2001
Revue de littérature comparée
Eisenstein comparatiste : du montage-manifeste au cinématisme
Pascal Vacher
Université de Bourgogne
Quand on parle des rapports entre cinéma et littérature, souvent, on
montre comment le cinéma reprend certains procédés littéraires, voire
met en images certaines structures mises au jour par la narratologie.
On peut également se poser la question de l’adaptation cinématographique d’une œuvre littéraire et étudier le transcodage, la transposition, la trahison que l’on appréciera comme monstrueuse ou
fructueuse. C’est dire que l’on présuppose, sinon une ciné-langue à la
manière de Chklovski cherchant quelle est au cinéma l’unité qui
correspondrait au mot, à tout le moins des différences de langage qui
certes existent, mais qui empêchent souvent de penser les liens ou les
éventuels parallèles entre cinéma et littérature. Premier constat.
Quand on parle des relations entre peinture et cinéma, on envisage
l’emprunt ou la référence picturale à laquelle renvoie telle image de
film ; on observe comment certains cinéastes parviennent à faire de la
peinture avec leur image. Deuxième constat.
Quand on travaille en « littérature comparée », on aime à parler des
parallèles entre peinture et littérature, entre musique et littérature,
entre cinéma et littérature, mais il semblerait que l’on n’affectionne
pas les parallèles au point d’envisager d’explorer d’un même mouvement les liens entre cinéma, littérature et peinture (et en toute rigueur
– ou si mes compétences me le permettaient vraiment – je devrais
ajouter sculpture et architecture). Et pourtant, une exploration des
liens entre littérature, peinture et cinéma (pour l’instant je m’en tiendrai là !) doit être possible, et j’aimerais montrer qu’une telle
recherche peut même s’avérer fructueuse.
À partir des constats précédents, il apparaît que si nous concevons
de prime abord les relations entre les arts sur le mode du parallèle
entre deux domaines, c’est peut-être parce que nous établissons une
filiation a priori. Ainsi, le cinéma serait le fils de la photographie, de
la peinture, de la littérature, si bien que l’on a jusqu’à présent plutôt
étudié ce que ce fils doit à chacun de ses pères. Pourquoi ne pas tenter
d’inverser la perspective en s’interrogeant sur ce que tous ces pères
ont appris sur eux-mêmes grâce à leur fils ? C’est le sens de la théorie
d’Eisenstein sur le cinématisme.
Nous retiendrons aujourd’hui du
cinématisme (cf. ouvrage cité en
bibliographie) que c’est une théorie selon laquelle on peut analyser les
productions artistiques antérieures à l’invention du cinématographe en
termes cinématographiques. Un des plus beaux exemples en est peut-être l’article sur El Greco auquel Eisenstein a travaillé pendant des
années, caractérisé par l’auteur comme « une machine de 26000 mots
uniquement consacrée à un problème : comment ce vieil Espagnol se
comporte de manière cinématique dans toutes les directions »
[1]. Dans
cet article passionnant, Eisenstein se fonde sur des études de spécialistes qui expliquent de quelle manière le peintre a réduit l’hôpital
Tavera et retourné ce même monument qui figure au premier plan
devant la vue de Tolède, à la fois pour qu’il n’empêche pas de voir la
porte de Visagra et pour donner à voir la partie architecturalement la
plus intéressante de cet hôpital. Il déduit de cette première approche
de l’œuvre que : « Cette vue de Tolède n’est possible d’aucun point
de vue réel dans l’espace. Cette vue est un complexe monté, une
représentation composée par montage. »
[2] Nous touchons là le fondement même du cinématisme : analyser les œuvres artistiques en termes
de montage. Or il ne s’agit pas de n’importe quel type de montage,
mais de ce qu’Eisenstein nomme le « montage intellectuel ».
