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S'inscrire Alertes e-mail - Revue d’histoire moderne et contemporaine Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezLa grandeur d’Édimbourg.
Savoirs et mobilisation identitaire au XVIIIe siècleAuteurStéphane Van damme du même auteur
Department of History Humanities Building (Library Road) University of Warwick Coventry CV4 7AL s.van-damme@warwick.ac.uk« Édimbourg, ville-monde », l’expression quelque peu grandiloquente a de quoi surprendre, surtout si l’on prête à cette notion une dimension politique ou économique qui caractériserait nos villes globales[1] [1] Cet article fait partie d’une recherche en cours financée...
suite. Pourtant, lorsque l’on évoque la représentation intellectuelle de la capitale écossaise au XVIIIe siècle, force est de constater que sa stature dépasse largement les seuls indicateurs socio-écono-miques de sa puissance[2] [2] Sur le développement urbain d’Édimbourg, voir Rab HOUSTON,...
suite. Une historiographie récente s’est proposée de dépasser ces définitions critérielles et de dénaturaliser ces catégories de classement et d’analyse en s’intéressant aux pratiques concrètes et aux opérations intellectuelles qui produisent de la centralité urbaine. Dans une démarche comparatiste, James Amelang propose ainsi une enquête sur les formes de persistance de la « grandeur urbaine » dans les anciennes capitales politiques européennes que furent Naples, Barcelone et Édimbourg, tandis que Derek Keene suggère de tester le modèle des Cités-États italiennes sur le cas londonien, pour définir un modèle métropolitain d’Ancien Régime[3] [3] James AMELANG,« Comparing cities :a Barcelona model ?»,...
suite. Ces deux exemples invitent à s’interroger sur les ressorts intellectuels et savants d’une centralité dans le cas d’une ville comme Édimbourg qui, au XVIIIe siècle, perd très tôt son statut de capitale politique, mais gagne ensuite celui de centre de savoirs.
2 Depuis les années 1970, une historiographie abondante, croisant les apports de l’histoire culturelle de l’identité nationale[4] [4] Colin KIDD, British Identities before Nationalism. Ethnicity...
suite, de l’histoire des savoirs[5] [5] On peut citer trois auteurs emblématiques de l’histoire...
suite ou encore de l’histoire des Lumières écossaises,[6] [6] Pour ne citer que deux auteurs emblématiques de ce renouveau...
suite a redonné toute sa place aux pratiques savantes dans la constitution de cette reconnaissance politique du centre écossais. Ces travaux ont opéré un triple déplacement par rapport au grand récit de l’émergence du nationalisme écossais. En premier lieu, ils ont souligné la longévité de la « métropolisation » culturelle d’Édimbourg, voulue par Londres dans le cadre de la constitution d’un espace britannique unifié, en montrant que s’y jouait une provincialisation de la capitale écossaise[7] [7] Sur cette centralité culturelle :Peter BORSAY,« The...
suite. Dès les années 1680, dans le cadre d’un processus d’anglicisation de Londres et des institutions centrales, le pouvoir royal avait décidé de faire d’Édimbourg une seconde capitale et, par l’attribution de nombreuses chartes à des équipements de savoir, de miser sur cette dimension intellectuelle pour satisfaire les élites écossaises. Outre l’université et ses collèges, la bibliothèque des avocats fut créée. L’essor des disciplines scientifiques telles que la chirurgie, l’astronomie, la cartographie et les mathématiques, fut encouragé par le patronage royal[8] [8] Murray PITTOCK, The Invention of Scotland :The Stuart...
suite.
3 Pour autant, ce basculement dans les registres de la reconnaissance n’est pas un simple transfert du politique vers le scientifique. Même si les savoirs ont longtemps été mis à contribution par les historiens pour saisir une tension, qui ira en s’accentuant parmi les élites écossaises tout au long du XVIIIe siècle, après l’acte d’union en 1707 et la révolte jacobite de 1756, entre un désir d’intégration à l’espace britannique et la célébration du glorieux passé de l’Écosse, c’est récemment qu’a été soulignée la complexité du rôle tenu par les savoirs dans ce jeu d’intégration et d’opposition. On doit ainsi à Colin Kidd d’avoir montré comment se joue, dans la production d’une histoire écossaise, la définition d’une identité anglo-britannique autant que la formation d’un nationalisme écossais[9] [9] C. KIDD, Subverting Scotland’s Past :Scottish Whig...
suite. Plus récemment, John Robertson, en montrant comment s’articulent les structures universitaires et le développement de l’économie politique, a affirmé que les milieux intellectuels d’Édimbourg n’étaient pas refermés sur un localisme étroit et militant, mais au contraire ouverts aux problématiques universalistes des Lumières. Selon la démonstration de Robertson, la singularité d’Édimbourg renforce sa présence dans un espace intellectuel international, et autorise des expérimentations nouvelles et des comparaisons avec d’autres villes. Au plan des savoirs géographiques, Charles Withers, en partant du questionnaire de l’histoire sociale et culturelle des sciences, a travaillé sur le lien entre sciences de terrain et revendication nationale, et précisé les principales étapes de l’émergence d’un « espace public des savoirs » à Édimbourg dans la seconde moitié du XVIIIe siècle[10] [10] Charles WITHERS, « Geography, Enlightenment and the public...
suite. L’approche de Withers déplace les premières enquêtes prosopographiques autour des lieux de savoir, en resituant les pratiques savantes par rapport aux enjeux politiques.
4 Ces travaux, aussi variés par leurs approches que par leurs finalités, ont contribué à poser indirectement la question des échelles de la reconnaissance de la ville, et ils invitent à confronter l’économie des savoirs avec l’économie identitaire qui se met en place dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Dans cet article, on se demandera comment une cité peut proposer une double grandeur :la revendication d’universalité qui fait d’Édimbourg une ville-monde; et la célébration d’un localisme fort et de l’appartenance écossaise, qui doit perpétuer l’identité d’une capitale nationale[11] [11] Jean BOUTIER, « Sociabilité septentrionale et politisation...
suite. L’enquête croisera l’analyse des conditions matérielles du travail intellectuel avec une étude de la valeur et des représentations urbaines[12] [12] Dans ce cadre, elle reprend une des interrogations proposées...
suite.
LA « MÉTROPOLISATION » INTELLECTUELLE D’ÉDIMBOURG
5 Saisir les nouvelles dynamiques urbaines dans l’organisation des savoirs invite de prime abord à comprendre l’inscription des activités savantes dans l’espace de la ville. Le déplacement progressif du travail intellectuel des lieux traditionnels de savoir vers les institutions de sociabilité académique, comme la floraison d’une multitude de petites sociétés, méritent d’être examinés[13] [13] Pour une analyse plus approfondie de cette problématique,...
suite. Si les institutions et les discours sur la sociabilité ont retenu l’attention, force est de constater que ce n’est pas dans le cadre d’un champ d’études comparées des sociabilités. L’importance accordée aux institutions universitaires et aux institutions scientifiques ne s’est pas suffisamment accompagnée d’une histoire socioculturelle des élites urbaines.
6 Pourtant, on ne peut nier que le développement des institutions de savoir s’inscrit dans une évolution plus large de l’espace culturel de la ville d’Édimbourg largement dépendante d’un processus de « métropolisation ».
Mobilité, attractivité et accueil
7 On peut en premier lieu s’interroger sur la manière dont les savants perçoivent la floraison des sociabilités intellectuelles dans la ville. Dans la littérature associée aux voyages et constituée par trois genres – guides de ville, descriptions urbaines et récits de voyage – force est de constater que longtemps la visite de la cité s’est organisée selon une vision monumentale de l’ordre urbain[14] [14] On trouvera une approche comparable dans C. CHARLE (éd. ),...
suite. Dans les cinq guides publiés dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, on retrouve l’énumération des principales institutions intellectuelles : l’université, l’infirmerie royale, et l’observatoire fondé en 1736[15] [15] A New Guide to the City of Edinburgh; containing a Description...
suite. La haute réputation de l’université est un signe de la pacification de la situation écossaise et de l’accomplissement de l’union :
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9 La perception d’une distance, d’un éloignement par rapport au centre est souvent rappelée.The Traveller’s Companion through the City of Edinburgh publié en 1794 par Alexander Kincaid innove en introduisant la liste des nouveaux lieux de savoirs :la bibliothèque des avocats (Advocates Library), la Society of Antiquaries[16] [16] The Traveller’s Companion through the City of Edinburgh...
suite. Mais les guides de voyage sont aussi peu diserts sur les nouveaux espaces de sociabilité.
10 De même, dans la littérature des récits de voyage, le passage par Édimbourg donne rarement matière à description ou commentaires sur l’activité savante.
11 L’espace intellectuel y est plutôt décrit comme une succession de lieux. Pour les voyageurs étrangers ou anglais qui s’y arrêtent, le thème de la sociabilité et de l’accueil par la société des élites d’Édimbourg apparaît pourtant central. Du côté des étrangers, il faut noter que le séjour dans cette ville s’inscrit le plus souvent dans le cadre des vacances, et prend place au retour des expéditions dans les Highlands. Arrivés à Édimbourg, ces savants étrangers goûtent à l’hospitalité écossaise. La capitale est ainsi perçue comme un « centre de récréation et de convivialité »[17] [17] Richard B. SHER,« An “agreable and instructive society” :Benjamin...
suite. Cet accueil est souvent décrit comme rude mais chaleureux.À la frontière entre récit de voyage et observation sociale, toute une littérature se propose ainsi d’examiner l’étrangeté de ces « manières écossaises »[18] [18] Letters from Edinburgh; Written in the Years 1774 and 1775 :containing...
suite. En 1793, le libraire et polygraphe William Creech, dans une réflexion sur les « modes de vie, des arts, du commerce, de la littérature et des manières d’Édimbourg », s’appuie sur ce genre pour avancer une comparaison avec la situation de la ville en 1763. Mais, fortement influencé par les savoirs sociaux de son temps, Creech entend illustrer le « progrès statistique de la capitale de l’Écosse »:
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13 La question des mœurs croise ici la représentation classique de la métropole corruptrice à laquelle sont identifiées Paris et Londres. La taille de la cité, l’essor du commerce et de l’industrie sont la cause selon Creech d’une dénaturation du tissu social de la ville. La centralité de ce thème est d’autant plus importante que la notion de commerce sociable est un des concepts clefs de la philosophie morale écossaise. Nicholas Phillipson a pu ainsi avancer l’idée que les élites écossaises, privées après 1707 de leurs institutions politiques, n’avaient pas eu d’autres choix que d’adopter les valeurs de politesse et de sociabilité proposées par l’Angleterre (et en particulier par Joseph Addison) pour développer une vie publique[20] [20] Nicholas PHILLIPSON,« The Scottish Enlightenment »,...
suite. Cette orientation fut vivement encouragée par l’ouverture d’un enseignement de philosophie morale à l’université dès le début du siècle avec Francis Hutcheson[21] [21] De manière surprenante, il y a très peu d’études qui...
suite. Contre la théorie « égoïste » de Hobbes et de Mandeville qui pense la société sur la base d’individus atomisés[22] [22] Voir la présentation de Norbert WASZEK,L’Écosse des...
suite, David Hume réaffirme que la nature humaine est mue par une « impulsion naturelle » à la société et se propose de montrer que la « sociabilité naturelle » est au fondement de toute société humaine à partir de sa doctrine de la sympathie qui sera reprise par Adam Smith dans sa Théorie des sentiments moraux en 1759.
14 La sociabilité ne fait pas figure de singularité dans le paysage urbain, à l’exception près de Barthélémy Faujas de Saint-Fond qui, quant à lui, décrit longuement ces cercles dans son Voyage en Angleterre, en Écosse et aux Iles Hébrides publié en 1799 et rapidement traduit en anglais[23] [23] Barthélémy FAUJAS DE SAINT-FOND, Voyage en Angleterre,...
suite. On a affaire ici à un regard français sur Édimbourg, qui insiste sur la valeur des institutions savantes distinguant la ville des autres grandes cités de savoir européennes, et qui joue en particulier sur la comparaison avec Londres. Outre les diverses sociétés, l’université et le collège de médecine, il évoque longuement les cabinets de curiosité et ses rencontres avec le chimiste Black, le médecin Cullen ou encore Adam Smith. Si Londres offre l’attrait mondain des capitales, Édimbourg apparaît comme le vrai centre intellectuel britannique : « Les sciences, les lettres, l’histoire naturelle et les arts, entrant essentiellement dans mon plan de voyage; ce que j’ai à dire sur Edinburgh roulera principalement sur ces objets :on trouve ailleurs des descriptions topographiques de la ville »[24] [24] Ibidem, p. 258. ...
suite. Le critère intellectuel est un élément distinctif de la cité, mais il se caractérise à son tour par la place dévolue à l’étude et à la célébration de la singularité écossaise[25] [25] Au milieu du XIXe siècle, l’Écosse est au contraire...
