Revue de l'OFCE
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2-7246-2939-6
468 pages

p. 243 à 289
doi: en cours

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no 83 2002/4

2002 Revue de l’OFCE

Le contre-choc de la « nouvelle économie »

Une étude de cas sur cinq pays de l’OCDE

Hélène Baudchon  [*] Département analyse et prévision de l’OFCE
Peu d’analyses ont été menées sur les suites du retournement du secteur des technologies de l’information et de la communication (TIC). Cet article vise à animer ce débat. Il se focalise sur cinq pays de l’OCDE : les États-Unis, l’Irlande, la Finlande, les Pays-Bas pour leur rôle de leaders dans le domaine des TIC, et la France comme référence nationale. Pour une meilleure compréhension du comportement de chacun de ces pays depuis l’éclatement de la bulle Internet, un certain nombre d’indicateurs statistiques sont mobilisés afin de mettre en évidence l’importance du secteur des TIC dans ces économies. Chaque pays affiche une spécialisation particulière. En Finlande, le secteur producteur de TIC a une importance disproportionnée par rapport aux autres secteurs. L’économie irlandaise est particulièrement exposée aux fluctuations des échanges commerciaux du fait de son taux d’ouverture très élevé, lui-même lié à la part importante des TIC dans l’économie irlandaise. Les Pays-Bas profitent d’une forte contribution à la croissance du secteur des services utilisateurs de TIC et moins fluctuants conjoncturellement. La France se caractérise par une spécialisation intermédiaire et un secteur des TIC moins orienté vers les marchés extérieurs.
Cette approche descriptive est complétée par l’analyse des contributions à la croissance. Durant la seconde moitié des années 1990, la contribution des TIC à la croissance est comprise, selon les pays, entre 0,4 et 0,9 point de pourcentage. Les États-Unis ne sont pas les seuls à avoir bénéficié des effets positifs sur la croissance des investissements en TIC, ni à avoir bénéficié d’une accélération de ces effets. Mais bien qu’une accélération de la croissance du PIB puisse être considérée comme un premier signe d’une diffusion réussie des TIC, seule une accélération des gains de productivité horaire du travail entraîne un taux de croissance potentiel plus élevé. C’est le constat de base de la nouvelle économie. Au contraire des États-Unis, et dans une moindre mesure de la France, il n’y a pas eu d’accélération des gains de productivité du travail entre le début et la fin des années 1990 ni en Finlande, ni aux Pays-Bas. En fait, la décélération des gains de productivité dans ces pays est due à l’inefficacité des secteurs autres que le secteur des TIC, inefficacité qui a plus que compensé les gains de productivité engendrés par le secteur des TIC. Au contraire, en France, la contribution positive du secteur des TIC à l’accélération des gains de productivité du travail n’a été que très partiellement compensée par la contribution négative des autres secteurs.
Il s’agit de comprendre dans quelle mesure ces caractéristiques de spécialisation et de contribution peuvent expliquer la plus ou moins grande résistance de chaque économie au retournement du secteur des TIC. Cette analyse encore préliminaire est centrée sur l’économie américaine du fait de la plus grande disponibilité de données pertinentes et de son rôle directeur dans le retournement. L’impression générale est que le ralentissement américain est resté jusqu’à présent modéré, grâce à la combinaison de deux éléments : la résistance des gains de productivité et le dynamisme persistant des dépenses des ménages, compensant une partie de la chute de l’investissement productif. La Finlande, la France, l’Irlande et les Pays-Bas ont été, à première vue, au moins autant affectés que les États-Unis en termes d’infléchissement de la croissance entre 2000 et 2001. Pour autant, la nouvelle économie n’est pas dépassée.
Few things have been said about the aftermath of the « new economy » bust. This paper aims to add to the debate. It focuses on five OECD countries : the United States, Ireland, Finland, the Netherlands because they are leading ICT countries, and France as a national reference. For a better understanding of how each country has been performing since the Internet bubble burst, we first describe the importance of the ICT sector in these countries through a set of variables underlining the role of ICT in each economy. We then describe the timing and the nature of the downturn, insisting more on the United States because of its leading role. The ICT sector has been strongly hit and is still restructuring. But its growth potential is also still high.
Le concept de « nouvelle économie » est issu des caractéristiques macroéconomiques du dernier cycle d’activité des États-Unis (1991-2001). La performance américaine lors de ce cycle était d’autant plus impressionnante que les dernières années n’ont manifesté aucun signe d’essoufflement, contrairement au schéma cyclique habituel. C’est l’ampleur, la durabilité et le caractère vertueux du cycle, soutenu par l’accélération des gains de productivité, qui ont suscité l’émergence du terme de « nouvelle économie ». Le présent article traite la mesure de la « nouvelle économie » par le biais d’indicateurs statistiques variés, concernant les technologies de l’information et de la communication (TIC par la suite) dans cinq pays de l’OCDE (Finlande, France, Irlande, Pays-Bas, États-Unis) afin d’évaluer l’impact économique du retournement du secteur des dites TIC dans ces cinq pays. Ce travail est plus descriptif que problématique car le retournement est récent et son impact sur l’économie n’est pas achevé. L’économie mondiale est trop complexe pour que l’on réduise à une seule explication (les déboires du secteur des TIC) le ralentissement général de l’activité depuis la mi-2000.
Le choix des cinq pays n’est pas arbitraire. Ces pays sont reconnus pour leur rôle de leader dans le monde des TIC. Deux autres éléments viennent conforter ce choix. Le premier est la classification élaborée par Forrester Research (1997) en vue d’évaluer le potentiel de différents pays en matière de commerce électronique. Chacun des cinq pays choisis appartient à une catégorie différente : les États-Unis au groupe des super-puissances (ils sont d’ailleurs le seul pays de ce groupe), les Pays-Bas au groupe des points d’accès (gateways), la Finlande au groupe des sprinters, l’Irlande à la catégorie des outsiders (wild cards) et la France à la catégorie des retardataires (stragglers). Cette diversité de situation et de taille de pays est à la fois souhaitable et problématique : elle rend l’analyse effectuée plus intéressante mais plus complexe (les situations n’étant en fait pas vraiment comparables). L’impact économique du retournement du secteur des TIC est différent d’un pays à l’autre. Le second élément appuyant le choix des cinq pays est la qualité des résultats empiriques des différentes études de comptabilité de la croissance.
Pour une meilleure compréhension de la manière dont chaque pays a réagi à l’éclatement de la bulle, nous décrivons, dans une première partie, l’importance du secteur des TIC [1] dans ces pays au travers d’une large palette d’indicateurs statistiques : indicateurs de spécialisation, part des TIC dans le commerce extérieur, part des TIC dans l’investissement, part des industries productrices et utilisatrices de TIC dans le PIB. La deuxième partie complète ce panorama en présentant les principaux résultats issus de la comptabilité de la croissance. Cette partie souligne aussi dans quelle mesure les quatre pays européens satisfont au critère de la « nouvelle économie ». La troisième et dernière partie est consacrée à l’analyse du ralentissement économique, son timing et ses caractéristiques, en insistant surtout sur les États-Unis du fait de la plus grande disponibilité de données pertinentes et de leur rôle directeur dans ce retournement. La conclusion met au contraire en évidence les quelques éléments positifs aujourd’hui disponibles étayant le fait que la « nouvelle économie » n’est pas dépassée.
 
Quatre indicateurs d’intensité en TIC dans cinq pays de l’OCDE
 
 
Quatre types d’indicateurs sont retenus, brossant un panorama large de la place du secteur des TIC dans chaque économie : des indicateurs généraux de spécialisation ; la part des TIC dans le commerce extérieur ; des indicateurs de spécialisation par produits (part de l’investissement en TIC dans l’investissement productif) ; des indicateurs de spécialisation par secteurs grâce à une décomposition du secteur des TIC en secteurs producteurs et secteurs utilisateurs.
Indicateurs généraux de spécialisation en TIC
Bien que le secteur des TIC en Finlande, en Irlande, aux Pays-Bas et en France ne soit pas de la même taille que l’équivalent américain, les États-Unis ne se situent pas toujours à la première place selon les indicateurs d’intensité en TIC (tableau 1). Par exemple, en 1997, la part du secteur des TIC dans l’emploi total est la plus faible des cinq pays considérés, et la part dans la R&D et dans les exportations est plus faible qu’en Finlande ou en Irlande. Au sein de l’UE, la Finlande et l’Irlande sont clairement des pays leaders. La Finlande et l’Irlande sont les seuls pays de l’échantillon à afficher un solde commercial en produits TIC excédentaire. Le leadership des États-Unis est en fait assuré par le poids (plus) important du secteur des TIC dans la valeur ajoutée totale. Et lorsque l’on ne considère que le secteur manufacturier, certains pays européens (Irlande, Finlande et Suède) devancent même les États-Unis (graphique 1).

1
Indicateurs généraux d’intensité en TIC en 1997
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Part des TIC dans chaque agrégat, en % Emploi Valeur ajoutée R&D Exportations Importations En 1998 Finlande 5,6 8,3 51,0 19,6 16,1 France 4,0 5,3 26,4 9,4 11,1 Irlande 4,6 47,7 32,6 33,9 Pays-Bas 3,8 5,1 19,6 14,6 16,7 États-Unis 3,9 8,7 38,0 15,2 16,4 Sources : OCDE (2000b), Koski et al. (2001).

