Revue de l'OFCE
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.9782724630817
306 pages

p. 7 à 30
doi: en cours

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no 100 2007/1

La politique de change de la zone euro ou le hold-up tranquille de la BCE

Jérôme Creel Éloi Laurent Jacques Le Cacheux
La question du choix du régime de change prend inévitablement de l’importance lorsque les économies nationales entrent en concurrence les unes avec les autres pour conquérir des parts d’un marché mondial ou régional de plus en plus intégré. Les pays de la zone euro sont ainsi directement concernés par la question du taux de change. Cet article vise à s’interroger sur le statut institutionnel de la politique de change dans la zone euro et ses conséquences pour le dynamisme et la stabilité du cœur historique, économique et politique européen.
L’euro n’est pas seulement une monnaie sans État. C’est une monnaie sans souveraineté. Faute de gouvernement politique, l’euro ne sert pas le projet européen. La responsabilité de facto univoque de la Banque centrale européenne à l’égard de la politique de change européenne a conduit à une gestion contre-productive de celle-ci, d’autant plus préjudiciable que les douloureuses transformations structurelles induites par la mondialisation contemporaine appellent en retour, de la part des politiques économiques, une facilitation et non un handicap supplémentaire. Combinée à l’absence de stratégie de croissance commune et d’instruments de coordination macroéconomique, l’auto-sanction européenne résultant d’une politique de change accaparée par l’objectif de stabilité des prix, a donné lieu à la mise en place de politiques de concurrence sociale préjudiciables à la croissance interne et à la stabilité régionale.
Le paradoxe ultime de cette situation d’impuissance européenne tient à ce que et l’union monétaire et la mondialisation constituent une chance de retrouver la pleine maîtrise de la politique monétaire et de change pour les mettre au service de la croissance et du plein emploi. L’union monétaire prévient les attaques spéculatives tandis que la mondialisation contient la hausse des prix.
Exchange rate policy is of primordial economic importance given its impact on price stability, real growth and regional cohesion. In this article, we argue that the euro area thus needs a true exchange rate policy, to which it is entitled by law, but that it finds itself unable to implement for political reasons. The ECB has indeed illegally pre-empted the European exchange rate policy to submit it to the objective of price stability, with the tacit agreement of EU member states. The consequence of this “quiet hijacking” is twofold: the exchange rate of the euro is a factor of regional instability; the euro area is more a spectator than a actor in our globalization.
JEL Codes: JEL: E42, E58, E61, F31, N14.
Prologue : un symbole sans souveraineté
• Ce que dit la théorie : un conflit potentiel d’objectifs
— Quelle stabilité ?
— Quel instrument ?
• Ce que dit le droit : une compétence partagée
— L’obscure clarté de la constitution économique européenne
— Une indépendance de moyens pour des fins interdépendantes
— L’Eurogroupe ou la faiblesse programmée
• Ce que dit la réalité : le coût d’une non-politique
— Un hold-up tranquille
— La pro-cyclicité régionale
— La concurrence socio-fiscale : le jeu dangereux des taux de change réels
Épilogue : la zone euro, spectatrice de la mondialisation
• Références bibliographiques


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