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GÉRARD BÉAUR, CHRISTOPHE DUHAMELLE, REINER PRASS, JÜRGEN SCHLUMBOHM ( ÉD.),Les sociétés rurales en Allemagne et en France ( XVIIIe et XIXe siècles), Rennes, Association d’Histoire des Sociétés Rurales, Rennes, 2004,303 p., 32 €.
Ce colloque tenu en 2000 à Göttingen dresse un bilan historiographique comparé et offre une utile présentation des grandes tendances actuelles de la recherche en histoire rurale en France et en Allemagne. Il donne à voir aussi bien les évolutions similaires des deux pays que les ignorances réciproques qui les caractérisent. Il contribue aussi à bousculer en partie ces ignorances et c’est là tout son intérêt. L’accent a été mis sur les nouvelles orientations de la recherche et les douze contributions ont été regroupées autour de cinq thèmes principaux.
2 Le premier, central dans toute l’histoire agraire européenne, porte sur les questions de la seigneurie. Werner Trosbach et Annie Antoine abordent notamment de classiques problèmes de définition, avec la distinction entre seigneurie foncière et seigneurie domaniale en Allemagne, distinction s’inscrivant dans une opposition entre l’ouest et l’est de l’Elbe, ou les problèmes des modalités et des formes de l’emprise seigneuriale en France. Les travaux récents ne se limitent pas à aborder les aspects juridiques et institutionnels de la seigneurie mais analysent également la domination qu’elle exerce comme une pratique sociale, une pratique complexe qui ne vise pas seulement à l’exploitation et à l’oppression, mais joue un rôle administratif local essentiel, étant aussi bien prestataire de service que moyen d’organisation de la police économique locale. Werner Trosbach revient sur la genèse puis la dissolution de la seigneurie domaniale. Il étudie les modalités de fonctionnement du grand domaine et insiste sur la très grande diversité des situations. Annie Antoine insiste sur l’ancrage social de la seigneurie et comment elle constitue un pouvoir local qui prend le relais du pouvoir central.
3 Trois contributions (Jean-Marc Moriceau, Jean-Michel Boehler, Frank Konersmann) abordent la question de l’exploitation avec le débat classique : petite ou grande exploitation. Si l’historiographie allemande semble peu sensible aux controverses sur les avantages et les inconvénients respectifs des petites et grandes exploitations, la question est plus disputée en France. Bien des idées reçues sont remises en cause, sur la grande exploitation comme moteur du progrès agricole. Dans tous les cas, Français et Allemands se retrouvent pour souligner que le problème est probablement plus complexe que l’on veut bien le dire, et que les rapports entre les deux ensembles sont plus parfois de complémentarité que d’antagonisme, que les comportements ne sont pas seulement économiques mais aussi politiques et sociaux. Ainsi Frank Konersmann relativise la question de la taille des exploitations. Il insiste sur les enjeux qui sont derrière ce terme et, par exemple, comment le problème de la rentabilité économique ne se pose pas dans les mêmes termes selon que l’on a affaire à des petites exploitations (où la question se pose en termes de travail) ou à de plus grosses, plus attentives à la dimension du « capital ». Il montre bien comment les trois facteurs essentiels de production, le sol, le travail et le capital, n’interviennent pas dans les mêmes termes selon que l’on se situe au XVIIIe siècle ou à la fin du XIXe, à l’ouest ou à l’est de l’Elbe. Cela souligne à la fois l’extrême diversité des situations rencontrées mais aussi la permanence et la force de quelques grandes questions.
4 La transmission de la propriété foncière fait l’objet des contributions de Susanne Rouette et Heide Wunder sur l’Allemagne et d’Antoinette Fauve-Chamoux sur la France. Le sujet a été au centre de débats importants tant en France qu’en Allemagne mais les Français y ont consacré plus de travaux. Aujourd’hui, les problématiques issues à l’origine de l’histoire du droit glissent vers une approche plus anthropologique, attentive aux pratiques et aux liens qui se manifestent avec la reproduction sociale et les mutations des sociétés paysannes. Dans les deux pays, on s’attache davantage à rechercher la logique propre de chaque mode de transmission et à mettre en lumière les liens spécifiques qui s’établissent entre la famille et la terre, comment les relations familiales interviennent, quels rapports s’établissent avec les conjonctures démographiques et économiques. Cela conduit à des remises en cause notamment en ce qui concerne les différences qui peuvent se manifester entre transmission successorale et transaction commerciale, la vente pouvant se révéler un moyen de contourner la règle de transmission.
5 Concernant les biens communaux, Nadine Vivier et Reiner Prass montrent que les historiographies françaises et allemandes ont suivi des chemins similaires, que ce soit dans leurs questions traditionnelles ou dans leurs renouvellements récents (cf. aussi RHMC,53-1,2006). On est ainsi passé, pour aller vite, d’une approche où possessions et droits et usages communautaires étaient vus comme des obstacles au progrès agricole, à des approches qui soulignent davantage la diversité des processus, la façon dont ils s’inscrivent dans la longue durée et comment ils sont des éléments essentiels de la vie rurale. Cela conduit à s’interroger davantage sur la signification et les modalités précises du partage des communaux au XIXe siècle.
