2002
Revue de l’OFCE
Dossier : convergences en histoire économique - commerce et globalisation
Convergences en histoire économique
Commerce et Globalisation
Marc Flandreau
Professeur à l’Institut d’études politiques de ParisChercheur associé au Département des études de l’OFCE
Depuis 1994, le séminaire de l’OFCE Convergences en Histoire économique réunit à peu près une fois par mois les principaux chercheurs du champ, autour d’invités de différents pays qui viennent présenter leurs recherches en cours. Lorsque j’ai créé ce séminaire de toutes pièces, avec le soutien amical et matériel de Jacques Le Cacheux au département des études de l’OFCE, mon ambition était, dans une discipline qui était alors en perte de vitesse, de fédérer les bonnes volontés autour d’un projet scientifique commun. Celui d’être ouvert et pluraliste d’abord : économistes, historiens et spécialistes de sciences politiques devaient venir y confronter leurs analyses et leurs résultats du long terme, dans un cadre qui, par vocation, n’est pas étranger aux préoccupations du court terme. Celui de montrer que l’histoire économique a quelque chose à dire sur le présent : en ces temps de nouvelle globalisation, il apparaissait que l’économie ne pouvait se passer d’intégrer l’histoire dans sa démarche scientifique. Celui enfin de durer : et c’est chose faite. Les meilleurs chercheurs ont fréquenté ce séminaire, y sont revenus. D’autres, plus jeunes, y ont fait leurs premières armes. Le séminaire est désormais établi sur la place et une nouvelle génération y participe. Bref les trois paris sont gagnés.
Paradoxalement, il n’était jamais arrivé que l’OFCE accueille dans sa Revue cette production scientifique à laquelle il contribue de façon décisive : sans doute parce que la fourniture d’un bien public de qualité s’accompagne mal d’un sens de la propriété trop aiguisé. De fait, il y a longtemps que les travaux présentés lors du séminaire Convergences ont trouvé leur chemin dans les grandes revues scientifiques. Il est pourtant apparu, lors de la présentation du 4 février 2002 consacrée au thème L’intégration commerciale européenne et la croissance sur longue période, qu’il pourrait être avantageux de porter à la connaissance du public un débat qui, pour se consacrer à l’histoire, n’en parle pas moins du présent.
Le dossier qui suit est donc issu des présentations qui ont été faites à cette occasion et des débats contradictoires qu’elles ont suscités. Le texte de Jean-Pierre Dormois s’attache à étudier avec soin les rapports qui existent entre protection et productivité, dans un esprit qui poursuit des intuitions initialement développées par Forrest Capie (un autre habitué du Séminaire Convergences en Histoire économique !). Selon la théorie classique du commerce international, les secteurs protégés par des droits de douane élevés, étant moins incités à la modernisation, connaîtront des gains de productivité moindres. À l’inverse, le vieil argument de l’industrie dans l’enfance plaide pour l’existence de droits protecteurs qui permettraient de développer la productivité, en quelque sorte à l’abri. De façon à instruire le dossier sur une base empirique, Jean-Pierre Dormois a construit une base de données considérable suivant la double dimension « industries-pays ». Ces données lui permettent de mettre à jour, dans un certain nombre de cas, une relation clairement négative, suggérant que dans l’Europe du XIXe siècle la protection a souvent été synonyme de moindres gains de productivité. Il s’agit, à mon sens, de résultats importants qui feront référence et susciteront débat.
L’article de Philippe Guillaumet prend d’ailleurs le contre-pied de cette analyse, tant par les résultats que par la démarche. Par la démarche, parce que l’approche, très agrégée, vise à suivre les transformations du commerce international de la France sur longue période. Par les conclusions aussi, parce que le regard qu’il jette en fin de compte sur le libre-échange est clairement moins favorable. Autant dire que le séminaire Convergences en Histoire économique n’a pas d’autre programme que la qualité scientifique. Et pour cela, je remercie vivement Jean-Pierre Dormois et Philippe Guillaumet qui ont bien voulu se prêter au jeu.