2001
Les dossiers du CAD
Portugal
Chapitre 5 : Politique et instruments appliqués dans d'autres domaines
CHAPITRE 5
POLITIQUES ET INSTRUMENTS APPLIQUES DANS DIVERS AUTRES DOMAINES
Questions transversales
L’ICP n’a toujours pas mis au point de lignes directrices et d’instruments destinés à assurer
l’intégration, dans les activités des multiples ministères se chargeant de l’exécution de l’aide, des
diverses questions transversales : lutte contre la pauvreté, problématique homme-femme, protection de
l’environnement, démocratie et droits de l’homme, bonne gestion des affaires publiques, gestion des
conflits, partenariat, appropriation, coordination entre donneurs, etc. Pour le moment, il se contente de
communiquer les Lignes directrices du CAD - le plus souvent après les avoir traduites en
portugais - aux ministères intéressés, aux ambassades et aux partenaires compétents dans les pays
bénéficiaires.
Ainsi, comme on l’avait déjà souligné lors du précédent examen, les efforts entrepris pour intégrer la
problématique homme-femme dans les principes et les pratiques restent limités et aucun calendrier
précis n’a été fixé jusqu’ici. L’ICP ne possède toujours pas d’unité spécialisée dans ces questions et
aucune directive n’a été établie. Les questions relatives à la place des femmes dans le développement
sont traitées au cas par cas, et aucune formation systématique n’est prévue pour sensibiliser les agents
à ces questions. Il apparaît donc à l’évidence indispensable de renforcer et de systématiser l’attention
portée à la problématique homme-femme dans le programme portugais. Les ministères et universités
n’entreprendront en effet d’adapter leurs activités aux besoins plus généraux de la population des pays
partenaires que si l’ICP se penche activement sur les questions soulevées par la lutte contre la pauvreté
et l’égalité homme-femme.
L’ICP aurait donc intérêt à a) définir une politique claire concernant l’intégration des questions
transversales, avec les conséquences qui en découlent au plan pratique, b) recruter des personnes
qualifiées possédant les compétences techniques nécessaires pour superviser les travaux dans ces
domaines, c) au besoin, s’inspirer des Lignes directrices du CAD pour mettre au point des grands
principes qui puissent être directement appliqués dans le programme portugais, d) organiser des
séances de formation à l’intention des personnels qui travaillent dans le domaine de l’aide au sein des
diverses entités afin de les sensibiliser aux questions transversales, e) établir en collaboration avec les
différents ministères un système de suivi destiné à assurer l’intégration effective des questions
transversales, enfin f) mettre en place un programme et un système global d’évaluation afin de garantir
le respect des principes édictés, de mesurer les résultats obtenus et de les évaluer au regard d’objectifs
et d’étalons communs.
Ainsi qu’on l’a vu dans le chapitre 1, un des nouveaux principes sous-tendant la coopération
portugaise pour le développement est la cohérence avec les autres politiques affectant les pays
bénéficiaires. Reste maintenant à déterminer ce que cela implique et comment cela se traduira sur un
plan organisationnel. Il pourrait être utile pour le Portugal, comme pour les autres Membres du CAD,
de commencer par se demander avec quelles politiques il faut assurer la cohérence. Pour l’OCDE et le
CAD, la cohérence des politiques renvoie à la synergie et à la compatibilité des mesures prises dans
des domaines tels que les échanges, les relations extérieures, la sécurité nationale, l’environnement,
l’agriculture, etc., avec la politique de coopération pour le développement, en particulier au regard de
l’objectif de réduction de la pauvreté. Par conséquent, si ce dernier n’est pas considéré comme un des
principaux éléments dont les autres politiques pourraient compromettre la réalisation, il risque de
manquer un point d’ancrage au débat sur la cohérence des politiques.
Peut-être sera-t-il difficile au Portugal de faire de la réduction de la pauvreté le fil conducteur des
efforts de renforcement de la cohérence des politiques car l’action des ministères et autres
entités - publiques et privées - dans les pays en développement est largement motivée par des
considérations autres que la lutte contre la pauvreté, liées aux intérêts acquis. Il serait utile que le
Portugal étudie les retombées négatives que peuvent avoir certaines politiques du point de vue de la
réduction de la pauvreté et recherche dans quels domaines la ligne suivie pourrait être revue de
manière à renforcer la cohérence. Cela implique toutefois que des ressources financières et humaines
supplémentaires soient affectées à l’analyse des politiques.
Il convient, plus spécifiquement, de replacer la cohérence des politiques dans le contexte plus général
de la mondialisation. L’interdépendance de l’économie mondiale tend en effet à s’accentuer sous
l’effet de la multiplication rapide des mouvements de populations, de biens, de services, de capitaux,
de technologies et d’informations entre pays. Dans une optique de lutte contre la pauvreté, le plus
important est donc de veiller à ce que les pays en développement, et en particulier les pauvres, puissent
tirer parti de la mondialisation, ou à tout le moins parviennent à s’adapter à ce nouvel environnement.
Le défi que doivent en l’occurrence relever de nombreux Membres du CAD, dont le Portugal, est de
réussir à trouver un équilibre ou un compromis entre les soucis parfois contradictoires que sont, d’une
part, la préservation des liens linguistiques, culturels et historiques avec les pays bénéficiaires et,
d’autre part, la nécessité d’aider ces derniers à tirer profit de la mondialisation.
En tant que membre de l’UE, le Portugal est tenu d’appliquer les décisions de la CE concernant les
subventions commerciales et agricoles. L’ICP, dont relèvent les relations avec la CE, ne fait pas
preuve d’une vergue particulière pour prôner une atténuation de l’incohérence des politiques
communautaires dans ces domaines, tâche il est vrai complexe et malaisée. L’ICP dit consulter les
ONG sur la position à adopter à la CE, lesquelles formulent parfois, selon lui, des critiques très
acerbes sur les diverses décisions de la Communauté. De leur côté, les ONG admettent que la
cohérence des politiques n’est pas une question qui retient particulièrement leur attention même si
certaines d’entre elles s’efforcent de sensibiliser l'opinion publique aux bienfaits du libre-échange et
de la réduction des subventions agricoles.
Le Portugal pourrait être particulièrement bien placé pour promouvoir la cohérence des politiques car
il possède déjà des structures idéales à cet effet, notamment le Conseil des ministres pour la
coopération et la Commission interministérielle de coopération. Si les différents ministères pouvaient
débattre, au sein de ces instances, des questions de cohérence des politiques et pas seulement des
problèmes de coopération pour le développement et que ces échanges produisent des résultats, le
Portugal pourrait devenir un modèle pour les autres pays Membres du CAD.
Echanges avec les pays en développement
La part des pays en développement dans les échanges extérieurs du Portugal n’a cessé de fléchir
depuis une vingtaine d’années. Au cours de la période récente, entre 1993 et 1999, leur part dans les
exportations portugaises est tombée de 10 % à 8 % et leur part dans les importations, de 15 % à 14 %.
En 1998-99, la répartition géographique des échanges portugais avec les pays en développement était
la suivante : pour les exportations, Afrique 41 %, hémisphère occidental
[16] 19 %, Europe orientale
17 %, Asie 13% et Moyen-Orient 10 % ; et pour les importations Asie 27%, Afrique 22 %,
hémisphère occidental 20 %, Moyen-Orient 17 % et Europe orientale 14 %. En ce qui concerne plus
spécifiquement les PALOP, les exportations portugaises à destination de ces cinq pays ont totalisé,
pour la même période, 599 millions de $, ce qui représente 68 % des exportations vers l’Afrique et
23 % de celles destinées à l’ensemble des pays en développement. De leur côté, les importations en
provenance de ces pays ne se sont élevées qu’à 68 millions de $, soit 6 % des importations venues
d’Afrique et 1 % de celles émanant de l’ensemble des pays en développement. Il semblerait donc que
les PALOP bénéficient, en matière d’exportations, d’un statut prioritaire à peu près équivalent à celui
qui leur est accordé dans le domaine de la coopération pour le développement mais qu’ils ne tirent
guère avantage de ce statut privilégié côté importations. En 1998/1999, le Portugal n’en était pas
moins la première destination des exportations du Cap-Vert (avec 9 millions de $) et de la
Guinée-Bissau (49 millions de $).
Garanties de crédits à l’exportation
D’après les données du CAD, les crédits privés à l’exportation consentis chaque année, entre 1997 et
1999, aux conditions du marché se seraient chiffrés à plus de 300 millions de $ (voir le tableau I.1). Il
n’existe au Portugal aucun organisme public au travers duquel l’Etat apporte un soutien financier aux
crédits à l’exportation. L’activité de crédit à l’exportation est l’apanage des banques commerciales et
autres établissements de prêt. Cela dit, comme la mission et les instruments de l’APAD n’ont pas
encore été complètement déterminés, il pourrait se faire que les crédits d’aide liée de cet organisme au
secteur privé puissent dans, certains cas, être assimilés à des crédits à l’exportation bonifiés par l’Etat.
La COSEC, dont les capitaux sont à 100 % privés depuis 1992, garantit les risques commerciaux
associés à l’exportation de biens et services portugais. Ses actionnaires sont les principales sociétés
financières portugaises et compagnies étrangères d’assurance de crédit. La COSEC dispose également
d’une dotation distincte lui permettant d’offrir une garantie de l’Etat sur les risques politiques et
exceptionnels liés aux investissements directs à l’étranger. En 1999, les garanties qu’elle a accordées
pour le compte de l’Etat se sont montées à 60 millions de $, en net recul par rapport aux 162 millions
de $ enregistrés en 1997. Cette chute est attribuée aux problèmes soulevés par la couverture des
risques du marché angolais, que n’ont pas permis de compenser les opérations dans d’autres pays,
notamment l’Algérie, l’Argentine, le Brésil, l’Iran, le Maroc et la Roumanie. La COSEC prétend
continuer de privilégier les PALOP mais aucune ventilation de ses garanties, par pays et type de
projet, n’est fournie dans ses rapports annuels.
Le Conseil des garanties financières (CGF) est un organisme d’Etat spécialisé qui a pour mission de
définir la politique et les principes devant régir les garanties publiques à l’exportation. Le CGF est
consulté sur les questions générales concernant les risques, par exemple la cote des pays, le taux de
couverture ou les primes. C’est en outre lui qui examine, et approuve ou rejette, les dossiers soumis
par des exportateurs ou des banques à la COSEC dès lors que les sommes en jeu excèdent 500 000 à
800 000 $ selon les conditions dont est assortie l’opération. Le Portugal pourrait fournir des
informations sur les critères et principes appliqués en matière d’environnement, de droits de l’homme,
de bonne gestion des affaires publiques, de règles de conduite, de développement durable,
d’évaluation des risques, de matériel militaire, de transparence, etc., dès lors que ceux-ci ont été
spécifiés par le CGF et que la COSEC procède vraisemblablement à un suivi de ses activités de
garantie de ces différents points de vue.
Au cours de la période comprise entre 1997 et 2000, le ministère des Finances a déboursé en moyenne
40 millions de $ par an pour couvrir les pertes encourues par la COSEC sur des crédits à l’exportation.
Cela représente une nette amélioration par rapport à la moyenne de 109 millions de $ par an observée
de 1990 à 1996. Cela dit, ce chiffre équivaut encore à peu près au montant global des budgets
confondus de l’ICP, du ministère du Travail et de la Solidarité, du ministère de l’Education et du
ministère de la Santé. Ces sommes devraient être notifiées en tant qu’autres apports du secteur public
mais comme elles servent le plus souvent à opérer des refinancements à des conditions de faveur elles
sont comptabilisées dans l’APD en tant que mesures concernant la dette en vertu des Directives
actuelles du CAD. Celui-ci pourrait peut-être s’interroger sur la question de savoir s’il est légitime
d’intégrer dans l’APD le soutien accordé à des opérations commerciales potentiellement non rentables,
qui risquent même de nuire au développement socio-économique des pays pauvres.
Déliement de l’aide et régime de passation des marchés
D’après les données du CAD, l’aide non liée du Portugal se serait chiffrée à 1 million de $ en 1997,
9 millions de $ en 1998 et 5 millions de $ en 1999, ce qui représente moins de 5 % de l’APD
bilatérale. Cela dit, le Portugal n’a fourni aucune information sur le degré de liaison de diverses
opérations totalisant 46 millions de $ réalisées en 1999. Qui plus est, dans les statistiques du CAD,
l’aide liée ne comprend pas les frais administratifs, ni l’assistance technique - laquelle absorbe une
part importante de l’aide portugaise - éléments qui relèvent presque toujours de l’aide liée.
L’assistance technique en particulier intègre la fraction, importante, des bourses qui est versée à des
établissements portugais. Les achats de biens et services ne donnent pas lieu à appel à la concurrence
internationale, encore que dans certains cas la candidature d’entreprises du pays bénéficiaire puisse
être prise en considération. En outre, bien qu’une part importante de l’APD bilatérale du Portugal aille
à des actions en rapport avec la dette, lesquelles relèvent normalement de l’aide non liée, y compris
lorsqu’elles prennent la forme de conversions de créances en prises de participation, nombre de ces
opérations bénéficient directement à des entreprises portugaises.
Opinion publique et information
Aucun sondage global d’opinion n’a jamais été effectué au Portugal pour connaître la position des
citoyens à l’égard de la coopération pour le développement. Cela dit, des dispositions sont
actuellement prises pour entreprendre un tel exercice. D’une manière générale, les média assurent une
bonne couverture des événements qui se produisent dans les PALOP, et depuis plus récemment au
Timor oriental, ce qui contribue à entretenir l’intérêt porté par la population portugaise à ces pays. Le
fait est que l’opinion publique se montre extrêmement soucieuse du devenir du Timor oriental, très
probablement parce qu’elle estime que le Portugal a des responsabilité à l’égard de cette ancienne
colonie.
Les initiatives publiques de sensibilisation aux questions de développement restent relativement
limitées. L’ICP a néanmoins financé quelques colloques et documents audiovisuels ainsi que la
publication d’ouvrages sur le sujet, et décerné des récompenses à des universitaires auteurs d'articles
sur la coopération pour le développement. Dernièrement, il a également ouvert un centre de
documentation et, depuis 1997, il produit un rapport financier sur l’aide portugaise. Par contre, son
rapport annuel n’est diffusé que dans les ministères et les ambassades et n’est pas accessible
gratuitement au grand public. Plus récemment, l’ICP a créé un site Internet où sont fournies les
dernières nouvelles de la coopération pour le développement ainsi que des informations sur les
activités menées et les pays bénéficiaires. Une plus grande publicité pourrait être donnée à ce site et il
faudrait en assurer la mise à jour régulière ; en effet, dans la version anglaise, la promotion et la
défense de la langue portugaise et la coopération au niveau des entreprises, notamment, y apparaissent
toujours comme les priorités de la coopération portugaise. Cela dit, ce site a l’avantage d’offrir une
adresse électronique où canaliser les avis, questions et suggestions. D’après l’ICP, il est répondu dans
les 48 heures à tous les messages.
Compte tenu des priorités de la nouvelle stratégie portugaise en matière de développement (voir le
chapitre 1), les autorités pourraient envisager de rendre publiques davantage d’informations. Cela
implique a) l’allocation d’un budget suffisant aux activités de sensibilisation, b) l’affectation de
ressources humaines adéquates à ces activités, et c) l’élaboration d’une stratégie d’information afin de
mobiliser un soutien accru à l’appui des nouvelles orientations et des diverses préoccupations
transversales. Dans le cadre de cette stratégie, il faudra également veiller à fournir des informations
suffisantes sur les activités d’allégement de la dette et les systèmes de garantie de l’Etat. Le message
essentiel qu’il faut faire passer est que priorité doit être donnée à la lutte contre la pauvreté et au
développement durable conformément aux engagements pris par le Portugal au sein du CAD.
Organisations non gouvernementales
Actuellement, 79 ONG sont accréditées par l’ICP, dont 45 sont membres de ce qu’on appelle la
plate-forme. Compte tenu de l’intérêt porté par l’opinion publique à la situation des PALOP et du
Timor oriental, on peut s’étonner de la place marginale qu’occupent les ONG dans la coopération
portugaise pour le développement. Rares sont encore les ONG possédant les compétences
professionnelles voulues pour jouer un rôle significatif dans l’acheminement de l’aide, et la plupart
d’entre elles comptent peu d’adhérents. En conséquence, les ONG n’ont pas de moyens efficaces
d’exercer une influence politique et d’assurer une forte présence sur le terrain. Qui plus est, malgré la
vigueur de l’intérêt que suscitent les PALOP dans l’opinion publique, les ONG disposent de
ressources limitées car l’appel à la générosité publique n’est pas de tradition au Portugal. Il se trouve
cependant quelques grandes fondations, comme la Fondation Gulbenkian, qui apportent leur concours
à divers petits projets dans les pays en développement.
Si les ONG portugaises restent largement tributaires des financements de la CE, les crédits qu’elles
reçoivent des autorités nationales augmentent néanmoins peu à peu depuis quelques années. En 1998,
environ 1.8 million de $ (1.0 % de l’APD bilatérale) leur ont été accordés au titre de 70 projets, et en
1999 ces chiffres ont été portés respectivement à 3.2 millions de $ (1.1 %) et 94 projets.
[17] Ces sommes
devraient encore augmenter en 2000 et 2001. Les financements, qui émanent de l’ICP, du ministère de
la Justice, du ministère du Travail et de la Solidarité, du ministère de la Culture ou d’autres instances
encore, ont principalement servi à soutenir des activités humanitaires en Albanie, au Bénin, au Brésil,
en Colombie, en République démocratique du Congo, en Macédonie, au Honduras, au Kosovo, au
Rwanda et ailleurs encore, de même que des projets en faveur de la santé, de l’éducation et de la
formation professionnelle dans certains PALOP. Dans les hautes sphères politiques et à l’ICP, on
reconnaît que les ONG constituent un canal efficace par rapport à son coût d’acheminement de l’aide,
qui pourrait venir compléter les canaux publics. Il est également admis depuis peu qu’il faudrait
intensifier le dialogue entre l’ICP et les ONG, grâce notamment à la tenue de réunions régulières.
Les ONG sont reconnues par la loi au Portugal ce qui est déjà un signe encourageant. Elles estiment
toutefois n’être considérées que comme un appendice mineur au système d’aide publique et jugent que
davantage pourrait être fait pour les soutenir. En effet, la loi de 1998 définissant les critères
d’accréditation des ONG par l’ICP ne permet pas la déduction fiscale des dons privés aux ONG. La
plate-forme des ONG a rencontré des représentants du Parlement et soumis des propositions
d’amendement à la loi qui sont actuellement débattues par le gouvernement. Elle espère que pourra
être institué un conseil consultatif sur la coopération, au sein duquel les ONG et la société civile seront
largement représentées. Les ONG estiment également que l’ICP accorde ses cofinancements au coup
par coup et que ses évaluations pourraient être améliorées. Cela dit, la plate-forme admet que, le
mouvement ONG n’étant né que depuis peu au Portugal, les ONG portugaises doivent encore opérer
des améliorations au plan institutionnel, en particulier au niveau de la programmation et de la reddition
de comptes.
Des ONG ont parrainé diverses initiatives de sensibilisation en différents endroits du territoire
national, le plus souvent en partenariat avec les autorités municipales et les établissements scolaires
locaux. Si certaines de ces activités ont eu un réel impact, le manque de moyen financiers a toutefois
empêché d’en assurer la pérennité et l’extension. Les ONG sont convaincues que les citoyens ne sont
pas assez informés, et pas assez associés à des activités qui leur permettraient d’approfondir leur
connaissance des questions liées au développement, qu’il s’agisse de l’allégement de la dette, des
migrations, du racisme, etc. Les autorités portugaises sont fermement encouragées à accroître le
soutien accordé aux ONG nationales et à celles des pays bénéficiaires pour leurs activités d’aide et de
sensibilisation.
