2004
Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine
Les mondes savants
Le métier de bibliothécaire au XVIIIe siècle : Angelo Maria
Bandini à Florence ( 1726-1803)
Emmanuelle Chapron
Emmanuelle CHAPRON Université
Aix-Marseille I Département d’histoire 29, avenue R.Schuman 13621
Aix-en-Provence cedex 01
Emmanuelle Chapron Le métier de bibliothécaire au XVIIIesiècle:
Angelo Maria Bandini à Florence (1726-1803) La carrière d’Angelo Maria Bandini
(1726-1803),bibliothécaire pendant plus d’un demi-siècle des bibliothèques
Laurentienne et Marucelliana de Florence,témoigne des muta~tions du travail du
bibliothécaire au XVIIIesiècle, dans le cadre des réformes insti~tutionnelles
et culturelles des grands-ducs Habsbourg-Lorraine. Les nouvelles biblio~thèques
publiques comme la Marucelliana sont en effet le lieu d’une politique tournée
vers l’utilité publique et la modernisation cul~turelle;le métier de
bibliothécaire s’y structure autour du travail catalographique et de la
ges~tion matérielle et intellectuelle des politiques d’achat. Mais ces
mutations ne sont pas linéaires: à la Laurentienne, admirée par les visiteurs
de toute l’Europe, Bandini continue d’entretenir, par son monumental catalogue
des manuscrits et sa correspondance, une bibliothèque réservée aux seuls
érudits.
For over half a century, Angelo Maria Bandini (1726-1803) was
librarian of the Laurentian and Marucelliana libraries in Florence. His career
attests the transforma~tions of librarianship in the eighteenth cen~tury, under
the institutional and cultural reforms implemented by the grand dukes of
Habsbourg-Lorraine.These new public libra~ries, such as the Marucelliana, are
perfect illustrations of a policy which emphasized public utility and cultural
modernization; librarianship is founded on cataloguing and the material and
cultural management of pur~chasing policies. However these transforma~tions are
not linear: at the Laurentian library, which is admired by visitors from all
over Europe, Bandini, through his monumental catalog of manuscripts and with
his corres~pondence, continued to maintain a library exclusively reserved for
the erudites.
La gravure insérée en tête du catalogue des manuscrits latins
de la bibliothèque Laurentienne de Florence représente le bibliothécaire et
auteur de l’ouvrage, Angelo Maria Bandini ( 1726-1803)
[1]. L’homme, dont l’ample et
sombre habit de chanoine accentue la corpulence naturelle, est assis face au
lecteur. Il tient de sa main droite un volume fermé sur ses genoux et désigne
de l’index gauche un livre ouvert que lui tend son assistant, Antonio Sarti.
Une tenture sombre en toile de fond laisse apparaître dans un angle des
étagères couvertes de livres. L’image du bibliothécaire, des livres seul
gardien (de la main droite) et dispensateur (de la main gauche), figurant en
tête d’un catalogue, nécessaire instrument du lecteur dont Bandini serait le
guide et l’allié, apparaît solide, cohérente et presque familière. Mais si l’on
regarde quelques décennies en arrière, sur ces « monstres sacrés » des
bibliothèques d’Italie qu’ont été Magliabechi et Muratori, l’image se brouille
: Antonio Magliabechi ( 1633-1714), le bibliothécaire des grands-ducs de
Toscane,
bibliotheca animata selon le
témoignage des voyageurs et de ses correspondants, n’a jamais attaché son nom à
un tel ouvrage, étant en quelque sorte lui-même le catalogue des trésors dont
il avait la garde; Lodovico Antonio Muratori ( 1672-1750), conservateur des
manuscrits de l’Ambrosienne de Milan puis bibliothécaire du duc de Modène, doit
sa célébrité à son œuvre historique plus qu’à son office de
bibliothécaire
[2]. En
regard, Bandini se présente comme l’homme d’une seule œuvre, le monumental
catalogue des manuscrits de la Laurentienne en onze gros volumes
in-folio auquel il lie son image,
témoignant de l’incapacité de l’érudit à transmettre seul la mémoire des livres
et de son nécessaire effacement derrière une nouvelle figure de
bibliothécaire.
Des travaux récents ont retracé les grandes lignes de la
transformation du travail du bibliothécaire de l’époque moderne et du passage «
du citoyen de la République des Lettres au fonctionnaire », ainsi que la
constitution entre les XVII
e et
XVIII
e siècle d’un savoir professionnel
[3]. Au XVIII
e siècle,
le bibliothécaire est souvent un homme d’origine bourgeoise, muni des ordres
mineurs mais sans vocation religieuse bien affirmée, de solide formation
classique, distingué pour son amour des livres, son érudition, son aptitude à
gérer matériellement et intellectuellement de grandes masses de volumes.
L’ouverture au public des bibliothèques, le perfectionnement des techniques
bibliothéconomiques, l’intérêt croissant porté par les souverains aux
institutions culturelles transforment son travail, comme il ressort des études
consacrées à l’abbé Bignon de la Bibliothèque Royale, à Girolamo Tiraboschi à
la bibliothèque Estense de Modène ou à Giovan Battista Audiffredi à la
Casanatense de Rome
[4].
La carrière du bibliothécaire florentin Angelo Maria Bandini,
qui dirige pendant plus d’un demi-siècle les bibliothèques Laurentienne et
Marucelliana, illustre la complexité et le caractère non linéaire de ces
mutations. Le quotidien des bibliothèques florentines subit les effets plus ou
moins directs des réformes entreprises par François Étienne ( 1737-1765) et par
Pierre Léopold ( 1765-1790), grands-ducs de la dynastie des Habsbourg-Lorraine
qui succède aux Médicis en 1737. La volonté de réduire l’influence
ecclésiastique sur la société, le souci de rationaliser l’administration
toscane, l’intérêt porté par les grands-ducs aux structures de l’économie du
savoir, l’importance accordée par Pierre Léopold au développement de la culture
scientifique infléchissent le rôle du bibliothécaire
[5]. Le travail de Bandini et sa conception
même du métier de bibliothécaire apparaissent d’autre part très différents
d’une bibliothèque à l’autre. Autour de la bibliothèque Laurentienne qui
conserve depuis le XVI
e siècle les manuscrits des Médicis,
il tente d’entretenir une petite République des érudits : les transformations
institutionnelles, le catalogue imprimé, sa correspondance sont consacrés à un
cercle restreint d’utilisateurs. Pour les autres visiteurs, l’assimilation de
la bibliothèque à un musée de manuscrits s’accentue avec l’adoption de nouveaux
règlements et l’instauration d’un « livre d’or ». Comme bibliothécaire de la
Marucelliana, l’une des deux bibliothèques qui ouvrent au public à Florence au
milieu du XVIII
e siècle, il se met au contraire au service
de lecteurs nombreux et divers; il doit s’adapter aux nouvelles règles
administratives et, à travers la politique d’achats, aux objectifs d’utilité
publique et de modernisation culturelle auxquels sont soumises les institutions
florentines, bibliothèques, académies, musées, sous le règne de Pierre Léopold.
Se pose alors la question dans les dernières décennies du siècle de l’attitude
du bibliothécaire et plus largement des élites culturelles florentines face aux
choix de la politique réformatrice du grand-duc. De manière plus générale, il
s’agira à travers le cas d’Angelo Maria Bandini de mettre en évidence les
signes d’un processus de professionnalisation déjà engagé au siècle
précédent
[6]. La nature
des compétences exigées d’un bibliothécaire, la définition de nouveaux savoirs
et de nouvelles pratiques qui se constituent en champ de savoir autonome et
transmissible, la conception que l’on se fait et qu’il se fait lui-même de sa
tâche, sont des axes de réflexion qui permettent de comprendre comment se
transforme la fonction traditionnelle de médiateur culturel du bibliothécaire
et comment elle s’inscrit à la fois dans les nouvelles exigences du champ
politique et dans les réformes de l’économie urbaine du savoir.
Le 20 mars 1751, alors que Bandini se trouve à Rome, il est
nommé par Alessandro Marucelli à la tête de la nouvelle bibliothèque
Marucelliana. Fondée par le testament de son oncle Francesco Marucelli (mort en
1703), elle doit prochainement ouvrir au public à Florence, après un
demi-siècle de fructification du capital et de contentieux familiaux. Comme
celle de la Magliabechiana (la bibliothèque d’Antonio Magliabechi ouverte au
public en 1747), cette fondation s’inscrit dans un mouvement d’édification de
bibliothèques publiques par des particuliers qui connaît en Italie une grande
expansion entre le milieu du XVII
e siècle et la fin du
XVIII
e siècle : on dénombre en un siècle et demi une
cinquantaine de fondations
[7]. Bandini est en 1751 un érudit prolixe de vingt-cinq
ans, connu surtout pour ses commentaires sur des vestiges antiques. Des bribes
de mémoires conservés dans ses papiers personnels témoignent de la manière dont
le jeune homme, resté précocement orphelin de parents peu fortunés, s’est
rapidement inséré dans un réseau de sociabilité savante qui lui fournit des
recommandations et des appuis matériels. Ce réseau lui permet aussi d’avoir
accès aux riches bibliothèques privées érudites et nobiliaires qui pallient en
partie l’absence de bibliothèque publique à Florence dans la première moitié du
siècle. Il fréquente ainsi dès l’âge de onze ans la bibliothèque de l’érudit
Anton Francesco Gori à qui il fournit des copies d’inscriptions romaines, la
bibliothèque des marquis Riccardi où officie son maître Giovanni Lami,
rédacteur des
Novelle letterarie de
Florence, celle des marquis Salviati dont il est le protégé, le poète et à
l’occasion l’historien. Il assiste à la bibliothèque Laurentienne le jésuite
Girolamo Lagomarsini dans sa grande entreprise de collation des manuscrits
cicéroniens et utilise, enfin, la bibliothèque Magliabechiana dès avant son
ouverture officielle au public
[8]. L’appui d’Emmanuel de Richecourt, le chef de la
Régence toscane qu’il fréquente à l’académie des Apatisti, lui permet d’obtenir
l’emploi de secrétaire de l’évêque de Volterra et de se rendre ainsi à Vienne
et à Rome entre août 1747 et février 1748. Dans la capitale impériale, il
présente au grand-duc François Étienne son
Specimen literaturae florentinae qui lui vaut la
promesse du prochain bénéfice vacant de Toscane et, grâce aux lettres de
présentation dont l’a doté Lami, il rencontre le mathématicien impérial
Giovanni de’Marinoni, le père Eckhel, numismate impérial, le célèbre poète
Métastase, et pénètre au cabinet des médailles, à la Bibliothèque Impériale et
au musée d’histoire naturelle :
autant de refuges dans une contrée qui apparaît au jeune
Toscan, dans des réminiscences tacitiennes, fort menaçante
[9]. À Rome ensuite, les lettres de Lami
l’introduisent auprès de Pier Francesco Foggini et d’Anton Maria Bottari, les
bibliothécaires du cardinal Neri Corsini, et de l’antiquaire toscan Ridolfino
Venuti, auditeur du cardinal Alessandro Albani. Il fréquente la bibliothèque
Vaticane, celle des Corsini, la Casanatense ouverte au public dans le couvent
de Sainte Marie de la Minerve. De Rome à Vienne, axe intellectuel et politique
majeur de cette première moitié de siècle, il se dote ainsi d’amitiés et de
protections solides; il rapporte aussi de ses pérégrinations dans les
bibliothèques, comme Giovanni Lami vingt ans auparavant des bibliothèques
autrichiennes et parisiennes, des listes et des extraits de manuscrits
[10].
Dès 1748, alors que le bâtiment de la Marucelliana est encore
en construction à Florence, Bandini brigue le poste de bibliothécaire. Sa
promotion apparaît à travers sa correspondance comme le résultat de manœuvres
complexes de recommandations, menées à Rome par son frère Giuseppe, par Foggini
et les cardinaux Albani et Valenti, mais rendues particulièrement difficiles
par la vie recluse que mène Alessandro Marucelli et par les rivalités entre
lettrés florentins qui trouvent écho dans les cercles romains
[11]. Que demande-t-on alors
d’un candidat à un tel poste ? La conception des compétences que doit posséder
un bibliothécaire tend au XVIII
e siècle à se préciser. De
la même manière que les notices « bibliothécaire » des dictionnaires étudiés
par Jürgen Voss font apparaître au cours du XVIII
e siècle
des exigences scientifiques plus affirmées, les actes de fondations de
bibliothèques publiques énoncent plus précisément les qualités requises de
l’impétrant
[12]. Le
testament d’Alessandro Gambalunga ( 1619), par lequel il donne sa bibliothèque
à la commune de Rimini pour qu’elle soit ouverte au public, évoque simplement
une « personne de lettres, idoine et apte ». À la Casanatense de Rome, selon le
testament du fondateur ( 1698), les bibliothécaires devront être « doctes,
savants, experts en matière de livres et de bonnes mœurs ». Le cardinal
Imperiali se montre plus précis dans son testament de 1729 : « outre les études
en grammaire, rhétorique et philosophie, [le bibliothécaire] devra avoir
connaissance de l’histoire »
[13]. Et alors que le testament de Francesco Marucelli
laissait le choix du bibliothécaire à la gouverne des représentants de la
famille, son neveu Alessandro souligne qu’il devra maîtriser l’hébreu et le
grec « non seulement comme Bandini, mais encore plus parfaitement, s’il se
trouve »: preuve que ce dernier, peu habile en ces matières, ne représentait
pas aux yeux du prélat le candidat idéal
[14]. Si la formation que les fondateurs attendent des
futurs bibliothécaires n’est pas spécifique à leur activité, il reste que le
champ des savoirs qu’ils doivent maîtriser se précise.