6 Enfin, Gérard Béaur et Stefan Brakensiek, examinant le marché foncier, remettent en question le schéma traditionnel qui lie l’émergence d’un véritable marché agricole à la destruction des contraintes féodales et communales, à l’occasion de la Révolution en France et des réformes agraires dans les différents États allemands. L’analyse à l’échelle micro permet de mettre en valeur certains ressorts de ces marchés :la relation avec le cycle de vie des individus, les stratégies des vendeurs comme des acheteurs, la multiplication de formes hybrides alternatives à la vente avec l’existence de contrats intermédiaires.
7 Outre ces divers apports, on trouve aussi des réflexions très fécondes sur le plan méthodologique et divers éléments caractérisent les démarches des différents auteurs.
8 Ainsi plusieurs fois revient la nécessité d’une réflexion approfondie sur les catégories opératoires pour analyser les sociétés rurales. Le débat naît à l’occasion de l’emploi du terme « paysan » (Bauer) par l’historiographie allemande, mais il est plus général. Il oppose parfois ceux qui veulent reconstruire des catégories et ceux qui reprennent des termes du temps. Débat essentiel et source de nombreuses difficultés, mais débat nécessaire, déjà assez largement développé en ce qui concerne les catégories du monde urbain, mais qui reste encore très largement à mener pour ce qui est des sociétés rurales. De même, le terme de stratégie occupe une place centrale. Son intérêt est souligné, car il permet de réunir des aspects généralement séparés, et de conjuguer des motivations qui concernent le politique, l’économique, le social ou le culturel. Cela renvoie à des comportements réels et aux différents aspects qui interviennent dans une prise de décision.
9 Enfin, l’ensemble des contributions met en évidence l’intérêt pour le comparatisme qui est au cœur de toute démarche historienne. L’ouvrage s’inscrit dans la moyenne durée et dépasse les découpages chronologiques traditionnels puisqu’il porte principalement sur les XVIIIe et XIXe siècles. Ce choix dans une certaine mesure s’impose, car ces deux siècles sont au cœur d’un certain nombre de changements de ces sociétés rurales.
10 La France est concernée par la coupure révolutionnaire, l’Allemagne par un certain nombre de réformes agraires imposées d’en haut. C’est par conséquent un temps de ruptures profondes pour les sociétés rurales, et on assiste au passage d’une société à dominante agraire à une société à dominante industrielle. Cette période-clé, de plus, a fait l’objet de nombreuses études à l’occasion desquelles se manifestent avec une certaine force les tendances les plus novatrices de la recherche.
11 Ce livre met en évidence la grande hétérogénéité des travaux mais aussi le moyen de la dépasser, en mettant l’accent sur les méthodes et les concepts nouveaux qui se sont développés ces dernières années, avec un déplacement global des orientations de la recherche et une attention plus grande apportée aux pratiques des différents groupes composant les sociétés rurales et sur ce qui conditionne ces pratiques. Il souligne l’intérêt des approches micro-historiques et anthropologiques qui mettent en avant notamment les formes familiales et villageoises de coopération, tant au niveau des récoltes ou de la vente des produits. Il constitue à la fois une étape dans un processus de recherche et une ouverture sur des chantiers importants qui appellent une multiplication des travaux.
12 Jean DUMA
JEAN-MARC OLIVIER, Des clous, des horloges et des lunettes. Les campagnards moréziens en industrie (1780-1914), Paris, Éditions du CTHS, 2004,608 p., 31€.
13 Ce livre analyse un processus d’industrialisation diffuse qui s’inscrit, en longue durée, dans un cadre rural de moyenne montagne, bien loin du carreau des mines, des châteaux de l’industrie et des villes tentaculaires. Entre 1780 et 1900 se succèdent autour de Morez, au cœur du Jura, trois grands cycles de production :la clouterie, l’horlogerie puis la lunetterie. Ils permettent tour à tour à des paysans pluriactifs de compléter les ressources tirées d’une agriculture domestique pastorale en s’ouvrant progressivement mais résolument aux marchés lointains des produits de luxe. Enraciné dans une histoire locale qui fera le bonheur des généalogistes, l’ouvrage va bien au-delà de l’horizon comtois et offre, au travers de l’analyse d’une expérience industrielle singulière, matière à réflexion sur la pluralité des mondes de l’industrie en Europe occidentale, certes, mais plus encore sur les ressorts d’un modèle de développement économique respectueux des grands équilibres traditionnels. S’il y a plusieurs manières de lire ce livre, on en retiendra ici trois. Ils constituent les panneaux d’un seul et même triptyque consacré à une « étude sociale de l’économie », exemplaire à bien des égards.
