2001
Revue de Métaphysique et de Morale
Aimer comprendre.
Recherche sur les fondements éthiques de l’herméneutique de Schleiermacher
Christian Berner
Université de Lille 3
L’herméneutique n’est pas chez Schleiermacher une discipline philosophique, mais principalement une méthode. Partant de ce constat, cet article cherche à
remonter aux présupposés méthodologiques de l’interprétation. L’analyse de la volonté
et de la capacité de comprendre et d’être compris permet de mettre au jour les principes
éthiques impliqués dans l’art de comprendre.
Hermeneutics are not, for Schleiermacher, a philosophical discipline
but above all a method. Accepting this fundamental statement, the contribution tries to
reascend to the methodological presuppositions of interpretation. The analysis of will
and the ability to understanding and to be understood allows the ethical principles
involved in the art of understanding to come to light.
« Tous les hommes ont par nature le désir de comprendre (eidenai). »
Aristote, Métaphysique, 980 a 21
Schleiermacher a souvent été considéré ces dernières décennies comme le
« père » de l’herméneutique philosophique pour avoir cherché à édifier une
« herméneutique générale » vers 1805-1806. Mais on néglige souvent qu’il
élabore à cette même époque son éthique
[1], qui n’est pas une simple morale,
mais une science historique rendant compte du développement de l’esprit dans
la nature et le favorisant. L’impératif de comprendre une pensée dans son
contexte invite à corriger l’image de l’art de comprendre et d’interpréter chez
Schleiermacher, car l’herméneutique comme discipline technique n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans un système qui permet d’affirmer que la simultanéité de
l’élaboration de l’herméneutique et de l’éthique n’est pas le fruit du simple
hasard. Or il y a deux façons légitimes d’analyser cette rencontre : soit en partant
de la définition de l’éthique et en essayant de reconstituer la déduction de
l’herméneutique comme discipline technique, c’est-à-dire lui assigner sa place
dans le système philosophique ; soit en partant de l’herméneutique et en recherchant, par une voie réflexive et régressive, quels principes sont à l’
œuvre et
conditionnent sa possibilité.
L’herméneutique entre méthodologie et ontologie
L’herméneutique est au départ une technique, un « art », une méthode. Je me
propose de voir si on peut remonter à partir d’elle à des principes éthiques, par
exemple au « principe d’équité ». Est-ce que la pratique de la compréhension
et de l’interprétation se fondent sur des principes généraux sans lesquels une
compréhension correcte ou juste ne serait pas possible ? Et ces principes sont-ils
de nature « éthique » ? La démarche de Schleiermacher, qui réfléchit et décrit
une pratique de l’interprétation et de la compréhension, n’exclut pas de dégager
des principes généraux qui tiennent à la structure même de la rationalité et de
la communication du sens. Et cela même si ces principes généraux ne se trouveront pas dans l’herméneutique, mais dans la « dialectique
[2] », qui est la recherche des principes du philosopher, et dans l’éthique.
Si l’on pose avec Schleiermacher que l’herméneutique est l’« art de comprendre », il y a deux orientations à donner à la recherche de ses conditions de
possibilités. D’une part il faut se demander ce que nous devons présupposer
pour comprendre lorsque nous voulons comprendre ; d’autre part il convient de
se demander plus radicalement pourquoi l’homme veut comprendre, ou refuse
de comprendre. Car l’un des présupposés radicaux de tout « art de comprendre »
est la volonté de comprendre, et dégager la dimension éthique de l’herméneutique nous conduit irrémédiablement à ce présupposé qui, dans la perspective
du système philosophique, ouvre sur deux orientations : d’une part sur l’élan
général de la raison vers le savoir
[3], que Schleiermacher analyse dans sa
Dialectique, d’autre part sur l’élan de la raison vers la formation des communautés,
qui est l’un des moteurs de son
Éthique. L’herméneutique aura donc des fondements philosophiques tenant à la nature du comprendre. C’est là aussi ce
que thématisera en 1813 le discours
Sur les différentes méthodes du traduire
[4],
qui fixera un certain cosmopolitisme comme finalité de l’acte de comprendre.
Les
Discours académiques sur l’herméneutique thématiseront finalement la
compréhension comme « l’esprit pensant qui se découvre peu à peu lui-même »
(
HB
[5] 172). On est donc conduit vers la philosophie lorsqu’on s’interroge sur
la nature du comprendre.
Philosophiquement, l’herméneutique doit être fondée sur la connaissance de
la nature de la pensée et du langage. La perspective éthique de la réalisation de
la raison dans la nature permet de lui assigner sa place dans le cadre du système.