Pour un jeune érudit sans fortune personnelle, les avantages
d’une telle situation sont conséquents : si les conditions de l’emploi ne sont
pas, en 1748, encore bien fixées, le testament d’Alessandro Marucelli de
juillet 1751 stipule qu’il sera logé à proximité de la bibliothèque, qu’il
recevra un salaire de soixante-douze
scudi annuels (celui de la Magliabechiana en
reçoit cent vingt), et qu’à moins d’une faute grave, il ne pourra perdre son
emploi
[15]. Autant que
ces aspects matériels importe « la commodité d’avoir à disposition une
bibliothèque bien fournie où exercer [son] esprit uniquement porté à la belle
littérature »
[16]. Le
théatin Paolo Maria Paciaudi évoque en 1761 dans des termes semblables au comte
de Caylus l’offre que lui fait le ministre du Tillot du poste de bibliothécaire
de la Parmense :
« Rome est sans doute un grand pays, fait pour ceux qui
aiment l’étude de l’antiquité. On y trouve toujours des monuments, de grandes
bibliothèques, des savans à consulter. J’y ai plusieurs amis; mais je n’ai rien
à y espérer qui me donne un établissement pour ma vieillesse. L’âge avance, ma
santé n’est pas robuste : je ne suis pas dominé par l’ambition, mais j’aime les
commodités de la vie et je les souhaite. Du Tillot m’a fait proposer des
appointements assez honnêtes, et l’emploi de bibliothécaire de l’infant. Le
soin de former une bibliothèque se réduit plutôt à un amusement qu’à une
occupation. Les honoraires vont me mettre à mon aise; je serai libre et maître
de ma volonté; je pourrai vivre en philosophe tranquille; c’est la meilleure
chose du monde » [17].
La figure du bibliothécaire reste encore floue, elle ne se
suffit pas à elle-même et s’ajoute à d’autres activités mieux considérées et
jugées intellectuellement plus gratifiantes, sur le modèle de Giovanni Lami,
érudit, journaliste, polémiste avant que d’être bibliothécaire. Significatif
aussi est le parcours de Giovanni Targioni Tozzetti, de quatorze ans l’aîné de
Bandini : le jeune botaniste est nommé bibliothécaire de la Magliabechiana en
1739, alors qu’il espérait une chaire de botanique à Pise; au cours de ces
années pendant lesquelles s’organise la première bibliothèque publique de
Florence, il poursuit sa pratique médicale, ses voyages botaniques, ses
recherches érudites et scientifiques
[18]. En somme, le poste de bibliothécaire offre un
emploi sûr et rémunéré, la possibilité de vaquer à ses recherches et une
certaine liberté d’action dans un cadre institutionnel qui, en ce moment de
transformation de la bibliothèque patricienne, érudite ou royale en
bibliothèque publique, n’est pas encore bien fixé.
Plus encore que sa nomination à la tête de la Marucelliana,
c’est la promotion comme bibliothécaire-surintendant de la Laurentienne le 5
février 1757 qui représente un tournant radical dans la carrière de Bandini et
l’émergence d’une conception plus professionnelle de sa fonction. Après la mort
du bibliothécaire Anton Maria Biscioni le 6 mai 1756, sa candidature est encore
une fois appuyée par les milieux ecclésiastiques (les cardinaux Valenti, le
pape Benoît XIV, le nonce archevêque de Césarée à Vienne), et par les
conseillers viennois de l’empereur. Il semble en particulier que la
recommandation pontificale ait fortement joué dans sa nomination
[19]. Les compétences de
Bandini sont pourtant contestées : le lieutenant fiscal Ippolito Scaramucci le
décrit, dans un rapport au conseil de Régence, comme un petit clerc devenu
lettré grâce à la bienveillance de Giovanni Lami et dont les œuvres sont
truffées d’erreurs et objecte sa méconnaissance des langues orientales « très
nécessaires pour un bibliothécaire »
[20]. D’autre part, l’organisation institutionnelle de la
bibliothèque Laurentienne et les attributions de son bibliothécaire sont encore
sujettes à controverses. Selon les termes de la bulle de Clément XII de 1532,
deux bibliothécaires, un chanoine et un chapelain, doivent être élus chaque
année par le chapitre de Saint Laurent. Depuis l’ouverture de la bibliothèque
au public en 1571, les Médicis avaient en outre pris l’habitude de nommer un
surintendant pour veiller à la bonne marche de l’établissement : la charge,
assez honorifique, était confiée à des hommes mûrs, au terme d’une carrière
dans les rouages de l’État, qui intervenaient peu dans la vie quotidienne de la
bibliothèque
[21].
Après la mort d’Orazio Rucellai en 1663, la place de surintendant reste
vacante. Le chanoine Anton Maria Biscioni, à plusieurs reprises bibliothécaire
annuel, ne parvient pas malgré ses requêtes répétées à obtenir du chapitre une
affectation fixe à la bibliothèque. Ce n’est qu’en 1741 qu’il est nommé
surintendant par le grand-duc François Étienne. Cette nomination représente une
rupture importante dans le fonctionnement séculaire de la Laurentienne, puisque
le surintendant grand-ducal n’est plus seulement un garant de son bon
fonctionnement mais un véritable bibliothécaire qui tend à se substituer aux
gardiens désignés par le chapitre. D’autre part, la figure de ce surintendant
se transforme : ce n’est plus un homme de cour mais un homme d’Église, docteur
en théologie, doublé d’un homme de lettres (il est à deux reprises doyen du
Studio de Florence et auteur de nombreuses éditions de textes classiques), doté
d’une solide éducation qu’il parfait au cours de sa carrière à la Laurentienne
par l’apprentissage du grec et de l’hébreu. Il a aussi une certaine expérience
bibliothéconomique pour avoir réordonné les bibliothèques de plusieurs grandes
familles florentines, les Panciatichi, les Ricasoli, les Riccardi, les
Guadagni
[22]. Quelques
décennies auparavant, Côme III de Médicis avait de la même manière rompu avec
la tradition de confier les collections privées des grands-ducs (la
bibliothèque Palatine) à un aristocrate lettré : le choix d’Antonio Magliabechi
est celui d’un homme d’origine modeste mais qualifié par ses compétences en
matière bibliographique et par sa connaissance des réseaux de librairie
[23].
À la mort de Biscioni, le chapitre tente de revenir à l’antique
dichotomie et de confiner Bandini dans le rôle passif des surintendants
médicéens. Le texte même de sa nomination en témoigne : contrairement à ses
prédécesseurs autorisés à « exécuter tout ce qu’[ils] juger[ont] convenir à la
dignité et au service de la bibliothèque », Bandini n’a que la tâche de «
veiller que les bibliothécaires élus selon les termes de la bulle de Clément
VII [… ] remplissent exactement leurs devoirs »
[24].À la fin de l’année 1758, Bandini
propose un nouveau règlement dont l’objectif est de réformer les rapports entre
le chapitre et la bibliothèque
[25]. Selon lui, les deux gardiens élus sont tout à fait
incompétents et ne peuvent se former en l’espace d’un an; avides de pourboires,
ils introduisent des visiteurs dans la bibliothèque en dehors des heures
pendant lesquelles officie le bibliothécaire grand-ducal, faisant courir de
grands risques aux manuscrits, d’autant plus difficiles à protéger que les
inventaires sont sommaires et qu’on ne connaît pas bien la composition de
chaque volume. Bandini demande que leur élection soit désormais approuvée par
le bibliothécaire, qu’ils lui soient complètement soumis et qu’ils ne disposent
pas de la clé de la bibliothèque. Il s’agit donc de promouvoir une véritable
figure de bibliothécaire, permanente et responsable. Au début de l’année 1759,
des avis contradictoires sont rendus par les membres du conseil de Régence et
les oppositions durent jusqu’à la parution du règlement promulgué par
l’empereur François Étienne le 6 mars 1760. Il ordonne que le bibliothécaire et
son aide soient dispensés des chœurs tout en recevant les distributions qui
récompensent normalement l’assiduité aux offices, que le bibliothécaire
détienne une clé privative de la bibliothèque et interdit aux gardiens
d’introduire des visiteurs sans l’accord de ce dernier
[26]. À la suite de Biscioni, Bandini peut
donc ouvrir quotidiennement la bibliothèque.
L’évolution du statut du bibliothécaire laurentien, qui se joue
de la nomination de Biscioni à celle de Bandini et au règlement de 1760, nous
semble relever de trois dynamiques. En premier lieu, on voit se dessiner la
professionnalisation du bibliothécaire : son activité est désormais dissociée
de celle de la Cour ou du chœur à laquelle elle était précédemment étroitement
liée; la nécessité de certaines compétences bibliographiques, linguistiques et
techniques est fortement soulignéepar les bibliothécaires eux-mêmes, qui
revendiquent l’existence d’un champ de savoirs autonome, spécifique de leur
activité.
En second lieu, cette évolution s’inscrit dans une politique
culturelle qui vise à mettre à disposition du plus grand nombre les instruments
du savoir.
L’affirmation au XVIII
e siècle de
nouvelles images de la souveraineté qui représentent le prince comme le garant
de la félicité publique implique une réorganisation des circuits de l’économie
du savoir, édition, bibliothèques, universités, sous la tutelle souveraine.
François Étienne hâte ainsi l’ouverture des deux bibliothèques publiques, la
Magliabechiana en 1747, la Marucelliana en 1752, bloquées l’une par des
problèmes financiers, l’autre par des contentieux familiaux. Comme la
bibliothèque ducale des Estense de Modène au même moment, la bibliothèque
Palatine est réorganisée à partir de 1758, en vue de son ouverture au public.
Un vice-bibliothécaire est nommé pour pallier l’absence du bibliothécaire
Valentin Jameray Duval qui a rejoint Vienne en 1748; les livres et les
manuscrits sont remis en ordre et catalogués, un règlement interne est préparé
par le garde-robe majeur avec l’aide des bibliothécaires de la Magliabechiana
et la Bibliothèque Impériale de Vienne fournit le modèle du règlement pour les
lecteurs. À partir de 1760, elle reçoit une dotation de trois cents
scudi annuels pour l’achat et
l’entretien des livres
[27]. Enfin, les nominations des surintendants
laurentiens et le règlement de 1760 témoignent de la volonté de François
Étienne et de certains membres du gouvernement de limiter le rôle du chapitre
dans la gestion de la bibliothèque : si Biscioni et Bandini détiennent un
canonicat à Saint Laurent, ils dépendent en premier lieu du grand-duc; ils sont
d’ailleurs en conflit latent avec le clergé laurentien pendant toute la durée
de leurs fonctions. Le règlement de 1760 évoque par ailleurs l’éventualité d’un
bibliothécaire qui ne serait pas membre du chapitre. On peut rapprocher cette
évolution de celles d’autres institutions culturelles où l’influence
ecclésiastique recule : à la Magliabechiana, les volontés testamentaires
d’Antonio Magliabechi, qui avait stipulé que le bibliothécaire soit choisi
parmi les dominicains de Santa Maria Novella, sont contournées et le jeune
médecin Giovanni Targioni Tozzetti est nommé en 1739. Pour le poste
d’antiquaire de la Galerie des Offices, François Étienne préfère en 1738 à des
candidats ecclésiastiques mieux formés le médecin Antonio Cocchi, intellectuel
ouvert à de larges perspectives culturelles. Enfin, le fonctionnement de la
censure est modifié par la loi de 1743 qui redimensionne le rôle du censeur
ecclésiastique et laisse en dehors du champ de la loi les espaces de la
circulation du livre et de la lecture
[28].
LE CATALOGUE DE LA
LAURENTIENNE
Ce nouveau cadre statutaire permet à Bandini de continuer le
catalogue de la Laurentienne commencé par son prédécesseur. Cette entreprise
s’inscrit dans un mouvement de grande ampleur, celui de la publication au
XVIII
e siècle des catalogues de bibliothèques privées et
publiques. Les enjeux intellectuels en sont importants : la rédaction d’un
catalogue implique une réflexion sur les catégories et les classifications
employées et sur le rapport entre le texte du catalogue et l’espace de la
bibliothèque
[29]. Mais
la manière dont le catalogue est conçu et mis à disposition des lecteurs
participe aussi de la construction de la publicité des bibliothèques et du
métier de bibliothécaire. Au XVIII
e siècle, la
bibliothèque publique est un objet difficile à cerner et les bibliothèques
apparaissent aux yeux des voyageurs et des lecteurs comme plus ou moins
publiques selon leurs horaires d’ouverture, leur règlement, leur politique
d’achats, l’existence ou non d’un catalogue imprimé
[30]. Comme l’attribution d’une dotation
financière, la publication du catalogue s’inscrit dans la recherche de
l’utilité publique de la bibliothèque : Girolamo Tiraboschi, le bibliothécaire
de l’Estense, souligne ainsi que « la détermination de faire imprimer le
catalogue raisonné des manuscrits de cette bibliothèque est digne de la
munificence de Son Altesse et correspond aux visées d’utilité publique qu’elle
s’est fixée en l’ouvrant à l’avantage de tous et en l’enrichissant avec une
singulière libéralité »
[31]. D’autre part, le travail catalographique apparaît
comme une composante importante dans le processus de professionnalisation du
bibliothécaire. À côté des savoir-faire empiriques des catalographes
expérimentés se constituent en effet des savoirs professionnels, formalisés et
transmissibles. Si les traités théoriques de la « science » des bibliothèques
concernent plus le choix des livres et leur classement que la rédaction des
catalogues, le travail catalographique s’ancre sur la circulation de modèles,
la collaboration entre bibliothécaires et un corps de textes de
référence
[32]. En
outre, aux yeux du public, le bibliothécaire construit à travers le catalogue
une double identité professionnelle, celle d’un expert en matière de livres
(qu’il partage avec les bibliographes et les libraires), et d’un gardien d’un
patrimoine livresque, garant d’un accès facilité aux collections.
La genèse du catalogue de la Laurentienne, bien documentée par
la correspondance de Bandini, témoigne des ressources intellectuelles et
matérielles mobilisées par le bibliothécaire. Il choisit de recenser les
manuscrits par groupe linguistique (grecs, latins, langue vulgaire) dans
l’ordre où ils sont disposés sur les pupitres. Il justifie cette préséance
donnée au critère linguistique sur la classification par matières (selon
laquelle est organisée la bibliothèque)
par un souci de continuité avec l’œuvre de Biscioni qui avait
publié le catalogue des manuscrits orientaux; c’est aussi la pratique la plus
fréquente pour les catalogues de manuscrits. Pour la composition des notices,
il innove moins qu’il n’exécute à la perfection une méthodologie déjà éprouvée,
celle de Bernard de Montfaucon dans la
Bibliotheca Coisliana, illustrée une décennie
plus tôt par les bibliothécaires de l’Université de Turin
[33]. Les préfaces de ces deux ouvrages sont
d’ailleurs littéralement utilisées par Bandini pour la présentation de sa
propre méthodologie dans la préface et les manifestes du catalogue. La pratique
catalographique de Bandini est désormais bien connue : les notices, attentives
au texte plus qu’à l’aspect matériel du manuscrit, énumèrent les parties
constitutives de l’ouvrage, citent les
incipit et
explicit de chaque opuscule, précisent la
biographie de l’auteur, les circonstances de la rédaction, esquissent une
description codicologique, s’attachent parfois à l’histoire du manuscrit en
traquant les signes laissés par le copiste, l’enlumineur, les propriétaires
successifs. Bandini signale aussi les éditions du texte, renvoie à des
manuscrits comparables, en reproduit des passages
[34]. La circulation des modèles
catalographiques montre l’existence d’un champ de références autonomes,
partagées par les bibliothécaires de toute l’Europe. Cette circulation apparaît
assez nourrie : pour le catalogue des imprimés de la Marucelliana, son frère
Giuseppe lui conseille en 1751 de rédiger un « catalogue raisonné comme le fit
monseigneur Fontanini de la bibliothèque Imperiali et comme se fait
actuellement celui de la Minerve [la Casanatense] et des autres célèbres
bibliothèques »
[35].
