cit., p. 464.
[76] Sur Molini, Renato PASTA, « Tra Firenze, Napoli e l’Europa : Giuseppe Molini senior », in Anna Maria RAO (dir.), Editoria e cultura a Napoli nel XVIII secolo, Naples, Liguori, 1998, p. 251-285. Sur les Bonaiuti, ASF, Notarile moderno, protocolle 31141, notaire Pasquale Cecchi, n. 4 : testament de Filippo Neri Bonaiuti, 9 septembre 1809, « Memoria della Famiglia Bonaiuti ».
[77] BMF, Archivio Storico 59, ins. 35, Archivio Storico 60, ins. 97,101.
[78] BMF, Archivio Storico 50, fasc. 9, « Memoria istorica… della pubblica libreria », f. 10r. Le Magistrato Supremo nomme alors deux experts libraires, Giuseppe Rigacci pour la bibliothèque, Ottavio Bonaiuti pour Ristori pour estimer les livres et travaux fournis par le libraire. Les estimations ne concordant pas, Gaetano Tartini est nommé pour une ultime estimation le 12 janvier 1753 : BMF, Archivio Storico 51, fasc. 21 ( 6) et ASF, Magistrato Supremo 2128, f. 93-98,105-107,118-119. Sur Ristori, Maria Augusta MORELLI TIMPANARO, Autori, stampatori, librai. Per una storia dell’editoria in Firenze nel secolo XVIII, Florence, Olschki, 1999, p. 221-354.
[79] BMF, Archivio Storico 59, ins. 39,41,42,45,49,64,82,84, Archivio Storico 60, ins. 44, 45,46; Archivio Storico 63, ins. 4,59.
[80] Le libraire et imprimeur vénitien Giovanni Battista Albrizzi lui promet qu’il sera parmi les premiers à recevoir son catalogue (BMF, B I 1, f. 13,31 mars 1764) et se plaint peu après que Bandini ne lui commande rien ( ibid., f. 15,6 mai 1764). Le libraire romain Fausto Amidei envoie des listes d’ouvrages en espérant lui aussi des commandes ( ibid., f. 39,1er novembre 1760).
[81] BMF, Archivio Storico 51, fasc. 10 : V. degl’Alberti à A. M. Bandini, 11 août 1783 et 20 août 1783.
[82] ASF, Soprassindaci, sindaci e ufficio delle revisioni e sindacati 1555-1807,572, « Libreria Marucelliana, 1753-1783 », Giovanni de Baillou, 13 février 1784.
[83] Simone CONTARDI, La casa di Salomone a Firenze. L’Imperiale e Reale Museo di Fisica e Storia naturale (1775-1801), Florence, Olschki, 2002. P. DI PIETRO LOMBARDI, Girolamo Tiraboschi, op. cit., p. 65.
[84] BMF, Archivio Storico 50, fasc. 8 : Giovanni Federighi à A. M. Bandini, 19 septembre 1784.
[85] ASF, Segreteria di Finanze, Affari prima del 1788,480, « Supplemento alle repliche date dall’Abate Fontana ai punti per il Reale Gabinetto di fisica… ».
[86] ASF, Consiglio di Reggenza, 778, ins. 13/B, « Memoria del Senatore Adami sopra il commercio tipografico, sopintendenza della Stamperia Gran-Ducale e prefettura delle biblioteche ». S. LANDI, Il governo delle opinioni, op. cit., p. 226-229 et Renato PASTA, Editoria e cultura nel Settecento, Florence, Olschki, 1997, p. 27-28.
[87] ASF, Consiglio di Reggenza, 1051, ins. 13 : « Regolamento per le librerie pubbliche di Firenze ». Sur Mehus, Mario ROSA, « Per la storia dell’erudizione toscana del ‘700 : profilo di Lorenzo Mehus », Annali della Scuola speciale per archivisti e bibliotecari dell’Università di Roma, t. II, 1962, p. 41-96.
[88] Pierre Léopold DE HABSBOURG LORRAINE, Relazioni sul governo della Toscana, Arnaldo SALVESTRINI (éd.), Florence, Olschki, 1969, I, p. 232.
[89] M. MANNELLI GOGGIOLI, La biblioteca Magliabechiana, op. cit., p. 144-151.
[90] Gemma PRONTERA, « Medici, medicina e riforme nella Firenze della seconda metà del Settecento », Società e storia, t. VII, nËš26, octobre-décembre 1984, p. 783-820.
[91] BMF, B III 48, f. 9v.
[92] La question des résistances aux réformes a fait l’objet de débats historiographiques récents : de manière générale, Renato PASTA, « Scienza e istituzioni nell’età leopoldina. Riflessioni e comparazioni », in G. BARSANTI, V. BECAGLI, R. PASTA (dir.), La politica della scienza, op. cit., p. 1-34, p. 23-34. Dans les classes populaires, Ivano TOGNARINI, Francesco MINECCIA, « Tumulti urbani nella Toscana di Pietro Leopoldo », in Luigi BERLINGUER, Floriana COLAO (dir.), Criminalità e società in età moderna, Milan, Giuffrè, 1991, p. 167-229. S. LANDI, Il governo delle opinioni, op. cit., p. 315-344.