Deux plans qui se suivent ne se juxtaposent pas mais se surimpressionnent
[3] dans la mesure où le plan précédent reste présent dans la
conscience; il y a alors conflit entre ces différents plans, destiné à
produire une image ou une signification autre, d’un niveau supérieur à
celui du simple plan. Et c’est le spectateur qui produit cette signification résultant des forces agissant à travers les différents plans. Moins
l’enchaînement est narrativement fonctionnel, plus il est efficace…
On pourrait objecter que cette théorie du montage intellectuel sur
laquelle Eisenstein fonde son principe d’analyse cinématiste n’a
jamais été vraiment appliquée, si l’on en croit Michel Aumont
(ouvrage cité en bibliographie). Est-il alors légitime de se servir, pour
étudier les parallèles entre littérature, cinéma et peinture, d’une théorie
qui permet certes d’analyser des œuvres picturales et littéraires
[4] mais
qui n’aurait jamais été mise en pratique au cinéma ?
Outre qu’il est peut-être discutable de discréditer une méthode
d’analyse en raison d’une absence de mises en œuvre, je souhaiterais
montrer que le montage intellectuel a été utilisé par Eisenstein,
contrairement à ce que l’on dit souvent. Allant dans ce sens, l’analyse
de la séquence des yoles dans Potemkine, – menée par Eisenstein lui-même – est particulièrement intéressante dans la mesure où elle fait
effectivement le lien entre le théoricien et le cinéaste. Dans cet article
paru dans Cinématisme. Peinture et cinéma, sous le titre « Quelques
mots sur la composition plastique et audio-visuelle », Eisenstein
reprend un texte antérieur à celui-ci d’une quinzaine d’années. Il cite
donc son propre texte dans lequel la composition de chaque plan était
décrite en termes d’axes, de cadres, de lignes, de cercles… Il constate
qu’il écrivait : « Le personnage de la femme du plan V est devenu la
voile du plan VI. » Il s’arrête sur cette phrase et réalise avec le recul
qu’elle lui a été dictée par la connaissance qu’il avait d’une substitution analogue opérée par Delacroix dans son tableau La Liberté
guidant le peuple. S’inspirant de la composition de Géricault pour Le
Radeau de la Méduse, Delacroix avait en effet substitué à la voile du
radeau la femme porte-drapeau. Ce qui intéresse Eisenstein n’est alors
pas la référence picturale mais le mouvement analogue de substitution
d’un élément à un autre, qui met en évidence l’image non-dite et non-montrée dans Potemkine mais construite par le spectateur sous l’influence du mouvement obtenu par la surimpression de la composition
des plans qui s’enchaînent. Cette image synthétique d’un ordre supérieur au simple plan a évidemment à voir avec l’idéologie et la dynamique révolutionnaires.
Rien ne nous interdit, en outre, de mener le même type d’analyse à
propos de deux séquences de La Grève qui se répondent et construisent à l’échelle du film une image synthétique de ce que le réalisateur
attend du montage intellectuel. En somme, ce premier film
d’Eisenstein, souvent négligé par la critique, pourrait être lu comme
un manifeste en faveur du montage intellectuel. Il s’agit de la
séquence de l’espionnage des ouvriers par des indicateurs et de celle
au cours de laquelle un contremaître qui espionnait des ouvriers est
renversé par une roue de charrette.
Dans le premier cas, après le titre « Chasse à la bête rouge », on
voit un œil qui observe, deux ouvriers suivis, la traque étant rendue
sensible par tout un jeu sur les ombres et le fondu enchaîné, puis les
deux ouvriers voient qu’ils sont observés à travers une lampe, véritable boule de cristal (l’image est inversée, le haut en bas, et déformée
par la forme sphérique de l’objet transparent) posée sur un pied à l’intérieur de la fenêtre d’un café; les deux ouvriers attirent ensuite l’espion dans un piège et le corrigent gentiment. Une seconde partie de
cette même séquence nous montre un ouvrier pris en filature par un
autre espion, observé et photographié, au moyen d’un appareil dissimulé dans une montre, alors qu’il est en train d’arracher une affiche
[5],
puis la montre est ouverte (on voit le film enroulé sur deux pignons)
dans un laboratoire par un technicien qui plonge le film dans un
liquide révélateur, après quoi il l’étire entre ses doigts et observe à la
lumière d’une lampe électrique le négatif ainsi obtenu. Cette séquence
est une façon de répondre à Vertov qu’il ne faut pas faire du « cinéœil », mais du « ciné-poing »
[6], car l’important n’est pas l’image prise
par la caméra mais ce que l’on fait de cette image. Et, ici, de façon
interne à la diégèse, l’image photographique est utilisée par les forces
répressives qui l’emportent, mais dans le contexte du tournage et de
la projection, cette séquence est plutôt une révélation de ce que le
prolétariat peut attendre du cinéma : une révélation de la vérité des
rapports de forces.