Suggestions pour l’avenir
- L’ICP pourrait redoubler d’efforts pour assurer l’intégration des questions transversales
en définissant en la matière des principes clairs, en recrutant des spécialistes, en
établissant des lignes directrices, en prévoyant des formations pour tout le personnel
intervenant dans le système d’aide et en élaborant un dispositif global de suivi et
d’évaluation applicable à l’ensemble du programme de coopération.
- Le Portugal pourrait associer davantage encore les ONG portugaises et des pays
bénéficiaires et la société civile aux activités de sensibilisation et à la mise en œuvre des
projets, et les inviter à siéger au sein d’un futur conseil consultatif sur la coopération
pour le développement.
CHAPITRE 6
LE PROGRAMME D’AIDE DU PORTUGAL AU CAP-VERT
Introduction
Afin de préparer l’examen par le CAD du programme d’aide du Portugal le 11 avril 2001, les
examinateurs de la Belgique et de la Nouvelle-Zélande ont effectué avec le Secrétariat une mission au
Cap-Vert entre le 29 janvier et le 2 février 2001. Les personnes rencontrées et les projets visités sont
indiqués dans l’Annexe 1. Le Cap-Vert est l’un des PALOP et était le troisième bénéficiaire de l’APD
portugaise en 1998-99. Au cours de cette période, le Portugal était le principal donneur bilatéral au
Cap-Vert, avec des versements bruts annuels moyens de 22 millions de $.
La situation du Cap-Vert et sa stratégie de développement
Le Cap-Vert a été découvert inhabité au 15ème siècle puis colonisé par le Portugal. Le pays est devenu
indépendant en 1975 et a vu se dérouler ses premières élections pluripartites en 1991. Aujourd’hui, le
pays est politiquement stable, et les élections récentes, qui se sont déroulées dans de bonnes
conditions, ont conduit à la victoire de l’opposition.
Divisé en 10 îles, dont 9 sont habitées, le Cap Vert compte aujourd’hui environ 478 000 habitants,
selon le recensement qui a eu lieu en 2000. Le Cap-Vert est un cas particulier en Afrique sub-saharienne (ASS). Si son PNB par habitant est l’un des plus hauts (environ 1 200 $ en 2000) d’Afrique
sub-saharienne et si la plupart des indicateurs socio-économiques se révèlent bien meilleurs que ceux
de ses voisins (voir l’Annexe 2), il est cependant très dépendant de l’aide étrangère (25 % du PNB),
ainsi que des fonds envoyés par les Capverdiens vivant à l’étranger (20 % du PNB) - ils sont environ
700 000, principalement au Portugal et aux Etats-Unis. Le Cap-Vert est pauvre en ressources
naturelles et son environnement est fragile car très sec et il doit régulièrement faire face à de fortes
sécheresses. Le nombre et la petite taille des îles limitent les économies d’échelle, et l’isolation
géographique du pays - il se trouve à 600 km des côtes sénégalaises - rend les coûts de transport très
élevés. Aussi la balance commerciale est-elle en fort déficit et la dette externe importante. Le Cap-Vert
est classé dans les PMA.
L’économie du Cap-Vert est principalement orientée vers les services, en particulier le transport aérien
et maritime et le tourisme. Les autres ressources principales proviennent de l’agriculture, de la pêche
et du bâtiment. Le pays n’est pas autosuffisant en termes de nourriture ; 70 % de la consommation
alimentaire provient des importations et de l’aide alimentaire. Des réformes économiques ont été
entreprises depuis 1991 afin de développer le secteur privé, d’attirer les investissements étrangers et de
privatiser certaines des entreprises publiques. L’année 2000 a vu une croissance économique de 6.3 %
et une stabilité des prix. Toutefois, malgré une baisse au cours de ces dernières années, l’un des
problèmes majeurs au Cap-Vert reste le taux de chômage, qui s’élève à 22 %, avec de fortes disparités
entre les îles.
Selon une enquête de 1994, environ 30 % de la population vit dans la pauvreté, et 17 % dans l’extrême
pauvreté. En outre, 68 % des pauvres et 85 % des très pauvres vivent dans les zones rurales. Le taux de
mortalité infantile est de 50 pour 1 000 ; le taux net d’inscription est de 100 % dans les écoles
primaires et de 37 % dans les écoles secondaires (avec une légère majorité de garçons) ; et le taux
d’alphabétisation est de 73 %. Les services de santé sont généralement gratuits pour les pauvres, mais
la dispersion de la population et l’éloignement de certains habitants des centres médicaux ne
permettent pas l’accès universel à la santé de base. En outre, l’un des problèmes majeur du Cap-Vert
est l’accès à l’eau potable, qui ne concernait que 65 % de la population en 1998.
Le GOCV a défini sa stratégie de développement dans son PND 1997-2000. L’objectif principal du
PND est le développement économique et social durable, grâce à une économie de marché contrôlée et
régulée par l’état et à l’appui des partenaires étrangers. Les ressources naturelles étant rares au
Cap-Vert, le développement économique du pays dépend fortement du secteur des services. Pour ce
faire, un environnement économique et monétaire stable, ainsi que des ressources humaines adéquates
sont indispensables afin d’attirer les investissements étrangers. Le PND est également axé sur les
secteurs sociaux : éducation, santé et sécurité alimentaire. De plus, le gouvernement a élaboré un
PNLCP, qui établit un cadre pour tous les partenaires impliqués dans la réduction de la pauvreté.
La coopération pour le développement entre le GOCV et les donneurs
L’aide internationale au Cap-Vert représente environ un quart de son PNB. En 1999, le Cap-Vert a
reçu 136 millions de $ d’APD. Les principaux donneurs du CAD ont été le Portugal, l’Allemagne, les
Pays Bas et le Luxembourg. Le Brésil, la Chine et Cuba fournissent également de l’aide au Cap-Vert.
L’aide bilatérale est principalement dirigée vers l’aide-programme (dont la moitié en aide alimentaire),
les secteurs sociaux (dont la moitié à l’éducation) et les opérations sur la dette. Les principaux
donneurs multilatéraux sont l’IDA, la CE [le Cap-Vert fait partie du groupe de Etats d’Afrique, des
Caraïbes et du Pacifique (ACP)], et la BAfD. Certaines agences des Nations unies ont un bureau
permanent au Cap-Vert, mais elles ne fournissent pas une aide importante en termes de volume.
La coopération internationale au Cap-Vert est principalement coordonnée par la DGCI du Ministère
des Affaires Étrangères. Toutefois les rôles respectifs de la DGCI et des différents ministères
capverdiens ne sont pas toujours clairs pour les donneurs - une partie de la coopération ne passe pas
par la DGCI et est gérée directement par les ministères et les municipalités. De plus, l’aide bilatérale et
l’aide multilatérale ne sont plus gérées par le même bureau, ce qui pose parfois problème lors de
cofinancement multi-bilatéral.
