Revue de l'OCDE sur le développement
Ed. de l’OCDE

I.S.B.N.
160 pages

p. 111 à 121
doi: en cours

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Espagne

no 3 2002/2

 
PRINCIPALES CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS Cadre général et orientations récentes
 
 
L’Espagne doit être félicitée pour les progrès substantiels qu’elle a réalisés dans le domaine de la coopération pour le développement depuis le dernier Examen de l’aide. Parmi les réalisations importantes à mentionner figurent l’adoption d’une Loi exhaustive sur la coopération internationale pour le développement, l’élaboration d’un Plan directeur sur quatre ans (2001-2004), l’amélioration des Plans annuels de coopération internationale (PACI), et le renforcement des organes existants ou la création de nouveaux organes de coordination. La réforme opérée avait pour objectif de renforcer la cohérence interne et la coordination au sein du système d’aide diversifié de l’Espagne, qui fait intervenir de nombreux ministères, les régions autonomes, les autorités locales et des organisations de la société civile. La nouvelle politique mise en œuvre a eu pour effet notable de faire de la réduction de la pauvreté l’objectif fondamental de la coopération pour le développement. L’égalité homme-femme et l’environnement sont également deux axes prioritaires de la politique menée. L’Espagne s’efforce de cibler ses efforts en matière de réduction de la pauvreté sur les besoins sociaux de base et vient de mettre en place un nouveau programme de micro-financement, qui constitue un nouvel élément important.
L’Espagne dispose d’un avantage comparatif dans l’aide qu’elle apporte à l’Amérique latine du fait des liens linguistiques, historiques et culturels étroits qui les unissent. L’Espagne, qui a eu récemment à bâtir un Etat démocratique, peut apporter une valeur ajoutée en faisant profiter ses pays partenaires des enseignements qu’elle en a tirés dans les domaines novateurs et lourds d’enjeux que recouvre la bonne gestion des affaires publiques. A cet égard, elle peut engager avec les pays en développement un dialogue dans des domaines où d’autres donneurs auraient plus de difficultés. Les principales activités menées dans le cadre du renforcement des institutions concernent la réforme judiciaire, la décentralisation, l’administration de l’impôt et la formation des forces de police. Ce sont autant de secteurs où l’Espagne pourrait jouer un rôle de chef de file dans l’action menée avec les autres donneurs en faveur de l’application d’une approche sectorielle.
Dans l’évaluation du programme de développement de l’Espagne, il importe de garder à l’esprit que la coopération pour le développement est une activité encore relativement nouvelle pour le pays. Bénéficiaire d’aide jusqu’en 1977, l’Espagne est devenue Membre du CAD en 1991. En l’espace de peu de temps, elle a mis en place une loi exhaustive sur la coopération pour le développement juridiquement contraignante, ainsi qu’un plan pluriannuel applicable à l’ensemble du système d’aide. De ce point de vue, on peut dire que l’Espagne a montré l’exemple au sein du CAD, en particulier aux Membres dotés de systèmes d’aide diversifiés comme le sien. Parallèlement, l’Espagne devrait affiner son Plan directeur de façon à proposer une hiérarchisation plus précise des principes et objectifs, avec la réduction de la pauvreté comme objectif fondamental qui anime l’ensemble du système d’aide. Elle devrait en outre suivre une approche de la programmation et de la mise en œuvre plus axée sur les résultats pour mettre à profit les enseignements tirés de l’expérience, et envisager d’intégrer les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) ainsi que d’autres indicateurs pour en faire un cadre d’évaluation des performances. Il pourrait être souhaitable de relier plus étroitement la lutte contre la pauvreté et les prêts du FAD, la conversion des titres de créance, les programmes de bourses d’études et les programmes d’action culturelle. Compte tenu de ses liens avec les OMD, l’engagement de l’Espagne à donner corps à l’Initiative 20/20 est bienvenu. Il devrait se traduire par une augmentation des dépenses consacrées aux services sociaux de base.
 
Volume et répartition de l’aide
 
 
Avec une aide publique au développement (APD) qui s’est chiffrée en 2000 à 1.2 milliards de USD, le rapport APD/revenu national brut (RNB) de l’Espagne s’établit à 0.22 %, ce qui classe le pays au 19ème rang des 22 pays Membres du CAD, à la même place que dans le classement en fonction du revenu par habitant. Le volume de l’APD a quadruplé entre 1988 et 1994, jusqu’à un pic d’APD/RNB de 0.28 %, rapport qui a décliné par la suite. L’économie espagnole a parallèlement enregistré de bons résultats ces dernières années, puisque le taux de croissance dépasse 4 % depuis 1997. Par ailleurs, l’opinion manifeste une forte adhésion à la coopération pour le développement. Conformément aux engagements pris à la réunion du Conseil européen qui s’est tenue à Barcelone en mars 2002 et annoncés à la Conférence internationale sur le financement du développement qui a eu lieu à Monterrey, l’Espagne devrait atteindre un rapport APD/RNB de 0.33 % d’ici 2006. Conjugué à la tendance à la hausse du RNB de l’Espagne, cela suppose un accroissement rapide du volume de l’APD.
Compte tenu de l’avantage évident que lui confèrent ses liens avec l’Amérique latine, l’Espagne concentre une grande partie de son aide sur cette région, et en particulier sur les pays les plus pauvres d’Amérique centrale et de la Communauté andine. En 2000,40 % de l’aide bilatérale espagnole ont été dirigés vers des pays à faible revenu, soit une proportion inférieure à la moyenne totale du CAD qui s’établit à 59 %. En fait, plus de la moitié des versements sont allés à des pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure. Cela soulève d’intéressantes questions pour l’Espagne et pour le CAD quant au rôle des donneurs dans les pays à revenu intermédiaire, notamment la mesure dans laquelle cette aide sert effectivement l’objectif de réduction de la pauvreté et est de nature à instaurer un environnement plus favorable aux pauvres. L’Espagne pourrait reconsidérer la proportion de prêts et de dons qu’elle consent aux pays à faible revenu et aux pays à revenu intermédiaire pour veiller à ce que les modestes ressources affectées à l’APD soient bien dirigées vers ceux qui en ont le plus besoin. Si l’Espagne a commencé à se concentrer sur 29 pays de programme, elle ne traite pas de façon assez approfondie les critères de sélection, la ventilation des ressources et la façon dont le statut prioritaire sera appliqué. L’Espagne doit également veiller à ne pas diluer son aide. Les versements au titre de prêts, qui représentaient 80 % de l’aide bilatérale en 1993, ont considérablement diminué depuis, mais leur part du total reste élevée à 34 %. On observe néanmoins que les dons se sont accrus, grâce à l’action de la coopération décentralisée, par l’intermédiaire des régions autonomes et des autorités locales, qui représente 25 % de l’APD bilatérale. L’essentiel de ces fonds sont acheminés par le biais d’organisations non gouvernementales (ONG), qui jouent un rôle significatif sur ce plan et dans le cadre de cofinancements avec l’Agence espagnole de coopération internationale (AECI). Pour ce qui est de la coopération multilatérale, l’Espagne porte son effort surtout sur la Commission européenne (CE), mais a renforcé sa contribution aux institutions financières internationales dans le but d’accroître son influence et d’intensifier sa coopération.
 
Cohérence des politiques et cohésion interne
 
 
L’Espagne a intégré la cohérence des politiques à l’appui du développement dans son cadre juridique général. La Loi stipule que les principes et objectifs qui régissent la coopération pour le développement de l’Espagne doivent se matérialiser dans tous les autres domaines de l’action publique qui touchent les pays en développement. Elle souligne l’importance de leur compatibilité avec les objectifs du développement durable et de la réduction de la pauvreté pour promouvoir les relations politiques, économiques et culturelles avec les pays en développement. Néanmoins, le débat sur la cohérence des politiques semble moins avancé en Espagne qu’au sein d’autres Membres du CAD. Il conviendrait d’assigner un rôle plus affirmé au ministère des Affaires étrangères et de le doter des capacités d’analyse requises pour qu’il puisse engager un débat sur l’action des pouvoirs publics avec d’autres ministères et intervenants, y compris avec des représentants de la société civile et des administrations régionales, dans des domaines tels que les échanges, les transferts de technologie, l’agriculture et la pêche (notamment à propos des accords internationaux sur la pêche conclus par la CE) où les objectifs de développement peuvent entrer en conflit avec les intérêts nationaux.
La collaboration entre les ministères des Affaires étrangères et de l’Economie s’est améliorée, notamment au niveau de la préparation des stratégies-pays conjointes. Le ministère des Affaires étrangères s’est vu confier la responsabilité centrale de la politique de développement. Il est toutefois recommandé qu’il soit investi de façon plus claire du rôle de chef de file dans les orientations qu’il donne à l’ensemble des intervenants dans la coopération pour le développement. Le rôle du ministère des Affaires étrangères à cet égard consisterait notamment à garantir la cohérence et à exploiter les synergies entre une coopération décentralisée de plus en plus active et la politique générale de l’aide. L’Espagne a restreint l’importance des prêts du FAD et a amélioré leur gestion en renforçant notamment l’identification des projets, leur suivi et leur évaluation. Elle devrait toutefois poursuivre dans une optique plus globale l’examen des prêts du FAD qu’elle a entrepris afin de faire en sorte que ceux-ci soient davantage orientés vers la réduction de la pauvreté. La politique consistant à consentir des prêts plutôt que des dons aux pays pauvres devrait être à nouveau examinée à la lumière de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE). Au niveau des projets, il serait utile et plus favorable à la transparence de privilégier des stratégies sectorielles, des objectifs mieux définis, un meilleur ciblage des bénéficiaires et la communication d’états plus détaillés relatifs à la mise en œuvre. En outre, étant donné que les prêts du FAD accordés à des pays ne figurant pas parmi les moins avancés sont liés à des passations de marché en Espagne, celle-ci souhaitera peut-être réexaminer les limites que cela impose au partenariat, à l’appropriation à l’échelon local et à l’efficacité de l’aide.
 
Appropriation à l’échelon local, gestion et mise en œuvre de l’aide
 
 
Les bureaux sur le terrain jouissent d’une assez grande autonomie dans la conduite du dialogue avec les pays partenaires et la gestion de l’aide. La structure souple de la coopération espagnole paraît lui permettre de réagir promptement aux besoins des pays partenaires, notamment dans les situations d’urgence. L’Espagne est attachée au principe de l’élaboration de stratégies de réduction de la pauvreté conduites par le pays concerné, mais à l’instar d’autres donneurs, doit veiller à ce qu’elles soient effectivement intégrées dans ses propres stratégies-pays. En outre, les stratégies-pays des 29 pays bénéficiant du programme de l’Espagne pourraient obéir à un ciblage sectoriel plus sélectif et être plus spécifiques dans le choix des instruments et des canaux d’acheminement retenus. L’Espagne observe une certaine prudence dans le transfert des responsabilités de gestion aux pays partenaires, mais pourrait renforcer davantage l’appropriation à l’échelon local en déléguant des responsabilités à ses homologues locaux. En outre, l’Espagne pourrait envisager la possibilité d’adopter des approches sectorielles en collaboration avec d’autres donneurs de façon à renforcer la prise en main au plan local et la pérennité de l’action menée. La participation importante des ONG, si elle est un atout pour le système d’aide espagnol, suppose également de veiller aux coûts de transaction et aux questions d’efficience et de coordination.
Les efforts que déploie le ministère des Affaires étrangères pour mettre en place des mécanismes d’évaluation efficace sont bienvenus. Les systèmes d’évaluation de l’ensemble du programme d’aide de l’Espagne doivent toutefois être encore développés et renforcés, en particulier au niveau des prêts du FAD, de la coopération décentralisée et des ONG. La gestion des ressources humaines du ministère des Affaires étrangères pourrait également être plus stratégique, fondée sur une évaluation des besoins à long terme, notamment en matière d’amélioration des compétences. Le ministère des Affaires étrangères pourrait en particulier étudier les possibilités de mobilité du personnel entre le terrain et le siège en vue de mieux intégrer l’expertise des questions de développement à l’élaboration de l’action stratégique.
 
