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Revue d’histoire moderne et contemporaine

2013/1 (n° 60-1)

  • Pages : 224
  • ISBN : 9782701181028
  • DOI : 10.3917/rhmc.601.0107
  • Éditeur : Belin

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L’organisation des métiers parisiens constitue un cas d’espèce. Comme dans d’autres capitales, une structure fédère les principales communautés marchandes et leur confère un rôle civique spécifique : à Florence les Arti maggiori, à Madrid les Cincos gremios, à Londres les Great Twelve City Livery Companies[1][1] Miguel CAPELLA, Antonio MATILLA TASCÓN, Los Cinco Gremios.... Les Six corps marchands de Paris, composés des drapiers, épiciers-apothicaires, merciers, pelletiers, bonnetiers et orfèvres, sont nés à la fin du Moyen Âge d’un ordre processionnel. Sans réelle base légale, c’est pourtant autour d’eux que s’articule de plus en plus exclusivement le fonctionnement des institutions bourgeoises à l’époque moderne (hôtel de ville, paroisse, tribunal de commerce, etc.) [2][2] Laurence CROQ, Nicolas LYON-CAEN, « La notabilité parisienne.... Le lien politique, symbolique et financier avec la monarchie et la cour justifie la revendication d’une coupure vis-à-vis du monde artisanal. Cette dignité marchande constitue un élément fédérateur de leur identité collective, de même que leur inscription dans une ville définie par son cœur médiéval [3][3] N. LYON-CAEN, M. MARRAUD, « Emprises professionnelles.... Nombre de leurs composantes conservent pourtant une activité de fabrication, qui renvoie à la nature de l’économie parisienne, consommatrice de produits de luxe, et à un subtil équilibre entre le centre et les périphéries urbaines [4][4] Alain THILLAY, Le faubourg Saint-Antoine et ses faux.... Du reste, le renouvellement même des Six corps tient aussi à l’admission d’anciens artisans ou de fils d’artisans [5][5] L. CROQ, « Être et avoir, faire et pouvoir : les formes.... Les bonnetiers en constituent une illustration frappante : corps de marchands ayant le droit de produire eux-mêmes leurs marchandises, ils absorbent en 1716 leurs homologues des faubourgs, puis en 1724 les fabricants au métier [6][6] Georges DUMAS, Les tailleurs d’habits et les bonnetiers.... La bonneterie devient ainsi au début du XVIIIe siècle un regroupement de marchands, de fabricants et d’ouvriers.

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La réunion de métiers peut faire l’objet de plusieurs lectures, du reste non contradictoires. Jean-Claude Perrot proposait d’y voir l’extension qualitative d’un privilège résultant du « dynamisme des plaideurs plutôt que de celui des techniciens », les métiers cherchant à « occuper les marges de [leur] profession » et à « élargir leur gamme » au détriment d’autres plutôt qu’à gagner en productivité [7][7] Jean-Claude PERROT, Genèse d’une ville moderne. Caen.... Cette recherche du monopole pouvait néanmoins se révéler favorable aux innovations [8][8] Jochen HOOCK, « Réunions de métiers et marché régional..... L’historiographie actuelle l’envisagerait plutôt comme un processus de recomposition, illustrant la souplesse de l’organisation communautaire en fonction des stratégies des acteurs et des évolutions techniques [9][9] Simona CERUTTI, La ville et les métiers. Naissance.... Enfin, une troisième possibilité consiste à y voir une mainmise des marchands sur les producteurs, du capital sur le travail manuel, à l’image de la structuration de la Grande Fabrique lyonnaise en 1667. L’agrégation autour des bonnetiers parisiens s’inscrit dans ces diverses interprétations. Elle survient dans un contexte de mutation technique, du fait de l’introduction de métiers mécaniques au cours du XVIIe siècle, mais aussi d’accroissement de la demande [10][10] Cissie FAIRCHILDS, « Populuxe goods in the eightenth-century.... Les évolutions du costume urbain orientent, avec une vigueur accrue par la vie de cour, une mode au renouvellement accéléré [11][11] Joan THIRSK, «The fantastical folly of fashion:The.... Vers 1700, entre la moitié et les deux tiers des inventaires après décès parisiens recèlent des bas, devenus un article de consommation courante, voire « massive » par la suite. Les commandes militaires élargissent à l’occasion la clientèle [12][12] Daniel ROCHE, La culture des apparences [1989], Paris,....

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Envisagées de près cependant, ces mutations apparaissent dans une large mesure comme imposées d’en haut aux acteurs par un pouvoir royal qui poursuit ses propres objectifs. Mais elles remettent aussi en cause une division du travail construite au cours du XVIIe siècle entre marchands et mécaniques, division qui passait rhétoriquement entre les corporations, mais en pratique aussi à l’intérieur de celles-ci. L’appartenance aux Six corps influe en effet sur les positions que les bonnetiers défendent en exerçant une action constante sur les processus de distinction sociale. Car les corporations, outre leur rôle dans l’élaboration des normes relatives aux produits et à l’emploi segmentant les marchés, quelles qu’en soient les conséquences économiques, participent également du jeu complexe des interactions institutionnelles locales qui limitent les marges de manœuvre de leurs membres. Le cas de la bonneterie parisienne permet alors de montrer que la mobilité des métiers posait des défis concrets au système corporatif dans son ensemble, défis tenant aux différences de culture professionnelle et de statut socio-civique des acteurs mais aussi aux solidarités mutualisant avantages et contraintes.

LA BONNETERIE PARISIENNE VERS 1700 : ÉTAT DES LIEUX

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De Colbert à la Régence, plusieurs communautés coexistent dans l’espace parisien : marchands bonnetiers, maîtres bonnetiers des faubourgs et fabricants de bas au métier. Au cours du XVIIe siècle, ces distinctions initialement assez lâches tendent à se durcir pour associer chaque communauté à un rang, une technique et un territoire spécifique (voir document 1). Vers 1700, le secteur rassemble environ 500 maîtres et 2 000 ouvriers (apprentis, compagnons en formation, compagnons non reçus maîtres, et ouvriers travaillant sous le nom d’un maître) [13][13] Natacha COQUERY, Tenir boutique à Paris au XVIIIe siècle..... Il faut encore y ajouter l’« infinité de pauvres gens » que les maîtres « entretiennent » à préparer la soie et la laine et qu’ils estiment alors à 12 000 individus, femmes et enfants inclus. Ceux-ci constituent un prolétariat non incorporé, les tricoteurs et autres couturiers en bonneterie ayant été exclus de la communauté depuis le Moyen Âge et le travail de la soie restant libre dans la capitale [14][14] Bibliothèque de l’Arsenal, Paris (désormais Ars.) ms 10846,....

DOCUMENT 1  - Les acteurs de la bonneterie

Les marchands bonnetiers

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La technique du tricotage manuel à aiguilles et crochets, en usage depuis le XIVe siècle, permet de produire des gants, des coiffes, des bas et des bonnets et calottes (d’où le nom de bonneterie pris à Paris par le tricotage). Séparés depuis 1434 des chapeliers, les bonnetiers sont des contribuables « d’une confortable aisance », sans plus [15][15] Jean FAVIER, « Une ville entre deux vocations : la.... Un édit bursal de 1582 les classe parmi les métiers du second rang, avec les barbiers, bouchers et chaudronniers, derrière les autres membres de Six corps, sauf les orfèvres, relégués au troisième ; et ce alors que les riches orfèvres sont plus nombreux que les riches bonnetiers. Il faut sans doute y voir un effet du rapport plus évident des orfèvres au geste manuel, réputé moins digne que celui de vendre. Reste que la plupart des bonnetiers sont à la fois fabricants et marchands ; rares sont les véritables grossistes, comme les Nau dont l’aisance paraît tout à fait hors-norme [16][16] M. MARRAUD, De laVille à l’État. La bourgeoisie parisienne,....

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S’ils sont environ 200, la gestion de la communauté ne concerne cependant qu’une minorité : entre 50 et 60 bonnetiers seulement sont impliqués dans les délibérations et les élections [17][17] R. de LESPINASSE, Les métiers…, op. cit., t. 1, 1886,.... Ils élisent quatre gardes, puis, à partir de 1638, six (d’abord deux anciens et quatre jeunes puis trois « anciens » et trois « nouveaux »). Mais, comme pour les autres corps, les anciens gardes (les gardes sortis de charge), jouent rapidement un rôle prépondérant [18][18] Article « Bonneterie », Encyclopédie, ou dictionnaire.... La justification du passage de quatre à six illustre la logique de la domination symbolique que l’appartenance aux Six corps fait peser sur les bonnetiers. Ils motivent en effet le changement parce qu’« il est arrivé souventes fois que ès assemblées qui se sont faictes en diverses occurrences des Six corps […], le corps de la marchandise de bonneterie a manqué de nombre de voix pour n’estre égal en nombre de gardes comme sont les autres cinq corps » qui en avaient déjà six [19][19] AN, Minutier Central, étude II, 157, 12 avril 1638,....

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Ce désir d’égale dignité dans la grandeur marchande n’est pas que d’ordre institutionnel. Il a des répercussions sur les représentations que les bonnetiers forgent de leur activité. Selon la dernière version de leurs statuts, qui remonte à 1608, ils possèdent le droit de vendre et de fabriquer, ou de faire fabriquer, tous les ouvrages de bonneterie. La différence avec les communautés concurrentes réside en ce qu’ils ont conquis le droit exclusif de vendre dans la ville les marchandises entièrement finies qu’ils n’auraient pas fabriquées eux-mêmes mais achetées. Ils ne sont par ailleurs guère contraints par des réglementations sur la nature des fibres, vendant bas et bonnets de laine, soie, coton, etc. L’identité marchande n’est cependant pas complètement assurée : l’origine artisanale de la communauté est encore signalée par une procédure de partage de la marchandise « foraine » venue d’en dehors de Paris. Elle peut être répartie entre les maîtres selon la technique du lotissement (partage par plusieurs au prix obtenu par un seul), qui vise à fournir marchandise et travail à tous, comme à la halle aux cuirs ou chez les brasseurs. Tout au long du XVIIe siècle, les gardes persistent à agir contre ceux qui contournent la règle. Autant qu’un moyen de contrôle, il faut y lire la volonté de maintenir une certaine égalité à l’intérieur de la corporation. Mais la pratique a changé de sens car les marchandises à vendre ont remplacé la matière première à travailler. En 1652, ce sont 144 paires de bas de Beauce que les gardes soumettent à cette procédure [20][20] BnF, F-23669, arrêt du Parlement du 25 octobre 1652 en.... Les évolutions des bonnetiers des faubourgs confirment la spécialisation progressive des Parisiens dans la vente.