Un des aspects les plus étonnants de cette circulation est la réutilisation de
catalogues d’autres bibliothèques afin de procurer le plus rapidement possible
un outil de repérage aux lecteurs de la Marucelliana. Bandini utilise ainsi un
exemplaire du catalogue de la bibliothèque Imperiali : les ouvrages présents à
la Marucelliana y sont soulignés et leur cote est indiquée dans la marge; des
feuilles blanches ont été insérées pour y porter les références des ouvrages
qui ne se trouvent que dans la bibliothèque florentine
[36].
L’enthousiasme des débuts est vite tempéré par une série de
difficultés matérielles et intellectuelles. Il évoque en 1760, dans une lettre
à Giammaria Mazzuchelli, alors qu’il rédige le premier tome du catalogue des
grecs, « les nombreuses difficultés qui [le] travaillent, [… ] les caractères
très étranges des manuscrits, [… ] les recherches et efforts incroyables qu’il
faut faire pour voir ce qui est édité, ou inédit, [qui lui] prennent toutes les
heures du jour, et une partie de la nuit »
[37]. Pour affronter une collection de plus de trois
mille manuscrits orientaux, grecs et latins, et pour pallier ses lacunes en
grec, en diplomatique ou en paléographie (il n’a qu’une formation universitaire
de juriste), Bandini utilise diverses ressources du monde érudit. Il retrouve
la trace de dépouillements faits par le médecin Antonio Cocchi sur les
manuscrits médicaux ou par Lagomarsini sur ceux de Cicéron
[38]. Il tire profit des compétences de ses
amis, d’assistants plus ou moins fiables (comme le dominicain Domenico Stratico
qui lui a été conseillé par Foggini mais qui s’avère plus porté sur le beau
sexe que sur les manuscrits laurentiens, ou encore Christoph Joseph Jagemann,
futur bibliothécaire du duc de Weimar), voire de voyageurs.
Il demande à Pier Francesco Foggini de faire réviser les
épreuves du catalogue des manuscrits grecs par les lecteurs de la bibliothèque
Vaticane et à Giovan Cristoforo Amaduzzi, le surintendant de l’imprimerie de la
congrégation de Propaganda Fide, de relire celles du catalogue des manuscrits
latins
[39]. Bandini
dispose enfin d’un petit fonds de livres rassemblé par Biscioni et acheté par
le gouvernement à ses héritiers en septembre 1756. Ce fonds est composé d’une
centaine d’ouvrages nécessaires pour le travail de catalogage, ouvrages
d’histoire littéraire, catalogues des grandes bibliothèques européennes,
bibliographies, annales typographiques. Cette petite bibliothèque
professionnelle préfigure les bibliothèques institutionnelles spécialisées, peu
ou pas ouvertes au public, qui se développent à Florence dans la deuxième
moitié du siècle. On voit par exemple se constituer un fonds spécialisé pour
les scientifiques du Musée de physique et d’histoire naturelle à partir de 1771
et pour les médecins et étudiants de l’hôpital de Santa Maria Nuova après les
réformes des années 1780. Ferdinando Fossi, le directeur de l’Archivio
Diplomatico fondé en 1778, rassemble des livres de diplomatique et d’histoire.
La parenté entre ces différentes bibliothèques est soulignée par Giuseppe Pelli
Bencivenni, le directeur de la Galerie des Offices, qui s’appuie explicitement
sur les exemples de la Laurentienne et du Musée de physique, lorsqu’il
entreprend la constitution d’une bibliothèque d’art et d’antiquariat pour la
Galerie à partir de 1775
[40]. De tels instruments, qui rendent visibles la
définition et le contrôle d’un savoir spécifiquement requis pour exercer une
activité particulière, participent du processus de professionnalisation de ces
activités : l’exemple des médecins est particulièrement éclairant, puisque la
constitution d’une bibliothèque spécialisée va de pair avec la réforme de
l’enseignement médical et des organes de contrôle sur les professionnels de la
santé
[41]. Dans le cas
de la Laurentienne, il s’agit d’une collection systématique qui illustre
parfaitement les compétences (linguistiques, bibliographiques, techniques)
requises des bibliothécaires, soulignées dans les traités de bibliothéconomie
ou les dictionnaires.
Aux difficultés intellectuelles s’ajoutent les problèmes
financiers et l’instabilité du statut du bibliothécaire laurentien, qui
témoignent de l’intérêt assez mesuré que portent les grands-ducs à l’entreprise
du catalogue laurentien.
Comme Biscioni, Bandini obtient du gouvernement une prime de
cent
scudi par volume et le prix du
papier : il doit donc subvenir lui-même à l’essentiel des frais, en particulier
au salaire des copistes. Paradoxalement, si la catalographie est devenue au
XVIII
e siècle la grande affaire des bibliothécaires, elle
n’est pourtant pas intégrée dans le fonctionnement régulier de l’institution et
apparaît toujours comme une activité extraordinaire du personnel. En 1768, sans
doute à l’instigation du prieur de Saint Laurent, Pierre Léopold supprime les
rétributions et privilèges dont jouissait Bandini : contraint d’accomplir
toutes les obligations de la vie de chanoine et d’assister aux chœurs, le
bibliothécaire décide alors de renoncer au catalogue
[42]. Il le reprend en 1771
lorsqu’il retrouve ses privilèges mais sa déception et son amertume persistent,
nourries du sentiment que son œuvre, qui en d’autres temps aurait assuré sa
renommée dans le monde des lettres, est méprisée par un souverain ouvertement
plus attentif aux productions de la science qu’à celles de l’érudition.
S’ajoute enfin la fatigue physique que représente l’ouvrage : dans ses lettres
au médecin Bianchi, Bandini évoque ses « obstructions au foie et à la rate » et
la perte de la moitié de ses dents, causée par les longues années de travail
sur le catalogue, car « à peine [pouvait-il] trouver un moment pour prendre un
peu de nourriture et de repos »
[43]. Soucieux de sa santé et un peu hypocondriaque, le
bibliothécaire fait pour la Marucelliana l’achat de l’ouvrage de Pujati,
Della preservazione della salute dei
letterati, du
Dizionario di
sanità, de la
Medicina
domestica de William Buchan, un grand succès européen.
Les volumes paraissent en l’espace d’une quinzaine d’années :
en 1764, 1768,1770, les trois volumes des manuscrits grecs, puis de 1774 à 1777
les quatre volumes des latins, en 1778 le catalogue des manuscrits et imprimés
en langue vulgaire. S’y ajoutent entre 1791 et 1793 les trois volumes de la
Bibliotheca Leopoldina qui recensent
les manuscrits parvenus à la Laurentienne sous le règne de Pierre Léopold. On
peut estimer le tirage du catalogue à environ cinq cents exemplaires
[44]. Sa diffusion illustre
les mécanismes du marché du livre érudit au XVIII
e siècle.
Bandini refuse, sans doute pour préserver son indépendance, de recourir aux
souscriptions, procédé pourtant couramment utilisé en Italie depuis les années
1730
[45]. Pour faire
connaître son œuvre, il demande à ses correspondants de faire circuler les
manifestes et de lui procurer des comptes rendus dans les périodiques italiens
et européens au fur et à mesure de la parution des volumes. Giuseppe Fabrizi,
de la bibliothèque de Modène, lui annonce ainsi en 1770 qu’il a envoyé le
manifeste à Yverdon, à Leipzig et à Göttingen
[46]. L’ouvrage apparaît dans les colonnes de la
Gazzetta patria et dans les
Novelle Letterarie de Florence, dans
les
Efemeridi letterarie de Rome mais
aussi dans la
Gazette littéraire de
l’Europe, dans le
Courrier françois en
Italie, dans l’
Allgemeine historische
Bibliothek de Göttingen, dans le journal littéraire de Iéna, « le
plus renommé en Allemagne et lu par tous les savants et libraires de ce pays »,
dans la
Gazette littéraire de
Zurich
[47]. Les
articles se limitent en général à célébrer le courage de l’entreprise et son
utilité pour le monde des lettres et reprennent parfois des extraits de la
préface où sont exposées la méthode et l’histoire de la bibliothèque et de ses
collections. La
Gazette littéraire de
l’Europe note :
« Ce n’est point ici un long & inutile amas de titres
nuds & décharnés; M. Bandini, à l’exemple du célèbre Lambecius donne
souvent des extraits, même très étendus; le Prélat Assemani [dans la
description des Manuscrits du Vatican], le savant M. Lami [dans celle des
manuscrits de la bibliothèque Riccardi], & surtout les auteurs de la
Description des Manuscrits de la Bibliothèque Royale de Turin ont suivi la même
méthode. On trouve encore dans l’ouvrage de M. Bandini plusieurs morceaux de
poésie & de prose, & quantité de lettres intéressantes grecques &
latines écrites par de savans hommes inconnus jusqu’à présent. Des catalogues
de cette espèce doivent être regardés comme une partie très essentielle de la
littérature. »
La publicité de l’ouvrage se fait aussi par le biais des
voyageurs : le registre d’entrée de la Laurentienne porte des traces de
l’admiration des visiteurs, on trouve des mentions du catalogue dans nombre de
guides et de récits de voyage et l’érudit allemand Martin Gerbert en reproduit
presque littéralement le manifeste dans son
Iter
italicum
[48].
Pour la vente du premier volume du catalogue, le bibliothécaire
traite avec les libraires : il en place environ deux cents exemplaires chez
Cambiagi à Florence, une centaine chez le libraire gênois Pier Paolo Pizzorno,
une cinquantaine chez les libraires vénitiens, plus de cent auprès du libraire
romain Monaldini, quelques exemplaires chez Jean-Thomas de Trattner à Vienne et
chez les frères Luchtmans à Leyde
[49]. Cette collaboration échoue rapidement.
Les libraires se plaignent des difficultés qu’ils ont à écouler
l’ouvrage et refusent par conséquent d’en prendre la suite, d’autant plus
qu’ils n’ont aucune assurance de voir revenir les acquéreurs du premier volume
: le libraire vénitien Sebastiano Coleti lui signale en 1780 que dix-huit des
vingt et une copies du catalogue des manuscrits grecs qui lui avaient été
remises sont encore dans ses magasins; Trattner le prie de bien vouloir
reprendre les invendus
[50]. Échaudé, Bandini fait revenir de Venise, de Gênes
et de Turin à Florence un grand nombre d’exemplaires du tome I et cherche
lui-même des acquéreurs pour la suite de l’ouvrage
[51]. Il tient un répertoire des
bibliothèques et des érudits susceptibles de prendre le catalogue et se sert de
ses nombreux correspondants pour retrouver, à l’occasion de la parution de
chaque nouveau volume, les acheteurs des volumes précédents et pour leur en
proposer l’achat : libraires, bibliothécaires (Pier Francesco Foggini à Rome,
Eustachio d’Afflito à Naples), érudits et collectionneurs (Cesare Lucchesini à
Lucques) sont mis à contribution par le bibliothécaire. Le cardinal Dugnani,
nonce apostolique à Paris, Pietro Molini, le frère du libraire florentin
installé à Londres, l’évêque de Montefiascone à Vienne, le propre frère de
Bandini à Avignon sont quelques-uns des jalons d’un réseau qui tente de
s’étendre partout en Europe
[52]. La tâche de ces correspondants est souvent
compliquée par la grande mobilité des bibliothèques privées, souvent dispersées
à la mort de leur propriétaire : Bandini lui-même rachète dans les ventes
publiques quand l’occasion s’en présente, des volumes dépareillés du catalogue
pour compléter des corpus lacunaires
[53].
De manière générale, la diffusion de l’ouvrage s’avère souvent
difficile et la correspondance reflète le paysage contrasté du public érudit et
l’état souvent précaire des finances des bibliothèques italiennes dans les
dernières décennies du XVIII
e siècle. Le public des
acheteurs potentiels, celui des « bibliographae studiosi doctissimique
publicarum privatorumque Europae bibliothecarum praefecti », est en effet bien
étroit : à Gênes, le catalogue des manuscrits grecs ne trouve preneur ni auprès
des bibliothèques ni chez les particuliers faute d’hellénisants
[54]. Dans les bibliothèques,
destinataires privilégiés de l’ouvrage, son intérêt n’est pas toujours bien
perçu. Francesco Antonio Zaccaria, bibliothécaire de l’Estense de Modène, lui
écrit en 1764 : « Je ne manquerai pas de proposer votre œuvre aux autres
bibliothèques, mais l’issue de l’affaire dépend du génie divers des
bibliothécaires qui souvent s’effrayent à l’idée de dépenser une grosse somme
pour des livres qui informent sur des livres; ils ne comprennent pas tous de
quelle importance est pour la science la connaissance des manuscrits »
[55]. La dépense n’est d’autre
part pas mince et nombre de particuliers, de bibliothèques sans financement et
de couvents désargentés ne peuvent se la permettre. Bandini accorde facilement
des réductions importantes : aux capucins de Pieve San Stefano, il concède le
premier tome du catalogue des manuscrits grecs contre quarante messes
[56]. Même à Rome, « en dehors de la
Vaticane, de la Casanatense, de la Corsiniana, aucune [bibliothèque] n’achète
de livres neufs », témoigne en 1778 Amaduzzi; en 1793, les bibliothèques de
Brescia, de Ferrare, de Mantoue refusent les volumes de la
Bibliotheca Leopoldina par manque de
fonds
[57]. La
suppression des couvents dans de nombreux États italiens dans les dernières
décennies du siècle représente enfin une perte certaine pour le commerce du
livre érudit
[58].
