Revue de l'OFCE
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.9782724631104
296 pages

p. 5 à 42
doi: en cours

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n° 104 2008/1

L’Espagne de Zapatero : rupture ou continuité ?

Sabine Le Bayon
Après quasiment une décennie de pouvoir conservateur (1996-2004), le leader du parti socialiste José Luis Rodriguez Zapatero est devenu premier ministre en mars 2004. Il a pris les rênes d’une économie en forte croissance, après une importante réduction du chômage et un assainissement des finances publiques, permettant au gouvernement de profiter d’amples marges de manœuvre. Sa tâche n’était toutefois pas aisée, l’économie espagnole souffrant de nombreux déséquilibres : une compétitivité dégradée, de faibles gains de productivité, des prix immobiliers surévalués, un creusement du déficit courant et une inflation supérieure à celle de la zone euro. Venaient s’y ajouter un déficit social criant et le problème de la précarité sur le marché du travail.
À quelques mois de la fin de cette législature, cet article vise à analyser la politique menée par les socialistes, après avoir fait le point sur l’héritage économique laissé par les conservateurs. Zapatero a entrepris de nombreuses réformes, avec une montée en puissance depuis le milieu de son mandat. Les politiques menées ont visé à soutenir tant l’offre que la demande. Elles ont résulté d’un arbitrage délicat entre l’importance des promesses sociales et la volonté de conserver un excédent budgétaire. Les avancées ont été réelles, mais pas d’une ampleur suffisante pour modifier en profondeur le fonctionnement de l’économie espagnole. Les réformes les plus ambitieuses ont été repoussées, dans l’attente que les négociations tripartites aillent plus avant.
La politique économique de Zapatero s’inscrit en partie dans la lignée d’Aznar : ce dernier, en imposant une politique budgétaire restrictive pour qualifier l’Espagne à la zone euro, a marqué le début d’une nouvelle ère, avec une politique de déficit zéro qui n’a pas été remise en cause. Cependant, Zapatero a privilégié les aspects sociaux et l’investissement, profitant d’une situation budgétaire saine. Les clivages entre la droite et la gauche n’apparaissent pas tant économiques que sociétaux, sociaux et liés à l’exercice du pouvoir. En bref, en matière économique, c’est plus sur la méthode que Zapatero diverge d’Aznar, avec le retour du processus de concertation.Mots-clés : Espagne, finances publiques, politique économique.
Succeeding the conservative José Maria Aznar, the socialist Luis Rodriguez Zapatero became Prime Minister in March 2004. Economics’ growth was strong with an important reduction of unemployment and a public deficit close to zero, but many imbalances were pointed out (low productivity, high inflation, a fall of competitiveness, overvalued house prices, precariousness on labour market and low social security benefits). As the end of his term approaches, this article aims at analyzing his economic policies. Zapatero undertook many reforms (on labour market, pensions...), resulting from a delicate trade-off between the social promises and the will to preserve a budget surplus. But these reforms haven’t been ambitious enough to deeply modify the Spanish economy. Finally, Zapatero’s economic policies seem very similar to those of Aznar, with the exception of social ones and investment.
JEL classification: E2, E62, O52.Keywords : Spain, public finance, economic policy.
• Un héritage économique favorable
— L’appartenance à la zone euro a dopé la croissance…
— … et favorisé l’assainissement des finances publiques…
— … mais des déséquilibres subsistent
• Des premiers signes de rupture…
— Un climat de dialogue social retrouvé
— Une politique sociale et redistributive plus offensive
— Une politique de soutien à l’investissement et à l’innovation
• … mais une politique qui s’inscrit globalement dans la continuité d’Aznar
— Un cadre budgétaire toujours relativement orthodoxe
— Une baisse d’impôts encore en trompe-l’œil
— Une réorientation timide de la politique du logement vers le locatif
— Poursuite de la lutte contre les contrats temporaires
— Toujours de petites avancées sur les retraites
• Conclusion
• Références bibliographiques


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