Revue de l'OFCE
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2-7246-2908-6
240 pages

p. 179 à 187
doi: en cours

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no 76 2001/1

2001 Revue de l’OFCE

Le lien social en Amérique et en Europe

Henri Mendras Directeur de recherche émérite au CNRSCellule de sociologie de l’OFCE
Le « lien » social, qui avait une connotation contraignante et péjorative, vient de prendre une valeur positive ; devenu enviable, on déplore qu’il se distende. C’est en particulier la thèse du politiste américain Robert D. Putnam qui redoute que les Américains perdent leur capacité d’association et d’agir collectivement. Malheureusement le mot « lien » n’a pas de sens précis pour les sociologues, si bien que les données réunies par R. Putnam ne sont pas convaincantes pour les États-Unis. Pour la France, les données sur les associations et le capital social inciteraient plutôt à conclure que le « lien social » se renforce. Traditionally in French, social link was derogatory, recently it has become wishful goal. The book by Robert D. Putnam, Bowling alone, analyses a great deal of material to show that Americans are loosing their traditional associativeness. Some of his indices are not quite convincing. A comparative analysis in several European countries would show, perhaps, a different trend: Europeans trust more their fellow citizens than they use to.
Dans le dictionnaire des idées reçues, le lien social est apparu récemment. Tout le monde aujourd’hui s’accorde à penser que « le lien social se distend, s’affaiblit, se délie… ». Malheureusement personne ne sait ce qu’est ce lien. Curieusement, ce mot à connotation péjorative, négative, vient de devenir positif, enviable. Pour Littré, le sens qui vient en second, après le lien de la gerbe de blé, c’est la chaîne du prisonnier : « briser ses liens, [c’est] sortir de captivité (…) Fig. tout ce qui enchaîne, contraint, met dans la dépendance ». Si le lien conjugal est sacré, c’est évidemment qu’il est pesant. Les liens de l’amour sont charmants, délicieux, mais dangereux.
Pour le sociologue, ce mot n’a pas de signification précise, tant et si bien qu’il n’apparaît pas, à juste raison, dans le dictionnaire de Boudon (1999). Le dictionnaire de Gresle et alii (1994) dit très bien que ce mot « réapparaît aujourd’hui dans des écrits de sociologues que l’on peut qualifier de néo-communautaristes (Donzelot, Rosanvallon) et dans le vocabulaire d’hommes politiques, notamment dans les expressions ‘perte’ ou ‘rupture du lien social’ qui résulterait […] d’une exacerbation des valeurs individualistes ». Le mot fait image : on imagine l’individu isolé dans la foule solitaire, dont tous les liens se distendent ou se brisent. Mais, précisément, quels sont ces liens ? Aucune étude sociologique n’ayant précisé le mot pour en faire une notion opératoire, il relève du bavardage sociologique, du vocabulaire de la « sociolalie ».
En revanche le domaine auquel le mot fait référence a été traité par les sociologues sous la rubrique de « capital social », c’est-à-dire des ressources que l’individu peut tirer de ses réseaux de relations avec ses semblables. C’est un champ relativement neuf de la sociologie. Inauguré par James Coleman aux États-Unis (1988), il s’est très rapidement développé, mais encore trop récemment pour que l’on puisse bénéficier d’enquêtes comparatives à vingt ans de distance : les liens sociaux se distendent-ils ou, au contraire, se multiplient-ils, se renforcent-ils et s’enchevêtrent-ils ? On ne pourra répondre que dans une dizaine d’années.
Depuis Tocqueville on sait que la vertu première des Américains (et des Mormons notamment) est la capacité à s’associer pour réaliser le bien commun, ou jouer en équipe d’un sport ou d’un autre, aux quilles par exemple, alors que les Européens, notamment les Italiens, seraient incapables de s’associer. Dans les années 1950, Edward Banfield était allé passer un an dans un village du Basilicate, après avoir passé un an dans un village mormon. Dans The Moral Basis of a Backward Society (1958), il explique que le Mezzogiorno n’arrivera à sortir de son sous-développement que s’il change son ethos, sa culture (au sens ethnologique du terme), qu’il qualifie de « familialisme amoral » et résume en un précepte : « Maximiser l’avantage matériel à court terme de la famille nucléaire ; croire que tous les autres agissent de même ». Ce précepte interdit toute entreprise collective, toute association, tout intérêt pour le bien public.