Koski et alii (2001) étudient trois mesures de spécialisation en TIC [2] : la part relative des TIC dans les exportations, la production et la R&D. Seules la Finlande et l’Irlande ressortent comme des pays uniformément spécialisés, c’est-à-dire dont les parts relatives sont systématiquement supérieures à la moyenne (non pondérée) de l’UE. Les Pays-Bas ne sont pas dans ce cas mais sont assez proches de cette spécialisation uniforme. La France en revanche mérite son qualificatif de retardataire puisque les données françaises sont systématiquement en deçà de la moyenne européenne. Les États-Unis sont évidemment uniformément spécialisés. L’Irlande est le pays le plus tourné vers les marchés extérieurs, et ce depuis 1995. La Finlande, pourtant le pays le moins spécialisé en 1991, a grimpé à la quatrième place en 1997 (voir l’encadré 1 pour plus de détails sur la montée en puissance du modèle finlandais).
1
Part des TIC dans les exportations, la production et la R&D
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Source : Koski et alii (2001).
1. Qu’y a-t-il derrière le miracle finlandais ?
Au cours de la dernière décennie, la Finlande est devenue une économie particulièrement active technologiquement, construite principalement autour de l’entreprise Nokia, numéro 1 mondial de la téléphonie mobile. En 1999, Nokia a contribué à hauteur de 1,2 point de pourcentage à la croissance du PIB finlandais (alors de 4 %), comptant alors pour presque 4 % du PIB et pour 24 % des exportations totales (Ali-Yrkkö et alii, 2000). D’une manière générale, l’essor réussi du secteur des TIC ne peut être considéré ni comme un phénomène interne ni comme un événement indépendant. C’est particulièrement vrai dans le cas de la Finlande. La croissance du secteur des communications finlandais jusqu’à sa dimension actuelle ne s’explique que comprise dans le cadre plus large du développement d’un cluster multisectoriel. Les clusters sont des réseaux d’organisations au sein desquels la compétitivité de chaque secteur industriel s’étoffe des interactions dynamiques avec les autres secteurs. La compétitivité d’un cluster dépend de l’environnement politique, institutionnel, culturel et aussi international dans lequel il évolue et opère. Les réseaux de coopération des entreprises de TIC finlandaises prennent ainsi leurs racines dans d’autres secteurs industriels, dans le monde de la R&D et dans le milieu universitaire. La transition de l’économie finlandaise vers une économie high tech ne s’est pas faite aussi soudainement qu’il ne semble a priori. En arrière plan est enclenché un long processus d’évolution des institutions et de la société vers des marchés plus concurrentiels.
Tout d’abord, la structure du marché finlandais des télécoms a toujours été plus ou moins concurrentiel, constituant une base favorable à une concurrence encore accrue lorsque le marché sera complètement libéralisé en 1994. La concurrence a poussé les prix à la baisse et a contribué à créer un vaste marché pour la télécommunication sans fil, véritable laboratoire d’essai pour les équipementiers. La politique industrielle finlandaise s’est orientée dès les années 1980 vers une promotion active des technologies de l’information (TI par la suite). La libéralisation des marchés de capitaux et la croissance rapide des financements par le capital-risque qui s’ensuivit a donné une impulsion décisive à la croissance, la diversification et l’internationalisation du cluster finlandais. Il faut aussi mentionner la fascination des finlandais pour la technologie, fascination héritée du monde universitaire. Dès les années 1980, l’Internet, alors complètement inconnu du grand public, a été importé des états-Unis par des étudiants finlandais. La récession du début des années 1990, simultanément à la première licence GSM (et au début de la phase de libéralisation du marché mondial des télécoms), a déplacé la main-d’œuvre vers ce nouveau secteur à fort potentiel de croissance. En fait, l’industrie des équipements électroniques a été le seul secteur qui ait significativement créé des emplois entre 1993 et 1998. Le développement commercial de l’Internet a aussi coïncidé avec ce cycle, fournissant aux innovations technologiques finlandaises de nouvelles opportunités de développement. L’intégration des technologies de la téléphonie mobile et de l’Internet a finalement transformé la Finlande en référence incontournable en matière de TIC.
La montée en puissance du cluster finlandais s’est accompagné d’autres changements majeurs de l’économie, le plus visible étant le niveau élevé de la capitalisation boursière en pourcentage du PIB. Proche de 300 % au 30 juin 2000, elle est l’une des plus élevée du monde, dépassant même les États-Unis (dont la capitalisation boursière représentait à cette date 200 % du PIB). La diversification accrue des exportations est aussi une évolution notable. En 1999, l’industrie des équipements électroniques comptait pour presque 30 % des exportations totales, soit une part presque aussi importante que l’industrie forestière, autre fleuron de l’économie finlandaise. L’émergence du secteur des TIC a également contribué à faire évoluer l’économie finlandaise vers une économie de la connaissance.
Koski et alii montrent que « même si la production et l’innovation en matière de TIC sont fortement concentrées dans une poignée de pays, le commerce de produits de TIC est plus largement réparti […] Le commerce des produits de TIC, des biens intermédiaires et des composants s’est rapidement accru suite à l’émergence de nouveaux modèles de production et systèmes de distribution […] Une économie très tournée vers les marchés extérieurs n’est pas nécessairement une économie bénéficiant d’un avantage comparatif en matière de produits de TIC ». Un bon exemple de concentration (voire plus de clusterisation) de la production de TIC est l’Europe. Une première zone majeure, nommée great central banana, va de Londres aux Pays-Bas, en passant par les régions industrielles d’Allemagne, de Suisse et du Nord de l’Italie. Deux autres régions sont Paris et la zone small Nordic potato (autour d’Helsinki et Stockholm). La différence essentielle entre ces zones est que les activités de la zone banana (étendue à l’Irlande) sont principalement tournées vers les TI (comme aux États-Unis), tandis que la zone potato est principalement tournée vers les technologies de la communication (TC). Aux États-Unis, la région la plus connue est la Silicon Valley. La banlieue urbaine autour de Boston, parfois mieux connue sous le nom de Route 128, est aussi une zone dynamique. La ville de Seattle, siège de Microsoft, et dans le domaine des télécommunications, la banlieue urbaine de Northern Virginia (au-delà de Washington) sont également à mentionner, mais elles sont d’une importance moindre.
Part des TIC dans les échanges
Les données de l’OCDE de commerce international par produits fournissent sur une base homogène la part des produits de TIC dans le commerce extérieur [3]. Ces données montrent dans quelle mesure les pays sont dépendants de ce type d’échanges (tableau 2) et dans quelle mesure ils échangent les uns avec les autres ce type de produits (tableau 3). L’Irlande affiche sans surprise les parts les plus importantes à la fois côté exportations et importations, de l’ordre de 30 % (voir aussi l’encadré 2 pour d’autres chiffres illustrant le poids du commerce extérieur dans ce pays), et la France les plus basses. La Finlande, les États-Unis et les Pays-Bas affichent des parts à peu près similaires, proches de 25 % à la fois pour les exportations et les importations. Ces parts ont progressé dans tous les pays entre 1995 et 2000, sauf aux États-Unis où, de manière surprenante, la part des TIC dans les importations a légèrement diminué. Ces parts illustrent les choix de répartition sectorielle du commerce extérieur et de spécialisation industrielle de chaque pays, mais ne disent rien de la dynamique des échanges. La Finlande et l’Irlande affichent des taux de croissance de leurs exportations plus élevés que ceux de leurs importations sur la deuxième moitié des années 1990, ainsi qu’un solde commercial excédentaire. La France et les Pays-Bas sont dans la situation opposée. Les taux de croissance annuels moyens sur cette période sont trompeurs pour les États-Unis. Entre 1995 et 1998, le taux de croissance plus élevé des exportations a permis au déficit commercial de se réduire, mais la situation s’est inversée à partir de 1999.
Les États-Unis apparaissent dans la plupart des cas comme le principal partenaire commercial des autres pays considérés [4]. Un ajustement du commerce extérieur américain aura donc un effet direct sur le commerce extérieur de ces pays. Au contraire, les quatre pays européens retenus sont des fournisseurs marginaux pour les États-Unis. La France est la destination la plus importante pour les exportations finlandaises et néerlandaises de TIC. Les Pays-Bas apparaissent aussi comme un partenaire commercial de poids. En particulier, ils sont le marché le plus important (au sein de notre échantillon) pour les exportations américaines de TIC.

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Les TIC dans les échanges de marchandises
IMGIMGEn %, sauf mention contraire	Finland...IMGIMF
En %, sauf mention contraire Finlande France Irlande Pays-Bas États-Unis Part des TIC dans les échanges de marchandises 1995 Exportations 15,8 12,3 30,7 15,1 19,8 Importations 19,8 13,5 30,2 17,1 22,8 2000 Exportations 27,8 15,6 37,1 25,0 25,7 Importations 24,0 16,4 37,8 27,2 22,3 Solde commercial en produits de TIC en 2000 En milliards de dollars 5 – 4 9 – 3 – 70 En % du PIB 3,7 – 0,3 9,6 – 0,7 – 0,7 Taux de croissance annuel moyen sur 1996-2000 du commerce de TIC Exportations 14,9 5,8 16,1 11,0 13,3 Importations 7,3 6,3 14,8 12,1 9,3 Sources : OCDE (Statistiques du Commerce international par produits), WITSA (2002) pour les données de PIB, OFCE.


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Répartition géographique du commerce de TIC en 2000
IMGIMGEn %	Finlande	France	Irlande	Pays-ba...IMGIMF
En % Finlande France Irlande Pays-bas États-Unis Finlande Exportations 12,0 0,9 3,0 4,0 Importations — 9,0 2,0 4,0 13,0 France Exportations 1,1 — 2,0 5,0 7,0 Importations 1,5 2,0 4,0 4,0 14,0 Irlande Exportations 0,6 8,0 — 8,0 10,0 Importations 0,9 5,0 1,5 3,0 20,0 Pays-Bas Exportations 1,1 9,0 0,8 — 4,0 Importations 0,9 3,0 4,0 — 15,0 États-Unis Exportations 0,3 2,0 2,0 4,0 — Importations 0,1 1,0 0,8 0,4 — Lecture du tableau : en ligne, pays commerçant ; en colonne, destination ou origine de l’échange. Par exemple, la France exporte 7 % de ses produits de TIC vers les États-Unis et en importe 14 %. Certains pays, tels que la France et l’Irlande, importent aussi avec eux-mêmes : cela correspond à des ré-importations ou à des retours de marchandises. Sources : OCDE (Statistiques du Commerce international par produits), OFCE.

2. Investissement direct étranger et réussite irlandaise
Le taux de croissance moyen de l’économie irlandaise a été de 9,5 % par an entre 1995 et 2000, après 4,3 % entre 1990 et 1994 et 3,1 % pendant les années 1980. Ce retournement remarquable s’est fait pour une grande part grâce aux flux massifs entrants d’investissements directs étrangers (IDE par la suite) dans le secteur des TIC. La crédibilité et la soutenabilité de la politique économique combinée à des conditions d’offre favorables ont contribué à attirer ces flux d’IDE. Avec un taux de l’IS de seulement 10 %, une population active éduquée et un milieu d’affaires dynamique, l’Irlande est un lieu privilégié d’implantation d’entreprises étrangères, et principalement d’entreprises américaines.
Un ordinateur sur trois vendus en Europe est fabriqué en Irlande. Mais, bien que la production d’ordinateurs soit incontestablement importante pour l’économie, l’ensemble du secteur high tech est raisonnablement diversifié. Il l’est par exemple plus qu’en Finlande. La contrepartie est que ce secteur high tech dépend très largement des apports de capitaux américains, plus volatils que les capitaux irlandais. Le secteur des TIC [1] compte pour environ 25 % du PIB en volume, et pour un peu plus de 5 % de l’emploi total. Les secteurs de l’électronique, des produits pharmaceutiques et des logiciels sont les plus gros exportateurs et représentent plus de 60 % des exportations totales. La production dans ces secteurs est principalement assurée par des entreprises étrangères. En effet, environ 80 % des flux d’IDE venant des États-Unis sont destinés à ces secteurs, et l’Irlande attire un tiers des IDE américains effectués dans le secteur de l’électronique et à destination de l’Europe. De nombreuses entreprises américaines considèrent l’Irlande comme une plate-forme pour mieux pénétrer le marché européen. Le secteur irlandais des logiciels est devenu un des trois premiers employeurs et exportateurs de l’économie. Les performances de ce secteur font d’ailleurs de l’Irlande le premier pays exportateur de logiciels du monde, grâce à son accès privilégié du marché européen, surpassant ainsi les États-Unis en 1999. Plus de 40 % des logiciels prêts-à-l’emploi vendus en Europe sont produits en Irlande. Un nombre croissant d’entreprises ont implanté en Irlande leurs centres techniques et d’aide en ligne. La taille des entreprises dans ce secteur particulier reste petite. Seulement 27 des 500 entreprises répertoriées comptent plus de 50 salariés (O’Sullivan, 2000).
L’exposition importante du secteur des TIC (évidente dans la part élevée de la production exportée) et l’importance de la part des entreprises étrangères dans la production et l’emploi, et ce dans de nombreux secteurs de l’économie, rendent l’Irlande, petit pays très ouvert, vulnérable aux variations du commerce et de la croissance mondiale. Le ralentissement économique entre 2000 et 2001 l’illustre bien (voir plus loin).
Alors qu’une large part de la production américaine de TIC est destinée au marché intérieur (plus grand d’ailleurs que le marché européen), la majeure partie de la production irlandaise est destinée au marché mondial, comme le montrent les chiffres du tableau. Bien qu’étant une très petite économie (en pourcentage du PIB mondial), la part des exportations irlandaises de TIC dans les exportations mondiales est bien supérieure à celle de certains pays européens plus grands.

Part de certains produits de TIC dans les exportations mondiales en 1999
IMGIMGEn %	Pays exportateur	Équipements in...IMGIMF
En % Pays exportateur Équipements informatiques Composants électroniques Équipements de communication États-Unis 12,3 18,9 14,2 Union européenne 32,5 19,3 44,7 France 3,4 3,5 5,9 Allemagne 4,8 4,3 7,9 Italie 1,2 1,1 2,1 Royaume-Uni 8,0 3,1 7,7 Irlande 5,8 1,2 1,8 Finlande 0,3 0,2 4,6 Suède 0,3 0,2 8,1 Japon 9,4 15,2 7,9 Asie émergente 37,3 39,6 19,9 Monde 100 100 100 Sources : CEPII, Euren.

1.
Défini de manière assez large, c’est-à-dire électronique, produits pharmaceutiques, logiciels, équipements de communication et services financiers.
Part des TIC dans l’investissement
Au début des années 1980, la part aux États-Unis de l’investissement en TIC dans l’investissement productif était déjà le double de celle de la France ou même de la Finlande (tableau 4) [5]. À la fin des années 1990, la situation est différente : la part en Finlande est très proche de la part aux États-Unis (30 %), alors que l’écart entre la France et les États-Unis est toujours proche d’un facteur deux. En vingt ans, la part de l’investissement en TIC dans l’investissement productif a été presque multipliée par quatre en Finlande, et seulement par deux en France et aux États-Unis. Dans ces deux pays, la part de l’investissement en logiciels a plus progressé que les deux autres types d’investissement. Les équipements de communication sont assez logiquement la composante la plus dynamique de l’investissement productif en Finlande. Le boom de l’investissement en TIC n’a pas démarré en même temps selon les pays. Les États-Unis investissent massivement dans ces produits depuis les années 1980. Deux étapes peuvent être distinguées. La première est liée à l’apparition de l’ordinateur personnel au début des années 1980. La seconde est liée à l’émergence de l’Internet à partir du milieu de la décennie 1990. La première vague n’est visible ni dans les données françaises ni dans les données finlandaises. La seconde vague apparaît dans les données françaises mais plutôt vers la fin de la décennie. En Finlande, elle est d’une nature un peu différente puisqu’elle est soutenue à la fois par le développement de la téléphonie mobile dès le début des années 1990 et par la diffusion de l’Internet [6].

