Revue de l'OFCE
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2-7246-2939-6
468 pages

p. 27 à 115
doi: en cours

Veille sur la revue
Vous consultez

Dossier : perspectives pour 2002-2003

no 83 2002/4

L’été meurtrier

Perspectives 2002-2003 pour l’économie mondiale  [*]

Après l’euphorie de l’année 2000 et l’exubérance de la bulle technologique, la croissance de l’économie mondiale a nettement ralenti en 2001, entraînée par une correction de l’investissement, après trop d’investissements insuffisamment rentables et l’accumulation de surcapacités. Bien que la correction de la bulle et des surcapacités semble aujourd’hui presque achevée, les indices boursiers continuent de s’effondrer en raison de l’incertitude et de la défiance généralisées. Cette chute, l’aversion au risque qui en résulte et la dégradation des notations des entreprises pèsent sur le financement de l’investissement. Dans ce contexte morose, le policy mix contra-cyclique américain n’a pas eu les effets escomptés sur l’investissement, mais il a soutenu la consommation des ménages. En revanche, dans la zone euro, les agents n’ont pu compter sur un policy mix aussi favorable. La reprise observée au premier semestre 2002 dans les grands pays industrialisés a manqué de vigueur. 2003 serait une année de croissance molle (1,8 % dans la zone euro et 2 % aux États-Unis), en deçà de la croissance potentielle. La défiance envers les entreprises, la difficulté de la politique monétaire américaine à relancer l’investissement et le manque de réactivité de la politique économique en Europe inhiberaient des anticipations de croissance plus fortes. Il n’y aurait par conséquent pas de motif pour les entreprises à investir vigoureusement.
Le retournement de l’activité au deuxième trimestre 2001 a amené un ajustement de l’emploi qui, compte tenu de délais différents dans les pays, s’est généralisé au début 2002. Dans un contexte où les salaires individuels sont restés maîtrisés, la masse salariale distribuée a ralenti au cours de 2001. La consommation a cependant soutenu la croissance aux États-Unis au premier semestre 2002, portée par le policy mix. En Europe, l’essentiel de la croissance au premier semestre 2002 a été imputable à un ralentissement ou à un arrêt du déstockage. Le policy mix n’a pas été un soutien de l’activité. Par ailleurs, aux États-Unis comme en Europe, on a assisté à une baisse de l’investissement depuis 2001, due à des difficultés de financement des entreprises. Celles-ci s’expliquent par plusieurs facteurs. Premièrement, le recul du prix des actifs a augmenté l’aversion pour le risque des investisseurs et des épargnants, qui ont accru la part des actifs liquides dans leur portefeuille au détriment des placements en actions. Deuxièmement, les banques ont été contaminées par cette aversion au risque et, face à l’augmentation du risque de défaut des entreprises, elles ont été plus réticentes à prêter aux entreprises qu’aux ménages.
Face à l’effondrement des marchés boursiers, l’immobilier est apparu comme une valeur refuge. Le dynamisme des prix de l’immobilier est une bonne nouvelle dans la tourmente que connaissent aujourd’hui les prix des actifs. Il a limité la baisse de la richesse nette des ménages aux États-Unis et au Royaume-Uni, et empêché celle-ci en Europe, où le patrimoine financier des ménages est encore peu important.
En Amérique latine, la croissance souffre particulièrement des craintes face au risque financier depuis la crise argentine, qui se doublent aujourd’hui d’une crainte face au risque politique, notamment au Brésil. Au niveau mondial, seuls la zone asiatique et les pays d’Europe de l’Est ont et tireront jusqu’en 2003 leur épingle du jeu. L’Asie du Sud-Est a bénéficié du rebond du marché des semi-conducteurs et de la croissance chinoise, qui attire massivement les investissements directs étrangers. Le Japon, toujours pris dans une spirale déflationniste, voit ses exportations tirées par le dynamisme de ses partenaires, qui constituent son seul moteur de croissance. Les pays d’Europe de l’Est se distinguent aussi dans l’économie mondiale par leur dynamisme. La perspective de l’intégration dans l’Union européenne des pays d’Europe de l’Est leur permet en effet d’attirer des investissements étrangers dans un contexte de forte contraction de ceux-ci au niveau mondial.
The excesses of the year 2000 have been partly corrected. The stock market bubble exploded in 2001 and investment rates declined sharply. Banks became especially risk adverse and reluctant to lend to the non financial business sector. The inability of the US policy mix to boost private non residential investment and the restrictive policy mix in the Euro zone should lead to a sluggish recovery in 2003 in the Euro zone (1.8 %) and in the US (2 %), below potential growth. Oil prices are expected to remain around 28 dollars, due to tensions in the Middle East. Asian emerging economies and Eastern Europe should be the most rapidly growing areas in 2003. World GDP is expected to grow by 2.6 % in 2002 and by 3.2 % in 2003.
• Synthèse
• La reprise aura fait long feu
— Des stocks, peu de consommation
— Correction de l’investissement
— Deux ilôts de croissance
— Comment survivre à la crise financière ?
• Pas de redémarrage en vue
— La fin du tunnel pour l’investissement ?
— Pas de soutien budgétaire en 2003
— Croissance molle en 2003
• La mise à l’épreuve des policy mix
— États-Unis : coordination réussie
— Zone euro : pieds et poings liés par le Pacte de stabilité
— Royaume-Uni : un autre exemple de coordination réussie
— Japon : marge de manœuvre toujours aussi réduite
• Commerce mondial : cahin-caha
— Le commerce mondial a redémarré au premier trimestre 2002
• Compétitivité-prix : les écarts se resserrent
• Entreprises… en crise
— L’aversion généralisée au risque…
— … s’est accentuée sur la première moitié 2002…
— …. et perturbe les canaux de transmission habituels de la politique monétaire
— Pas de reprise franche de l’investissement d’ici la fin 2003
• Revenus des ménages : un soutien s’estompe
— Évolution contrastée du revenu des ménages
— Déformation du partage du revenu national
— Stabilisation du taux d’épargne
— Faiblesse du revenu des ménages en perspective
• L’immobilier sauve les ménages
— La richesse des ménages reste élevée
— Afflux de liquidités sur le marché du crédit hypothécaire
— Poursuite de la progression des prix du logement
• La politique monétaire des deux côtés de l’Atlantique
— L’attentisme, prolongé et justifié, de la politique monétaire américaine…
— … est suivi par la BCE mais plus difficilement justifiable
— Taux de change : le retour timide de l’euro
• Les politiques budgétaires en Europe et aux États-Unis
— La politique budgétaire est beaucoup plus active aux États-Unis que dans la zone euro
— La vertu est dans les petits pays
— Les politiques budgétaires mises en œuvre
— La Commission européenne très critique


© Cairn.info 2009 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
Cairn.info | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis