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Revue de littérature comparée

2004/3 (n o 311)



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Une nouvelle collection mythologique aux éditions du Rocher qui publie ses deux premiers volumes ; une autre (aux éditions Bayard) qui prépare son lancement ; des textes majeurs réédités ; une soixantaine d’ouvrages publiés durant les quatre dernières années (voir la liste donnée infra ) : visiblement, les études mythologiques occupent une part non négligeable du champ critique, spécialement en France où incontestablement se fait sentir le rayonnement des travaux de Pierre Brunel. Il n’est évidemment pas question ici de rendre compte de chacun de ces ouvrages, mais à partir de certains, on peut esquisser un bilan et dégager des perspectives.

Éditions, traductions, inventaires : avancées de la mythographie

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Se révèlent indispensables d’abord les éditions de textes, qui permettent de sortir des sentiers battus et de refonder solidement les connaissances que nous avons de la postérité des fables antiques, en particulier. Emmanuèle Baumgartner a publié dans une collection de grande diffusion (« Folio classique »), trois textes médiévaux inégalement connus des modernes, quoique leur importance soit majeure pour évaluer la postérité des Métamorphoses d’Ovide (Pyrame et Thisbé seront illustrés par Shakespeare et Théophile de Viau, Philomèle connaîtra aux XVIe et XVIIe siècle une vogue que l’on sous-estime trop aujourd’hui, ce qui n’est pas le cas de Narcisse, en revanche). Cette édition bilingue, assortie d’une préface, d’une bibliographie et de notices, a comblé un manque important. Difficiles d’accès pour un lecteur français, deux récits néerlandais de Louis Coupérus (1863-1923) qui mêlent sources antiques et médiévales ont été récemment traduits par David Goldberg et présentés par Gilbert Van de Louw : Psyché et Fidessa constituaient une trilogie avec Metamorfose qui les a précédés, et qui n’est malheureusement pas intégré à l’ouvrage. L’héroïne des Métamorphoses d’Apulée, bien différente de son modèle, croise chez cet auteur la Chimère, le Sphinx et le cortège de Bacchus, tandis que la légende de la Licorne est récrite avec Fidessa, héroïne de l’amour et de la fidélité. Qui s’intéresse au destin littéraire d’Œdipe connaissait déjà les études de Jacques Sherer, de Colette Astier, d’Hélène Cixous et de Christian Biet. La collection « Textes et contre-textes » publiée par l’université de Saint-Étienne vient de fournir en un seul petit volume les Œdipe de Corneille et de Voltaire, la « Troisième dissertation » de l’Abbé d’Aubignac et l’« Examen de l’Œdipe de Corneille » de Voltaire.

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Dans une même logique de diffusion et de traduction, il faut souhaiter que les travaux mythographiques déjà engagés se perpétuent. Après avoir préfacé Cultes, mythes et religions de Salomon Reinach, édités par Hervé Duchêne, P. Brunel a édité la Mythologie comparée de Max Müller dans la collection « Bouquins » (Robert Laffont). Le Petit dictionnaire de mythologie populaire roumaine de Ion Talos, traduit par Anneliese et Claude Lecouteux, est publié dans la collection « Imaginaire » dirigée par Danièle Chauvin. À la croisée des mondes romans et slaves, païens et chrétiens, la mythologie roumaine (souvent étudiée dans ses avatars littéraires par Mircea Muthu, en particulier la légende de Maître Manole) peut grâce à cette édition être mise en parallèle avec la littérature médiévale romane. Autre univers : en attendant que voie le jour le « Dictionnaire des figures et mythes des Amériques » projeté par l’Université du Québec à Montréal, on peut lire utilement la Mythologie haïtienne de Maximilien Laroche. Il faut signaler enfin l’importance majeure que donne aux mythes Bernadette Rigal-Cellard dans Le Mythe et la plume. La littérature indienne contemporaine en Amérique du Nord. Cet historique de la littérature nord-amérin-dienne (dont la plupart des lecteurs français connaissent surtout le roman de N. Scott Momaday The House Made Of Dawn ) depuis ses origines jusqu’à nos jours combat les clichés hérités de l’exotisme romantique et veut mettre en lumière l’originalité des œuvres, fondée sur leur réactualisation des mythes, leurs références à l’histoire des tribus, mais aussi sur leur rapprochement avec d’autres littératures, dans les thèmes, la quête d’identité, et les modalités de la narration. À signaler également la Mythologie chinoise réunie et commentée par Yan Hansheng et Suzanne Bernard, The Dictionary of Albanian religion, mythologie and folk culture de Robert Elsie, et La Mythologie des Celtes et des Vikings de Thierry Bordas, avec une préface de Pierre Brunel.

« Mythe et littérature » : un état des lieux problématique

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Marie-Catherine Huet-Brichard, spécialiste de Maurice de Guérin, a récemment dressé, dans un petit ouvrage à vocation pédagogique, un bilan de quatre « perspectives » qui permettent selon elle d’aborder la relation entre « littérature et mythe ». Elle commence par la « perspective généalogique » en retraçant l’« histoire d’une filiation » envisagée dans deux sens : d’abord, « la littérature à l’horizon du mythe », puis « le mythe à l’horizon de la littérature ». Dans la première hypothèse, particulièrement illustrée par Northrop Frye, les mythologies et la Bible sont considérées comme « une grammaire des archétypes de la littérature » ( Anatomie de la critique, p. 165) ; la littérature dériverait du « mythe » qu’elle transformerait en genres littéraires : Lévi-Strauss voit ainsi dans le conte un mythe désacralisé (et Dumézil faisait dériver le roman de l’épopée, elle-même avatar du mythe). La littérature serait faite de « mythes auxquels on ne croit plus » (Frye, cité p. 19). C’est que le « mythe », pour Lévi-Strauss comme pour Eliade, existe en soi, et qu’il est reconnu pour ce qu’il est par son auditeur. Dans le second cas, sont invoqués les débats théoriques des années 1970 (Raymond Trousson, Pierre Albouy, Pierre Brunel et son Mythe de la métamorphose, que José Corti vient de rééditer dans la collection « Les massicotés » et dont la traduction en japonais vient également de paraître) et la proposition par Philippe Sellier dans un article célèbre de 1984 de la notion de « mythe littéraire » (article tout récemment repris lui aussi, avec des études sur Don Juan, Le Cid, La Belle au Bois dormant et Le Comte de Gabalis, dans ses Essais sur l’imaginaire classique ). Dans ces années-là en effet, un salutaire mouvement mettait le « mythe ethnoreligieux » à l’écart des préoccupations du critique littéraire et permettait une tabula rasa : l’imposition de l’épithète « littéraire » a permis de distinguer et d’étudier les mythes littéraires hérités, les mythes littéraires nouveaux-nés, et « tout ce que la littérature a transformé en mythe » (P. Brunel, cité p. 27).