4
Part de l’investissement en TIC dans l’investissement productif
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En % (calculs sur données en valeur 1) Types d’investissement en TIC Années France Finlande États-Unis Équipements en TI 1980 2,5 2,0 5,1 1990 3,5 3,6 7,0 1995 3,9 4,0 8,7 2000 4,4 2,9 2 8,3 Logiciels 1980 1,3 2,6 3,0 1990 2,6 5,2 8,0 1995 3,5 9,2 10,1 2000 6,1 9,82 13,6 Équipements de communication 1980 2,9 3,2 7,1 1990 3,2 3,9 7,5 1995 3,5 9,3 7,3 2000 3,9 15,3 2 8,0 Total TIC 1980 6,8 7,8 15,2 1990 9,4 12,7 22,5 1995 10,8 22,5 26,1 2000 14,4 28,0 2 29,9 1. Les données en valeur ont plus de sens que les données en volume à cause de l’utilisation d’indices chaînes. 2. 1999 pour la Finlande. Source : Colecchia-Schreyer (2001), tableau 2.

Malgré des positions dans le cycle différentes et des différences de spécialisation, la Finlande, la France et les États-Unis ont connu une croissance rapide de l’investissement en TIC en volume durant les vingt dernières années (tableau 5). Le taux de croissance a même accéléré au cours de la deuxième moitié des années 1990. La similitude des taux de croissance mérite d’être notée : les États-Unis n’apparaissent ainsi plus comme un cas isolé et la France comme l’éternel retardataire. Les chiffres pour les Pays-Bas et l’Irlande ne sont pas comparables avec les données pour les autres pays. Ils donnent néanmoins une idée du rythme élevé de la croissance de l’investissement en TIC dans ces pays aussi.

5
Taux de croissance annuel moyen de l’investissement en volume *
IMGIMGEn %	Types d’investissement en TIC	A...IMGIMF
En % Types d’investissement en TIC Années Finlande France États-Unis Irlande Pays-Bas Équipements en TI 1980-1990 25,4 22,5 18,9 1990-2000 15,1 23,5 27,5 1990-1995 9,4 15,4 22,5 1995-2000 22,3 31,6 32,4 53,4 42,9 Logiciels 1980-1990 14,4 15,0 14,6 1990-2000 10,0 12,1 14,1 1990-1995 6,9 5,7 11,6 1995-2000 13,9 18,6 16,6 21,1 17,4 Équipements de communication 1980-1990 8,6 7,3 3,9 1990-2000 18,4 7,9 11,2 1990-1995 12,2 4,3 6,2 1995-2000 26,2 11,4 16,2 11,3 10,8 * Les données en valeurs sont déflatées par des indices de prix harmonisés. Sources : Colecchia-Schreyer (2001) tableau 3 pour la Finlande, la France et les États-Unis ; WITSA (2002) pour l’Irlande et les Pays-Bas ; OFCE.

L’utile distinction entre producteurs et utilisateurs de TIC
Les caractéristiques de la spécialisation en TIC de chaque pays peuvent être mises en évidence en scindant le secteur des TIC en quatre sous-catégories : les producteurs du secteur manufacturier, les producteurs du secteur des services, les utilisateurs du secteur manufacturier et les utilisateurs du secteur des services. L’annexe I précise la composition exacte de ces sous-catégories et les critères retenus pour distinguer les utilisateurs des producteurs. Dans tous les pays, la part de la valeur ajoutée du secteur producteur dans le PIB est plutôt faible. Même aux États-Unis, cette part est inférieure à 10 %. Les États-Unis et la Finlande affichent des parts dans le PIB de la valeur ajoutée des producteurs du secteur manufacturier notablement plus élevée que dans les autres pays (graphique 2). Les États-Unis et les Pays-Bas [7] affichent des parts dans le PIB de la valeur ajoutée des utilisateurs du secteur des services plus importantes que les autres pays (entre 18 et 19 %). La part dans le PIB de la valeur ajoutée des utilisateurs du secteur manufacturier est proche de 4 % dans les quatre pays. Aucune spécialisation particulière ne ressort donc dans ce secteur. Au cours des dix dernières années, la part de la valeur ajoutée du secteur utilisateur dans le PIB n’a progressé qu’aux États-Unis et aux Pays-Bas. La Finlande est le seul pays pour lequel la part dans le PIB de la valeur ajoutée des producteurs du secteur manufacturier est plus élevée que celle des producteurs du secteur des services. La spécialisation en TIC de la Finlande repose clairement sur la composante manufacturière de cette industrie, alors que la spécialisation des Pays-Bas repose plus sur la composante tertiaire. La France est dans une situation intermédiaire.
2
Part dans la valeur ajoutée du secteur des TIC
IMGIMGPart dans la valeur ajoutée du secteur des TICIMGIMF
Sources : The Conference Board/GGDC, Van Ark (2001).
Les différences de contribution à la croissance du PIB doivent être interprétées en regard de ces différences de spécialisation (tableau 6). Un nombre limité de résultats méritent d’être retenus. La contribution relative d’un secteur à la croissance est souvent supérieure à sa part dans le PIB. Les États-Unis affichent la contribution des utilisateurs du secteur des services la plus élevée. La contribution des producteurs du secteur manufacturier est plus élevée en Finlande (à la fois dans l’absolu et en relatif) qu’aux États-Unis, bien que ce secteur y soit plus important. La contribution du secteur producteur est similaire en France et aux Pays-Bas, mais pour des raisons différentes. En France, la contribution est équitablement soutenue par le secteur manufacturier et le secteur des services. Cette contribution égale entre les deux sous-catégories est également valable pour le secteur utilisateur. Cela reflète assez bien le statut intermédiaire (in-between) de la France. Aux Pays-Bas, la contribution à la croissance est essentiellement le fruit des producteurs et utilisateurs du secteur des services.

6
Contribution annuelle moyenne à la croissance du PIB
IMGIMGPoints de pourcentage (sauf la crois...IMGIMF
Points de pourcentage (sauf la croissance du PIB en %) Producteurs de TIC Producteurs de TIC dans le secteur Utilisateurs de TIC Utilisateurs de TIC dans le secteur Croissance du PIB Manufacturier Services Manufacturier Services 1990-1995 1996-1999 1990-1995 1996-1999 1990-1995 1996-1999 1990-1995 1996-1999 1990-1995 1996-1999 1990-1995 1996-1999 1990-1995 1996-1999 Finlande 0,3 1,5 0,2 1,0 0,1 0,5 – 0,5 1,0 0,0 0,2 – 0,5 0,8 – 0,5 5,1 France 0,2 0,5 0,1 0,2 0,1 0,3 0,1 0,3 0,1 0,1 0,0 0,2 0,9 1,9 Pays-Bas 0,1 0,6 0,0 0,0 0,1 0,6 0,5 1,3 0,1 0,1 0,4 1,2 2,1 3,7 États-Unis 0,4 0,8 0,2 0,5 0,2 0,3 0,6 1,9 0,0 0,0 0,5 1,7 2,3 4,7 Les contributions sont calculées en pondérant la variation annuelle du PIB en volume de chaque secteur par la part du PIB de ce secteur en (t-1) dans le PIB total. Le total n’est pas égal à la somme des composantes du fait des arrondis. Source : Van Ark (2001).

 
Contribution des TIC à la croissance et aux gains de productivité
 
 
Une fois compilés tous ces indicateurs d’intensité en TIC et de spécialisation, une approche complémentaire et exhaustive pour juger de l’importance des TIC est de calculer des contributions à la croissance et aux gains de productivité au moyen du cadre de la comptabilité de la croissance. Ces résultats reflètent partiellement la spécialisation en TIC de chaque pays ainsi que les différences de diffusion de ces technologies [8]. Ils donnent surtout des indications sur la dynamique des gains de productivité et aident à comprendre dans quelle mesure chaque pays satisfait au critère de la « nouvelle économie » (c’est-à-dire existence d’un cercle vertueux de croissance soutenu par une accélération des gains de productivité).
Les résultats selon la comptabilité de la croissance
Différentes études sont disponibles, au niveau national (mais elles ne sont pas comparables du fait des différences de données et de méthodes) et au niveau international. Les études de comparaisons internationales sont, comme les études nationales, confrontées à des problèmes de données mais ont l’avantage d’offrir la même méthode (voir l’encadré 3 pour plus d’éléments sur ces problèmes). Malheureu-sement, elles ne couvrent pas systématiquement le même échantillon de pays. En ce qui concerne les pays considérés ici, trois études de comparaison internationale sont plus particulièrement intéressantes (en plus des études nationales) : Colecchia et Schreyer (2001), Commission européenne (2000) et Daveri (2001). Leurs résultats sont complémentaires.
3. Quelques problèmes de mesures rencontrés par les études de comparaisons internationales
La mesure de la production dans les industries fortement utilisatrices de TIC, particulièrement du secteur des services, est un vrai casse-tête : c’est un sujet classique pour les statisticiens et une vaste littérature existe sur le sujet. Cet encadré est centré sur la question de la mesure de la baisse rapide du prix des produits de TIC car elle affecte la comparabilité des données, selon que les comptes nationaux utilisent ou non des indices hédoniques. L’introduction de tels indices (en 1986) puis d’indices chaînes (en 1995) dans les comptes nationaux américains (NIPA) a significativement rehaussé la croissance américaine et les gains de productivité (voir Baudchon et Brossard (2001) pour quelques chiffres illustratifs). Ces ajustements ont suscité la critique, faisant craindre des changements ad hoc des méthodes de mesures. Les méthodes exhaustives sont préférables, telles que la combinaison de tableaux entrées-sorties, de matrices de flux de capitaux et d’indices chaînes comme cela est fait en France et aux Pays-Bas [1].
Daveri (2001) applique directement les indices hédoniques américains aux données européennes. La Commission européenne (2000) fait différents ajustements, appliquant les déflateurs américains à 100 % ou à seulement 50 % des prix européens. Mais, comme souligné par Van Ark (2001), une telle méthode peut introduire de nombreux biais : « Premièrement, comme la production de matériels informatiques aux États-Unis consiste principalement en ordinateurs personnels et semi-conducteurs, un ajustement de la production européenne en valeur, plus dominée par les équipements périphériques, au moyen d’un déflateur américain, peut conduire à une surestimation de la baisse des prix. Ensuite, l’application d’indices hédoniques nécessite d’être combinée avec l’utilisation d’indices chaînes […] Enfin, on peut se demander si les producteurs européens de matériels informatiques sont aussi compétitifs que leurs concurrents américains, ce qui implique que la baisse des prix en Europe puisse être là encore surestimée en cas d’utilisation des indices américains. » L’indice harmonisé développé par Schreyer (2000) apparaît plus adapté. Cet indice est en effet fondé sur l’hypothèse que la différence aux États-Unis entre les variations de prix des produits de TIC et les variations de prix des autres produits est identique dans d’autres pays, et est donc applicable (une fois lissée) aux prix des autres produits dans ces autres pays.
Une autre source de problèmes auxquels sont confrontées les études de comparaisons internationales est le manque de données d’investissement en différents produits de TIC, comparables et disponibles sur longue période. La plus grande part de la recherche effectuée sur le rôle des TIC dans la croissance a porté sur les États-Unis, pour lesquels les NIPA fournissent de telles statistiques détaillées. Les études de comparaisons internationales sont venues plus tard. L’étude de Schreyer est la première à couvrir les pays du G7. Schreyer, et plus tard Daveri (2001), ont utilisé les données IDC de dépenses nominales en produits de TIC [2]. Cette source IDC est la seule fournissant des données comparables sur les TIC pour un très large échantillon de pays et couvrant les années 1990. L’IDC réalise en effet la collecte de données de dépenses en TIC des cinquante plus gros marchés, et la WITSA (World Information Technolgoy and Services Alliances) les publie dans un rapport intitulé Digital Planet. Les données de dépenses correspondent aux revenus payés par le consommateur final aux vendeurs et distributeurs de matériels informatique et bureautique, de systèmes de traitement de données, de logiciels et services. Le consommateur final peut être une société, un ménage ou une agence gouvernementale. Normalement, pour calculer l’investissement en TIC du secteur marchand, les dépenses des ménages et publiques doivent être déduites du total des dépenses. Mais les données WITSA/IDC ne permettent pas cette distinction public/privé, ni la distinction marchand/non marchand. Daveri (2001) a alors choisi d’imputer une fraction du total des dépenses à l’investissement du secteur marchand, cette fraction correspondant à la moyenne (sur 1992-1999) du ratio investissement en TIC sur dépenses en TIC, les données d’investissement étant celles des NIPA et les données correspondantes de dépenses celles de la WITSA. D’après les données les plus récentes, compilées sur 1993-2001, l’investissement en équipements de TI des NIPA compte pour environ 58 % des dépenses en équipements de TI, l’investissement en équipements de communication pour environ 34 % et l’investissement en logiciels pour environ 207 %. Cette clé de répartition est ensuite appliquée aux données européennes de dépenses en TIC pour obtenir des données d’investissement en TIC en valeur. L’utilisation de telles données non officielles introduit néanmoins un certain nombre de distorsions, qui viennent s’ajouter aux problèmes de mesure déjà soulignés dans la littérature.
Dans la lignée de Schreyer et actualisant son travail, Colecchia (2001) a utilisé une nouvelle base de données contenant des séries d’investissement en TIC tirées du SCN93 pour neuf pays (G7 plus Australie et Finlande) et disponibles sur l’ensemble de la décennie 1990. Cette étude couvre également l’investissement en logiciels. Colecchia et Schreyer (2001) ont ensuite intégré l’année 2000 pour certains pays. La couverture de l’investissement en logiciels fait suite à la reconnaissance par le SCN93 des achats de logiciels comme investissement (et non plus comme consommation intermédiaire). Cette reconnaissance ne va pas sans problèmes. Par exemple, Lequiller (2001) souligne de nombreuses différences entre les pays dans la répartition des achats de logiciels entre investissement et consommation intermédiaire. De plus, tout comme pour les équipements de TI, il n’est pas évident de trouver un indice de prix approprié.
1.
Eurostat a aussi lancé un programme de développement d’indices hédoniques harmonisés pour les ordinateurs pour l’ensemble des pays européens.
2.
Les logiciels ne sont pas couverts par l’étude de Schreyer, mais sont inclus dans celle de Daveri.
D’après les résultats de Colecchia et Schreyer (2001), sur les vingt dernières années, les TIC ont contribué à hauteur de 0,2-0,4 point de pourcentage par an à la croissance selon le pays. Durant la seconde moitié des années 1990, la fourchette s’est élargie, la contribution allant de 0,35 à 0,9 point de pourcentage par an (tableau 7). Un des résultats les plus intéressants est que les États-Unis ne sont pas le seul pays à avoir bénéficié des effets positifs sur la croissance des investissements en TIC, ni à avoir seul bénéficié d’une accélération de ces effets. Pour autant, des différences de niveau des contributions persistent. Les États-Unis affichent la contribution la plus élevée (0,9) et la France la plus faible (0,35). Une des conclusions de l’étude de la Commission européenne (2000) est que l’UE souffre d’un retard du processus de diffusion des TIC de trois à cinq ans. Au sein de l’UE, les résultats sont assez variés, et une fois de plus, l’Irlande, la Finlande et les Pays-Bas ressortent comme des pays leaders. L’Irlande est le seul pays à atteindre une contribution (1,6) supérieure à celle des États-Unis. Mais la sensibilité de ces résultats aux différentes hypothèses sous-jacentes empêche de les considérer comme définitifs. Par exemple, les calculs de Daveri (2001) ne les confirment pas et aboutissent même à une contribution des TIC à la croissance supérieure pour les Pays-Bas (0,7) à celle de l’Irlande (0,6).
En général, les différences de contribution à la croissance entre pays reflètent assez bien les différences d’accumulation du capital TIC [9]. Mais dans le cas de l’Irlande au moins, les taux de rendement font aussi la différence (Daveri, 2001). La comparaison des cas finlandais et irlandais l’illustre bien. Malgré une dotation similaire en capital TIC, la contribution des TIC à la croissance est plus faible en Finlande qu’en Irlande. Cela tient à un taux de rendement réel net inférieur (4,4 % contre 5,9 % en Irlande) et également à un taux de croissance plus faible du stock de capital en TIC (voir le tableau dans l’annexe III pour plus de chiffres).