Recommandations
 
 
A la lumière des conclusions qui précèdent, le CAD encourage l’Espagne à :
  • S’efforcer par tous les moyens d’atteindre d’ici 2006 un rapport APD/RNB de 0.33 %.
  • Veiller à ce que l’aide aux pays à revenu intermédiaire soit effectivement axée sur la réduction de la pauvreté à l’appui des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD).
  • Préciser la politique retenue en matière de prêts et de dons en prenant en considération le niveau d’endettement soutenable des pays bénéficiaires et leur catégorie de revenu.
  • Mettre en place une approche de la programmation et de la mise en œuvre plus axée sur les résultats pour mettre à profit les enseignements tirés de l’expérience, et envisager d’intégrer les OMD ainsi que d’autres indicateurs pour en faire un cadre d’évaluation des performances.
  • Veiller à ce que les Programmes de bourses d’études et d’action culturelle concourent à l’affirmation de l’objectif fondamental de réduction de la pauvreté.
  • Accroître les ressources affectées aux services sociaux de base.
  • Renforcer la cohérence des politiques à l’appui du développement en encourageant un plus large débat public et en améliorant la capacité d’analyse du ministère des Affaires étrangères dans des domaines qui ont une incidence sur les pays en développement, tels que les échanges, l’agriculture et la pêche.
  • Confier au ministère des Affaires étrangères un rôle plus affirmé de chef de file dans les orientations qu’il donne aux autres ministères et intervenants afin de développer encore les synergies. Compte tenu de l’accroissement des ressources mobilisées au service de la coopération décentralisée, les régions autonomes et les autorités locales sont encouragées à développer des synergies avec les stratégies menées par l’Espagne sur le plan national, notamment les stratégies sectorielles et les stratégies par pays.
  • Poursuivre l’examen en profondeur de l’impact des prêts du FAD sur la réduction de la pauvreté afin d’améliorer l’appropriation à l’échelon local et l’efficacité de l’aide.
  • Accroître la responsabilité des pays partenaires en matière de gestion de l’aide, relier plus étroitement les projets individuels et les stratégies de réduction de la pauvreté conduites par les pays, et travailler à l’élaboration d’approches sectorielles avec d’autres donneurs.
  • Veiller à ce que les activités des ONG cofinancées par les administrations nationale et régionales soient cohérentes avec les stratégies par pays et les stratégies sectorielles menées dans le cadre de la politique espagnole de coopération pour le développement.
  • Continuer à développer et à renforcer les mécanismes de suivi et d’évaluation dans tout le système d’aide de l’Espagne, en particulier les prêts du FAD et les activités relevant de la coopération décentralisée.
 
CHAPITRE 1 CADRE GENERAL ET EVOLUTIONS RECENTES Cadre juridique général et programmation
 
