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Revue de littérature comparée

2009/2 (n° 330)

  • Pages : 128
  • ISBN : 9782252037065
  • Éditeur : Klincksieck

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En Paul Gorceix (1930-2007), nous avons perdu, l’automne dernier, non seulement un collègue et un ami courtois et chaleureux, un inlassable passeur de la littérature française de Belgique dans et hors l’Hexagone, mais aussi et de ce fait un proche de notre discipline. Encore en 2001, n’hono-rait-il pas notre Revue par un article intitulé « L’image de la germanité chez un Belge, flamand de langue française, Maurice Maeterlinck (1862-1949) » (n° spécial : La Belgique, espace comparatiste ?). Ce texte, qui étudie sous tous ses aspects le rôle de Maeterlinck comme « médiateur » du germanisme en Belgique et en France, est la quintessence d’une recherche qui s’est d’abord traduite par une thèse de doctorat au titre significatif : Les Affinités allemandes de l’œuvre de Maurice Maeterlinck. Contribution à l’étude du symbolisme français et du Romantisme allemand (Paris, PUF, 1975, rééd., 2005, Eurédit) après un double cursus en littérature française et en germanistique aux universités de Poitiers, Vienne (Autriche), Francfort-sur-le-Main et Strasbourg. Attaché culturel, lecteur, professeur invité en Allemagne, et couronné de titres pour ces activités, Paul devint maître de conférences (1972), puis professeur aux universités de Poitiers (1976) et de Bordeaux (1991).

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Paul Gorceix est certes d’abord « l’homme de Maeterlinck » et un des principaux spécialistes du symbolisme belge, rôles que consacrèrent en 1999 le « Prix du rayonnement des Lettres belges à l’étranger » et en 2003, son élection à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique. Il édita séparément plusieurs œuvres de Maeterlinck avant et après sa grande édition des Œuvres Complètes en 3 volumes (Bruxelles, Complexe, 1999). Hormis sa thèse, il publia trois livres importants sur Maeterlinck (en 1997,2005 et 2006), en particulier Maeterlinck, l’arpenteur de l’invisible (Bruxelles, Le Cri, Académie Royale…, 2005), véritable somme qui rend bien compte, à travers des analyses fouillées, de l’œuvre considérable de l’écrivain belge « atypique », de ses contextes familial et historique, de la diversité des genres qu’il a pratiqués (poème, conte, pièce de théâtre, essai) ; mais aussi de l’« intertextualité » de ces œuvres, qui fait de Maeterlinck une incarnation de la « Weltliteratur » rêvée par Goethe. Impossible d’énumérer les articles et essais que Paul prodigua sur son auteur dans des revues belges, françaises, allemandes, roumaines, ainsi que dans des ouvrages collectifs. Nombre de ces articles ressortissent, comme celui de 2001, à un comparatisme explicite dès leur titre, dont ce premier publié dans la RLC, en 1973 : « À propos de l’image-mirage : Maeterlinck entre la latinité et la germanité dans Le Bourgmestre de Stilmonde et Le Sel de la vie ». D’autres articles portent sur les sources allemandes de Maeterlinck, ou sa réception en Allemagne ; ou des rapprochements avec des poètes comme Hofmannsthal, Rilke (numéro spécial de la Revue de Littérature moderne, qu’il coordonna en 2001).

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Mais Paul ne s’est pas limité, si l’on ose dire, à Maeterlinck qui, au demeurant, représente déjà un univers à lui tout seul, ou du moins un écrivain au carrefour de l’Europe. Il a édité et commenté d’autres écrivains belges de langue française, surtout de l’École symboliste (Gilkin, Elskamp, Mockel, Van Lerberghe, Rodenbach) mais aussi des proches du Naturalisme (Verhaeren, Eekhoud, Lemonnier), mais aussi, au XXe siècle, Ghelderode, Franz Hellens, comme fondateur du Réveil et représentatif d’un « esprit européen ». On lui doit deux ouvrages sur Georges Rodenbach, Georges Rodenbach. 1855-1898 (Paris, Champion, 2006) et Georges Rodenbach. Les Essais critiques d’un journaliste, choix de textes, précédé d’une étude (2007). Ces auteurs sont parfois mis en parallèle avec Maeterlinck à propos d’un thème, d’une écriture (de la symbolisation, de la suggestion, de l’ambiguïté), ou de leur pratique d’un genre. Au-delà d’écrits sur des poètes symbolistes bien précis, notre collègue s’interrogea sur deux grandes questions épineuses : le « Symbolisme belge » (qui à la différence de l’École symboliste en France, constitua un mouvement essentiel dans l’histoire littéraire belge et européenne) et l’identité, la spécificité de la littérature belge de langue française. Il le fit comme auteur d’articles, comme directeur de plusieurs numéros spéciaux, comme collaborateur à des ouvrages collectifs, entre autres, La Belgique fin de siècle (Bruxelles, Complexe, 1997), Lettres françaises de Belgique, numéro spécial de Lettres actuelles (1997), où il présente cette littérature comme la plus ancienne hors de France et comme « par excellence francophone et européenne à la fois », née d’un « enchevêtrement de cultures ». Il rapprocha les littératures francophones belge et suisse, dans l’ouvrage Littératures françaises de Belgique et de Suisse (Ellipse, 2000) ; il s’interrogea sur « la dimension européenne » de cette littérature dans Littérature belge de langue française (Bruxelles, Le Cri, 2000, éd. Chr. Berg, P. Halen). Paul contribua aussi à la littérature comparée comme confrontation entre la littérature et d’autres arts, la musique et surtout la peinture : entre Maeterlinck et Kandinski (en 1994) et plus largement, entre la peinture et « l’identité littéraire de la Belgique francophone », à partir de Lemonnier et Maeterlinck (L’entredire francophone, 2004). Et nous, comparatistes, avons bien souvent recommandé tous ces travaux à nos agrégatifs de Lettres modernes !

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La passion pour ces sujets a poussé notre ami à travailler jusqu’au bout. Il venait d’éditer une œuvre de Tancrède de Visan, spécialiste trop oublié du symbolisme, du début du XXe siècle et de réunir des essais, publiés et inédits, sous le titre Le Symbolisme en Belgique ou l’éveil à une identité culturelle. Une si rare différence (Eurédit, 2008).


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