En conséquence, la coordination des donneurs ne semble pas être très effective. La Banque mondiale
n’a pas de bureau local permanent, et les pays européens ont tendance à se rencontrer uniquement
entre eux, même s’ils le font régulièrement. Peu d’efforts sont faits envers les stratégies sectorielles, et
les réunions entre donneurs sont plus souvent thématiques que pour des actions concrètes. D’un autre
côté, étant donné la taille réduite du pays et le relativement petit nombre de donneurs, les représentants
des différents donneurs se rencontrent souvent de manière informelle et établissent un dialogue sur la
coopération pour le développement. Le Portugal semble favoriser la coordination, mais dans des
limites lui permettant de conserver les avantages liés à sa position préférentielle au Cap-Vert. Cette
position avantageuse devrait plutôt inciter le Portugal à jouer un rôle plus important dans la
coordination locale des donneurs. Il pourrait également initier des efforts vers le développement et la
mise en place de systèmes communs de suivi et d’évaluation.
La coopération portugaise avec le Cap-Vert
En tant qu’ancien pouvoir colonial, le Portugal bénéficie d’une situation unique au Cap-Vert. Depuis
l’indépendance, les relations entre les deux pays sont restées fortes. Tout d’abord, le langage commun
joue un rôle important car le portugais est la langue officielle au Cap-Vert. Même si la plupart des
capverdiens parlent ensemble en Crioulio, ce n’est pas un langage écrit commun ; le portugais est
donc la langue de l’éducation et de l’écriture. De plus, de nombreux capverdiens ont la double
nationalité et se déplacent souvent entre les deux pays. L’influence historique et culturelle du Portugal
est évidente et se manifeste dans de nombreux domaines, comme par exemple la musique,
l’architecture, le sport, la nourriture ou la religion.
Le Portugal est le principal partenaire économique du Cap-Vert. C’est le premier importateur et
exportateur ; le plus important fournisseur d’investissement direct étranger ; et le principal donneur
bilatéral. En outre, la plupart des entreprises publiques qui furent privatisées au cours des années 1990
(téléphone, eau, électricité, banques, etc.) sont aujourd’hui la propriété d’entreprises portugaises. Les
relations privilégiées entre les deux pays sont aussi démontrées par l’accord de coopération de change
signé entre eux en 1998 (voir le paragraphe 17).
Suivant sa stratégie globale de coopération avec les PALOP et tenant compte des particularités du
Cap-Vert, le Portugal a choisi les principes directeurs suivants : 1) les ressources humaines ; 2) le
soutien aux réformes institutionnelles ; 3) le partenariat dans le plus grand nombre possible de
domaines ; et 4) le renforcement du secteur privé. Le sentiment de la mission du CAD sur cette
stratégie de coopération est que : a) elle est cohérente avec le PND ; b) elle est insuffisamment
focalisée pour justifier la plupart des activités ; c) il est difficile de savoir dans quelle mesure elle est
basée sur des analyses avancées de la situation du pays ; et d) elle n’est pas directement axée sur la
réduction de la pauvreté.
Graphique 1.
Versements bruts d’APD du Portugal au Cap-Vert, 1999
OCDE.
Jusqu’en 1997, la coopération portugaise au Cap-Vert se faisait principalement sous la forme de dons,
qui se sont élevés au total à 116 millions de $ entre 1989 et 1997, alors que les prêts s’élevaient à
seulement 2.3 millions de $ sur la même période. Depuis 1998, les prêts sont en forte augmentation
(20 millions de $ en 1998-99) alors que les dons ont tendance à diminuer. Ces prêts d’APD ont été
émis directement par le gouvernement portugais. Dans le futur, le Portugal prévoit d’émettre des prêts
commerciaux accompagnés de subventions gouvernementales pour diminuer les taux d’intérêt,
négociés entre le GOCV et le gouvernement portugais. Par ailleurs, la part de la coopération technique
dans l’aide portugaise au Cap-Vert est importante. En 1999, elle représentait près de 80 % des projets
et environ la moitié des versements.
En 1999, le Portugal a contribué à plus de 220 projets au Cap-Vert. La répartition sectorielle,
représentée dans le graphique au-dessus, était la suivante : a) soutien budgétaire (un projet), un
important prêt-relais pour le fonds fiduciaire off-shore; b) les transports et les communications
(17 projets), avec pour principaux projets l’agrandissement d’un port et la modernisation d’un
aéroport ; c) l’éducation (41 projets), incluant les bourses ; d) la culture (26 projets), principalement à
travers la coopération inter-municipale ; e) les autres secteurs sociaux (santé, aide à l’emploi et projets
liés au gouvernement et à la société civile) ; et f) le soutien aux banques et au secteur privé et le
soutien aux ONG.
Malgré l’importante de son aide au Cap-Vert, le Portugal ne dispose pas d’un personnel important
pour la coordination locale de son programme de coopération. L’ambassadeur portugais est
responsable de la coopération au Cap-Vert, et il est assisté d’un conseiller senior provenant de l’ICP.
L’unité de coopération comprend également deux experts en éducation/formation et un expert junior.
Le reste du personnel est local et s’occupe principalement de tâches logistiques et administratives.
L’ambassade est en contact direct avec l’ICP à Lisbonne et avec la DGCI. Les représentants portugais
et capverdiens se réunissent bi-annuellement dans une commission mixte qui comprend également des
représentants du secteur privé. Selon la DGCI, la coopération portugaise est très réactive et flexible, et
elle est basée sur un partenariat satisfaisant.
Une large part de la coopération portugaise au Cap-Vert ne passe pas par l’ambassade. Il existe
beaucoup de relations directes entre les ministères ou les municipalités portugaises et capverdiennes.
Par exemple, dans le domaine de la coopération financière, les ministères des finances des deux pays
se rencontrent, et n’informent l’ambassade qu’ensuite. L’ambassade ne possède pas d’expert sur les
problèmes financiers, alors les représentants du ministère des finances viennent tous les trois mois au
Cap-Vert pour discuter des questions financières.