Robert Putnam (2000) est, en quelque sorte, l’anti-Banfield. Il n’a pas découvert l’Italie dans le Mezzogiorno mais dans le Nord ; puis un long périple l’a amené du Nord au Sud (1992), sans qu’il aperçoive les particularités de la Troisième Italie (Nord-Est, de Florence à Venise), celle des petites entreprises, des collectivités territoriales fortes et actives, décrites et analysées, « inventées » par Arnaldo Bagnasco dans un livre fondamental (1993). A la suite de Bagnasco, Putnam vient de découvrir que le système de réseaux et de clientèles, qui fait la trame de la société de cette Troisième Italie, lui donne une vitalité sociale et économique qui a été le ressort du second miracle économique italien, celui des années 1970 et 1980, dont l’entreprise Beneton est la figure exemplaire.
Les Italiens n’avaient pas aimé Banfield dont le diagnostic s’est pourtant révélé juste, et même prédictif, cinquante ans plus tard. Ils n’aiment guère mieux Putnam qui pourtant les flatte en les montrant sous leur meilleur jour, par comparaison avec le triste portrait qu’il trace de l’Amérique. Sans doute parce qu’il se taillait un succès démesuré avec ce qu’ils avaient eux-mêmes bien analysé depuis vingt ans. Un succès volé en quelque sorte.
Les recherches sur la Troisième Italie conduisent Putnam à une conclusion très surprenante pour lui : la vitalité des groupes entraîne le développement économique et non l’inverse. « Nous pensions que la richesse permettait la floraison des regroupements d’amateurs de chant. Toutefois, c’est exactement le contraire qui est vrai. Dans le cas de l’Italie du moins, ce n’était pas la richesse qui faisait pulluler les chorales, mais les chorales qui produisaient la richesse » (1999). Curieusement, c’est une découverte déjà faite par le Groupe de sociologie rurale du CNRS dans les années 1970, dans l’analyse de la révolution agricole des villages français. Pour parler comme Putnam, à Saint-Jean Brévelay (Morbihan), c’est le club de football qui a entraîné le progrès agricole, comme l’a bien montré Fradétal dans une jolie thèse (1982). Plus généralement, dorénavant le social entraîne l’économique (Mendras, 1986), la révolution agricole a été rendue possible par le mouvement social extraordinaire de la Jeunesse agricole chrétienne (JAC), relayée par le Centre national des jeunes agriculteurs (CNJA).
De retour outre-Atlantique, R. Putnam a été saisi d’une inquiétude qui est devenue son tourment : les États-Unis sont-ils en train de perdre leur âme, leur capacité d’association et d’action collective ? Si Tocqueville revenait, il ne « reconnaîtrait » pas son Amérique. Comparée à la vitalité italienne, la « communauté » américaine lui paraît en train de s’effondrer (collapse). En 1995, dans le Journal of Democracy, il publie un article retentissant qui s’intitule déjà : « Bowling Alone : America’s Declining Social Capital ». L’écho fut énorme montrant que l’inquiétude était partagée par beaucoup de ses concitoyens. Périodiquement, des Cassandre annoncent que l’Amérique perd son âme et qu’un revival est nécessaire. Aux revivals religieux du siècle dernier succèdent aujourd’hui des revivals civiques qui témoignent de l’inquiétude endémique des Américains sur leur société. Putnam révèle son sentimentalisme, a-t-on envie de dire, en mettant sur la couverture de son dernier livre une charmante photo de son club d’adolescents joueurs de quilles, où il se trouve entouré de deux Blancs et de deux Noirs, tous les cinq souriant avec de bonnes têtes de bons petits Américains des années 1950. Ce qui explique son titre : jouer tout seul aux quilles, quelle horreur ! Comme tout vieillard, le sociologue qui, arrivé à un âge mur, se rappelle son exaltante jeunesse est toujours sujet à caution : laudator temporis acti, disait déjà Horace !