Car c’est de l’éthique que doivent, d’après Schleiermacher, dériver toutes les
techniques, les
Kunstlehren. L’herméneutique est une telle technique, qui vient
tout simplement favoriser en général le processus de la communication et de la
diffusion du savoir, c’est-à-dire de l’esprit dans son rapport à l’être, à ce qui
est. Il va de soi qu’on ne peut pas tout comprendre. Cela tient à la nature même
du langage. Gottlob Frege, par exemple, y sera sensible. Pour certaines choses
et « en raison de la nature même de notre langue [...] on ne peut éviter une
certaine inadéquation de l’expression linguistique et [...] nous ne pouvons rien
faire d’autre qu’en prendre conscience et toujours en tenir compte »
[6]. Ce qui
ne signifie pas l’inadéquation totale qui n’aurait guère de sens et va contre
l’expérience que nous faisons : de fait, il y a des choses que nous comprenons.
Dans l’éthique, l’herméneutique a pour tâche de compenser les moments
individuels et généraux, d’établir un équilibre entre la tendance à l’universel et
l’affirmation de la subjectivité finie. Si l’éthique a pour tâche de décrire le
devenir de la raison ou l’intelligence dans sa manifestation progressive dans la
nature, l’herméneutique est une technique en deux sens : d’une part elle facilite
la compréhension et rend possible la communauté des individus à travers le
dialogue, l’échange de pensées ; d’autre part elle stimule en général le devenir
de l’esprit. On comprend en effet qu’une herméneutique générale s’efforce à la
compréhension des discours qui présentent un savoir et transmettent un savoir
collectif et s’intéresse donc par essence à la tradition et à la culture
[7]. En ce
sens il est « éthique » de
vouloir comprendre des pensées. Les comprendre
vraiment est un aboutissement du processus éthique compris comme
spiritualisation, comme réalisation de la raison : la raison se développe dans la nature
et s’y inscrit. L’herméneutique est donc éthique dans la mesure où elle est un
instrument naturel de l’élan de la raison vers le savoir. La question plus fondamentale consiste alors à trouver un fondement à la volonté de comprendre.
Schleiermacher nous reconduit en ce point à des pulsions, à deux désirs fondamentaux : l’élan vers la communication (qui engage tant le sujet qu’autrui)
et l’élan vers le savoir. Vouloir comprendre est une composante de la volonté
de savoir et donc une manifestation de la présence de la raison. C’est là au fond
l’hypothèse première de Schleiermacher dont dépend sa philosophie de la compréhension : la pulsion initiale est posée par la raison qui se manifeste comme
cette tendance dont la conscience est le mode d’être. C’est ce même mouvement
qui conduit à Dieu, à la question du
Woher (« D’où ? ») que pose la
Foi chrétienne
[8].
En retrouvant l’ancien thème de l’élan de la raison vers la connaissance on
rejoint les thèses classiques de Platon à Kant et Fichte
[9]. Sa mise en relation
avec un élan de la raison vers la communication n’est pas non plus nouvelle.
On la perçoit clairement chez Kant, Fichte, Novalis ou Friedrich Schlegel, pour
ne nommer que les précurseurs les plus immédiats. Si Fichte par exemple, dans
son « Essai sur l’origine du langage »
[10] dit que le signe linguistique est
l’« expression de nos pensées », il ajoute, et c’est là ce qui avait retenu l’attention
de Novalis et ce que relèvera Schleiermacher, que le sens fixé dans la matérialité
se transcende lui-même et est une exigence de sens qui s’adresse à une volonté
de comprendre étrangère. La théorie de l’intersubjectivité du
Fondement du droit
naturel montre ainsi comment la théorie du signe, la théorie de la compréhension
linguistique est au fond attachée à la compréhension d’autrui. Je dois pouvoir
comprendre immédiatement la subjectivité étrangère, sans quoi on ne voit pas
comment nous serions invités à dépasser la matérialité des signes vers ce qu’ils
signifient. Les signes sont donc un appel à la compréhension : « La cause de
l’appel [en l’occurrence l’appel qu’une autre liberté adresse à ma liberté] posée
en dehors du sujet doit donc au moins supposer la possibilité que ce dernier
puisse comprendre et concevoir; autrement, son appel n’a absolument aucune
fin. La finalité de cet appel est conditionnée par l’entendement et par la liberté
de l’être auquel il s’adresse »
[11]. La possibilité de comprendre est donc fondée
dans l’« essence de la raison ».
Si on voit par ce qui précède comment l’acte de comprendre peut s’insérer
dans un système philosophique, on n’a pas pour autant déterminé la valeur
éthique de la volonté de comprendre. Qu’est-ce qui détermine cette volonté ?
