2004
Les dossiers du CAD
Fondations philanthropiques et coopération pour le développement
Chapitre 5 : Conclusion
L’action des fondations dans le domaine du développement représente un montant important –
3 milliards d’USD par an environ – qui reste cependant très modeste par rapport aux montants alloués
par les organismes publics. Cependant, la contribution des fondations au développement est
significative dans de nombreux domaines et déterminante dans certains cas. Quelques-uns de leurs
programmes les plus concluants, en particulier des programmes de recherche sur les cultures et de lutte
contre les maladies infectieuses, ont amélioré l’existence de centaines de millions de personnes.
Les meilleures initiatives des fondations en faveur du développement partagent quelques
caractéristiques fondamentales :
- Il s’agit de programmes à long terme, qui ont en général fait intervenir des efforts soutenus
pendant 15 à 25 ans. Pour mener ces programmes à bien, il faut que les conseils
d’administration des fondations fassent preuve de détermination, d’endurance, et aussi de
patience aux premiers stades de l’exécution, lorsque les structures se mettent en place mais
que les résultats semblent encore très lointains.
- Leur planification repose sur une vision d’avenir combinée à des connaissances
scientifiques solides. Les meilleures fondations recrutent en permanence pour leurs
programmes des experts possédant un niveau élevé de qualifications ainsi qu’une grande
expérience du terrain et un excellent sens de l’organisation. Ces experts entretiennent un
vaste réseau professionnel qui leur permet de faire appel aux compétences les mieux
adaptées.
- L’exécution des projets met l’accent sur l’instauration de la confiance et le respect des
autorités, du personnel technique et des populations au niveau local. Elle n’essaie pas de
faire appel à l’ingénierie sociale mais se fonde sur la détermination des participants à prendre
part au projet.
- Il s’agit d’initiatives audacieuses, comportant l’acceptation d’un certain risque d’échec –
aspect qui fait toujours partie des principes directeurs de la fondation Carter par exemple.
Les réorientations que peuvent apporter les organismes d’aide bilatérale à leur mode de
fonctionnement en fonction des enseignements apportés par les activités des fondations sont de toute
évidence limitées. Tout d’abord, les idées exceptionnelles mais réalisables sont rares. En outre, la
nécessité de s’engager dans des projets à long terme n’est pas compatible avec le besoin qu’ont les
gouvernements d’obtenir des résultats avant la fin du cycle électoral. Enfin, les projets à haut risque,
même s’ils peuvent apporter beaucoup d’avantages, ne sont guère susceptibles d’attirer des fonds
publics, car les gouvernements craignent, en cas d’échec réel ou apparent, d’être accusés de gaspiller
l’argent des contribuables en finançant des projets coûteux et inutiles.
Néanmoins, les meilleurs projets des fondations permettent peut-être de dégager certaines
mesures et règles dont les organismes d’aide bilatérale pourraient tenir compte lorsqu’ils entreprennent
des réformes institutionnelles ou de procédures :
- S’engager avec fermeté en faveur de la science et de la technologie pour le développement
en se dotant des moyens d’exploiter les meilleurs avis scientifiques disponibles dès les
premiers stades de mise au point de nouveaux grands programmes. Des propositions utiles
ont été faites à cet effet dans le Rapport sur le développement dans le monde 1999-2000 de
la Banque mondiale.
- Conférer une plus grande rigueur à l’évaluation des projets « immatériels » visant un
changement des comportements ou des projets « d’ingénierie sociale », en concevant et en
appliquant des instruments d’évaluation de leur taux de rendement économique et social.
- Même si, comme on le répète souvent, les avantages obtenus ne se mesurent pas tous en
termes monétaires, il faudrait faire en sorte que les techniques d’évaluation fassent apparaître
plus explicitement les coûts et les avantages des projets d’action sociale, et fournissent des
critères réalistes et vérifiables de réussite.
- Mieux s’informer sur les activités récentes des fondations susceptibles d’être élargies au
moyen de fonds publics. Les atouts des fondations résident dans la mise au point d’initiatives
nouvelles et de travaux précurseurs, mais elles manquent souvent des ressources et de
l’influence nécessaires pour assurer l’adoption rapide et généralisée des produits ou des
techniques dont elles ont démontré l’intérêt. Les organismes publics pourraient envisager
d’engager auprès de la direction un conseiller expérimenté qui ferait régulièrement le bilan
des travaux récents des fondations et groupes de réflexion sur le développement, et rendrait
compte pour examen des enseignements et des idées utiles qui peuvent en être tirés.
Il peut aussi être nécessaire de prendre des mesures pour améliorer l’environnement dans lequel
travaillent les fondations et les encourager à se concentrer sur les problèmes de développement. Si
elles bénéficient de conditions favorables, les fondations peuvent servir de pépinières d’idées
nouvelles. Elles peuvent aussi fournir un terrain d’essai pour démontrer l’intérêt de ces idées dans la
pratique, avant de les appliquer plus largement au moyen de programmes gouvernementaux. Le cadre
en place aux États-Unis, qui représentent l’essentiel des activités des fondations, donne une idée des
moyens à utiliser pour promouvoir ces objectifs, de même que les initiatives et propositions récentes
formulées en France et en Espagne et étudiées au chapitre 3. Ces moyens comprennent :
- Des « carottes » fiscales, telles que déductions fiscales accordées aux entreprises et aux
personnes qui versent des contributions aux fondations, exemption de la taxe sur les sociétés
pour les fondations et statut fiscal privilégié du personnel des fondations en poste dans les
pays en développement.
- Des « bâtons » fiscaux, sous forme d’impôts sur la fortune et de droits de succession, qui
incitent les personnes très fortunées à faire des dons de leur vivant à des organismes de
bienfaisance.
- Des Conseils ou autres organismes chapeautant les fondations et permettant aux
représentants des fondations, aux pouvoirs publics et aux chercheurs spécialistes des
problèmes de développement de débattre des idées nouvelles et des meilleurs moyens de s’en
servir.
Il ne faut pas négliger les risques que comporte l’affectation de fonds publics à la mise en
application plus large d’idées ou de programmes conçus par les fondations. L’apport de compétences
spécialisées est limité, les idées peuvent se figer et l’élargissement de leur application peut entraîner
une bureaucratie plus lourde et gêner l’action sur le plan pratique. L’utilisation de fonds publics
s’accompagne de l’obligation de rendre des comptes, avec le risque que des groupes de pression
minoritaires ne détourne l’attention vers des problèmes particuliers, au détriment d’initiatives
bénéficiant de la part du public d’un soutien important mais non exprimé.
Même dans ces conditions, les résultats obtenus montrent que les fondations sont souvent à
l’origine d’initiatives très bénéfiques sur le plan du développement, en particulier lorsque celles-ci
peuvent être élargies grâce à des fonds publics. En fait, on peut dire que les possibilités d’échec ne
font qu’accentuer le besoin d’idées fraîches et d’approches nouvelles aussi nombreuses que possible.
Le développement est une tâche difficile. Des initiatives comme celle des Objectifs du millénaire pour
le développement ont décrit avec la plus grande précision la tâche à accomplir, mais les financements
restent très limités, de sorte qu’il est d’autant plus important de tirer parti au mieux des possibilités de
solutions novatrices offertes par les fondations.