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Or les récents développements des études anciennes, de l’histoire des religions comme de l’ethnologie convergent pour mettre très sérieusement en cause la construction généalogique, les définitions du mythe par Mircea Eliade ou Claude Lévi-Strauss, et pour du coup confirmer les hypothèses des « littéraires ». Depuis une vingtaine d’années Marcel Detienne, Paul Veyne, Claude Calame parmi d’autres ne cessent de le répéter : il n’y a pas, il ne peut y avoir d’ontologie du mythe. Le mythe n’est pas un genre littéraire ni une catégorie de la pensée. L’emploi moderne du mot grec est un résultat de l’histoire récente, et constitue un contresens sur la culture antique. Il est regrettable que Marie-Catherine Huet-Brichard, qui pourtant fait état de ces travaux (p. 18-19), et qui consacre son introduction à la pluralité des définitions du mot « mythe », persiste tout de même à énoncer en préalable à son ouvrage une définition restrictive et très contestable (« le mythe est un récit fondateur, anonyme et collectif, reçu comme vrai par ceux qui le transmettent comme par ceux qui l’écoutent, et possédant une valeur universelle », p. 7), dont précisément elle montre inconsciemment plus loin la fausseté lorsqu’elle fait référence à Jean-Pierre Vernant. Qui d’ailleurs, même sans avoir besoin de son autorité, ne verrait qu’une telle définition ne saurait être appliquée à Don Juan ou à Phèdre ? Longue est l’histoire de cette confusion tenace entre mythe et sacré, mythe et culte, mythe et rituel. Faute de prendre acte plus fermement de l’historicité du concept de mythe, toute la démonstration que l’auteur propose ensuite est en déséquilibre, car fondée sur une « définition » qui n’est en fait que l’héritage de la conception romantique du « mythe ».

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Le deuxième chapitre consacré aux « convergences » se consacre, en effet, à la littérature et au mythe « comme formes de discours qui poursuivent une même finalité : construire du sens » (p. 42). On y retrouve dans une première section (« Le mythe et la littérature comme récits ») la « grammaire du mythe » selon Claude Lévi-Strauss, les archétypes de Gilbert Durand, les « univers » de Roland Barthes (p. 49), les « mythes du mal » de Paul Ricœur (p. 50), les lectures allégoriques de la mythologie et le « comportement mythologique » selon Mircea Eliade (p. 56), puis un panorama des genres littéraires (p. 57- 67). La seconde section (« Les mythes de la littérature ou la littérature comme mythe ») renvoie d’abord à Claude Abastado ( Mythes et rituels de l’écriture ) : Mallarmé donne corps et forme au « mythe du Livre » qui va hanter le XXe siècle, et trouve dans Hamlet la figure mythique du divorce entre « un absolu inaccessible et une réalisation nécessairement décevante » (p. 69). Ensuite, sont rapidement passées en revue les « figures mythiques de la création », celles de « l’inspiration », puis la « figure de Narcisse » (p. 73).

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La « perspective rhétorique » du troisième chapitre se concentre sur « la relation du texte au mythe » examinée selon trois perspectives : « celle du texte où le récit mythique joue la fonction d’un intertexte, d’un corps étranger, parfois clandestin, mais jamais inerte » (on y retrouve les Palimpsestes de Gérard Genette, Mythologie et intertextualité de Marc Eigeldinger, la Mythocritique de Pierre Brunel et Le Récit spéculaire de Lucien Dällenbach) ; « celle de l’écrivain qui n’a pas toujours la maîtrise de ces jeux de rencontres ou de cache-cache et pour qui se pose la question de la singularité de sa propre voix » (sont sollicitées les psychanalyses de Charles Baudouin, les travaux de Pierre Glaudes sur Mérimée, le Sur Racine de Barthes, Marie Miguet et sa Mythologie de Marcel Proust ) ; « celle du lecteur qui, face à ces systèmes complexes d’interférences ou de brouillages, se voit contraint de modifier son mode d’approche » (l’auteur renvoie alors aux théories de la réception de Michel Charles, de Daniel Mortier à partir des théories de H. R. Jauss). Cette « perspective » aboutit à une série d’interrogations : faut-il privilégier une version d’un mythe ? comment repérer les mythes ? comment éviter de plaquer sur un texte des mythes qui ne s’y trouvent pas ?

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L’ouvrage se termine en survolant les « temps forts » des relations entre littérature et mythe : « le Moyen Âge et la matière de Bretagne » (avec un renvoi aux travaux d’Emmanuèle Baumgartner, Jean Frappier, Michel Zink, Philippe Walter), « la Renaissance et la poésie de la Pléiade » (sont cités Guy Demerson, Nathalie Mahé), « de l’âge classique au romantisme » (avec Jean-Pierre Néraudau, Aurélia Gaillard, Jean Starobinski), « le XIXe siècle et les mythes modernes », enfin « le théâtre de l’entre-deux-guerres et l’intertextualité mythique ».

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Comme on le voit, le titre de cette partie (« Perspective historique ») ne signifie malheureusement pas qu’un regard d’historien soit porté sur l’évolution des concepts et des conceptions ni de la littérature ni du mythe ; certes, les dimensions et la finalité de l’ouvrage empêchaient d’aller loin en ce sens : après les travaux de Pierre Albouy, il s’agissait de faire le tableau de trente à quarante années de critique littéraire française, et le livre donne un très utile panorama (en particulier dans la troisième partie) des interprétations récentes de nombreux textes, voire de l’importance dans la littérature française de certaines figures. Mais il est bien dommage que les travaux de Vernant, Calame et Detienne aient été seulement évoqués sans être mis à profit ; que la littérature française soit presque la seule citée ; enfin, que la « rhétorique » ait été privilégiée au détriment de la « poétique ».

Histoire et théorie : vers une mythopoétique

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Des ouvrages récents peuvent compléter ou rectifier ces « perspectives ». Quant à la rhétorique, il est bon de se rappeler son sens et sa fonction dans les discours antiques : Sophie Gotteland, en étudiant « les exemples mythiques dans le discours politique de l’Athènes classique », met en lumière l’importance des légendes des Amazones, d’Adraste, d’Héraclès, de Thésée, de la guerre de Troie dans la manipulation du passé mythique de la Grèce qui permet aux orateurs athéniens (et à un moindre degré à des historiens, des philosophes et des poètes) de glorifier leur cité et d’édicter des règles d’action.