14 Tout repose, ou presque, sur la reconstitution de 205 généalogies qui représentent, sur plus d’un siècle,5000 personnes identifiées par leurs liens familiaux, leur(s) profession(s), leur niveau de fortune et, d’une manière générale, l’ensemble des informations qui ont pu être glanées dans les riches archives franc-comtoises. Trois à six générations sont ainsi saisies d’un seul tenant dans des généalogies descendantes qui prennent en écharpe l’espace morézien, soit une vingtaine de communes peuplées de 20000 habitants au total. Cette prosopographie des acteurs de l’industrialisation charpente toute l’étude et J.-M. Olivier, à juste titre, y revient sans cesse : toutes les stratégies économiques échafaudées par les simples cloutiers, les établisseurs en horlogerie ou les petits entrepreneurs lunetiers sont sans cesse replacées dans le contexte des solidarités familiales et autres liens communautaires, puisque ceux-ci facilitent, limitent ou entravent, le cas échéant, les initiatives de ces paysans pluriactifs. Le recours aux sources nominatives en grande quantité permet, de la sorte, de traiter du collectif et de l’individu, du « propre » et des « relations sociales » afin de dessiner, par touches successives, une histoire sociale du nombre et du singulier. C’est là une démarche particulièrement adaptée à un monde de campagnards qui tire parti d’une terre avare, d’une croissance démographique forte et d’un enclavement stérilisant, pour innover et conduire dans le long terme un développement localisé où personne, ou peu s’en faut, ne se trouve plongé dans l’anonymat d’un prolétariat otage du temps, prisonnier d’une condition sans espoir. Les chances de promotion sociale sont parfois bien minces, les réussites ténues… mais rares sont ceux qui, en fabricant ou en vendant des clous, des horloges puis des lunettes, n’aient quelque espoir à nourrir, quelque ambition à entretenir, quelque projet à élaborer. Dans un monde de tous les possibles, pourvu qu’ils soient raisonnables, catégoriser les individus ne saurait se faire en tournant le dos à l’intelligibilité de l’acte, de l’action et de l’acteur, aussi modeste soit-il. J.-M.Olivier satisfait avec un réel bonheur à cet objectif, en multipliant sans cesse les niveaux d’observation pour mieux faire saisir la réalité multiforme d’une « industrialisation douce » caractéristique, à bien des égards, du développement économique de tout un « arc jurassien ».
15 Toutefois, la connaissance des hommes et de leurs parcours ne serait d’aucune utilité sans l’inventaire des objets fabriqués et des procédés techniques qui se succèdent (quand ils ne se chevauchent pas) au sein d’une société instruite, ouverte à l’innovation.
16 L’appartenance à l’arc jurassien du bois et du fer permet à ces paysans pluriactifs de mettre à profit la rigueur des hivers et les temps morts de l’activité pastorale pour acquérir la maîtrise technique des différents procédés de fabrication des clous, certes, mais plus encore des horloges puis des lunettes, en usant de leur familiarité avec des matériaux qui, en couvrant toute la période, empêchent toute solution de continuité.
17 Par-delà les mutations techniques et les spécificités de chaque fabrication, ce sont souvent les mêmes savoir-faire qui sont sollicités dans un secteur de la production où, en décalage avec l’irruption ailleurs de la mécanisation, c’est ici « le temps de l’outil parfait, manié à la perfection » (P.Chaunu) qui perdure jusqu’à l’aube du XXe siècle, si ce n’est au-delà. Que l’on ne s’y trompe pas :si les procédés de fabrication restent pour l’essentiel artisanaux, l’innovation a continuellement sa place. Artisans et ouvriers fabriquent, réparent, aménagent, transforment une grande partie de leur outillage pour l’adapter à leurs manières de faire, fabriquer de nouveaux produits et améliorer leur efficacité; la rationalisation du travail, de son côté, transforme en autant d’atouts la répétitivité du geste et de la division des tâches, quand il s’agit de gagner en productivité pour abaisser les coûts de production, multiplier les quantités produites afin de satisfaire une demande en expansion ou simplifier le geste afin de gagner à l’industrie dispersée d’autres populations. Ce souci d’associer continuellement la description des objets, les procédés de fabrication et la répartition des tâches nous vaut d’ailleurs de belles pages sur les pendules, les carillons et les lunettes, où les techniques ne sont jamais dissociées des hommes et de leur environnement. On retiendra plus particulièrement les passages du livre consacré à la « comtoise », remarquable aboutissement d’un savoir-faire qui, dans le domaine de l’horlogerie populaire, remonte au XVIIe siècle, ou bien encore ceux qui concernent le pince-nez sans soudure et autres montures très légères qui assurent le triomphe des « lunettes-fils » dans la deuxième moitié du XIXe siècle.