A l’appui de sa thèse, le professeur à Harvard a mobilisé toute l’érudition disponible. Malheureusement, la principale critique que l’on peut faire à son livre, c’est qu’il manque de preuves convaincantes et qu’il a même tendance à mal interpréter ses données ; Michel Forsé, qui étudie aussi le sujet, arrive à des conclusions différentes en utilisant les mêmes données [1]. La plupart de ces données étaient déjà connues, mais les rassembler et les confronter apporte des conclusions neuves. Toutefois, leur interprétation est sujette à caution en fonction de la période de temps prise en considération : si les données étaient disponibles depuis les années 1930 dans tous les domaines, le diagnostic de R. Putnam serait peut-être remis en question, et ce sont les années 1960 qui apparaîtraient comme exceptionnelles. Ces réflexions faites, il faut reconnaître que le dossier de preuves accumulées par R. Putnam est impressionnant. Passons rapidement en revue les différents chapitres.
La vie politique fait ressortir un contraste éclatant. Les organisations des partis se sont multipliées, étoffées et professionnalisées : le nombre des organisations disposant d’un personnel salarié a doublé entre 1985 et 1996. En revanche, la participation bénévole des citoyens (participation à des réunions politiques et activités militantes) se retrouve en 1995 à peu près au niveau de 1950, après un maximum à la fin des années 1960. R. Putnam est plus impressionné par la chute que par la forme générale de la courbe qui inclinerait à penser que l’activisme politique des années 1960 était exceptionnel, sans doute à cause de la guerre du Vietnam.
Le niveau de syndicalisation a suivi la même évolution passant de 15 % en 1935 à 33 % en 1955 pour retomber à 14 % en 1999. Cette chute s’explique évidemment par la désindustrialisation et la tertiarisation (puis quaternisation) de l’économie, et d’autres explications plus conjoncturelles peuvent être avancées. Mais le fait majeur est que cette chute est un retour en arrière. En Europe, le mouvement est analogue.
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Membres d’un syndicat aux États-Unis entre 1900 et 1998
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Source : R. Putnam, 2000, op. cit.
Cependant, la chute accélérée des courbes pour les années récentes est impressionnante : il semble bien que la participation aux affaires communales (y compris scolaires) subissent un net déclin. De même, le nombre de citoyens qui ont signé une pétition est tombé de 36 % à 25 % entre 1985 et 1995. Les évolutions sont approximativement les mêmes pour la participation aux associations les plus diverses : les membres des Parent-Teacher Associations (PTA) sont passés de 7 % des familles avec enfants d’âge scolaire en 1930 à 47 % en 1960 pour retomber à 20 % en 1980 et se stabiliser autour de ce niveau depuis. L’assistance à des réunions d’associations a diminué de moitié entre 1975 et 1999.
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Membres des Associations de parents d’élèves de moins de 18 ans
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Source : R. Putnam, 2000, op. cit.
La participation religieuse reste très élevée : près de 40 % des adultes assistent à un service religieux le dimanche, en légère baisse par rapport à 1960 (46 %). Selon les sources, environ les deux tiers des adultes sont membres d’une église ; ce chiffre avait fortement augmenté entre 1940 et 1960, de 50 à 65 %, pour se stabiliser depuis 1980 autour de 60 %. Mais R. Putnam souligne que les églises qui sont en progression sont plus tournées vers la foi individuelle, tandis que les églises traditionnelles qui contribuaient fortement à animer la vie sociale locale sont en perte de vitesse. Si l’évolution quantitative est rassurante, l’évolution qualitative lui paraît inquiétante pour le capital social en général. En Europe également la baisse de la participation religieuse au sein des Églises instituées est forte tandis que les sectes et les groupes faiblement institués se portent bien : et c’est un sujet de satisfaction pour ceux qui y voient un début de retour du religieux.
Robert Putnam utilise deux mots yiddish pour opposer les gens actifs dans l’institution du ghetto : les « machers », ceux qui animent la sociabilité, qui entretiennent la conversation, et les « schmoozers » qui préfèrent la sociabilité organisée opposée à la sociabilité informelle. Les enquêtes du Roper Survey montrent que toutes les visites et invitations à la maison sont en baisse régulière depuis 1975. Jouer aux cartes avec des amis est aussi une pratique sociale en baisse, tandis qu’aller au cinéma reste stable. Pratiquer un sport baisse, tandis qu’assister à un spectacle sportif est en croissance régulière depuis 1960. Curieusement le nombre d’hommes et de femmes membres d’un club de bowling suit une courbe voisine de celle de la syndicalisation et des PTA : croissance forte entre 1940 et 1965 suivie d’une baisse rapide depuis 1980 : « nous passons nettement moins de temps qu’autrefois avec des amis ou des voisins » (p. 109). Le « schmoozing » est en baisse et le « machering » encore plus.
