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Dossier : Biotechnologies

no96 2006/1

2006 Revue de l’OFCE Dossier : Biotechnologies

Biotechnologies

Introduction

Jean‑Luc Gaffard
Dans une économie et une société confrontées à des chocs d’offre et de demande répétés, les tentatives de comprendre des évolutions industrielles fortement contrastées d’une période à l’autre ou entre les domaines d’activité, ainsi que les tentatives de pénétrer au cœur des processus d’innovation qui ne sauraient être confondus avec la simple diffusion de nouvelles techniques demeurent en haut de l’agenda de recherche.
Force est de constater, en effet, que les théories et modèles existants sont encore loin de satisfaire ces exigences et, par suite, qu’il est essentiel de se référer directement aux caractéristiques observables de certaines industries pour essayer de les analyser à la lumière de principes théoriques simples.
Les principes théoriques susceptibles d’éclairer les évolutions en cours reposent sur quelques idées simples. Le comportement des firmes, loin de procéder d’une induction à rebours impliquant pour elles de connaître à l’avance le jeu du marché, est le fruit d’une interaction en séquence entre opportunités et contraintes dans un monde marqué par une incertitude technologique et de marché radicale. Ce comportement est souvent caractérisé par des formes d’inertie associées à l’application de règles routinières dont l’enjeu est de garantir la viabilité des processus d’innovation engagés, en fait de véritablement créer les conditions pour obtenir le profit le plus élevé possible. Il traduit avant tout le jeu des contraintes de ressources tant humaines que financières, qui procèdent autant de la dynamique interne des firmes que de leurs relations avec l’environnement institutionnel. Il est le fait de firmes hétérogènes par leur taille, le degré de diversité de leurs technologies et de leurs produits, leur positionnement le long du cycle de vie de l’innovation.
Les domaines d’activité principalement concernés sont ceux qui sont directement ou indirectement transformés par des technologies génériques: bien sûr les technologies de l’information et de la communication, mais aussi les biotechnologies. Ces dernières sont au cœur d’une véritable révolution scientifique en même temps qu’elles bouleversent les conditions de développement d’industries aussi diverses que la pharmacie, la chimie, les industries agricoles et alimentaires ou l’énergie. Elles contribuent à déterminer des dynamiques industrielles spécifiques, qui ont changé au cours du temps et qui sont liées aux mécanismes de constitution des nouvelles bases de connaissance ainsi qu’à la réorganisation complète des secteurs industriels concernés. De nombreuses nouvelles firmes ont vu le jour aux côtés des firmes installées. Des mécanismes de sélection ont pris place, mais aussi le développement de réseaux de firmes basés sur des accords de coopération. En bref, des évolutions drastiques sont à l’œuvre, qu’il faut essayer de comprendre et d’expliquer en suivant les principes d’analyse qui ont été énoncés.
Dans cette perspective, deux articles ont été ici retenus, qui constituent les premiers d’une série qui sera consacrée aux problèmes de dynamique industrielle.
Le premier est la traduction en français d’un article déjà paru (Malerba et Orsenigo). Il s’agit, en l’occurrence, de populariser une approche qui se situe dans la tradition évolutionniste et dont l’originalité réside dans la construction de modèles permettant de simuler une évolution conforme à l’histoire observée d’une industrie et d’en expliquer les ressorts principaux. Appliquée à l’industrie pharmaceutique, cette approche met l’accent sur la dynamique industrielle induite par les changements intervenus dans les régimes de recherche avec l’irruption des biotechnologies. L’intérêt de la démarche est, certes, de confirmer l’existence de mécanismes bien connus du développement industriel. Mais il est aussi de démontrer la robustesse de certains résultats plutôt inattendus. Ainsi, il apparaît que l’introduction d’économies d’échelle dans la recherche n’a pas les effets attendus sur la concentration, y compris quand les coûts unitaires de développement des produits sont particulièrement élevés. Cela explique en partie l’émergence d’une structure industrielle caractérisée par la coexistence de grandes firmes installées et de nouvelles firmes de biotechnologie, largement complémentaires les unes des autres en termes de compétences et d’actifs, et liées entre elles par des accords de coopération.
Le deuxième article (Nesta et Saviotti) propose d’étudier les déterminants fondamentaux de la valeur boursière des firmes de biotechnologies. Conformément à une méthodologie éprouvée, cette valeur est définie comme une fonction du capital intangible (actifs financiers ou stock de capital) et du capital intangible (le portefeuille ou la base de connaissances). L’originalité du travail consiste, alors, à définir un indice d’intégration (ou de complémentarité) technologique et de montrer, grâce à cet indice, l’influence exercée par la cohérence de la base de connaissances sur la performance boursière. Ce faisant, ce travail participe des tentatives de lier la finance à la dynamique industrielle, en montrant ici comment la structuration des connaissances scientifiques et technologiques et donc, de quelque manière, les conditions de coordination de l’activité des firmes, jouent un rôle essentiel dans la perception que les marchés financiers peuvent avoir de la performance réelle future des firmes.
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