Est-elle naturelle, ce qui nous reconduit vers des hypothèses métaphysiques sur
les désirs fondamentaux ou innés de l’homme, ou doit-on se contenter de
constater cette volonté indépendamment de toute considération éthique ? Si,
avec Schleiermacher, on appelle « éthique » le développement de l’esprit, nous
avons une réponse qui ne fait pas problème. Mais si l’éthique, comme il est
plus courant de l’entendre, établit le bien et s’attache à la définition de l’action
bonne, alors peut-on dire que la compréhension est une action éthique ? La
volonté de comprendre est-elle une bonne volonté ? Rien n’est moins évident,
bien que nous soyons habitués à voir dans la compréhension, dans sa dimension
sympathétique, une forme d’altruisme, de reconnaissance d’autrui : comprendre
serait une condition de la règle d’or dont le « principe de charité », de sollicitude
ou de bienveillance serait une variante. Aimer comprendre réaliserait l’amour
du prochain. On retrouverait en conséquence dans le comprendre une « spontanéité bienveillante » que Ric
Å“ur plaçait au fondement de la constitution de
soi
[12].
Contre une telle approche morale on peut avancer deux arguments : 1. les
êtres sans morale s’efforcent aussi de comprendre et de se comprendre. Les
méchants ont même souvent besoin d’éviter au maximum les erreurs de compréhension pour organiser et perpétrer leurs méfaits. Comprendre n’est de ce
fait pas une action bonne en elle-même, puisqu’elle est d’abord un moyen dont
la valeur reste attachée aux fins ; 2. vouloir comprendre peut non seulement
être amoral, mais contraire à l’éthique. Lorsque Nietzsche, pour prendre un
exemple parmi tant d’autres, revendique son incompréhensibilité, la difficulté
qu’il y a à le comprendre, il rappelle tout ce que peut avoir d’immoral la
compréhension : « [...] il y a quelque chose d’humiliant à être compris. Être
compris ? Vous savez bien ce que cela veut dire ? — Comprendre, c’est égaler
[*] »
[13]. Nietzsche reprend Novalis qui savait que connaître, savoir, comprendre,
c’est « comparer, égaler
[14] », identifier du non-identique. Aussi comprendre
risque toujours de n’être qu’un avatar de la volonté de puissance qui interprète
et ne voit en l’autre qu’elle-même. La prétention que l’autre a de me comprendre
est une façon de m’assimiler, de me faire être simplement ce que je suis. Aussi
n’est-ce pas s’estimer à sa juste valeur que de se communiquer, le langage
« vulgarisant » celui qui parle : la communication rend commun, ordinaire
[15].
C’est à l’inverse alors, dans la mécompréhension, qu’il faut inscrire la possibilité
de la communication : ce n’est que si l’autre ne nous comprend pas que nous
sommes quelque chose et que nous avons quelque chose à dire, à faire partager
(
mitteilen) précisément parce que l’autre ne l’a pas. Le problème est donc d’être
condamné à ne pas comprendre l’autre si on veut le comprendre comme autre,
ou à ne pas le comprendre comme autre dès qu’on le comprend puisqu’on
l’assimile alors à nous-même ce qui n’est pas vraiment comprendre non plus.
Bref, est-il conforme au bien, au respect d’autrui que de vouloir comprendre ?
« [...] l’incompréhensibilité est-elle donc quelque chose de si mauvais et de si
réprouvable ? »
[16] C’est sur cette question que Derrida et Gadamer se sont opposés : la condition du
Verstehen n’est-elle pas, comme l’affirme Derrida, la rupture du rapport entre moi et l’autre, c’est-à-dire le renoncement à la « bonne
volonté de comprendre »
[17] ? L’objection semble forte, même si Gadamer rétorque que Nietzsche ou Derrida eux aussi parlent pour être compris. Car la visée
d’un accord ne signifie pas nécessairement réduction des différences. On ne
saurait néanmoins masquer ici une difficulté réelle qui rencontre celle de la
règle d’or. Cette dernière dit : « Ne fais pas à autrui ce que
tu ne voudrais pas
qu’il
te soit fait. » Comme le remarque Mark Hunyadi
[18], cette règle n’est
finalement qu’une réverbération de soi qui réduit autrui à ce qu’il est pour moi.
Aussi Hunyadi propose-t-il une intéressante reformulation : « Ne fais pas à
autrui ce que
lui ne voudrait pas qu’il
lui soit fait. » Mais là se posent précisément encore une fois les problèmes du comprendre : au nom de quelle « bonne
volonté » vouloir comprendre autrui ? Et ensuite, comment puis-
je comprendre
ce qu’
il désire ?
L’herméneutique de Schleiermacher nous permettra de clarifier quelque peu
cette question. Dans son approche de la compréhension, Schleiermacher prétend
partir d’un fait qui en réalité est double : 1. il y a des choses que nous comprenons, tout comme il y a des choses que nous ne comprenons pas ou que
nous comprenons mal; 2. il y a « certaines choses que l’on veut comprendre,
d’autres pas » (HB 121). Cela non seulement parce que tout ne peut pas être
compris ou parce que notre compréhension serait entièrement guidée par des
intérêts, mais parce que tout ne doit pas nécessairement être compris.