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16 À la fin du XVIIIe siècle, la représentation d’Édimbourg en centre de savoirs est parfaitement assurée, et constitue même un élément d’attraction et de curiosité. Les almanachs incarnent d’abord bien cette vision monumentale de la cité écossaise qui matérialise la dépendance avec le centre londonien et la monarchie anglaise[27] [27] The Edinburgh Almanach,1782;The Edinburgh Almanach,1790,...
suite. La représentation des lieux de sociabilité est suffisamment stable pour devenir une dimension centrale du genre des histoires urbaines.
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17 Dans un corpus de sept histoires d’Édimbourg publiées au XVIIIe siècle, plus précisément dans la seconde moitié, la présence des nouveaux lieux de savoir comme les sociétés académiques côtoie la description des concerts, du théâtre ou encore de l’essor de la presse périodique. Cette reconfiguration de l’espace culturel urbain est progressivement valorisée, comme en témoigne par exemple l’ouvrage publié par Hugo Arnot, qui consacre des chapitres III et IV du livre trois à décrire ces institutions[28] [28] Hugo ARNOT,The History of Edinburgh, from the Earliest Accounts...
suite. Si la surdétermination des savoirs et de la philosophie a peu encouragé les recherches sur les autres pratiques de sociabilité enracinées dans les modes de divertissement, dans la mondanité aristocratique ou dans la philanthropie, cela ne veut pas dire qu’elles sont absentes du paysage urbain[29] [29] La musique et le théâtre sont des pratiques souvent mentionnées :...
suite. Il ne faudrait pas hâtivement conclure à une trop forte singularité des pratiques écossaises.
18 Sur deux points, les recherches méritent d’être encouragées avant de conclure à un écart par rapport au modèle continental. Le rôle joué par la franc-maçonnerie dans les cercles savants reste à évaluer[30] [30] L’historiographie de la franc-maçonnerie semble surtout...
suite. Une brochure publiée en 1761 recense pourtant trois loges importantes sur les 65 installées en Écosse[31] [31] The Free Masons Pocket Companion; containing the Origin,...
suite. De même, on trouvera peu d’études sur la sociabilité aristocratique ou sur la place des femmes[32] [32] Eileen Janes YEO,« Gender, medicine and science », in...
suite, ou encore sur la sociabilité masculine des clubs. Pourtant en 1742, Aaron Hill pouvait louer le fait que la multiplication des sociétés ne concernait pas simplement les gentlemen,« mais les dames même d’Édimbourg forment des sociétés de bénévoles en vue de l’amélioration de leur savoir au lieu de se complaire dans le divertissement de leur fantaisie ». Parmi ces sociétés féminines, on peut signaler le Fair Intellectual Club, fondé par trois femmes autour de 1717[33] [33] Sur ces deux points, cf. P. CLARK, British Clubs and Societies…,...
suite. La place progressive accordée au théâtre et à la musique parmi les loisirs urbains souligne l’alignement des pratiques écossaises sur celles des élites européennes.
Espace universitaire et formes de sociabilité
19 Si les formes de sociabilité intellectuelle ont retenu l’attention des historiens, c’est non seulement parce que l’invention historiographique des « Lumières écossaises » au XIXe siècle a répondu aux besoins d’une affirmation identitaire, mais aussi parce qu’elle offrait un cas exemplaire pour la réévaluation du contexte national des Lumières contre le cosmopolitisme cher à Franco Venturi. Dans le sillage de l’ouvrage collectif dirigé par Roy Porter et Mikulàs Teich en 1981, beaucoup d’historiens ont cherché à complexifier, voire à contester la vision française des Lumières, « centrées autour d’une coterie de philosophes libres penseurs parisiens »[34] [34] J. ROBERTSON, « The Enlightenment above national context :...
suite, mais aussi à introduire un jeu d’échelles entre les différentes villes. Cette approche a ainsi d’abord contribué à approfondir nos connaissances des lieux de sociabilité savante. L’étude des principales institutions culturelles dans de multiples monographies a cherché à circonscrire le monde des philosophes écossais et à préciser le contexte de leur développement dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, après les dernières révoltes jacobites[35] [35] John R. CHRISTIE,« The origins and development of the Scottish...
suite. Ces monographies sont néanmoins plus tournées vers l’analyse d’une « science nationale » ou l’émergence d’un processus de professionnalisation des hommes de science que vers une histoire comparée des formes de sociabilité[36] [36] J. -B. MORRELL, « Reflections on the history of Scottish...
suite. Ces institutions y sont immédiatement identifiées à un « espace public de la science »[37] [37] S. SHAPIN, « The audience for science in eighteenth-century...
suite, alors même que leur fonctionnement et leur création restent souvent attachés à un patronage puissant. Dans une série d’articles repris dans son ouvrage The Case for the Enlightenment, John Robertson identifie un double écart par rapport aux modèles continentaux[38] [38] J. ROBERTSON,« The Scottish Enlightenment »,Rivista storica...
suite. En premier lieu, ces Lumières seraient l’œuvre de professeurs et s’enracineraient dans l’université. En second lieu, elles seraient puissamment portées par les gens d’Église, et donc annuleraient la relation entre Lumières et irréligion, comme l’indique l’exemple de William Robertson.
20 Aux côtés de l’université et des différentes institutions royales, les équipements scientifiques se multiplient comme la Royal Infirmary, le Royal Botanical Garden fondé en 1670[39] [39] Arthur LoganTURNER, The Royal Infirmary of Edinburgh. Bicentenary...
suite. Dès 1681, les membres du Royal College of Physicians of Edinburgh cultivèrent un jardin à des fins pédagogiques : le Physical Garden, qui permit l’introduction des plantes médicinales.À la fin du siècle, l’incorporation à l’école de médecine des chirurgiens s’accompagna de son côté de l’ouverture d’un théâtre d’anatomie en 1697[40] [40] [TXTNOTESno0]
suite. L’ensemble de ces institutions aboutit à la fondation de l’école de médecine en 1726. Le développement des équipements et des chaires d’enseignements spécialisés entraîna l’essor des bibliothèques[41] [41] [TXTNOTESno0]
suite. Celle de l’université d’Édimbourg devient par la reconnaissance du dépôt légal une des bibliothèques publiques nationales. Les collections y sont constamment enrichies par ces acquisitions, grâce à un agent basé à Londres qui est en charge de veiller à la distribution des livres au Stationer Hall à Londres. Après avoir commissionné pour cette tâche un ancien étudiant de l’université, devenu pamphlétaire, George Ridpath, la bibliothèque de l’université choisira comme agent un libraire d’Édimbourg, George Stewart.
21 En 1754, elle lui préfère l’imprimeur écossais installé à Londres, William Strahan[42] [42] [TXTNOTESno0]
suite. La bibliothèque de l’université s’enrichit aussi de dons ponctuels associés à la création d’une chaire, comme en 1707 avec l’établissement du poste de professeur de droit public par décret royal. En 1838, ses fonds atteindront 63 000 volumes. Si, au sommet de la pyramide, cette bibliothèque participe de l’émergence des grandes bibliothèques nationales, les ressources se 40. Guenter B.RISSE,Hospital Life in Enlightenment Scotland :Care and Teaching at the Royal Infirmary diversifient avec l’ouverture de la bibliothèque des avocats qui est destinée au prêt. Au sein même de l’université, une progressive spécialisation s’effectue.
22 Des collections spécialisées voient le jour, au sein de l’université, plus directement articulées aux pratiques pédagogiques. Ainsi, Édimbourg dispose d’une bibliothèque de théologie dès 1698, et temporairement d’une autre, consacrée à la physiologie. Ces collections pédagogiques liées à l’enseignement sont constituées sur le modèle des bibliothèques de séminaires qui s’ouvrent dans les universités allemandes comme Göttingen[43] [43] M. D. BELL, « Faculty and class libraries », in J. R. ...
suite. De même, la plupart des lieux de sociabilité qui apparaissent entre 1780 et 1840 ouvrent leurs propres bibliothèques. Le Royal College of Physicians d’Édimbourg en crée une en 1682, et connaît très vite un problème de place. La possibilité de fusion des collections avec la bibliothèque de l’université est rejetée en 1763[44] [44] John SYMONS,« Scientific and medical libraries :the...
suite. L’installation du Royal College of Physicians dans un nouveau bâtiment, en 1781, permet un nouvel essor, et la réalisation de premiers catalogues imprimés en 1767,1769 et 1849.
23 Le Royal College of Surgeons ouvre aussi une bibliothèque en 1696 qui sera incorporée à celle de l’université en 1764. La réputation internationale d’Édimbourg pour les études de médecine tient aussi au dynamisme de la Royal Medical Society créée en 1737 dont la bibliothèque ouvre ses portes en 1776 et atteindra 12 000 volumes en 1830. La Royal Physical Society (1771) offre une bibliothèque plus petite spécialisée en zoologie. La multiplication de ces équipements est à la fois le résultat d’un dynamisme et de tensions avec l’université qui refuse à de nombreuses reprises d’incorporer ces différentes collections. Elle répond aussi à un besoin de spécialisation des domaines de savoirs : la bibliothèque de la Royal Society témoigne d’un engouement envers les sciences de la terre à la fin du siècle. Les collections médicales ou scientifiques généralistes laissent la place à des intérêts plus spécifiques. Ces bibliothèques d’étude sont complétées par la bibliothèque de la ville (town library) et par les bibliothèques mobiles, dont celle établie par Alan Ramsay, puis son successeur James Sibbald à Parlement Square dans Édimbourg.
24 On doit aux travaux de Roger Emerson l’étude précise de ces nouveaux lieux de savoirs[45] [45] Roger L. EMERSON, « The Philosophical Society of Edinburgh,...
suite. Un triple principe organise ces sociétés ou clubs qui se multiplient tout au long du XVIIIe siècle : l’articulation organique avec l’institution universitaire; une généalogie des cercles qui, au-delà de leur durée de vie limitée, maintient une unité tout au long du siècle; enfin un large spectre de domaines qui différencie nettement les lieux de sociabilité généralistes ouverts à tous les savoirs et ceux plus spécialisés qui relaient souvent les facultés universitaires. Dès 1716, la fondation du Rankenian Club qui prend son nom de la taverne de Thomas Ranken où les membres se rencontraient, permet le développement des activités littéraires écossaises, et parmi elles les travaux de l’évêque George Berkeley qui publie ses Dialogues en 1713. Ce club fonctionne jusque dans les années 1770 et a drainé bon nombre de professeurs de l’université. Dans un registre plus pratique, la Society of Improvers s’illustra dans la première moitié du XVIIIe siècle, associée aux grands nobles propriétaires terriens : le duc d’Athole et le duc d’Hamilton[46] [46] Robert MAXWELL (éd. ), Select Transactions of the Honourable...
suite. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, trois sociétés se sont intéressées à la philosophie naturelle : la Medical Society, créée en 1731, devient en 1737 la Philosophical Society. Si on ne dispose plus des registres de minutes, on peut grâce aux Transactions reconstituer les activités de cette société présidée par David Hume. Bien que les buts affichés concernent la promotion de la philosophie naturelle et de la littérature, en écartant volontairement ce qui relève des affaires de l’Église et de l’État, entre 1754 et 1771, c’est la médecine qui règne, suivie par la chimie et la physique.
25 L’antiquariat et l’histoire naturelle sont complètement absentes. Seule la botanique s’affirme à la fin de la période. Dans les années 1770, la Philosophical Society placée sous la férule autoritaire de Lord Kaimes donne lieu à la création de petits groupes tels que le Newtonian Club. La Royal Society d’Édimbourg émerge d’une transformation de la Philosophical Society en une institution reconnue par le patronage royal[47] [47] S. SHAPIN, « Property, patronage, and the politics of...
suite. La Royal Society est composée de deux classes, la classe des lettres qui regroupe les activités littéraires et antiquaires, et la classe des sciences. Dans le même temps, le monde des antiquaires se structure avec la création en 1782 de la Society of Antiquaries of Scotland, sous l’impulsion de trois personnages : David Steuart Erskine, Lord Buchan; William Smellie, imprimeur et naturaliste; et John Walker, ministre de l’Église d’Écosse et professeur d’histoire naturelle à l’université d’Édimbourg[48] [48] Sur la Society of Antiquaries:Rosemary SWEET,Antiquaries :The...
suite.