18 Au fil des générations, l’accumulation de petits progrès plus ingénieux les uns que les autres permet ainsi une industrialisation en douceur, totalement complémentaire d’une économie domestique pastorale, sans urbanisation massive d’une part, sans arrachement à la montagne d’autre part. Loin des modèles de développement conçus à l’aune des grandes régions textiles, loin d’une périodisation qui fait la part belle aux grandes phases de la conjoncture internationale et aux ruptures qui accompagnent la modernisation de l’appareil productif, l’étude de la petite métallurgie du pays de Morez permet d’explorer les voies de l’industrialisation qui ne rompent pas les équilibres anciens :les structures familiales ne sont pas brisées, le rapport au patrimoine n’est pas bouleversé. L’on cherche vainement ici les traces d’une classe ouvrière où les manifestations de la déviance et la montée de la protestation seraient les deux faces d’une seule et même désespérance. Certes, la classe propriétaire y régente le monde, et les rapports sociaux restent évidemment inégalitaires. Certes, le labeur est rude, les journées bien longues et les gains du plus grand nombre fort modiques, surtout s’il s’agit de la maind’œuvre féminine. Toutefois, vaille que vaille, la misère n’est jamais criante et la richesse jamais ostentatoire; voilà pourquoi les frustrations, quand elles existent, ne provoquent pas une exacerbation des tensions sociales, dans une société où prévaut le sens de la mesure et de l’équilibre. Une société paisible où il est souvent possible de régenter, un tant soit peu, un peu plus qu’ailleurs, le cours individuel de son existence ? Sûrement, en comparaison de la situation dans les grandes nébuleuses industrielles d’un long XIXe siècle. C’est pourquoi on saura gré à J.-M. Olivier d’avoir su déplacer le regard depuis les territoires manufacturiers et les bassins industriels dévoreurs d’hommes, vers des contrées où il n’est effectivement de plus grande richesse que les hommes.
19 Didier TERRIER
YANNICK MAREC, Bienfaisance communale et protection sociale à Rouen (1796-1927). Expériences locales et liaisons nationales, Paris, Association pour l’Étude de l’Histoire de la Sécurité Sociale/La Documentation Française, 2002,2 vol., 1362 p.
20 Issus d’une monumentale thèse d’État remaniée pour la circonstance, deux gros volumes publiés avec le concours du Comité d’Histoire de la Sécurité Sociale viennent couronner près de trente années de recherches. Préfacé par Maurice Agulhon, ce travail considérable restitue pour la première fois l’ensemble d’un système municipal de protection sociale, développé à l’échelle d’une grande ville française, Rouen, durant un très long XIXe siècle qui part des acquis révolutionnaires et s’étend jusqu’au lendemain de la Grande Guerre. L’ouvrage, écrit dans un style clair et précis, doté d’un impressionnant appareil statistique (environ deux cents tableaux et graphiques) et critique (près d’une centaine de pages de sources et de bibliographie), décrit la genèse, l’apogée puis le déclin du « système rouennais ».
21 Les deux premières parties sont ainsi consacrées à prendre la mesure des conditions d’émergence d’un système d’assistance publique propre à la grande métropole normande. Cité industrielle et ouvrière, il y a là toute une approche locale de la prise en compte de la « question sociale » grâce aux outils les plus variés, traditionnels ou plus récents, comme l’hôpital, le bureau de bienfaisance, le Mont de piété, la caisse d’épargne et la mutualité. Le cœur de la recherche est constitué par l’analyse de ce « système rouennais » de protection sociale, sorte de « modèle » mis en place par la municipalité républicaine dominée par une bourgeoisie industrielle et négociante qui fait une large place à la culture protestante et modérée, à l’image de Richard Waddington. De belles pages étudient les personnalités qui ont contribué à la « républicanisation » de la société rouennaise par le biais de l’assistance à partir des années 1880, qu’il s’agisse des maires Louis Ricard et Maurice Lebon ou de leur clientèle, à l’image d’Edouard Moinet, qui sera placé à la tête des hospices civils de la ville. La plupart des services, en particulier de santé et de bienfaisance, font l’objet d’une spécialisation et d’une professionnalisation accrue, conduisant à une large réorganisation et une meilleure gestion qui permettent de donner au système municipal sa pleine mesure. Marchant de pair avec le processus de laïcisation, comme en témoigne le profond renouvellement des membres des diverses commissions administratives, la « républicanisation » du « système rouennais » de protection sociale semble efficace, puisque les élections confirment le maintien des édiles à la mairie, les budgets sont équilibrés et les bénéfices alloués aux populations seraient parmi les plus élevés des grandes villes françaises.