La seconde séquence – celle de la roue renversant le contremaître –
est analysée par François Albéra (Eisenstein et le constructivisme
russe) comme « exemplaire d’une multiplication des points de vue et
d’une transgression de l’écoulement du temps. La roue […] va être
vue sous tous les angles possibles, […]. Outre l’application assez littérale du principe cubiste consistant à montrer l’objet sous divers angles
et non celui assigné à un observateur fixe symétrique du point de fuite
de la perspective, ce fragment répète ou retarde l’écoulement du
temps, entrave le flux. » (op. cit., p. 188) Or ce moment de cinéma
constructiviste présente justement le mécanisme de la roue qui
manquait à l’image photographique pour devenir image cinématographique. Non seulement Eisenstein répond à Vertov, mais il amène le
spectateur à construire une image jamais montrée dans laquelle le
cinéma est arme de combat.
L’image synthétiquement construite par le spectateur n’est pas très
originale pour qui connaît un tant soit peu le cinéma d’Eisenstein, en
revanche, le processus de mise en abyme du cinéma par lui-même est
particulièrement intéressant en ce qu’il invite à concevoir le montage
dans
La Grève comme un langage tenant lieu de manifeste
[7].
Parallèle oblige : je suis parti du cinématisme, comme moyen d’explorer parallèlement différents arts. Je me suis vu dans l’obligation de
remonter le film du temps pour montrer comment cette théorie se
fondait sur une pratique créatrice. Peut-être faut-il ici entreprendre de
relire la logique qui a mené Eisenstein du montage-manifeste au cinématisme afin de mieux cerner ce que cette théorie peut aujourd’hui
nous apporter.
Il ressort alors que
La Grève est un film-manifeste sur le rôle que le
cinéma doit tenir. Or, l’esthétique constructiviste soulignée ci-dessus
doit attirer notre attention, justement parce que le constructivisme ne
saurait se laisser réduire à une esthétique. C’est un mouvement d’avantgarde sous-tendu par la volonté que la production artistique soit utile, et
le cinéma d’Eisenstein se veut utile à la révolution prolétarienne. C’est
dans un film utile à la constitution d’une identité prolétarienne
[8]
qu’Eisenstein prend position dans un débat esthétique d’une façon qui
n’est pas politiquement neutre. Il articule donc pratique et théorie.
Ce dernier point a au moins deux conséquences non explicitées par
Eisenstein. La plus évidente : comme il lie effectivement théorie et
pratique et que, dans le même temps
[9], il s’affirme comme constructiviste, il est logique que le cinématisme soit conçu comme une théorie
dans laquelle le cinéma s’avère utile à notre compréhension des autres
arts. Seconde conséquence : le montage est la clef de voûte tant de sa
pratique cinématographique que de sa théorisation; il est alors logique
que le montage devienne le mode même d’approche des relations
entre les différents arts
[10].