7
Contribution annuelle moyenne des TIC à la croissance : résumé de différents résultats de comptabilité de la croissance 1
IMGIMGEn points de pourcentage	États-Unis	...IMGIMF
En points de pourcentage États-Unis France Finlande Irlande Pays-Bas Études nationales Oliner-Sichel (2000) 1,1 sur (une croissance de) 4,8 % Cette et alii (2001) 0,4 sur 2,2 Jalava-Pohjola (2001) 0,7 sur 6,0 Jorgenson et alii 2001) 0,9 sur 4,6 Crépon-Heckel (2000) 0,3 sur 2,6 Niininen (2001) 0,4 sur 2,4 Jorgenson (2001) 1,2 sur 4,1 INSEE2 (2000) 0,3 sur 1,7 INSEE3 (2000) 0,1 sur 2,9 Études de comparaisons internationales Schreyer (2000) 0,4 sur 3,0 0,2 sur 0,9 Commission européenne (2000)4 0,4 sur 1,9 0,5 sur 4,5 1,6 sur 7,5 0,6 sur 2,9 Schreyer-Colecchia (2001) 0,9 sur 4,4 0,35 sur 2,8 0,6 sur 5,6 Daveri (2001) 0,9 sur 3,3 0,4 sur 1,6 0,5 sur 2,1 0,6 sur 6,9 0,7 sur 2,8 1. Les chiffres ne sont pas directement comparables du fait des différences de méthodes, de périodes et de champ couvert (sauf dans le cas bien sûr des études de comparaisons internationales). Pour plus de détails, se référer à l’annexe II. Malgré ces différences, les résultats sont curieusement similaires pour un même pays, incitant à considérer la contribution des TIC à la croissance comme une constante. 2. La contribution est calculée sur la base de données individuelles d’entreprises. 3. La contribution est calculée sur la base des données de comptabilité nationale et sur une plus longue période. 4. Les données correspondent à celles du scénario intermédiaire (scénario 2 de la Commission européenne). Ce scénario suppose une baisse du prix des TIC dans l’UE15 équivalente à la moitié de celle effective aux États-Unis, et une élasticité de subsitution entre le capital TIC et les autres facteurs de production de - 1,5.

Contributions aux gains de productivité : le critère de la « nouvelle économie »
Bien qu’une accélération de la croissance du PIB puisse être considérée comme un premier signe d’une diffusion réussie des TIC, seule une accélération des gains de productivité du travail entraîne un taux de croissance potentiel plus élevé. C’est le constat de base de la « nouvelle économie », au sens américain du terme. Au contraire des États-Unis, et dans une moindre mesure de la France, il n’y a eu aucune accélération des gains de productivité du travail entre le début et la fin des années 1990 ni en Finlande, ni aux Pays-Bas (tableau 8) [10]. Les gains de productivité du travail sont supérieurs dans le secteur producteur de TIC, et d’ailleurs aussi dans le secteur utilisateur, à ceux de l’ensemble de l’économie (sauf en France). L’accélération des gains de productivité chez les producteurs du secteur manufacturier a été particulièrement importante aux États-Unis, et dans une moindre mesure en Finlande et en France. Les Pays-Bas font piètre figure : décélération des gains de productivité chez les producteurs du secteur manufacturier ; aucune accélération des gains de productivité chez les utilisateurs du secteur manufacturier (comme en France) ; des gains de productivité plus faibles chez les utilisateurs du secteur des services.
Le tableau 9 révèle que la contribution combinée de la production et de l’utilisation de TIC aux gains de productivité est identique en Finlande et aux États-Unis sur 1996-1999 (environ 2 points de pourcentage par an). Néanmoins, en Finlande, cela tient exclusivement au secteur producteur (malgré sa petite taille), alors qu’aux États-Unis, cela tient exclusivement au secteur utilisateur. Ce résultat est aussi valable en termes de contribution à l’accélération des gains de productivité. En Finlande et aux Pays-Bas, la décélération des gains de productivité est due à l’inefficacité des secteurs autres que le secteur des TIC, inefficacité qui a plus que compensé les gains de productivité engendrés par le secteur des TIC. En ce sens, la « nouvelle économie » doit encore faire ses preuves dans ces pays. Au contraire, la France semble plus sur la voie parce que la contribution positive du secteur des TIC à l’accélération des gains de productivité du travail n’a été que très partiellement compensée par la contribution négative des secteurs non TIC.

8
Gains annuels moyens de productivité par tête du travail dans différents secteurs de TIC
IMGIMGEn %	Producteurs de TIC	Producteurs ...IMGIMF
En % Producteurs de TIC Producteurs de TIC dans le secteur Utilisateurs de TIC Utilisateurs de TIC dans le secteur Gains de productivité Manufacturier Services Manufacturier Services 1990-1995 1996-1999 1990-1995 1996-1999 1990-1995 1996-1999 1990-1995 1996-1999 1990-1995 1996-1999 1990-1995 1996-1999 1990-1995 1996-1999 Finlande 7,8 13,7 10,9 17,6 4,7 8,3 0,5 4,9 4,0 6,0 – 0,4 4,5 3,4 2,8 France 4,1 8,5 8,6 16,2 2,4 5,4 0,9 0,7 4,7 4,1 0,0 – 0,1 1,1 1,3 Pays-Bas 4,0 4,4 7,3 2,4 1,8 4,4 1,3 1,8 4,7 4,0 0,5 1,5 1,3 0,9 États-Unis 4,8 7,2 10,0 16,8 2,1 1,5 1,3 4,4 1,6 4,7 1,4 4,5 1,2 2,1 Le total n’est pas égal à la somme des composantes du fait des arrondis. Source : Van Ark (2001).


9
Contribution annuelle moyenne aux gains de productivité par tête du travail dans différents secteurs de TIC
IMGIMGEn points de pourcentage (sauf pour ...IMGIMF
En points de pourcentage (sauf pour les gains de productivité en %) Producteurs de TIC Producteurs de TIC dans le secteur Utilisateurs de TIC Utilisateurs de TIC dans le secteur Gains de productivité Manufaturier Services Manufaturier Services 1990- 1996- 1990- 1996- 1990- 1996- 1990- 1996- 1990- 1996- 1990- 1996- 1990- 1996- 1995 1999 1995 1999 1995 1999 1995 1999 1995 1999 1995 1999 1995 1999 Finlande 0,6 1,4 0,4 1,0 0,2 0,4 0,1 0,6 0,1 0,1 – 0,1 0,5 3,4 2,8 France 0,2 0,4 0,1 0,2 0,1 0,2 0,2 0,2 0,1 0,1 0,1 0,1 1,1 1,3 Pays-Bas 0,1 0,5 0,01 0,0 0,1 0,5 0,3 0,6 0,1 0,02 0,2 0,6 1,3 0,9 États-Unis 0,3 0,7 0,2 0,4 0,1 0,2 0,3 1,4 – 0,01 0,1 0,3 1,3 1,2 2,1 Le total n’est pas égal à la somme des composantes du fait des arrondis. Source : Van Ark (2001).

Malgré la différence de méthode entre cette comptabilité basique et le cadre plus formel de la comptabilité de la croissance, tous les chiffres mettent en évidence une contribution importante du secteur des TIC aux gains de productivité et à leur accélération. La cadre formel de la comptabilité de la croissance présente un autre avantage : celui de décomposer la variation des gains de productivité du travail entre augmentation de l’intensité capitalistique et accélération des gains de productivité globale des facteurs. Comparés à la décélération des gains de productivité du travail dans l’ensemble de la zone euro, les cas finlandais, français et néerlandais ressortent moins problématiques (tableau 10). La contribution de l’accélération des gains de productivité globale des facteurs à la variation des gains de productivité est étonnamment importante en Finlande, en France et aux Pays-Bas, alors qu’elle est négative pour la zone euro. Même si la comparaison des gains de productivité globale des facteurs doit être faite avec prudence, ces chiffres éveillent l’intérêt. De plus, la France et les États-Unis affichent une contribution élevée à la fois du secteur producteur de TIC et des autres secteurs. Mais il n’y a toujours pas consensus pour attribuer directement ces gains de productivité globale des facteurs dans les autres secteurs à leur utilisation intensive des TIC.