Le chapitre sur l’altruisme et l’activité bénévole dans des associations philanthropiques et humanitaires est le plus intéressant. Il montre clairement que la sociabilité, qu’elle soit de type « schmooz » ou « mach », va de pair avec le dévouement pour autrui : les fidèles des églises et les membres des clubs sont nettement les plus nombreux dans les activités bénévoles. Un beau graphique (p. 121) montre que plus on reçoit d’amis chez soi, plus on est volontaire pour participer à une activité civique ou collective. Ce cumul était déjà bien établi, mais ces données et ces corrélations nouvelles sont instructives. Les dons aux fondations et associations charitables suivent la courbe syndicale : montée de 1930 à 1965, suivie d’une baisse régulière depuis. Un autre graphique montre que le bénévolat individuel augmente nettement de 1975 à 1999, tandis que les « community projects » baissent jusqu’en 1987 et restent stables depuis. D’après une autre source (Gallup) : « le pourcentage des Américains qui participent à une activité charitable ou de services de soins, telle qu’aider les malades, les pauvres ou les vieux, a augmenté régulièrement, de 26 % en 1977 à 46 % en 1991 » (p. 128). Surpris par ces contrastes, R. Putnam ne sait comment les expliquer.
Les générations peuvent donner des indicateurs : autrefois les gens âgés avaient tendance à se retirer de la vie sociale, tandis que maintenant ils deviennent de plus en plus actifs ; de plus, leur nombre a considérablement augmenté ; enfin la génération des gens nés entre 1910 et 1940 constitue pour R. Putnam la « civic generation ». Déçus par les institutions officielles, les jeunes auraient tendance à « retrousser leurs manches pour faire le boulot eux-mêmes » (p. 132).
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Le vieillissement des contestataires
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Le vieillissement des contestataires
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Source : Putnam 2000, op. cit.
Une autre explication peut être cherchée dans le changement des attitudes à l’égard d’autrui. Autrement dit, les Américains seraient-ils en train de perdre leur merveilleuse confiance les uns dans les autres, qui a toujours frappé les étrangers ? En effet, les sondages montrent qu’ils sont de moins en moins nombreux à penser que les autres sont honnêtes et respectueux de la morale : 50 % en 1952, 27 % en 1998. A la question : « Peut-on faire confiance à la plupart des gens ? », 60 % des adultes et des adolescents répondaient « oui » en 1960, 35 % des adultes et 25 % des adolescents en 1998 ; et parmi les adultes, chaque génération se dit moins confiante à l’égard d’autrui que la précédente. Les États-Unis ne seraient plus une société de confiance et deviendraient une société où chacun se défie de l’autre ; dans la vieille Europe, au contraire, on devient plus confiant, si l’on en croit l’enquête sur les valeurs (Galland, 1999).
Si tel est le sens du mouvement, comment peut-on réagir et susciter un « revival of American community » comme le souhaite R. Putnam ? Comment combattre la bureaucratisation des institutions et encourager les groupes informels et les mouvements sociaux ? Les années 1960 étaient caractérisées par un fort militantisme politique, les années 1970 et 1980 par les mouvements sociaux les plus divers : écologie, féminisme, consumérisme… Les années 1990 par les « revivals » religieux et les mouvements gays. Le vingt-et-unième siècle sera-t-il caractérisé par une sociabilité médiatisée par le téléphone et Internet ? Les réseaux seront-ils complètement indépendants de la localisation ? « Le téléphone facilite certainement le ‘schmoozing’ entre vieux amis […]. En revanche, il n’engendre pas de nouvelles amitiés et n’a pas d’influence sur les activités des ‘machers’ » (p. 169). Toutefois, ces réseaux peuvent être le moyen de rassembler des communautés, même sur le plan international comme les manifestations de Seattle en 1999 l’ont montré.
Avant de rechercher les remèdes, R. Putnam cherche les causes qui tiennent aux transformations en profondeur de notre société occidentale. L’urbanisation des mégapoles est évidemment défavorable à la vie locale, en sens inverse, la « suburbanisation » recrée des localités favorables aux interactions sociales. La mobilité résidentielle croissante fait que de moins en moins de gens sont attachés à un terroir ou à un quartier. De plus, la famille conjugale a perdu sa stabilité, les divorces, les familles monoparentales et les familles recomposées sont une forme de mobilité qui, aux États-Unis, n’est pas compensée, comme en Europe, par un renforcement de la parentèle. L’emploi féminin à temps plein entraîne mécaniquement un retrait des femmes de la sociabilité et des activités locales. Cette affirmation n’est pas prouvée pour les États-Unis ; or en France, au contraire, les femmes qui ont un emploi sont plus actives dans la société que les femmes au foyer. R. Putnam est un avocat du travail à temps partiel, autant pour les femmes que pour les hommes.