La coopération portugaise dans le secteur financier
Un exemple de la proche collaboration entre le Portugal et le Cap-Vert est l’accord de coopération de
change signé entre les deux pays en 1998. L’objet de cet accord était de fixer le taux de change entre
l’escudo capverdien et l’escudo portugais. Cela implique que l’escudo capverdien est directement lié à
l’Euro depuis 1999. Selon cet accord, le Portugal s’est engagé à renforcer les réserves de change du
Cap-Vert en cas de besoin. Cette parité fixe est un gage de stabilité pour l’économie capverdienne, elle
permet de stabiliser les prix et d’assurer les investisseurs étrangers de la stabilité monétaire au
Cap-Vert. En particulier, le Cap-Vert étant un pays fortement importateur, la stabilité du taux de
change permet d’empêcher l’augmentation incontrôlée du coût des importations. Bien sûr, cela
pourrait pénaliser les exportations, mais celles-ci étant de toute façon encore faibles au Cap-Vert, les
bénéfices de la fixité du taux de change de l’escudo capverdien ont tendance à dépasser les coûts. Les
autorités capverdiennes et portugaises se rencontrent tous les trois mois afin de discuter des problèmes
monétaires et de définir les politiques économiques adéquates.
Cet accord pourrait cependant signifier une désincitation à augmenter les exportations. Il pourrait
également, à court terme, diminuer la compétitivité du marché du travail local, à cause du niveau
défavorable des salaires, alors que le chômage est déjà important au Cap-Vert. De plus, cet accord
limite l’autonomie économique et monétaire du GOCV. Le Cap-Vert étant économiquement très lié à
l’Europe, la politique monétaire européenne devrait s’y appliquer de manière satisfaisante, néanmoins,
dans certains cas, une politique monétaire décidée à la Banque centrale européenne pourrait ne pas être
optimale pour les besoins futurs du Cap-Vert. Cette stratégie pourrait de plus être trop risquée car elle
rend le Cap-Vert très dépendant de l’aide monétaire portugaise. Le Portugal pourrait fournir davantage
de précisions concernant l’analyse de risques qu’il a entreprise avant de signer l’accord, et également
concernant les opinions des autres donneurs, en particulier des institutions de Bretton-Woods, sur les
effets de la fixité de la parité des deux monnaies. Un autre problème vient du fait que l’accord a été
signé avec le Ministère des finances du Cap-Vert plutôt qu’avec la Banque centrale, qui est reponsable
de la politique monétaire et de la gestion de la balance des paiements. Ainsi l’accord de coopération de
change a servi, en 2000, à fournir un support budgétaire direct au GOCV, ce pour quoi il n’était pas
prévu. Dans le futur, le Portugal devra s’assurer que l’accord soit bien utilisé pour la politique
monétaire plutôt qu’à des fins budgétaires.
La dette interne du Cap-Vert a augmenté fortement depuis le début de la libéralisation économique en
1991. Elle est passée de 19 % du PIB en 1992 à 49 % du PIB en 1996 et elle s’élève aujourd’hui à
130 millions de $. Cette augmentation est due en partie aux actions menées par le gouvernement afin
de compenser la vulnérabilité du pays aux chocs externes. Par exemple, lors de l’augmentation récente
du prix du pétrole, le GOCV a décidé de ne pas répercuter cette augmentation sur le prix de l’essence à
la pompe, et d’émettre des obligations du Trésor pour compenser cette perte, ce qui a fait augmenter la
dette interne de 16 millions de $. La charge de la dette interne représente près de 10 % du budget. Afin
de réduire cette charge, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international ont proposé la mise en
place d’un fonds fiduciaire off-shore pour le remboursement de la dette interne. La valeur de ce fonds
fiduciaire a été initialement fixée à 180 millions de $, dont 100 millions proviennent de dons des
donneurs. Les 80 millions de $ restants seront financés par les revenus de privatisations d’entreprises
publiques. Ce fonds permettra le remboursement du principal et des intérêts de la dette domestique. Il
est situé « off-shore » afin de prévenir toutes pressions inflationnistes qui pourraient survenir suite à un
afflux soudain de monnaie dans le pays. Le Portugal a contribué à la création de ce fonds fiduciaire, en
émettant un don de 10 millions de $, mais aussi en jouant un rôle de mobilisation des donneurs et en
émettant deux prêts-relais, pour un montant total de 15 millions de $, afin de couvrir le manque
temporaire de ressources du fonds, dû aux délais de paiement de certains donneurs. En outre, suite à la
demande du GOCV, la Banque du Portugal a pris en charge la gestion du fonds fiduciaire.
La réduction de la dette interne ne semble cependant pas progresser aussi vite que prévu lors de la
création du fonds fiduciaire. De plus, il faudrait savoir quelles mesures ont été mises en place afin de
prévenir l’augmentation de la dette domestique dans le futur. Comme ce fonds fiduciaire était un
projet pilote en ASS, il serait utile d’en évaluer les résultats et de déterminer dans quelle mesure ce
type de gestion de la dette interne peut être applicable à d’autres pays.
La dette externe du Cap-Vert s’élève à environ 290 millions de $. Le montant dû par le Cap-Vert au
Portugal est de 29.2 millions de $, soit environ 10 % de la dette totale. Les principaux créanciers du
Cap-Vert sont l’IDA et la BAfD. La politique d’actions sur la dette du Portugal est bien moins
importante au Cap-Vert que dans les autres PALOP, dû principalement au fait que la situation dans ce
domaine est clairement moins préoccupante - le Cap-Vert est le seul PALOP à ne pas faire partie des
PPTE. Toutefois, comme précisé dans le rapport principal [DCD/DAC/AR(2001)2/16/PART2], dans
les autres PALOP, le Portugal a eu tendance à octroyer des garanties publiques aux prêts
commerciaux, ce qui a nécessité ensuite des rééchelonnements et annulations de dettes. Il serait
fortement désirable d’éviter ce type de coopération au Cap-Vert.
La coopération portugaise dans les secteurs sociaux
L’aide à l’éducation est un élément important de la coopération portugaise au Cap-Vert. Selon le
GOCV, la contribution du Portugal au budget de l’éducation nationale est estimée entre 20 % et 30 %.
Les projets sont très variés, il en existe aussi bien au niveau scolaire qu’universitaire ou encore dans la
formation professionnelle. Par exemple, le Portugal a envoyé 81 professeurs dans les écoles primaires
et secondaires et soutient également la formation de professeurs/formateurs. Deux instituts
pédagogiques, dont l’objectif est de former des professeurs, ont été mis en place au Cap-Vert avec
l’assistance financière et technique portugaise. Le Portugal fournit en outre son assistance dans la
formation post-secondaire dans des domaines tels que le tourisme, l’environnement, l’agriculture, la
comptabilité, la gestion et la santé. Il fournit également du matériel comme des livres scolaires en
portugais ou des ordinateurs. Les autres financements concernent principalement les infrastructures
comme les écoles, les centres de formation professionnelle, les bibliothèques, les logements pour
étudiants, etc.
L’un des problèmes importants dans le système éducatif du Cap-Vert est l’absence d’université.