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Quant à la poétique, il est salutaire de revenir à l’emploi qu’Aristote fait du mot mythos dans son cadre : c’est précisément sur Aristote que se fonde la Mythopoétique des genres de Pierre Brunel (analysée plus en détail par M.-M. Münch dans RLC n° 310). Parmi les « genres » sur lesquels s’exerce cette mythopoétique, le roman avait dans la dernière décennie été particulièrement en faveur. Il semble que l’intérêt désormais se déplace et s’élargisse. Les « figures mythiques » et les « types romanesques » sont confrontés dans une perspective sociologique par Brigitte Munier. Anne Mounic intitule Poésie et mythe (1 : Réenchantement et deuil du monde et de soi, et 2 : Je, tu, il/elle : aux horizons du merveilleux ) les volumes qu’elle consacre à Edwin Muir, Robert Graves, Ted Hughes, Sylvia Plath et Ruth Fainlight. Un Dictionnaire des mythes du fantastique a paru aux Presses Universitaires de Limoges sous la direction de Pierre Brunel et Juliette Vion-Dury en 2003. Un numéro de la revue La Licorne réunit des essais sur Cinéma et mythe présentés par Melvyn Stokes, Reynold Humphries et Gilles Menegaldo. Le plus remarquable est sans doute l’articulation entre mythe et musique que l’on retrouvera plus loin avec les figures d’Orphée et de Faust. On doit signaler une tentative récente pour croiser « géocritique » et mythologie : à Clermont-Ferrand, Dominique Bertrand publie des Mythologies de l’Etna; à Limoges, Bertrand Westphal et Juliette Vion-Dury s’interrogent sur Le Lieu dans le mythe. Mais c’est l’idée de poétique des mythes ou de mythopoétique qui semble dominer dans les travaux actuels. Un volume de mélanges offerts à Claude Calame a choisi aussi de placer les mythes sous ce signe : réunis sous le titre Poétiques comparées des mythes. De l’Antiquité à la Modernité, ces essais examinent des réécritures des fables de Thésée, d’Orphée, d’Aphrodite, de Prométhée, de Pygmalion, à partir des poètes antiques (Homère, Sappho, Bacchylide, Horace et Ovide) jusqu’au Frankenstein de Mary Shelley, à des textes de Franz Kafka et de Rose Ausländer.

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Mais la poétique ne se dissocie qu’artificiellement de la politique et de la philosophie. C’est pourquoi un recueil d’articles (réimprimé en 2000) de Jean-Pierre Vernant publié au Seuil prenait pour titre Entre mythe et politique tandis que les éditions la Découverte republiaient le classique Mythe et tragédie en Grèce ancienne. Odile Wattel-de Croizant manifeste un même souci en intitulant La Dimension politique et religieuse du mythe de l’Europe de l’Antiquité à nos jours les actes du colloque tenu à l’ENS les 29-30 novembre 2001 qu’elle a réunis, tout comme L. Couloubaritsis et J.-F. Ost avec Antigone ou la résistance civile. Justement, dans sa magistrale étude des « sources de l’imaginaire juridique », le juriste et philosophe François Ost analyse successivement la donation de la loi à Moïse sur le mont Sinaï, l’invention de la justice dans l’Orestie d’Eschyle, la révolte d’Antigone chez Sophocle, la souveraineté de l’individu pour Robinson Crusoé et les paradoxes de la liberté selon Faust. À sa manière, ce livre forme une réponse au Platon et le miroir du mythe : de l’âge d’or à l’Atlantide (1996) de Jean-François Mattéi, qui a été réimprimé en 2002. Mentionnons également une approche plus insolite des sciences humaines : Mythologie et médecine de Jacqueline Vons. Autre perspective : le recueil d’essais que Christian Berner et Jean-Jacques Wunenburger publient sous le titre Mythe et philosophie : les traditions bibliques.

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André Dabezies a récemment rappelé ( RLC n° 309) son refus de confondre « figures bibliques » et « figures mythiques », refus qu’il fonde en particulier, avec Mircea Eliade, sur une opposition entre la temporalité mythique et la conscience du temps imposée par le monothéisme biblique (voir également Danièle Chauvin, infra, p. 358). Mais les pratiques semblent diverger. Si Françoise Gilbert intitule son livre La Figure de l’antéchrist dans l’Espagne du siècle d’or, Agnès Castiglione La Figure de l’ange dans l’œuvre de Jean Giono, et Véronique Léonard-Roques Caïn, figure de la modernité, on trouve aussi Lilith, avatars et métamorphoses d’un mythe entre Romantisme et décadence par Pascale Auraix-Jonchière, Jonas ou l’oiseau de malheur. Variations bibliques sur un thème narratif par Jean Alexandre, Judith. Échos d’un mythe biblique dans la littérature française par Jacques Poirier et Le Défi de Babel. Un mythe littéraire pour le XXIe siècle par Sylvie Parizet. « Mythe », « mythe biblique », « figure », « mythe littéraire », « thème narratif » : le cas n’est visiblement pas tranché dans les études liées à la Bible. Pas plus d’ailleurs que dans celles qui s’attachent à d’autres traditions : Brigitte Méra étudie Balzac et la figure mythique dans les « Études philosophiques », Liana Nissim « il mito di Artemide-Diana », Danielle Perrot la « figure mythique » de Don Quichotte au XXe siècle. Tandis que Walter Zidaric choisit d’intituler les actes du colloque de Nantes qu’il réunit du seul nom de la ville, Saint-Pétersbourg : 1703-2003, Wladimir Troubetzkoy, lui, écrit un Saint Pétersbourg, mythe littéraire. Pierre Brunel prend acte de l’alternative en choisissant pour sa collection d’accoler les deux termes : « Mythes & figures ». Mérite une mention particulière le parti original choisi par Benoît Bolduc : son étude d’Andromède au rocher porte pour sous-titre Fortune théâtrale d’une image en France et en Italie 1587-1712; mais il élit dans son introduction, afin « entre autres d’éviter le mot “fable” qui a des sens trop différents pour les poéticiens et les mythographes », un « terme italien du discours sur l’art », le mot « istoria ». Il en précise ainsi le sens : « istoria, littéralement “histoire”, n’est pas ici à prendre dans l’acception que lui a donnée Alberti désignant une œuvre d’art narrative ou allégorique de grande envergure, mais plutôt dans le sens que lui donne Ludovico Dolce, soit celui de récit historique ou fabuleux, source de l’inspiration de l’artiste » (p. 12, n. 5). Quant à son titre, il s’explique par le concept d’« image d’action » que l’auteur emprunte au Père Ménestrier (p. 19-20). Même si ce choix ne règle pas tous les problèmes (car Benoît Bolduc part tout de même de la mention d’un « combat mythique », se réfère à Mircea Eliade dans sa première page, et parle à nouveau de « mythe » dans sa conclusion), il est de fait sans doute prudent, pour traiter les objets littéraires et artistiques, d’utiliser les outils théoriques et critiques propres à leurs auteurs et à leur temps, et de réserver l’emploi du mot « mythe » à la modernité qui l’a réinventé. Ces hésitations du vocabulaire dans les études citées et dans leurs titres, quoi qu’il en soit, restent révélatrices d’une gêne qui persiste devant le mot, sinon devant le concept, gêne qu’une attention plus grande à leur histoire, on le répète, pourrait peut-être alléger.