 
L’Espagne doit être félicitée pour les progrès notables qu’elle a réalisés dans le domaine de la coopération pour le développement depuis le dernier Examen de l’aide en 1998. Parmi les réalisations importantes survenues depuis lors figurent l’adoption en 1998 d’une Loi exhaustive sur la coopération internationale pour le développement (ci-après dénommée « la Loi »), l’élaboration d’un Plan directeur sur quatre ans (2001-2004), l’amélioration des Plans annuels de coopération internationale (PACI) (voir encadré 1), et le renforcement des organes existants ou la création de nouveaux organes de coordination. La réforme opérée avait pour objectif de renforcer la cohérence et la coordination au sein du vaste système d’aide de l’Espagne, dont les facettes sont multiples et qui fait intervenir de nombreux ministères, les régions autonomes, les autorités locales, des organisations non gouvernementales (ONG) et d’autres organisations de la société civile.
Le processus d’élaboration de la Loi, qui énonce les principes qui doivent inspirer tous les acteurs intervenant dans la politique de coopération de l’Espagne, a été complexe et laborieux en des multiples consultations qui ont été nécessaires. D’un côté, l’Espagne devait respecter l’indépendance budgétaire des régions autonomes et des autorités locales, garanties par la constitution espagnole. D’un autre côté, il était nécessaire d’assurer la cohérence et la complémentarité des différentes composantes du programme d’aide. Peu de pays Membres du Comité d’aide au développement (CAD) ont mis en place une loi exhaustive sur la coopération pour le développement juridiquement contraignante, encore moins de plan annuel ou pluriannuel applicable à l’ensemble du système d’aide. De ce point de vue, on peut dire que l’Espagne a montré l’exemple au sein du CAD, en particulier aux Membres dotés de systèmes d’aide diversifiés.
La nouvelle politique mise en œuvre a eu pour effet notable de faire de la réduction de la pauvreté l’objectif fondamental de la coopération pour le développement. L’égalité homme-femme et l’environnement sont également deux domaines clairement désignés comme devant être intégrés de façon systématique dans la politique menée. L’Espagne fait valoir qu’elle cible directement la réduction de la pauvreté en mettant l’accent sur les besoins sociaux de base et en instituant un nouveau programme de micro-financement. Même si le ciblage géographique continue d’être davantage orienté sur l’Amérique latine et d’autres pays qui entretiennent avec elle des liens historiques et culturels solides, dont la plupart sont des pays à revenu intermédiaire, l’Espagne insiste sur le fait qu’elle dirige son aide sur les populations pauvres de ces pays. La Loi appelle également à la cohérence des politiques au service de l’objectif de réduction de la pauvreté dans le monde, même si c’est là un principe difficile à mettre en pratique (voir chapitre 4).
Encadré 1. La Loi, le Plan directeur et le PACI
La Loi s’applique aux activités menées par le secteur public et des entités privées pour aider les pays en développement, directement ou par l’intermédiaire d’organisations multilatérales. Elle énonce les principes, objectifs et priorités qui suivent :
  • Les principes ont trait aux droits de l’homme, au développement durable, à l’égalité homme-femme et à l’instauration d’une croissance économique équitable.
  • Les objectifs fondamentaux, qui contribuent à l’éradication de la pauvreté, concernent le développement socio-économique, la sécurité, la paix, la démocratie et les droits de l’homme. Ils englobent aussi la cohérence entre les principes qui sous-tendent la politique de coopération de l’Espagne et les relations politiques, économiques et culturelles nouées avec les pays en développement.
  • Les priorités géographiques de l’Espagne vont vers l’Amérique latine, les pays arabes d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, ainsi que vers d’autres pays moins avancés qui entretiennent avec elle des liens culturels et historiques particuliers.
  • Les priorités sectorielles portent sur les besoins sociaux de base, l’infrastructure et le secteur productif, la participation de la population, le renforcement des institutions, la bonne gestion des affaires publiques, la protection de l’environnement, la culture et la recherche.
Le Plan directeur fait ressortir les domaines qu’il convient d’intégrer systématiquement dans la politique menée, à savoir la lutte contre la pauvreté, l’égalité homme-femme et l’environnement. Il établit la liste des pays bénéficiant du programme en fonction des priorités géographiques. Il précise également les priorités sectorielles : à titre d’exemple, les services sociaux de base (SSB) recevront 20 % des dons bilatéraux, et l’infrastructure et le resserrement du tissu économique donneront lieu à des crédits et garanties à l’exportation. Le cadre budgétaire est redéfini chaque année, ainsi que le budget de chaque ministère, région, secteurs (dons exclusivement) et la répartition de l’aide multilatérale.
Le PACI 2001 répartit le budget des ministères par instrument, par région et par secteur (dons exclusivement), et englobe ceux des régions autonomes. Il expose également les objectifs généraux de l’aide apportée à chaque pays. En outre, la politique de l’Espagne vis-à-vis de la Commission européenne (CE) est examinée en détail, et répond notamment à sa volonté d’influer davantage sur le programme d’aide de cette dernière et de promouvoir l’aide publique au développement (APD) en direction de l’Amérique latine.
 
Évolutions organisationnelles et opérationnelles
 
 
La Loi assigne au ministère des Affaires étrangères la responsabilité centrale de la politique de développement. Les organes permanents qui ont été renforcés ou créés afin d’assurer la cohérence interne de la politique et de promouvoir les synergies sont les suivants (voir le chapitre 5 pour plus de détails) :
  • Le Conseil de la coopération pour le développement.
  • La Commission interministérielle de la coopération internationale.
  • La Commission interministérielle du Fonds d’aide au développement (FAD).
  • La Commission interrégionale de la coopération pour le développement.
  • La Commission du Parlement pour la coopération internationale au développement
D’autres ajustements organisationnels ont été opérés depuis le dernier Examen de l’aide. L’Agence espagnole de coopération internationale (AECI) et le ministère de l’Economie, lequel s’occupe des prêts du FAD, ont fait l’objet d’une réorganisation en vue d’améliorer la gestion de l’aide (voir les organigrammes du chapitre 5). Au niveau opérationnel, les innovations ont porté sur l’élaboration de stratégies régionales, nationales et thématiques ainsi que sur le renforcement du système d’évaluation.
 