Malgré ces difficultés, le catalogue de la Laurentienne trouve sa place dans
les principales bibliothèques italiennes et européennes et chez un grand nombre
de particuliers. La pratique de l’échange permet à Bandini de placer plus
facilement les volumes et d’enrichir considérablement sa propre bibliothèque,
suivant la prédiction – partiellement réalisée – de son ami, l’étruscologue
Mario Guarnacci : « vous ferez par les échanges une immense bibliothèque, et du
reste, une belle somme d’argent »
[59].
LE PUBLIC DE LA
LAURENTIENNE
Bandini a conçu son ouvrage non comme un simple catalogue des
manuscrits de la Laurentienne mais comme un instrument de travail et de
référence quasi encyclopédique pour le monde érudit. Comme il le souligne dans
la préface de l’ouvrage et dans sa correspondance, le catalogue doit permettre
aux philologues d’identifier et de travailler sur les leçons d’un texte et d’en
obtenir éventuellement une collation sur les manuscrits médicéens. Toute une
conception du travail savant anime ainsi l’ouvrage de Bandini, celle d’une
minutieuse confrontation des manuscrits dans la tradition de son maître
Lagomarsini et d’une érudition fondée sur une grande familiarité avec les
textes (l’érudit Lorenzo Mehus confie ainsi avoir écrit son histoire littéraire
après avoir consulté plus de dix-sept mille manuscrits). Certes, Bandini ne
refuse jamais de procéder pour ses correspondants à des recherches dans les
manuscrits de la Laurentienne ou d’autres bibliothèques florentines mais, au
fur et à mesure de la parution des volumes, il tend à renvoyer ses
correspondants à son catalogue. C’est de toute évidence un moyen d’en
promouvoir la vente, mais aussi de l’élever au rang d’outil de référence
incontournable, remplaçant les catalogues partiels de la Laurentienne,
manuscrits ou imprimés, qui circulent dans les milieux savants
[60]. Ainsi, il signale à
Giovanni Jacopo Dionisi, bibliothécaire véronais éditeur de Dante : « Aussitôt
que [vous] aurez entre les mains les dits tomes [du catalogue], allez à l’index
général à la fin du tome V p. 479 et 698 à « Allagherii », où vous trouverez de
nombreuses lumières qui serviront certainement votre propos, et vous donneront
envie d’avoir la copie des autres anecdotes sur le divin poète qui se trouvent
ici »
[61]. De nombreux
correspondants utilisent par la suite la référence précise au catalogue pour
formuler leurs requêtes et son utilité s’impose même aux détracteurs du
bibliothécaire
[62]. Le
travail de copie est ensuite fait par les aides de Bandini, par un copiste
désigné par le destinataire ou par le bibliothécaire lui-même pour des
manuscrits difficiles ou des correspondants importants; le moment délicat de
l’établissement d’un devis suscite bien des correspondances houleuses. On voit
donc ici se dessiner une pratique nouvelle, qui ne relève plus de la
collaboration par voie épistolaire entre pairs au sein de la République des
Lettres, telle qu’elle pouvait être pratiquée par Muratori ou Magliabechi, mais
du service rendu par un professionnel, le bibliothécaire, à un lecteur, donc
d’une relation foncièrement asymétrique.
La consultation du catalogue n’est toutefois, aux yeux de
Bandini, qu’une phase préparatoire qui ne dispense pas de la fréquentation
directe des manuscrits. Les collections de la Laurentienne ne concernent par
nature qu’un public restreint, mais Bandini se montre particulièrement hostile
à tout élargissement des autorisations de consultation. Dans ses propositions
de 1758 pour un nouveau règlement de la bibliothèque, il recommande
l’application stricte du règlement de Côme II du 15 août 1610, c’est-à-dire «
qu’il ne soit permis à personne de transcrire ou de copier livre, ou écriture,
sans la permission du prince dans laquelle soit exprimée précisément le
manuscrit ou le traité que le suppliant désire transcrire »
[63]. Les suppliques sont
adressées au souverain, et approuvées ou non, après avoir pris l’avis du
bibliothécaire. Le manuscrit est alors dégagé des chaînes qui le relient à son
pupitre et remis au lecteur placé sur une table au milieu de la bibliothèque,
sous le regard de tous : « en effet, les 88 pupitres sur lesquels sont placés
les manuscrits sont autant de cachettes pour qui voudrait abuser de la
permission obtenue. En d’autres temps, quand on vivait plus à la bonne, sont
advenues à cause de cela des pertes irréparables : il reste encore les
couvertures enchaînées de certains manuscrits qui se sont envolés »
[64]. À la bibliothèque
Vaticane, où la procédure d’autorisation se durcit après le nouveau règlement
de Clément XIII du 4 août 1761, il ne semble pas que l’on ait refusé des
suppliques. Bandini, lui, n’hésite pas à émettre des avis négatifs
[65]. En réponse à une
supplique de l’académicien et intendant des finances turinois Giuseppe Bisatti,
qui demande en 1793 à pouvoir consulter le manuscrit des Pandectes, le
bibliothécaire expose les talents douteux du personnage, versificateur et grand
amateur du beau sexe, les difficultés que pose la lecture du manuscrit, les
mauvaises conditions de consultation qu’offre en plein été la bibliothèque
inondée de soleil pour un manuscrit fragile, et propose qu’il aille plutôt en
consulter la copie conservée à la Magliabechiana
[66]. On le voit aussi s’emporter contre le
Grec Giorgio Draco, qui demande en 1794 à pouvoir consulter les manuscrits
médicéens pour ses études de médecine et de belles lettres, « s’imaginant que
la Laurentienne était de la nature des autres bibliothèques publiques, dans
lesquelles il est permis à quiconque d’aller étudierpendant les heures
d’ouverture », et le renvoyer aux éditions disponibles à la Magliabechiana et à
la Marucelliana et aux ouvrages de la bibliothèque de l’hôpital Santa Maria
Nuova
[67]. Bandini
entretient donc à la Laurentienne une publicité restreinte, certes conforme à
la valeur du matériel qui y est conservé, mais qui est aussi le reflet de sa
nostalgie de la République des Lettres, d’une idéale collaboration entre
savants, que ses efforts pour professionnaliser son activité ont pourtant
contribué à infléchir dans un sens nouveau.
Mais le bibliothécaire ne définit pas sa fonction uniquement à
travers la catalographie ou l’assistance qu’il apporte aux érudits. Il se
montre particulièrement attentif à un autre type de public, celui des visiteurs
de la Laurentienne. Le voisinage de la bibliothèque avec les chapelles de Saint
Laurent, mausolée des grands-ducs Médicis, l’architecture de Michel-Ange, et la
renommée des manuscrits médicéens, font en effet de la Laurentienne l’une des
bibliothèques italiennes les plus visitées par les voyageurs européens, avec la
Vaticane et l’Ambrosienne de Milan. Pour les visiteurs les plus importants, il
met littéralement en scène la bibliothèque en faisant ouvrir sur les pupitres
les plus beaux manuscrits dorés et enluminés et en en disposant d’autres sur
des tables entre les deux rangées de pupitres; aux autres voyageurs, il montre
des manuscrits en relation avec leur rang
[68]. L’assimilation de la Laurentienne à un musée de
manuscrits est accentuée par une série de dispositions prises par le
bibliothécaire. Dès 1758, Bandini annonce à Pier Francesco Foggini son
intention de rédiger à l’usage des visiteurs une brève histoire de la
bibliothèque médicéenne. Il illustre aussi par des articles parus dans les
Novelle letterarie les nouvelles
acquisitions : les manuscrits orientaux venus de la Palatine en 1771, ceux de
la célèbre collection des Strozzi, deux précieux évangéliaires grecs du
XI
e siècle, les Pandectes annotées par Ange Politien,
réputées perdues et retrouvées par hasard, une Bible du
VIII
e siècle du monastère de Monte Amiata déposée à la
Laurentienne en 1785
[69]. À travers ces notices, Bandini souligne le rôle de
valorisation intellectuelle et de restauration matérielle des manuscrits joué
par le bibliothécaire, mais les articles font aussi pour les lecteurs office de
guide parmi les collections, semblable par exemple au
Ragguaglio delle antichità e rarità che si
conservano nella Galleria Mediceo-Imperiale di Firenze publié en
1759 par le premier gardien de la Galerie des Offices, Giuseppe
Bianchi.
D’autre part, il inaugure le 12 juillet 1771 une sorte de livre
d’or sur lequel les visiteurs de la bibliothèque inscrivent leur nom et
d’éventuels commentaires
[70]. L’ouverture du registre coïncide avec le moment où
Bandini retrouve les privilèges qui lui avaient été accordés en 1760, et qu’il
avait perdus en 1768, en particulier l’exemption de l’obligation de présence
aux chœurs, qui lui permet d’ouvrir quotidiennement la bibliothèque
[71]. Les noms de près de
quatre mille sept cents visiteurs inscrits entre 1771 et 1803 doivent apporter
la preuve de l’importance de sa fonction pour la renommée européenne de
l’institution, et Bandini note lui-même dans l’album les visites des souverains
de toute l’Europe et leurs appréciations louangeuses, argument de poids au cas
où il aurait fallu une nouvelle fois défendre ses privilèges
[72]. Le registre des
visiteurs comme les notices historiques relèvent donc d’une stratégie de
construction d’un statut qui ne puisse plus être contesté. Dans le cadre d’une
bibliothèque de manuscrits, peu fréquentée par nature et bien différente des
bibliothèques publiques qui s’ouvrent à Florence au milieu du siècle, la
construction d’une identité professionnelle apparaît problématique. Si elle est
confortée par l’entreprise catalographique, c’est peut-être plus sur le flux
des visiteurs que sur les philologues qui la fréquentent ou sur la célébrité de
son catalogue dans le monde savant que Bandini fait reposer l’argument de
défense de son statut hybride, mi-conservateur et mi-bibliothécaire.
LE BIBLIOTHÉCAIRE DE LA
MARUCELLIANA
Bandini effectue à la Marucelliana un travail bien différent.
La bibliothèque ouvre au public trois jours par semaine, les lundis, mercredis
et vendredis, en alternance jusqu’en 1771 avec la Magliabechiana (cette
dernière ouvre ensuite tous les jours). Il est assez difficile d’en déterminer
la fréquentation, mais la bibliothèque semble attirer tout particulièrement les
jeunes élèves des Écoles Pies et les étudiants de l’académie voisine des
beaux-arts
[73]. À côté
de l’incontournable travail de catalogage effectué là encore quasi gratuitement
par le bibliothécaire, celui-ci a la responsabilité de la politique des
acquisitions. Les revenus des placements romains permettent en effet à la
Marucelliana d’effectuer des achats réguliers et nombreux : quelque trois mille
deux cents ouvrages entrent à la bibliothèque entre 1753 et les dernières
années du siècle, qui voient l’effondrement des rentes romaines. Peu de
bibliothèques ecclésiastiques ou de fondations privées, on l’a vu, ont de
telles possibilités financières. Le soin de déterminer un programme d’achats et
d’entretenir les relations avec les libraires est l’une des composantes
majeures du métier de bibliothécaire dans les grandes bibliothèques publiques
de la deuxième moitié du siècle. À l’occasion de l’ouverture au public des
collections princières ou de réformes statutaires, plusieurs bibliothèques
italiennes se voient attribuer par les pouvoirs publics une dotation
importante. C’est le cas en Toscane de la bibliothèque Palatine à partir de
1760, de la bibliothèque universitaire de Pise et de la Magliabechiana à partir
de 1771, mais aussi de la bibliothèque universitaire de Padoue, de la
bibliothèque Estense ou des bibliothèques lombardes
[74]. Cette attention à l’enrichissement et
à la mise à jour des bibliothèques s’inscrit en Toscane, en Lombardie comme à
Modène dans le cadre d’une politique attentive à la modernisation des
instruments de formation intellectuelle et professionnelle des futurs
serviteurs de l’État, professeurs, juristes, médecins ou techniciens. La mise
en place d’une politique d’achats transforme considérablement le rôle du
bibliothécaire qui doit déterminer des orientations culturelles, s’informer sur
les nouvelles parutions et sur les ventes, savoir gérer un budget et en
répondre. Elle l’investit aussi d’une mission qui n’est plus seulement la mise
à disposition d’un patrimoine livresque mais celle aussi de transformer les
références culturelles de ses contemporains : au bibliothécaire de la nouvelle
bibliothèque de l’université de Pavie, fondée en 1771, le ministre Kaunitz
interdit d’acheter trop de livres de droit ou de théologie morale, mais
conseille des ouvrages susceptibles d’« éteindre les anciens préjugés et
erreurs et de faciliter les progrès des bons esprits »
[75].