Cependant, on pourrait être tenté de voir dans cette affirmation
répétée de l’utilité du cinéma une réponse à l’injonction de Lénine selon
laquelle le cinéma devait être l’art majeur et ultime. Une telle lecture de
la démarche d’Eisenstein reviendrait finalement à la renvoyer à
l’Histoire, ce qui serait une façon de lui dénier tout intérêt théorique
actuel. Outre qu’il n’est pas du tout sûr que Lénine parle un langage
d’artiste, l’objection tombe du fait même du fonctionnement des
analyses cinématistes. En effet, celles-ci n’acceptent pas l’Histoire des
arts comme un donné mais présupposent que notre rapport au temps est
lui-même de l’ordre de la construction. Aussi notre conception de la
relation du sujet – présent ou passé – à l’art varie-t-elle, non seulement
en fonction des découvertes que l’on fait sur le passé, mais aussi en
fonction de notre art présent qui rétroagit sur ce passé lui-même.
On voit par conséquent à quel point la théorie cinématiste, qui
pouvait paraître fantaisiste ou datée, est fondée en raison et peut être
plus que jamais d’actualité. Eisenstein a ouvert une voie qui paraît
devoir être féconde pour qui s’intéresse aux parallèles entre les arts.
Or celle-ci est restée assez peu explorée. Est-ce en relation avec les
objections relevées dans les lignes qui précèdent ? Ou est-ce tout
simplement en raison de la conception du temps que présuppose une
telle démarche ? Toutefois, cette vision d’un présent éclairant le passé
me semble être au principe même de nombre d’études menant des
parallèles. Peut-être serait-il intéressant de voir comment le montage
peut être une droite sécante permettant d’éclairer la teneur de chacune
des droites parallèles ?
·
ALBERA, François, Eisenstein et le constructivisme russe, Lausanne, Éditions
L’Âge d’Homme, 1990.
·
AMENGUAL, Barthélémy. ¡Que viva Eisenstein !, Lausanne, Éditions L’Âge
d’Homme, 1980.
·
AUMONT, Michel, Montage Eisenstein, Paris, Albatros, 1979.
·
EISENSTEIN, S. M., La Non-indifférente nature, trad. du russe par Luda et Jean
Schnitzer, Paris, Union Générale d’éditions, « 10/18 », 1976 (t. 1), 1978 (t. 2)
·
—, textes présentés par François ALBERA, trad. du russe par Anne Zouboff,
Cinématisme. Peinture et cinéma, Paris, Complexe, 1980.
·
—, texte établi par François ALBERA et Naoum KLEIMAN, Eisenstein le
mouvement de l’art, Paris, Les Éditions du Cerf, coll. « 7ART », 1986.
·
FERNANDEZ, Dominique, Eisenstein, Paris, Bernard Grasset, 1975.
·
VILLAIN, Dominique, Le Montage au cinéma, Paris, Éd. Cahiers du cinéma,
1991.
[1]
Lettre à Jay Leyda d’avril 1939, citée par François Albéra in
Cinématisme. Peinture et cinéma.
[2]
Cinématisme. Peinture et cinéma, p. 21. Impossible ici de rendre compte des analyses développées dans cet article qui est à la fois un exemple de rigueur démonstrative, de sérieux dans
l’information et d’inventivité dans la pensée théorique. Je signale simplement que, loin de s’arrêter au fade constat cité ici, Eisenstein poursuit l’analyse en comparant cette
Vue de Tolède avec
une autre intitulée
Tolède avec le pont d’Alcantara (plus connue sous le nom de
Tempête sur
Tolède). Il montre alors que la peinture du paysage qui est en train de naître est en fait une peinture autobiographique, dimension que l’on peut justement déceler à partir des éléments montés
qui transgressent la vue réaliste et ont pour effet d’entraîner le paysage dans un mouvement
qu’Eisenstein compare à une
extase.
[3]
J’ai été très intéressé par le fait que le terme de
surimpression ait été utilisé plusieurs fois
au cours de cette journée, notamment en ouverture, par Daniel-Henri Pageaux. La pratique du
parallèle aurait-elle à voir avec celle de la surimpression ?