10
Décomposition de la variation des gains de productivité horaire du travail entre la première et la seconde moitié des années 1990
IMGIMGEn points de pourcentage	Finlande	Ét...IMGIMF
En points de pourcentage Finlande États-Unis États-Unis 3 Zone euro France Pays-Bas Variation des gains annuels moyens de la productivité du travail entre 1990-1995 et 1995-1999 – 0,4 1,0 0,9 – 1,1 – 0,5 1 0,3 2 Contributions de : Augmentation de l’intensité capitalistique – 2,1 0,5 0,7 – 0,3 – 1,2 – 0,3 due au capital TIC 0,0 0,5 0,6 0,1 0,1 0,1 due aux autres types de capital – 2,1 0,0 0,1 – 0,4 – 1,3 – 0,4 Qualité et durée du travail 0,0 – 0,1 – 0,1 nd – 0,4 nd Productivité globale des facteurs 1,8 0,7 0,3 – 0,8 1,0 0,7 dans le secteur producteur de TIC nd 0,3 0,3 nd 0,5 nd dans les autres secteurs nd 0,4 0,0 nd 0,5 nd 1. Variation de la productivité par tête entre 1990-1995 et 1995-2000. 2. Variation entre 1991-1995 et 1996-2000. La prise en compte de l’année 2000 semble expliquer l’accélération des gains de productivité, alors qu’ils décélèrent entre 1990-1995 et 1996-1999 selon les chiffres de Van Ark (2001). 3. Variation entre 1991-1995 et 1996-2001. Cette colonne reprend les chiffres les plus récents pour les États-Unis. Le total n’est pas égal à la somme des composantes du fait des arrondis. Sources : Jalava et Pohjola (2001) pour la Finlande, tableau 8 ; pour les États-Unis, Oliner et Sichel (2000), tableau 5, et (2002), tableau 1 ; ECB (2001) pour la zone euro, tableau 6 ; van der Wiel (2001) pour les Pays-Bas, tableau 4.2 ; Cette et alii (2001) pour la France, tableau 1-B.

La contribution des TIC aux gains de productivité globale des facteurs fait l’objet en effet d’un débat animé. La productivité globale des facteurs est déjà un concept équivoque. Les gains de productivité globale des facteurs peuvent n’être que le résultat des changements technologiques rapides dans la production des ordinateurs, des semi-conducteurs et produits dérivés. Certaines études empiriques mettent en évidence au moins cette contribution [11]. Par ailleurs, les TIC, tout comme les précédentes innovations génériques, sont susceptibles d’aider les autres secteurs de l’économie à devenir plus productifs et innovants, et donc doper les gains de productivité globale des facteurs, même si cela se fait dans un contexte différent de celui des États-Unis. En ce sens, les chiffres pour la France sont là encore encourageants, et confirment l’idée que la France est davantage sur la voie de la « nouvelle économie » que ses partenaires européens. Finalement, ce pays ne mérite pas tant que cela le qualificatif de « retardataire ».
 
Une approche macroéconomique de l’impact du retournement du secteur des TIC dans cinq pays de l’OCDE
 
 
Depuis la mi-2000, le ralentissement de l’activité économique a été important (graphique 9). Les États-unis sont officiellement en récession depuis mars 2001. La croissance en Finlande et en Irlande a perdu cinq points de pourcentage entre 2000 et 2001, soit un ralentissement plus conséquent encore qu’aux États-Unis. La croissance française a aussi significativement ralenti, dans la même amplitude que la croissance américaine. L’infléchissement a été moins important aux Pays-Bas, mais il fait suite à des années de croissance régulière élevée (comme aux États-Unis). Le retournement du secteur des TIC n’est bien sûr pas seul à l’origine de ces évolutions. Il a cependant joué au moins par trois canaux. Le premier est l’ajustement brutal des échanges commerciaux, initié par la chute de la demande en produits de TIC et par la récession américaine. Le deuxième passe par le retournement du secteur des TIC dans chaque pays. Le troisième est la chute de la capitalisation boursière depuis l’éclatement de la bulle Internet, partagée par tous les pays [12]. Cette chute est susceptible d’affecter l’activité économique du fait d’effets de richesse négatifs, de la diminution de la valeur des stock options et de l’élévation des coûts d’accès aux marchés des capitaux.
Les États-Unis servent de référence pour décrire le timing et la nature du retournement du fait de la disponibilité, en fréquence trimestrielle, de données détaillées d’investissement en TIC et, en fréquence mensuelle, de certains indicateurs conjoncturels sur les TIC. Cet ensemble de données n’est pas disponible pour les autres pays couverts, mais des données similaires peuvent être mobilisées.
Au début, les États-Unis
La récession actuelle est comparée à six autres périodes de ralentissement (définies sur la base de cycles de croissance et non de cycles d’activité à la NBER [13]) afin d’évaluer la résistance actuelle de l’économie. La contribution de l’investissement fixe privé non rési-dentiel a été très négative (– 1 point de pourcentage à comparer à une contribution moyenne lors des ralentissements précédents de – 0,4). Mais grâce à des contributions positives de la consommation des ménages, de l’investissement résidentiel et des dépenses publiques, le ralentissement actuel est resté modeste, au moins jusqu’au deuxième trimestre 2002. La contribution négative de l’investissement fixe privé non résidentiel tient pour beaucoup à la contribution négative de l’investissement en TIC, et plus particulièrement des autres investissements en TIC (c’est-à-dire équipements de communication ; instruments ; photocopieuses et équipements annexes ; bureautique) (tableau 11).

11
Contribution de l’investissement fixe privé productif à la croissance du PIB américain
IMGIMGEn points de pourcentage par trimest...IMGIMF
En points de pourcentage par trimestre (rythme annualisé) Moyenne des six ralentissements précédents 1959 : 1 / 2000 : 4 / 2001 : 4 2001 : 4 Gains de productivité 0,6 – 0,1 0,5 PIB 3,4 – 1,3 0,3 Investissement fixe privé productif 0,6 – 0,4 – 1,0 Batîments 0,1 0,0 – 0,3 Équipements et logiciels 0,5 – 0,3 – 0,8 TIC 0,3 0,2 – 0,4 Ordinateurs et périphériques 0,1 0,1 0,0 Logiciels 0,1 0,1 0,0 Autres 0,1 0,1 – 0,3 Équipements industriels 0,1 – 0,1 – 0,2 Équipements de transport 0,1 – 0,3 – 0,2 Autres 0,0 – 0,1 – 0,1 Source : BEA.

Mais comme mentionnés par Koenig et alii (2002), « que le secteur des TIC soit inhabituellement durement touché au cours du ralentissement actuel ne signifie pas nécessairement que le retournement de ce secteur soit à l’origine même du ralentissement économique ». Le retournement du secteur des TIC a été précédé par la baisse de la production manufacturière, elle-même précédée par un ralentissement notable de la croissance des ventes de détail et un stockage involontaire. En fait, la chute de la production industrielle a été initiée par celle de la production d’équipements de transport. Cette dernière a atteint son pic dès janvier 2000, tandis que la production totale l’atteignait cinq mois plus tard et la production du secteur des TIC en décembre. Ce timing apparaît également dans les données d’investissement. Les risques associés au secteur des TIC et ses perspectives de croissance ont été brutalement réévalués lorsque les marchés financiers ont pris conscience de leur exubérance irrationnelle, du caractère irréaliste de leurs prévisions de profits et de la fin du boom de l’investissement lié au passage à l’an 2000. La bulle Internet a alors éclaté (le NASDAQ et le S&P500 ont tous deux atteint leur pic en mars 2000), et l’accès de faiblesse de la Bourse s’est transmis au reste de l’économie. L’enthousiasme pour les TIC est soudainement retombé, révélant des capacités excédentaires et des profits en dégradation. Les commandes nominales de TIC ont amorcé leur baisse à partir de la mi-2000, la production du secteur des TIC a atteint son pic en décembre, ces deux éléments conduisant à des destructions d’emplois dès le début 2001. De leur pic (en juin 2000) à leur creux (septembre 2001), les commandes ont baissé de 43 %, annulant les gains cumulés sur les six dernières années. Entre son pic et son creux (septembre 2001), la production a chuté de 17 %. Le taux d’utilisation des capacités de production est passé d’un point haut de 88,8 % en mai 2000 à un point historiquement bas de 60,6 % en décembre 2001. En un an, les créations nettes d’emplois de la branche manufacturière du secteur des TIC ont été réduites à néant. Pour la seule année 2001, 213 000 emplois ont été détruits, représentant 16,2 % des destructions nettes d’emplois dans l’ensemble du secteur manufacturier (graphiques 3 à 7).
Alors que le taux de marge déclinait depuis le début 1997, le taux d’investissement n’a commencé à baisser qu’à partir de la mi-2000, c’est-à-dire à partir du moment où l’accès aux marchés des capitaux a été plus difficile, où les conditions de crédit se sont brutalement resserrées et où les débouchés se sont effondrés. La baisse de l’investissement en TIC a été conséquente : après une croissance moyenne de 5 % par trimestre durant la période faste, l’investissement n’a plus progressé que de 1 % par trimestre en moyenne durant la période de maturation, avant de baisser de 3 % par trimestre durant la phase de chute (tableau 12) [14]. Le taux de croissance moyen de l’investissement en ordinateurs (et équipements périphériques) a été le plus soutenu de tous les types d’investissement en TIC ; pourtant sa chute est moins importante que celle de l’investissement en équipements de communication. Ce secteur souffrait clairement de capacités excédentaires.
3
Production américaine de TIC
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Source : Réserve fédérale.
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Taux d’utilisation des capacités de production dans le secteur des TIC américain
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Source : Réserve fédérale.
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Commandes de TIC aux États-Unis
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Source : US Census Bureau.
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Emploi dans le secteur manufacturier des TIC aux États-Unis 1
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1.
L’emploi dans le secteur manufacturier des TIC inclut l’emploi dans la branche ordinateurs et équipements bureautiques (SIC 357), équipements de communications (SIC 366) et composants électroniques et autres accessoires (SIC 367). Source : Bureau of Labour Statistics.

12
Taux de croissance trimestriel moyen de différents types d’investissement durant le dernier cycle d’activité (1991-2001)
IMGIMGEn %	Type d’investissement	cycle com...IMGIMF
En % Type d’investissement cycle complet début boom maturation chute Périodes Investissement fixe privé non résidentiel 1,4 1,3 2,5 0,0 – 2,4 Batîments 0,2 – 0,7 1,3 1,9 – 2,7 Équipements et logiciels 1,9 2,1 2,9 – 0,6 – 2,3 TIC 3,1 2,9 4,6 0,7 – 2,7 Ordinateurs 6,8 6,2 9,2 0,9 – 0,9 Logiciels 3,0 3,0 4,1 0,4 – 0,7 Autres 1,3 1,4 2,6 1,1 – 5,8 Équipements de communication 1,9 1,7 4,2 0,6 – 9,0 Équipements industriels 0,9 1,3 1,2 1,3 – 3,0 Équipements de transports 1,4 2,7 1,9 – 5,2 – 1,1 Autres 0,8 0,6 1,6 – 0,6 – 1,5 Début : 1991 : 1 - 1994 : 4. Boom : 1995 : 1 - 2000 : 2. Maturation : 2000 : 3 - 2000 : 4. Chute : 2001 : 1 - 2001 : 4. La fin de la période de chute est posée au quatrième trimestre 2001 parce que l’investissement en TIC progresse de nouveau depuis le première trimestre 2002. Source : BEA.