Selon le testament d’Alessandro Marucelli, Bandini doit
soumettre les dépenses de la bibliothèque au représentant le plus âgé de la
famille Marucelli résidant à Florence; les ayants droit y ayant renoncé, il
jouit en pratique d’une grande liberté dans ses choix intellectuels. Il utilise
des réseaux diversifiés pour procurer à la Marucelliana les livres qu’il estime
utiles à ses lecteurs. Comme à la Magliabechiana, les éditions du
XVIII
e siècle représentent 60% des achats et celles de la
deuxième moitié du siècle un peu plus d’un tiers. Bandini privilégie la
littérature ( 30% des titres) et l’histoire ( 25%); les sciences ( 15%) ne
viennent qu’après la théologie ( 17%). S’il se fournit essentiellement sur le
marché du livre florentin, les reçus des fournisseurs témoignent de la façon
dont le bibliothécaire mobilise les réseaux internationaux des grands libraires
de la ville : il fait venir par Giuseppe Molini des ouvrages de Londres et de
Paris et par la librairie Bonaiuti des éditions vénitiennes et viennoises
commandées au libraire vénitien Antonio Zatta
[76]. Il ne s’adresse qu’occasionnellement à des
libraires non toscans comme Giovan Claudio Molini de Paris en 1758, Domenico
Terres, Giuseppe Maria Porcelli et autres libraires napolitains à l’occasion de
son voyage à Naples en 1781. Il s’agit parfois dans ce cas de tractations
destinées à écouler le catalogue de la Laurentienne : les achats faits auprès
des frères Luchtmans (onze éditions récentes d’auteurs classiques imprimées à
Leyde) et du libraire vénitien Sebastiano Coleti en 1780 sont ainsi des livres
qu’il reçoit en échange de tomes du catalogue et qu’il se fait ensuite
rembourser par la bibliothèque
[77]. Avec les libraires s’établissent des relations
durables de fidélité, par exemple avec la famille Bonaiuti à qui il confie un
quart de la valeur des achats de la bibliothèque, mais aussi des relations
d’affaires assez dures : en 1752, il intente un procès à Antonio Ristori, son
principal fournisseur à l’époque, qu’il accuse d’avoir profité de
l’inexpérience de Paolo Vallensi, l’agent d’Alessandro Marucelli, pour imposer
des prix exorbitants sur des livres et des travaux de reliure
[78]. Par la suite, la
mauvaise volonté mise à payer les comptes, et les manœuvres de Bandini pour
faire baisser les prix, irritent les fournisseurs de la Marucelliana. À côté
des achats de nouveautés, et contrairement à la Magliabechiana qui choisit
d’enrichir sa collection d’incunables, Bandini cherche à étoffer les fonds des
XVI
e et XVII
e siècles. Pour cela, il
visite en cinquante ans vingt et une ventes publiques qui illustrent quelques
moments de la vie culturelle toscane : les ventes suivent la disparition de
grandes figures intellectuelles (ventes des bibliothèques du baron de Stosch en
1759, d’Anton Maria Biscioni en 1764, d’Antonio Cocchi en 1767); elles
ponctuent aussi les réformes léopoldines, comme la réunion de la bibliothèque
Palatine à la Magliabechiana en 1771 suivie de la vente des livres en double,
la suppression des collèges jésuites en 1773, la purge de la bibliothèque de
l’hôpital Santa Maria Nuova en 1783; elles marquent enfin les dispersions de
grandes bibliothèques nobiliaires florentines (bibliothèque Pandolfini en 1792)
et romaines (bibliothèque du cardinal Garampi en 1798)
[79].
Comme pour le catalogue de la Laurentienne, Bandini se munit
pour préparer les achats de la Marucelliana de divers instruments
bibliographiques, instruments d’une collecte raisonnée et d’un savoir
professionnel en construction.
Il complète la bibliothèque professionnelle de Biscioni par des
catalogues (ceux des bibliothèques publiques, la Casanatense, San Angelo a
Nido, la bibliothèque impériale de Vienne ou des grandes collections privées
des Farsetti, Nani, Saliceti ou Pinelli), des ouvrages bio-bibliographiques et
des annales typographiques, avec une vive attention portée aux nouvelles
parutions : ainsi, les deux tiers des titres ont moins de dix ans lors de leur
achat. Dans la dernière décennie du siècle, Bandini s’engage dans l’achat suivi
de périodiques littéraires qui, s’ils répondent sans doute à une demande des
lecteurs, lui fournissent aussi des instruments de mise à jour bibliographique
: on trouve par exemple quelques tomes des
Memorie per servire alla storia letteraria e
civile (Venise), du
Genio letterario
di Europa (Venise, 1793-1795), du
Mercurio d’Italia storico letterario (Venise),
du journal de Mantoue, périodique d’information sur la littérature (
1794-1795). Il se procure aussi les catalogues des ventes publiques de
bibliothèques, en particulier ceux des Pays-Bas. Enfin, Bandini reçoit des
libraires italiens soucieux de faire figurer la bibliothèque publique au nombre
de leurs clients, des catalogues de vente et des listes de livres
[80]. Cette diversité
d’instruments, destinée à pallier l’incomplétude des ouvrages bibliographiques
de l’époque et à laquelle s’ajoutent les informations transmises par ses
nombreux correspondants, constitue un arsenal de références professionnelles là
encore largement partagées par les autres bibliothécaires italiens.
Le 28 juillet 1783, à la mort de Francesco Marucelli, neveu
d’Alessandro et dernier représentant de la famille, la bibliothèque se trouve
acéphale. Son testament ne contenant aucune disposition sur l’avenir de la
Marucelliana, l’établissement passe sous la tutelle grand-ducale
[81]. Ce changement de statut
s’accompagne d’une importante réorganisation administrative. Les ministres de
l’Uffizio delle Revisioni e Sindacati (qui contrôlent les finances des
administrations publiques) sont chargés de revoir les comptes de la
Marucelliana depuis son ouverture au public et critiquent les erreurs de
méthode dans la tenue des livres, le désordre des pièces justificatives, la
mauvaise stratégie des placements financiers
[82]. En septembre 1784, la gestion de la Marucelliana
est réorganisée selon le système élaboré pour la Magliabechiana l’année
précédente : Bandini est tenu de remettre chaque année au secrétaire et à deux
académiciens de l’Académie Florentine le bilan financier et la liste des
ouvrages achetés pour qu’ils puissent en juger et en rendre compte au
gouvernement. Dans les autres institutions florentines, ces réformes nées du
souci léopoldin d’une gestion efficace et économe ne passent pas sans douleur :
le directeur du Musée de physique et d’histoire naturelle, le savant Felice
Fontana, réfractaire aux soucis gestionnaires, est progressivement marginalisé
par son assistant Giovanni Fabbroni qui se fait l’interprète des exigences de
rationalisation administrative du grand-duc. Des évolutions semblables se
jouent d’ailleurs dans d’autres États de la péninsule :
Girolamo Tiraboschi, bibliothécaire de l’Estense de Modène, est
mis en 1777 sous le contrôle du Conseil économique, ce qu’il supporte assez
mal
[83].
Le changement de statut de la Marucelliana suscite d’autre part
des projets de réorganisation, tant sur le plan intellectuel qu’institutionnel,
des bibliothèques publiques. Le grand-duc remet d’abord en cause la pertinence
de leurs politiques d’achat, les jugeant « très mal fournies en livres récents
». Il est vrai que la part consacrée aux nouveautés est faible par rapport aux
bibliothèques de l’hôpital et du Musée de physique où la production éditoriale
du XVIII
e siècle représente les neuf dixièmes des livres
achetés. Il souligne aussi la nécessité que « les bibliothécaires [de la
Marucelliana et de la Magliabechiana] se concertent entre eux sur les achats de
livres pour ne pas avoir d’exemplaires en double dans les deux bibliothèques
publiques »
[84]. En
1783, Felice Fontana (directeur du Musée de physique) remarque aussi que « les
bibliothèques publiques achètent parfois sans le savoir les mêmes ouvrages » et
propose pour une meilleure gestion financière que « soient déterminées
précisément les classes des livres à acheter par chacune desdites bibliothèques
», c’est-à-dire les deux bibliothèques publiques et celle du Musée
[85]. Ce projet de
concertation fait long feu, en raison sans doute des mésententes entre Bandini
et Ferdinando Fossi, le bibliothécaire de la Magliabechiana.
La recherche d’une plus grande cohérence dans le réseau des
bibliothèques s’exprime aussi par la réapparition du projet d’une surintendance
commune aux bibliothèques publiques de patronage grand-ducal, la Laurentienne,
la Magliabechiana et la Marucelliana. Cette question avait déjà été abordée en
1767 par le sénateur Antonio Filippo Adami dans un mémoire sur l’industrie
éditoriale florentine. Il s’agissait alors de redonner vigueur à ce secteur par
un soutien politique actif, la réorganisation de l’ancienne Imprimerie
granducale et la nomination d’un surintendant qui aurait été chargé des
imprimeries mais aussi des bibliothèques publiques
[86]. Le projet échoue, sans doute à cause
des critiques du directeur de l’Imprimerie et de Bandini : celui-ci souligne
qu’il occupe lui-même la surintendance de la Laurentienne et que les
bibliothécaires de la Magliabechiana et de la Marucelliana sont déjà
responsables devant le Magistrato Supremo, le tribunal du prince. Peu après la
mort de Francesco Marucelli, le projet reprend forme.
L’érudit florentin Lorenzo Mehus, un proche collaborateur de
Pierre Léopold, transmet en 1783 au grand-duc un « Règlement pour les
bibliothèques publiques de Florence ». Il propose d’instituer un surintendant
des bibliothèques publiques qui devra rendre compte du travail des
bibliothécaires, surveiller la politique d’achats, veiller à l’exactitude des
comptes et des inventaires, transmettre les ordres de l’administration. Le
surintendant aura aussi la tâche de se procurer les catalogues des ventes
publiques de bibliothèques pour y repérer les ouvrages intéressants et de
signaler les manuscrits ou anciennes éditions menacés d’être extraits de
Toscane pour en faire l’achat pour le public
[87]. Le projet de Mehus, comme celui d’Adami, fait long
feu.
On trouve enfin la trace du souci d’un meilleur fonctionnement
du réseau des bibliothèques dans la résurgence d’un autre projet, celui de
l’union des bibliothèques Magliabechiana et Marucelliana. Dans les
Relazioni sul governo della Toscana,
Pierre Léopold évoque le projet de déménager les livres dans les bâtiments du
couvent supprimé de San Niccolò, d’« enlever les livres en double, les vendre
et avec le prix acheter de bons livres récents pour mettre le fonds à jour
»
[88]. Ce projet est
encore plus ancien que celui de la surintendance : dès avant l’ouverture au
public des bibliothèques, dans les années 1740, il avait été avancé par les
héritiers de Francesco Marucelli soucieux de s’épargner les dépenses de la
construction de la future Marucelliana, et soutenu par certains membres du
gouvernement. François Étienne en remarquant que « la ville de Florence etant
spacieuse, [il est] plus a propos d’y avoir deux Biblioteques Publiques »,
avait coupé court aux manœuvres
[89]. Le projet léopoldin, lui non plus jamais mis en
œuvre, s’inscrit dans une pratique réformatrice qui tend à fusionner des
institutions dispersées dans un souci d’efficacité et d’économie :
dans le monde culturel, l’exemple le plus frappant est celui
des trois académies littéraires (l’Académie Florentine, celle des Apatisti et
celle de la Crusca)
réunies en juillet 1783 en une nouvelle Académie Florentine; un
certain nombre de petits hôpitaux sont de la même manière réunis à celui de
Santa Maria Nuova
[90].
À travers les réformes institutionnelles effectives ou
projetées sous le règne de Pierre Léopold, le bibliothécaire s’inscrit non plus
seulement dans un projet culturel de partage et de laïcisation des savoirs,
comme c’était le cas sous le règne de François Étienne, mais dans une économie
urbaine du savoir contrôlée et formalisée. Différents aspects de son activité
(les choix intellectuels, la gestion financière, les relations avec les autres
institutions culturelles) tendent à être plus rigidement encadrés. Dans la
pratique, le contrôle qui s’exerce désormais sur le bibliothécaire concerne
essentiellement les aspects financiers et administratifs de sa gestion de la
bibliothèque, et sa politique d’achats, un moment contestée, n’est pas remise
en cause.
LE BIBLIOTHÉCAIRE ET LE « SALOMON DU
MIDI »
Bien que l’on n’ait pas de trace vraiment concrète d’un projet
d’union entre les deux bibliothèques publiques sous Pierre Léopold, on en
trouve un écho dans le geste de protestation de Bandini qui, le 7 août 1787,
cède au chanoine Gabriello Riccardi (bibliophile qui constitue une précieuse
bibliothèque à côté du fonds familial) un certain nombre de manuscrits qu’il
prévoyait de léguer à la Marucelliana. Une annotation portée sans doute
ultérieurement par Bandini sur la liste des manuscrits, tenue pour mémoire dans
ses papiers, témoigne de son opposition à la personnalité et à la politique de
Pierre Léopold : l’exemple des hôpitaux, des académies, des confraternités
bouleversés par le grand-duc, le sort vacillant de la Marucelliana menacée
d’une union avec une Magliabechiana gouvernée par le « doyen des jansénistes »,
Ferdinando Fossi, le persuade de céder ses manuscrits à une bibliothèque
privée
[91]. La
question se pose alors de l’attitude des élites culturelles florentines face
aux réformes léopoldines
[92].
Occasionnellement, les mesures prises par Pierre Léopold
rencontrent l’approbation enthousiaste du bibliothécaire, même si les
interprétations données aux réformes par le bibliothécaire et par le grand-duc
ne sont pas les mêmes.
Ainsi, la décision prise en 1779 par le gouvernement
d’interdire aux bibliothécaires et gardiens de la Laurentienne de recevoir des
pourboires, est clairement liée à la réorganisation de l’administration toscane
et en particulier à la régularisation des revenus des employés : cette mesure
s’applique d’ailleurs aussi aux gardiens de la Galerie des Offices, du palais
Pitti, aux portiers des tribunaux, camériers et serviteurs des juges sous peine
de la perte de leur emploi. Bandini interrogé précédemment sur ce sujet avait
décrit la pratique des pourboires comme une source d’inquiétude constante pour
le bibliothécaire, à cause des gardiens peu scrupuleux qui, dans l’espoir de
quelques sous, abîment les précieux manuscrits en les montrant sans
discrimination à tous les visiteurs, même de peu de considération. Il se
félicite donc du règlement du 16 décembre 1779 et en demande une copie
officielle pour l’afficher dans la bibliothèque
[93]. Bandini soutient d’autre part avec
force le processus de rassemblement dans la Laurentienne des plus précieux
manuscrits conservés dans les bibliothèques florentines. Il donne à cette
politique un sens patrimonial, celui de faire de la Laurentienne le lieu de
mémoire de l’âge d’or de l’humanisme florentin et de Côme l’Ancien
[94]. Mais ces transferts
s’expliquent souvent plus prosaïquement par des raisons matérielles. En 1777,
les manuscrits de l’antique bibliothèque de l’Œuvre de Santa Maria del Fiore
(fondée au XV
e siècle) sont transférés à la Laurentienne :
on avait en effet besoin de place pour agrandir les locaux des archives de
l’Œuvre à laquelle se trouve réunie l’Œuvre de San Giovanni. Pour Bandini,
c’est le moyen d’assurer la restauration et la conservation des manuscrits et «
d’accomplir en quelque sorte le pieux souhait des fondateurs qui la
rassemblèrent pour l’usage public »
[95].
De manière générale pourtant, l’attitude de Bandini est
représentative de l’opposition d’une partie des milieux culturels florentins
aux réformes de Pierre Léopold, à contre-courant de la vulgate dithyrambique
concernant le jeune « Salomon du Midi », dispensée en Europe dès les premières
années de son règne et qui repose essentiellement sur les réformes économiques
et judiciaires
[96]. La
politique culturelle du grand-duc qui tend à concentrer, à spécialiser, à
organiser d’en haut le tissu des institutions toscanes suscite des résistances,
en particulier dans le monde théâtral et dans les académies : l’activité de la
nouvelle Académie Florentine est rapidement minée par la mauvaise volonté des
académiciens
[97].