Les maîtres des faubourgs

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Les faubourgs comptent plusieurs corporations dont la principale englobe St-Jacques, St-Victor, St-Michel et St-Marcel, en gros le faubourg St-Médard (voir document 2). Les statuts, accordés par le bailli de Ste-Geneviève, seigneur temporel des lieux, remontent à 1527 et ont été révisés en 1619 pour inclure le coton et l’étamine, puis précisés en 1701 [21][21] BnF, F-22360, p. 1-7.. Il existe aussi des corporations dans les faubourgs St-Germain et St-Denis (au nord) auxquelles le Parlement applique les mêmes règles. On ignore quand elles disparaissent. Enfin le faubourg St-Antoine, comme d’autres lieux privilégiés (rue de l’Oursine, cloître St-Jean-de-Latran), regroupe quantité de « faux ouvriers » dont les liens avec les corporations sont fluctuants [22][22] BnF, F-23670 (99), arrêt du Parlement du 21 août 1666 en....

DOCUMENT 2 - Situation des principaux faubourgs, d’après Guillaume Delisle, Le plan de Paris, ses faubourgs et ses environs (1716), Amsterdam, J. Covens et C. Mortier, 1730.
© Gallica.
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Initialement, la distinction d’avec les Parisiens est territoriale : le règlement des bonnetiers de Paris de 1608 interdit à ceux des faubourgs de vendre leurs marchandises dans Paris, les hôtelleries notamment. Mais le règlement des faubourgs de 1527, renouvelé en 1619 pour inclure les étoffes d’étame et de coton, ne mentionne pour sa part aucune restriction. En 1674, l’enseigne d’Antoine LeNoir, maître bonnetier rue Mouffetard, proclame que « Céans se vendent toutes sortes de bons bas de S. Marcel, Angleterre et toutes sortes d’estames faites en laine » [23][23] BnF, F-22360, p. 20 ; ibidem, statuts des marchands.... Si l’orientation des faubourgs vers la production remonte au moins au XVIe siècle, elle n’interdit pas la vente de tous types de produits, locaux ou non, comme chez les Parisiens. Pourtant, au milieu du siècle suivant, cette différenciation territoriale se métamorphose en une division qualitative. Plusieurs arrêts du Parlement (1644, 1672 et 1674), rendus à la sollicitation des gardes parisiens, fixent des règles de cohabitation qui innovent au moyen d’une disposition technique. Les marchandises arrivant à Paris « en ballots appartenans ausd. maîtres et jurez desd. faubourgs » devront être examinées dans les vingt-quatre heures au bureau des bonnetiers (en plein centre, rue des Écrivains, près de St-Jacques-de-la-Boucherie) : les marchandises inachevées leur seront rendues, celles achevées et « parfaites » loties entre les Parisiens [24][24] BnF, F-22369, p. 13.. Ces arrêts inventent littéralement un privilège en subvertissant une convention sur le partage des ressources : aux Parisiens la vente de tous les articles, aux faubourgs celle des seuls objets réalisés ou achevés par leurs soins. L’arrêt de 1644 ordonne notamment aux maîtres des faubourgs de « fouller, flamber, blanchir, souffrer, enformer, appareiller avec le chaudron et la pince » les ouvrages du dehors et de « les perfectionner eux-mêmes en leurs boutiques » [25][25] Ibidem, p. 10.. Ces maîtres sont ainsi inclus dans un processus rendu commun en même temps qu’assignés à la fabrication, ce qu’ils finissent par avaliser en la présentant comme une spécialisation. En 1712, ils affirment se distinguer des « marchands [qui] ne peuvent travailler de leurs mains […] ny faire travailler par leurs domestiques, car pour lors ils deviendroient ouvriers » [26][26] BnF, Fol-FM12358, Mémoire pour les jurez de la communauté.... Dans un cadre polémique, la revendication d’incompatibilité sonne comme un mécanisme d’inversion du stigmate visant à exclure les marchands de certaines affaires ; mais elle peut aussi se lire comme l’intériorisation de la domination marchande par des artisans. Bien entendu, elle est partiellement fausse : les maîtres des faubourgs conservent officiellement le droit de vendre des bas au métier achetés auprès des fabricants (art.1 du règlement de mai 1701) et les marchands parisiens peuvent toujours vendre leur propre production (art. 5 du règlement de 1701).

DOCUMENT 3 - Paire de bas de coton pour femme réalisée au tricot, France, XVIIIe siècle, Boston, Museum of Fine Arts.
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Cela n’empêche pas non plus la communauté des faubourgs de demeurer clivée entre des maîtres marchands, des maîtres « ouvriers tricoteurs » et des maîtres donneurs d’ouvrage, faisant apprêter, fouler et teindre dans les faubourgs ou même « à la campagne, à la charge de […] faire apporter [les bas] en cette ville de Paris, pourveu qu’ils ne soient pas parfaits ny achevez » [27][27] BnF, F-22360, p. 18-24, arrêt du Parlement du 7 août 1674..... Autrement dit, le Parlement autorise la délocalisation du travail vers le monde rural, selon des proportions impossibles à évaluer, confortant ainsi les inégalités entre maîtres.

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Dans les représentations avancées par les communautés, et validées par l’autorité du Parlement, le cloisonnement entre négoce et artisanat s’est ainsi surimposé à la séparation entre ville et faubourgs, au mépris de la lettre des règlements et, probablement, des pratiques effectives.

DOCUMENT 4 - Bonnet de satin blanc mêlé de soie orange, France, début du XVIIIesiècle, Boston, Museum of Fine Arts.
©mfa.org

Les fabricants de bas au métier

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Mais entre-temps, le contenu même du travail manuel s’est amplement transformé. Les métiers mécaniques, apparus en Angleterre vers 1600, permettent de travailler plus vite (1 à 2 paires de bas par jour selon la qualité, contre le même nombre par semaine au tricot), et plus facilement. Ils se répandent en France, à tel point que les fabricants au métier sont érigés en maîtrise dans tout le royaume en 1672, privilège restreint en 1700 à 18 villes [28][28] L. TEISSEYRE-SALLMANN, L’industrie…, op.cit., p. 104-113 ;.... On ne relève à Paris aucune manifestation d’hostilité envers cette technique de la part des autres artisans. D’une part, parce que les machines n’y remplacent pas l’aiguille, mais étendent la gamme vers le haut, en utilisant la soie de préférence à la laine qui casse plus facilement : vers 1740, les bas à l’aiguille se vendent 2 à 3l.t. la paire au minimum, les bas au métier le double ou plus. D’autre part, parce que le dirigisme monarchique permet à une élite artisanale de maintenir une autonomie face aux marchands en interdisant à tous ceux qui ne sont pas membres de la communauté, et particulièrement aux bonnetiers et merciers, de s’immiscer dans la fabrique en achetant des métiers et en les louant à des ouvriers [29][29] AN, H22102, Extrait général contenant l’état où se.... La création d’une corporation vise à garantir la subsistance de travailleurs méritants, comme pour les communautés féminines telles que les couturières, mais aussi à protéger le développement de l’innovation synonyme, espère-t-on, de substitution d’importations. La rente de monopole accordée par le roi devrait servir le bien commun en facilitant la transmission de compétences [30][30] Sur la nature des innovations et des compétences :.... Quantitativement, l’opération est un succès : en 1700, Paris compte plus d’un millier de métiers répertoriés [31][31] AN, F121396, État des métiers qui ont été déclarez.... La communauté n’en est pas moins fort inégalitaire, divisée entre petits et grands propriétaires, bien que la taxinomie ne les différencie guère : les maîtres se qualifient parfois d’ouvriers, même s’ils possèdent une maîtrise, plusieurs métiers et emploient eux-mêmes des ouvriers. En outre, des marchands parviennent, grâce à leur surface financière, à mettre sous tutelle quelques modestes fabricants en leur avançant de quoi acheter des machines [32][32] A. THILLAY, « L’économie du bas », art. cit.; AN, MC,....

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Le privilège des marchands parisiens, seuls autorisés à vendre des articles qu’ils n’ont pas travaillé eux-mêmes ni fait fabriquer pour leur compte, relève autant du registre commercial que d’une prérogative symbolique les mettant à distance des artisans. Les maîtres des corporations artisanales ne peuvent vendre que leur propre production, soit aux particuliers, soit aux autres maîtres de leur corporation ou aux marchands parisiens. Cependant ce système local, que l’intervention de l’État tente en mai 1701 de stabiliser en adaptant un règlement général portant sur les bas au métier fabriqués dans le royaume, est biaisé par le droit qu’ont les gardes des marchands bonnetiers de visiter l’ensemble des acteurs, sans frais pour ceux qui n’appartiennent pas à leur corps et en compagnie d’un juré du corps de l’inspecté (art.9). Le parallèle avec Lyon est frappant [33][33] BnF, F-23619 (73), arrêt du conseil du 17 mai 1701 interprétant.... L’unité est donc générée par l’objet (le bas et le bonnet) autour duquel s’articulent des sphères de production et de vente que les représentations séparent tout en les hiérarchisant.

L’UNIFICATION : UNE VOLONTÉ ÉTATIQUE

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C’est le changement de la politique monarchique qui précipite la réunion des métiers à partir de la fin du règne de LouisXIV. Elle s’opère sous la pression de contraintes politiques et fiscales qui influent sur les conditions techniques et les rapports de travail stricto sensu. Le poids de ces circonstances externes est déterminant et le rôle des choix du pouvoir l’emporte sur la volonté des acteurs économiques. Ces derniers tentent toutefois de manipuler ces processus en fonction d’intérêts collectifs qui ne recoupent pas nécessairement les frontières corporatives. La différence entre les deux phases de l’union le montre clairement.