Contexte économique et politique
 
 
Les efforts que déploie l’Espagne pour consolider son programme d’aide sont les bienvenus. La politique de coopération de ce pays, qui a été bénéficiaire d’aide jusqu’en 1977 et est devenu Membre du CAD en 1991, est relativement jeune. L’économie de l’Espagne est encore en phase de rattrapage ; son revenu par habitant la classe au 19e rang sur les 22 pays Membres du CAD. Parallèlement, il est évident que l’Espagne dispose d’un avantage comparatif dans l’aide qu’elle apporte à l’Amérique latine du fait des liens linguistiques, historiques et culturels étroits qui les unissent. L’Espagne, qui a eu récemment à bâtir un Etat démocratique, peut apporter une valeur ajoutée en faisant profiter ses pays partenaires des enseignements qu’elle en a tirés dans les domaines novateurs et lourds d’enjeux que recouvre la bonne gestion des affaires publiques. A cet égard, elle peut engager avec les pays en développement un dialogue dans des domaines où d’autres donneurs auraient plus de difficultés à le faire.
Le Parlement a récemment créé une Commission pour la coopération internationale au développement. Après approbation par le Conseil des ministres, le ministère des Affaires étrangères soumet le Plan directeur et le PACI à cette Commission pour examen. Le ministère des Affaires étrangères rend également compte à la Commission sur de multiples aspects du programme d’aide, y compris les évaluations. C’est souvent la Commission qui conduit le dialogue avec les ONG et les autres groupes représentatifs de la société civile.
 
Sensibilisation de l’opinion publique aux enjeux du développement
 
 
L’opinion publique espagnole est partie prenante à la coopération pour le développement. Cela s’explique en partie par la décentralisation du système de coopération pour le développement, qui permet au public et aux ONG de s’associer aux programmes d’aide des régions autonomes et des autorités locales. A titre d’exemple, le public espagnol a su se mobiliser et montrer sa générosité lors des catastrophes naturelles qui ont touché l’Amérique latine, comme l’ouragan Mitch au Honduras et les tremblements de terre à El Salvador. De source espagnole, la population a mobilisé plus de fonds en valeur absolue que les États-Unis ou le reste de l’Union européenne (UE) pour venir en aide aux victimes salvadoriennes. Les ONG jouent un rôle actif de sensibilisation et constituent un canal important d’acheminement de l’aide. Les programmes d'ONG financés par l’AECI et la coopération décentralisée ont absorbé environ un tiers de l’APD bilatérale de l’Espagne durant la période 1997-2000.
L’opinion publique manifeste une forte adhésion à la coopération pour le développement. D’après les résultats d’un sondage réalisé dans plusieurs pays en 2001 à la demande du Fonds des Nations unies pour les activités en matière de population, 70 % des personnes interrogées en Espagne ont jugé trop bas le niveau effectif du budget de l’aide, 17 % l’ont trouvé satisfaisant, 1 % un peu trop élevé et 13 % n’avaient pas d’opinion. Selon un sondage sur l’économie et la politique espagnoles réalisé en 2000 par l’Office de statistiques, 84 % des personnes interrogées ont répondu que l’Espagne devait prêter son concours aux pays en développement par le biais de l’aide même si cela induisait un coût économique, soit une importante progression par rapport aux 58 % partageant la même opinion en 1990. Le sondage ne comportant pas de questions détaillées sur la coopération pour le développement, il serait utile que le ministère des Affaires étrangères effectue régulièrement des sondages d’opinion sur ce sujet précis.
Le Plan directeur accorde une place considérable à l’éducation au développement et prévoit que l’enveloppe correspondante devra atteindre 8 millions d’EUR d’ici 2004. L’AECI mène à bien des activités de sensibilisation du public et a ouvert un site Internet convivial et riche en informations à partir duquel on peut avoir accès au texte de la Loi, au PACI, au rapport annuel de l’AECI, à des informations à l’intention des ONG et à des liens utiles vers d’autres sites. Il serait souhaitable de proposer des traductions vers d’autres langues importantes à l’intention des lecteurs non hispanophones afin de mieux faire connaître le programme d’aide de l’Espagne. Étant donné que, pour une bonne part, les campagnes de sensibilisation se font par le biais de la coopération décentralisée, le ministère des Affaires étrangères pourrait proposer des lignes directrices, répartir les rôles et veiller à ce que les activités soient bien conformes à l’objectif de réduction de la pauvreté. Le ministère des Affaires étrangères pourrait aussi analyser comment le public appréhende les questions relatives à l’aide et mener à bien des évaluations qualitatives et quantitatives des activités de sensibilisation aux enjeux du développement entreprises par les différents intervenants. Enfin, l’AECI et le ministère de l’Economie publient des rapports annuels pour rendre compte de leurs activités respectives. L’Espagne pourrait cependant envisager la publication d’un rapport annuel unique couvrant l’ensemble de ses activités à l’appui du développement pour en montrer les résultats et la conformité aux objectifs et priorités définis par la Loi, le Plan directeur et le PACI.
 
