2001
Revue de Métaphysique et de Morale
Présentation
[*]
Christian Berner
Les hommes sont des êtres qui comprennent. Pas nécessairement toujours ni
bien : les hommes sont aussi des êtres qui ne comprennent pas. Ce qui explique
qu’ils peuvent chercher à comprendre. Ce numéro voudrait s’attacher à l’un des
fondements de la théorie de la compréhension et à sa mise en Å“uvre dans
l’interprétation : au principe d’« équité », qui trouve l’une de ses premières
formes dans l’idée qu’une interprétation doit être « bienveillante », tablant sur
l’intelligence de l’auteur et le sens du texte. Une telle recherche portant sur les
prémisses du discours et de la compréhension se devait d’être diversifiée, non
seulement parce que le principe se dit de plusieurs façons, comme le rappelle
Jean Greisch, mais parce qu’il se présente dans des cadres historiques et conceptuels différents. Avec des enjeux parfois distincts, qui peuvent être d’ordre
théorique ou pratique, logique ou moral. Car il ne s’agit nullement de voir dans
l’interrogation sur le principe d’équité dans l’interprétation une approche simplement morale de l’acte de comprendre : sa nécessité dans la présomption de
rationalité de l’interprétation est tout autant en jeu. C’est ainsi que Fosca Mariani
Zini découvre le principe à l’Å“uvre dans la pratique philologique des humanistes
italiens du XVe siècle. Jean Greisch présente les variantes du concept d’« équité
herméneutique » et son intégration à la théorie générale de l’interprétation de
G.F. Meier. Sandra Laugier étudie le sens de l’apparition du principe de charité
chez Quine et son statut dans ce que pourrait être une anthropologie philosophique. Günter Abel soumet le principe d’indulgence à une évaluation critique
dans le cadre de sa propre philosophie de l’interprétation. Pour ma part, j’analyse
les présupposés de la volonté de comprendre dans l’herméneutique de Schleiermacher.
Voilà donc un champ qui permet, le temps d’une recherche commune, de
présenter des approches venues d’horizons différents par rapport à un principe,
celui de l’équité dans l’interprétation, dont le statut engage une théorie de la
rationalité.
[*]
Trois des cinq contributions ont été présentées le 31 mars 1999 lors d’une journée d’étude sur
« Éthique et herméneutique » organisée par le département de philosophie et le Centre Gaston
Bachelard de l’Université de Bourgogne.