2004
Les dossiers du CAD
Promouvoir les PME pour oeuvrer au développement
Note de synthèse
Il ressort d’études récentes portant sur la croissance que le rythme de la croissance dans un pays
donné est pour une large part fonction de : i) sa capacité de s’intégrer dans l’économie mondiale grâce
aux échanges et à l’investissement ; ii) son aptitude à préserver l’équilibre de ses finances publiques
et la stabilité de sa monnaie ; et iii) sa capacité d’instaurer un environnement institutionnel
garantissant l’exécution des contrats et le respect des droits de propriété.
A l’heure de la mondialisation, les économies en transition et en développement, et les entreprises
qui y ont leur siège, éprouvent des difficultés majeures lorsqu’elles cherchent à renforcer leurs
capacités humaines et institutionnelles afin d’être en mesure d’exploiter les possibilités qui s’offrent à
elles dans les domaines des échanges et de l’investissement. Si ce sont certes les pouvoirs publics qui
décident de l’action à mener sur ces deux fronts, ce sont bien les entreprises qui échangent et
investissent. C’est pour cette raison que les goulots d’étranglement observés au niveau de l’offre dans
ces deux domaines, et la réaction des pouvoirs publics, des partenaires au développement et du secteur
privé face aux contraintes qui en découlent, ont des répercussions directes sur les perspectives de
croissance des pays en transition et en développement.
Les petites et moyennes entreprises (PME) jouent un rôle essentiel dans les pays en
développement et en transition. Les PME dont le nombre total, hors secteur agricole, excède en règle
générale 90 %, sont une source essentielle d’emplois et génèrent des recettes considérables tant sur le
plan intérieur qu’à l’exportation. Ainsi, le développement des PME s’affirme-t-il comme un axe
majeur de la lutte contre la pauvreté.
La mondialisation et la libéralisation des échanges sont pour les PME synonymes de perspectives,
mais aussi de défis inédits. Pour le moment, seule une faible proportion des PME a les moyens
d’appréhender et d’exploiter ces possibilités nouvelles et de faire face aux enjeux qui se dessinent.
Dans les pays en développement et en transition, c’est pour une majorité d’entre elles qu’il s’est révélé
difficile, voire impossible, de recueillir les fruits de la mondialisation, ces entreprises, aux prises avec
la concurrence étrangère, se trouvant de surcroît souvent mises à rude épreuve sur les marchés locaux
ou sur leur marché intérieur. L’un des grands objectifs des efforts de promotion du développement du
secteur des PME est donc d’inverser ces deux tendances, et de faire en sorte que les PME soient mieux
à même de relever les défis de la mondialisation et de mettre à profit les possibilités qu’elle offre.
Par leur nature même, les PME pâtissent tout particulièrement de la non-compétitivité des taux de
change réels, des difficultés d’accès aux financements, de la lourdeur des formalités administratives
entravant la création, l’exploitation et l’expansion des entreprises, de la médiocrité des infrastructures
et de l’absence de structures institutionnelles efficaces. La suppression de ces obstacles représente une
tâche colossale qui appelle une vision globale du soutien aux PME, c’est-à-dire l’instauration d’un
environnement propice à leur développement reposant sur des institutions actives au niveau
macroéconomique, mésoéconomique et microéconomique.
Principaux enseignements tirés de l’expérience acquise dans le domaine du développement des
PME
Si l’on se fonde sur les analyses disponibles à ce jour, il semble que les enseignements suivants
méritent d’être retenus, indépendamment de la région et du niveau de développement du
pays considéré :
- Pour œuvrer au développement des PME, il convient d’adopter une stratégie transversale
couvrant de nombreux aspects (dont le succès dépend notamment de la capacité de la
puissance publique à mettre en œuvre une politique macroéconomique saine et de la capacité
des parties prenantes à instaurer des conditions d’ensemble propices au développement des
entreprises, par exemple en simplifiant les cadres juridiques et réglementaires, en améliorant
la gestion des affaires publiques, en facilitant l’accès au financement et en élargissant l’offre
de financement, en offrant des infrastructures de qualité, en dispensant des enseignements
adaptés, en mettant à la disposition des employeurs une main-d’œuvre qualifiée, en bonne
santé et adaptable, et en créant des institutions publiques et privées compétentes, mais
dépendant aussi de l’aptitude des PME à adopter des stratégies commerciales et des modes
de fonctionnement compétitifs). Dans les pays en transition et en développement, toute
stratégie de développement des PME doit en conséquence s’intégrer dans une stratégie
nationale de développement et/ou de croissance et de lutte contre la pauvreté.
- Le dialogue et les partenariats entre les parties prenantes (secteur public, secteur privé et
société civile) favorisent la prise en main de ces stratégies par les intéressés, facilitent leur
mise en oeuvre (dans la mesure où elles répondent mieux aux besoins des PME) et leur
confèrent une crédibilité politique tout en les inscrivant dans la durée.