Le déclin de l’investissement en TIC a été accompagné d’un déclin similaire des exportations et importations d’ordinateurs, équipements périphériques et pièces détachées [15]. Après un taux de croissance trimestriel moyen de 5 % durant les périodes initiale et faste, les exportations ont commencé de baisser à partir du quatrième trimestre 2000. Et le rythme de baisse a été d’un peu plus de 6 % par trimestre en moyenne durant la phase de chute. Du côté des importations, elles ont d’abord crû à un rythme encore plus rapide (environ 7 %), avant de se contracter également. La baisse s’est aussi amorcée au quatrième trimestre 2000, mais elle a été plus brève et plus modérée. En effet, les importations sont de nouveau en augmentation depuis le quatrième trimestre 2001. Leur baisse cumulée a atteint 17 % (entre le quatrième trimestre 2000 et le troisième trimestre 2001), alors que la baisse cumulée des exportations a atteint 28 % (entre le quatrième trimestre 2000 et le deuxième trimestre 2002).
L’expérience des autres pays : quelques traits communs
À première vue, la Finlande, la France, l’Irlande et les Pays-Bas ont été au moins autant affectés par le retournement du secteur des TIC que les États-Unis, à la fois au niveau de la croissance du PIB, de la production industrielle que de la productivité horaire du travail. Les pays européens souffrent de l’importance prise par le secteur des TIC sans pour autant bénéficier, comme les États-Unis, de la stabilisation induite par cette importance. Les gains de productivité issus de la diffusion des TIC sont en effet compensés par l’improductivité des autres secteurs de l’économie et par la richesse de la croissance en emplois dans les secteurs hors TIC en particulier. Ce constat est tout à fait visible dans les données jusqu’en 2000 mais aussi en 2001. Au contraire des États-Unis, les gains de productivité horaire du travail dans les quatre pays européens ont nettement ralenti en 2001, voire même baissé en Finlande et aux Pays-Bas. Selon les chiffres compilés par McGuckin et Van Ark (2002), les gains de productivité aux États-Unis étaient encore de 1,8 % en 2001, après des gains annuels moyens de 2 % entre 1995 et 2000. En Finlande, la croissance de la productivité a été négative (– 0,9 %) après un taux annuel moyen de 3,2 % sur la même période. L’infléchissement est certes moins important dans les trois autres pays, mais tout de même significatif. Aux Pays-Bas, la croissance de la productivité a aussi été négative (– 0,3 %), mais le recul est moindre qu’en Finlande puisque les gains annuels moyens sur 1995-2000 étaient de seulement 1,1 %. En France, les gains de productivité n’ont été que de 0,1 % en 2001, après des gains annuels moyens de 1,1 %. Enfin, en Irlande, le rythme de croissance de la productivité est resté certes supérieur à celui de ses partenaires européens (3,5 %), mais il a perdu deux points de pourcentage par rapport à sa tendance moyenne des cinq dernières années.
L’infléchissement du PIB et de la production industrielle a été plus important en Irlande et en Finlande qu’en France et aux Pays-Bas. Le rythme de baisse de la production industrielle en Irlande et en Finlande, à son creux, a été similaire à celui des États-Unis (graphique 7). Mais l’ampleur de la chute a été plus importante, le rythme de progression antérieur à l’éclatement de la bulle étant bien supérieur. En France et aux Pays-Bas, le point bas atteint est moitié moindre que le point bas américain (graphique 8).
Les composantes du PIB les plus directement liées au retournement du secteur des TIC sont l’investissement fixe privé non résidentiel, les exportations et les importations. La contribution de l’investissement au ralentissement de croissance entre 2000 et 2001 est négative sans ambiguïté dans tous les pays (tableau 13). La contribution du commerce extérieur est moins évidente car aussi bien les exportations que les importations se sont fortement ajustées. Par exemple, en France, aux États-Unis et dans une moindre mesure aux Pays-Bas, la baisse des importations a été plus importante encore que la baisse des exportations, soutenant donc en fait la croissance en 2001. Au contraire, le commerce extérieur a bien contribué au ralentissement de la croissance en Finlande et en Irlande. Les variations de stocks ont également joué un rôle important. Dans la mesure où les TIC permettent une meilleure anticipation de la demande, un tel mouvement de déstockage est aussi une conséquence du retournement du secteur des TIC. Sans l’éclatement de la bulle Internet et la chute brutale de la demande pour les produits de TIC, le déstockage aurait été plus limité.
7
Évolution de la production industrielle en Finlande, en Irlande et aux États-Unis
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Sources : Réserve fédérale, Eurostat
8
Évolution de la production industrielle en France, aux Pays-Bas et aux États-Unis
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Sources : Réserve fédérale, Eurostat.

13
Contributions des principales composantes à la croissance du PIB
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En points de pourcentage (sauf la croissance du PIB en %) Finlande Irlande Pays-Bas France États-Unis 2000 Croissance du PIB 6,1 11,5 3,5 4,1 3,8 Consommation des ménages 1,3 5,0 1,9 1,6 2,9 Investissement fixe privé 0,7 1,6 0,6 1,3 1,0 dont productif nd nd 0,7 1,1 1,0 dont résidentiel nd nd 0,0 0,2 0,05 Variations de stocks 0,6 0,5 – 0,2 0,4 0,1 Exportations de B&S 8,6 17,5 6,1 3,6 1,0 Importations de B&S – 5,1 – 13,9 – 5,5 – 3,7 – 1,8 Dépenses publiques 0,0 0,8 0,6 1,0 0,5 2001 Croissance du PIB 0,7 5,9 1,1 1,8 0,3 Consommation des ménages 0,5 2,7 0,6 1,5 1,7 Investissement fixe privé 0,7 0,3 – 0,3 0,3 – 0,7 dont productif nd nd – 0,3 0,4 – 0,7 dont résidentiel nd nd 0,0 0,0 0,0 Variations de stocks 0,1 – 0,9 – 0,1 – 1,0 – 1,2 Exportations de B&S – 1,1 8,5 0,6 0,4 – 0,6 Importations de B&S 0,0 – 5,6 – 0,5 – 0,2 0,4 Dépenses publiques 0,4 0,9 0,9 0,7 0,65 Les chiffres de variations de stocks pour l’Irlande ne correspondent pas aux chiffres de la comptabilité nationale : la contribution est ici calculée comme le résidu. Le total n’est pas égal à la somme des composantes du fait des arrondis. Sources : BEA, INSEE, Eurostat, OFCE.

L’expérience des autres pays : quelques particularités nationales
La baisse du PIB n’est pas parfaitement synchronisée entre les cinq pays (graphique 9). La croissance du PIB a commencé de stagner dès le quatrième trimestre de 1999 aux Pays-Bas. En France, le ralentissement s’est amorcé au premier trimestre 2000. Aux États-Unis, il a débuté au deuxième trimestre et en Finlande au troisième. Bien que le retournement du secteur des TIC ait été plutôt synchronisé à travers le monde, ce décalage suggère deux choses. D’une part, ce retournement a affecté chaque économie selon son type de spécialisation en TIC. En Finlande, le secteur producteur de TIC a une importance disproportionnée par rapport aux autres secteurs. L’économie irlandaise est particulièrement exposée aux fluctuations des échanges commerciaux du fait de son taux d’ouverture très élevé (plus de 90 % [16]), ce niveau d’ouverture étant lui-même lié à la part importante des TIC dans l’économie irlandaise. Les Pays-Bas profitent d’une forte contribution à la croissance des utilisateurs du secteur des services, moins fluctuants conjoncturellement. La France se caractérise par une spécialisation intermédiaire et un secteur des TIC moins orienté vers les marchés extérieurs, ce qui peut aider à lisser l’impact du retournement. D’autre part, et surtout, l’éclatement de la bulle n’explique pas à lui seul le ralentissement économique. Des facteurs internes à chaque pays sont aussi en jeu, plus particulièrement dans le cas de la France et des Pays-Bas [17].
9
Croissance du PIB dans les pays leaders en TIC
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Sources : BEA, Eurostat.
Même en tenant compte du ralentissement, le PIB irlandais a crû en 2001 plus vite que le PIB de n’importe quel autre pays de l’OCDE. Mais certaines études sur l’économie irlandaise se penchent dorénavant sur la durabilité de cette performance et sur la possibilité d’un atterrissage en catastrophe de l’économie irlandaise à cause du retournement du secteur des TIC. Les exportations irlandaises ont particulièrement accusé le coup de ce retournement et du retrait des flux américains d’IDE consécutif au ralentissement américain. Après avoir atteint un peu plus de 8 milliards de dollars en 2000, les flux américains d’IDE vers l’Irlande se sont réduits à un demi milliard de dollars en 2001. Les entreprises irlandaises ont également été durement affectées par les restrictions de dépenses engagées par les autres multinationales. Environ 4 000 emplois ont été détruits dans ces multinationales, soit environ 6 % du total de la main-d’œuvre du secteur. De telles destructions d’emplois soulèvent des questions sur la vulnérabilité du pays : elles ne sont pas symptomatiques d’une dégradation de la compétitivité de l’Irlande, mais plutôt le signe que le secteur des TIC irlandais dépend (trop) de la santé des entreprises étrangères.
Avec une croissance du PIB de seulement 0,7 % en 2001, la Finlande a connu son taux de croissance le plus faible depuis la récession du début des années 1990. Cette piètre performance tient au fait que la croissance dans les deux secteurs dominants de l’économie a fléchi en même temps. Malgré l’émergence du cluster TIC comme outsider de l’industrie de la pâte à papier, l’économie finlandaise reste très spécialisée, et l’impact sur l’économie du retournement de ces secteurs est sans équivoque. À cause du ralentissement économique mondial, la production de l’industrie de la pâte à papier a chuté de 7 % en 2001, après un taux de croissance annuel moyen proche de 7 % entre 1997 et 2000. Après un rythme moyen de progression de 30 % par an entre 1997 et 2000, la production de l’industrie électrique n’a progressé que de 2 % en 2001. Les exportations en valeur (les données en volume n’étant pas disponibles) de produits de TIC (tels que définis dans la note 4) ont chuté de 15 % en 2001. Une illustration de l’intégration croissante des systèmes de production dans ce secteur est que les importations ont également baissé de 11 %. Des rythmes de baisse similaires ont frappé les exportations et importations américaines (taux de croissance de respectivement – 17 et – 18 %).
L’économie néerlandaise a aussi connu un infléchissement net de son taux de croissance (1,1 % en 2001 après un rythme annuel moyen de 3,7 % entre 1996 et 2000). Pour la première fois depuis 1988, le PIB néerlandais a crû moins vite que celui de la zone euro. Le ralentissement de l’activité est largement dû à la faible croissance des exportations, mais des raisons structurelles spécifiques aux Pays-Bas expliquent la brutalité de cet infléchissement. Par exemple, la progression plus rapide des coûts unitaires du travail dans le secteur manufacturier a entraîné une perte de compétitivité de l’économie néerlandaise par rapport à ses partenaires de la zone euro. Le retournement du secteur des TIC est venu amplifier ce phénomène. Le secteur le plus touché est celui de l’industrie électronique. La production du secteur des services aux entreprises, et plus particulièrement les services informatiques (du fait de coupes drastiques dans les budgets dédiés aux TIC), a aussi fortement baissé en 2001. Cette baisse contraste avec le dynamisme passé de ce secteur.
Le cas de la France est moins tranché que celui de ses partenaires européens, à la fois en termes de ralentissement de la croissance et de retournement du secteur des TIC français. La croissance française fait en effet partie des croissances les plus élevées de la zone euro en 2001, et ce principalement grâce à une consommation des ménages dynamique [18]. La production industrielle du secteur des TIC n’a pas autant baissé qu’aux États-Unis ou en Finlande [19]. Certaines branches (composants électriques et électroniques et matériel de téléphonie) ont même affiché des taux de croissance positifs en 2001. Et la baisse de la production d’ordinateurs ou de la branche équipements électriques et électroniques est restée, somme toute, modeste. La situation est quelque peu différente depuis le début de l’année 2002, avec une baisse plus prononcée de la production de la branche composants électriques et électroniques et une reprise lente de la production de la branche équipements électriques et électroniques. Ces évolutions sont en contradiction avec l’idée générale d’un secteur des TIC fortement touché. Les données françaises ne sont peut-être pas aussi pertinentes que pour les autres pays du fait du type de spécialisation in-between. Les données d’investissement en TIC tirées des comptes nationaux annuels donnent une information plus fiable et plus comparable. Le taux de croissance de l’investissement en matériel informatique est tombé à 9 % en 2001, après un taux de croissance annuel moyen de 37,5 % durant la seconde moitié des années 1990. L’infléchissement est moins important pour l’investissement en logiciels, mais néanmoins net : il a progressé de 6 % en 2001, après un rythme moyen de 15 % par an. C’est la faible modération de la croissance de l’investissement en équipements de communication qui est surprenante : la croissance de 10 % en 2001 reste très proche du rythme moyen des années précédentes. Comparées à des chiffres similaires pour les États-Unis, ces données confirment le retard accusé par la France en termes de diffusion des TIC : le boom de l’investissement y a été plus récent et n’a donc pas conduit aux mêmes excès. L’ajustement consécutif n’a pas eu besoin d’être aussi sévère qu’il ne l’a été aux États-Unis. L’investissement en TIC a d’ailleurs contribué positivement (pour 0,2 point de pourcentage) à la croissance française en 2001.
 