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En 1678 sont supprimées la plupart des justices particulières de Paris, rattachées au Châtelet. Profitant de l’occasion, les maîtres des faubourgs réclament les mêmes droits que les Parisiens car « ils sont maistres bonnetiers de la ville de Paris nécessairement parce que le roy a supprimé […] toutes les maistrises, corps de mestiers et artisans des fauxbourgs, qu’ainsi on ne peut leur donner une autre qualité » ; à la fin de l’année, un édit prévoit précisément de leur conférer cette qualité, sous réserve d’inscription, et leur permet d’ouvrir boutique où ils veulent [34][34] BnF, Fol-FM 12358, Mémoire pour les jurez de la communauté.... Ces mesures déclenchent l’insertion progressive des maîtres des faubourgs dans la bonneterie parisienne qui les accepte sans trop rechigner. Ce n’est cependant qu’en 1716, à la demande des derniers « tricoteurs », que la fusion est décidée par le Conseil, entérinant la disparition d’une corporation en théorie supprimée depuis près de 40ans et qui ne compterait plus que six maîtres. Elle provoque cependant quelques grincements de dents pour le principe des « Six corps joints ensemble [qui] ne pouvoient entendre parler sans une répugnance extrême d’une semblable réunion » contrevenant à une logique de dignité interdisant de mêler artisans et marchands. Les délibérations des Six corps relatives à la bonneterie s’acharnent alors à défendre leur droit de ne pouvoir « être sujets à la visite d’aucuns artisans », c’est-à-dire à éviter que les jurés des communautés artisanales ne contrôlent les articles vendus par les marchands [35][35] BnF, Fol-FM12380, Mémoire pour les brasseurs du faubourg....

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La réunion avec les fabricants en 1724 est en revanche beaucoup plus problématique. C’est à nouveau la monarchie qui y pousse afin de parfaire le contrôle policier des quartiers ouvriers, et parfois protestants, et d’éliminer les dernières zones privilégiées. Le Conseil utilise d’ailleurs depuis la fin du XVIIe siècle une nouvelle taxinomie professionnelle, parlant des « maîtres bonnetiers au tricot des faubourgs », à la place des références localisées (« maîtres des faubourgs St-Marcel, St-Jacques », etc.) restées en usage au Parlement. Cette généralisation spatialisante va de pair avec une unification par la technique : fabricants au métier contre maîtres au tricot. Pour la Lieutenance générale de police, protectrice et tutrice des corporations en même temps que gardienne de l’ordre au travail, il semble normal que les marchands encadrent des mécaniques indisciplinés par nature [36][36] S. KAPLAN, « Réflexions sur la police du monde du travail,....

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Mais cette seconde réunion relève également d’une stratégie fiscale. Le corps des marchands bonnetiers, même moins aisé que d’autres, paraît mieux à même d’emprunter pour faire face aux exigences de la taxation monarchique (83 000 l.t. entre 1691 et 1704) que celui des fabricants, lourdement endetté. En 1710, liquidant des offices de contrôleur créés en 1708 (pour 66000 l.t.), le roi avait finalement renvoyé sur les seuls fabricants la charge de payer le droit d’enregistrement sur chaque métier. C’est d’autant plus injuste que les infractions portaient plutôt sur la qualité de la marchandise (absence ou falsification des marques de plomb) que sur le défaut d’immatriculation des machines [37][37] AN, MC, CII, 234, 27 août 1714, certificat déposé par.... Il est donc possible que les fabricants aient sollicité la fusion pour « trouver les moyens de se faciliter un remboursement dont ils étoient seuls tenus et que d’ailleurs ils n’étoient pas en état de fournir tout d’un coup » [38][38] BnF, Fol-FM 12185, Mémoire signifié pour les jurés.... Mais l’argument est réversible, les finances des marchands étant déficitaires au début du XVIIIe siècle (de quelques centaines à quelques milliers de livres par an en fonction de l’irrégularité des paiements des gages par la monarchie). Les fusions prévoient en tout cas l’union des dettes et des patrimoines, et lorsqu’on dispose à nouveau de chiffres, à partir de 1735, les revenus de la communauté unifiée excèdent les dépenses. L’augmentation des sommes versées à la réception par les nouveaux maîtres – alignées sur les tarifs plus élevés des marchands (1 500 l.t.) – l’explique sans doute. Elle est en tout cas capable de lever 45000 l.t. en 1745 pour le rachat des offices d’inspecteurs [39][39] René NIGEON, État financier des corporations parisiennes.... La monarchie aurait donc regroupé des contribuables pour améliorer les capacités d’emprunt nécessaires au maintien du crédit des corps et collèges qui garantissent, contre privilèges, sa politique financière [40][40] David BIEN, « Les offices, les corps et le crédit de....

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Elle n’est cependant pas uniquement guidée par des considérations fiscales. Elle cherche aussi à favoriser, pour des raisons économiques, les négociants au détriment des artisans. Ceux-là sont du reste en position de force : bien qu’en augmentation, la production parisienne ne suffit plus à satisfaire la demande. Alors qu’à la Renaissance ses articles se vendaient dans le reste du royaume, ils ne s’exportent désormais plus guère, sauf peut-être les articles de soie. C’est l’industrie provinciale en pleine expansion en Normandie, Beauce, Picardie, Languedoc, et les marchandises étrangères (Angleterre, Saint Empire), qui fournissent dès le milieu du XVIIe siècle le surplus nécessaire et les cargaisons considérables envoyées vers l’Amérique espagnole par les négociants français [41][41] J.THIRSK, «The fantastical folly of fashion », in N.HARTE,.... Dotés de représentants députés au Conseil (1700-1720), puis au Bureau du commerce, ces derniers sont capables de faire entendre leurs intérêts et plaident pour un meilleur débit des produits [42][42] David SMITH, « Structuring politics in early eighteen-century.... Afin d’éviter une invasion de produits étrangers bon marché, le Contrôle général des Finances sollicite donc directement auprès des marchands bonnetiers parisiens une baisse des prix des bas au début des années 1720. La forte diffusion de cet article dans la société n’est pas pour rien dans la demande. En réponse, ils proposent de diminuer les rémunérations ouvrières [43][43] Ars., ms 10846, f. 91-92 : les « marchands bonnetiers.... La réunion faciliterait ainsi cet objectif, en leur donnant le contrôle direct de la production par suppression de l’autonomie des fabricants au métier.

HÉSITATIONS MARCHANDES ET REFUS OUVRIERS

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Face à ces injonctions, les acteurs ne sont pas restés passifs et ont tenté de mettre à profit les évolutions. Dès 1709, les gardes des marchands acceptent sur le principe d’absorber les maîtres au métier et au tricot, afin, disent-ils, de supprimer les procès entre eux. Les conflits sont pourtant bien plus fréquents avec les merciers, leurs concurrents commerciaux directs. Car en échange de cette concession, les gardes demandent qu’on empêche vraiment les merciers de vendre des bas au détail, sauf à permettre à ceux « qui en font actuellement commerce de faire leur option dans le corps des marchands bonnetiers » [44][44] AN, F12781/A ; pour « empêcher les versemens qui pourroient.... Cette tentative de coup de force contre leurs confrères des Six corps échoue. Mais elle montre que les gardes sont désormais plus portés à protéger leurs gains économiques qu’à réaffirmer des distinctions symboliques, voire qu’ils ne sont pas indifférents à la perspective de mettre la main sur la force productive considérable des machines, au nombre désormais d’environ 3000, quand Lyon ou Orléans n’en détiendront que la moitié à la fin du siècle [45][45] M. GARDEN, Lyon…, op. cit., p. 317 ; A. THILLAY, « L’économie.... Mais un clivage joue aussi à l’intérieur des corporations, séparant les marchands et marchands-fabricants des petits marchands au détail et artisans qui ont le plus à perdre au changement. Les gardes sont ainsi prêts à pactiser avec les merciers, contre les ouvriers. En 1716, le mercier Pierre Ruel commande à Lyon 32 douzaines de bas de soie, saisies à leur entrée dans Paris pour défaut de qualité [46][46] AN, F121402. C’est un récidiviste : en juillet 1710,.... Or les bonnetiers, loin d’accabler Ruel, en profitent, soutenus par les députés du commerce, pour réclamer une baisse des exigences techniques. La monarchie semble d’ailleurs réceptive à l’argument. La seule instance de contrôle des marchandises entrant dans Paris est un inspecteur des manufactures qui se méfie du commis à la douane « pour servir d’ajoint » [sic] fourni et rémunéré depuis 1716 par les fabricants mais après 1724 par les gardes de la bonneterie, peu enclins à sanctionner collègues et électeurs. Et comment vérifier toutes les balles de marchandises, alors même qu’on supprime dès 1731 cet adjoint, contre transfert de ses gages (800l.t. par an) à l’inspecteur [47][47] AN, F121402 : la méthode est dénoncée par des fabricants... ? Ce relâchement s’accompagne d’une progressive remise en question de la politique de qualité liée à l’élaboration de produits de grand luxe. La monarchie réduit en effet peu à peu ses exigences : le dernier grand règlement pour la bonneterie date de 1743 et un arrêt du Conseil du 25 mars 1754 libéralise la production en abolissant le privilège des 18 villes, alors que fleurissent les discours libéraux des négociants-experts [48][48] Jean-Yves GRENIER, « Une économie de l’identification.....

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La fusion de 1724 intervient donc dans un contexte de renégociations des « conventions de qualité » que sont les règlements [49][49] P. MINARD, La fortune du colbertisme. État et industrie.... C’est précisément en défense de leurs produits que certains fabricants affirment la refuser. Les marchands n’auraient en effet aucun intérêt à respecter des normes trop élevées car

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« ils sont devenus les maîtres de la vente et de la fabrique quoique parfaits ignorants à gouverner et régler un métier. Cette ignorance est si notoire que les fabricants ne s’étendront pas sur cet article ; personne ne doute que pour savoir en quoi consistent les véritables défauts et la vraie perfection de la fabrique, il faut au moins un travail manuel de dix années […] ; comment les bonnetiers veulent-ils donc, eux qui n’ont jamais fait d’apprentissage dans la fabrique, savoir régler et gouverner un métier ? Cela ne peut être, personne ne pouvant faire ni faire faire ce qu’il n’a jamais appris. Toute la science du bonnetier ne consiste que dans l’arrangement et la propreté des paquets qui renferment leur marchandise. Quelle utilité le Public peut-il tirer d’une pareille science ? » [50][50] BnF, Fol-FM 12361, Mémoire pour les maîtres, marchands,...

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Les fabricants vantent ensuite la surveillance mutuelle que provoque la saine émulation entre communautés, suivant la solide rhétorique corporative du service rendu au public. Au passage, ils soulignent leur aptitude, à la fois savante et virile, à gouverner une machine et un corps, renvoyant les marchands à la simplicité de gestes qui sont ceux des filles de boutiques. La machine n’est donc pas ici le symbole de la dépossession ouvrière, mais bien le lieu d’où fonder un savoir (qui s’acquiert toutefois en quelques mois plutôt qu’en dix ans) et une dignité spécifiques d’une production de haut de gamme [51][51] Dominique MARGAIRAZ, « L’invention du “service public”:.... Elle devient alors le principal argument rhétorique des fabricants contre les marchands. Ce discours de l’excellence ouvrière se retrouve vers 1735 sous la plume de Samuel Cardonville, un spécialiste de la soie. Non content de mettre en cause les règlements au nom d’arguments techniques, il récuse la pratique ordinaire du marchandage avec les acheteurs, au profit d’un prix fixe affiché par une étiquette donnant en outre la « quantité de tors » du fil et le poids, traduction d’un geste technique maîtrisé autant que marque de fabrique personnelle [52][52] Mémoire signifié pour Samuel de Cardonville, Paris,....

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Mais par là, les ouvriers s’avancent également sur le terrain civique, expliquant que la fusion donne tout pouvoir aux marchands, multiplie par cinq le prix de la maîtrise, aligné sur le tarif des bonnetiers, ce qui empêchera leurs enfants et leurs apprentis de s’établir à leur compte :

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« les ouvriers qui ont appris ce métier avec peu de biens se promettoient un établissement parce qu’il en coutoit peu dans la communauté des fabricants, mais aujourd’hui qu’ils n’y peuvent parvenir qu’avec plus de 2000 livres, ils abandonnent leurs métiers ou négligent de s’y attacher, en sorte que la destruction des privilèges de cette communauté entraîne celle de la fabrique, soit par la mort des maîtres qui sont établis, soit par le dégoût des enfants et ouvriers qui y sont engagez » [53][53] BnF, Fol-FM 12361, p. 10..

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De fait, seule une minorité de gros fabricants, capables de devenir gardes, sont susceptibles de bénéficier des prérogatives coutumières des Six corps : accès aux fabriques paroissiales, au tribunal de commerce, capacité à parler au nom de l’ensemble du négoce parisien, communication facilitée avec les ministères, visibilité dans les cérémonies urbaines, etc. Face au risque de perdre l’indépendance individuelle et collective que leur assure l’appartenance à un corps constitué dans la cité, même s’il ne fait pas d’eux des notables, refusant de devenir « les esclaves de ses tirans », les fabricants plus modestes réclament la désunion, faute de quoi ils menacent de s’exiler à l’étranger. Et

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« leurs ouvriers qui se trouveront sans travail seront obligés de les suivre, comme ont fait les taffetatiers, satiniers, damassiers, rubaniers, tireurs d’or, ferandiniers, et autres ouvriers des manufactures de la ville de Lyon, au nombre de plus de dix mille personnes qui n’a été occasionné que par les mauvais traitements qui leur ont été faits par les marchands de la même ville de Lyon, traitements que les bonnetiers suivent de point en point pour obliger les fabricants et leurs ouvriers d’en faire autant que ceux de Lyon, qui se sont retirez en Savoie, Hollande et Venise où ils ont établi des manufactures ». [54][54] Ibidem, p. 12-13.

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Amalgamant les effets de la formation de la Grande fabrique (1667) et ceux de l’exil des ouvriers protestants après la révocation de l’édit de Nantes (1685), qui entraîne effectivement la chute de la production lyonnaise, les fabricants défendent leur autonomie au travail en invoquant à mots couverts les droits de la conscience croyante. Si ces menaces ne sont pas mises à exécution, c’est que des formes de médiation ont finalement été trouvées entre 1730 et 1750. Elles s’articulent autour de la place du geste productif, devenu central, économiquement mais aussi symboliquement et même « religieusement ». Ce n’est pas le moindre des paradoxes pour une communauté qui avait construit son identité par l’adhésion à un paradigme marchand dévalorisant les mécaniques.

LES BONNETIERS ET LA MACHINE

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Le corps unifié de la bonneterie abrite après 1724 des marchands, des marchands-fabricants, des fabricants dépendants et de simples ouvriers. La nomenclature professionnelle, variable suivant les locuteurs, maintient longtemps ces clivages. En 1736, l’inspecteur des manufactures explique que « des ouvriers autorisés des marchands bonnetiers à fabriquer en contravention des règlements » quittent les fabricants pour aller vers les marchands [55][55] Ars., ms 11321, f. 244-255, dossier Médard Fournier,.... La même année, François Josse se présente comme un « marchand bonnetier fabricant à Paris ». Ancien maître fabricant, il reste proche de ses ouvriers dont l’un le présente d’ailleurs comme « Josse, maître et faiseur de bas au métier »; cet individu, qui se qualifie pour sa part d’« ouvrier en bas au métier », est désigné comme « bonnetier » par la police [56][56] Ibidem.. Josse et le policier mobilisent la taxinomie officielle, l’ouvrier des dénominations réalistes. Les appellations en usage chez les notaires varient pour des activités manifestement similaires. Concrètement, il est vrai que les anciens marchands conservent au départ l’essentiel du pouvoir. Ils se montrent réticents à ouvrir les assemblées, à communiquer la liste des membres de la communauté et à rendre des comptes aux nouveaux venus qui, de leur côté, rechignent à payer les droits de visite [57][57] AN,Y9435, sentence du 27 août 1734.. Si le corps compte désormais entre 350 et 500 maîtres, il demeure toujours aussi oligarchique : de 30 à 50 votants lors des élections, très majoritairement d’anciens marchands [58][58] BnF, VP-1883, Liste des marchands bonnetiers, un des.... La fusion a bien porté à sept le nombre de gardes, mais n’a prévu que pour dix ans l’obligation d’élire seulement deux gardes parmi les fabricants, les cinq autres charges (dont le grand-garde) revenant aux marchands, après quoi cette politique de quota cesserait.

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Cette prééminence institutionnelle des marchands ne traduit pas forcément une domination économique. Elle résulte surtout d’une contrainte symbolique imposée par les Six corps qui interdit aux bonnetiers réunis d’exhiber un lien trop direct avec la fabrique, d’autant qu’ils souffrent d’un déficit de légitimité : la bonneterie n’occupe la cinquième position qu’en remplacement des changeurs, disparus en 1514, ce qui lui a valu des contestations de la part des orfèvres, qui tiennent la sixième [59][59] Les orfèvres précèdent les bonnetiers lors de l’entrée.... La démonstration de la distance radicale d’avec les artisans leur est inaccessible, alors qu’elle sert de matrice à l’idéologie de l’institution qui les englobe. L’agacement des corps marchands est d’autant plus grand que, fort de leur importance nouvelle, les bonnetiers, ici alliés aux orfèvres, tous « plus artisan[s] que marchand[s] », réclament en vain à partir de 1724 l’accroissement de leur représentation au consulat [60][60] AN, H22102, Mémoire concernant les changements que....

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Mais cette impossibilité est aussi un refus conscient. Les bonnetiers ont en effet noué un pacte renouvelé avec les machines. En témoigne leur cri de détresse lorsque la monarchie en autorise la libre exportation vers l’étranger en 1758 : pour eux, la bonneterie en mourra tant les métiers sont devenus constitutifs de leurs privilèges et de leurs pratiques professionnelles. Car non seulement les marchands les plus réputés en acquièrent pour assurer leur propre production, sans que cela ne constitue une immobilisation de capital très importante (200 à 300 l.t. par unité) [61][61] Sur l’affaire de 1758, voir les factums des Six corps.... Mais en outre ils continuent, seuls des Six corps, à recevoir à l’occasion des maîtres formés « par apprentissage », sur présentation d’un chef-d’œuvre prouvant qu’il est « bon ouvrier », et non « par suffisance » comme le veut la novlangue marchande [62][62] S. KAPLAN, La fin…, op.cit., p. 216 et note 3 p. 660 (4 au....

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En amont, ce lien repose sur le rôle moteur des gros fabricants dans la mobilisation de l’intercession miraculeuse du diacre François de Paris (1690- 1727). L’hagiographie du saint janséniste qui consacra les dernières années de sa vie à travailler sur un métier, tout comme ses nombreux miracles mettant en œuvre, métiers, bas ou bonnets, au cours des années 1730 et 1740, atténuent les oppositions entre ouvriers et marchands et rapprochent ces derniers de la machine [63][63] N. LYON-CAEN, « Un saint de nouvelle fabrique. Le diacre.... Rien n’empêche plus les bonnetiers issus des faubourgs ou de la fabrique et fervents dévots du diacre de devenir grand-garde, comme Jacques Lesourd, Charles Pichard (1751) ou Henry Potet (1756).

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Joue aussi en aval la place croissante occupée par les entrepreneurs. La fusion a effet entraîné théoriquement le passage d’un Kaufsystem reposant sur des producteurs relativement indépendants, à un Verlagssystem dans lequel les travailleurs sont rémunérés par un marchand propriétaire des matières premières. L’organisation de la production reste cependant complexe car plusieurs types d’entrepreneurs coexistent. Elle est en partie dominée par les fournisseurs de fibres. Vers 1720, les marchands merciers auraient vendu pour plus de huit millions de livres de matière première aux seuls fabricants au métier [64][64] BnF, Fol-FM 12361, p. 12.. Les affaires de ceux qui parviennent à s’y insérer, assises sur le travail des ruraux, semblent prospères : les Sénart, autres dévots du diacre, passent en deux générations, de 1710 à 1750, du statut de modestes ouvriers en laines à celui de négociants en laines et manufacturiers aisés [65][65] AN, MC, XXXVI, 329, 30 mai 1710 contrat de mariage.... Certains bonnetiers suivent la même voie. Sans posséder de machine, Jacques Lesourd et Charles Pichard, deux descendants de tricoteurs des faubourgs devenus grand-gardes, achètent soies, laines et dégraissants (savons), les font travailler et transformer en articles revendus en gros à des marchands du centre de Paris ou au détail à des particuliers [66][66] AN, MC, XVII, 852, 20 février 1760, comptes de la société.... C’est à cause de ce travail préalable des fibres, qui mobilise essentiellement des ouvriers non incorporés, que des bonnetiers sont devenus d’importants employeurs : Alexandre Lebreton, installé rue de Bièvre depuis 1750, mobiliserait 600per- sonnes. De telles situations se multiplient à la fin de l’Ancien Régime : en 1791, un dénommé Potel entretient une cinquantaine d’ouvriers et 200 tricoteuses à l’Hôpital [67][67] AN, F121396 (d. 12) ; D. GODINEAU, « La “Tricoteuse”:.... Le travail des pauvres des hospices n’est pas une nouveauté, mais il était auparavant organisé collectivement par le corps des bonnetiers [68][68] AN, MC, II, 167, 7 octobre 1641, marché : un « ouvrier.... D’autres bonnetiers se sont spécialisés dans les apprêts ou les teintures, en lieu et place des teinturiers et épiciers [69][69] AN, MC, XII, 799, 29 août 1751, atermoiement pour le.... Mais pour ce qui regarde le tissage proprement dit, la majeure partie des fabricants emploient compagnons et ouvriers sur des métiers dont ils sont propriétaires, et revendent cette production à des marchands et à des particuliers, sans être à la merci d’un acheteur unique : les créances sont généralement équilibrées, le secteur semblant peu cartélisé.

DOCUMENT 5 - D’après Bernard Picart, Le diacre Paris faisant des bas, v. 1730.
© Bibliothèque de la société de Port-Royal.
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Contrairement aux attentes, il semble qu’immédiatement après la fusion, la rémunération des ouvriers au métier ait progressé, du fait de la concurrence entre maîtres pour attirer la main-d’œuvre [70][70] BnF, ms fr. 21 792, f. 382, ordonnance de police portant.... D’après Cardonville, ils seraient payés vers 1735 entre 3 et 6 l.t. pour une paire de bas revendue entre 6 et 13 l.t. Ce sont des chiffres très élevés : jusqu’à 6l.t. par jour de travail si on fixe leur productivité à une paire par jour, soit six fois le salaire d’un manouvrier, plusieurs dizaines de fois celui d’une simple dévideuse de soie [71][71] Mémoire signifié pour Samuel de Cardonville…, op. cit ;.... Leurs gains annuels pourraient alors avoisiner les 1000 l.t. en année pleine (50 semaines de 4jours). Le coût de la main-d’œuvre représente ainsi, toujours selon Cardonville, la moitié du prix final, quand la matière première et les apprêts entrent pour un bon tiers et le profit des marchands pour 10 à 15 %. Les bas ruraux valent eux nettement moins (2 à 5 l.t. la paire pour ceux de Beauce). Le nœud du problème réside donc bien dans les tarifs du travail à façon sur métier. Il semble néanmoins que les marchands arrivent à élaborer une catégorie moyenne de bas de soie vendus entre 6 et 9 l.t. la paire au milieu du siècle (les superfins pouvant atteindre 16l.t.).

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La première solution adoptée est le non-respect des règles de recrutement, qui multiplie les « faux ouvriers sans capacité » mais tout à fait employables pour moins cher [72][72] AN, F121402 (371), l’inspecteur des manufactures Dory.... La prolétarisation au sens propre des ouvriers au métier sous le titre de compagnon ou garçon de magasin en constitue une autre : dans les années 1740, François Daudin en salarie ainsi trois à 200l.t. chacun (ce ne sont pas des apprentis) [73][73] AN, MC, CXII, 705 bis, 9 décembre 1751, inv. de l’épouse.... Même en incluant de possibles frais de nourriture et d’hébergement (une centaine de livres), leur rémunération ne représenterait au mieux que l’équivalent de 30 à 50 journées de travail à façon, une économie substantielle. L’augmentation du coût de l’établissement que les fabricants avaient pointé en 1724 et le contrôle de la communauté par les marchands empêchent bien des ouvriers d’accéder à l’indépendance et les forcent à accepter une diminution de revenu. Une troisième réponse possible réside dans le regroupement de nombreuses machines au sein du même atelier [74][74] Raymonde MONNIER, Le faubourg Saint-Antoine (1789-1815),.... Il ne s’agit plus de créations étatiques, comme au siècle précédent (château de Madrid, manufacture des bas de castor), mais d’initiatives privées [75][75] AN, G7430, f. 464, requête des fermiers du domaine.... Celle de Cardonville est intéressante à plus d’un titre. Entrepreneur d’origine artisanale, il détient 4 métiers dans l’enclos de La Trinité au cours des années 1730 [76][76] Sur les origines des entrepreneurs : Patrick VERLEY,.... Il en commande – sans tous les faire enregistrer – une trentaine entre 1740 et 1744, dont les deux tiers installés en bloc au faubourg St-Antoine. Il tranche sur la norme de 7 à 8 qui caractérisait jusque-là les gros fabricants, et dépasse de loin la taille des ateliers nîmois dont un seul atteint 13 métiers [77][77] A. THILLAY, Le faubourg…, op.cit., p. 153 ; L.TEISSEYRE-SALLMANN,.... En outre, à la fin du siècle, des mutations techniques excèdent les compétences des serruriers parisiens, jusque-là principaux fabricants de métiers : l’importation de machines anglaises nécessite la mobilisation de capitaux bien plus importants car leur prix augmente considérablement, au-delà du millier de livres [78][78] AN, F121402 : on fait venir d’Angleterre en 1788 trente.... Même si le développement de métiers bon marché reste un objectif au début du XIXe siècle, c’est en tout cas la machine, devenue emblématique du métier, qui cristallise désormais les enjeux.

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La gestion de la réunion des métiers, décidée d’en haut, a consacré la prééminence des marchands sur le système productif, tout en valorisant paradoxalement la place d’une machine de plus en plus cruciale. Ce succès apparente cette histoire à celle de la Grand Fabrique lyonnaise : le règlement de 1744 terrasse les petits fabricants au bénéfice des négociants. Il n’est pourtant pas évident qu’il découle d’un rapport économique au sens strict : c’est la victoire d’un ethos marchand plus que d’un capital qu’encourage la monarchie, alors même que le dynamisme économique semble reposer sur les propriétaires de métiers. Ce succès reste ainsi tout relatif car la bonneterie demeure prise entre le marteau des Six corps « au-dessus » d’elle, et l’enclume des artisans, « en dessous » d’elle. Le Guide des corps des marchands et des communautés des arts et métiers de Paris publié en 1766 évoque bien l’union avec les tricoteurs, mais oublie celle avec les fabricants [79][79] Guide des corps des marchands et des communautés des.... Ce silence est significatif du rapport ambigu que les marchands entretiennent avec le travail mécanique au sens plein du terme. La lente digestion de ces transformations au cours du XVIIIe siècle traduit autant la montée en puissance de la production parisienne, qui semble ainsi avoir trouvé un cadre adéquat, que l’érosion de la position des Six corps face à la monarchie. La nouvelle idéologie valorise les producteurs et, arguant d’une science économique abstraite, relègue les savoirs marchands au rang d’opinions locales et intéressées [80][80] J. HOOCK, « Discours commercial et économie politique.... Après avoir ratifié les normes élaborées par les acteurs locaux sous la supervision du Parlement, l’État s’en défie désormais.

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L’anecdote rapportée par Grimm est significative : le bonnetier Pierre Goblet, fils d’un bonnetier qui fut juge-consul, issu d’une famille présente au sein des Six corps depuis le milieu du XVIIe siècle, est convoqué en 1787 à l’assemblée des notables en qualité d’ancien premier échevin. Il se voit conseiller « de parler bas et d’opiner du bonnet », renvoyé à une activité manuelle [81][81] GRIMM, Mémoires historiques, littéraires et anecdotique.... La plaisanterie réduit la bonneterie à suivre l’avis des plus dignes, tout en lui reconnaissant néanmoins un statut : opinent aussi les docteurs et les magistrats. À la veille de la Révolution, la conception de la grande chaîne des corps qui confère place et rôle politique à chacun n’a pas perdu toute efficacité rhétorique. C’est que les corporations véhiculent tout autant des identités sociales que des représentations du travail, des dominations économiques ou des capacités civiques [82][82] Jacques REVEL, « Les corps et communautés », in Franco.... Il paraît donc impossible de les réduire à une seule de ces dimensions tant elles participent simultanément, et parfois de manière contradictoire, de plusieurs sphères de la vie sociale.

Notes

[1]

Miguel CAPELLA, Antonio MATILLA TASCÓN, Los Cinco Gremios Mayores de Madrid, estudio crítico-histórico. Madrid, Imprenta Sáez, 1957 ; Giulio GANDI, Le arti maggiori e minori in Firenze [1929], Rome, Multigrafica editrice, 1971 ; William HERBERT, The History of the Twelve Great Livery Companies of London, Londres, 1837 ; Ian GADD, Patrick WALLIS (ed.), Guilds, Society and Economy in London, 1450- 1800, Londres, Centre for Metropolitan History, 2002 ; Joseph WARD, Metropolitan Communities: Trade Guilds, Identity, and Change in Early Modern London, Stanford, Stanford University Press, 1997. Une suggestion de Mathieu Marraud a donné le jour à ce texte. Ses remarques, ainsi que celles de Laurence Croq, de Philippe Minard et des auditeurs de son séminaire lui ont permis de grandir.