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Ce rapide survol finira justement par un regret : celui que les études historiques du concept de mythe et de la conception de ce que nous appelons aujourd’hui de ce nom soient pour l’instant cloisonnées dans des domaines nationaux trop étroits, et ne soient pas suffisamment diffusées ; il faudrait étendre au cadre européen une analyse comme celle de Julie Boch ( Les Dieux désenchantés. La Fable dans la pensée française de Huet à Voltaire (1680-1760) ). Tandis que Daniela Gallingani dans Mythe, machine, magie montre comment la littérature reflète les synthèses hasardeuses que tente le XVIIIe siècle entre médecine, science de la nature et politique, Julie Boch montre, elle, comment et pourquoi, alors qu’elle appartenait jusqu’à la fin de l’époque classique au champ de l’histoire religieuse, la fable, au tournant des XVIIe et XVIIIe siècles, quitte peu à peu le cadre de la théologie pour celui de l’esthétique, de l’histoire et de l’anthropologie. Oublier ou méconnaître cette histoire du concept de mythe (mise en lumière au départ, comme on l’a vu plus haut, par les spécialistes de l’antiquité), condamne toute spéculation sur ce même concept à un dangereux autotélisme. D’autant plus dangereux que le « mythe » au XXe siècle a fait l’objet d’un lourd investissement idéologique, que naguère Daniel Dubuisson a mis en lumière dans Mythologies du XXe siècle : Dumézil, Lévi-Strauss, Eliade.

Entre essence et existence

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En concordance avec les travaux de Claude Calame, les auteurs de Poétiques comparées des mythes entendent illustrer, d’après leur « prière d’insérer » programmatique, « le fait que les récits qu’une catégorie opératoire de la pensée anthropologique nous induit à considérer comme des mythes n’existent que réalisés et intégrés dans des textes poétiques et littéraires ». L’illustration de ce postulat se vérifie de fait dans une série d’études produites ces dernières années, qui envisagent aussi bien des figures héritées de l’antiquité classique, des mythes modernes, des figures bibliques, des villes mythiques. Mais le postulat lui-même ne fait toujours pas l’unanimité.

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On constate en effet la persistance de deux types d’approches opposées, en lesquelles doit très probablement être reconnu le maintien d’une compétition entre l’idéalisme platonicien et l’empirisme aristotélicien : l’une – appelons-la essentialiste – s’attache à chercher la définition universelle d’un mythe au travers des textes et des œuvres ; l’autre – risquons-nous à l’appeler existentialiste – est plus axée sur l’histoire de ses avatars, et s’épargne l’hypothèse d’un archétype ou d’un mythe originel, voire la construction d’un « modèle » ou d’un « patron ». Si l’on admet, en effet, que « le mythe est un genre introuvable », selon la formule de Marcel Detienne ( L’Invention de la mythologie, 1980), reste la question de savoir si chaque mythe s’enracine dans un « archétype » ou une « idée » préexistants, ou bien si, comme les autres fictions, ces récits, images, scénarios que nous appelons des « mythes » (et qu’on appelait jadis des « fables », naguère quelquefois des « thèmes ») sont le produit de l’imagination d’un auteur et de sa culture, sur lequel viendraient se cristalliser, dans chaque société et dans chaque époque, un réseau de significations.

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Tandis que les éditions La Découverte rééditent avec une postface inédite de l’auteur et la préface de Pierre Vidal-Naquet le texte de 1975 du Dédale : mythologie de l’artisan en Grèce ancienne de Françoise Frontisi-Ducroux, (qui vient aussi de faire paraître L’Homme-cerf et la femmearaignée ), Michèle Dancourt considère dans Dédale et Icare. Métamorphoses d’un mythe que le mythe grec du premier artiste-ingénieur « mobilise un symbolisme universel en construisant la scène – masculine – des origines de la culture, quand la chute de son fils, Icare, illustre le statut tragique de sa transmission » (prière d’insérer). Frédérique Toudoire-Surlapierre pose explicitement la question de l’essence comme fondement de sa démarche quand elle présente son Hamlet, l’ombre et la mémoire : « “ To be or not to be”, cet aphorisme si emblématique du mythe de Hamlet ne serait-il pas (presque) trop célèbre ? Non, car c’est très exactement la question que nous nous posons : qu’est-ce qui “est” dans le mythe de Hamlet, autrement dit qu’est-ce qui le constitue, quelle est son “essence” d’un point de vue esthétique et ontologique ? ».

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En lançant la question, en conclusion du recueil « La cruelle douceur d’Artémis ». Il mito di Atemide-Diana nelle lettere francesi : « Artémis, qui es-tu ? » (p. 411), Liana Nissim entame une démarche analogue. Mais les articles qu’elle a réunis offrent, eux, un panorama de l’histoire et des avatars de la déesse au triple visage, ici désignée par deux de ses noms, dans lesquels on ne reconnaît pas forcément une visée essentialiste. Contrairement à ce qu’indique le titre, ils ne se limitent pas à la littérature française, et ceux que nous mentionnons (faute de pouvoir tout citer) sont d’ailleurs précisément les plus « comparatistes » : Fabrizio Conca dessine l’évolution de la déesse dans les hymnes homériques et le roman grec, chez Euripide, Apollodore et Callimaque ; Silvia D’Amico attire l’attention sur le motif de la chasse au cerf dans la Meleagris de Basinio Basini (1448) ; Sergio Cappello rappelle les sources italiennes (Boccace, Colonna) de Jeanne Flore, Hélisenne de Crenne et d’autres auteurs de narrations ; Daniela Boccassini voit se dessiner un « Actéon mélancolique » (p. 101) dans l’Ovide moralisé, chez Christine de Pisan, Alciat, Marguerite de Navarre, Giordano Bruno, Bonaventure des Périers, Montaigne, Le Tasse. Francis Claudon montre comment la représentation d’Endymion dans le premier romantisme a été conditionnée par le tableau de Girodet Le Sommeil d’Endymion : soit que les auteurs suivent les voies ouvertes par Girodet (Toumanski, Keats, Hölderlin, Aloysius Bertrand), soit qu’ils définissent leur Endymion contre celui de Girodet, tel Nodier dans Smarra, ou Stendhal chez qui F. Claudon voit « le retour de Carrache » (p. 252) ; Jean de Palacio évoque Heine, Arsène Houssaye, Louis Ménard, Flaubert, Banville, Jean Richepin, Jean Lorrain, Hérédia, Paul Arosa, Offenbach, Gottfried Keller, Shelley, Armand Silvestre, Albert Samain ; Guy Ducrey montre le lien entre littérature et danse à propos des Diane de Théodore de Banville, de Zola, de Mallarmé et de Jules Barbier, tandis que Laura Colombo étudie les transformations de la figure de Diane dans les livrets de ballet français ; Guy Cherqui traque Diane à l’opéra, avec Offenbach, Rameau, Auber, Alfred Alessandrescu, Johann-Christian Bach, Francesco Cavalli, Vicente Martin y Soler, Arthur Bliss, Rameau, Gluck ; Marco Modenesi trouve « Le sombre rayonnement des Dianes rousses » (p. 395) chez plusieurs auteurs du XXe siècle : Paul Morand, Pierre Klossowski, Patrick Grainville. L’ouvrage, richement illustré et indexé, est précieux pour remettre à jour des travaux plus anciens, presque toujours centrés uniquement sur la Renaissance.