22 Ce « système municipal » qui va être montré en exemple dans les milieux français de l’assistance jusqu’au début du XXe siècle, est donc le cœur d’un dispositif de prise en charge des pauvretés et des pathologies de la ville, qui s’appuie également sur les initiatives privées et les organisations confessionnelles. Ici, Yannick Marec a mis l’accent sur plusieurs d’entre elles, évoquant les sociétés ouvrières syndicales et coopératives, les œuvres catholiques de l’abbé Bazire et des Philippins, la mutualité chrétienne d’Henri Vermont, ainsi que les « solidarités » réformées. Un regret est pourtant l’absence des conférences de Saint-Vincent-de-Paul, sorte de bureau de bienfaisance catholique, visitant à domicile, distribuant des secours de toute nature. On sait combien l’organisation de Frédéric Ozanam a été importante auprès des populations ouvrières des grandes agglomérations urbaines françaises et notamment à Rouen. Il aurait peut-être fallu plonger dans les archives du conseil particulier de la capitale normande pour mieux comprendre comment, dans cette ville où le catholicisme est bien présent, la charité catholique s’est adaptée aux structures républicaines en place, usant et diffusant les lois sociales de la République, travaillant davantage en complémentarité qu’en concurrence.
23 Et c’est peut-être cet esprit de concurrence qui a conduit au déclin du « système rouennais ». Yannick Marec donne ici plusieurs éléments d’explication : difficultés de gestion, charges de plus en plus lourdes, départementalisation et nationalisation de la protection sociale. Il semblerait que ce soit la fin de la « républicanisation » de la société française par la commune et l’assistance. D’autres voies et d’autres échelles semblent alors plus modernes, en particulier la nation et l’assurance. Or, ceci est considéré en termes de concurrence, alors que les fondateurs de la République imaginaient un dispositif à plusieurs facettes, complémentaires les unes des autres. Après les travaux de Catherine Duprat sur le Paris du premier XIXe siècle, il s’agit là d’une véritable mesure globale d’une gestion du social menée à l’échelle d’une grande ville française, sur le long terme. Elle souligne combien le local, en particulier l’échelle municipale, a été essentielle dans l’apprentissage de la démocratie et de la République. Cette voie historiographique, tracée par Maurice Agulhon, montre encore combien elle peut être fructueuse. La solidarité et l’entraide ne sont jamais plus efficaces que lorsque le lien social est solidement noué à l’échelle de la proximité. La République a su tirer le meilleur parti de la « communalisation » de l’assistance pour s’enraciner dans les populations urbaines françaises.
24 Ici, le grand mérite de l’auteur aura été d’avoir su mener à bien une aussi vaste recherche qui témoigne de l’importance du social dans la gestion d’une grande ville et dans les fondements de la culture républicaine. L’historiographie contemporaine sur Rouen avait déjà donné lieu à de brillants travaux sur les bourgeois et les catholiques grâce à Jean-Pierre et Nadine-Josette Chaline. Le Rouen républicain et social a dès lors ses historiens avec Pierre Ardaillou et Yannick Marec.
25 Bruno DUMONS
PAUL V. DUTTON, Origins of the French Welfare State. The Struggle for Social Reform in France, 1914-1947, Cambridge, Cambridge University Press, 2002, XIII-251 p.
26 Ce livre se présente comme un ambitieux projet voulant cerner les origines de l’Étatprovidence français à travers une étude précise de la période de l’entre-deux-guerres, qui est souvent la moins connue en France. Ce travail s’inscrit dans les nombreuses recherches américaines sur le sujet, comme en témoignent les livres publiés au cours des années 1980 et 1990 :Judith Stone,The Search for Social Peace.
27 Reform Legislation in France (1890-1914),University of New York Press,1985 (oublié de la bibliographie), Sanford Elwitt, The Third Republic Defended. Bourgeois Reform in France (1880-1914), Louisiana State University Press, 1986, Allan Mitchell (son directeur), The Divided Path : the German Influence on Social Reform in France after 1870, University of North Carolina Press, et Susan Pedersen,Family, Dependence, and the Origins of the Welfare State :Britain and France 1914-1945,Cambridge University Press, 1993. L’originalité de Dutton est de proposer une vraie thèse : l’État-providence français serait le produit de la transformation de deux pratiques principales, les formes d’assistance sociale organisées par le patronat et le modèle mutualiste. L’intérêt est aussi de proposer une approche d’une période longtemps méconnue faute de travaux d’historiens (jusqu’à la récente publication collective de Michel Dreyfus, Michèle Ruffat, Vincent Viet et Danièle Voldman,Se protéger, être protégé. Une histoire des assurances sociales en France,Presses universitaires de Rennes, 2006). On doit aussi signaler le travail de guide pour les recherches sur les travaux parlementaires concernant les assurances sociales de 1919 à 1928 réalisé en 1993 par Philippe Olivera, et disponible en ligne sur le site de Jean-François Picard : http ://picardp1.ivry.cnrs.fr/Assurancessociales.html.
28 Le livre est organisé autour de six chapitres chrono-thématiques. Le premier met en valeur l’importance des politiques sociales patronales dans la mise en place des formes modernes de protection sociale pendant et à la sortie de la Première Guerre mondiale.