[93] ASBL, Affari, I, f. 525-544, en particulier f. 530-537, A. M. Bandini à P. Pandolfini, 9 octobre 1779. Dans la Vita pubblica e privata di Pietro Leopoldo d’Austria granduca di Toscana poi imperatore Leopoldo II, Filadelfia, All’insegna della verità, 1796 (réédition Florence, Edizioni medicea, 1987, p. 63), Francesco Becattini, pourtant violent détracteur du souverain, met aussi cette mesure à son actif. R. Burr LICHTFIELD, Emergence of a Bureaucracy. The Florentine Patricians, 1530-1790, Princeton, PUP, 1986, p. 313-327.
[94] A. M. BANDINI, Dei princìpi e progressi, op. cit., p. 47-53 et p. 93-102.
[95] ASF, Segreteria di Finanze, Affari prima del 1788,230, « Ordini particolari, 1778 », Angelo Maria Bandini, Memoria intorno alla Biblioteca dell’Opera di Santa Maria del Fiore [décembre 1777]. Lorenzo FABBRI, Marica TACCONI, I libri del Duomo di Firenze. Codici liturgici e biblioteca di Santa Maria del Fiore, Florence, Centro Di, 1997.
[96] Vieri BECAGLI, « Il Salomon du Midi et l’ami des hommes. Le riforme leopoldine in alcune lettere del Marchese di Mirabeau al Conte di Scheffer », Ricerche storiche, t. VII, 1977, p. 137-195. Mario MIRRI, « Riflessioni su Toscana e Francia, Riforme e Rivoluzione », Annuario dell’Accademia etrusca di Cortona, t. XXIV, 1989-1990, p. 117-233.
[97] Vieri BECAGLI, « Economia e politica del sapere nelle riforme leopoldine. Le accademie », in La politica della scienza, op. cit., p. 35-65.
[98] BMF, B III 48, f. 87. À un autre endroit, Bandini décrit le grand-duc jetant au feu les ouvrages qu’on lui offre (BMF, B III 48, f. 56-57). Cors., 1591, f. 175, A. M. Bandini à P. F. Foggini, Florence, 23 août 1768 : « non seulement nos magnats ne favorisent plus les arts, mais en plus ils les méprisent, et pour fomenter la dissipation et leurs vices, ils se défont de leurs œuvres d’art, comme d’un meuble superflu ». La décadence touche aussi le monde des libraires : « vraiment nos pauvres libraires et imprimeurs ne peuvent plus continuer, et meurent de faim » (Cors., 1591, f. 205, sd).
[99] Carteggio Bandini-Amaduzzi, I, n. 7,10 juillet 1770; n. 10, sd; n. 12,4 septembre 1770. Bandini a succédé avec Giuseppe Pelli Bencivenni et Marco Lastri à Giovanni Lami (mort en 1770) à la rédaction des Novelle letterarie.
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Il explique par exemple à Amaduzzi les préparatifs faits à ...
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[69]
Cors., 1607, f. 385, A. M. Bandini à P. F. Foggini, Florenc...
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[70]
ASBL, Album dei visitatori della biblioteca Laurenziana...
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[71]
Bandini retrouve l’exemption de chœur le 20 juin 1771. Il é...
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[72]
Le 23 mai 1772, il note par exemple la visite de la princes...
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[73]
ASBL, Affari, IV, f. 465v-466r : A. M. Bandini à Ferdinand ...
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[74]
Alessandro VOLPI, « La biblioteca universitaria », in S...
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[75]
Cité par S. FURLANI, art. cit., p. 464. Suite de la note...
[76]
Sur Molini, Renato PASTA, « Tra Firenze, Napoli e l’Europa ...
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[77]
BMF, Archivio Storico 59, ins. 35, Archivio Storico 60, ins...
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[78]
BMF, Archivio Storico 50, fasc. 9, « Memoria istorica… dell...
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[79]
BMF, Archivio Storico 59, ins. 39,41,42,45,49,64,82,84, ...
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[80]
Le libraire et imprimeur vénitien Giovanni Battista Albrizz...
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[81]
BMF, Archivio Storico 51, fasc. 10 : V. degl’Alberti à A. M...
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[82]
ASF, Soprassindaci, sindaci e ufficio delle revisioni e ...
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[83]
Simone CONTARDI, La casa di Salomone a Firenze. L’Imper...
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[84]
BMF, Archivio Storico 50, fasc. 8 : Giovanni Federighi à A....
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[85]
ASF, Segreteria di Finanze, Affari prima del 1788,480, « ...
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[86]
ASF, Consiglio di Reggenza, 778, ins. 13/B, « Memoria del ...
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[87]
ASF, Consiglio di Reggenza, 1051, ins. 13 : « Regolamento p...
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[88]
Pierre Léopold DE HABSBOURG LORRAINE, Relazioni sul gov...
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[89]
M. MANNELLI GOGGIOLI, La biblioteca Magliabechiana, op....
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[90]
Gemma PRONTERA, « Medici, medicina e riforme nella Firenze ...
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[91]
BMF, B III 48, f. 9v. Suite de la note...
[92]
La question des résistances aux réformes a fait l’objet de ...
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[93]
ASBL, Affari, I, f. 525-544, en particulier f. 530-537, A. ...
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[94]
A. M. BANDINI, Dei princìpi e progressi, op. cit., p. ...
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[95]
ASF, Segreteria di Finanze, Affari prima del 1788,230, « Or...
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[96]
Vieri BECAGLI, « Il Salomon du Midi et l’ami des hommes...
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[97]
Vieri BECAGLI, « Economia e politica del sapere nelle rifor...
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[98]
BMF, B III 48, f. 87. À un autre endroit, Bandini décrit le...
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[99]
Carteggio Bandini-Amaduzzi, I, n. 7,10 juillet 1770; n. 10,...
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