Chaque année, plus de 3 000 étudiants sortent diplômés de l’enseignement secondaire sans pouvoir
poursuivre leurs études au Cap-Vert. Bien que le Portugal offre environ 25 bourses et 140 places non
financées dans les universités portugaises aux étudiants capverdiens, il reste un problème de
financement des études car les étudiants eux-mêmes ou le GOCV doivent prendre en charge le coût de
la vie, le transport aérien, ainsi que les autres dépenses accessoires. Le GOCV finance à l’heure
actuelle 2 800 étudiants capverdiens au Portugal, pour un coût total de 1 million de $ par mois.
Selon les statistiques officielles du Cap-Vert, le taux d’inscription dans l’enseignement primaire est de
100 %, ce qui est exemplaire en ASS. Toutefois la qualité de l’éducation à ce niveau reste un
problème. En outre, le taux net d’inscription dans l’enseignement secondaire n’est que de 37 %. Alors
que le Cap-Vert doit encore faire face à de nombreux problèmes dans l’éducation, l’aide portugaise
dans ce domaine est très peu focalisée sur l’éducation de base. De plus, bien que le Cap-Vert soit
actuellement en train de mettre en place une stratégie sectorielle dans l’éducation, le Portugal ne
semble pas convaincu par cette approche. Il devrait jouer un rôle plus positif dans ce processus en
soutenant les analyses sectorielles, la collecte de données, et en fournissant un apport intellectuel
concernant la qualité de l’éducation de base, l’amélioration du taux d’inscription dans l’enseignement
secondaire, les coûts et les coûts d’opportunité de l’éducation tertiaire, etc.
Dans le domaine de la santé, les indicateurs du Cap-Vert sont en général meilleurs que ceux des autres
pays d’ASS
[18]. La santé représente 6 % du budget du pays et un « certificat de pauvreté » permet aux
personnes défavorisées d’avoir accès gratuitement aux services de santé. Selon des ONG, la
distribution de médicaments au Cap-Vert se déroule relativement bien par rapport à d’autres pays
africains, du fait notamment de la faible corruption présente au Cap-Vert.
Le Portugal fournit environ 40 % de l’aide externe au secteur de la santé au Cap-Vert. En général,
l’assistance portugaise est décrite comme souple et basée sur le partenariat. La coopération portugaise
fournit son assistance à travers l’assistance technique, la formation, le soutien matériel et les
infrastructures. Des étudiants capverdien vont chaque année poursuivre leurs études de médecine au
Portugal, ce qui peut poser des problèmes pour le Cap-Vert car un certain nombre de ces étudiants
restent au Portugal et ne reviennent pas au Cap-Vert après l’obtention de leur diplôme. Un programme
important entre les deux pays concerne les évacuations médicales. Il permet chaque année à environ
300 ressortissants capverdiens d’être évacués au Portugal pour y suivre un traitement médical. Le
Portugal paie le coût médical et le GOCV paie le transport et les frais accessoires. En 2000,
199 patients, 19 infirmiers et infirmières et 83 personnes accompagnatrices ont bénéficié de ce
programme. Il existe des quotas du côté du Cap-Vert : 147 places pour les pauvres, 52 pour les
fonctionnaires et le reste pour des personnes individuelles bénéficiant d’une assurance privée.
Toutefois, les critères exacts de pauvreté sont peu clairs, et il n’est pas certain que tout le monde, et en
particulier les très pauvres, ait des chances égales de bénéficier du programme. En outre, ce système,
qui selon le Ministère de la santé représente une charge importante pour le budget de la santé,
concentre un montant relativement élevé de ressources sur un petit nombre de personnes, alors que les
dépenses de santé par habitant au Cap-Vert sont d’environ 40 $ par an.
Le Cap-Vert dispose de deux hôpitaux modernes, financés par des donneurs publics, des fondations
privées portugaises et d’autres sources. D’un autre côté, certaines zones reculées manquent de
médecins, d’infirmiers et de personnels de santé. Seule une ONG internationale est présente dans le
domaine de la santé de base. En 1999, les versements d’APD du Portugal au secteur de la santé se sont
élevés à 1 million de $, dont seulement 90 000 $ ont été alloués à la santé de base. De plus, le
programme d’aide portugaise ne semble pas mettre l’accent sur la santé préventive, alors que celle-ci
est généralement plus efficace par rapport à son coût que la santé curative.
La distribution de l’eau est un problème majeur au Cap-Vert, mais le Portugal n’a pas fourni beaucoup
d’aide dans ce domaine. Cette question est particulièrement pertinente car une entreprise portugaise a
remporté le marché de la privatisation de la distribution de l’eau. Afin d’être politiquement cohérente,
la coopération portugaise aurait pu profiter de l’opportunité pour soulever le problème de l’accès
universel à l’eau potable, qui est très coûteux dû au manque de pluies et de réserves d’eau ainsi qu’au
fait que le Cap-Vert est composé d’îles. Cependant, il ne semble pas que des analyses aient été
effectuées par le Portugal pour déterminer la manière dont les pauvres pourraient partager les
bénéfices de la privatisation de la distribution de l’eau.
Bien que l’assistance portugaise envers les secteurs sociaux ait représenté environ 40 % des
versements d’APD et les deux tiers des projets en 1999, cette aide est très peu axée sur l’amélioration
des services sociaux de base, l’élaboration d’approches sectorielles et la réduction de la pauvreté. En
outre, bien que l’égalité homme-femme soit relativement bonne au Cap-Vert, le PNLCP souligne le
fait que les femmes sont particulièrement affectées par la pauvreté. La coopération portugaise ne
semble cependant pas effectuer d’analyse ou faire de référence aux problèmes d’égalité
homme-femme dans son programme.
La coopération portugaise dans le domaine du tourisme
Bien que le tourisme ne représente actuellement que 5 % du PIB et 6 % de la population active au
Cap-Vert, le développement de ce secteur est souvent cité comme l’un des moyens pour le Cap-Vert
d’atteindre un développement durable. La coopération portugaise liée au tourisme est très variée. Ainsi
que mentionné précédemment, le Portugal a aidé à la mise en place de diverses formations dans le
tourisme et dans la gestion. Indirectement, le Portugal supporte la stabilité financière nécessaire pour
attirer les investissements étrangers, qui sont essentiels pour développer le tourisme au Cap-Vert. En
outre, le développement du tourisme nécessite des investissements importants dans le domaine des
transports et des communications, particulièrement coûteux dans un pays composé de 10 îles. La
coopération portugaise finance la modernisation de l’aéroport international de Sal (un engagement de
7.5 millions de $), ainsi que l’agrandissement du port de Maio (un engagement de 5.6 millions de $) ;
le Portugal fournit également de l’assistance technique à beaucoup de projets plus petits liés à
l’infrastructure.