Ma question sera alors la suivante, compte tenu de l’intention même de
Schleiermacher dans son herméneutique : non pas savoir comment l’herméneutique peut être prise comme une application ou une réalisation de l’« éthique »
au sens de Schleiermacher, c’est-à-dire comme un développement ou une réalisation de la raison
[19], mais voir si l’herméneutique prise simplement comme
technique présuppose des principes éthiques qui pourraient valoir comme principes généraux de l’interprétation. Dit autrement : peut-on réfléchir à l’« art de
comprendre » comme K.-O. Apel examine la discussion en reconstruisant les
conditions éthiques de possibilité et de validité de l’argumentation humaine ?
Dans une telle perspective que l’on peut dire « transcendantale », une herméneutique critique générale est une tâche. Les premières questions relatives aux
principes fondamentaux qui rendent possible la compréhension sont alors les
suivantes : pourquoi comprendre ? Comment comprendre ? Quels sont les présupposés de l’un et de l’autre ?
La simple définition de l’herméneutique comme « art de comprendre » fournit
à cet abord le présupposé le plus massif. « Comprendre » est le but et l’herméneutique repose sur le fait que l’on cherche à comprendre. Comme technique, elle
établit réflexivement les règles dirigeant la compréhension et présuppose cette
volonté de comprendre. Quant à cette volonté, elle n’est pas toujours pure, puisque
l’on cherche le plus souvent à comprendre en vue d’autre chose, d’une action par
exemple; comprendre pour comprendre ou pour savoir n’est au départ qu’une
forme parmi d’autres. L’entreprise herméneutique se définit comme volonté de
« comprendre un discours » (HB 74) et se donne ainsi un objet spécifique. Cela
est bien entendu fort restrictif, puisque nous cherchons à comprendre bien d’autres
choses que des discours : des actions, des personnes, des gestes, des mimiques,
des images, des Å“uvres d’art, autant de choses que Schleiermacher exclut de son
herméneutique. La volonté de comprendre qu’il thématise est restreinte au
domaine de la compréhension du « discours étranger ».
L’analyse de Schleiermacher ne part pas de la compréhension comme donnée
générale, mais du fait de la non-compréhension : « L’herméneutique repose sur
le fait [Factum] de la non-compréhension du discours » (HB 73). Schleiermacher
distingue trois degrés dans la compréhension : la pure non-compréhension,
l’erreur de compréhension et la compréhension intégrale. L’art de comprendre
vise la compréhension intégrale : « personne ne peut s’en tenir à la pure non-compréhension ; la compréhension intégrale doit donc résulter du fait qu’on
a correctement résolu la tâche » (HB 193). Cette « compréhension intégrale »
— la transparence de la pensée à elle-même où la pensée individuelle trouve
son adéquation avec l’essence de la pensée — n’est autre que « l’esprit pensant
qui se découvre peu à peu lui-même » (HB 172). La compréhension intégrale
n’existe que dans un mouvement d’approximation infini : « la non-compréhen-sion jamais ne se résoudra intégralement » (HB 173). Tout cela se dégage de la
célèbre maxime invitant à « mieux comprendre » un auteur qu’il ne s’est lui-même compris. Sans vouloir revenir sur cette maxime souvent commentée, on
notera son statut à la fois méthodologique et éthique : d’une part je dois analyser
et critiquer davantage, d’autre part je développe l’esprit par l’exercice de cette
activité réflexive. Entre autres en rendant le dialogue plus fructueux, en rendant
la thèse de l’interlocuteur plus forte. Cette règle est donc un principe de maximisation et une forme du principe d’équité.
Le fait de la non-compréhension, s’il semble être premier, est néanmoins
conscience d’une volonté de comprendre qui doit lui préexister. La prise de
conscience est en effet toujours rétrospective par rapport à ce dont elle prend
conscience. L’incompréhensible ne peut apparaître que si je voulais comprendre,
et c’est la volonté de comprendre qui est à l’origine de la conscience de l’erreur
de compréhension.
Pour marquer la manifestation de cette volonté de comprendre, Schleiermacher
distingue « deux maximes opposées ». La première, classique, voit dans l’herméneutique une thérapeutique ponctuelle et se formule comme suit : « je comprends
tout jusqu’à ce que je me heurte à une contradiction ou à un non-sens ». Cette
maxime, dite « laxiste », permet de prendre conscience de la non-compréhension
et par conséquent de la volonté de comprendre. Mais un tel principe est pratiquement inefficace puisqu’il n’intervient souvent que trop tard : l’incompréhension
actuelle dépend le plus souvent pour une grande part de négligences antérieures
et le manque d’attention passée ne permet pas de résoudre les difficultés présentes.