Conclusion : ce n’est pas la fin
 
 
L’ensemble des données présentées dans les deux premières parties de l’article ne sont pas encore disponibles pour 2001. C’est pourquoi l’analyse s’est basée sur les comptes nationaux, les données de production industrielle et d’autres données diverses nationales. Néanmoins, les données WITSA les plus récentes fournissent, sur une base comparable, un premier éclairage des évolutions de l’investissement en TIC en 2001 (tableau 14). Ce qui est étonnant, c’est la résistance de l’investissement en équipements de communication (déjà évidente dans les données françaises), à l’exception des États-Unis. Connaissant les problèmes des entreprises du secteur des télécoms, l’année 2002 pourrait se solder par des taux de croissance négatifs, tout comme l’année 2001 pour les équipements en TI. L’impact macroéconomique du retournement du secteur des TIC ne se limitera pas à 2001. Pour autant, malgré la sévérité du retournement de ce secteur, la « nouvelle économie » n’est pas dépassée. Trois raisons peuvent être invoquées : la relative résistance (jusqu’à présent) de l’économie américaine, les perspectives de croissance encore élevée du marché mondial des TIC et le fait que le processus de diffusion de ces TIC ne fasse finalement que commencer.

14
Croissance de l’investissement en 2001 1
IMGIMGEn %	Finlande	France	Irlande	Pays-Ba...IMGIMF
En % Finlande France Irlande Pays-Bas États-Unis Dollars courants Total TIC 6,6 7,6 3,4 6,6 – 10,1 Équipements en TI – 1,6 – 1,8 – 6,1 – 4,2 – 19,8 Logiciels 11,8 11,5 10,5 9,3 3,2 Équipements de communication 5,6 8,1 4,7 10,1 – 21,9 Dollars constants Total TIC 16,1 16,3 9,3 11,6 – 3,8 Équipements en TI 22,6 23,2 13,3 16,3 – 0,7 Logiciels 10,8 11,2 6,1 5,6 2,3 Équipements de communication 8,7 12,1 4,4 13,3 – 19,6 1. Les chiffres sont basés sur les données WITSA pour les pays européens et sur les NIPA pour les États-Unis. Du fait de la méthode utilisée pour dériver les données d’investissement des données de dépenses, et contrairement aux données WITSA, le total TIC inclut seulement les équipements en TI, les logiciels et les équipements de communication. La définition de la WITSA est un peu plus large puisque le secteur des TIC inclut aussi les services en TI, les dépenses internes en TIC et les autres équipements bureautiques. Les données en dollars constants sont calculées en faisant l’hypothèse que la progression des prix relatifs des TIC par rapport au prix du PIB aux États-Unis est identique dans les autres pays. Sources : WITSA (2002), OFCE.

Tout d’abord, les données américaines les plus récentes d’investissement en TIC sont encourageantes et suggèrent une fin proche de l’ajustement. De plus, de nombreux indicateurs conjoncturels concernant les TIC se sont déjà retournés à la hausse depuis la fin 2001, à l’exception de l’emploi [20]. Enfin, une autre preuve de la résistance de la « nouvelle économie » américaine est le dynamisme persistant des gains de productivité depuis l’entrée en récession. Les gains de productivité horaire du travail dans le secteur marchand ont ralenti mais beaucoup moins que lors des récessions précédentes. Par exemple, dans l’année qui a suivi le pic d’activité, les gains de productivité ont été de 0,2 % par trimestre pendant la récession de 1990-1991, et ont baissé de 0,1 % par trimestre pendant la récession de 1981. Aujourd’hui, les gains de productivité se maintiennent sur un rythme moyen de 0,5 % par trimestre (ils atteignent même 0,7 % par trimestre si l’on tient compte du premier semestre 2002). Les données couvrant l’année 2001 continuent de montrer que l’utilisation et la production de TIC ont largement contribué à l’accélération des gains de productivité depuis 1995. En particulier, selon Oliner et Sichel (2002), en 2001 la contribution à la croissance de la productivité de l’augmentation de l’intensité capitalistique due au capital TIC s’est montée à 1,1 point de pourcentage. Les auteurs font deux autres calculs prospectifs. Le premier prévoit que la contribution en 2002 s’échelonnera entre 0,5 et 0,7 point de pourcentage (selon l’hypothèse faite sur le taux de croissance de l’investissement en volume), soit une contribution plus faible que durant la seconde moitié des années 1990, mais en tout cas toujours plus élevée que dans la plupart des pays européens. Le second calcul identifie un taux de croissance à long terme de la productivité, sous l’hypothèse d’un état stationnaire. Ce taux de croissance tendanciel serait juste inférieur à 2 % par an, soit un rythme compatible avec une croissance potentielle de l’économie de 3 %.
La période 2000-2002 a été sans conteste la période la plus délicate traversée par le secteur des TIC [21]. De nombreuses entreprises, entrées dans la danse grâce à des IPOs particulièrement avantageuses et des plus-values ex post énormes, ont quitté la piste complètement désabusées par la surévaluation des marchés, l’irréalisme des anticipations de progression des marchés, l’impossibilité d’atteindre les objectifs de croissance demandés par les analystes et l’escalade des salaires. Après une période d’argent facile (pendant laquelle les capitaux-risqueurs finançaient les start-up sans trop poser de questions) et d’omniprésence médiatique, ces entreprises ont trouvé leurs projets plus difficiles à défendre, les services aux clients plus difficiles à assumer, les marges difficiles à maintenir, les taux de croissance difficiles à soutenir, la concurrence difficile à éviter, et surtout les besoins de capitaux plus difficiles à couvrir. La bulle a éclaté pour de nombreuses entreprises, travailleurs et actionnaires, particulièrement dans le secteur des dot.com et des télécoms. Pendant ce temps, les commerçants traditionnels s’étaient lancés avec retard dans l’aventure du tout Internet et du commerce électronique, mais ont pu compter sur au moins un avantage : leur expérience des affaires. Ils ont ainsi découvert que le commerce électronique pouvait être un plus, mais non un substitut au commerce traditionnel et aux relations personnalisées avec le client.
Alors que le gel brutal des budgets consacrés aux TIC a laissé en plan de nombreux équipements (qui sont venus gonfler les stocks) et sur la brèche de nombreux développeurs, le désastre ne s’est pas propagé à l’ensemble du secteur. Les entreprises sont dorénavant plus axées sur des objectifs de productivité et de contrôle des coûts que sur des nouveaux projets. Pourtant, investir dans les TIC peut justement faire partie des solutions pour atteindre ces objectifs. De nombreuses entreprises de TIC, fortes de fondamentaux et de projets solides, atteignent voire dépassent les anticipations des analystes et semblent pouvoir maintenir leurs objectifs de croissance à long terme. Par exemple, après une période pendant laquelle les entreprises ne voulaient que des sites web plaquette (à visée uniquement publicitaire), elles sont demandeuses maintenant de sites intelligents, au moyen desquels elles pourront collaborer avec leurs partenaires. De tels sites apportent une réelle valeur ajoutée pour l’entreprise, sont la clé du développement du commerce électronique (B2B comme B2C) et sont sources de gains de productivité. Le rapport WITSA dit clairement que le marché mondial des TIC est loin d’avoir atteint sa maturité et que de nombreuses opportunités de développement existent encore. Le monde développé fait certes face à une croissance faible, voire nulle, des dépenses en TIC, mais les pays en développement affichent des taux de croissance encore soutenus. Le marché des logiciels progresse toujours plus vite que le marché des équipements en TI (saturé) et celui des équipements de communication (souffrant d’excès de capacités). Les rangs de la communauté des internautes ne cesse de grossir. Le commerce électronique attend de prendre son envol. Les systèmes de transmission de l’information ont sans cesse besoin d’être renforcés et améliorés.
Comme Colecchia et Schreyer (2001) l’ont souligné, « la diffusion des TIC joue un rôle central et dépend pour cela d’un ensemble de conditions favorables, mais pas nécessairement de l’existence d’un secteur producteur de TIC ». Le cas de l’Australie le prouve assez bien (comme cela est expliqué dans l’étude de Colecchia et Schreyer), mais aussi celui des Pays-Bas. Les deux pays ont un secteur producteur de faible taille mais un large secteur utilisateur. Ils affichent tous deux des taux de croissance ainsi que des contributions des TIC à la croissance supérieurs à la moyenne (de l’OCDE ou de la zone euro). Cette idée qu’être un producteur de TIC n’est ni une condition nécessaire ni une condition suffisante pour bénéficier de la diffusion de ces technologies gagne donc du terrain. Il y a à peine un an, en partie du fait d’un recul statistique insuffisant, cette conclusion n’était pas claire. L’utilisation des TIC, et non leur production, est donc la clé d’une croissance de l’activité plus rapide. Cela signifie que, même aux États-Unis, le processus de diffusion des TIC ne fait que commencer.

ANNEXE I

 
Définitions du secteur des TIC
 
 
Définition de l’OCDE (système de classification ISIC-Révision 3)
TIC dans le secteur manufacturier
  • 3000 matériels informatique et bureautique
  • 3130 câbles et fils isolés
  • 3210 composants électroniques
  • 3220 télévision, appareils de transmission et de téléphonie
  • 3230 télévision, appareils de réception et d’enregistrement et appareils associés
  • 3312 instruments et applications pour mesurer, vérifier, tester, naviguer et autres utilisations, sauf le matériel de contrôle de process industriel
  • 3313 matériel de contrôle de process industriel
Définition étroite du secteur manufacturier des TIC (utilisée par Koski et alii pour mesurer la spécialisation en TIC)
  • 3000 matériels informatique et bureautique
  • 3200 radio, télévision, équipements de communication et composants électroniques
Services associés
  • 5150 commerce de gros de matériels, équipements et fournitures
  • 7123 location de matériels informatique et bureautique
Services incorporels
  • 6420 services de télécommunications
  • 7200 services informatiques et autres
Définition de McGuckin et Van Ark (2001)
Les données utilisées par McGuckin et Van Ark (2001), qui font partie de la base de données développée et utilisée conjointement par le Conference Board et le Groningen Growth and Development Center (GGDC), sont construites à partir de la base de données STAN de l’OCDE, elle-même dérivée des comptes nationaux de chaque pays. Ces données peuvent être téléchargées gratuitement sur le site du Conference Board (www. conference-board. org). Plus de détails méthodologiques et des tableaux plus complets sont disponibles dans Van Ark (2001). Le système de classification retenu pour le secteur producteur de TIC est cohérent avec celui utilisé par l’OCDE et fondé sur le système de classification ISIC (Rev. 3).
La distinction entre secteurs utilisateurs de TIC et non-utilisateurs a été faite sur la base de deux critères : la part de l’investissement en TIC dans la valeur ajoutée de chaque secteur et la part du stock de capital TIC de chaque secteur dans le stock de capital TIC total. Pour cela, les auteurs se sont appuyés sur deux pays, les États-Unis et les Pays-Bas. Environ un tiers des secteurs avec l’intensité en TIC et/ou la part relative dans le stock de capital la plus élevée est considéré comme fortement utilisateur de TIC. Comme cette classification est appliquée sans distinction dans les autres pays, les secteurs utilisateurs de TIC n’investissent pas nécessairement autant en TIC dans tous les pays. Cette répartition ne fait qu’indiquer que ce sont les secteurs les plus susceptibles de tirer de leurs investissements en TIC des gains de croissance et de productivité substantiels.

Classification des industries de TIC
IMGIMGIndustries productrices de TIC	Indus...IMGIMF
Industries productrices de TIC Industries utilisatrices de TIC (hors industries productrices) Secteur manufacturier Code SIC Code SIC 30 Informatique et bureautique 22 Imprimerie 313 Fils et cables isolés 24 Chimie et produits chimiques 32 Radio, television et équipements de communication 31 1 Machines et appareils électriques, nca 331 Instruments et appareils médicaux, appareils de mesures, etc. 33 2 Instruments médicaux, d’optique et de précision Secteur des services 64 Poste et télécommunications 51 Commerce de gros 72 Services informatiques et connexes 65 Intermédiation financière 66 Assurance et fonds d’épargne retraite 67 Activités liées à l’intermédiation financière 71 Location de machines et d’équipements 73 R&D 741-743 Autres services aux enterprises 1. hors 313 qui appartient au secteur producteur de TIC. 2. hors 331 qui appartient au secteur producteur de TIC.