LES ÉCHELLES DE LA GRANDEUR : LE DÉPLOIEMENT DES RÉSEAUX SAVANTS
26 Longtemps, l’historiographie des « Lumières écossaises » a hésité entre une vision des Lumières cosmopolites, émancipatrices et unitaires inscrite dans la filiation de Franco Venturi, et une approche en termes de contextes nationaux qui mettait l’accent sur leur insertion dans un espace culturel britannique en cours de formation. Sans abandonner ces perspectives, des travaux récents ont entrepris de décrire Édimbourg à la croisée de différents espaces extraeuropéens de circulation des savoirs qui s’affirment au XVIIIe siècle, en particulier les espaces asiatiques ou atlantiques (qu’il s’agisse des colonies américaines ou du monde des Caraïbes). L’espace continental des Lumières apparaît ainsi connecté par l’intermédiaire d’Édimbourg à l’espace britannique, aux espaces atlantiques ou coloniaux plus lointains[49] [49] Richard B. SHER et Jeffrey R. SMITTEN (éd. ),Scotland and...
suite. Les échanges épistolaires, les pratiques de la sociabilité intellectuelle, l’intensification des mobilités contrebalancent une rhétorique de la marginalité entretenue avec Londres. Ils encouragent une pratique de la comparaison qui permet de jauger la grandeur écossaise.
27 Cette représentation du monde intellectuel en réseaux se fonde sur la mobilisation des « savants » écossais où qu’ils se trouvent : dans les colonies américaines, en Russie, en Inde, en France, à Londres. Sans s’en tenir à une vision professionnalisée des savants, ces recherches soulignent le rôle spontané joué par les élites de la diaspora écossaise pour recueillir informations, spécimens, manuscrits et livres. Cette entreprise de collecte, qui n’obéit à aucune politique explicite des savoirs (si ce n’est la volonté d’enrichir les collections) et qui reste faiblement « disciplinée » (ici pas de protocoles ou de guides), contribue néanmoins à faire de la ville un des centres de polarisation de l’activité scientifique au sein du Royaume-Uni. On examinera ici les différentes échelles de l’action savante écossaise.
Édimbourg, capitale provinciale britannique
28 L’attention portée au contexte national dans l’historiographie des Lumières a ouvert une réflexion sur le rôle joué par les réseaux provinciaux dans cette constitution. Birmingham, Manchester et Newcastle ont vu leur importance soulignée par rapport au centre londonien. Les historiens britanniques, désireux de ne plus rester enfermés dans une problématique centre/périphéries provinciales, proposent désormais l’étude d’espaces régionaux où les savoirs circulent intensément dans la seconde partie du XVIIIe siècle[50] [50] C’est Roy Porter qui fut l’un des premiers à encourager...
suite. Cette contextualisation de l’organisation des savoirs dans un horizon régional ou national signale ainsi une autre dimension de la dynamique de métropolisation d’Édimbourg. Elle la situe doublement, à la fois par rapport au centre londonien dans le cadre de la construction de l’espace britannique et de la montée en puissance de la capitale nationale, mais aussi par rapport aux autres villes écossaises. Un système relationnel se met en place, qui donne à Édimbourg une place prééminente.
29 La définition d’Édimbourg en « capitale philosophique » de premier plan ne repose pas uniquement sur l’accumulation d’équipements ou d’institutions.
30 Elle s’élabore dans la comparaison avec d’autres villes, et dans une relation de concurrence liée au contexte de la construction d’un espace culturel de la britishness[51] [51] Dror WAHRMAN,« National society, communal culture :an...
suite. Un discours du déclin ou de la grandeur ignorée prend forme en contrepoint de cette sédimentation institutionnelle. Deux éléments de différenciation sont à évoquer. En premier lieu, il faut situer la place d’Édimbourg par rapport à Glasgow ou Aberdeen. Si l’on examine les almanachs comme les guides de voyages ou les histoires d’Édimbourg, la ville possède le plus grand nombre d’institutions savantes reconnues, loin devant Aberdeen et Glasgow même si ces dernières ont participé au mouvement des Lumières et font l’objet d’une réévaluation[52] [52] Paul WOOD,The Aberdeen Enlightenment :the Arts Curriculum...
suite. Ensuite, il faut rappeler la vive rivalité avec Londres qui incite les élites d’Édimbourg à élaborer un discours du décalage culturel, de la « culture de la distance ». On peut citer ici deux discours restés célèbres. Les relations avec Londres y sont mises en scène de manière très hétérogène. Dans quelle mesure la mise en place des réseaux de sociabilité consiste-t-elle à fonder des lieux à distance du centre londonien ? Dans un discours anniversaire de la Society of the Antiquaries of Scotland, le président de la Société en 1784 rappelle les buts de l’institution :
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L’Écosse, de royaume indépendant, est devenue une province disputée et épuisée de l’union britannique. La métropole d’Angleterre ne tire pas seulement d’elle tout son argent et ses patrons naturels, elle puise aussi dans ses archives, ses livres manuscrits, et dans ses monuments d’une grandeur ancienne pleins d’une fatalité politique »[53] [53] National Library of Scotland (Édimbourg) – désormais...
suite.
32 Au sein de la Royal Society d’Édimbourg, on trouve un discours équivalent sous la plume de Henry Mackenzie :
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suite.
34 Par rapport à ses rivales écossaises, Édimbourg jouit pourtant d’une position privilégiée dans le monde de l’édition, au point de devenir, selon Richard Sher, le centre éditorial des Lumières britanniques grâce à un dynamisme éditorial et commercial impressionnant qui s’appuie sur le développement d’un réseau de succursales à Londres et en Amérique du Nord[55] [55] R. B. SHER,The Enlightenment and the Book :Scottish Authors...
suite. À partir d’une étude prosopographique des auteurs et des éditeurs, Richard Sher a esquissé cet espace de production et de circulation des livres entre Édimbourg, Londres, l’Irlande et les colonies américaines. Les poursuites engagées par les éditeurs londoniens pour non-respect du copyright en 1738-1739 aboutissent aussi à faire d’Édimbourg un centre de réimpressions et d’exportation des éditions anglaises. La diffusion des livres écossais à travers une grande variété de réseaux conforte leur position en Irlande, en Amérique[56] [56] Aux côtés de Benjamin Franklin, de David Hall et de James...
suite, dans les provinces anglaises ainsi qu’en Europe. Les relations avec Londres sont donc ambivalentes. En dépit d’indéniables tensions tout au long du siècle sur la question des droits de reproduction, qui rejaillissent sur la situation de l’édition irlandaise et écossaise, on compte de nombreuses collaborations comme en témoignent les coéditions multiples ou l’installation de libraires-imprimeurs écossais à Londres[57] [57] Voir Stephen BROWN, Warren MC DOUGLAS (éd. ), The Edinburgh...
suite. Position centrale de Londres certes, mais qui selon Richard Sher s’émousse dans les dernières décennies du siècle.
Des mondes atlantiques à l’Asie : savoirs lointains et espaces coloniaux
35 L’ouverture d’Édimbourg à ces nouveaux horizons témoigne d’une mobilisation importante des Écossais dans la dynamique impériale, mais elle confirme aussi, en dépit du départ et de l’éloignement, une volonté d’échanges matériels et intellectuels avec la capitale écossaise. Sans pouvoir faire ici un inventaire exhaustif et précis de ces horizons, on évoquera à travers quelques exemples la variété des relations[58] [58] Pour un cadre général, voir Tom M. DEVINE, Scotland’s...
suite.
36 Thomas Bender a montré comment Édimbourg constituait un véritable modèle intellectuel pour les élites de la colonie new-yorkaise dans le sillage des effets de la Glorieuse révolution et de l’intégration nouvelle dans l’orbite anglaise.
37 Édimbourg était d’abord un lieu de formation intellectuelle :James Alexander et Cadwallader Colden avaient été formés dans la ville écossaise[59] [59] On suit ici le remarquable livre de Thomas BENDER,New York...
suite. Ce dernier, médecin qui vient s’installer à New York comme lieutenant-gouverneur, pratique la botanique et la physique dans une perspective newtonnienne, écrivant même sur les principes de la gravitation. Il contribue dans son History of the Five Indian Nations (1727) à l’histoire de l’Amérique qui va devenir un terrain de prédilection des savants écossais au XVIIIe siècle[60] [60] Voir sur ce point, les travaux en cours de Silvia Sebastiani. ...
suite. Il propose en 1728 la création d’une société savante à l’image de la Royal Society[61] [61] T. BENDER, New York intellect…, op. cit. , p. 13. ...
suite. Au-delà de ce premier savant, dans la seconde moitié du siècle, les élites new-yorkaises intensifient leurs relations avec Édimbourg. Le groupe des avocats, à l’imitation d’Édimbourg, devint un des creusets du milieu intellectuel. William Smith Junior, James Alexander, John Morin Scott entendaient aussi s’inspirer du modèle éducatif écossais, et contestaient les Lumières anglicanes. William Livingston, né en 1742, envoyé à New York pour y étudier le droit, devenu un grand avocat et un proche du Général Washington, fit de cette question un des moyens de contestation de l’autorité de la couronne et des prérogatives royales. Il renvoyait dos à dos religions catholique et anglicane.Édimbourg n’offrait pas ici une référence abstraite, mais permettait concrètement aussi d’importer un modèle intellectuel alternatif aux structures anglaises. Une compétition fit rage entre les partisans du modèle presbytérien et ceux du modèle anglican dans et autour de New York. La création d’une école de médecine entre 1763 et 1771 est due ainsi à une génération de médecins américains, envoyés étudiés à Édimbourg :Peter Middleton, Samuel Bard[62] [62] Ibidem, p. 25. ...
suite.
38 Les travaux de John Appleby ont permis de souligner l’intensité, dès le début du XVIIe siècle, de cette mobilité des savants écossais vers les confins orientaux de l’Europe[63] [63] On peut citer ici à titre d’exemple les célèbres voyages...
suite. Dans les domaines de l’histoire naturelle, les échanges avec la Russie sont durablement établis depuis le début du XVIIIe siècle, avec l’installation du médecin Robert Erskine (1677-1718) à Saint-Pétersbourg. Médecin du Tsar Pierre le Grand, il est nommé archiâtre de la chancellerie des apothicaires, rebaptisée en 1725 chancellerie médicale. Or, cette institution fut particulièrement enrichie des collections achetées par Pierre le Grand lors de son grand tour en Europe entre 1697 et 1698. Ce dernier visita la Royal Society de Londres et acheta à Amsterdam une collection d’oiseaux, de poissons et d’insectes qui, à son retour, fut donnée à la chancellerie[64] [64] John H. APPLEBY,« Robert Erskine, Scottish pioneer of Russian...
suite. En février 1714, on confie à Erskine la direction d’un nouveau jardin botanique des apothicaires créé à Saint-Pétersbourg et qui deviendra le jardin botanique impérial. Cette position privilégiée des botanistes écossais autorise la circulation des collectes de plantes dans les espaces les plus reculés. C’est ainsi qu’Erskine relaie les travaux de la commission créée en 1713 pour l’histoire naturelle de la Russie, fondés sur un questionnaire. Il est en correspondance avec les principaux représentants de la République des Lettres, dont Leibniz[65] [65] Ibidem, p. 381. ...
suite. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, ces échanges ne fléchissent pas. Plusieurs médecins écossais sont directement en contact avec la cour russe[66] [66] J. H. APPLEBY,« St Petersburg to Edinburgh – Matthew Guthrie’s...
suite. En 1777 l’un d’entre eux, Matthew Guthrie, basé à Saint-Pétersbourg, transmet à Édimbourg deux plantes médicinales. Ses correspondants sont John Horpe, professeur de médecine et de botanique en charge du nouveau Royal Botanic Garden créé en 1776[67] [67] H. J. NOLLIE, Indian Botanical Drawings…, op. cit. ...
suite, et Andrew Duncan, professeur de médecine, qui dirige l’Edinburgh Dispensary récemment ouvert.
39 De la même manière, Édimbourg est relié aux différents réseaux de collectes botaniques.À ce titre, on peut mentionner la correspondance échangée entre le directeur du jardin botanique et les jésuites de Chine :
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directeur du jardin royal d’Edinburg de lui envoyer en s’engageant de son côté à envoyer ce
qui lui manquera. » [suit une liste en trois colonnes]
« Je prie Monsieur le Directeur d’avoir la bonté de mettre les graines dans de petites
boïtes d’un demi-pied de long sur deux pouces et demi de large, et un pouce de haut… » […]
« Si on veut bien prendre la peine de donner un catalogue des plantes qui ont réussi pro-
venues des graines que j’ay envoyées cy devant à Mr.de Mortimer, je verrai par là celle que
je dois envoyer. Je serai très flatté d’être en correspondance avec Mr. le Directeur pour tout
ce qu’il me jugera capable.
Quoique j’espère que Mrs les Directeurs des Jardins d’Oxford et de Chelsea me feront
la même grace, cela n’empêche pas »[68] [68] British Library (Londres), Add. 4439, ff. 205,206,208-218 :requête...
suite.