Bref, cette maxime peut être intéressante en théorie en ce qu’elle me révèle ma
volonté de comprendre, mais elle ne vaut rien pour la pratique. C’est pourquoi,
dans le cadre d’une véritable théorie de l’art, Schleiermacher préconise une autre
maxime : « je ne comprends rien dont je ne saisisse la nécessité et que je ne puisse
construire » (HB 11). Dite autrement : « La pratique plus rigoureuse part du fait
que la compréhension erronée se présente spontanément et que la compréhension
doit être voulue et recherchée point par point » (HB 123). Cette seconde maxime,
qui place la non-compréhension ou le malentendu comme initial, peut connaître
deux interprétations : une interprétation ontologique et une interprétation méthodologique. La première dirait que le malentendu est naturel, relatif à notre nature
d’êtres finis qui ne pourront jamais accéder au savoir absolu. Ce serait une thèse
de la non-compréhension romantique. La seconde dit que l’authentique méthode
du comprendre doit reconstruire le texte comme si on ne le comprenait pas,
c’est-à-dire que l’interprète ne doit pas se contenter d’une compréhension immédiate et passive mais assumer l’exigence classique des Lumières : se servir de son
propre entendement. Cela permet de donner un sens précis à la formule célèbre :
« l’herméneutique repose sur le fait <Factum> de la non-compréhension du discours » (HB 73). En effet, la non-compréhension n’est pas une réalité, une donnée,
un datum : vouloir comprendre un discours, c’est faire d’emblée comme si je
ne le comprenais pas. C’est pourquoi il faut faire un effort pour comprendre :
je ne puis comprendre un discours que si je le (re)pense par moi-même.
Comprendre, c’est prendre sur soi le travail et la peine de l’interprétation. C’est
de cet effort que relève la pratique qui consiste à « deviner », maladroitement
nommée « divination » par Schleiermacher : la « divination » est simplement la
part inévitable d’hypothèses et de présomptions que contient toute interprétation.
Sa nécessité est d’ordre méthodologique et ne relève pas d’un « romantisme » de
la compréhension.
Les deux interprétations, ontologique et méthodologique, de la maxime rigoureuse ne sont pas sans se rejoindre. Car la non-compréhension méthodique, qui
peut être analysée pour elle-même, est la conséquence du caractère fondamental
de la volonté de comprendre qui, elle, renvoie à une thèse philosophique sur
l’être de l’homme fini. C’est en son nom qu’il faut reconstruire le discours sans
confiance en une compréhension immédiate ou une parfaite transparence. Autrement dit, et cela n’a rien de surprenant, on retrouve ici, présupposée dans
l’herméneutique et à son fondement, une volonté qui s’inscrit dans l’élan « éthique » de la raison.
Cette nécessité d’une démarche réfléchie dans le cadre de l’herméneutique
n’exclut pas l’existence, dans la vie ordinaire, d’une compréhension immédiate
qui ne reconstruit pas les pensées dans leur nécessité : on comprend immédiatement ce qu’on perçoit, ce qu’on entend, et c’est même là notre expérience quotidienne la plus courante. Mais une telle approche n’est pas herméneutique : elle
s’attache, selon Schleiermacher, à l’insignifiant (HB 125) : « Il n’y a que pour ce
qui est insignifiant que nous nous contentons de ce que nous avons compris d’un
seul coup. » Cela indique que la compréhension s’attache à des objets spécifiques,
les objets « signifiants » ou « significatifs ». Qu’est-ce à dire ?
Tout n’est pas indifféremment objet de l’herméneutique. C’est pourquoi
Schleiermacher précise : « l’art de comprendre ne commence qu’en présence
d’une pensée élaborée » (HB 115), ce qui s’entend sur le fond de l’« esprit en
développement constant » thématisé par l’Éthique. Il s’agit de comprendre le
discours, la pensée dans l’élément du langage, c’est-à-dire des propositions, des
jugements qui disent quelque chose de quelque chose, qui signifient. Il y a donc
herméneutique « quand, au lieu de me contenter d’un degré ordinaire de compréhension, je cherche à découvrir la manière dont a bien pu chez mon interlocuteur s’accomplir le passage d’une idée à une autre, ou à dégager les idées,
jugements ou intentions qui font que, sur le sujet de la discussion, il s’exprime
comme il le fait et non pas autrement » (HB 162). Ce qui se produit « chaque
fois qu’il s’agit de percevoir, par l’intermédiaire des mots, des idées ou séries
d’idées », principalement dans les « conversations significatives ». Ces conversations ne sont significatives que parce qu’il y a attente de sens, contribution et
augmentation du sens, ce qui inscrit l’herméneutique dans le mouvement de la
culture que théorise l’éthique. L’herméneutique recherche donc le sens qu’un
sujet rattache à son discours : elle veut retrouver ce qu’un individu veut dire
dans la langue, c’est-à-dire comment il participe à la langue. Cette première
définition de la tâche herméneutique engage les linéaments du principe d’équité :
d’une part il y a une ouverture qui se manifeste en ce que nous sommes prêts
à nous laisser affecter par les signes provenant d’autrui, d’autre part nous identifions ce que dit l’autre, l’autre source de sens, pour y voir un véritable acte
de langage et non pas seulement du bruit, avant d’y projeter nos normes du
discours sensé. Bref, l’herméneutique doit faire l’hypothèse que le discours
autre dit quelque chose parce qu’il veut dire quelque chose.