L’un des possibles effets négatifs du tourisme concerne l’environnement, qui est particulièrement
fragile au Cap-Vert. Le Portugal semble être conscient de ce problème, mais peu de projets sont liés
aux questions environnementales (en 1999, il n’y a eu que deux projets pour un montant total de
200 000 $). De plus, aucune indication ne permet de penser que l’environnement soit inscrit comme
priorité transversale. Il sera donc important que le Portugal intègre pleinement la dimension
environnementale dans les projets liés au tourisme.
Le Cap-Vert est en train d’élaborer un plan sectoriel général pour le développement du tourisme. Il
serait intéressant de savoir dans quelle mesure le Portugal aide au développement de ce plan, et
comment ses activités de coopération prendront en compte ce plan. En outre, il est possible que les
revenus du tourisme ne profitent pas suffisamment au Cap-Vert, mais plutôt aux entreprises
étrangères, telles que les propriétaires des lieux de séjour touristiques, les compagnies aériennes ou les
agences de voyage. Le Portugal pourrait améliorer son aide en s’assurant que le Cap-Vert bénéficie de
façon appropriée du développement du tourisme.
La coopération portugaise dans le domaine de la pêche
La pêche, qui est souvent citée comme une importante source potentielle de revenus pour le Cap-Vert,
est encore relativement peu développée. Le Portugal a convenu d’assister le Cap-Vert dans
l’élaboration d’un système de protection contre la pêche illégale. Cette aide est cependant encore
insuffisante, la zone de pêche du Cap-Vert étant très étendue et donc difficile à contrôler. En
conséquence, de nombreux bateaux pêchent sans permis. Un autre problème important est constitué
par les conditions sanitaires insuffisantes. En effet, le Cap-Vert exportait du poisson vers l’Europe,
mais depuis l’année 2000, l’UE a interdit l’importation de poissons du Cap-Vert à cause de
l’insuffisance des contrôles sanitaires. Aujourd’hui, au lieu de fournir une assistance permettant au
Cap-Vert d’améliorer ses contrôles sanitaires, l’UE envoie ses bateaux et ses pêcheurs au Cap-Vert, en
échange d’une somme de 1 million d’Euro par an pour le droit de pêche. Ce n’est certainement pas un
moyen approprié pour développer un système durable de pêche au Cap-Vert. Le Portugal, l’un des
principaux pays européens dans le domaine de la pêche, pourrait aider davantage le Cap-Vert dans ce
secteur, malgré le conflit d’intérêt potentiel.
La coopération inter-municipale
La coopération inter-municipale, même si elle ne représente qu’une petite part du programme, est une
composante importante de la coopération portugaise au Cap-Vert (600 000 $ sur la période
1999-2001). La plupart des 17 municipalités capverdiennes ont des relations directes avec des villes
portugaises dans des domaines très variés comme l’éducation, la culture, l’aide aux institutions
locales, la conservation du patrimoine et l’action sociale. Les nombreux capverdiens vivant au
Portugal jouent un rôle important dans l’établissement de ces relations privilégiées. Ce type de
coopération est généralement très apprécié par les municipalités capverdiennes car il permet le
financement rapide et efficace de projets locaux, par exemple des micro-crédits ou bien des
constructions de bibliothèques, d’équipements sportifs, d’écoles, etc. Dans la plupart des cas,
particulièrement lorsqu’il y a un besoin urgent de financement, les municipalités capverdiennes
s’adressent directement à leurs villes partenaires au Portugal, sans passer par l’intermédiaire du
gouvernement ou de l’ambassade. Ce type de coopération a une très bonne visibilité pour les
contribuables du Portugal. Cependant la coopération inter-municipale du Portugal ne semble pas être
orientée vers la lutte contre la pauvreté.
Le Cap-Vert n’est pas forcément représentatif de l’aide au développement du Portugal, le pays étant
dans une situation financière, politique et socio-économique bien meilleure que les quatre autres
PALOP. Les relations entre les deux pays sont nombreuses et profondes, et le partenariat se déroule de
manière satisfaisante. Les acteurs de l’assistance portugaise au Cap-Vert sont nombreux et variés :
ministères, municipalités, professeurs, universités, fondations privées, entreprises privées et ONG. Le
Cap-Vert semble être particulièrement bien adapté à la fragmentation de l’aide portugaise, ce qui peut
ne pas être le cas des autres PALOP.
Le souci du gouvernement capverdien de créer les conditions pour un développement durable à travers
le développement des ressources humaines, des services (tourisme) et la stabilité économique a été
bien assimilé par le Portugal, qui axe sa coopération sur la formation, les infrastructures de transport,
le soutien institutionnel et l’administration économique. Il est toutefois important de s’assurer que ce
soutien a bien pour but de conduire à la « durabilité » du développement, car des signes de dépendance
de l’aide et de perte d’autonomie du Cap-Vert sont visibles.
La coopération dans les secteurs sociaux représente une part importante de l’aide portugaise au
Cap-Vert. Cette assistance est très appréciée par les capverdiens de par son volume, sa diversité et sa
réactivité. Cependant, peu de projets sont axés sur les services sociaux de base. Afin d’être
politiquement cohérent, l’accès universel à l’eau potable pourrait être pris en compte, sachant en
particulier que le secteur privé portugais joue un rôle majeur dans la distribution de l’eau. En outre, la
protection de l’environnement pourrait être l’une des priorités transversales du Portugal, car l’équilibre
environnemental est l’un des principaux problèmes dans le développement durable du Cap-Vert.
D’autre part, le Portugal s’étant engagé auprès du CAD sur la réduction de la pauvreté, il devrait
mettre davantage l’accent sur ce concept dans sa politique, sa stratégie et l’exécution de son
programme de coopération pour le développement.
- Le Portugal pourrait davantage orienter son assistance au Cap-Vert vers la lutte contre la
pauvreté en élaborant des analyses plus avancées dans ce domaine et en développant et
en mettant en œuvre une stratégie claire de réduction de la pauvreté. Le Portugal pourrait
également augmenter le niveau de son aide liée aux secteurs sociaux de base.
- Du fait de sa position privilégiée au Cap-Vert, il serait profitable que le Portugal joue un
rôle plus important dans la coordination des donneurs afin d’élaborer des analyses et
stratégies sectorielles en accord avec le gouvernement capverdien. Le Portugal pourrait
également mobiliser les donneurs pour développer et mettre en place des systèmes
communs de suivi et d’évaluation.
- Il est important que le Portugal prenne en compte la durabilité et la réduction de la
dépendance à l’aide dans tous les aspects de son programme de coopération au Cap-Vert.
[16]
Argentine, Brésil et Chili.
[17]
Chiffres fournis par l’ICP.
[18]
Il faut cependant souligner que peu de données sont disponibles (la dernière enquête sur les ménages
date de 1988), et que la situation est peut-être moins bonne que prévue, comme semblent l’indiquer le
réapparition du choléra en 1996 ou les cas de polio actuellement constatés.