2009
Revue de l’OFCE
Dossier : L’âge de la retraite
Introduction
Gérard Cornilleau
La réforme des retraites a privilégié en France l’allongement de la durée requise des cotisations pour obtenir le taux plein. Elle a donc écarté la voie du recul direct de l’âge minimal d’ouverture des droits qui reste, sauf dans certains régimes spéciaux, fixé à 60 ans.
Des travaux de recherche mettent en doute le fait que cette stratégie puisse aboutir à un recul significatif de l’âge effectif de fin d’activité. Ils reposent sur l’analyse théorique des comportements d’embauche et de licenciements des entreprises qui les amènent à se séparer préférentiellement des seniors en cas de choc micro ou macroéconomique. Ce comportement étant conforté par le choix collectif des sorties d’activité anticipées (pré-retraites, dispenses de recherche d’emploi) pour limiter le chômage et ses conséquences sociales.
Dans un travail économétrique, Jean-Olivier Hairault, François Langot et Thepthida Sopraseuth
[1] avaient ainsi montré que la distance à l’âge de la retraite constitue un facteur important de la baisse du taux d’emploi des seniors. L’OFCE a publié dans sa revue d’avril 2008 un article de Samia Benallah, Cindy Duc et François Legendre
[2] qui reprend ces analyses en montrant qu’il était difficile de distinguer économétriquement l’effet de l’âge, celui de la durée de la carrière et celui de la distance à l’âge de la retraite. Nous publions aujourd’hui un nouveau travail de Jean-Olivier Hairault, François Langot et Thepthida Sopraseuth qui réexamine cette question de l’influence de la distance à l’âge de la retraite.
Nous avons saisi cette occasion pour provoquer un débat sur le fond de la question de l’âge de la retraite
[3] : faut-il pour allonger la durée effective des carrières reporter l’âge légal minimal de la retraite ? Pour examiner cette question nous avons réuni un groupe d’experts des retraites. Celui-ci a débattu de l’originalité de la place de la France en matière de retraite, des facteurs explicatifs de l’âge effectif de cessation d’activité et de son évolution prévisible, des moyens susceptibles de conforter l’allongement de la durée des carrières et des conséquences de la crise actuelle sur les sorties d’activité et la gestion sociale et économique des fins de carrière.
On trouvera dans ce dossier, outre le compte rendu analytique des débats autours de ces questions, deux articles complémentaires exposant les points de vue de Samia Benallah, Cindy Duc et François Legendre et d’Henri Sterdyniak.
[1]
Hairault J.-O., F. Langot, et T. Sopraseuth, 2006, « Les effets à rebours de l’âge de la retraite sur le taux d’emploi des seniors »,
Economie et Statistique, n° 397.
[2]
Benallah, S. C. Duc et F. Legendre, 2008, « Peut-on expliquer le faible taux d’emploi des seniors en France ? »,
Revue de l’OFCE, n° 105, avril.
[3]
Débat qui avait été engagé en 2006 par Didier Blanchet dans son commentaire de l’article de Hairault et al : Blanchet, D. 2006, « Âge ou distance à la retraite : quel est le principal déterminant de l’emploi des seniors ? », Économie et Statistique, n° 397.