La thèse de l’intention signifiante comme principe de l’interprétation est elle
aussi classique. La question est de savoir à quoi je puis reconnaître qu’un objet
est signifiant ? Des propos sur la pluie et le beau temps, des propos échangés
sur le mode de l’automatisme, de la répétition, ne sont pas pour Schleiermacher
signifiants. C’est-à-dire qu’ils ont bien une fonction, sociale, mais le sens des
mots est insignifiant, le discours n’étant pas alors le véhicule d’un message
mais l’instrument de l’affirmation d’une appartenance à une communauté. Bien
entendu, dans le fait de parler, de m’adresser à autrui, il y a des présomptions
d’humanité, de rationalité, etc., mais ce n’est pas l’objet d’une théorie de l’interprétation. Bref, ce qui peut importer à une éthique de la communication ne
concerne pas nécessairement l’herméneutique.
Poursuivons : que faut-il comprendre dans ce qui est dit, c’est-à-dire dans la
langue et dans l’individu qui parle ? Pour Schleiermacher, il faut comprendre
ce qu’il y a de nouveau, car c’est ce qui n’est pas immédiatement compris. Il
faut donc saisir comment l’individu parle dans la langue, étant entendu que
« l’esprit productif apporte toujours une chose à laquelle on ne pouvait s’attendre » (
HB 29). Le sens dépasse ainsi toujours l’attente de sens et on ne saurait
réduire le discours à ce qui est transmis par la seule langue. Cela explique, dans les
leçons sur l’herméneutique et la critique, des tournures plus radicales, notamment
par rapport à la nouveauté de la pensée chrétienne, aux révolutions dans les
sciences et dans l’éthique (
HF
[20] 139-140). Le principe général est le suivant :
« Chaque révolution intellectuelle forme la langue, car de nouvelles pensées
naissent et des rapports réels qui, en tant qu’ils sont nouveaux, ne peuvent pas être
désignés par la langue telle qu’elle était. Ils ne pourraient bien évidemment pas du
tout être exprimés s’il n’y avait pas, dans la langue, des points où se rattacher. Mais
sans connaissance du nouveau, nous ne comprendrions pas la langue sous ce
rapport. L’impartialité de l’interprète exige qu’il ne décide pas de la question de
façon précipitée [...] » (
HF 115). Du point de vue des règles de l’interprétation, il
y a une difficulté à pouvoir reconnaître le nouveau s’il se présente dans les habits
de l’ancien. Ce que perçoit l’interprète, c’est l’effort de la
manifestation du
nouveau : « On voit partout la lutte contre la langue pour mener, en dépit de
l’identité des expressions, à la différence du désigné » (
HB 47).
La volonté d’être compris
Si comprendre une proposition comme source de sens conduit au principe
d’équité, c’est qu’il tient compte de la sagesse ou de l’intelligence de celui qui
a choisi les signes. Là aussi, rien de nouveau
[21]. L’auteur du texte en est, par
son vouloir-dire, par sa volonté de signifier, le premier interprète. Sa volonté
est en effet d’être compris. Celui qui discourt « veut provoquer » quelque chose
chez ceux auxquels il expose. Il veut que son discours soit un certain agir, qu’il
ait un effet défini (
HB 102-103). Si la volonté de comprendre est indissociable
de la volonté d’être compris, son principe est une intention. Aussi se faire
comprendre, c’est d’abord se rendre compréhensible, guider en quelque sorte
l’interprétation. Schleiermacher formule élégamment l’impératif pour l’auteur
du discours d’indiquer ce qu’il veut dire, d’inscrire son interprétation dans son
discours : « La main et son index doivent se trouver quelque part » (
HB 97).
Le discours a été construit afin de pouvoir être reconstruit par autrui. Pas de
discours sans volonté de communication, et donc d’être compris. C’est pourquoi
« l’art de discourir et l’art de comprendre se font face » (
HB 114).