- L’accès et l’intégration à des marchés locaux, nationaux et mondiaux nécessitent des
investissements massifs dans le déploiement d’infrastructures institutionnelles et matérielles
pérennes et dans l’acheminement de services aux PME dans toutes les régions, y compris
dans les zones rurales et/ou reculées. Instaurer un dialogue soutenu et des partenariats solides
entre les parties prenantes au service de la mise en œuvre et de l’évaluation des mesures de
soutien, et singulièrement des mesures visant à renforcer les capacités des organismes
d’exécution, permettent d’améliorer les résultats obtenus.
- Dans la mesure où les femmes sont à l’origine d’une part importante de l’activité du secteur
privé et contribuent pour beaucoup à la réduction de la pauvreté, il convient de prendre en
compte à tous les niveaux la nécessité de renforcer la capacité des femmes de participer au
développement des PME. La question de la parité doit être au centre de l’ensemble des
stratégies et programmes de développement des PME, et donner lieu à des initiatives
complémentaires spécifiques et ciblées pour remédier aux principaux blocages.
Renforcer les capacités des PME en matière d’échanges et d’investissement
Les PME doivent être en mesure de réagir rapidement et efficacement aux signaux que leur
adressent les marchés internationaux pour pouvoir exploiter les possibilités qui s’offrent à elles en
matière d’échanges et d’investissement et bénéficier des avantages que peut leur procurer le système
commercial international. Elles doivent pour cela être compétitives et productives, ce qui signifie qu’il
convient de mettre en place des systèmes efficaces de soutien au service de l’amélioration de la
compétitivité et de la productivité des PME.
L’élaboration d’un système efficace de soutien aux entreprises est aussi une condition préalable
au renforcement des capacités en matière d‘échanges et d’investissement, qui exige la présence
d’organismes de soutien aux entreprises (au nombre desquels des institutions financières) privilégiant
une démarche axée sur le client et ayant fait la preuve de leur capacité de s’adresser au secteur des
PME. Concrètement, les pouvoirs publics sont invités à :
- Prendre des mesures destinées à accroître la capacité des institutions financières pour mettre
au point des programmes rentables de prêts aux PME, tout en donnant la priorité à la
recherche de solutions novatrices aux problèmes de garantie (que ce soit en acceptant des
formes de garantie plus souples, notamment pour les PME ne possédant que peu
d’immobilisations, en recourant à des garanties de groupe et à des dispositifs de garanties de
prêts pour les PME, en s’efforçant d’axer davantage l’évaluation de la capacité d’emprunt
sur la trésorerie que sur bilan ou en adoptant des méthodes simples et efficaces d’évaluation
des demandes de prêt).
- Prendre des mesures pour consolider le système de soutien aux entreprises en jouant un rôle
d’intermédiaire au service de la diversification de l’offre, tant publique que privée, de
services aux entreprises (fourniture d’informations sur les marchés, les produits et les
procédés, conseils en comptabilité, réalisation d’analyses et d’études de marché, conseils
juridiques, transports, messagerie expresse, publicité, etc.).
- Elaborer une stratégie nationale de développement et de promotion des exportations sous la
conduite du ministère compétent, mais avec la participation de l’ensemble des parties
prenantes. L’objectif doit être globalement d’accroître le volume et la valeur des
exportations, ainsi que le nombre d’entreprises exportatrices en cherchant à répondre aux
besoins des entreprises aux différents stades de maturité de leurs marchés à l’exportation. L’idée est en outre d’intégrer la promotion et l’aide au développement des exportations dans
un système de soutien aux entreprises évolué et efficace.
- Créer un organisme unique chargé de la promotion des exportations qui pourrait aussi avoir
des attributions dans le domaine de l’investissement direct étranger (IDE). En s’inspirant des
bonnes pratiques en vigueur dans des économies de marché matures, il conviendrait de
séparer, dès la création de cet organisme la formulation et l’exécution des actions qu’il est
chargé de mettre en oeuvre, sachant qu’il doit obéir aux principes suivants :
- Être géré selon les règles de l’économie marchande.
- Privilégier les résultats par rapport aux méthodes.
- Être doté d’un personnel qualifié possédant une expérience concrète des affaires.
- S’efforcer de privilégier la notion de service au client.
- Prévoir une représentation du secteur privé au sein de son conseil de direction.
- Bénéficier de ressources financières en rapport avec les objectifs qu’il se donne.
- Déployer une « offre » de services d’aide à l’exportation recouvrant :
- La fourniture d’informations sur des marchés définis et des clients potentiels.
- Des dispositifs destinés à faciliter la prise de contacts avec des clients potentiels ou des
intermédiaires et des prestataires, publics ou privés, de services aux entreprises.
- Des mécanismes d’aide à la réalisation de missions de prospection commerciale.
- Instituer des dispositifs destinés à renforcer les interactions entre les PME et l’IDE dont la
cible serait les entreprises ayant le potentiel pour devenir fournisseurs et qui s’organiseraient
autour des axes suivants :
- Améliorer l’information des sociétés multinationales sur les fournisseurs locaux
potentiels et sur les possibilités d’approvisionnement que ces derniers sont en mesure de
d’offrir à ces multinationales en créant un site national sur l’Internet et/ou des annuaires
professionnels, mais aussi en organisant des manifestations favorisant les prises de
contact avec des acheteurs potentiels.