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L’archéologie et la philologie restent des guides sûrs. Il faut saluer l’édition française d’un ouvrage de Claude Vatin d’abord publié en grec, où l’on découvre en Ariane et Dionysos « un mythe de l’amour conjugal », qui a inspiré les poètes et les artistes pendant douze siècles de culture grecque et gréco-romaine, jusqu’aux marches de l’Asie centrale. Analysant des dizaines de textes et tout autant d’images, l’auteur montre que l’étude de la société grecque ne doit pas oublier, en face de l’institution juridique du mariage qui fait de la femme une éternelle mineure, l’existence d’un mythe qui propose une autre vision du mariage comme conclusion d’une passion spirituelle et charnelle partagée par les deux amants. L’étude de la mythologie sert l’histoire culturelle, les fables sont vues comme le support et l’instrument d’une idéologie ou d’un idéal.

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Ce ne sont pas douze, mais vingt-huit siècles à peu près (d’Homère à aujourd’hui) que le Sisyphe et son rocher d’Æneas Bastian et de Pierre Brunel embrasse en une centaine de pages, avec le même souci d’exactitude philologique et de perspective historique. Elles sont mises au service d’une méditation sur le nom, le palais, le tombeau de Sisyphe, qui veut répondre à la question « qu’a donc à nous dire encore aujourd’hui le rocher de Sisyphe ? » (quatrième de couverture). C’est en effet la modernité de la figure qui ressort de cet essai : Albert Camus, Roger Caillois et Ilya Ehrenbourg ont marqué le siècle qui vient de s’achever, en particulier la littérature allemande d’après-guerre, et ce n’est pas un hasard si ce héros toujours silencieux dans les textes anciens ne commence à prendre la parole qu’avec Robert Merle et Vytaute Zilinskaite. Oui, cet « homme qui s’est obstiné dans le refus de mourir, ou, mieux, dans l’ignorance volontaire de la Mort », pour qui les dieux « méritent d’être bernés » et qui s’enferme dans une « fidélité au pire » (p. 139) a bien, en effet, quelque chose à nous dire de nous et de l’histoire de notre temps.

Modernité, actualité

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Un même souci de lier l’étude des mythes, ou de certains mythes, à l’histoire et aux sciences humaines est à l’œuvre dans plusieurs autres importantes publications récentes. Ainsi Der Mythos der Edda : nordische Mythologie zwischen europäischer Aufklärung und nationaler Romantik par Klaus Böldl ; Myth and National Identity in Nineteenth-century Britain : the Legends of King Arthur and Robin Hood par Stephanie L. Barczewski, ou encore Pen vs. Paintbrush : Girodet, Balzac and the Myth of Pygmalion in Postrevolutionary France par Alexandra K. Wettlaufer.

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Les essais réunis par Jean-Yves Masson sous le titre Faust ou la mélancolie du savoir vont dans ce même sens. L’article liminaire d’André Dabezies délimite le « contexte théologique » (p. 21) du Volksbuch de 1587 et ses enjeux, qui font de Faust un mythe situé dans un lieu, l’espace germanique, et dans un temps, celui où l’Église romaine perd son unité, double caractère que confirment l’analyse du Faust de Marlowe (par Myriam Crusoé) et celle du Magicien prodigieux de Calderón (par Guiomar Hautcœur). Commence alors une série d’études consacrées au mythe que Jean-Yves Masson considère comme « le plus propre à décrire les enjeux de la modernité » (p. 9). D’abord Jacques Le Rider considère le deuxième Faust comme « le dernier mot de Goethe sur le monde moderne », propose de voir en Nietzsche un « pieux disciple de son maître Goethe », mais un disciple dépourvu de la « lucidité désabusée du maître » et résume ainsi la leçon goethéenne : « nous sommes, nous les contemporains, les créatures de Méphistophélès et non les amants d’Hélène » (p. 61). La comparaison entre Faust et Frankenstein établie par Sylvie Parizet vient préciser la valeur de cette modernité : celle de Faust, si elle voit le triomphe du Diable, n’a pas encore pris acte de la mort de Dieu comme le fait Mary Shelley. Avec Pessoa (lu par Élisabeth Rallo-Ditche), avec Boulgakov (lu par Françoise Flamant), avec Valéry (lu par Anne Ubersfeld), avec Hermann Hesse (lu par Hans Hartje), d’autres modulations de la modernité apparaissent : celle d’un XXe siècle marqué par deux guerres mondiales, par la crise des sciences et de la culture européenne. Dans ce contexte prennent un relief particulier les lectures de Faust imposées d’un côté par Oswald Spengler, dont le Déclin de l’Occident fait ici l’objet, selon les termes de J.-Y. Masson, d’une « mise au point salutaire » (p. 17) due à Georges Thinès, et de l’autre par Sigmund Freud, dont le « Rêve de Goethe » donne à Camille Dumoulié une « clé » très faustienne pour mettre en perspective le « désir fou » et le royaume des « Mères » dans l’œuvre et la folie de Lenau, de Nerval et d’Artaud (p. 92-107). C’est aussi « l’effroi du désir », associé au « grand thème » de « l’homme mélancolique » (p. 113), que reconnaît dans Faust Michel Schneider, qui s’interroge essentiellement sur la différence des traitements opéradiques de Don Juan et de Faust. Précisément, à côté de la place remarquable faite aux sciences humaines dans ce volume, en cela fidèle à l’esprit de la collection dirigée par Camille Dumoulié qui le publie (« Littérature & idée »), celle qu’y prennent les études musicales n’est pas moins notable. Pierre Brunel part du poème de Verlaine « Nuit du Walpurgis classique » pour mettre en relief le recours de Goethe au Songe d’une nuit d’été et ses implications dans les versions poétiques et musicales romantiques (essentiellement) de cette « nuit de Mai » (p. 64-81). Les versions musicales du mythe et la conception de la musique qu’implique ce mythe occupent une place centrale dans les contributions de Rémy Stricker, de Laure Schnapper, de Marjorie Berthomier, de Timothée Picard, de Laurent Feneyrou et jusqu’à l’étude par J.-Y. Masson du Doktor Faustus de Thomas Mann. Il est impossible dans le cadre qui est le nôtre de rendre justice à la richesse de ces contributions. Mais c’est un fait marquant que la place donnée à la musique dans son dialogue avec la littérature au sein de ce volume : certes, Faust grâce à Gounod comme Don Juan grâce à Mozart est devenu un grand mythe musical. Mais c’est aussi le propre d’une évolution très actuelle des études comparatistes que cette réflexion conjointe sur la poétique des mythes et le dialogue entre texte et musique. À noter aussi qu’un même intérêt pour Faust se retrouve en Espagne et en Allemagne, avec la publication de El mito fáustico en el drama de Calderón de Sigmund Méndez et, surtout, du Faust : Mythos und Musik de Hans Joachim Kreutzer, qui confirme évidemment le lien entre musicologie et mythocritique, de même que le recueil d’actes Orfeo, il mito, la musica : percorsi tra musicologia e antropologia musicale réuni par Stefano A.E. Leoni.

