Revue de l'OCDE sur le développement
Ed. de l’OCDE

I.S.B.N.
334 pages

p. 131 à 133
doi: en cours

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Fondations philanthropiques et coopération pour le développement

no 4 2003/3

2004 Les dossiers du CAD Fondations philanthropiques et coopération pour le développement

Chapitre 5 : Conclusion

L’action des fondations dans le domaine du développement représente un montant important – 3 milliards d’USD par an environ – qui reste cependant très modeste par rapport aux montants alloués par les organismes publics. Cependant, la contribution des fondations au développement est significative dans de nombreux domaines et déterminante dans certains cas. Quelques-uns de leurs programmes les plus concluants, en particulier des programmes de recherche sur les cultures et de lutte contre les maladies infectieuses, ont amélioré l’existence de centaines de millions de personnes. Les meilleures initiatives des fondations en faveur du développement partagent quelques caractéristiques fondamentales :
  • Il s’agit de programmes à long terme, qui ont en général fait intervenir des efforts soutenus pendant 15 à 25 ans. Pour mener ces programmes à bien, il faut que les conseils d’administration des fondations fassent preuve de détermination, d’endurance, et aussi de patience aux premiers stades de l’exécution, lorsque les structures se mettent en place mais que les résultats semblent encore très lointains.
  • Leur planification repose sur une vision d’avenir combinée à des connaissances scientifiques solides. Les meilleures fondations recrutent en permanence pour leurs programmes des experts possédant un niveau élevé de qualifications ainsi qu’une grande expérience du terrain et un excellent sens de l’organisation. Ces experts entretiennent un vaste réseau professionnel qui leur permet de faire appel aux compétences les mieux adaptées.
  • L’exécution des projets met l’accent sur l’instauration de la confiance et le respect des autorités, du personnel technique et des populations au niveau local. Elle n’essaie pas de faire appel à l’ingénierie sociale mais se fonde sur la détermination des participants à prendre part au projet.
  • Il s’agit d’initiatives audacieuses, comportant l’acceptation d’un certain risque d’échec – aspect qui fait toujours partie des principes directeurs de la fondation Carter par exemple.
Les réorientations que peuvent apporter les organismes d’aide bilatérale à leur mode de fonctionnement en fonction des enseignements apportés par les activités des fondations sont de toute évidence limitées. Tout d’abord, les idées exceptionnelles mais réalisables sont rares. En outre, la nécessité de s’engager dans des projets à long terme n’est pas compatible avec le besoin qu’ont les gouvernements d’obtenir des résultats avant la fin du cycle électoral. Enfin, les projets à haut risque, même s’ils peuvent apporter beaucoup d’avantages, ne sont guère susceptibles d’attirer des fonds publics, car les gouvernements craignent, en cas d’échec réel ou apparent, d’être accusés de gaspiller l’argent des contribuables en finançant des projets coûteux et inutiles.
Néanmoins, les meilleurs projets des fondations permettent peut-être de dégager certaines mesures et règles dont les organismes d’aide bilatérale pourraient tenir compte lorsqu’ils entreprennent des réformes institutionnelles ou de procédures :
  • S’engager avec fermeté en faveur de la science et de la technologie pour le développement en se dotant des moyens d’exploiter les meilleurs avis scientifiques disponibles dès les premiers stades de mise au point de nouveaux grands programmes. Des propositions utiles ont été faites à cet effet dans le Rapport sur le développement dans le monde 1999-2000 de la Banque mondiale.
  • Conférer une plus grande rigueur à l’évaluation des projets « immatériels » visant un changement des comportements ou des projets « d’ingénierie sociale », en concevant et en appliquant des instruments d’évaluation de leur taux de rendement économique et social.
  • Même si, comme on le répète souvent, les avantages obtenus ne se mesurent pas tous en termes monétaires, il faudrait faire en sorte que les techniques d’évaluation fassent apparaître plus explicitement les coûts et les avantages des projets d’action sociale, et fournissent des critères réalistes et vérifiables de réussite.
  • Mieux s’informer sur les activités récentes des fondations susceptibles d’être élargies au moyen de fonds publics. Les atouts des fondations résident dans la mise au point d’initiatives nouvelles et de travaux précurseurs, mais elles manquent souvent des ressources et de l’influence nécessaires pour assurer l’adoption rapide et généralisée des produits ou des techniques dont elles ont démontré l’intérêt. Les organismes publics pourraient envisager d’engager auprès de la direction un conseiller expérimenté qui ferait régulièrement le bilan des travaux récents des fondations et groupes de réflexion sur le développement, et rendrait compte pour examen des enseignements et des idées utiles qui peuvent en être tirés.
Il peut aussi être nécessaire de prendre des mesures pour améliorer l’environnement dans lequel travaillent les fondations et les encourager à se concentrer sur les problèmes de développement. Si elles bénéficient de conditions favorables, les fondations peuvent servir de pépinières d’idées nouvelles. Elles peuvent aussi fournir un terrain d’essai pour démontrer l’intérêt de ces idées dans la pratique, avant de les appliquer plus largement au moyen de programmes gouvernementaux. Le cadre en place aux États-Unis, qui représentent l’essentiel des activités des fondations, donne une idée des moyens à utiliser pour promouvoir ces objectifs, de même que les initiatives et propositions récentes formulées en France et en Espagne et étudiées au chapitre 3. Ces moyens comprennent :
  • Des « carottes » fiscales, telles que déductions fiscales accordées aux entreprises et aux personnes qui versent des contributions aux fondations, exemption de la taxe sur les sociétés pour les fondations et statut fiscal privilégié du personnel des fondations en poste dans les pays en développement.
  • Des « bâtons » fiscaux, sous forme d’impôts sur la fortune et de droits de succession, qui incitent les personnes très fortunées à faire des dons de leur vivant à des organismes de bienfaisance.
  • Des Conseils ou autres organismes chapeautant les fondations et permettant aux représentants des fondations, aux pouvoirs publics et aux chercheurs spécialistes des problèmes de développement de débattre des idées nouvelles et des meilleurs moyens de s’en servir.
Il ne faut pas négliger les risques que comporte l’affectation de fonds publics à la mise en application plus large d’idées ou de programmes conçus par les fondations. L’apport de compétences spécialisées est limité, les idées peuvent se figer et l’élargissement de leur application peut entraîner une bureaucratie plus lourde et gêner l’action sur le plan pratique. L’utilisation de fonds publics s’accompagne de l’obligation de rendre des comptes, avec le risque que des groupes de pression minoritaires ne détourne l’attention vers des problèmes particuliers, au détriment d’initiatives bénéficiant de la part du public d’un soutien important mais non exprimé.
Même dans ces conditions, les résultats obtenus montrent que les fondations sont souvent à l’origine d’initiatives très bénéfiques sur le plan du développement, en particulier lorsque celles-ci peuvent être élargies grâce à des fonds publics. En fait, on peut dire que les possibilités d’échec ne font qu’accentuer le besoin d’idées fraîches et d’approches nouvelles aussi nombreuses que possible. Le développement est une tâche difficile. Des initiatives comme celle des Objectifs du millénaire pour le développement ont décrit avec la plus grande précision la tâche à accomplir, mais les financements restent très limités, de sorte qu’il est d’autant plus important de tirer parti au mieux des possibilités de solutions novatrices offertes par les fondations.
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