Mais, évidemment, le vilain de ce drame est la télévision qui lie chacun à son écran : « statistiquement, pour chaque heure passée à lire le journal, vous êtes plus susceptible d’aller voter, de faire confiance aux autres et de vous joindre à un groupe, alors que plus vous passez d’heures devant la télévision, moins vous êtes susceptible d’aller voter, de vous joindre à un groupe, de faire confiance aux autres » (Putnam, 1999, p. 20). Si la télévision est le principal facteur de destruction de l’ « American community », comment combattre le fléau ?
Le meilleur indicateur de l’engagement communautaire est le niveau d’instruction. Voilà qui peut nourrir l’espoir d’un « revival ». Pourtant, depuis trente ans, le niveau d’instruction des Américains s’est élevé, le nombre des jeunes qui sont entrés à l’Université a augmenté considérablement ; or le niveau de participation a baissé dans la même période. Cependant, R. Putnam veut croire que la politique scolaire est le meilleur atout dont dispose d’Amérique pour retrouver son âme.
La lecture de ce livre incite évidemment à des comparaisons avec l’Europe et particulièrement la France. En effet, comme il a été dit en début, c’est un lieu commun de déplorer « l’affaiblissement du lien social » alors qu’aucune donnée n’étaye ce jugement. Il semble au contraire que la défiance fondamentale qui réglait les rapports sociaux en Europe et surtout dans les pays méditerranéens soit en régression, que les Français aient repris du goût pour la localité et qu’ils découvrent les associations comme le montre Louis Dirn (1998). Si « la société de confiance » (Peyrefitte, 1998) s’affadit outre-Atlantique, elle paraît en progrès en Europe. Un véritable programme de recherches comparatives devrait être mis en chantier pour savoir si l’Europe évolue à contre-sens des États-Unis.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·   Bagnasco Arnaldo et Carlo Trigilia, 1993 : La construction sociale du marché. Le défi de la troisième Italie, Cachan, éditions de l’ENS.
·   Banfield Edward C., 1958 : The Moral Basis of a Backward Society, Glenco, The Free Press.
·   Boudon Raymont et alii, 1999 : Dictionnaire de sociologie, Larousse, nouvelle édition.
·   Coleman J. S., 1988 : Social capital in the creation of human capital, American Journal of Sociology, 94.
·   Dirn Louis, 1998 : La Société française en tendances 1975-1995, Paris, PUF, pp. 259-266.
·   Forsé Michel, 1999 : « Social capital and status attainment in comtemporary France », The Tocqueville Review, vol XX n° 1, 59-81.
·   Forsé Michel, 1997 : « Capital social et emploi », L’Année Sociologique, vol 47(1), 143-181.
·   Fradétal Bernard, 1982 : Le football à Saint-Jean Brévelay, Thèse de sociologie de 3e cycle, Université de Nanterre,, 338p.
·   Galland Olivier, 1999 : « Les relations de confiance », La Revue Tocqueville, vol.XX, n° 1.
·   Gresle François et alii, 1994 : Dictionnaire des sciences humaines, Nathan, nouvelle édition.
·   Mendras Henri, 1986 : « Dorénavant, le social entraîne-t-il l’économique ? », Revue de l’OFCE, n° 17, octobre.
·   Peyrefitte Alain, 1998 : La société de confiance : essai sur les origines du développement, Paris, O. Jacob.
·   Putnam Robert D., 2000 : Bowling Alone. The Collapse and Revival of American Community, New York, Simon and Schuster.
·   Putnam Robert D., 1999 : « Le déclin du capital social aux États-Unis », Lien social et politique – RIAC, 41, printemps, p. 14.
·   Putnam Robert D., 1992 : Making Democracy Work. Civic Traditions in Modern Italy, Princeton, Princeton University Press.
 
NOTES
 
[1] Michel Forsé, article ci-joint et articles précédents, 1997 et 1999.
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Michel Forsé, article ci-joint et articles précédents, 1997...
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