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« Face aux deux grands mythes littéraires de l’Europe moderne que sont Faust et Don Juan, Don Quichotte fait un peu, si l’on ose dire, triste figure » (p. 7), commence Danielle Perrot, mais pour mieux écrire quelques pages plus loin « à l’heure actuelle […] ce sont peut-être les orgueilleux conquérants, Faust et Don Juan, qui font figure de Don Quichotte » (p. 16). Les essais qu’elle réunit sur Don Quichotte au XXe siècle ont la particularité de se présenter nettement comme études de « réceptions d’une figure mythique dans la littérature et dans les arts ». Aussi clair que ce sous-titre est le projet affiché dans la préface, celui d’une réflexion « résolument attentive aux données socio-historiques qui éclairent de significations spécifiques, d’une période et d’une aire culturelle à l’autre, les différentes formes de réinvestissement symbolique du célèbre mythe littéraire » (p. 7), et le pari est tenu. Le livre n’est pas une simple collection d’articles : une riche bibliographie de 35 pages, établie par S. Urdician, B. Alonso, F. Peyrègne, M.-C. Urbano, dresse la liste des Don Quichotte présents dans les fictions romanesques, dans la poésie, dans la bande dessinée, dans la danse, au théâtre, au cinéma, à la télévision et à la radio, dans la production musicale, dans l’iconographie et dans la critique. Cette liste fait aisément comprendre que, malgré l’ampleur du volume (38 articles), le champ d’investigations reste ouvert. Mais D. Perrot peut déjà dessiner la « triste figure » moderne du Chevalier, qu’elle voit aller « vers un tragique bouffon » (p. 7), devenir le support de lectures idéologiques qui font de lui le « gardien du Livre ou des livres » (p. 10), et par là devenir un « mythe fondateur de la littérature moderne » (p. 12). Il n’est pas possible d’entrer dans le détail des communications, réunies en trois sections : « Illustrations, adaptations, transpositions », « cristallisations idéologiques d’un mythe littéraire » et « les nouveaux don quichotte ». Mentionnons, arbitrairement, l’article de Nicolas Surlapierre qui montre comment « imagerie ou imaginaire donquichottesque » ont été mobilisés « au service de l’antifascisme » (p. 260-274) ; l’utilisation de Don Quichotte contre la menace nazie par Thomas Mann (étudiée par Claude Foucart et par Véronique Léonard) ; les ambivalences politiques qu’il permet dans le Tchevengour d’Andreï Platonov (étudiées par Françoise Genevray et par Frédérique Leichter-Flack) ; la proposition par Jakob Wassermann, en 1929, d’un Christophe Colomb « Don Quichotte de l’Océan » (analysée par Gérard Laudin) ; la place majeure de la référence cervantine dans l’œuvre d’Unamuno (analysée à trois reprises, par Elisabeth Delrue, Marie-Carmen Urbano, Chantal Pestruaux). Précisément, Unamuno (après le Cid et Cervantes) est pour Miguel Torga « le troisième Quichotte » (p. 235), et sa présence dans l’œuvre de cet auteur portugais est éclairée par Daniel-Henri Pageaux comme un « cas particulier, singulier d’ibérisme » (p. 227) : grâce à Don Quichotte, Torga ajoute au « système de pensée », hérité de la génération de 70, « de nouvelles raisons de croire et d’agir » (p. 235).

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Incontestablement donc, le XXe siècle, quoi qu’on ait pu penser de la mort des mythes, offre un champ vaste et de plus en plus attirant, visiblement, à ceux qui s’intéressent à eux, qu’on suive la fortune d’une figure donnée, ou qu’on s’essaye au plus périlleux exercice d’un panorama « des mythes » d’une période donnée. Ariane Eissen et Jean-Paul Engélibert avaient interrogé La Dimension mythique de la littérature contemporaine (voir RLC n° 305). Les avant-gardes et leurs mythes font l’objet de la très copieuse collection d’essais réunis par Véronique Léonard-Roques et Jean-Chistophe Valtat. Le volume s’inscrit, comme celui de Danielle Perrot, dans la perspective de « sociopoétique des mythes » définie par Alain Montandon, qui a déjà donné lieu à plusieurs publications en particulier dans le cadre de recherches sur l’hospitalité et sur la Décadence. Les trente-trois communications présentées, heureusement réunies par un index commun des noms, sont réunies aussi par une interrogation commune : comment des mouvements en quête d’une radicale nouveauté ont-ils réagi face à ce qui, a priori, représente le mieux la notion d’héritage culturel ? Les bornes chronologiques sont celles du symbolisme et du surréalisme (1890-1940), avec un cas particulier : Rilke, présenté par Sébastien Hubier comme « un “au-delà” déjà de l’avant-garde » (p. 477-490). Selon les auteurs, il ressort que « ce que l’avant-garde avait le mieux réussi à capter, en le répétant, du mythe, c’était son impureté, son instabilité, son inscription diachronique dans l’Histoire, son métissage constant des traditions, son obstination à dire une origine ou un but impossible à rejoindre, toujours déjà perdus » (p. 15). On remarquera que, du pluriel du titre (« Les Mythes des Avant-gardes »), on passe ici à un singulier, « du mythe » : est-ce contamination du « fantasme d’une essence originaire, authentique, universelle » que les mêmes auteurs opposent à « son incarnation forcément transitoire, partielle, dans les formes dégradées, figées, littérarisées des mythologies » (p. 8) ? Peut-être est-ce tout simplement que ce « fantasme » a précisément connu une particulière expansion pendant la période en question : l’article de Wolfgang Asholt le montre clairement. Le futurisme italien avec Marinetti se proclame destructeur de mythes et le dadaïsme « représente la réaction anti-mythique essentielle et profonde » (p. 20) – voir aussi, pour une perspective différente, l’article de Claude Foucart (p. 449-461) –, mais le futuriste russe Nikolij Burljuk qualifie les poètes de « créateurs de mythes » (p. 21), – et Céline Flécheux traite plus loin des myth makers américains (p. 125-136) –, le surréalisme est imprégné par « la pensée mythique » (p. 21) et Breton le conçoit « comme mode de création d’un mythe collectif » (p. 23), Finalement, c’est « l’intention profonde de l’avant-garde » elle-même que Jean-François Lyotard qualifie de « mythe » (p. 29). Du coup, les auteurs ont choisi d’appeler « mythe » des objets très divers : « la représentation temporelle » (J. Bessière), « Acéphale » (S. Zenkine), « le dionysiaque » (A. Dominguez Leiva), « Vikings et Valkyries nordiques » (F. Toudoire-Surlapierre), « les mythes brésiliens du “malandro” et de l’Indien “tire-au-flanc” » (D. Mimoso-Ruiz), « Adam » (V. Léonard-Roques), « le Grand Jeu » (R. Poulet), « l’Homme nouveau » (C. Schenck), « la Machine » (I. Krzywkowski), « Lilith » (P. Auraix-Jonchière), « la femme mécanique » (S. Bazile), « le rêve de la création d’un enfant mécanique » (S. Contarini), « Mafarka le Futuriste » (B. Meazzi), « le regard méduséen » (F. C. Caland), « la pensée mythique » (E. Galtsova), « les mythes arthuriens » (I. Cani), « le mythe de l’androgyne wagnérien » (B. Rey-Mimoso-Ruiz), « le Minotaure » (N. Surlapierre), « Hermès » (M. Albert), « Ulysse, le Titanic, l’Exode » (O. Salazar-Ferrer), « la mythologie grecque » (G. Saad), « une modernité mythifiée » (E. Radix), « Desnos » (V. Hugotte). Deux communications (celle de J. Wilker et celle d’O. Décaudin) portent sur Mallarmé. On notera aussi que deux communications sont centrées sur le mythe de Babel : Pascal Vacher le retrouve dans Metropolis de Fritz Lang, et Anne Tomiche met en lumière le paradoxe de la réflexion sur les langues des avant-gardes futuristes et dadaïstes, « dans la mesure où le renouvellement affirmé de la langue poétique prend la forme d’une quête de retour à une langue liée aux origines de la Création » (p. 167).