Nous touchons ici à un aspect central qui permet de mettre en évidence la
spécificité, et certainement aussi les limites de l’herméneutique de Schleiermacher. Le discours qui est objet de l’herméneutique est en effet le discours qui a
une teneur conceptuelle, c’est-à-dire qui rend possible l’échange, la transmission
du sens. Comprendre ne suppose donc pas simplement une volonté éthique de
comprendre ou, pour user des termes de K.-O. Apel, une norme du « mieuxcomprendre » ou l’« idéal normatif de l’intercompréhension »
[22], mais de la part
de celui qui discourt une volonté de communiquer, c’est-à-dire d’être compris.
Discourir tout comme comprendre est ce mouvement où, partant de soi, on se
dirige vers l’autre. Ce qui n’engage pas la vérité : la bienveillance ou la sollicitude de l’interprétation consiste à tabler sur le sens, alors que la vérité est
l’objet de la philosophie qui, comme l’affirmera Schleiermacher dans la
Dialectique, s’interroge sur la possibilité du rapport de la pensée et de l’être. Même
s’il faut admettre une présomption de crédulité animant l’interprète, clause de
sincérité qui l’invite à faire crédit de la vérité aussi longtemps qu’il ne dispose
pas de signes contraires, il ne s’agit là que d’un moyen technique d’établissement du sens et aucunement d’un jugement véritatif. En cela Schleiermacher
se distinguera, nous le préciserons plus bas, de G.F. Meier qui appelle « équité
herméneutique » la « tendance à tenir pour vraies les significations qui s’accordent le mieux avec les perfections de l’auteur ». Pour Schleiermacher, présupposer le sens, ce n’est pas présupposer la vérité du discours, même si l’attitude
du locuteur à l’égard de son discours est essentielle. C’est pourquoi Schleiermacher est aux antipodes de Gadamer qui, concernant l’« anticipation de la
perfection », écrit : « Le préjugé de la perfection ne se contente pas d’exiger
d’un texte, de manière formelle, qu’il exprime parfaitement ce qu’il signifie,
mais aussi que ce qu’il déclare soit la parfaite vérité »
[23]. On voit mal pourquoi
comprendre se limiterait à la vérité, à moins qu’il s’agisse de la vérité intrinsèque
du texte, d’une vérité autoréférentielle, ce qui n’a guère de sens. Car on exclurait
du comprendre tous les discours malicieux, mensongers, secrets, ce qui limite
sérieusement et injustement l’herméneutique, sauf à savoir avec précision quelle
est la vérité. Cette question conduit Gadamer, en note, à affirmer qu’« il y a
une exception à cette anticipation de la perfection : c’est le cas des écrits secrets
ou à clé »; mais pour ajouter immédiatement qu’il faut, pour dissimuler, être
en possession de la vérité. Schleiermacher ne parle pas de vérité dans l’herméneutique, mais de l’effort d’être compris. C’est dans cette perspective que je
dois reconstruire le texte de l’auteur, même lorsqu’il veut cacher son but et qu’il
le dissimule « exprès » (
HB 103,198), pour échapper, par exemple, à l’accusation
d’irréligiosité. Mais on ne peut pas pour autant faire de Schleiermacher un
relativiste : l’herméneutique n’est pas sa philosophie ! Même lorsque Schleiermacher affirme que « personne ne dit ou n’écrit quelque chose contre son propre
esprit, excepté dans un état d’âme perturbé » (
HB 186), cela ne signifie pas que
ce qu’il dit est vrai : chacun a un style de pensée et il faudra ensuite, dans un
processus philosophique ou dialectique, mettre la vérité des propositions sensées
à l’épreuve. Car que l’herméneutique ne soit pas la philosophie ne signifie pas
qu’elle soit sans lien avec la philosophie : en effet, elle a affaire au discours qui
« n’est rien d’autre que la face externe de la pensée ». De ce fait elle est en
rapport avec l’« art de penser » et elle est donc « philosophique » (
HB 114).
Retenons alors ce qui semble le plus proche du principe d’équité dans les
principes de l’interprétation : «
Rien ne peut avoir voulu être dit de façon à ce que
les auditeurs n’auraient en rien pu le comprendre
[24] » (
HB 31). Même si tous les
genres ne tiennent pas compte de la même manière du public auquel ils s’adressent : « On doit [...] tenir compte de la mesure dans laquelle le sujet nous invite à
penser à un public déterminé ou pas » (
HB 57). « À chaque mot l’écrivain pense
bien à un certain public et se trouve plus ou moins en dialogue avec lui » (
HB 107).