[4]
Je n’ai pas développé d’exemple de texte littéraire analysé de façon cinématiste, d’une part
parce que l’exemple d’El Greco me semblait plus original, d’autre part parce que la longueur
limitée d’un article ne permet pas de multiplier les exemples. Je tiens toutefois à signaler deux
articles d’Eisenstein particulièrement probants, tous deux parus dans
Eisenstein le mouvement de
l’art (cf. bibliographie) :
- « Le cinéma et la littérature », dans lequel Eisenstein cite deux pages de Léonard de Vinci
intitulées
Manière de figurer une bataille en montrant qu’on pourrait les lire comme des
conseils donnés au cinéaste-monteur;
- « Pouchkine-monteur », dans lequel Eisenstein montre que les vers d’un poème de
Pouchkine sont à analyser comme un découpage de plans cinématographiques.
Dans les deux cas, loin de se contenter d’une description en termes cinématographiques, il nous
fait apprécier l’enrichissement apporté à notre compréhension du fonctionnement de l’œuvre par
cette méthode d’analyse.
[5]
L’enchaînement des plans serait passionnant à étudier en détail. Si l’on s’arrête simplement
sur l’instant où l’espion prend en photo l’ouvrier avec un appareil dissimulé dans une montre (le
lien entre l’image et le temps est déjà en soi un symbole), on obtient :
- gros plan sur les doigts qui vont prendre la photo
- la main de l’ouvrier ouvre la vitrine derrière laquelle se trouve l’affiche et l’arrache
- en surimpression : les doigts actionnent le petit appareil photo + l’ouvrier vu en train
d’ouvrir la vitrine
- en intermittence : le négatif de la photo
- en surimpression : l’image fixée de l’ouvrier + la montre (comme si l’ouvrier se trouvait
corseté par l’armature de la montre-oignon-appareil-photo)
- la main referme l’objectif.
[6]
Expressions tirées du célèbre article « Sur la question d’une approche matérialiste de la
forme », paru en 1925 dans le numéro 4/5 de
Kinojournal A.R.K., dont je cite quelques extraits :
«
La Grève est “l’octobre” du cinéma.
[…] Sans nier l’existence d’un rapport génétique partiel avec le
Kinopravda […] je n’en
estime que plus nécessaire de souligner une différence radicale de principe, […].
Dire avant tout que
“La Grève” ne prétend pas sortir de l’art et que là est sa force.
Tel que nous le recevons, le
produit artistique […] est avant tout
un tracteur qui laboure
le psychisme du spectateur, selon une orientation de classe donnée. […]
À travers un montage dont il ne calcule pas les effets, de fragments de vie authentique (de
tonalités authentiques, diraient les impressionnistes),
Vertov tisse la trame d’un tableau pointilliste. […]
Vertov prend du monde qui l’entoure,
ce qui l’impressionne
lui, et non
ce par quoi, en
impressionnant le spectateur, il labourera son psychisme. […]
Or, nous ne devons pas
contempler, mais
agir.
Ce n’est pas un “ciné-œil” qu’il nous faut, mais un “ciné-poing”. » (
in Au-delà des étoiles,
Cahiers du cinéma, 10/18,1974).
[7]
Inutile de rappeler l’impressionnante quantité de manifestes rédigés par les avant-gardes
artistiques des années 10-20.
[8]
Rappelons que
La Grève devait être le cinquième film d’un cycle de huit qui aurait eu pour
titre
Vers la dictature [du prolétariat].
[9]
En fait, ce n’est pas exactement dans le même temps puisque
La Grève date de 1925 alors
que sa participation à la fondation du groupe Octobre date de 1928; mais François Albéra est
très net sur ce point (
Eisenstein et le constructivisme) : il s’agit d’un faux problème puisque
justement sa pratique est constructiviste, or, chez les constructivistes, la pratique prime la théorie.
[10]
Une vision d’Eisenstein constructiviste, telle celle établie de façon convaincante par François
Albéra, devrait nous inciter à ne pas nous en tenir à la peinture et à la littérature en relation avec
le cinéma, dans la mesure où les constructivistes avaient une vision globale de la création artistique. La sculpture et l’architecture devraient alors trouver leur place dans des études d’inspiration cinématiste.