29 L’approche est construite à travers les sources des syndicats patronaux (en particulier la métallurgie, avec le GIMM) et l’étude de la mise en place des caisses de compensation pour les premières allocations familiales. Il est dommage que l’auteur ne se soit pas intéressé aux quelques exemples connus sur ce sujet comme ceux vus pour l’Ile-de-France par Catherine Omnès dans l’édition de sa thèse d’État :Ouvrières parisiennes. Marchés du travail et trajectoires professionnelles au XXe siècle,Éditions de l’EHESS,1997. Les conclusions présentées par Dutton sont confirmées par le travail bientôt publié de Danièle Fraboulet, Les organisations patronales de la métallurgie : acteurs, stratégies et pratiques durant le premier XXe siècle (habilitation à diriger des recherches, Université Paris VIII,2004).
30 Le deuxième chapitre est consacré à l’importance du mutualisme dans les pratiques d’assurance sociale en détaillant en particulier les débats autour du projet de loi proposé par le ministre du Travail, Daniel Vincent, en 1921. L’importance accordée à ce modèle mutualiste, si elle n’est pas critiquable en soi, aurait gagné à être mieux mise en perspective dans le contexte républicain de la fin du XIXe et du début du XXe siècle avec la référence essentielle à l’activité du Musée social. Si l’article de Michel Dreyfus dans le collectif réuni par Colette Chambelland (Le Musée social en son temps,Presses de l’ENS,1998) est cité, on ne peut que regretter que la thèse de Janet Horne (New York University,1991) ne soit pas utilisée (même si son livre n’a paru qu’en 2002, et la traduction française en 2004 : Le Musée social. Aux origines de l’État providence,Belin). Dans cette même logique et alors que le thème de la réforme sociale est au cœur d’une partie de sa démonstration, on ne peut que regretter que Dutton ne commente pas les résultats exposés par Christian Topalov dans le collectif qu’il a dirigé en 1999,Laboratoires du nouveau siècle. La nébuleuse réformatrice et ses réseaux en France (1880-1914), Éditions de l’EHESS.
31 Le troisième chapitre expose les sujets qui opposent les syndicats patronaux et les confédérations ouvrières, tandis que le quatrième reprend l’analyse serrée des débats parlementaires des années 1920 conduisant au vote des lois de 1928 et de 1932. Malgré quelques pages qui mettent en valeur le rôle de Charles Picquenard, l’influent directeur du Travail au ministère durant toute cette période, une partie du sujet est peu aperçue. En effet, Dutton ne saisit pas les acteurs qui, au Conseil d’État, sont chargés de l’élaboration des règlements d’administration publique de ces lois et qui sont de très bons connaisseurs de ces questions, avec au premier rang Georges Cahen-Salvador, qui s’entoure sur ce dossier de jeunes auditeurs comme Alexandre Parodi et Pierre Laroque, qu’il mobilise par la suite dans l’expérience du Conseil national économique. Les responsabilités de Cahen-Salvador, qui avait été de 1920 à 1923 directeur des retraites ouvrières et paysannes au ministère du Travail, auraient pu servir de fil directeur pour compléter le portrait des hauts fonctionnaires qui ont mis en place le premier système de protection sociale français.
32 Le cinquième chapitre est très original et repose sur une excellente intuition de l’auteur qui ne se borne pas à étudier la mise en place des caisses dans les villes et pour la population ouvrière, mais s’intéresse aussi aux populations rurales. L’application des lois sociales au monde agricole et rural constitue en effet l’un des grands débats des années 1930 en France. Les pages sur la politique familiale et nataliste sont moins originales et dorénavant à mettre en perspective avec les acquis de deux livres publiés postérieurement (Paul-André Rosental, L’intelligence démographique. Sciences et politiques des populations en France (1930-1960),Odile Jacob,2003 et Rémi Lenoir,Généalogie de la morale familiale, Seuil,2003).
33 Le dernier chapitre sur la Seconde Guerre mondiale et la Libération n’est pas le plus neuf et n’a pas pu intégrer les acquis des deux ouvrages les plus complets sur le sujet que sont le livre dirigé par Philippe-Jean Hesse et Jean-Pierre Le Crom,La protection sociale sous le régime de Vichy,Presses universitaires de Rennes,2001, et celui de Bruno Valat,Histoire de la Sécurité sociale,1945-1967. L’État, l’institution et la santé,Economica,2001.
34 Même si ces considérations sont de moindre importance, on se doit de signaler les trop nombreuses erreurs de détail qui émaillent le livre et qui posent la question de la qualité du travail éditorial. Les noms des villes françaises dans le tableau des pages 31-32 sont parfois mal orthographiés, la bibliographie finale (et répétée dans les notes) comporte des choses curieuses :ainsi, parmi d’autres, la thèse d’État d’Aimée Moutet citée avec un titre exact est présentée comme soutenue à Paris I en 1984, au lieu de Paris X en 1992, ou l’article « Nature et portée de l’arbitrage obligatoire », d’ailleurs mal classé dans la bibliographie, est attribué à « Charles Rondel » et à la revue Le Droit Social, février 1938,121, or il s’agit d’un article de Charles Blondel, publié dans la revue Droit Social en mai 1938, p.98-100.