- Cibler les fournisseurs en tenant compte de leurs capacités avérées et de leur
détermination à s’améliorer.
- Collaborer étroitement avec les multinationales en les encourageant à aider les
fournisseurs potentiels à i) mieux comprendre leurs exigences en matière
d’approvisionnement ; ii) recenser les domaines dans lesquels ils ont de bonnes chances
d’obtenir des contrats ; et iii) porter leur attention sur les faiblesses auxquelles ils doivent
remédier pour réussir. De tels échanges sont de nature à bâtir une compréhension et une
confiance mutuelles entre les multinationales et les fournisseurs potentiels.
- Aider les PME/fournisseurs à formuler leurs attentes, puis à se procurer les services de
soutien, publics ou privés, dont ils ont besoin.
- Offrir, sous une forme ou une autre, des incitations financières aux multinationales et aux
PME locales pour les encourager à participer aux actions visant à renforcer les
interactions entre elles. Ces incitations peuvent consister à prendre en charge une partie
des coûts salariaux supportés par une société multinationale lorsque des ingénieurs et des
cadres faisant partie de son personnel consacrent du temps à des fournisseurs pour les
aider à se mettre à niveau (Singapour), à octroyer des aides financières directes aux
fournisseurs prometteurs pour les aider à financer le coût de l’investissement initial (Irlande) ou à subventionner les services de conseil et de formation requis pour améliorer
les capacités des fournisseurs (Taipei chinois).
- Élaborer des programmes de renforcement des capacités incluant des initiatives axées sur
la chaîne de l’offre et les pôles d’activités qui tiennent compte du fait qu’il est possible
de constituer des chaînes de fournisseurs afin d’optimiser les retombées de l’IDE, en
particulier sur les micro-entreprises en leur qualité de fournisseurs de rang inférieur.
- Créer des parcs industriels et, sous réserve que ces projets soient viables, des pépinières
d’entreprises afin d’offrir aux PME placées en position de fournisseurs une infrastructure
appropriée, et de lancer des initiatives pour favoriser le déploiement de pôles d’activités
grâce, lorsque cela est possible, à des partenariats entre les secteurs public et privé.
Améliorer la cohérence des politiques et l’efficacité de l’aide
À l’évidence, la cohérence des politiques et la coordination au sein des administrations des pays
en transition et en développement sont essentielles pour que les stratégies de développement des PME
portent leurs fruits. Les partenaires au développement doivent aussi comprendre que le renforcement
des capacités en matière d’échanges et d’investissement doit aller de pair avec l’accès aux marchés, et
que l’amélioration de la coordination entre les donneurs, l’attention portée aux conditions locales et le
renforcement des capacités également du côté des donneurs sont autant de facteurs indispensables à la
réussite si l’on s’oriente sur le plan mondial vers l’adoption d’approches nouvelles et la mise au point
de nouveaux modes de collaboration pour stimuler la compétitivité des PME dans les pays en
transition et en développement.
Encadré 1. Principales recommandations d'action
- Inscrire les stratégies visant le secteur privé et les PME dans les programmes nationaux plus larges
de développement et de réduction de la pauvreté. Encourager et aider les associations de PME à
prendre réellement part aux dialogues nationaux qui contribuent à jeter les bases des cadres
stratégiques du développement, de sorte que la contribution des PME et leurs besoins d’action et
de soutien publics soient pleinement reconnus comme des éléments centraux de la croissance, de
l’emploi et de la réduction de la pauvreté.
- Renforcer l’aptitude des PME à améliorer leur compétitivité sur les marchés nationaux, régionaux et
mondiaux. Encourager et soutenir les associations et entreprises du secteur privé capables de
fournir des informations sur les marchés et les normes, des conseils stratégiques et un accès aux
technologies et à l’innovation couplés avec des propositions de financement adaptées. Promouvoir
des outils tels que l’analyse de la chaîne de valeur, qui permettent aux entrepreneurs de déceler les
problèmes ou défis qu’ils doivent traiter sur le territoire national et au-delà, ainsi que les types de
partenaires dont l’aide leur serait utile.
- Promouvoir l’homogénéité des politiques au niveau régional, national et international. Travailler à
appuyer toutes les démarches publiques de sorte que les politiques appliquées en matière
d’échanges et d’investissement et la fixation des normes soient en phase avec les objectifs et les
politiques de coopération en matière de développement. Encourager l’achèvement du cycle des
négociations commerciales multilatérales de Doha, dont une réduction des obstacles aux échanges
dans les secteurs manufacturier et agricole, porteurs d’avantages et de débouchés essentiels pour
les pays en développement.
- Porter à son maximum le retentissement sur les PME locales des compétences et connaissances
managériales dont disposent les multinationales. Le report sur les entreprises locales des
compétences cognitives et managériales représente l’un des avantages les plus importants de
l’investissement direct étranger pour les pays destinataires. Soutenir les cadres d’action et les
actions des multinationales qui facilitent de tels retentissements, et étoffer l’information sur les cas
réels afin de mieux faire comprendre au public la contribution de l’investissement direct étranger
aux progrès du développement.