41 Plus largement, les espaces coloniaux, fortement investis par un personnel écossais souvent militaire, sont mobilisés par les institutions savantes d’Édimbourg. En 1792, le Colonel Norman Lord of McLeod envoie par l’intermédiaire du docteur John Hill un précieux colis à la Royal Society d’Édimbourg, contenant deux manuscrits orientaux :l’un est une copie du Coran provenant d’une secte musulmane des Maldives, l’autre est sanscrit, il a été exécuté au Cachemire et acheté à Delhi. Le tout a été certifié par la main experte de William Jones[69] [69] Sur W. Jones, voir la contribution de Kapil Raj dans le...
suite.
42 L’élégance des reliures et des peintures en fait des objets de valeur pour les bibliophiles de l’institution d’Édimbourg; et le colonel McLeod justifie son envoi par la réputation déjà acquise par la société en matière de collections littéraires.
43 Il souhaite, par ce don, contribuer à en faire un lieu central pour l’orientalisme :
44
suite.
45 On sait que les collections et les bibliothèques des institutions de savoirs à Édimbourg s’enrichissent à la même époque de livres et de manuscrits provenant de royaumes ou de territoires nouvellement conquis par les armées de l’East Indian Company. En 1806, le bureau de la compagnie fera parvenir les livres de la bibliothèque du sultan de Mysore à la Bodleian d’Oxford, à la bibliothèque d’Aberdeen et à celle de l’université d’Édimbourg[71] [71] Peter FRESHWATER, « Books and universities », in G. ...
suite. C’est par la vertu de cette relation à d’autres périphéries qu’Édimbourg devient un centre de savoir selon des modalités variées. Considérée comme un lieu de formation (en particulier en médecine et en droit), Édimbourg s’impose aussi par le dynamisme de ses pratiques de sociabilité et la création de ses équipements intellectuels qui offrent un modèle urbain de développement culturel possible. L’évocation trop allusive de ces différents contacts avait pour but de souligner, au-delà de la participation coloniale, l’enjeu complexe de ces échanges à longue distance qui tantôt jouent sur l’intégration à la construction coloniale, tantôt s’inscrivent dans une relation de concurrence, voire de contestation avec le centre londonien. Ces différents exemples soulignent non seulement une reconnaissance large d’Édimbourg, mais surtout l’importance des acteurs locaux dont les stratégies ne sont pas celles du centre écossais. Savants américains, botanistes jésuites, n’obéissent pas aux logiques des agents de la diaspora écossaise. Chacun définit sa relation privilégiée selon des données locales et des contextes particuliers. Il faut ainsi être attentif dans la cartographie de ses réseaux à la dimension fragile et réversible de ces liens, à leur caractère relatif.
46 Après l’indépendance américaine, la suppression de la Compagnie de Jésus, que restera-t-il de cette reconnaissance ?
L’espace académique des Lumières
47 On peut enfin évoquer ce qui est sans doute le plus visible et le plus dominant dans l’historiographie :la place des institutions écossaises dans l’espace académique des Lumières. Que l’on s’attache à une approche autour d’un problème (la militia), d’un savoir (l’économie politique ou la « science de l’homme »), ou de figures emblématiques (David Hume, James Boswell, Henry Mackenzie), Édimbourg se trouve ancrée dans un vaste réseau de circulation et d’échanges dont l’analyse et la cartographie culturelle restent toujours à faire. Ainsi, dans le cas de James Boswell, on est parfaitement renseigné grâce à ses récits de voyage sur les réseaux qui l’accueillent en France, en Allemagne ou en Suisse entre juin et décembre 1764, puis en Italie et en Corse entre 1765 et 1766. Il y consigne les lieux qu’il fréquente, y rapporte ses entretiens avec Rousseau ou Voltaire, mais souligne aussi la force des solidarités écossaises[72] [72] Marlies K. DANZIGER,« Boswell’s travels through the German,...
suite.À Paris, il dîne au collège écossais, à Avignon il est reçu par Lord Dunbar. Sommairement, son texte met en évidence les liens avec la France, mais aussi avec Naples ou avec les espaces germaniques, ou encore avec les prolongements atlantiques[73] [73] Deidre DAWSON, Pierre MORÈRE (éd. ), Scotland and France...
suite.
48 Plus largement, les sociabilités écossaises s’organisent sur le continent à partir du réseau des collèges écossais, comme a pu le montrer Clotilde Prunier[74] [74] Clotilde PRUNIER, « Les “Blair Letters” : la...
suite. Cette projection de l’Écosse sur les débats continentaux se traduit par un désir de rompre avec l’isolement en « vascularisant » les relations entre Édimbourg et les réseaux savants. Le degré d’ouverture devient même un critère discriminant et différencie les institutions reconnues par le pouvoir royal et les autres. La forme académique joue un rôle important dans la promotion de ces échanges. La carte des non-résidents de la Royal Society of Edinburgh souligne une normalisation par rapport aux grandes académies européennes, avec l’intégration de savants prestigieux, mais révèle aussi un jeu à plusieurs échelles où l’on associe tout un réseau de villes écossaises de différentes tailles aux représentants des colonies britanniques (Barbade, Jamaïque), aux échanges avec le continent ou l’Empire, ou même aux autres capitales régionales telles Manchester[75] [75] NLS, Acc. 10000/ 3 : Minute of book of the Literary...
suite. Le 14 novembre 1785, après avoir rappelé les difficultés financières qui touchent la société, Lord Buchan insiste sur les résultats obtenus par la mise en place d’un réseau européen de collecte de manuscrits :
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suite.
50 L’ouverture à l’extérieur autorise en effet des démarches comparatives et suggère la circulation des modèles historiographiques. Lord Buchan va jusqu’à solliciter pour son entreprise les conseils des antiquaires français. Son modèle puise davantage dans les travaux des Bénédictins français du début du XVIIIe siècle que dans le puissant réseau des antiquaires anglais réunis au sein de la Society of Antiquaries à Londres. Dans un mémoire, on trouve mention du dépôt des livres au moment de la confiscation des biens du clergé en France :
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suite.
52 L’opposition au modèle anglais habite cet éloge du système français. La force d’Édimbourg tient bien, dans le discours des savants, à sa « connexion » avec les différentes capitales culturelles. L’affirmation d’une « culture de la distance » vis-à-vis de Londres nourrit une stratégie de mobilisation des réseaux savants européens et coloniaux qui passe aussi par le soutien fervent des diasporas écossaises.
ÉDIMBOURG ET L’ÉMERGENCE DES SAVOIRS ÉCOSSAIS
53 La reconnaissance d’Édimbourg comme centre des savoirs ne se joue pas simplement dans une mobilisation de tous les savants et de tous les savoirs à une échelle mondiale, qui produirait un effet de centralisation et transformerait Édimbourg en nœud dans des réseaux savants, comme ce fut le cas pour Londres, Paris ou Rome[78] [78] Voir dans le présent numéro les contributions d’Antonella...
suite. Cette reconnaissance reste profondément attachée à une identité écossaise, à un localisme. On a vu combien la formulation d’une spécificité culturelle était présente dans le discours des élites savantes sur Londres. La réflexion des savants écossais vise aussi à convertir cette marginalité géographique et politique en faisant d’Édimbourg un cas à part[79] [79] John Robertson montre bie, n dans son étude de l’économie...
suite. La conscience aigue d’une spécificité écossaise conduit à reformuler l’articulation traditionnelle entre cause politique et politique des savoirs. Ou plus exactement, le site d’observation écossais nous indique comment une nouvelle « problématisation » de la cause politique surgit d’une nouvelle organisation des savoirs dans la ville. Loin d’être un pur transfert du pôle politique au pôle scientifique, le dimensionnement de la question nationale par les réseaux savants ne fournit pas spontanément ou mécaniquement une définition au « nationalisme écossais ». Le dispositif partisan ne débouche pas sur une instrumentalisation étroite des savoirs écossais. L’horizon généraliste reste à l’ordre du jour. Il est la garantie que la cause ou le cas[80] [80] Nous jouons ici sur la polysémie du terme en anglais :...
suite écossais peut intéresser au-delà des Borders.
Un laboratoire comparatiste : dispositif partisan et localisme[81] [81] Cf. Dominique POULOT,Une histoire des musées de France,...
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54 Si Édimbourg est si désireuse de développer cette interpénétration avec les savants étrangers, ce n’est pas simplement pour accroître sa visibilité, pour étendre la surface de sa reconnaissance internationale dans l’espace des Lumières, c’est aussi que ces centres d’intérêt intellectuels sont largement informés par une démarche comparatiste. La liaison entre Lumières et identité partisane se joue dans la confrontation avec d’autres espaces et d’autres cultures.
55 Lorsque Lord Buchan projette la création d’une société, la Society of Antiquaries, et tient la réunion fondatrice le 14 novembre 1780 dans sa maison d’Édimbourg, le projet intellectuel qui porte sur les antiquités d’Écosse rejoint les préoccupations politiques de Buchan. Il est une des plus excentriques figures du whiggisme.
56 À l’occasion des élections des seize pairs représentant l’Écosse à la chambre des Lords, Buchan exprime son opposition en 1768,1770,1774,1780 et 1782. Il y combat la liste du roi (liste des députés choisis par le roi) qui était connue pour soutenir le régime Tory de Londres. Dans le cadre de la Society of Antiquaries of Scotland, il s’agit selon lui de forger un «Caledonian Hall of Fame». Si cet engagement dans la défense de l’identité écossaise est particulièrement transparent dans le cas de la Society of Antiquaries, elle est en fait diffuse dans la plupart des sociétés savantes de la fin du XVIIIe siècle. Ainsi la Royal Society of Edinburgh s’engage dans un travail numismatique en 1784 en liaison avec la bibliothèque des avocats. Fondée en 1798, l’Academy of Physics, qui se spécialise dans les expérimentations électriques ou astronomiques, n’oublie pas les études linguistiques ou l’histoire naturelle[82] [82] NLS,« Correspondence Book of the Academy of Physics, Edinburgh,...
suite. Loin de suivre une visée étroitement localiste, ces domaines d’enquête ambitionnent une reconnaissance plus large qu’incarne une démarche volontiers comparatiste. La singularité linguistique, géologique et historique de l’Écosse ne ressort que par contraste avec des sociétés plus lointaines, géographiquement et temporellement. Ainsi, au sein de l’Academy of Physics, on se propose de situer les origines de la langue gaélique, comparable à la langue phénicienne ou aux langues africaines, dans une géographie des langues universelles. C’est la démarche de l’orientaliste Carlyle qui au sein de ce cénacle développe une recherche sur la langue et les coutumes des Carthaginois où se lisent en miroir les préoccupations des savants écossais sur la langue et les manières des anciens «scots». Les études minéralogiques, géologiques ou chimiques générales côtoient l’histoire naturelle et civile du continent africain[83] [83] NLS, Ms. 755, fol. 9, Dans une lettre à William Henry, de...
suite. Mais progressivement, à ces terrains lointains, on ajoute l’analyse des couches géologiques de la région d’Angus et du Perthshire[84] [84] NLS, Ms. 755, fol. 12 :« L’Académie est sur le point...
suite.
Collectionner une nation : monumentalisation et inventaires de la grandeur
57 Le succès et l’engouement des savants écossais pour l’Écosse tient à ce que les anthropologues des sciences appellent des « théories frontières » qui favorisent dans un premier temps la circulation des savoirs et des références en désignant des lieux où se cristallisent les interactions entre les scientifiques et leurs partenaires : mécènes, institutions, éditeurs, relais politiques. Elles ont une double vertu à la fois sociale et cognitive. Sociale, car elles permettent de concilier des intérêts sociaux locaux qui peuvent être multiples et contradictoires. Or, ces cénacles sont composés aussi bien de professeurs de l’université et d’avocats que de propriétaires fonciers. Spécialistes des études culturelles, groupes politiques, institutions universitaires, libraires, grand public peuvent se retrouver côte à côte autour d’une même initiative intellectuelle. Au plan des connaissances, ces « théories frontières » apportent un bénéfice « cognitif » puisqu’elles fédèrent des problématiques et des approches divergentes, créent un nouvel espace spécifique de réflexion tout en permettant aux divers acteurs (antiquaires, naturalistes, juristes, linguistes) de garder leurs compétences[85] [85] Sur la problématique des objets-frontières développée...
suite. Pour les uns, l’Écosse représente un objet de divertissement mondain et de curiosité, pour les autres, elle est une cause à défendre; tous se retrouvent autour d’une volonté de rendre « visible », par l’étude, la grandeur écossaise. La constitution de l’Écosse en objet scientifique d’investigation a ainsi l’avantage de mobiliser des savants de tous les horizons disciplinaires, d’intégrer des patronages locaux (aristocrates et propriétaires terriens, institutions urbaines, Église d’Écosse), de faire cohabiter des intérêts scientifiques et des intérêts politiques, religieux et sociaux. Avec Édimbourg, on retrouve ce que Marie-Noëlle Bourguet décrit comme le paradigme de l’enquête[86] [86] Marie-Noëlle BOURGUET, Bernard LEPETIT, Vassilis PANAYOTOPOULOS,...
suite. Loin d’avoir affaire à des institutions stabilisées et fortement installées, on est confronté à une culture d’amateurs locaux.