35 Ces détails sont regrettables car ils introduisent toujours un doute quant à la solidité des références accumulées au cours d’un travail pourtant intéressant. On regrette aussi que dans la présentation des sources d’archives, abondantes compte tenu des dépouillements effectués, les indications soient très sommaires, se résumant le plus souvent à la simple indication de série sans aucune précision de cartons. C’est d’autant plus regrettable que si l’ouvrage ne pouvait prétendre à l’exhaustivité des sources dépouillées pour ce vaste dossier, l’auteur a eu de bonnes intuitions en s’intéressant aux travaux du Conseil supérieur du Travail dans les années 1920 ou aux délibérations du Comité national d’études sociales et politiques (fondé par Albert Kahn).
36 Ce livre est donc un jalon nécessaire d’une histoire des formes de l’État-providence français, histoire pour laquelle les historiens américains œuvrent grandement depuis ces vingt dernières années. Il constitue à ce jour l’une des synthèses les plus ambitieuses sur la période 1914-1947 et n’a pas d’équivalent en français. Mais, malgré de bonnes intuitions, l’ouvrage reste cependant partiel (souvent trop centré sur la question des allocations familiales au détriment des autres risques couverts progressivement : l’accident, la santé, la vieillesse et le chômage) et appelle donc à la continuation du chantier historiographique pour mieux saisir l’histoire politique, économique et sociale des politiques du travail et de la démocratie sociale française.
37 Alain CHATRIOT
GÉRARD VINDT, Les hommes de l’aluminium. Histoire sociale de Pechiney 1921-1973, Paris, Éditions de l’Atelier, 2006,254 p., 27 €.
38 L’entreprise est une institution centrale de la société et l’histoire des relations complexes qui se nouent entre les groupes qui la composent et son environnement est une démarche riche en enseignement pour l’histoire économique et sociale. C’est ce type de travail que propose ici Gérard Vindt, dans une version réduite de sa thèse (sous la direction d’Alain Plessis). Cet ouvrage s’intègre dans une historiographie qui a progressé grâce à l’Institut d’Histoire de l’Aluminium et aux chercheurs qui ont déjà défriché des pans entiers de l’histoire de ce fleuron industriel français. Mais le personnel des entreprises de l’aluminium apparaissait comme le parent pauvre de cette historiographie. L’ambition de l’ouvrage est de combler cette lacune, en s’intéressant aux salariés de Péchiney. L’auteur s’appuie sur des sources de grande ampleur, et plus particulièrement sur les riches archives privées de la firme, qu’elles concernent l’échelle du groupe ou bien ses différents établissements. On ne peut être qu’admiratif devant le travail qu’a dû représenter la consultation de ce corpus impressionnant, complété par des témoignages oraux et par les classiques archives publiques.
39 Gérard Vindt insiste sur la complexité des phénomènes et se refuse ainsi à recourir à deux types d’explications trop simplificatrices : la lutte des classes et la culture d’entreprise. Orienter l’histoire sociale vers la recherche de la plus ou moins forte intensité de la lutte des classes, ou se tourner vers les signes de cohésion a priori, c’est se priver d’un grand nombre d’éléments de compréhension. Dès lors, deux voies d’accès à l’histoire sociale sont mises en avant. D’une part la politique sociale patronale, ses objectifs, les résultats et les réactions qu’elle suscite. D’autre part, la notion d’autonomie, qui permet de saisir le degré de perméabilité de l’institution et de ses différents acteurs vis-à-vis de l’environnement législatif, géographique, sectoriel et économique. L’étude se limite volontairement à l’aluminium, ensemble homogène dont les sites présentent généralement les mêmes caractéristiques d’usines dispersées, loin des grands centres urbains. L’ouvrage commence en 1921, date de la constitution de la société Alais, Froges et Camargue, et se termine en 1973, après une grande grève survenue à Noguères (64), peu de temps après la constitution de Péchiney Ugine Kuhlmann (1971).
