2003
Les dossiers du CAD
Le renforcement des capacités de passation des marchés
Résumé
Cette Table ronde est une initiative en cours lancée conjointement par le CAD et la Banque
mondiale. Si la formule de la table ronde a été retenue, c'est pour associer d'emblée les pays en
développement aux travaux, de manière à promouvoir une approche fondée sur le partenariat et
l'appropriation des produits de l'exercice par les pays en développement aussi bien que par les pays
donneurs. Cette première réunion a rassemblé des experts reconnus de la passation des marchés venant
d'organismes donneurs (bilatéraux et multilatéraux) et de pays en développement
[1], qui ont à l'évidence
été enthousiasmés par l'initiative. Le généreux soutien (financier aussi bien que sur le fond) apporté
par les membres du CAD et la Banque mondiale au lancement de cette initiative a été grandement
apprécié.
Les objectifs globaux poursuivis au moyen de cette Table ronde sont de recenser les principaux
besoins en matière de renforcement de capacités de passation des marchés et les moyens d'y répondre,
et d'assurer la mise en place dans les pays en développement de systèmes de passation des marchés
autour desquels les donneurs puissent harmoniser leurs procédures (dans le droit fil de la
Recommandation du CAD sur le déliement de l'APD aux pays les moins avancés et des travaux du
Groupe d'étude du CAD sur les pratiques des donneurs). Cette première réunion (trois sont prévues sur
la période 2003-2004 visait à définir des priorités communes et à arrêter un plan d'action pour la
délivrance au cours du biennum d'un nombre limité de produits concrets répondant à une demande
réelle.
Les débats ont mis en évidence une large convergence de vues sur les grands problèmes qui se
posent dans ce domaine et les produits souhaités :
-
Intégration : La solidité du système de passation des marchés facilite grandement la
réalisation d'objectifs de développement essentiels tels que la libéralisation des échanges et
la croissance des entreprises et des marchés locaux, l'abaissement sensible du coût des
services publics, la diminution de la corruption et, au bout du compte, la réduction de la
pauvreté. Les marchés publics représentent des sommes importantes et les inefficiences
coûtent cher. Leur gestion doit être intégrée au système de gestion financière et de
gouvernance des pouvoirs publics, et étroitement raccordée, aux plans stratégique et
opérationnel, aux autres aspects du processus budgétaire : planification et programmation,
contrôle, suivi, reddition de comptes et audit. Un produit important de la Table ronde
pourrait donc être l'établissement d'estimations plus rigoureuses des avantages pour le
développement et des économies de coûts à attendre de bonnes pratiques en matière de
passation des marchés. Les travaux de recherche et d'analyse devront viser à vérifier
l’assertion selon laquelle une refonte des modalités de passation des marchés rapporte plus
qu'elle ne coûte. Une stratégie de sensibilisation/communication devra en outre être définie
afin de trouver des "slogans" susceptibles de rallier un soutien et de mobiliser des ressources
(intérieures et auprès des donneurs) en faveur de la réforme des systèmes de passation des
marchés. Celle-ci devra viser à susciter l'appui de la classe politique et à l'inciter à prendre la
tête du mouvement, élément essentiel au succès d'une telle réforme, au même titre qu'une
garantie des donneurs quant à l'apport du niveau de soutien requis selon les modalités
voulues.
-
Critères de référence et normes : Un large accord se dégage déjà sur les caractéristiques d'un
bon système de passation des marchés - obligation de compte, transparence, respect du juste
prix, efficience, etc. La Table ronde définira un ensemble de critères et de normes au regard
desquels mesurer les progrès accomplis dans l'amélioration de la qualité, de l'efficience et de
l'efficacité des systèmes locaux de passation des marchés et établira des propositions
concernant les modalités d'application de ce cadre de référence, y compris les structures
institutionnelles et dispositifs d'incitation à prévoir. Le produit pourrait ensuite être testé dans
quelques pays en développement pilotes.
-
Renforcement des capacités : Mettre les partenaires à même de faire de la passation des
marchés une fonction de gestion stratégique de l'aide (et non une simple fonction
administrative d'achat et de vente) représente un défi majeur et nécessite un renforcement des
capacités dans de nombreux domaines. Il est essentiel de renoncer aux approches
fragmentaires (se limitant aux stades de l'appel d'offres et de l'adjudication) et assujetties aux
besoins des donneurs. Il faut au contraire s'appliquer à mettre en place (aux plans individuel
et institutionnel) des capacités permettant l'instauration de systèmes que les partenaires font
leurs, autour desquels les donneurs pourraient harmoniser leurs procédures. Pour les pays en
développement, c'est un objectif essentiel de cette initiative. Sur la base des rapports
analytiques sur la passation des marchés dans un pays, la Table ronde définira une stratégie
globale de renforcement des capacités et proposera des mesures ciblées, dirigées par exemple
vers les principaux domaines à risque, les ministères ayant un niveau élevé de dépenses ou
des problèmes dont le règlement serait source de gains immédiats.
-
Indicateurs, suivi et évaluation : L'existence de dispositifs de suivi et d'évaluation est
essentielle pour la solidité du système de passation des marchés publics. Ces dispositifs sont
indispensables pour mettre en évidence les résultats obtenus, déterminer les points sur
lesquels des mesures correctrices s'imposent, et asseoir la confiance de l'opinion publique
intérieure et des donneurs. La Table ronde définira les caractéristiques essentielles de tout
dispositif, de suivi et d'évaluation et les indicateurs sur lesquels il doit s'appuyer, sans perdre
de vue les impératifs de simplicité et de limitation des coûts.
La Table ronde va maintenant entrer dans une phase active, en articulant ses travaux autour des
thèmes et produits évoqués dans les paragraphes qui précèdent. L'élaboration des produits envisagés
donnera lieu tout à la fois à des recherches analytiques (notamment sur les "bienfaits" d'un bon
système de passation des marchés), à des travaux en petits groupes sur des produits spécifiques (mise
au point de normes et critères, ou suivi et évaluation, par exemple) et à des études de cas (autant que
de problèmes recensés) dans différents pays. Un point sera fait sur tous ces travaux et des orientations
seront fournies pour leur approfondissement à la prochaine réunion de la Table ronde (laquelle se
tiendra vraisemblablement dans un pays en développement en octobre 2003). Le site web
[2] créé pour
alimenter la Table ronde sera étoffé pour étayer les travaux.
Les principaux produits de cette initiative prendront donc la forme de documents énonçant les
bonnes pratiques pour la refonte de la passation des marchés et proposant :
- Une analyse des gains à attendre d'un bon système de passation des marchés et une stratégie
de communications propre à assurer l'intégration de la réforme de la passation des marchés,
en tant qu'élément central du système de gestion des finances publiques, dans les stratégies
nationales de développement.
- Un ensemble de normes et critères et les modalités d'application et d'utilisation de ce cadre
de référence.
- Une stratégie de renforcement des capacités, et des mesures ciblées dans des domaines
précis.
- Un cadre pour le suivi et l'évaluation, avec les indicateurs lui servant de support.
Une première esquisse de ces produits sera élaborée pour la prochaine réunion de la Table ronde
(octobre 2003) après quoi ces produits pourront être testés dans un pays pilote avant qu'une version
révisée en soit soumise à une troisième réunion de la Table ronde (troisième trimestre de 2004).
[1]
Afrique du Sud, Ethiopie, Ghana, Indonésie, Mozambique, Nicaragua, Ouganda, Sri Lanka,
République dominicaine et Tanzanie.
[2]
Voir
www. oecd. org/ dac/ partnerships