[2]

Laurence CROQ, Nicolas LYON-CAEN, « La notabilité parisienne entre la police et la ville : des définitions aux usages sociaux et politiques », in Laurence JEAN-MARIE (éd.), La notabilité urbaine, Xe-XVIIIe siècles, Caen, Publications du CRHQ, 2007, p. 125-157 ; Mathieu MARRAUD, « Espaces politiques et classement social à Paris, XVIIe-XVIIIe siècles », in Gilles CHABAUD (éd.), Classement, Déclassement, Reclassement, de l’Antiquité à nos jours, Limoges, Presses universitaires de Limoges, 2011, p. 143-156 ; et ID., « Communauté conjugale et communauté politique. Les usages de la coutume de Paris dans la bourgeoisie corporative, XVIIe-XVIIIe siècles », Revue d’histoire moderne & contemporaine, 58-2, avril-juin 2011, p. 96-119.

[3]

N. LYON-CAEN, M. MARRAUD, « Emprises professionnelles et carrières civiques. Multiplicité et unité communautaires à Paris, XVIIe-XVIIIe siècles », à paraître.

[4]

Alain THILLAY, Le faubourg Saint-Antoine et ses faux ouvriers. La liberté du travail à Paris aux XVIIe et XVIIIe siècles, Seyssel, Champ Vallon, 2002.

[5]

L. CROQ, « Être et avoir, faire et pouvoir : les formes d’incorporation de la bourgeoisie parisienne de la Fronde à la Révolution », habilitation à diriger des recherches, EHESS, 2009.

[6]

Georges DUMAS, Les tailleurs d’habits et les bonnetiers à Paris du XIIIe au XVIe siècle, thèse d’École des Chartes aujourd’hui perdue, résumée dans Positions des thèses des élèves de l’École nationale des Chartes, 1951, p. 55-59 ; Alfred FRANKLIN, Dictionnaire historique des arts, métiers et professions exercés dans Paris depuis le treizième siècle, Paris, H. Welter, 1906, p. 90-91 ; René de LESPINASSE, Les métiers et corporations de la ville de Paris, t. 3, Paris, Imprimerie nationale, 1898, p. 245-260 et 261-271.

[7]

Jean-Claude PERROT, Genèse d’une ville moderne. Caen au XVIIIe siècle, Paris/La Haye, Mouton, 1975, t. 1, p. 327.

[8]

Jochen HOOCK, « Réunions de métiers et marché régional. Les marchands réunis de la ville de Rouen au début du XVIIIe siècle », Annales ESC, 43-2, mars-avril 1988, p. 301-322. Plus généralement, cf. Stephen EPSTEIN, Maarten PRAK (ed.), Guilds, Innovation and the European Economy, 1400-1800, Cambridge, Cambridge University Press, 2008. Pour une lecture insistant au contraire sur les effets bloquants des corporations, voir Sheilagh OGILVIE, Institutions and European Trade. Merchant Guilds, 1000- 1800, Cambridge, Cambridge University Press, 2011.

[9]

Simona CERUTTI, La ville et les métiers. Naissance d’un langage corporatif (Turin, XVIIe-XVIIIe siècle), Paris, Éditions de l’EHESS, 1990 ; Philippe MINARD, « Les corporations en France au XVIIIe siècle : métiers et institutions », in Steven KAPLAN et P. MINARD (éd.), La France malade du corporatisme ? (XVIIIe-XXe s.), Paris, Belin, 2004, p. 39-51.

[10]

Cissie FAIRCHILDS, « Populuxe goods in the eightenth-century Paris », in John BREWER, Roy PORTER (ed.), Consumption and the World of Goods, Londres, Routledge, 1993, p. 228-248 ; Line TEISSEYRE-SALLMANN, L’industrie de la soie en Bas-Languedoc, XVIIe-XVIIIe siècles, Paris, École des Chartes, 1995.

[11]

Joan THIRSK, «The fantastical folly of fashion:The English stocking knitting industry, 1500-1700 », in Negley HARTE, Kenneth PONTING (ed.), Textile History and Economic History: Essays in Honour of Miss Julia de Lacy Mann, Manchester, Manchester University Press, 1973, p. 50-73 ; Irena TURNAU, « La bonneterie en Europe du XVIe au XVIIIe siècle », Annales ESC, 26-5, septembre-octobre 1971, p. 1118–1132.

[12]

Daniel ROCHE, La culture des apparences [1989], Paris, Seuil, 1991, p. 162 ; Carole SHAMMAS, The Pre-Industrial Consumer in England and America, Oxford, Clarendon Press, 1990 ; Jean CHAGNIOT, Paris et l’armée au XVIIIe siècle. Étude économique et sociale, Paris, Economica, 1985, p. 270-277.

[13]

Natacha COQUERY, Tenir boutique à Paris au XVIIIe siècle. Luxe et demi-luxe, Paris, Éditions du CTHS, 2010, p. 339 ; D. ROCHE, La culture…, op.cit., p. 265-278.

[14]

Bibliothèque de l’Arsenal, Paris (désormais Ars.) ms 10846, f. 97 ; Bibliothèque nationale de France, (désormais BnF) Fol-FM 12361, Mémoire pour les maîtres marchands fabriquans et manufacturiers de bas et autres ouvrages au métier de la ville et fauxbourgs de Paris, slnd [1724 ?], p. 8. Sur le travail féminin dans la préparation des fibres : Célia DROUAULT, « Le travail de la soie, une voie pour l’exercice de la liberté individuelle des femmes à Tours au XVIIIe siècle ? »,Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, 114-3, septembre 2007, p. 159-168 ; Dominique GODINEAU, Citoyennes tricoteuses. Les femmes du peuple à Paris pendant la Révolution française [1988], Paris, Perrin, 2004, p. 70-81. G. DUMAS, Les tailleurs…, op.cit.

[15]

Jean FAVIER, « Une ville entre deux vocations : la place d’affaires de Paris au XVe siècle », Annales ESC, 28-5, septembre-octobre 1973, p. 1245-1279, cit. p. 1274.

[16]

M. MARRAUD, De laVille à l’État. La bourgeoisie parisienne, XVIIe-XVIIIe siècle, Paris, Albin Michel, 2008, p. 124-125 : le capital de la société conclue en 1710 atteint 100000 l.t.

[17]

R. de LESPINASSE, Les métiers…, op. cit., t. 1, 1886, p. 95 ; René PILLORGET, Paris sous les premiers Bourbons, 1594-1661, Paris, Association pour la publication d’une histoire de Paris, 1988, p. 119-120 ; A.THILLAY, Le faubourg…, op. cit., p. 394 ; Paris, Archives Nationales (désormais AN), F12781A, lettre adressée à d’Aguesseau, conseiller d’État ordinaire, 1709 : « les marchands bonnetiers de la ville de Paris, tant ancien que jeunes, qui sont au nombre de plus de 60 dont le corps ne composent pas plus de 80 marchands au plus » tandis que d’autres ont quitté le commerce. Les gardes et anciens affirment être au nombre de 36 ; BnF, Fol-FM 12361, Mémoire pour les maîtres, marchands, fabriquans et manufacturiers de bas et autres ouvrages au métier de la ville et fauxbourgs de Paris, slnd [1724 ?], p. 9.

[18]

Article « Bonneterie », Encyclopédie, ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, t. 5, Lausanne et Berne, Sociétés typographiques, 1781, p. 266-271 ; N. LYON-CAEN et M. MARRAUD, « Emprises professionnelles », art. cit.

[19]

AN, Minutier Central, étude II, 157, 12 avril 1638, acte d’assemblée.

[20]

BnF, F-23669, arrêt du Parlement du 25 octobre 1652 en règlement de juges. Le principe existe ailleurs : José NIETOS, Artesanos y mercadores. Una Historia Social y Económica de Madrid (1450-1850), Madrid, Editorial Fundamentos, 2006, p. 222-226. L’évolution ultérieure est difficile à éclairer : un projet de la fin des années 1780 (AD Paris, 2ETP/10/2/001, dossier X-2, doc.5) évoque bien le « lotissement » en référence à un règlement de police qui ne parle pourtant que des conditions d’accès à la halle, et non des modalités de vente (AN,Y 9488/A, 25 juin 1785 et Y 9488/B, 24 août 1785).

[21]

BnF, F-22360, p. 1-7.

[22]

BnF, F-23670 (99), arrêt du Parlement du 21 août 1666 en faveur des marchands bonnetiers contre les ouvriers bonnetiers du faubourg St-Germain. A. THILLAY, Le faubourg…, op.cit.

[23]

BnF, F-22360, p. 20 ; ibidem, statuts des marchands bonnetiers enregistrés au Parlement le 4 juillet 1608, art. 32. Sur le faubourg St-Médard : David GARRIOCH, The Formation of the Parisian Bourgeoisie, 1690-1830, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 1996.

[24]

BnF, F-22369, p. 13.

[25]

Ibidem, p. 10.

[26]

BnF, Fol-FM12358, Mémoire pour les jurez de la communauté des maistres bonnetiers au tricot de la ville et fauxbourgs de Paris [1712]. L’appellation renvoie à l’unification théorique entraînée par la réforme du Châtelet de 1678, voir infra.

[27]

BnF, F-22360, p. 18-24, arrêt du Parlement du 7 août 1674. Un arrêt du Conseil 17 mai 1701 interprète pour le cas parisien l’édit du 20 mars 1700 portant règlement pour les bas faits au métier dans les 17villes privilégiées, cf. infra.

[28]

L. TEISSEYRE-SALLMANN, L’industrie…, op.cit., p. 104-113 ; A. THILLAY, « L’économie du bas au faubourg Saint-Antoine », Histoire, Économie, Sociétés, 17-4, 4e trimestre 1998, p. 677-692. Le cas nantais est illustré par Samuel GUICHETEAU, « La corporation des bonnetiers nantais (1672-1790). Ampleur et complexité des évolutions, pluralité des stratégies des acteurs », Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, 119-1, mars 2012, p. 61-84.

[29]

AN, H22102, Extrait général contenant l’état où se trouve l’affaire des privilégiés [v.1720 ?].

[30]

Sur la nature des innovations et des compétences : Stephan EPSTEIN, « Craft guilds, apprenticeship, and technological change in preindustrial Europe », Journal of Economic History, 58-3, septembre 1998, p. 684-713. Cette hostilité relève d’une création des années 1830 : François JARRIGE, « Le martyre de Jacquard ou le mythe de l’inventeur héroïque (France, XIXe siècle) », Tracés, 16, 2009, p. 99-117.

[31]

AN, F121396, État des métiers qui ont été déclarez tant par les maitres fabriquans de bas qu’ouvriers des lieux privilégiez [1700].

[32]

A. THILLAY, « L’économie du bas », art. cit.; AN, MC, XVII, 630, 10 juin 1723, obligation de Nicolas Huault Pelletier, « ouvrier en bas au métier », envers Jean Breton, marchand bonnetier, qui lui a avancé le prix de 2 métiers (en 1720 et 1723). Il s’engage à faire travailler ses propres ouvriers de préférence pour Breton.

[33]

BnF, F-23619 (73), arrêt du conseil du 17 mai 1701 interprétant celui du 30 mars 1700. Les affrontements entre marchands et ouvriers au sein de la Grande fabrique, Maurice GARDEN, Lyon et les Lyonnais au XVIIIe siècle, Paris, Les Belles Lettres, 1970, p. 572-582 et Alain COTTEREAU, « La désincorporation des métiers et leur transformation en publics intermédiaires. Lyon et Elbeuf, 1790-1815 », in Steven KAPLAN, P. MINARD (éd.), La France malade…, op.cit., p. 97-145.

[34]

BnF, Fol-FM 12358, Mémoire pour les jurez de la communauté des maistres bonnetiers au tricot…, op.cit., p. 4. L’édit de décembre 1678 est enregistré le 7 septembre 1679.

[35]

BnF, Fol-FM12380, Mémoire pour les brasseurs du faubourg Saint-Antoine, demandeurs, contre les maistres brasseurs de la ville de Paris, deffendeurs, 1717, p. 2. L’arrêt du conseil date du 23 février 1716, les lettres patentes sont expédiées le 26 avril suivant ; AN, KK 1341, l’affaire s’étend du 3 mai 1712 au 5 juin 1719.

[36]

S. KAPLAN, « Réflexions sur la police du monde du travail, 1700-1815 », Revue historique, 529, janvier-mars 1979, p. 17-77.

[37]

AN, MC, CII, 234, 27 août 1714, certificat déposé par Joseph Delabarre, ancien commis pour les intéressés au traité de la marque des bas. Sur 105 procès-verbaux dressés entre juin et octobre 1710, 3 mettent en cause des machines, 16 des refus de visite ou rébellions, tous les autres concernent les plombs. Fabricants (42) et ouvriers (teinturiers, apprêteurs, foulons : 20) représentent près des deux tiers des contrevenants, les marchands bonnetiers (26) un bon quart seulement.

[38]

BnF, Fol-FM 12185, Mémoire signifié pour les jurés de la communauté des maîtres marchands bonnetiers au tricot de la ville d’Orléans, demandeurs, Paris, Prault, 1734, p. 2.

[39]

René NIGEON, État financier des corporations parisiennes d’arts et métiers au XVIIIe siècle, Paris, Rieder, 1934, p. 119-125. Les dossiers sont très succincts. Les anciens syndics et jurés des autres communautés sont quant à eux parvenus à se soustraire au contrôle (AN, V7436, dossier « ouvriers en bas »).

[40]

David BIEN, « Les offices, les corps et le crédit de l’État : l’utilisation des privilèges sous l’ancien régime », Annales ESC, 43-2, mars-avril 1988, p. 379-404 ; M. MARRAUD, « Crédit marchand, fiscalité royale : les corporations parisiennes face à l’État, 1690-1720 », in Vincent MEYZIE (éd.), Les institutions intermédiaires entre crédit public et crédit privé à l’époque moderne, France-Espagne, Limoges, Presses universitaires de Limoges, 2012, p. 155-199.

[41]

J.THIRSK, «The fantastical folly of fashion », in N.HARTE, K. PONTING (ed.), Textile History and Economic History, op. cit., p. 55-56 et p. 67 ; AN, MC, II, 163, 16 décembre 1639, transaction entre les gardes de la bonneterie et des marchands de Guernesey et Jersey, pour l’importation de bas d’étame ; AN, G7551, Estat de la quantité de bas de laine entrez en France par les bureaux des 5 grosses fermes et le convoi de Bordeaux entre 1675 et 1680 : la lettre d’envoi du 5 novembre 1682 précise qu’« autrefois » il entrait par cette voie 40000 douzaines de bas, et désormais entre 10 et 30000. Les deux tiers sont destinés aux marchés ibériques (« convoi de Bordeaux »). Les « bonnetiers » ont assuré que l’Angleterre fournissait « fort peu ».

[42]

David SMITH, « Structuring politics in early eighteen-century France: the political innovations of the French Council of Commerce », Journal of Modern History, 74-3, septembre 2002, p. 490-537.

[43]

Ars., ms 10846, f. 91-92 : les « marchands bonnetiers fabricants de bas au métier », assemblés pour se conformer aux intentions du Contrôleur général « touchant la diminution de leurs marchandises », n’ont en effet « trouvé qu’une fort légère diminution sur les matières ».

[44]

AN, F12781/A ; pour « empêcher les versemens qui pourroient se faire desd. marchandises dans Paris », alors qu’elles sont « destinez à passer debout » (à traverser), la monarchie oblige en 1744 les négociants à remettre un certificat de sortie de la douane [BnF, F-21136 (126), arrêt du Conseil du 27 mai 1744]. J. HOOCK, « Réunions de métiers », art. cit., p. 306, évoque l’interdiction signifiée en 1697 aux merciers de vendre du drap à la pièce à Rouen même. Une telle option avait déjà eu lieu entre merciers et drapiers : Gérard GAYOT, Les draps de Sedan, 1646-1870, Paris, Éditions de l’EHESS/Terres Ardennaises, 1998.

[45]

M. GARDEN, Lyon…, op. cit., p. 317 ; A. THILLAY, « L’économie du bas », art. cit.; « Le commerce et l’industrie à Orléans en l’an XIII (1805) », extrait du Bulletin mensuel de la chambre de commerce d’Orléans et du département du Loiret, janvier 1898 (1), p. 7.

[46]

AN, F121402. C’est un récidiviste : en juillet 1710, les contrôleurs avaient déjà saisi sur lui 185 paires de bas de soie de Lyon (AN, MC, CII, 234, 27 août 1714, p.v. n° 22 et 23).

[47]

AN, F121402 : la méthode est dénoncée par des fabricants parisiens dans un mémoire sur la fabrique de Montbéliard, v. 1720 ; BnF, F-21029 (102), arrêt du conseil du 31 juillet 1731 supprimant l’adjoint à l’inspecteur chargé de l’examen des marchandises de bonneterie. La mesure est justifiée par son manque de rigueur.

[48]

Jean-Yves GRENIER, « Une économie de l’identification. Juste prix et ordre des marchandises dans l’Ancien Régime », in Alessandro STANZIANI (éd.), La qualité des produits en France (XVIIIe-XXe siècles), Paris, Belin, 2003, p. 25-53.

[49]

P. MINARD, La fortune du colbertisme. État et industrie dans la France des Lumières, Paris, Fayard, 1998, p. 287-293.

[50]

BnF, Fol-FM 12361, Mémoire pour les maîtres, marchands, fabriquans et manufacturiers de bas et autres ouvrages au métier de la ville et fauxbourgs de Paris, demandeurs en désunion de leur communauté d’avec celle des marchands bonnetiers de la même ville, contre les maîtres, gardes corps et communauté des marchands bonnetiers de la ville de Paris, slnd, [1724 ?], p. 9. Le temps nécessaire à la maitrise d’un métier semble toutefois bien plus court : Claire H.CROWSTON, « L’apprentissage hors des corporations. Les formations professionnelles alternatives à Paris sous l’Ancien Régime », Annales HSS, 60-2, mars-avril 2005, p. 409-441.

[51]

Dominique MARGAIRAZ, « L’invention du “service public”: entre changement matériel et contrainte de nommer », Revue d’histoire moderne & contemporaine, 52-3, juillet-septembre 2005, p. 10-32. La situation est à cet égard proche de celles des bonnetiers des Midlands : P. MINARD, « Le retour de Ned Ludd. Le luddisme et ses interprétations », Revue d’histoire moderne & contemporaine, 54-1, janvier-mars 2007, p. 242-257.

[52]

Mémoire signifié pour Samuel de Cardonville, Paris, Moreau, [1733], p. 20 : cette étiquette s’ajoute au plomb lui-même ; AN, V7119 (dossier 3), jugement des commissaires du conseil. Sur la construction d’un science par le geste, Richard SENNETT, Ce que sait la main. La culture de l’artisanat [2008], Paris, Albin Michel, 2010 ; Bert DE MUNCK, « La qualité du corporatisme. Stratégies économiques et symboliques des corporations anversoises, XVIe-XVIIIe siècles », Revue d’histoire moderne & contemporaine, 54-1, janvier-mars 2007, p. 116-144. Sur le retournement ultérieur de l’attitude vis-à-vis des machines : F. JARRIGE, Au temps des « tueuses de bras ». Les bris de machines à l’aube de l’ère industrielle (1780-1860), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2009.

[53]

BnF, Fol-FM 12361, p. 10.

[54]

Ibidem, p. 12-13.

[55]

Ars., ms 11321, f. 244-255, dossier Médard Fournier, 1736.

[56]

Ibidem.

[57]

AN,Y9435, sentence du 27 août 1734.

[58]

BnF, VP-1883, Liste des marchands bonnetiers, un des six corps des marchands à Paris, Paris, Knapen et Delaguette, 1769. Les veuves sont une centaine ; AN, Y 9326, f. 150, élection du 10 octobre 1748 : Pierre Bellot, élu grand garde, obtient 73 voix.

[59]

Les orfèvres précèdent les bonnetiers lors de l’entrée du cardinal-légat Barberini en 1625 puis lors de celle de Christine de Suède en 1656 : Registre des délibérations du bureau de la ville, Paris, Imprimerie nationale, t. 19, 1958, 1624-1628, p. 73. L’ordre initial est rétabli par un arrêt du Parlement du 24 janvier 1660 qui ne sera plus contesté : BnF, F-23669 (652).

[60]

AN, H22102, Mémoire concernant les changements que l’on voudroit faire dans la juridiction consulaire, et AN, F12696, Sur les mémoires des corps de la bonneterie et orfèvrerie de Paris à l’effet de faire augmenter le nombre des Consuls de quatre qu’il y en a à six, 1er juin 1725, cité par Amalia D.KESSLER, A Revolution in Commerce. The Parisian Merchant Court and the Rise of Commercial Society in Eighteenth-Century France, New Haven,Yale University Press, 2007.