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Cette importance de Babel venait, en effet, d’apparaître pleinement grâce au recueil d’essais réuni par Sylvie Parizet, qui, dans « le défi de Babel » voit « un mythe littéraire pour le XXIe siècle ». Le premier chapitre du volume est précisément consacré à la pluralité des langues. D’abord, Jean-Michel Maulpoix cite Mallarmé qui les dit « imparfaites en cela que plusieurs » (p. 25), puis définit le devoir du poète moderne : « se reconnaître étranger dans sa langue » (p. 33), et la poésie même : « Écrire, c’est inventer, comme une langue dans la langue, les tours propres d’un idiome. Rendre le propre étrange aussi bien que rapprocher l’intime de l’étranger, voilà le travail du poème » (p. 34). À la fin du volume, dans le dialogue à quatre voix qu’il noue avec Sylvie Parizet, Jean-Yves Masson et sa traductrice Anne Wade Minkowski, un autre poète, auteur du Poème de Babel traduit de l’arabe en français en 2000, Adonis, dit quant à lui : « je pense profondément que tout vrai poète est exilé au sein même de sa langue, dans ce sens qu’il est toujours en train de créer entre les mots et les choses des rapports nouveaux, d’élaborer une nouvelle image du monde » (p. 186). Regis Salado fait ensuite le point sur la réponse « éminemment “babélienne” » (p. 36) que donne à l’épisode biblique Joyce dans Finnegans Wake. Mais il propose aussi une lecture plus inédite de la première scène d’Ulysse, scène de rasage en haut d’une tour. Certes, le nom « Babel » n’apparaît pas dans Ulysse, mais « Babylon » y est quatre fois mentionnée, et ces mentions, mises en perspective avec le début de l’épisode 13, permettent de supposer une « variante particulièrement perverse de Babel, qui consiste à faire de la langue supposée commune le lieu et l’instrument de la séparation » (p. 47). Claude-Gilbert Dubois propose d’élucider les « fondements mythiques de la dialectique Base/Sommet » en fonction du « triangle de Babel », déduit de la symbolique jungienne, qu’il illustre de trois textes : l’un de Pierre Emmanuel, l’autre d’Artaud, le dernier de saint Clément. Dans le troisième chapitre (« Politiques de Babel »), Jean-Yves Masson montre comment la lecture du mythe de Babel par Stefan Zweig n’a cessé d’évoluer, depuis son œuvre de circonstance du printemps 1916, jusqu’à la conférence de Florence (mai 1932) et à celle qu’il prononça plusieurs fois aux États-Unis en 1939. La première guerre mondiale est au départ de sa méditation : « Une fois encore, notre Rome spirituelle était détruite, une nouvelle fois notre Tour de Babel était abandonnée par ses artisans » (cité p. 122); à l’arrivée se profile le rêve d’un « point de vue supérieur qui privilégie l’universel » (p. 124). Philippe Zard montre un Kafka « architecte du politique », qui, de la lettre à Max Brod où il parle de sa « tour de Babel intérieure » (cité p. 126) aux Armes de la ville, texte narratif d’une page écrit en 1920, tout entier consacré à Babel, s’interroge « sur l’aptitude de l’homme à édifier, par ses propres moyens, le sens de son existence individuelle ou collective » (p. 138). Crystel Pinçonnat trouve dans trois romans de science-fiction, Babel 17 de Samuel Delany, Babel de Vladimir Colin et Dreaming in Babylon de Richard Brautigan, un « meilleur des mondes totalitaires », où Babel « présente encore le fantasme de toute puissance et le défi démiurgique propre au récit biblique », mais où, en l’absence de transcendance, ces transgressions ne sont pas nécessairement punies. La présence dans les trois romans d’un personnage poète, romancier ou linguiste permet de combattre « l’oppression des discours codifiés » (p. 152). Enfin, Sylvie Parizet dégage « les enjeux politiques et philosophiques d’une langue perdue ». Elle met en relief le renversement axiologique (engagé depuis la Renaissance) par lequel les écrivains contemporains « expriment leur méfiance, non envers la multiplicité des langues, mais envers son contraire – la langue unique. » Elle souligne les deux faits nouveaux apparus au XXe siècle : l’association explicite à des événements historiques majeurs, et des traductions radicalement nouvelles du texte hébreu, qui prouvent « l’émergence d’une lecture “moderne” du récit chez des religieux de toutes tendances » (p. 155). Le chapitre central est consacré à la « ville maudite », car Babel est aussi Babylone, et la modernité est marquée par la monstrueuse expansion des mégalopoles. Notons d’ailleurs au passage que les villes mythiques sont justement aussi un sujet très actuel : Crystel Pinçonnat a publié en 2001 New York mythe littéraire français, et Wladimir Troubetzkoy Saint Pétersbourg, mythe littéraire en 2003. Mais la ville est Babel d’abord pour Baudelaire, dont Pierre Loubier propose une analyse du « Rêve parisien » et de « La Voix », et aussi du projet de poème en prose « Symptôme de ruine » : « Je descends, puis je remonte. Une tourlabyrinthe. Je n’ai jamais pu sortir. J’habite pour toujours un bâtiment qui va crouler, un bâtiment travaillé par une maladie secrète » (cité p. 76). On voit Paris et Bruxelles devenir deux Babel modernes, grotesques et prostituées. Henry James ne compare qu’une ville à Babylone, et c’est aussi Paris (dans Les Ambassadeurs ), explique Julie Wolkenstein (p. 89). Enfin Camille Dumoulié énonce « le paradoxe de Babel dans le roman moderne de la ville » (p. 99). « Chaque roman de la ville », explique-t-il, est complice de Babel et fait servir les vieux mythes et les vieux démons à la gloire de cette fascinante catin qu’est la grande ville moderne », qu’elle soit le Pétersbourg de Biély, le New York de Dos Passos, Le Berlin de Döblin, le Bleston de Butor, « la nouvelle Bloomusalem » de Joyce ou d’autres encore. Mais « la signification de Babel, mythe, motif ou fantasme », y est renversée, grâce au facteur poétique que constituent ses paradoxes : celui du Verbe, celui de la Faute, celui du tragique et celui de la Tour, dont le renversement, « selon la logique carnavalesque, devient un signe de destruction joyeuse, de destitution du pouvoir et de la loi, qui accompagne le renouvellement du monde » (p. 108). Sylvie Parizet conclut justement sa présentation avec cette question : « si l’érection de la tour a longtemps été considérée comme l’expression d’un malencontreux défi lancé il y a quelque trois mille ans, n’est-ce pas la féconde acceptation de la pluralité – des mondes, des langues, des cultures – qui pourrait constituer désormais le nouveau défi à relever ? » (p. 19) La tentation est grande, et on y cédera volontiers, de transposer ce défi à la pluralité des approches critiques qui ont été ici mentionnées.