58 Dans les années 1780 et 1790, les sociétés savantes d’Édimbourg partagent ainsi un goût pour les enquêtes menées à grande échelle, à partir d’une unité d’observation :la paroisse. Ce travail s’apparente à un inventaire de la richesse du passé écossais, de sa grandeur historique et naturelle. Dès 1780, la Society of Antiquaries of Scotland souhaite la mise en œuvre d’une grande enquête paroissiale qui concerne aussi bien la géographie sur le modèle de la topographie de Richard Gough, que l’histoire ancienne ou la géologie. Les papiers de Lord Buchan permettent de suivre la réalisation de ce projet. En 1784, Buchan reçoit les premiers résultats des mesures géodésiques de chaque comté :
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suite.
60 En 1788, Buchan annonce la publication prochaine des cartulaires des anciens monastères d’Écosse[88] [88] NLS, Adv,29. 3. 14, Papers of Buchan, fol. 36. ...
suite. Cette enquête n’est pas isolée, mais participe d’un mouvement général de connaissance et d’inventaire du pays tant sur le plan de la géographie que de l’histoire naturelle. Ce goût de l’enquête systématique qui s’appuie sur des données locales ressortit selon Charles Withers à un double modèle :celui de l’histoire naturelle et celui d’une « philosophie statistique » qui s’inscrit dans le sillage des sciences de gouvernement[89] [89] C. WITHERS, Geography, Science and National Identity…,...
suite. C’est dans cet esprit que Sir John Sinclair, entre 1791 et 1799, entreprend une enquête paroissiale intitulée The Statistical Account of Scotland, qui vise à étudier l’histoire naturelle et politique de l’Écosse :
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suite.
62 L’enquête s’appuie sur un questionnaire précis de 160 points, organisé en quatre sections :géographie et topographie des paroisses; la population; sur l’agriculture et l’industrie avec une partie finale sur différentes matières :langage, gages, construction des maisons… Sa lettre fut envoyée aux ministres en mai 1790. Ces derniers s’attachèrent à respecter les différents éléments du questionnaire, tout en les adaptant à la spécificité de leur paroisse. Ainsi dans la région des Borders, à la limite de l’Écosse et du nord de l’Angleterre, les ministres mirent l’accent sur les effets économiques, sociaux et politiques de l’Union et de l’intégration[91] [91] Ibidem, « Parish of Jedburgh, from materials furnished...
suite. Les paragraphes consacrés aux curiosités, aux antiquités, donnent aussi souvent matière à commentaire sur l’ancienneté des paroisses écossaises. En juin 1796, Sinclair se résolut à envoyer un Statistical Missionnaries aux quatre coins du pays. Le 3 juin 1799, le projet fut achevé[92] [92] Sur ce document, voir la réédition par D. J. WITHRINGTON,...
suite. Mais plus généralement, il participe aussi au travail d’expertise d’un réseau européen de réformateurs durant plusieurs décennies[93] [93] John SINCLAIR, The Correspondence of the Right Honourable...
suite.
63 John Sinclair naquit en 1754 dans le comté de Caithness au sud de l’Écosse.
64 Formé aux universités d’Édimbourg, de Glasgow et d’Oxford, il devint avocat en 1775, avant d’entrer en politique comme député en 1780 jusqu’en 1811. Au sein du Parlement britannique, il participa à différents comités de réforme. Sa correspondance publiée à la fin de sa vie, en 1831, laisse en effet la marque d’un espace large de circulation de ses mémoires et projets de réforme, des États-Unis à la Russie en passant par l’Autriche, les Antilles, l’Espagne, le Portugal, la Suisse, sur des domaines aussi variés que les questions militaires, économiques, politiques, agricoles, cléricales et littéraires. Le soin que Sinclair apporte à la publication de sa correspondance, selon une double organisation thématique et géographique, vise autant à montrer la centralité du personnage que l’ubiquité et l’omnipotence de son jugement. Les lettres sélectionnées célèbrent ainsi sur un mode laudatif la stature du personnage.
65 Quel type de représentation de l’Écosse ressort de cette mobilisation des savoirs ? L’économie des savoirs que l’on vient de décrire a en ce domaine une double conséquence :elle produit un effet de totalisation des savoirs qui permet une meilleure connaissance de la nation écossaise; elle introduit l’idée que l’Écosse est un objet monumental. Débouche-t-elle pour autant sur la constitution d’un espace public national des savoirs qui permettrait aux élites politiques d’asseoir leur légitimité et leurs revendications ?
Bibliothèque et musée écossais : un espace public national ?
66 Il ne faut pas trop vite conclure à l’efficacité du transfert des revendications politiques sur le terrain scientifique. Les difficultés financières, les rivalités, le manque d’assiduité des savants rendent difficile la mise en œuvre de ces grandes enquêtes. Les lieux de savoirs qui s’engagent dans la reconnaissance de la grandeur écossaise, de sa monumentalité, de son ancienneté, peinent à constituer un espace public national. Trois éléments jouent dans cet inaboutissement du processus.
67 En premier lieu, le domaine des études écossaises a un déficit de légitimité.
68 Revers du processus d’intégration de pratiques et de motivations très diverses, scientifiquement, le champ d’étude reste mal défini et souffre d’une légitimité moindre par rapport à des recherches qui participent d’un agenda moins localiste.
69 Si, comme on l’a vu, l’objet d’étude de la nation écossaise a forgé une alliance disciplinaire entre la cartographie, l’histoire naturelle et les savoirs antiquaires, cette association est pourtant loin d’être évidente pour tous les savants. En effet, à maintes reprises lors de la première phase d’institutionnalisation de la recherche, des voix s’élèvent au sein de la Society of Antiquaries contre l’engagement de l’institution dans l’entreprise cartographique qui semble l’écarter de ses recherches proprement antiquaires. Comme le montre Charles Withers pour les savoirs géographiques, les réactions à la publication du premier volume des Transactions en 1792 sont de deux ordres :en premier lieu elles éloignent les membres de la société d’une posture modeste et d’une activité purement littéraire en proposant une représentation grandiloquente du corps; en second lieu, elles s’inscrivent dans une pratique du loisir savant qui n’est pas toujours là pour satisfaire l’esprit de sérieux de certains antiquaires. Lord Buchan s’en plaint amèrement à Richard Gough le 9 mars 1787 : « Des vues égoïstes et sordides d’un côté, un goût enragé pour les expositions futiles et les divertissements de l’autre, ont rendu ce pays si inattentif aux recherches sérieuses, que je désespère que quelque chose soit fait pour répondre à votre projet d’ici longtemps »[94] [94] C. WITHERS, Geography, Science and National Identity…,...
suite.
70 Paradoxalement, c’est la faible homogénéité de cet « objet-frontière » qu’est l’Écosse, sa dispersion et son flou, qui permettent à ces amateurs de sciences de maintenir une cohérence des points de vue et des connaissances sans que les acteurs aient à renoncer à leurs propres spécialisations. C’est la diversité des centres d’intérêt, à la fois mondains, scientifiques et politiques qui offre la possibilité de définir et de légitimer un domaine intellectuel large susceptible d’attirer les soutiens et les patronages. Ainsi, dans les années 1780, la topique de la collection, de l’amas définit l’activité et le paradigme savant de ces groupes. Cette topique revient constamment sous la plume des érudits. Pour Lord Buchan, l’élaboration d’une cause écossaise passe par ce travail d’accumulation et d’enquête. La mobilisation antiquaire est directement liée à la fabrication d’une cause politique et morale qui vise à réparer une injustice[95] [95] John Knox, dans une lettre à Buchan du 2 août 1781, décrit...
suite. Force et faiblesse donc des études écossaises.
71 En second lieu, l’institutionnalisation de ces lieux de savoirs dédiés à la cause nationale est imparfaite et fragile. La production d’un lieu institutionnel et d’un domaine d’étude contribue tacitement à une captation de l’héritage écossais, mais ne débouche pas sur une nationalisation faute d’un soutien de l’État royal. Ici, l’effet « capitale » tourne court. Il « débouche sur un cadre moderne d’intelligibilité du passé, devenu tout à la fois enjeu national et illustration des progrès de la civilisation européenne »[96] [96] D. POULOT, Une histoire des musées…, op. cit. , p. 63. ...
suite. La figure de l’amateur s’ap-parente à une figure politique. La mise en scène de l’opinion publique contribue à transformer ces espaces privés du collectionnisme en un espace qui n’est pas encore public mais qui est déjà placé sous le regard moralisateur du public. Contrairement à une vision répandue, ces institutions restent fragiles malgré leur reconnaissance royale. Trois types de problèmes sont récurrents : les difficultés financières; l’absentéisme et engagement trop mesuré des membres; la faible légitimité des activités antiquaires[97] [97] L’identité savante de l’antiquaire est suspecte :« le...
suite. Aux côtés des institutions séculaires, les nouvelles formes de sociabilité intellectuelle peinent à durer.
72 La Society of Antiquaries doit faire face dès 1784 à des problèmes d’argent :
73
suite.
74 Pour que ces inventaires soient intelligibles et aient une portée générale, ils doivent être synthétisés, reliés et comparés. Ici se pose pratiquement la question de la généralisation des savoirs écossais au XVIIIe siècle. Dans quelle mesure les recherches sur la langue, l’archéologie, l’histoire, l’histoire naturelle de l’Écosse ont-elles une portée universelle ? Plutôt que de donner d’emblée une formulation épistémologique à ce problème, les savants écossais s’interrogent sur le dispositif concret susceptible de réunir, rassembler ces différents centres d’intérêt.
75 Enfin, la nécessité de créer des lieux (musée, bibliothèque, cabinets…) pour conserver, rassembler et exposer la « nation écossaise », en constituant un « lieu d’agencement du collectionnisme »[99] [99] D. POULOT, Une histoire des musées…, op. cit. , p. 26. ...
suite, n’aboutit pas complètement. Certes, dans un premier temps, les recherches menées sur le terrain, dans les paroisses, sont reliées à la lecture des manuscrits dans les bibliothèques de la ville :
76
suite.
77 Les bibliothèques et les archives regorgent de ces sources dormantes, de ces preuves irréfutables de la grandeur écossaise. MacPherson observe ainsi dans une lettre à Buchan de mars 1793 : « Les manuscrits de la bibliothèque des avocats contiennent, je crois, un grand trésor des Antiquités écossaises, qui est jusqu’à présent enterré, ou au moins dormant, pour qui veut un catalogue »[101] [101] Edinburgh University Library, MS. La. II,588, fol. 1v. ...
suite. L’imaginaire de ces archives dormantes affleure dans beaucoup de lettres des membres de la Society. L’instrument du catalogue est là pour quadriller ces richesses « enfouies » qu’il convient d’exhumer. Plus encore, la présence importante au sein de ces cénacles d’hommes de loi et de professeurs de droit, ces experts de la cause et du cas, travaille à justifier le double horizon des pratiques, à la fois scientifique et partisan. Les différents lieux de sociabilité ont commencé à réfléchir à la manière de rassembler, d’articuler les résultats et les connaissances accumulés sur le terrain.
78 La création d’un musée au sein de la Society of Antiquaries constitue un autre dispositif qui permet à la fois de conserver les objets, mais aussi de produire une représentation globale de l’Écosse. Il s’agit de donner à voir le monument national dans toutes ses composantes. Dès 1781, Lord Buchan a parfaitement conscience de la nécessité d’articuler le développement des enquêtes et des pratiques de mesure et de collection avec un lieu d’agencement, de conservation et de représentation. Dans ce cadre, pour reprendre une formule de Dominique Poulot,« la politique d’accroissement des collections se règle désormais sur le projet muséal »[102] [102] D. POULOT, Une histoire des musées…, op. cit. , p. 33. ...
suite. En 1785, dans son discours annuel, Lord Buchan conclut par un compte rendu de la liste des donations au Muséum (pièces, livres, gravures, dessins et médailles).
79 Pour autant, dans un deuxième temps, à la différence de ce qui se produit en France dans les années 1780 et pendant la Révolution, on n’est pas encore dans l’invention d’un espace public du musée procédant d’une institutionnalisation de la nation par l’intervention de l’État. La légitimité culturelle de cet espace muséal ne peut s’appuyer sur le patronage gouvernemental, même si la Société a reçu une charte. L’objectif du musée est aussi de procurer des informations aux propriétaires terriens. Il reste l’émanation d’une initiative privée. De plus, le musée ne parviendra pas à centraliser l’ensemble des collections écossaises à Édimbourg, à devenir le représentant unique de la science écossaise.