Bandini attribue la responsabilité de la décadence des lettres et des arts en
Toscane au désintérêt manifeste du souverain pour la vie culturelle :
« On vit dès le début, qu’il n’estimait en rien les études,
puisqu’il ne s’était pas soucié de voir les bibliothèques, ni aucun autre
établissement public d’art ou de science, que notre ville propose en grand
nombre aux étrangers dilettantes; au contraire, on vit avec horreur les livres
magnifiquement reliés qui lui avaient été offerts vendus à unmarchand de
friture ( friggitore di mercato)…
».
Le détournement de l’intérêt des couches cultivées vers les
réformes et les problématiques économiques et sociales et la dispersion de
plusieurs bibliothèques nobiliaires dans la deuxième moitié du siècle ne fait
qu’accentuer ce sentiment d’appauvrissement
[98]. Si le bibliothécaire apparaît frustré par une
politique qui ne reconnaît pas la valeur de sa production catalographique et
érudite, il se montre d’autre part hermétique aux nouvelles orientations de la
culture et du monde éditorial : il s’insurge contre les choix éditoriaux de
Marco Lastri aux
Novelle letterarie,
où l’on peut lire des extraits de « bouquins (
libracci) inutiles, ridicules, mauvais, tendant
à fomenter le goût dépravé du siècle »; il propose à Amaduzzi de fonder une
Biblioteca scelta della Repubblica
Letteraria « dans laquelle nous damerons le pion à tous les bouquins
dont on nous inonde »
[99]. Sa phobie de toute modernité, qu’il s’agisse des
réformes léopoldines ou d’une production éditoriale qu’il juge malfaisante pour
la morale et la religion, sa nostalgie des temps médicéens ressassée dans ses
papiers le rapprochent de Mario Guarnacci, le patricien étruscologue de
Volterra, dont les lettres vitupèrent pareillement les périodiques inféodés aux
nouvelles idées.
Cette inflexibilité le distingue au contraire progressivement
de son ami Giovanni Amaduzzi, avec qui il partage des intérêts érudits et des
amitiés romaines, mais qui dès 1783, et plus clairement à partir de 1786,
commente avec enthousiasme les réformes léopoldines.
La carrière de Bandini illustre la profonde mutation que subit
la figure du bibliothécaire au cours du XVIIIe siècle. La
Toscane des premières décennies du siècle nourrit encore le souvenir d’Antonio
Magliabechi, sage parmi les sages, érudit sale et rebelle, semblable à son
buste grimaçant et échevelé que l’on place dans la bibliothèque Magliabechiana,
entouré de mystère et de livres. À la fin d’un XVIIe
siècle où naît la « science » des bibliothèques, l’homme a pourtant initié ce
mouvement de professionnalisation de la charge de bibliothécaire, dans la
mesure où sa véritable compétence en matière bibliographique et dans le
commerce des livres le distingue nettement des aristocrates même teintés de
lettres qui l’avaient précédé.
Dans la première moitié du siècle, à l’image de Giovanni Lami,
des bibliothécaires romains, du Bandini des premières années, la figure est
celle d’un homme de savoir qui ajoute à ses nombreuses occupations la charge
d’une collection plus ou moins prestigieuse, où il trouve l’occasion de
satisfaire sa curiosité érudite et d’assurer sa subsistance. Le règne de Pierre
Léopold marque la transformation parfois éprouvante du bibliothécaire en un
commis de la politique culturelle du prince qui doit allier les qualités d’un
économe à l’engagement dans la modernisation culturelle des élites du
grand-duché. Angelo Maria Bandini comme Ferdinando Fossi produisent peu et se
consacrent essentiellement à leur tâche de bibliothécaire. La double carrière
de Bandini illustre aussi le fait que, nonobstant la diversité des situations
liée à la nature institutionnelle des bibliothèques (ouverte au public, gérée
par la famille du fondateur, par les autorités publiques, par une institution
religieuse, ou d’usage plus restreint), à la composition de leur fonds, à leurs
ressources financières, la dimension professionnelle de l’activité de
bibliothécaire, déjà amorcée au XVIIe siècle, s’affirme
plus nettement au siècle suivant. La constitution d’un corpus autonome de
références, d’outils, de modèles et de pratiques autour des deux opérations
centrales du métier de bibliothécaire, les achats de livres et la rédaction de
catalogues, les mutations (revendiquées ou non) de son statut administratif,
les nouvelles composantes (plus ou moins bien acceptées) de son rôle
d’intermédiaire culturel, liées aux politiques culturelles de certains États de
la péninsule, en sont des éléments significatifs.
Malgré ces mutations, il reste pourtant chez Bandini comme chez
d’autres bibliothécaires la nostalgie de la République des Lettres, d’une
communauté savante que les correspondances semblent désormais impuissantes à
recréer.
[1]
Mario ROSA, « Angelo Maria Bandini », in
Dizionario biografico degli Italiani,
Rome, t. V, 1963, p. 696-706. Rosario PINTAUDI (dir.),
Un erudito del Settecento : Angelo Maria
Bandini, Messina, Sicania, 2002.
[2]
Caroline CALLARD, « Diogène au service des princes : Antonio
Magliabechi à la cour de Toscane ( 1633-1714)»,
Histoire, Économie et Société, t. XIX, n
Ëš1,
janv.-fév. 2000, p. 85-103. REVUE D’HISTOIRE MODERNE ET CONTEMPORAINE 51-2,
avril-juin 2004.
[3]
Mario ROSA, « Un médiateur dans la République des Lettres : le
bibliothécaire », in Françoise WAQUET et Johannes BOTS,
Commercium litterarium : la communication dans la
République des Lettres, 1600-1750, Amsterdam, Maarssen, 1994, p.
81-99. Maurice CAILLET, « Les bibliothécaires », in Claude JOLLY (dir.),
Histoire des bibliothèques françaises,
2.
Les bibliothèques sous l’Ancien Régime
(1530-1780), Paris, Promodis, 1988, p. 373-389. Jürgen VOSS, «
Bibliothekare als Gelehrte und Wissenschaftler im Zeitalter der Aufklärung »,
in Werner ARNOLD, Peter VODOSEK (dir.),
Bibliotheken und Aufklärung, Wolfenbüttel, 1988,
p. 185-206.
[4]
Françoise BLÉCHET,
Recherches sur
l’abbé Bignon (1662-1743), académicien et bibliothécaire du roi,
thèse de l’École des Chartes, 1974. Paola DI PIETRO LOMBARDI,
Girolamo Tiraboschi, Rimini, Luisè,
1996. Angela Adriana CAVARRA (dir.),
Giovan
Battista Audiffredi (1714-1794), Rome, De Luca, 1994.
[5]
Furio DIAZ, Luigi MASCILLI MIGLIORINI, Carlo MANGIO,
Il Granducato di Toscana. I Lorena dalla Reggenza
agli anni rivoluzionari, in Giuseppe GALASSO (dir.),
Storia d’Italia, XIII, t. II, Turin,
UTET, 1997. François Étienne, époux de Marie-Thérèse d’Autriche et empereur en
1745, réside à Vienne et est représenté à Florence par un conseil de
Régence.
[6]
Les travaux sur les processus de professionnalisation à
l’époque moderne concernent surtout les milieux médicaux, scientifiques et
juridiques : pour la Toscane au XVIIIe siècle, voir par exemple les
contributions de Diana Toccafondi sur la profession d’ingénieur et d’Anna
Bellinazzi sur la profession obstétrique dans Giulio BARSANTI, Vieri BECAGLI,
Renato PASTA, (dir.)
La politica della scienza.
Toscana e stati italiani nel tardo Settecento, Florence, Olschki,
1996, p. 101-133 et p. 147-170. Sur les conservateurs de musée, Tom HOLERT,
«“La fantaisie des custodes”. De la préhistoire de la profession de
conservateur en France et en Allemagne au XVIIIe siècle », in Édouard POMMIER
(dir.),
Les musées en Europe à la veille de
l’ouverture du Louvre, Paris, Klincksieck, 1995, p. 527-548; Daniela
GALLO, « Per una storia degli antiquari romani nel Settecento »,
Mélanges de l’École Française de Rome – Italie et
Méditerranée, t. CXI, n
Ëš2,1999, p. 827-845.
[7]
Pour une rapide vue d’ensemble, Enzo BOTTASSO,
Storia della biblioteca in Italia,
Milan, Editrice Bibliografica, 1984. Pour la France, Louis DESGRAVES, « Vers la
bibliothèque publique », in
Histoire des
bibliothèques françaises,
op.
cit., p. 391-412; Yann SORDET, « La dévolution au public d’une
bibliothèque particulière au XVIIIe siècle : l’exemple de Pierre Adamoli et de
quelques-uns de ses contemporains », in Marie VIALLON (dir.),
Voyages de bibliothèques,
Saint-Étienne, Publications de l’Université, 1999. Maria MANNELLI GOGGIOLI,
La biblioteca Magliabechiana. Libri, uomini, idee
per la prima biblioteca pubblica a Firenze, Florence, Olschki,
2000.
[8]
Biblioteca Marucelliana, Florence (désormais BMF), B III 48 : «
Memorie dal 1769 al 1782 », f. 14,20,278-279,285,287. On a peu de
renseignements sur les origines sociales de Bandini. Ses biographes décrivent
ses parents comme des « gens pauvres mais honnêtes, descendus de Fiesole à la
Florence voisine »: Emilio DE TIPALDO,
Biografia
degli Italiani Illustri, Venise, Alvisopoli, 1834, I, p. 138. Le
testament de son père Anton Francesco Bandini ne fournit guère d’informations :
Archivio di Stato, Florence (désormais ASF), Notarile moderno, protocolle
26538, notaire Filippo Pecorini, f. 1v-2r, 1er février 1734.
[9]
« Il vaut mieux rester chez soi, ce pays ayant commencé à se
montrer sous cet horrible aspect que nous décrivent Tacite, et d’autres
écrivains… »: Biblioteca Riccardiana, Florence (désormais Ricc.), 3703, f. 104
: A. M. Bandini à G. Lami, Vienne, 18 octobre 1747.
[10]
Les notes de Lami sur les bibliothèques allemandes se trouvent
dans Ricc., 3799, f. 199-263.
[11]
Il écrit à Foggini en 1748 : « je voudrais savoir si
[Alessandro Marucelli] a décidé d’un bibliothécaire, parce que ce serait un
emploi parfait pour moi dans cette ville, et d’un revenu suffisant, puisqu’il y
a dix
scudi par mois pour le
bibliothécaire. J’en ai écrit aussi à mon frère, pour que vous vous concertiez
ensemble sur
quid agendum »;
Biblioteca Corsiniana, Rome (désormais Cors.), 1591, f. 9 : A.Bandini à P.F.
Foggini, Florence, 27 janvier 1748; et en 1751 à Lami : « Je ne sais comment
les concurrents, parmi lesquels Giulianelli [le vice-bibliothécaire de la
Laurentienne] soutenu avec de grands moyens par Gori, ont réussi à savoir que
je pouvais être choisi, et ils ont tenté de me discréditer, en disant que
j’étais votre élève, et que je fomentais les mêmes maximes contre la bonne
morale »: Ricc., 3703, f. 158, Rome, 15 mai 1751.
[12]
J. VOSS, art. cit. La notice de la
Deutsche Encyclopädie ( 1778) est la
plus emblématique de l’idéal du bibliothécaire des Lumières, doté de
connaissances linguistiques, bibliographiques, littéraires et surtout désireux
de participer aux progrès des savoirs.
[13]
Vincenzio DE GREGORIO,
La
Biblioteca Casanatense di Roma, Naples, Edizioni scientifiche
italiane, 1993, p. 30 : «
dotti, studiosi e
periti de’libri e di bontà di vità ». Flavia CANCEDDA,
Figure e fatti intorno alla biblioteca del
cardinale Imperiali, mecenate del ‘700, Rome, Bulzoni, 1995, p.
107.
[14]
En 1788, un rapport sur les bibliothèques de la congrégation de
Saint-Maur souligne que le soin des manuscrits « ne peut être confié qu’à des
Religieux qui auront fait un cours libre de Diplomatique » (cité par
Daniel-Odon HUREL, « Les Mauristes, consommateurs et producteurs de livres aux
XVIIe et XVIIIe siècle », in Bernard DOMPNIER et Marie-Hélène FROESCHLÉ
-CHOPARD,
Les religieux et leurs livres à
l’époque moderne, Presses universitaires Blaise-Pascal, 2000, p.
177-194, p. 194).
[15]
BMF, Archivio Storico, 7 bis, testament d’Alessandro Marucelli,
5 juillet 1751 (copie), f. 22r-v.
[16]
BMF, Archivio Storico, 21, fasc. 7 : mémoire d’A. M. Bandini,
22 mai 1798. On trouve des considérations semblables dans une lettre de G.
Garampi à G. Bianchi : « notre abbé Ruggieri a été nommé bibliothécaire de la
Bibliothèque Imperiali, ce qui lui est très avantageux, non seulement pour les
émoluments, mais aussi pour la grande commodité de travailler, ayant la
bibliothèque à portée de main »: Biblioteca Gambalunga, Rimini (désormais BGR),
Carteggio Bianchi, G. Garampi à G. Bianchi, Rome, 29 juillet 1747.
[17]
Paolo Maria PACIAUDI,
Lettres au
comte de Caylus, A. SÉRIEYS (éd.), Paris, H. Tardieu, 1802, p.
257.
[18]
Tiziano ARRIGONI,
Uno scienziato
nella Toscana del Settecento : Giovanni Targioni Tozzetti, Florence,
Gonnelli, 1987; M. MANNELLI GOGGIOLI,
La
biblioteca Magliabechiana,
op.
cit., p. 66-72.
[19]
Le nonce apostolique lui écrit de Vienne le 29 juillet 1756 : «
J’ai le plaisir de vous signifier que les choses s’arrangent assez bien en
votre faveur, que selon toute apparence au moins un des canonicats vacants de
Saint Laurent vous sera conféré par Sa Majesté Impériale, qui a beaucoup de
considération pour la recommandation de Sa Sainteté. Il ne serait pas
impossible que vous soyiez choisi aussi pour la charge de bibliothécaire. Les
relations et informations de la Régence de Toscane ne sont pas encore arrivées.