Ouvrages mentionnés :

  • ALEXANDRE (Jean), Jonas ou l’oiseau de malheur. Variations bibliques sur un thème narratif, Paris - Montréal (Québec), L’Harmattan, 2003,164 p.
  • AURAIX-JONCHIÈRE (Pascale), Lilith, avatars et métamorphoses d’un mythe entre Romantisme et décadence, Clermont-Ferrand, PUBP, 2002, Cahiers Romantiques n° 8,354 p.
  • BARCZEWSKI (Stephanie L.), Myth and National Identity in Nineteenthcentury Britain : the Legends of King Arthur and Robin Hood, Oxford, Oxford University Press, 2000, p.
  • BASTIAN (Æneas), BRUNEL (Pierre), Sisyphe et son rocher, Monaco, Éd. du Rocher, 2004,174 p.
  • BAUMGARTNER (Emmanuèle), éd. bilingue par, Pyrame et Thisbé. Narcisse. Philomena. Trois contes du XIIe siècle français imités d’Ovide, Paris, Gallimard, « Folio classique », 2000,300 p.
  • BERNER (Christian), WUNENBURGER (Jean-Jacques), éd., Mythe et philosophie : les traditions bibliques, Paris, PUF, 2002,271 p.
  • BERTRAND (Dominique), éd., Mythologies de l’Etna, Clermont-Ferrand, Presses Universitaires Blaise Pascal, 2004,175 p.
  • BOCH (Julie), Les Dieux désenchantés. La Fable dans la pensée française de Huet à Voltaire (1680-1760), Paris, Champion, 2002,576 p.
  • BÖDL (Klaus), Der Mythos der Edda : nordische Mythologie zwischen europäischer Aufklärung und nationaler Romantik, Tübingen, Francke, 2000,321 p.
  • BOLDUC (Benoît), Andromède au rocher. Fortune théâtrale d’une image en France et en Italie (1587-1712), Florence, Olschki, 2002,392 p.
  • BORDAS (Thierry), La Mythologie des Celtes et des Vikings, préf. de Pierre Brunel, Paris, Molière, 2003,131 p.
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  • CASTIGLIONE (Agnès), Une Démonologie magnifique : la figure de l’ange dans l’œuvre de Jean Giono; sous la dir. de M. Jacques Chabot, Aix-en-Provence, Publications de l’Université de Provence, 2000,240 p.
  • CORNEILLE, VOLTAIRE, Œdipe, éd. Denis RAYNAUD et Laurent THIROIN, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 2004,227 p.
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  • MONTANDON, (Alain), textes réunis par, Mythes de la décadence, Presses Universitaires Blaise Pascal, 2001,380 p.
  • MOUNIC (Anne), Poésie et mythe : réenchantement et deuil du monde et de soi : Edwin Muir, Robert Graves, Ted Hughes, Sylvia Plath, Ruth Fainlight, Paris - Montréal (Québec), L’Harmattan, 2000,317 p.
  • —, Poésie et mythe. seconde partie, Je, tu, il/elle : aux horizons du merveilleux : Edwin Muir, Robert Graves, Ted Hughes, Sylvia Plath, Ruth Fainlight, Paris - Montréal (Québec) - Budapest (etc.), L’Harmattan, 2001,216 p.
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  • POIRIER (Jacques), Judith. Échos d’un mythe biblique dans la littérature française, P.U. de Rennes, 2004,204 p.
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  • VERNANT (Jean-Pierre), Entre mythe et politique, Paris, Seuil, 2000,635 p.
  • VERNANT (Jean-Pierre), VIDAL-NAQUET (Pierre), Mythe et tragédie en Grèce ancienne, tomes 1 et 2, Paris, Éd. la Découverte, 2001,183 p. et 298 p.
  • VONS (Jacqueline), Mythologie et médecine, Paris, Ellipses, 2000,175 p.
  • WALTER (Philippe), Perceval, le pêcheur et le Graal, Imago, 2004,246 p.
  • WATTEL-DE CROIZANT (Odile), éd., La Dimension politique et religieuse du mythe de l’Europe de l’Antiquité à nos jours, Tours, Centre de Recherches A. Piganiol, 2002,280 p.
  • WETTLAUFER (Alexandra K.), Pen vs. paintbrush : Girodet, Balzac and the Myth of Pygmalion in Postrevolutionary France, New York, Palgrave, 2001,323 p.
  • ZIDARIC (Walter), éd., Saint-Pétersbourg : 1703-2002, CRNI, Université de Nantes, 2004.

Plan de l'article

  1. Éditions, traductions, inventaires : avancées de la mythographie
  2. « Mythe et littérature » : un état des lieux problématique
  3. Histoire et théorie : vers une mythopoétique
  4. Entre essence et existence
  5. Modernité, actualité

Pour citer cet article

Gély Véronique, « Mythes et littérature : perspectives actuelles », Revue de littérature comparée 3/ 2004 (n o 311), p. 329-347
URL : www.cairn.info/revue-de-litterature-comparee-2004-3-page-329.htm.


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