80 L’université développe en effet son propre musée adossé à son enseignement en histoire naturelle. Une rivalité s’installe entre les deux institutions. L’un des membres les plus actifs de la Society of Antiquaries, William Smellie, se proposera même de faire des conférences au musée écossais afin de rivaliser avec les cours du professeur John Walker[103] [103] C. WITHERS,« Knowledge as cultural property :disputes...
suite. Le maintien d’un horizon privé de collectionneurs et de propriétaires terriens, la compétition persistante avec l’université pondèrent la formation d’un espace public national autour du musée.
81
suite.
82 Le musée de l’université restera en effet la possession personnelle du professeur d’histoire naturelle jusqu’en 1830. La place ambiguë de ces institutions par rapport au pouvoir central londonien rend difficile enfin l’instrumentalisation de l’Écosse en champ de recherche, en objet scientifique par les élites politiques écossaises[105] [105] Voir S. REYNOLDS, Paris-Edinburgh…, op. cit. , p. 37-38,...
suite. Le thème du «Caledonian Temple of Fame», sorte de Panthéon écossais des grands hommes, ne cessera d’alimenter tout au long du XIXe siècle les discussions et les projets. En 1882, la création de la Scottish National Portrait Gallery à Édimbourg fut explicitement conçue comme un « Panthéon écossais » par son architecte R.Rowand Anderson, et elle fut associée pendant plusieurs années au National Museum of Antiquities. Le morcellement des études, la totalisation imparfaite des enquêtes, la contestation permanente de la légitimité scientifique d’un tel champ de recherche, la concurrence des institutions de savoirs, l’impossible institutionnalisation du musée écossais débouchent sur l’affirmation d’un « nationalisme faible », sur des « mobilisations discrètes » et de « basses intensités »[106] [106] Xabier ITÇAINA, « Les mobilisations discrètes. Affirmation...
suite qui s’accommodent de l’idéologie anglo-écossaise.
Notes
[ 1] Cet article fait partie d’une recherche en cours financée dans le cadre du programme de l’ANR « Sciences et capitales européennes : revisiter l’espace public des savoirs » (2006-2009). Une première version a été présentée à la journée d’étude sur « Les capitales intellectuelles à l’époque moderne » organisée au Centre de la Vieille Charité à Marseille le 14 mai 2007. Je remercie tout particulièrement Jean Boutier, Brigitte Marin, Clotilde Prunier, Antonella Romano, Silvia Sebastiani et Dominique Taurisson pour leurs commentaires.
[ 2] Sur le développement urbain d’Édimbourg, voir Rab HOUSTON, Social Change in the Age of Enlightenment :Edinburgh,1660-1760, Oxford, Oxford University Press,1994.À partir des années 1750, le développement de la ville avec la New Town se fait à partir d’un modèle urbain anglais qui vise à donner à la noblesse écossaise la possibilité d’acquérir des résidences spacieuses et de quitter les maisons exiguës et bruyantes d’Old Town. Selon Murray PITTOCK, se joue là un élément très fort d’intégration culturelle à l’espace britannique : Inventing and Resisting Britain. Cultural Identities in Britain and Ireland,1685-1789, Londres, Macmillan Press, 1997, p. 130. Voir aussi, sur les métamorphoses du paysage urbain, Ranald MAC INNES, Miles GLENDINNING et Aonghus MAC KECHNIE, Building a Nation. The Story of Scotland’s Architecture, Édimbourg, Canongate,1999, p.41-60; Kerry DOWNES,The Georgian Cities of Britain, Oxford, Phaidon, 1979. Au XIXe siècle, les transformations urbaines sont profondes et les façades d’Édimbourg seront souvent comparées à celle du Paris haussmanien :Richard RODGER,The Transformation of Edinburgh : Land, Property and Trust in the Nineteenth Century, Cambridge, Cambridge University Press, 2001; Siân REYNOLDS, Paris-Edinburgh. Cultural Connections in the Belle-Epoque, Londres, Ashgate,2007, chap.2. REVUE D’HISTOIRE MODERNE & CONTEMPORAINE 55-2, avril-juin 2008.
[ 3] James AMELANG,« Comparing cities :a Barcelona model ?», Journal of Urban History,34-2,2007, p. 173-189, en particulier p. 178-179; Derek KEENE, « Metropolitan comparisons : London as a citystate », Historical Research,77-198,2004, p. 459-480.
[ 4] Colin KIDD, British Identities before Nationalism. Ethnicity and Nationhood in the Atlantic World, 1600-1800, Cambridge, Cambridge University Press,1999.
[ 5] On peut citer trois auteurs emblématiques de l’histoire des sciences qui ont travaillé sur les relations entre sciences et identité nationale : John R.CHRISTIE,« The origins and development of the Scottish scientific community,1680-1760 »,History of Science,12,1974, p. 122-141; Steven SHAPIN,« The Royal Society of Edinburgh : A study of the social context of Hanoverian science », Ph. D, University of Pennsylvania, 1971; Charles WITHERS, « Toward a historical geography of Enlightenment in Scotland », in Paul WOOD (éd.),The Scottish Enlightenment :Essays in Re-interpretation, Rochester, University of Rochester Press,2000, p.63-97. Plus globalement sur les sciences au XVIIIe siècle :William CLARK, Jan GOLINSKI, Simon SCHAFFER (éd.), The Sciences in Enlightened Europe, Chicago, The University of Chicago Press,1999.
[ 6] Pour ne citer que deux auteurs emblématiques de ce renouveau des approches :Richard B.SHER, Church and University in the Scottish Enlightenment :the Moderate Literati of Edinburgh, Princeton, Princeton University Press,1985; John ROBERTSON,The Case for the Enlightenment :Scotland and Naples,1680-1760, Cambridge, Cambridge University Press,2005. Voir sur ce livre, la discussion de Colin KIDD,« On heroes, hero-workship and demonology in Scottish historiography : a reply to Dr. Ferguson », The Scottish Historical Review, LXXXVI-1, n°221,2007, p.108-112, en particulier p.111-112.
[ 7] Sur cette centralité culturelle :Peter BORSAY,« The London connection :cultural diffusion and the Eighteenth-Century provincial town », London Journal,19,1994, p.21-35.
[ 8] Murray PITTOCK, The Invention of Scotland :The Stuart Myth and the Scottish Identity,1638 to present, Londres, Routledge,1991, p. 17 et ID., Inventing and Resisting Britain…, op.cit., p.8.
[ 9] C. KIDD, Subverting Scotland’s Past :Scottish Whig Historians and the Creation of an Anglo-British Identity, Cambridge, Cambridge University Press,1993.
[ 10] Charles WITHERS, « Geography, Enlightenment and the public sphere, 1707-c. 1830 », in ID., Geography, Science and National Identity. Scotland since 1520, Cambridge, Cambridge University Press, 2001, p. 112-158.
[ 11] Jean BOUTIER, « Sociabilité septentrionale et politisation populaire. Les sociétés politiques écossaises des années 1792-1794 », in Mélanges Michel Vovelle. Volume de l’Institut d’histoire de la Révolution française. Sur la Révolution :Approches plurielles, Paris, Société des études robespierristes, 1997, p. 437-447.
[ 12] Dans ce cadre, elle reprend une des interrogations proposées par Peter CLARK, Bernard LEPETIT (éd.),Capital Cities and their Hinterlands in Early Modern Europe, Aldershot, Scolar Press,1996, mais aussi dans B.LEPETIT, Les villes dans la France Moderne,1740-1840, Paris, Albin Michel,1985. Sur le lien entre savoirs et culture urbaine, voir Daniel ROCHE, Les Républicains des Lettres. Gens de culture au siècle des Lumières, Paris, Fayard, 1989. Sur la problématique de la « métropolitisation culturelle », voir Christophe CHARLE, D.ROCHE (éd.),Capitales culturelles, capitales symboliques. Paris et les expériences européennes XVIIIe - XXe siècles, Paris, Publications de la Sorbonne,2002.
[ 13] Pour une analyse plus approfondie de cette problématique, nous nous permettons de renvoyer à un autre article :Stéphane VAN DAMME,« Lumières partisanes. La sociabilité franco-écossaise à l’épreuve de la britishness dans la seconde moitié du XVIIIe », in Thierry BELLEGUIC, Kathryn READY (éd.), L’art de l’échange : pratiques de la sociabilité France-Grande-Bretagne au XVIIIe siècle, actes du colloque du Musée du Québec, Laval, Presses de l’université Laval,2008, à paraître.
[ 14] On trouvera une approche comparable dans C.CHARLE (éd.), Capitales européennes et rayonnement culturel, Paris, Éditions rue d’Ulm,2004.
[ 15] A New Guide to the City of Edinburgh; containing a Description of all the Public Buildings, and Concise History of the City, Édimbourg, T.Brown,1792.
[ 16] The Traveller’s Companion through the City of Edinburgh and Suburb : comprehending a Concise History of the City, Édimbourg, Alexander Kincaid,1794.
[ 17] Richard B.SHER,« An “agreable and instructive society” :Benjamin Franklin and Scotland », in John DWYER, Richard B. SHER (éd.), Sociability and Society in Eighteenth-Century Scotland, Édimbourg, Mercat,1993, p. 181-193, en particulier p. 185.
[ 18] Letters from Edinburgh; Written in the Years 1774 and 1775 :containing some Observations on the Diversions, Customs, Manners, and Laws of the Scottish Nation during a six Months Residence in Edinburgh, Londres, J.Dodsley,1776.
[ 19] William CREECH,Letters addressed to Sir John Sinclair, Bart., respecting the mode of living, arts, commerce, literature, manners,& of Edinburgh in 1763 and since that period illustrating the Statistical progress of the Capital of Scotland together with some account of the physical phenomena in Scotland for the fifteen years, Édimbourg, s.n.,1793, p. 31-32.
[ 20] Nicholas PHILLIPSON,« The Scottish Enlightenment », in Roy PORTER, Mikulas TEICH (éd.),The Enlightenment in National Context, Cambridge, Cambridge University Press,1981, p.19-40. ID.,« Culture and society in the eighteenth-century province : the case of Edinburgh and the Scottish Enlightenment », in Lawrence STONE (éd.), The University in Society, Princeton, Princeton University Press, 1974,2 vol., vol. II, p.407-448.
[ 21] De manière surprenante, il y a très peu d’études qui envisagent la comparaison structurelle entre Lumières écossaises et Lumières françaises en dehors du cadre d’une histoire des idées. Voir par exemple John Henry BRUMFITT, « Scotland and the French Enlightenment », in William Henry BARBER (éd.), The Age of Enlightenment :Studies presented to Theodore Besterman, Édimbourg et Londres, Oliver & Boyd,1967, p. 318-329. J.DWYE, R.B. SHER (éd.), Sociability and Society…, op.cit.
[ 22] Voir la présentation de Norbert WASZEK,L’Écosse des Lumières. Hume, Smith, Ferguson, Paris, PUF, 2003, p. 42-43. Laurent JAFFRO (éd.), Le sens moral. Une histoire de la philosophie morale de Locke à Kant, Paris, PUF,2000. Sur la philosophie de la sociabilité :Fabienne BRUGÈRE, Théorie de l’art et philosophie de la sociabilité, Paris, H. Champion,1999.
[ 23] Barthélémy FAUJAS DE SAINT-FOND, Voyage en Angleterre, en Écosse et aux Iles Hébrides, Londres, James Ridgway, 1799,2 vol., sur Édimbourg :tome 2, chapitre XIV.
[ 24] Ibidem, p. 258.
[ 25] Au milieu du XIXe siècle, l’Écosse est au contraire identifiée au monde britannique aux yeux des voyageurs français, voir Richard THOLONIAT, « L’Écosse “dénationalisée” ? Voyages français à reculons outre-Tweed (1855-1915)», Cahiers victoriens et édouardiens, 54,2001, p. 77-94. À l’inverse, les savants écossais s’irritent de l’assimilation de la Grande-Bretagne à l’Angleterre : Martyn CORNYCK, « Distorting Mirrors :French-British Perspections in the fin-de-siecle », in M.CORNYCK, Ceri CROSSLEY (éd.),Problems in French History, Basingstoke, Palgrave,2000, p. 125-148.
[ 26] B.FAUJAS DE SAINT-FOND, Voyage en Angleterre…, op.cit., p. 260.
[ 27] The Edinburgh Almanach,1782;The Edinburgh Almanach,1790, printed by David Ramsay, at the Edinburgh Evening Courant Office.