Difficultés de mise en œuvre
 
 
Maintenant que le cadre général régissant la coopération pour le développement est fermement établi, l’Espagne gagnerait à ajuster et à affiner encore son action de façon à donner corps à la nouvelle orientation prise. Le Plan directeur pourrait être affiné de façon à proposer une hiérarchisation plus précise des principes et avec la réduction de la pauvreté comme objectif fondamental qui anime l’ensemble du système d’aide. Il conviendrait par ailleurs que les PACI prévoient des modalités de mise en œuvre plus explicites, comportent des précisions permettant de justifier le choix des instruments, donnent une ventilation du budget par pays, et fournissent davantage d’informations et d’orientations concernant les prêts du FAD. L’intention qu’a exprimée l’Espagne de mettre au point des stratégies régionales, nationales et sectorielles à partir d’une analyse approfondie des situations de pauvreté et des besoins des pays partenaires est bienvenue. Parallèlement, le fait de mettre l’accent sur les pays à revenu intermédiaire et non sur les pays à faible revenu ne concorde avec l’objectif de réduction de la pauvreté que si ce sont les populations pauvres des pays concernés qui sont effectivement ciblées (voir chapitre 2). L’Espagne pourrait réexaminer la façon dont l’aide est acheminée à destination des pays à faible revenu et des pays à revenu intermédiaire pour veiller à ce que les ressources modestes affectées à l’APD soient utilisées au mieux.
Même si la Loi confère au ministère des Affaires étrangères la responsabilité centrale de la politique de développement, il pourrait lui être attribué un rôle de chef de file plus affirmé dans les orientations qu’il donne aux autres ministères de façon à optimiser encore les synergies, plutôt que de le cantonner à une simple fonction de coordination. Le ministère des Affaires étrangères pourrait également s’appliquer à promouvoir la cohérence des politiques. Comme l’Espagne a souscrit aux Objectifs du millénaire pour le développement, il lui faut adopter une approche qui s’appuie davantage sur les résultats ainsi que sur d’autres indicateurs quantifiables. Ce principe vaut pour les projets de tous les ministères, en particulier les prêts du FAD et les programmes de bourses d’études et d’action culturelle de l’Espagne, compte tenu de la rareté des ressources disponibles au titre de l’APD (voir chapitre 3). En ce qui concerne les activités sur le terrain, l’Espagne pourrait intensifier son effort en vue d’accroître l’appropriation à l’échelon local de façon à garantir la viabilité des projets.
Le public comme les ONG s’inquiètent de voir l’Espagne aussi loin d’atteindre le rapport APD/revenu national brut (RNB) de 0.7 % préconisé par les Nations unies. Conformément à son engagement récent d’atteindre un rapport de 0.33% d’ici 2006, l’Espagne est vivement encouragée à étudier tous les moyens d’inverser la tendance à la stagnation du volume de l’APD et du rapport APD/RNB. Le chapitre 2 donne sur ce sujet des explications plus détaillées.
 
Suggestions pour l’avenir
 
 
  • Le Plan directeur pourrait être affiné de façon à faire de la réduction de la pauvreté l’objectif fondamental qui anime l’ensemble du système d’aide. Les PACI pourraient préciser les modalités de mise en œuvre, justifier le choix des instruments, proposer une ventilation du budget par pays, et donner davantage d’informations et d’orientations concernant les prêts du FAD.
  • L’Espagne pourrait suivre une approche de la programmation plus axée sur les résultats grâce à l’adoption par toutes les composantes du système d’aide des Objectifs du millénaire pour le développement et d’un certain nombre d’indicateurs quantifiables.
  • Pour préserver l’adhésion du public, le ministère des Affaires étrangères pourrait renforcer son action de sensibilisation en observant et en analysant les tendances de l’opinion, en formulant des orientations et en évaluant les activités que mènent les différents intervenants.
  • L’Espagne pourrait publier un rapport annuel unique couvrant l’ensemble de ses activités à l’appui du développement.
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