[La Régence] pourrait contribuer infiniment à l’heureux événement, si elle
n’appuie pas trop le sujet mis en place [Giulianelli], puisque comme je vous
l’ai dit je devine toute l’inclinaison de seconder les désirs [du pape]»: BMF,
B II 27.12, f. 200.
[20]
ASF, Miscellanea di Finanze, 317, mémoire non daté.
[21]
Baccio Baldini, le premier surintendant, est médecin de Côme
Ier; Baccio Valori et Giovanni Rondinelli, nommés en 1589, sont respectivement
sénateur et commissaire de plusieurs villes de Toscane; Alessandro Medici,
théologien, nommé en 1604, est chargé par Ferdinand Ier de l’éducation de son
fils. Orazio Rucellai, nommé en 1657, gentilhomme de la Chambre, ambassadeur,
s’occupe de l’éducation du prince Francesco Maria.
[22]
Pietro GIULIANELLI, « Ragguaglio della Famiglia, e della Vita
letteraria del Canonico Antonio Maria Biscioni Bibliotecario Laurenziano »,
Novelle Letterarie, t. XVII, 1756.
Armando PETRUCCI, « Antonio Maria Biscioni », in
Dizionario Biografico degli Italiani, t. X,
Rome, 1968, p. 668-670.
[23]
C. CALLARD, art. cit., p. 93-95.
[24]
ASF, Consiglio di Reggenza, 556, ins. 66 : Mémoire de G.
Rucellai à P. Pandolfini, 19 janvier 1757.
[25]
ASF, Consiglio di Reggenza, 778, ins. 3.
[26]
ASF, Consiglio di Reggenza, 563, ins. 326.
[27]
ASF, Segreteria di finanze, Affari prima del 1788,478, «
Libreria Palatina ». Le règlement pour les lecteurs est reproduit dans les
Novelle letterarie, t. XXVI, 26
juillet 1765. Sur l’ouverture au public de l’Estense, décrétée en 1754 et
effective en 1760, Paola DI PIETRO LOMBARDI, « Riflessioni nell’opinione
pubblica modenese dell’apertura della biblioteca privata degli Estense, a metà
Settecento », in Albano BIONDI (dir.),
Formazione
e controllo dell’opinione pubblica a Modena nel ‘700, Modène,
Mucchi, 1986, p. 117-128. Plus généralement, Frédéric BARBIER, «
Représentation, contrôle, identité : les pouvoirs politiques et les
bibliothèques centrales en Europe, XVe-XIXe siècle »,
Francia, t. XXVI, 1999, p. 1-22, p.
13-16.
[28]
M. MANNELLI GOGGIOLI,
La
biblioteca Magliabechiana,
op.
cit., p. 43-44. Miriam FILETI MAZZA, Bruna TOMASELLO,
Antonio Cocchi, primo antiquario della Galleria
Fiorentina, Modène, Panini, 1996. Sandro LANDI,
Il governo delle opinioni. Censura e formazione
del consenso nella Toscana del Settecento, Bologne, Il Mulino,
2000.
[29]
Fontanini élabore ainsi dans le catalogue par matières de la
bibliothèque Imperiali ( 1711) une taxinomie du savoir : F. CANCEDDA,
Figure e fatti,
op. cit., p. 62-90. Antonio Cocchi
s’inspire pour la classification de la bibliothèque Magliabechiana des
catégories de la philosophie de Locke : M. MANNELLI GOGGIOLI,
La biblioteca Magliabechiana,
op. cit., p. 73-91. Alfredo SERRAI,
Storia della bibliografia, VII.
Storia e critica della catalogazione
bibliografica, Rome, Bulzoni, 1997.
[30]
La bibliothèque Franzoniana de Gênes apparaît ainsi à
l’orientaliste suédois Bjoernstahl comme « la bibliothèque la plus publique que
[il ait] jamais vue »: Jacob Jonas BJOERNSTAHL,
Lettere ne’suoi viaggi stranieri, Poschiavo,
Ambrosioni, 1782, III, p. 249. Sur la publicité des bibliothèques d’Ancien
Régime, Vincenzo DE GREGORIO,
Casanatense e
dintorni. Saggi su biblioteche e cultura, particolarmente a Roma nel XVII
secolo, Naples, CUEN, 1998, p. 203-250.
[31]
P. DI PIETRO LOMBARDI,
Girolamo
Tiraboschi,
op. cit., p.
53.
[32]
Sur les traités de bibliothéconomie, Louis DESGRAVES, «
Naissance de la science des bibliothèques »,
Revue française d’histoire du livre, t.
LXX-LXXI, 1991, p. 3-30.
[33]
Bernard de MONTFAUCON,
Bibliotheca Coisliniana olim Segueriana sive manoscriptorum
omnium graecorum… accurata descriptio, Parisiis, 1715. Francesco
BERTA, Antonio RIVAUTELLA,
Codices manuscriipti
bibliothecae Regii Taurinensis Athenaei per lingua digesti…,
Taurini, ex Typographia Regia, 1749.
[34]
Voir les contributions du volume R. PINTAUDI (dir.),
Un erudito del Settecento,
op. cit.
[35]
BMF, B I 27.3, f. 33 : G. Bandini à A. M. Bandini, Rome, 14
août 1751.
[36]
« Je compilai en attendant avec la plus grande célérité un
index provisoire en m’appuyant sur le catalogue de la célèbre bibliothèque de
Monseigneur Fontanini, afin que les gardiens puissent à chaque demande procurer
les livres voulus »: BMF, Archivio Storico 50, fasc. 9, Bandini, « Memoria
istorica dello stabilimento e progresso della pubblica libreria Marucelli dal
dì 1 dicembre 1751 fino al dì 28 luglio 1783 », f. 8r. Il s’agit de
Bibliothecae Josephi Renati Imperialis… Catalogus
secundum auctorum cognomina ordine alphabetico dispositus, Romae,
1771. Nous remercions Monica Maria Angeli de nous avoir indiqué cette
référence. Ce type de réemploi n’est pas rare : on en a plusieurs exemples pour
le catalogue de la bibliothèque Imperiali (F. CANCEDDA,
Figure e fatti,
op. cit., p. 85-90); pour le premier
catalogue de la Mazarine, on utilisa celui de la bibliothèque Bodléienne
(Pierre GASNAULT, « La bibliothèque de Mazarin à la Bibliothèque Mazarine au
XVIIe et au XVIIIe siècle », in
Les espaces du
livre. 2.
Les
bibliothèques, Paris, 1980, p. 38-56, p. 49). Carlo Carlini, le
bibliothécaire de la Braidense de Milan, affirme à la fin des années 1770 avoir
utilisé le catalogue de Tiraboschi comme modèle pour le catalogue de la
bibliothèque de Haller : P. DI PIETRO LOMBARDI,
Girolamo Tiraboschi,
op. cit., p. 30.
[37]
Biblioteca Apostolica Vaticana, Vaticani Latini, 10004, I, A.
M. Bandini à G. Mazzuchelli, Florence, 4 octobre 1760.
[38]
BMF, B II 27.16, f. 108 : R. Cocchi à A. M. Bandini, Florence,
30 novembre 1760. Bandini demande à Amaduzzi de chercher les dépouillements de
Lagomarsini (Accademia dei Filopatridi, Savignano sul Rubicone, Carteggio
Amaduzzi-Bandini [désormais Carteggio Amaduzzi-Bandini], I, n. 120,3 août
1773), qu’il retrouve à Gênes (BMF, B II 27.30, G. Lavagna à Bandini, Gênes, 27
août 1774); il en suggère l’achat pour la Marucelliana.
[39]
Sandro LANDI, « Scrivere per il principe. La carriera di
Domenico Stratico in Toscana ( 1761-1776)»,
Rivista Storica Italiana, t. CIV, n
Ëš1,1992, p.
90-154. Les premières mentions d’envoi d’épreuves sont pour Foggini dans Cors.,
32 E 12, f. 70, A. M. Bandini à P. F. Foggini, Florence, 1er juillet 1760, et
pour Amaduzzi dans Carteggio Amaduzzi-Bandini, I, n. 43, Florence, 6 août
1771.
[40]
Biblioteca Nazionale Centrale, Florence (désormais BNCF), Nuovi
Acquisti, 1050, Giuseppe Pelli Bencivenni,
Efemeridi, série II, vol. III, f. 458v, 6 mai
1775. Sur la bibliothèque de Biscioni, ASF, Consiglio di Reggenza, 556, ins.
48. Ce petit fonds rejoint la Marucelliana en 1799. L’ex-jésuite Juan Andrès
évoque avec enthousiasme les bibliothèques de l’Archivio et des Offices :
Cartas familiares, Madrid, D. Ant. de
Sancha, 1786, I, p. 50, p. 56-58.
[41]
Jacqueline BRAU, « La professionnalisation de la santé dans la
Toscane des Lumières, 1765-1815 »,
Revue
d’histoire moderne et contemporaine, t. 41, n
Ëš3, juill.-sept. 1994,
p. 418-439. Daniel Roche a souligné comment le processus de
professionnalisation interne au clergé à l’époque moderne passe par la
constitution d’un « champ autonome de réflexion et de formation », par la «
vulgarisation d’un corps de texte minimal » et par une différenciation des
lectures au sein du clergé : « Conclusions. Livres et culture. Religion et
société à l’âge moderne »,
Revue d’histoire de
l’Église de France, t. 83,1997, p. 215-225, p. 219.
[42]
Cors., 32 E 12, f. 177 : A. M. Bandini à P. F. Foggini,
Florence, 27 décembre 1768.
[43]
BGR, Carteggio Bianchi, A. M. Bandini à G. Bianchi, Florence,
24 octobre 1767 et 9 janvier 1770.
[44]
C’est le tirage du catalogue de Biscioni (ASF, Consiglio di
Reggenza, 556, ins. 48) et du premier volume de la
Bibliotheca Leopoldina (BMF, B I 1, f.
965).
Catalogus Codicum Manuscriptorum
Bibliothecae Mediceae Laurentianae varia continens Opera Graecorum
Patrum…, Florentiae, Typis Caesareis, 1764.
Catalogus Codicum graecorum Bibliothecae
Laurentianae, Florentiae, Typis Regiis, 1768, 1770,2 vol.
Catalogus Codicum Latinorum Bibliothecae Mediceae
Laurentianae…, Florentiae, 1774-1777, 4 vol.
Catalogus Codicum Italicorum Bibliothecae
Mediceae Laurentianae Gaddianae et Sanctae Crucis…, Florentiae,
1778.
Bibliotheca Leopoldina
Laurentiana…, Florentiae, I, 1791, II, 1792, III, 1793.
[45]
Françoise WAQUET, « Les souscriptions au
Museum etruscum et la diffusion de
l’étruscologie au dix-huitième siècle »,
Studies
on Voltaire and the Eighteenth Century, t. 208,1982, p. 305-314, et
« I letterati-editori : produzione, finanziamento e commercio del libro erudito
in Italia e in Europa (XVII-XVII secolo)»,
Quaderni storici, t. XXIV, n
Ëš72, fasc. 3,
décembre 1989, p. 821-838.
[46]
BMF, B II 27.26, f. 195 : G. Fabrizi à A. M. Bandini, Modène,
24 mai 1770.
[47]
Gazette littéraire de
l’Europe, t. III, 1764, p. 7-9.
Courrier françois en Italie, t. 39,15 mai 1779.
Allgemeine historische Bibliothek von Mitgliedern
des königlichen Instituts der historischen Wissenschaften zu
Göttingen, t. VII, 1768, p. 127-156. Pour Zurich, B III 32.47, f.
435, H. Hirzel à A. M. Bandini, Zurich, 5 janvier 1791. Pour Iéna, B III 34.49,
f. 526, L. H. Teucher à A. M. Bandini, Leipzig, 12 août 1793. Sur l’accueil
fait par les périodiques aux catalogues de bibliothèques, M. ROSA, « Un
médiateur », art. cit., p. 95.
[48]
Martin GERBERT,
Iter Alemannicum,
accedit Italicum et Gallicum, 2e éd. Typis San Blasianis, 1773, p.
495-501. Jérôme DE LA LANDE,
Voyage d’un Français
en Italie, fait dans les années 1765 & 1766…, Venise, 1769, I,
p. 320. Jakob Georg Christian ADLER,
Kürze
Übersicht seiner biblischkritischen Reise nach Rom, Altona,
Eckhardt, 1783, p. 76.
[49]
Les dossiers sont conservés dans BMF, B I 1, par ordre
alphabétique de libraire.
[50]
BMF, B II 27.36, f. 261 : S. Coleti à A. M. Bandini, Venise, 22
juillet 1780. B I 1, f. 797 : de Trattner à Bandini, Vienne, 12 février
1772.
[51]
Carteggio Bandini-Amaduzzi, I, n. 247, Florence, 29 avril
1777.
[52]
Biblioteca Moreniana, Florence, ms. Palagi, 342 : « Nota di
tutti i Signori che tengono librerie e che son capaci di prendere il catalogo
della libreria Laurenziana. L’alfabeto per ordine di città ». Cors., 2036, f.
111 : A. M. Bandini à P. F. Foggini, Florence, 20 novembre 1767. Biblioteca
Statale, Lucques, Ms. 1360, f. 121-122 : A. M. Bandini à C. Lucchesini, 23
septembre 1786. BMF, B II 27.36, f. 5 : A. M. Bandini à E. d’Afflito, Naples,
25 juillet 1780. BNCF, Autografi Palatini, II, 56, A. M. Bandini à Dugnani,
Florence, 15 juillet 1787. BMF, B I 1, f. 1007, A. M. Bandini à P. Molini,
Florence, 4 février 1794.
[53]
BMF, Carteggio generale 53, A. M. Bandini à G. J. Dionisi,
Florence, 4 juin 1786.
[54]
BMF, B II 27.20, f. 331, P. Polini à A. M. Bandini, Gênes, 21
avril 1764 : « En toute sincérité je peux vous dire, que dans ces misérables
bibliothèques
quod graecus est non
legitur, et je ne sais si dans cette ville il y a six personnes qui
sachent lire le grec, et trois qui le comprennent médiocrement; ce sera donc
assez si vous envoyez une seule copie du catalogue à M. Pizzorno, et vous
pouvez laisser tomber les autres ».