[ 28] Hugo ARNOT,The History of Edinburgh, from the Earliest Accounts to the Present Time, Édimbourg, William Creech, and sold by Messrs Robinson and Paternoster-Row, Londres, 1788, Chap III : « Of the university of Edinburgh, and other Seminaries of Learning. The College Library; the Observatory; Botanic Garden; High School; Academy of Drawing; Royal Academy; Society for Propagating Christian knowledge; Philosophical Society; Medical Society; Speculative Society ». Chapitre IV : « Of the art of printing, and of Periodical Publications; Literary property; Liberty of the press; Medical and Philosophical Commentaries; Scots Magazine; Weekly Magazine; Edinburgh Courant; Caledonian Mercury; Edinburgh Adviser ».
[ 29] La musique et le théâtre sont des pratiques souvent mentionnées : James C.DIBBEN, The Annals of the Edinburgh Stage, Édimbourg, s.n.,1888. La question de la fréquentation du théâtre par des membres du clergé est un sujet de débat et de discussion, cf. R.B.SHER, Church and University…, op.cit., p. 85-92. Peter CLARK, British Clubs and Societies,1580-1800. The Origins of an Associational World, Oxford, Oxford University Press,2000, p. 91.
[ 30] L’historiographie de la franc-maçonnerie semble surtout préoccupée par la question des origines, voir Margaret C. JACOB, The Origins of Freemasonry. Facts and Fictions, Philadelphia, University of Pennsylvania Press,2006; David STEVENSON,The Origins of Freemasonry :Scotland’s Century,1590-1710, Cambridge, Cambridge University Press,1988; ID.,The First Freemasons :Scotland’s Early Lodges and their Members, Aberdeen, Aberdeen University Press, 1988.
[ 31] The Free Masons Pocket Companion; containing the Origin, Progress and Present State of that Ancient Fraternity, Édimbourg, Ruddiman, Auld and Company,1761.
[ 32] Eileen Janes YEO,« Gender, medicine and science », in Lynn ABRAMS, Eleanor GORDON, Deborah SIMONTON, Eileen Janes YEO (éd.), Gender in Scottish History since 1700, Édimbourg, Edinburgh University Press,2006, chapitre 6.
[ 33] Sur ces deux points, cf. P.CLARK, British Clubs and Societies…, op.cit., p. 91.
[ 34] J. ROBERTSON, « The Enlightenment above national context : political economy in Eighteenth-Century Scotland and Naples », The Historical Journal,40-3,1997, p. 667-697, citation p. 668.
[ 35] John R.CHRISTIE,« The origins and development of the Scottish scientific community,1680-1760 », History of Science, 12,1974, p. 122-141; S. SHAPIN, « The Royal Society of Edinburgh… », Ph. D. cit.
[ 36] J.-B. MORRELL, « Reflections on the history of Scottish science », History of Science, 12,1974, p. 81-94; S.SHAPIN, Arnold THACKRAY,« Proposography as a research tool in history of science :the British scientific community, 1700-1900 », History of Science,12,1974, p.1-28.
[ 37] S. SHAPIN, « The audience for science in eighteenth-century Edinburgh », History of science, 12, 1974, p. 95-121.
[ 38] J.ROBERTSON,« The Scottish Enlightenment »,Rivista storica italiana,2-3,1996, p. 792-782. ID., The case for the Enlightenment…, op.cit.
[ 39] Arthur LoganTURNER, The Royal Infirmary of Edinburgh. Bicentenary Year,1729-1929, Édimbourg, Oliver and Boyd, 1929; Henri J. NOLLIE, Indian Botanical Drawings 1793-1868 :from the Royal Botanic Garden, Édimbourg, Royal Botanic Garden,1999. of Edinburgh, Cambridge, Cambridge University Press,1986. 41. Voir Peter FRESHWATER,« Books and universities », in Giles MANDELBROTE, K.A.MANLEY (éd.), The Cambridge History of Libraries in Britain and Ireland, vol. II, 1640-1850, Cambridge, Cambridge University Press, 2006, p. 345-370. S.M. SIMPSOM, « The history of the library 1837-1939 », in Jane R.GUILD, Alexander LAW (éd.),Edinburgh University Library 1580-1980, Édimbourg, The Library,1982, p. 95-114. 42. S.M.SIMPSOM,« An early copyright list in Edinburgh University Library », Bibliothek,4,1965, p. 202-204.
[ ### 43] M.D. BELL, « Faculty and class libraries », in J.R. GUILD, A. LAW (éd.), Edinburgh University Library…, op.cit., p. 164.
[ 44] John SYMONS,« Scientific and medical libraries :the rise of the institution », in G.MANDELBROTE, K.A.MANLEY (éd.), The Cambridge History of Libraries…, op.cit., p. 400-401.
[ 45] Roger L. EMERSON, « The Philosophical Society of Edinburgh, 1748-1768 », British Journal for the History of Science,14,1981, p. 133-176; ID., « The Philosophical Society of Edinburgh, 1768-1783 », British Journal for the History of Science,18,1985, p. 255-303; ID.,« The Scottish Enlightenment and the philosophical society of Edinburgh »,British Journal for the History of Science,21,1988, p. 33-66; ID.,« Sir Robert Sibbald, Kt, the Royal Society of Scotland and the Origins of the Scottish Enlightenment »,Annals of Science,45,1988, p. 42-72.
[ 46] Robert MAXWELL (éd.), Select Transactions of the Honourable the Society of Improvers in the Knowledge of Agriculture in Scotland, Édimbourg, Sands, Brymer, Murray et Cochran, 1743, p.3-9.
[ 47] S. SHAPIN, « Property, patronage, and the politics of science : the founding of the Royal Society of Edinburgh », British Journal for the History of Science,7,1974, p.1-41.
[ 48] Sur la Society of Antiquaries:Rosemary SWEET,Antiquaries :The Discovery of the Past in Eighteenth-Century Britain, Londres, Hambledon,2003.
[ 49] Richard B.SHER et Jeffrey R.SMITTEN (éd.),Scotland and America in the age of the Enlightenment, Édimbourg, Edinburgh University Press,1990; Tom M.DEVINE, Scotland’s Empire,1600-1815, Londres, Penguin,2003.
[ 50] C’est Roy Porter qui fut l’un des premiers à encourager le «provincial turn» dans l’analyse des Lumières anglaises : Roy PORTER, Enlightenment :Britain and the Creation of the Modern World, Londres, Harmonsworth, 2000, p. XX-XXI. Récemment, le dossier a été rouvert : « Science and the Midlands Enlightenment »,British Journal for Eighteenth-century studies,30-2,2007, et particulièrement l’introduction de Gavin BUDGE, « Introduction : science and soul in the Midlands Enlightenment », Ibidem, p. 157-160.
[ 51] Dror WAHRMAN,« National society, communal culture :an argument about the recent historiography of Eighteenth-Century Britain », Social History,17,1992, p. 43-72.
[ 52] Paul WOOD,The Aberdeen Enlightenment :the Arts Curriculum in the Eighteenth Century, Aberdeen, Aberdeen University Press, 1993; Richard B. SHER, « Commerce, religion and the Enlightenment in Eighteenth-Century Glasgow », in Tom M.DEVINE, Gordon JACKSON (éd.),Glasgow volume 1 :Beginnings to 1830, Manchester, Manchester University Press,1995, p.312-359.
[ 53] National Library of Scotland (Édimbourg) – désormais indiquée comme NLS – Adv, 29.3.14, Society of Antiquaries, Papers of Buchan, folio 76-78, anniversary discourse of Society of the Antiquaries of Scotland,15 nov.1784.
[ 54] NLS, Acc. 10000/351, Royal Society of Edinburgh, Correspondence, 1789-1827, Ms. 646 : Mackenzie, autographs and letters, fol. 3-6.
[ 55] R.B.SHER,The Enlightenment and the Book :Scottish Authors and theirs publishers in Britain, Ireland and America, Chicago, Chicago University Press, 2006.
[ 56] Aux côtés de Benjamin Franklin, de David Hall et de James Rivington, on sait le rôle d’un Robert Bell, Écossais qui s’installe en 1768 à Philadelphie après être passé par Dublin, et qui se présente lui-même comme n’étant ni un libraire ni un imprimeur, mais un éditeur (publisher), nouvel acteur dans le monde du commerce du livre américain, voir Hugh AMORY, David HALL (éd.), A History of the Book in America. Vol. I :The Colonial Book in the Atlantic World, Cambridge, Cambridge University Press,2000, p. 291.
[ 57] Voir Stephen BROWN, Warren MC DOUGLAS (éd.), The Edinburgh History of the Book in Scotland. Vol. II :Enlightenment and Expansion,1707-1800, à paraître.
[ 58] Pour un cadre général, voir Tom M.DEVINE, Scotland’s Empire and the Shaping of the Americans, 1600-1815, Londres, Smithsonian Books,2004.
[ 59] On suit ici le remarquable livre de Thomas BENDER,New York Intellect. A History of Intellectual Life in New York City, from 1750 to the Beginnings of Our Own Time, Baltimore, The Johns Hopkins University Press,1987, chapitre 1. Sur les réseaux transatlantiques de la philosophie naturelle :James DELBOURGO,A Most Amazing Science of Wonders. Electricity and Enlightenment in Early America, Cambridge (Mass.), Harvard University Press,2006, p.14-49.
[ 60] Voir sur ce point, les travaux en cours de Silvia Sebastiani.
[ 61] T.BENDER, New York intellect…, op.cit., p.13.
[ 62] Ibidem, p.25.
[ 63] On peut citer ici à titre d’exemple les célèbres voyages de William Lithgow of Lanark (1614), de William Biddulph (1609), ou de Fynes Morrison (1617), Thomas Coryat et George Sandys (1615) dans l’Empire ottoman, dont les récits de voyage constituent des succès d’édition souvent réédités aux XVIIe et XVIIIe siècles. Marqués par une culture de la curiosité, ces voyageurs comme William Lithgow of Lanark souhaitent entreprendre « une science du monde », voir l’étude récente de Clifford Edmund BOSWORTH, An Intrepid Scot :William Lithgow of Lanark’s Travels in the Ottoman Lands, North Africa and Central Europe, 1609-21, Burlington, Ashgate,2006.
[ 64] John H.APPLEBY,« Robert Erskine, Scottish pioneer of Russian natural history », Archives of natural History,10-3,1982, p. 377-398.
[ 65] Ibidem, p. 381.
[ 66] J.H.APPLEBY,« St Petersburg to Edinburgh – Matthew Guthrie’s introduction of medicinal plants in the context of Scottish-Russian history of Exchange », Archives of Natural History,14-1,1987, p. 45-58.
[ 67] H.J.NOLLIE, Indian Botanical Drawings…, op.cit.
[ 68] British Library (Londres), Add.4439, ff.205,206,208-218 :requête de Pierre d’Incarville, jésuite en Chine au directeur du Jardin d’Édimbourg, Chelsea, Oxford, etc., oct. 1752-nov. 1753, fol. 205. Voir, dans le présent volume, la contribution de Catherine Jami.
[ 69] Sur W. Jones, voir la contribution de Kapil Raj dans le présent n°, et plus largement K. RAJ, Relocating modern science. Circulation and the Construction of Scientific Knowledge in South Asia and Europe Seventeenth to Nineteenth Centuries, Delhi, Permanent Black,2006, et Basingstoke, Palgrave,2006.
[ 70] NLS, Acc.10000/3 : Minute of book of the Literary Class, November 1783-November 1808, Fol.73-74 :16 janvier 1792.
[ 71] Peter FRESHWATER, « Books and universities », in G. MANDELBROTE, K.A. MANLEY (éd.), The Cambridge History of Libraries…, op.cit., p. 345-370, en particulier p. 349. À noter qu’un autre officier fera parvenir à Aberdeen un catalogue de ses trouvailles :Authentic memoirs of Tippoo Sultaun by An Officer in the East India Service, Londres, s.n.,1799.
[ 72] Marlies K.DANZIGER,« Boswell’s travels through the German, Swiss and French Enlightenment », in Irma S.LUSTIG (éd.),Boswell Citizen of the World, Man of Letter, Lexington, The University of Kentucky, 1995, p. 13-36; James BOSWELL, Boswell on the Grand Tour :Italy, Corsica, and France,1765-1766, edited by Frank Brady and Frederick A.Pottle, Londres, Heinemann,1955, p.265-266 et 281.
[ 73] Deidre DAWSON, Pierre MORÈRE (éd.), Scotland and France in the Enlightenment, Londres, Bucknell University Press, 2004; voir l’analyse exemplaire de J. ROBERTSON, The Case for the Enlightenment…, op.cit.; Fania OZ-SALZBERGER, Translating the Enlightenment :Scottish Civic Discourse in Eighteenth-Century Germany, Oxford, Clarendon Press,1995; voir enfin R.B.SHER, J.R.SMITTEN,Scotland and America…,op.cit.Plus récemment, Colin Kidd a situé la question écossaise au sein d’un arc atlantique : C.KIDD, British Identities before Nationalism…, op.cit.
[ 74] Clotilde PRUNIER, « Les “Blair Letters” : la correspondance comme définition et miroir de la communauté catholique écossaise », in Pierre-Yves BEAUREPAIRE, Jens HÄSELER, Antony MC KENNA (éd.), Réseaux de correspondance à l’âge classique ( XVIe - XVIIIe siècle), Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne,2006, p.197-206. Comme elle l’indique, il ne s’agit pas simplement de correspondants ou de voyageurs catholiques, certains protestants, souvent des literati, antiquaires et historiens, participent à ce réseau, ibidem, p. 204; C.PRUNIER, Anti-Catholic Strategies in Eighteenth-Century Scotland, FrancfortsurleMain, Peter Lang, 2004. Plus généralement sur les collèges écossais, Brian HALLORAN, The Scots College Paris,1603-1792, Édimbourg, John Donald, 1997; Maurice LINDSAY, The Scots College in Spain, Valladolid, Andres Martin,1971; Raymond MC CLUSKEY,The Scots College Rome,1600-2000, Édimbourg, John Donald,2000.
[ 75] NLS, Acc.10000/3 : Minute of book of the Literary Class, November 1783-November 1808; Minute book of the Physical and Literary Classes, July 1793-January 1824, fol.9. Le registre de la société, à la séance du 17 novembre 1783, consigne le nom de ses membres avec une indication de leur origine géographique. On compte ainsi un total de 56 résidents de la classe littéraire et 37 de la classe scientifique, avec 39 non-résidents. La ventilation géographique du groupe des non-résidents souligne l’importance des villes écossaises (Glasgow : 8, St Andrew :1, Aberdeen : 8, Dundee : 1), de Londres avec 4 représentants, des espaces caraïbes (Jamaïque :1, Barbades :1). Du côté des étrangers, on retrouve comme dans de nombreuses académies européennes les mêmes noms prestigieux :« Le comte de buffon, Paris; Beccaria, Turin; le comte de Carburi; Camper de Holland; Lionel Chalmers de S. Carolina; Lorentz Crell, professeur de Chimie de Helmstedt; M.Fougeraux; Benjamin Franklin; William Franklin; Alex. Gardiner S.Carolina; Matthew Guthrie, St Petersburgh; Duhamel de Monceau; Taenish; Bernard de Jussieu, Paris; le duc de Lauragais; Andrew Lumisden, Paris; John Rogerson, St Petersburgh; M. Sue, Paris; Tronchin, Paris ».
[ 76] NLS, Adv, 29.3.14, Papers of Buchan, Fol. 83, Anniversary discourse : texte imprimé, 14 nov. 1785,4 pages.
[ 77] Ibidem, fol. 70 :« Mémoire sur les ouvrages qui traitent des Monastères de France » (en français).
[ 78] Voir dans le présent numéro les contributions d’Antonella Romano et de François Regourd.
[ 79] John Robertson montre bie, n dans son étude de l’économie politique, comment ce cas écossais joue à la fois comme lieu original de production des savoirs, mais aussi comme exemple dans l’administration de la preuve, voir J.ROBERTSON, The Case for the Enlightenment…, op.cit.
[ 80] Nous jouons ici sur la polysémie du terme en anglais : le case appartient au vocabulaire du droit et à celui des savoirs expérimentaux. Il signifie à la fois cause et exemple.
[ 81] Cf. Dominique POULOT,Une histoire des musées de France, XVIIIe - XXe siècle, Paris, La Découverte,2005.
[ 82] NLS,« Correspondence Book of the Academy of Physics, Edinburgh, Ms.755, Correspondence book of. Containing copies of letters from Feb., 1798 to Dec., 1799 », in the autograph of Henry Brougham, Francis Horner, and William Erskine, the Orientalist, as Secretaries.
[ 83] NLS, Ms.755, fol.9, Dans une lettre à William Henry, de Février 1798, il précise :« À présent, les principaux objets de notre enquête sont la nature des vents, et l’histoire, naturelle et civile, du continent africain ».
[ 84] NLS, Ms.755, fol.12 :« L’Académie est sur le point d’entreprendre certaines recherches géologiques concernant les différentes curieuses couches sur les confins de l’Angus et du Pertshire [...] ».
[ 85] Sur la problématique des objets-frontières développée en sociologie des sciences, voir Susan Leigh STAR, James GRIESEMER,« Institutional ecology. Translation and boundary objects :amateurs and professionals in Berkeley’s museum of vertebrate zoology, 1907-1939 »,Social Studies of Science, 19,1989, p. 387-420; Joan FUJIMURA, « Crafting science : standardized packages, boundary objects and translation », in Andrew PICKERING (éd.),Science as Practice and Culture, Chicago, University of Chicago Press,1992, p.168-211.
[ 86] Marie-Noëlle BOURGUET, Bernard LEPETIT, Vassilis PANAYOTOPOULOS, Maroula SIRINELLIS, Daniel NORDMAN (éd.), Enquêtes en Méditerranée. Les expéditions françaises d’Egypte, de Morée et d’Algérie,Athènes, Centre de recherches néo-helléniques, 1999; ID., L’invention scientifique de la Méditerranée. Egypte, Morée, Algérie, Paris, Éditions de l’EHESS, 1998. Voir aussi dans ce cadre, Michel de CERTEAU, Dominique JULIA, Jacques REVEL,Politiques de la langue (1975), Paris, Folio-Gallimard,2003.
[ 87] NLS, Adv,29.3.14, Papers of Buchan, Fol. 51-54 :From Robert Barclay to Buchan,13 Dec.1784.
[ 88] NLS, Adv,29.3.14, Papers of Buchan, fol.36.
[ 89] C. WITHERS, Geography, Science and National Identity…, op.cit., p. 148. Voir aussi Olivier IHL, Martine KALUSZYNSKI, Gilles POLLET (éd.), Les sciences de gouvernement, Paris, Economica,2003.
[ 90] John SINCLAIR, The Statistical Account of Scotland drawn up from the Communications of the Ministers of the Different Parishes, Édimbourg, William Creech,1791, Introduction, p. V.L’ensemble en 21 volumes ne sera publié qu’en 1826.
[ 91] Ibidem, « Parish of Jedburgh, from materials furnished by the Rev. Dr. Thomas Somerville, Minister of Jedburgh », p. 6-15.
[ 92] Sur ce document, voir la réédition par D.J.WITHRINGTON, I.GRANT (éd.),The Statistical Account of Scotland, Édimbourg, East Ardsley, 1972-1983.
[ 93] John SINCLAIR, The Correspondence of the Right Honourable Sir John Sinclair Bart. With Reminiscences of the Most Distinguished Characters who have appeared in Great Britain, and in Foreign Countries, during the Last Fifty Years, in Two Volumes, London, Henry Colburn and Richard Bentley,1831.
[ 94] C. WITHERS, Geography, Science and National Identity…, op.cit., p.145.
[ 95] John Knox, dans une lettre à Buchan du 2 août 1781, décrit les membres de la Society of Antiquaries comme de « vrais Patriotes, les vrais amis d’un pays outragé », cité par C.WITHERS, Geography, Science and National Identity…, op.cit., p.145.
[ 96] D. POULOT, Une histoire des musées…, op.cit., p.63.
[ 97] L’identité savante de l’antiquaire est suspecte :« le nom d’Antiquaire, avec les recherches frivoles de certains d’entre eux et le préjugé d’un public mal informé, est, avec d’autres appellations encore plus respectables, en butte à des traits d’humour », William SMELLIE,An Account of the Institution and Progress of the Society of the Antiquaries of Scotland, Édimbourg, Charles Eliot, 1782, p. 14, cité par S. SHAPIN, « The Royal Society of Edinburgh… », Ph. D.cit., p.141.
[ 98] NLS, Adv,29.3.14, Papers of Buchan, Fol.79v.
[ 99] D. POULOT, Une histoire des musées…, op.cit., p.26.
[ 100] NLS, Adv,29.3.14, Papers of Buchan, Fol.59 :Lettre de John Moad à Lord Buchan.
[ 101] Edinburgh University Library, MS.La. II,588, fol.1v.
[ 102] D.POULOT, Une histoire des musées…, op.cit., p.33.
[ 103] C.WITHERS,« Knowledge as cultural property :disputes over the “ownership” of natural history in late Eighteenth-Century Edinburgh »,Archives of Natural History, 19,1992, p.289-303.
[ 104] William SMELLIE, The Philosophy of Natural History, Philadelphia, Robert Campbell,1791, p.20; ID.,Prospectus and Proposals for Publishing an Essay towards a Natural History of the Mineral Kingdom, Londres, William Creech, W.Gordon, C.Elliot,1787; John WALKER,Institutes of Natural History. Containing the Heads of the Lectures in Natural History, Édimbourg, Stewart, Ruthven and Co, 1792.
[ 105] Voir S. REYNOLDS, Paris-Edinburgh…, op.cit., p. 37-38, et Helen SMAILES, A Portrait Gallery for Scotland :the Foundation, Architecture and Mural Decoration of the Scottish National Portrait Gallery,1882-1906, Édimbourg, HMSO, 1985.
[ 106] Xabier ITÇAINA, « Les mobilisations discrètes. Affirmation identitaire et choix économique en Pays Basque français »,Sociologia, problemas e práticas,50,2006, ISCTE-CIES, Lisbonne, à paraître; voir les réflexions méthodologiques de l’anthropologue Jackie ASSAYAG,L’Inde. Désir de nation, Paris, Odile Jacob,2001 pour penser les mouvements non-violents comme mobilisation nationaliste de basse intensité. Il faut noter qu’une anthropologie historique de la «britishness» est en train de prendre son essor :Sophie CHEVALIER, Jeannette EDWARDS, Sharon MACDONALD, « L’anthropologie de la Grande-Bretagne : une discipline en plein essor », Ethnographie française, numéro spécial :« Grande-Bretagne :Anthropology at Home »,37-2,2007, p.197-212.
Résumé
Dans quelle mesure Édimbourg peut-elle être décrite comme une ville-monde au siècle des Lumières du point de vue de sa reconnaissance intellectuelle? Comment les savoirs construisent-ils de la centralité urbaine? Depuis les années 1970, les recherches en histoire urbaine,en histoire des sciences ou les études sur les Lumières ont souligné le dynamisme du centre écossais.Après l’acte d’union en 1707,Édimbourg perd son statut de capitale politique de l’Écosse, mais gagne indéniablement celui de capitale intellectuelle.Cet article montre comment ce transfert s’est opéré d’abord par le développement des équipements, par la reconnaissance d’une excellence universitaire, et la multiplication des lieux de sociabilité.La transformation d’un pôle provincial de l’espace britannique en un centre de savoirs s’est appuyée sur la mobilisation des savants et des savoirs à une échelle mondiale,en encourageant la mobilité et la participation des diasporas écossaises.La ville se signale par sa volonté de devenir le point de passage obligé dans la constitution d’une revendication nationale. En étudiant les milieux intellectuels et les pratiques savantes partisanes, on cherche ainsi à éclaircir les ressorts de l’articulation entre reconnaissance internationale et problématiques localistes.MOTS - CLÉS
Écosse, Grande-Bretagne, identité locale, Lumières, sociabilité savante, réseaux scientifiques
To what extent could Edinburgh be considered as a world-city during the Enlightenment from the intellectual point of view? How could knowledge build an urban centrality? Since the 1970s,research in urban history,in history of science or Enlightenment studies had underlined the dynamism of the Scottish centre. After the union of 1707,Edinburgh lost his status of political capital city of Scotland,but gained those of intellectual capital.This article explores how the transfer could have worked by the development of facilities,by the recognition of university excellence and by the multiplication of places of sociability.The transformation from a provincial pole in Britain to a centre of knowledge could lay on the mobilization of scholars and knowledge at a world-wide scale,by encouraging the mobility and the participation of Scottish diasporas.The city aimed to become a point of passage in the constitution of a national cause.By studying the intellectual milieu and the learned practices involved in this claims,one seeks to clarify the stakes of the interpenetration between international recognition and localism.KEYWORDS
Scotland, Great Britain, local identity, Enlightenment, learned sociability, scientific networks
PLAN DE L'ARTICLE
- LA « MÉTROPOLISATION » INTELLECTUELLE D’ÉDIMBOURG
- LES ÉCHELLES DE LA GRANDEUR : LE DÉPLOIEMENT DES RÉSEAUX SAVANTS
- ÉDIMBOURG ET L’ÉMERGENCE DES SAVOIRS ÉCOSSAIS
POUR CITER CET ARTICLE
Stéphane Van Damme « La grandeur d'Édimbourg. », Revue d’histoire moderne et contemporaine 2/2008 (n° 55-2), p. 152-181.
URL : www.cairn.info/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2008-2-page-152.htm.