40 La première période (1921-1935) correspond au « temps de l’autonomie ». La politique sociale a surtout pour objectif de conserver la main-d’œuvre. Les conditions de travail difficiles provoquent il est vrai un turn over parfois équivalent aux trois quarts de l’effectif (l’Argentière,1927). La clef de l’autonomie pour l’entreprise est la gestion des œuvres sociales. Celle-ci est supervisée par les services administratifs du secrétariat général, bien que des latitudes importantes soient laissées à chaque directeur d’établissement. Les « frais accessoires de main-d’œuvre » représentent près de 25% de la masse salariale (mais les rémunérations et les « frais accessoires » ne représentent que 10 % du prix de revient). Finalement, plus que la politique sociale (logement, systèmes de salaires, aides diverses), ce sont les hausses de productivité et la baisse des effectifs liées à la crise qui favorisent une certaine stabilité de la main-d’œuvre. L’entreprise admet mal la contestation. Les conflits sont rares et les syndicats éphémères. Ce n’est pas le cas de la période suivante (1936-1944) qui voit l’irruption de « l’ouvrier collectif » avec l’affirmation des syndicats de salariés. La direction tente de faire des délégués d’atelier des relais de sa politique sociale, mais la tentative est vite avortée. L’idée de communauté comme alternative à la lutte des classes est alors avancée. Sous jacente dès la fin des années 1930, elle s’exprime très clairement dans le contexte de la Charte du travail du régime de Vichy. AFC associe son personnel dans les Comités sociaux. L’ambiance d’après guerre montre qu’il a existé un certain consensus pendant le conflit, le personnel ne tenant pas rigueur à la direction d’avoir obtenu la possibilité de réaliser un effort social important par une politique de collaboration économique avec l’occupant.
41 Entre 1945 et 1960, face au nouveau rôle des syndicats et à la pression législative, s’affirme le Service de la coordination des relations avec le personnel. Il s’efforce de faciliter le passage d’une communauté paternaliste imposée à la communauté librement consentie, influencé par le management à l’américaine des « human relations ». Les relations sociales sont dès lors fondées sur le consensus productiviste. Le point d’orgue en est l’accord d’entreprise (qui pourrait se résumer ainsi : avantages sociaux contre paix sociale) et l’un des lieux essentiels, le comité central d’entreprise. Les rapports restent autoritaires entre les ouvriers et leur hiérarchie, mais les syndicats voient leur action canalisée par des institutions qui contribuent à rapprocher les points de vue. La dernière période observée (1960-1973) est pourtant celle des conflits. Dans un contexte d’internationalisation, la direction prend de plus en plus de distances avec sa « communauté d’entreprise à construire », tandis que l’incompréhension est de plus en plus grande avec les syndicats. Les salariés supportent moins les contraintes hiérarchiques.
42 Les conflits de cette période montrent l’inadaptation croissante du système de régulation mis en place après guerre.
43 L’ouvrage réalise bien son ambitieux objectif de faire l’histoire sociale d’une grande entreprise multi-sites. La notion d’autonomie paraît assez pertinente pour donner une cohérence à l’ensemble, parvenant ainsi à surmonter la difficulté que représente l’articulation entre le groupe et ses établissements. On perd certes en finesse par rapport à des études ciblées sur un site, dans lesquelles on peut bien mieux appréhender les situations de travail ainsi que les impacts réciproques d’une société et du territoire dans lequel elle est insérée. Mais le lecteur y gagne une meilleure perception de la place que prend chaque catégorie de salariés dans l’entreprise, de même que la mise en évidence de la convergence ou de la divergence des stratégies patronales et salariales selon les époques. L’ouvrage est par ailleurs très heureusement agrémenté d’encarts évoquant quelques trajectoires individuelles représentatives. La question du rapport à l’entreprise est ainsi précisée : c’est bien plus à l’établissement et à son territoire qu’ouvriers et employés sont attachés, tandis que cadres, ingénieurs et directeurs, plus mobiles, ont un lien beaucoup plus fort avec la firme.
44 Nicolas MARTY
PLAN DE L'ARTICLE
- GÉRARD BÉAUR, CHRISTOPHE DUHAMELLE, REINER PRASS, JüRGEN SCHLUMBOHM ( ÉD.),Les sociétés rurales en Allemagne et en France ( XVIIIe et XIXe siècles), Rennes, Association d’Histoire des Sociétés Rurales, Rennes, 2004,303 p., 32 €.
- JEAN-MARC OLIVIER, Des clous, des horloges et des lunettes. Les campagnards moréziens en industrie (1780-1914), Paris, Éditions du CTHS, 2004,608 p., 31€.
- YANNICK MAREC, Bienfaisance communale et protection sociale à Rouen (1796-1927). Expériences locales et liaisons nationales, Paris, Association pour l’Étude de l’Histoire de la Sécurité Sociale/La Documentation Française, 2002,2 vol., 1362 p.
- PAUL V. DUTTON, Origins of the French Welfare State. The Struggle for Social Reform in France, 1914-1947, Cambridge, Cambridge University Press, 2002, XIII-251 p.
- GÉRARD VINDT, Les hommes de l’aluminium. Histoire sociale de Pechiney 1921-1973, Paris, Éditions de l’Atelier, 2006,254 p., 27 €.
POUR CITER CET ARTICLE
« Comptes rendus », Revue d’histoire moderne et contemporaine 1/2007 (no 54-1), p. 270-279.
URL : www.cairn.info/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2007-1-page-270.htm.