[55]
BMF, B II 27.20, f. 531 : F. A. Zaccaria à A. M. Bandini,
Modène, 16 janvier 1764.
[56]
BMF, B II 27.20, f. 329 : F. Barnaba à A. M. Bandini, Pieve San
Stefano, 4 décembre 1764.
[57]
BMF, B II 27.34, f. 79 : G. C. Amaduzzi à A. M. Bandini, Rome,
12 décembre 1778.
[58]
Domenico Maria Pellegrini fait part à Bandini des lamentations
des libraires : « Croyez-moi, la suppression de trop de monastères [… ] a fait
couler la librairie. Dans les discussions avec les libraires ou les imprimeurs,
une question revient sans cesse : maintenant que les monastères ont disparu ou
vont disparaissant, qui va acheter les livres ?»: B III 30.45, f. 357 : D. M.
Pellegrini à A. M. Bandini, Venise, 14 mars 1789.
[59]
BMF, B II 27.20, f. 269 : M. Guarnacci à A. M. Bandini,
Volterra, 6 octobre 1764.
[60]
En 1780, l’orientaliste danois Adler se sert encore pour
exploiter les manuscrits de la Laurentienne d’un catalogue d’Assemani : BMF, B
II 27.36, f. 381 : L. Mehus à A. M. Bandini, Florence, 21 novembre 1780. Il
s’agit de Stefano Evodio ASSEMANI,
Bibliothecae
Mediceae Laurentianae et Palatinae Codicum Manuscriptorum Orientalium
catalogus, Florentiae, ex Typographio Albiziano, 1742.
[61]
BMF, Carteggio generale 53, ins. 6 : A. M. Bandini à G. J.
Dionisi, Florence, 15 juillet 1786.
[62]
Girolamo Tiraboschi, bibliothécaire de l’Estense, écrit en 1781
à Tommaso Trenta, imprimeur à Lucques, au sujet d’une édition de la
correspondance de Pétrarque : « Les principales recherches doivent se faire à
Florence, en particulier à la Laurentienne. Le catalogue publié par le chanoine
Bandini pourra donner de nombreuses lumières. Mais quand on ira demander la
copie de ce dont on a besoin, comment ira l’affaire ? Vous devez connaître le
terrain mieux qu’ici, mais on le connaît assez ici pour avoir quelque peur. On
peut toujours tenter »: Maria PELAEZ (éd.)
Lettere di Girolamo Tiraboschi a Tommaso Trenta,
Lucques, Giusti, 1898, p. 22-23.
[63]
ASF, Consiglio di Reggenza, 778, ins. 3.
[64]
Biblioteca Mediceo-Laurenziana, Florence, Archivio Storico
(désormais ASBL), Affari, IV, f. 188v-189r.
[65]
Christine Maria GRAFINGER, « Studiosi nella biblioteca Vaticana
del Settecento »,
Archivum Historiae
Pontificiae, t. XXXV, 1997, p. 289-296, p. 290. Le règlement stipule
que seul le pape pourra donner l’autorisation de copie, et non le cardinal
bibliothécaire.
[66]
ASBL, Affari, III, f. 431-434 : A. M. Bandini à E. de Gilkens,
25 juin 1793.
[67]
ASBL, Affari, IV, f. 187-189 : A. M. Bandini à E. de Gilkens,
26 novembre 1794.
[68]
Il explique par exemple à Amaduzzi les préparatifs faits à
l’occasion de la visite du couple souverain de Naples en 1785 : Carteggio
Bandini-Amaduzzi, II, f. 121,31 mai 1785.
[69]
Cors., 1607, f. 385, A. M. Bandini à P. F. Foggini, Florence,
non daté (mais 1758). Le manuscrit de l’histoire de la bibliothèque a été
récemment publié : Angelo Maria BANDINI,
Dei
princìpi e progressi della Real Biblioteca Mediceo Laurenziana (Ms laur.
Acquisti e Doni 142), Rosario PINTAUDI, Mario TESI, Anna Rita
FANTONI (éd.), Florence, Biblioteca Laurenziana, 1990.
Novelle Letterarie, 1772,1773,
1778,1785,1786,1787.
[70]
ASBL,
Album dei visitatori della
biblioteca Laurenziana, I.
[71]
Bandini retrouve l’exemption de chœur le 20 juin 1771. Il écrit
à Foggini le 5 décembre 1769 que la Laurentienne « depuis un an reste fermée,
au grand dommage des belles lettres et au scandale des érudits étrangers qui ne
peuvent plus y avoir accès »: Cors., 1607, f. 335.
[72]
Le 23 mai 1772, il note par exemple la visite de la princesse
Marie de Bavière à la bibliothèque, « qui m’ajouta en s’en allant qu’elle
aurait eu beaucoup de regret si elle était partie sans la voir »:
Album, f. 7r.
[73]
ASBL, Affari, IV, f. 465v-466r : A. M. Bandini à Ferdinand III,
14 mars 1798. À la Magliabechiana, on atteint dès 1748 jusqu’à cinquante
lecteurs par jour : BNCF, Archivio Magliabechiano, IX, fasc. 1, G. Targioni
Tozzetti à François Étienne, 27 juin 1748.
[74]
Alessandro VOLPI, « La biblioteca universitaria », in
Storia dell’Università di Pisa,
1737-1861, t. 2, vol**, Pise, Edizioni
Plus, 2000, p. 1045-1107, p. 1057. Silvio FURLANI, « Maria Teresa fondatrice di
biblioteche »,
Accademie e biblioteche
d’Italia, t. L, 1982, p. 459-474. Tiziana PESENTI MARANGON,
La biblioteca universitaria di Padova,
Padoue, Antenore, 1979, p. 143-156. P. DI PIETRO LOMBARDI,
Girolamo Tiraboschi,
op. cit., p. 63-64. Pour la France,
Pierre GASNAULT, « Les collections et leurs enrichissements », in
Histoire des bibliothèques françaises,
op. cit., p. 335-351; Françoise
BLÉCHET, « La création des Départements et la politique d’acquisitions à la
Bibliothèque royale, 1718-1741 », in Louis TRÉNARD (dir.),
Les bibliothèques au XVIIIe siècle,
Bordeaux, Société des bibliophiles de Guyenne, 1989, p. 57-76.
[75]
Cité par S. FURLANI, art. cit., p. 464.
[76]
Sur Molini, Renato PASTA, « Tra Firenze, Napoli e l’Europa :
Giuseppe Molini senior », in Anna Maria RAO (dir.),
Editoria e cultura a Napoli nel XVIII
secolo, Naples, Liguori, 1998, p. 251-285. Sur les Bonaiuti, ASF,
Notarile moderno, protocolle 31141, notaire Pasquale Cecchi, n. 4 : testament
de Filippo Neri Bonaiuti, 9 septembre 1809, « Memoria della Famiglia Bonaiuti
».
[77]
BMF, Archivio Storico 59, ins. 35, Archivio Storico 60, ins.
97,101.
[78]
BMF, Archivio Storico 50, fasc. 9, « Memoria istorica… della
pubblica libreria », f. 10r. Le Magistrato Supremo nomme alors deux experts
libraires, Giuseppe Rigacci pour la bibliothèque, Ottavio Bonaiuti pour Ristori
pour estimer les livres et travaux fournis par le libraire. Les estimations ne
concordant pas, Gaetano Tartini est nommé pour une ultime estimation le 12
janvier 1753 : BMF, Archivio Storico 51, fasc. 21 ( 6) et ASF, Magistrato
Supremo 2128, f. 93-98,105-107,118-119. Sur Ristori, Maria Augusta MORELLI
TIMPANARO,
Autori, stampatori, librai. Per una
storia dell’editoria in Firenze nel secolo XVIII, Florence, Olschki,
1999, p. 221-354.
[79]
BMF, Archivio Storico 59, ins. 39,41,42,45,49,64,82,84,
Archivio Storico 60, ins. 44, 45,46; Archivio Storico 63, ins. 4,59.
[80]
Le libraire et imprimeur vénitien Giovanni Battista Albrizzi
lui promet qu’il sera parmi les premiers à recevoir son catalogue (BMF, B I 1,
f. 13,31 mars 1764) et se plaint peu après que Bandini ne lui commande rien (
ibid., f. 15,6 mai 1764). Le libraire
romain Fausto Amidei envoie des listes d’ouvrages en espérant lui aussi des
commandes (
ibid., f. 39,1er novembre
1760).
[81]
BMF, Archivio Storico 51, fasc. 10 : V. degl’Alberti à A. M.
Bandini, 11 août 1783 et 20 août 1783.
[82]
ASF, Soprassindaci, sindaci e ufficio delle revisioni e
sindacati 1555-1807,572, « Libreria Marucelliana, 1753-1783 », Giovanni de
Baillou, 13 février 1784.
[83]
Simone CONTARDI,
La casa di
Salomone a Firenze. L’Imperiale e Reale Museo di Fisica e Storia naturale
(1775-1801), Florence, Olschki, 2002. P. DI PIETRO LOMBARDI,
Girolamo Tiraboschi,
op. cit., p. 65.
[84]
BMF, Archivio Storico 50, fasc. 8 : Giovanni Federighi à A. M.
Bandini, 19 septembre 1784.
[85]
ASF, Segreteria di Finanze, Affari prima del 1788,480, «
Supplemento alle repliche date dall’Abate Fontana ai punti per il Reale
Gabinetto di fisica… ».
[86]
ASF, Consiglio di Reggenza, 778, ins. 13/B, « Memoria del
Senatore Adami sopra il commercio tipografico, sopintendenza della Stamperia
Gran-Ducale e prefettura delle biblioteche ». S. LANDI,
Il governo delle opinioni,
op. cit., p. 226-229 et Renato PASTA,
Editoria e cultura nel Settecento,
Florence, Olschki, 1997, p. 27-28.
[87]
ASF, Consiglio di Reggenza, 1051, ins. 13 : « Regolamento per
le librerie pubbliche di Firenze ». Sur Mehus, Mario ROSA, « Per la storia
dell’erudizione toscana del ‘700 : profilo di Lorenzo Mehus »,
Annali della Scuola speciale per archivisti e
bibliotecari dell’Università di Roma, t. II, 1962, p.
41-96.
[88]
Pierre Léopold DE HABSBOURG LORRAINE,
Relazioni sul governo della Toscana,
Arnaldo SALVESTRINI (éd.), Florence, Olschki, 1969, I, p. 232.
[89]
M. MANNELLI GOGGIOLI,
La
biblioteca Magliabechiana,
op.
cit., p. 144-151.
[90]
Gemma PRONTERA, « Medici, medicina e riforme nella Firenze
della seconda metà del Settecento »,
Società e
storia, t. VII, n
Ëš26, octobre-décembre 1984, p. 783-820.
[91]
BMF, B III 48, f. 9v.
[92]
La question des résistances aux réformes a fait l’objet de
débats historiographiques récents : de manière générale, Renato PASTA, «
Scienza e istituzioni nell’età leopoldina. Riflessioni e comparazioni », in G.
BARSANTI, V. BECAGLI, R. PASTA (dir.),
La
politica della scienza,
op.
cit., p. 1-34, p. 23-34. Dans les classes populaires, Ivano
TOGNARINI, Francesco MINECCIA, « Tumulti urbani nella Toscana di Pietro
Leopoldo », in Luigi BERLINGUER, Floriana COLAO (dir.),
Criminalità e società in età moderna,
Milan, Giuffrè, 1991, p. 167-229. S. LANDI,
Il
governo delle opinioni,
op.
cit., p. 315-344.
[93]
ASBL, Affari, I, f. 525-544, en particulier f. 530-537, A. M.
Bandini à P. Pandolfini, 9 octobre 1779. Dans la
Vita pubblica e privata di Pietro Leopoldo d’Austria
granduca di Toscana poi imperatore Leopoldo II, Filadelfia,
All’insegna della verità, 1796 (réédition Florence, Edizioni medicea, 1987, p.
63), Francesco Becattini, pourtant violent détracteur du souverain, met aussi
cette mesure à son actif. R. Burr LICHTFIELD,
Emergence of a Bureaucracy. The Florentine Patricians,
1530-1790, Princeton, PUP, 1986, p. 313-327.
[94]
A. M. BANDINI,
Dei princìpi e
progressi,
op. cit., p.
47-53 et p. 93-102.
[95]
ASF, Segreteria di Finanze, Affari prima del 1788,230, « Ordini
particolari, 1778 », Angelo Maria Bandini, Memoria intorno alla Biblioteca
dell’Opera di Santa Maria del Fiore [décembre 1777]. Lorenzo FABBRI, Marica
TACCONI,
I libri del Duomo di Firenze. Codici
liturgici e biblioteca di Santa Maria del Fiore, Florence, Centro
Di, 1997.
[96]
Vieri BECAGLI, « Il
Salomon du
Midi et l’
ami des hommes.
Le riforme leopoldine in alcune lettere del Marchese di Mirabeau al Conte di
Scheffer »,
Ricerche storiche, t. VII,
1977, p. 137-195. Mario MIRRI, « Riflessioni su Toscana e Francia, Riforme e
Rivoluzione »,
Annuario dell’Accademia etrusca di
Cortona, t. XXIV, 1989-1990, p. 117-233.
[97]
Vieri BECAGLI, « Economia e politica del sapere nelle riforme
leopoldine. Le accademie », in
La politica della
scienza,
op. cit., p.
35-65.
[98]
BMF, B III 48, f. 87. À un autre endroit, Bandini décrit le
grand-duc jetant au feu les ouvrages qu’on lui offre (BMF, B III 48, f. 56-57).
Cors., 1591, f. 175, A. M. Bandini à P. F. Foggini, Florence, 23 août 1768 : «
non seulement nos magnats ne favorisent plus les arts, mais en plus ils les
méprisent, et pour fomenter la dissipation et leurs vices, ils se défont de
leurs œuvres d’art, comme d’un meuble superflu ». La décadence touche aussi le
monde des libraires : « vraiment nos pauvres libraires et imprimeurs ne peuvent
plus continuer, et meurent de faim » (Cors., 1591, f. 205, sd).
[99]
Carteggio Bandini-Amaduzzi, I, n. 7,10 juillet 1770; n. 10, sd;
n. 12,4 septembre 1770. Bandini a succédé avec Giuseppe Pelli Bencivenni et
Marco Lastri à Giovanni Lami (mort en 1770) à la rédaction des
Novelle letterarie.