ANNEXE II

 
Quelques précisions sur la comparabilité des études citées
 
 

Quelques précisions sur la comparibilité des études citées
IMGIMGType de capital TIC	Période couverte...IMGIMF
Type de capital TIC Période couverte Oliner et Sichel (2000) Total TIC 1 1996-1999 Oliner et Sichel (2002) Total TIC 1996-2001 Jorgenson et alii (2001) Total TIC 1995-2000 Jorgenson (2001) Total TIC 1995-1999 Cette et alii (2001) Total TIC 1995-2000 Crépon et Heckel (2000) Ordinateurs 1987-1998 INSEE (2) Ordinateurs 1987-1997 INSEE (3) Ordinateurs 1967-1997 Jalava et Pohjola (2001) Total TIC 1995-1999 Niininen (2001) Équipements en TI 1983-1996 Schreyer (2000) Équipements en TI 1990-1996 Schreyer et Colecchia (2001) Total TIC 1995-2000 Commission européenne (2000) Équipements en TIC 1995-1999 Daveri (2001) Total TIC 1991-1999 1. Lorsqu’ils calculent les contributions des secteurs producteurs de TIC et autres secteurs à la croissance de la PGF, Oliner et Sichel restreignent le secteur des TIC à sa composante « ordinateurs et semiconducteurs intégrés aux ordinateurs ». Selon les auteurs, « l’estimation des gains de productivité globale des facteurs dans le secteur des semiconducteurs couvre la production qui nourrit la production d’ordinateurs et aussi toutes les autres sources d’utilisation. Seul le premier élément est pertinent pour mesurer la contribution du secteur informatique à la productivité globale des facteurs, le secteur informatique étant alors défini comme incluant la production de semiconducteurs intégrés. L’estimation présente une contribution d’un secteur informatique verticalement intégré. Cette estimation inclut la contribution du secteur producteur d’ordinateurs plus 60 % de la contribution du secteur producteur de semiconducteurs ». Si l’on considère le secteur des TIC dans son ensemble, sa contribution aux gains de productivité globale des facteurs atteint 0,63 point de pourcentage (contre 0,47 selon la définition plus restreinte), et la contribution à l’accélération des gains de productivité globale des facteurs atteint 0,37 point de pourcentage (contre 0,26).

ANNEXE III

 
Description résumée de la comptabilité de la croissance
 
 
Dans un cadre théorique néoclassique, les entreprises prennent toujours les décisions optimales en termes d’investissement et tous les types de capital ont le même rendement marginal. à l’équilibre, chaque entreprise achète le montant optimal d’équipements compte tenu du prix en vigueur, c’est-à-dire que le rendement marginal de ce nouvel investissement égalise le coût du capital. Mais si le prix diminue et qu’il devient profitable de réaliser des investissements supplémentaires, de combien le revenu ou la production augmenteront-ils ? Dans un monde sans impôts, sans amortissement, sans frictions et changements de prix relatifs, le supplément de revenu sera égal au produit de l’augmentation du stock nominal de capital du bien de capital considéré (p 2 K 2 – p 1 K 1) par le taux de rendement rc de l’investissement. Cette expression en niveau r c *(p 2 K 2 – p 1 K 1) peut être ensuite modifiée afin de calculer la contribution au taux de croissance de l’activité. Le terme (p 2 K 2 – p 1 K 1) devient le taux de croissance du stock de capital , et le terme r c devient la part s c des revenus générés par le bien de capital dans le revenu total (pY). Ce flux de revenus est lui-même égal au produit du stock net de capital (p c K c ) par le taux de rendement brut de l’investissement (c’est-à-dire r c plus un terme d’amortissement noté d). La contribution du bien de capital à la croissance en volume est donc calculée comme suit :
avec le taux d’accumulation, (rc + d) le taux de rendement brut et pcKc / pY le ratio capital/produit.
Du fait de la baisse rapide des prix des produits de TIC, l’expression du taux de rendement brut doit être amendée en y intégrant un terme, noté Ï€c , reflétant la variation relative des prix de ces produits (á¹—c ) par rapport au prix du PIB (á¹—). Le taux de rendement d’un investissement doit être élevé non seulement pour compenser l’obsolescence rapide des matériels de TIC mais également pour compenser le fait que d’une année sur l’autre leur prix baisse fortement relativement aux autres équipements. La formule de contribution à la croissance devient :
Par exemple, dans Oliner et Sichel (2000), le taux de rendement brut (R = rc + d – Ï€c ) est égal à 68 %, avec le taux de rendement net réel rc = 4 %, d = 30 % et Ï€c = – 34 %. Daveri (2001) fournit aussi les données clés pour calculer la contribution des TIC à la croissance.

Données clés pour l’évaluation de la contribution des TIC à la croissance
IMGIMGFinlande	France	Irlande	Pays-bas	 Ét...IMGIMF
Finlande France Irlande Pays-bas États-Unis Taux de croissance du stock de capital, 1991-1999 (en %) Équipements en TI 23,8 24,0 28,8 32,1 31,2 Logiciels 9,7 10,3 15,9 14,0 17,4 Équipements de communication 8,8 11,4 13,2 9,9 4,9 Taux de rendement brut, 1991-1999 (en %) 1 Équipements en TI 43,5 44,5 46,6 45,6 46,4 Logiciels 50,6 52,0 55,0 52,7 52,7 Équipements de communication 21,3 22,9 25,7 23,8 23,3 Taux de rendement net, 1991-1999 (en %) 4,4 4,0 5,9 4,4 4,6 Ratios K/Y, 1999 Équipements en TI 3,2 2,0 2,6 3,1 4,8 Logiciels 2,8 2,8 1,7 4,4 6,4 Équipements de communication 5,4 5,2 8,1 6,4 7,1 Part du flux de revenus générés par chaque facteur dans le revenu total, 1999 (en %) Équipements en TI 1,7 1,0 1,6 1,6 2,9 Logiciels 1,4 1,3 1,0 2,0 3,4 Équipements de communication 1,0 0,9 2,3 1,1 1,6 1. Des taux d’amortissement de 32, 44 and 15 % sont respectivement appliqués aux équipements en TI, aux logiciels et aux équipements de communication. Source : Daveri (2001).

L’avantage de la comptabilité de la croissance est qu’il est possible de distinguer autant de biens de capital que souhaité, et donc de considérer les produits de TIC comme des biens de capital à part entière. La décomposition complète des contributions à la croissance par facteurs de production, sous l’hypothèse de rendements d’échelle constants et de concurrence pure et parfaite, est la suivante :
(avec com pour les équipements de communication, hw pour les équipements de TI, sw pour les logiciels, otk pour les autres biens de capital, le taux de croissance du volume du travail, l’amélioration de la qualité du facteur travail (parfois distinguée) et le résidu de Solow). Cette expression suppose la disponibilité de nombreuses variables, malheureusement rarement disponibles sur une base homogène pour tous les pays. De nombreuses hypothèses doivent être faites pour construire une base de données convenable (en particulier les séries de stock de capital dérivées des données d’investissement). Ces hypothèses varient d’une étude empirique à l’autre, expliquant les différences de résultats.
 
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·   Van der Wiel H., 2001 : « Does ICT Boost Dutch Productivity Growth ? », CPB document, n° 016, décembre.
·  Wista, 2002 : Digital Planet 2002 : the Global Information Economy, février.
 
NOTES
 
[*] Je remercie Thierry Latreille pour son aide et ses recherches sur l’Irlande et les Pays-Bas.
[1] Dans la plupart des cas, la définition de l’OCDE est utilisée. Cette définition, ainsi que d’autres qui en sont dérivées, sont présentées en annexe I.
[2] Du fait d’une disponibilité limitée des données, ces mesures ne concernent que le secteur manufacturier. Néanmoins, le tableau 1 d’indicateurs généraux d’intensité en TIC couvre lui aussi le secteur des services.
[3] Les TIC intègrent ici : les matériels informatique et bureautique (CTCI 75), les équipements pour les télécommunications et le son (CTCI 76), les machines et appareils électriques (CTCI 77). Cela ne correspond pas vraiment à la définition du secteur des TIC retenu jusque là, mais ces données restent un indicateur utile. CTCI signifie Classification Type pour le Commerce International.
[4] D’autres pays peuvent être des partenaires encore plus importants. Par exemple, selon les statistiques finlandaises (Statistics Finland), qui répertorient les flux d’échanges en produits de « haute technologie », en 2000, le principal partenaire de la Finlande est les États-Unis du côté des importations, mais c’est le Royaume-Uni du côté des exportations (les États-Unis se situant alors à la septième place). Les produits de « haute technologie » comprennent : l’aéronautique ; les ordinateurs et équipements bureautiques ; les équipements électroniques et de télécommunications ; les produits pharmaceutiques ; les instruments scientifiques ; les machines électriques ; les produits chimiques ; les machines non électriques et les armes.
[5] Des données similaires de comptabilité nationale ne sont pas disponibles pour les Pays-Bas et l’Irlande.
[6] La Finlande a d’ailleurs le plus haut taux de pénétration de téléphones portables et de l’Internet du monde.
[7] La part élevée dans le PIB de la valeur ajoutée de ces secteurs est due à l’importance du secteur des services aux entreprises dans l’économie néerlandaise.
[8] Le contexte institutionnel et des politiques économiques nationales particulières (plus précisément les politiques de l’emploi) jouent également un rôle important, qui déborde le cadre du présent article et n’est donc pas abordé. Sur ce sujet, voir par exemple OCDE (2000a), OCDE (2001), Commission européenne (2000), McGukin et Stiroh (2001).
[9] La valeur numérique d’une contribution à la croissance est la somme de trois éléments : le taux d’accumulation, le taux de rendement brut de l’investissement et le ratio capital/PIB. Se référer à l’annexe III pour une brève présentation de la comptabilité de la croissance.
[10] Il faut garder à l’esprit la récession qui a frappé la Finlande au début des années 1990, en partie à cause de la chute de l’URSS. Le PIB en volume a ainsi baissé de 10,4 % entre 1990 et 1993. À partir de 1994, la croissance du PIB atteint 4,7 % par an, ce qui est supérieur au taux moyen de 3,3 % en cours avant la récession. Mais les gains de productivité ont ralenti d’un rythme annuel moyen de 3,1 % avant la récession à un rythme annuel moyen de 2,5 % après. Il faut aussi ne pas oublier que durant toute la décennie 1980 et les premières années de la décennie 1990, les gains de productivité horaire du travail étaient, en moyenne, plus élevés en Europe qu’aux États-Unis.
[11] Voir par exemple Oliner et Sichel (2000 et 2002), Jorgenson et alii (2001), Cette et alii (2001), Pilat et Lee (2001), Commission européenne (2000).
[12] L’indice européen composite équivalent du NASDAQ (EASDAQ) et l’indice FTSE Eurotop 300 Telecommunications ont atteint leur pic en mars 2000, simultanément aux indices américains.
[13] Selon les critères fixés par Koenig et alii (2002), les différents cycles de croissance américains débutent en 1960 : T1, 1962 : T2, 1973 : T4, 1979 : T2, 1981 : T3, 1990 : T1 et 2000 : T4. Seuls les quatre premiers trimestres de chaque période sont retenus.
[14] La révision annuelle des NIPA de juillet 2002 rend un peu moins pertinent ce découpage en quatre périodes, la période de maturation se distinguant peu de la période de chute.
[15] Seuls types de produits de TIC disponibles dans les données NIPA.
[16] Le taux d’ouverture pour les Pays-Bas est de 65 %, pour la Finlande de 42 %, pour la France de 28 %, pour la zone euro de 37 % et pour les États-Unis de 13 %.
[17] La mise en évidence des ces autres facteurs dépasse le cadre du présent article. Pour plus d’informations, se référer à OFCE (2002).
[18] Se référer à Chagny et alii (2001) pour plus de détails sur la performance française comparée à celle de ses partenaires.
[19] Les données ne sont certes pas comparables d’un pays à l’autre, mais donnent quand même une idée générale des évolutions.
[20] Les destructions d’emplois ont culminé à 250 000 en mars 2002 par rapport à mars 2001.
[21] Les remarques qui suivent reprennent les conclusions du dernier rapport WITSA (Digital Planet, 2002)
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Part des TIC dans les exportations, la production et la R&D
Part dans la valeur ajoutée du secteur des TIC
Production américaine de TIC
Taux d’utilisation des capacités de production dans le secteur des TIC américain
Commandes de TIC aux États-Unis
Emploi dans le secteur manufacturier des TIC aux États-Unis 1
Évolution de la production industrielle en Finlande, en Irlande et aux États-Unis
Évolution de la production industrielle en France, aux Pays-Bas et aux États-Unis
Croissance du PIB dans les pays leaders en TIC