[61]

Sur l’affaire de 1758, voir les factums des Six corps et des bonnetiers aux Archives de Paris, 2ETP/10/4/001 (X-4, 1-3) et 2ETP/10 février/001 (X-2, 2) ; AN, MC, LXXXV, 510, 15 juillet 1746 vente du fonds du Grand Louis sur le Pont au Change, une enseigne réputée, par Pierre Goblet à Louis Passe qui comprend 6 métiers ; CXII, 705 bis, 9 décembre 1751, inv. de l’épouse de François Daudin, grand-garde en 1753 et propriétaire de la seigneurie de Pouilly près Beauvais pour 92000 l.t., qui possède 4 métiers.

[62]

S. KAPLAN, La fin…, op.cit., p. 216 et note 3 p. 660 (4 au moins en 1762, sous réserve qu’il ne s’agisse pas d’un lapsus calami du greffier).

[63]

N. LYON-CAEN, « Un saint de nouvelle fabrique. Le diacre Paris (1690-1727), le jansénisme et la bonneterie parisienne », Annales HSS, 65-3, mai-juin 2010, p. 613-642.

[64]

BnF, Fol-FM 12361, p. 12.

[65]

AN, MC, XXXVI, 329, 30 mai 1710 contrat de mariage de François Sénart, ouvrier en laine, et Marie Bouton. Les biens du couple ne dépassent pas 1 000 l.t.; LXXXV, 603, 6 mai 1767, société Sénart dont le fonds est de 120000 l.t. Leur manufacture de laine et de bas au métier de Rozainvilliers (Somme) ferait travailler en 1792 de 5 à 6000 personnes (Gazette nationale ou Le Moniteur universel, 28 avril 1792, n° 114) ; Charles ENGRAND, « Concurrences et complémentarité des villes et des campagnes : les manufactures picardes de 1780 à 1815 », Revue du Nord, 240, janvier-mars 1979, p. 61-82.

[66]

AN, MC, XVII, 852, 20 février 1760, comptes de la société Lesourd-Laribardière ; ibidem, 843, 3 août 1758, inv. après décès de l’épouse de Pichard.

[67]

AN, F121396 (d. 12) ; D. GODINEAU, « La “Tricoteuse”: formation d’un mythe contrerévolutionnaire », Mots, Révolution Française. net ; http://revolution-francaise.net/2008/04/01/223-tricoteuse-formation-mythe-contre-revolutionnaire, consulté le 15 juin 2012 ; Haïm BURSTIN, Le faubourg Saint-Marcel à l’époque révolutionnaire, Paris, Société des études robespierristes, 1983, p. 194.

[68]

AN, MC, II, 167, 7 octobre 1641, marché : un « ouvrier en bonneterie » s’engage envers les gardes à « fouler, enformer, rendre prêts à teindre toutes les marchandises de bonneterie faites pour les gardes par les pauvres enfermez de ceste ville et aultres ouvriers » dont il surveille le travail ; AN, G7551, Estat des établissements faits par le sieur Camuset pour la manufacture des bas de laine au tricot dont l’entretenement a été laissé au public. Celui de l’hôpital, fondé en 1665, a été confié aux marchands en 1679 (et compte de 400 à 800 travailleurs).

[69]

AN, MC, XII, 799, 29 août 1751, atermoiement pour le sieur Maillère dont la marchandise ne consiste qu’en composition d’éclatantes.

[70]

BnF, ms fr. 21 792, f. 382, ordonnance de police portant règlement pour les fabricants de bas, 23 août 1736. Elle déplore la trop grande licence des ouvriers due à l’augmentation des prix « depuis la réunion ». La situation est plus tendue à Lyon : Jean NICOLAS, La rébellion française. Mouvements populaires et conscience sociale, 1661-1789, Paris, Seuil, 2002, p. 310 et 324-327. En général, Robert DUPLESSIS, Transitions to Capitalism in Early Modern Europe, Cambridge, Cambridge University Press, 1997, p. 278.

[71]

Mémoire signifié pour Samuel de Cardonville…, op. cit ; Paris, Bibliothèque de la Société de Port-Royal, AC 1, Expédition de la déclaration de Louise Beigney, veuve d’Étienne Piquot, guérie miraculeusement le 3 mai 1727 par l’intercession de M. Paris, 5 décembre 1733. Elle déclare gagner 2 à 3 sols par jour.

[72]

AN, F121402 (371), l’inspecteur des manufactures Dory au Contrôleur général, 22 février 1747, p. 2 ; A. THILLAY, Le faubourg…, op.cit.

[73]

AN, MC, CXII, 705 bis, 9 décembre 1751, inv. de l’épouse de François Daudin, rue St-Michel, qui possède 4 métiers et ne semble pas avoir de dettes sinon envers des teinturiers et des marchands de Beauce.

[74]

Raymonde MONNIER, Le faubourg Saint-Antoine (1789-1815), Paris, Société des études robespierristes, 1981, p. 49-67 ; H. BURSTIN, Le faubourg Saint-Marcel…, op.cit., p. 188-189.

[75]

AN, G7430, f. 464, requête des fermiers du domaine d’Occident, 6 novembre 1699. De 1697 à 1699, leur manufacture du faubourg St-Antoine a fabriqué 2 000 paires de bas. Mais ces produits sont trop chers.

[76]

Sur les origines des entrepreneurs : Patrick VERLEY, Entreprises et entrepreneurs du XVIIIe siècle au début du XXe siècle, Paris, Hachette, 1994, p. 81-89.

[77]

A. THILLAY, Le faubourg…, op.cit., p. 153 ; L.TEISSEYRE-SALLMANN, L’industrie…, op.cit., p. 283- 288. AN,Y 11307, plaintes des 7, 8 et 9 avril 1745 contre une saisie de métiers par les gardes qui réclament 1 400 l.t. de droit de marque. Douze lui sont restitués l’année suivante (AN, MC, LXXXV, 508, 11 mars 1746, décharge).

[78]

AN, F121402 : on fait venir d’Angleterre en 1788 trente métiers et des ouvriers pour 60 000l.t. et on les installe rue Popincourt, dans le faubourg Saint-Antoine. L’entreprise est un échec. Sur les évolutions techniques : Charles BALLOT, L’introduction du machinisme dans l’industrie française, Paris, Rieder, 1923.

[79]

Guide des corps des marchands et des communautés des arts et métiers tant de la ville et fauxbourgs de Paris que du Royaume, Paris, veuve Duchesne, 1766, p. 165.

[80]

J. HOOCK, « Discours commercial et économie politique en France au XVIIIe siècle : l’échec d’une synthèse », Revue de synthèse, 108-1, janvier-mars 1987, p. 57-73 ; Loïc CHARLES, Frédéric LEFEBVRE, Christine THÉRÉ (éd.), Le cercle de Vincent de Gournay. Savoirs économiques et pratiques administratives en France au milieu du XVIIIe siècle, Paris, INED, 2011 ; A. SKORNICKI., « L’État, l’expert et le négociant : le réseau de la science du commerce sous Louis XV», Genèses, 65, décembre 2006, p. 4-26 ; Philippe STEINER, Sociologie de la connaissance économique. Essai sur les rationalisations de la connaissance économique (1750-1850), Paris, PUF, 1998, p. 79-88.

[81]

GRIMM, Mémoires historiques, littéraires et anecdotique tirés de la correspondance philosophique et critique adressé au duc de Saxe Gotha, 2nde éd., t. 4, Londres, Colburn, 1814, p. 47.

[82]

Jacques REVEL, « Les corps et communautés », in Franco ANGIOLINI, Daniel ROCHE (éd.), Cultures et formations négociantes dans l’Europe moderne, Paris, Éditions de l’EHESS, Paris, 1995, p. 555- 576. Illustration dans L. CROQ, Être et avoir…, op. cit.

Résumé

Français

L’historiographie tend aujourd’hui à souligner le dynamisme des corporations d’Ancien Régime et la plasticité de leurs usages pour leurs membres. Les corporations ne servent pourtant pas uniquement à organiser le travail ou les marchés en fonction de logique d’efficience économique. Elles ont encore vocation à répartir des dignités entre groupes sociaux car elles participent de systèmes institutionnels urbains qui leur confèrent un sens. La fusion des communautés de la bonneterie parisienne au début du XVIIIe siècle illustre la multiplicité des pratiques collectives concernées. Répondant à des injonctions du pouvoir monarchique, cette réunion renverse la séparation symbolique et matérielle entre production et vente que les bonnetiers avaient affirmée au cours du XVIIe siècle. Elle met donc à l’épreuve leur grandeur marchande et urbaine en la confrontant directement à la question des machines et du travail manuel.

MOTS-CLÉS

  • Paris
  • XVII e-XVIIIe siècle
  • corporations
  • travail
  • bonneterie
  • métiers mécaniques

English

A mobility of guilds: craftsmen and merchants of hosiery in the 17th and 18th Century Paris According to the recent historiography, the guilds of the Old Regime were dynamic and their members were able to use them to their advantage. Guilds organized certainly labor or goods markets based on economic efficiency, but they also had other roles. Guilds distributed dignities between social groups within urban institutions. That’s what shows the union of different communities of the parisian hosiery at the beginning of the 18th Century. This union is asked by royal authority but disturbs the strategies of economic actors. Merchants are forced to deal directly with looms, while their integration into the urban elite is based on the refusal of manual labor. Their response seeks to articulate the different dimensions of corporation.

KEYWORDS

  • Paris
  • 17th-18th Century
  • Guilds
  • Labour
  • Hosiery
  • looms

Plan de l'article

  1. LA BONNETERIE PARISIENNE VERS 1700 : ÉTAT DES LIEUX
    1. Les marchands bonnetiers
    2. Les maîtres des faubourgs
    3. Les fabricants de bas au métier
  2. L’UNIFICATION : UNE VOLONTÉ ÉTATIQUE
  3. HÉSITATIONS MARCHANDES ET REFUS OUVRIERS
  4. LES BONNETIERS ET LA MACHINE

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