On en déduit que même les éléments les plus individuels du style ont une facture
intersubjective, eux qui semblent par leur individualité y échapper. Et même si de
fait « celui qui discourt se met rarement entièrement à la place de celui qui
écoute » (
HB 85), cela ne tient pas tant, pour Schleiermacher, à ce que celui qui
discourt veut ignorer celui qui écoute, parce que cela fait partie de son but, mais
plutôt au fait que sa connaissance de celui qui écoute n’est pas suffisante pour
assurer la transparence de la communication : « il croit au contraire que certaines
choses doivent être parfaitement claires pour l’auditeur, alors qu’elles ne le sont
que pour lui » (
ibid.). Il confond ce qui est clair pour lui et ce qui l’est pour le
lecteur. Mais même en ce cas son discours est « en fonction des lecteurs » (
HB
128). Ce qui ne simplifie pas la tâche de l’herméneutique pour autant, car « comment savoir à quels lecteurs songeait l’auteur ? » (
ibid.) Plus même, « un auteur
n’a pas toujours en vue la totalité de son public » (
ibid.), ce dernier étant variable.
Cette difficulté est d’ordre technique, l’écrit pouvant « rouler » n’importe où,
comme disait Platon. Seuls les philosophes ne brillent pas par leur charité herméneutique, bien qu’ils la présupposent chez les autres : le philosophe, Schleiermacher pense à Fichte, « veut rarement comprendre, mais croit par contre devoir être
lui-même nécessairement compris » (
HB 114). Il y a ici un niveau plus fondamental que celui de la méthode de la compréhension. Schleiermacher nous
dit en effet qu’« on ne peut jamais correctement penser sans s’efforcer d’être
compris »
[25]. On relèvera sans peine ici la nécessité de la communauté nécessaire à la correction de la pensée qui fait écho à la formule kantienne : « [...]
penserions-nous beaucoup et
penserions-nous bien [
mit welcher Richtigkeit] si
nous ne pensions pas pour ainsi dire en commun avec d’autres, qui nous
communiquent leurs pensées et auxquels nous
communiquons les nôtres ? »
[26] C’est en
cela que penser est un «
gemeinschaftliches Selbstdenken », penser par soi-même
en commun, comme résume Friedrich Schlegel
[27]. On voit alors que Schleiermacher voulait dire que Fichte cherchant à imposer le comprendre
[28] sans chercher
à comprendre
[29] ne peut être assuré de la justesse de sa pensée. Ce qui anime un
véritable auteur, c’est la production de la compréhension chez son interlocuteur :
« Pour tout nouvel exposé, l’écrivain doit réfléchir à ce que ses lecteurs, dont il
doit en un premier temps épouser le point de vue, diront de ses conceptions,
quelles objections ils pourraient faire, et l’auteur doit donc être dans un dialogue
constant avec son lecteur supposé »
[30]. Dit autrement : « Chaque écrit est deux
choses : d’une part un dialogue, d’autre part la communication d’une série déterminée de pensées choisies intentionnellement » (
HF 208). « À chaque mot l’écrivain pense [...] à un certain public et se trouve plus ou moins en dialogue avec
lui » (
HB 107). La compréhension est donc dialogique et conduira à trouver son
complément dans les analyses de la
Dialectique. Incontestablement il y a là l’équivalent d’une « charité herméneutique », puisqu’on attribue à l’auteur la capacité
d’avoir choisi au mieux ce qui peut être saisi par le lecteur. Cet impératif philosophique est aussi d’ordre technique : pour comprendre le
sensus auctoris, il
faut connaître et pouvoir reconstruire le premier lecteur
[31], il faut remonter à
l’homme et « comprendre une série de pensées en même temps comme jaillissement d’un instant de vie » (
HB 163).
Dans la volonté d’être compris, qui est l’un des présupposés de l’herméneutique, on retrouve donc le « principe d’équité » : c’est parce que l’auteur veut
être compris que je suppose d’une part son intelligence dans le choix des signes,
d’autre part, jusqu’à preuve ou indication du contraire, que l’auteur pensait dire
la vérité. C’est là que je tiens compte du rapport de l’auteur à ses propositions,
à l’acte de tenir pour vrai. C’est en ce sens que « chaque écrivain est son meilleur
interprète » (HB 88), ce qui ne signifie pas qu’il se comprend bien lui-même,
mais que c’est d’abord à partir de lui-même et de son Å“uvre qu’il faut le
comprendre. On a au départ moins de chances de se tromper dans l’établissement
du sens non pas si on pense que les propositions sont vraies, mais si on pense,
jusqu’à établissement du contraire, que le locuteur les tenait pour vraies.
On perçoit là la connexion entre l’établissement du sens et la visée de vérité
dans l’acte de tenir pour vrai. Qu’est-ce qui fait finalement que je passe d’une
proposition dont je comprends le sens à l’affirmation de sa vérité ? N’y a-t-il
pas là passage illégitime d’une sphère à une autre alors qu’elles sont hétérogènes ? Il y a dans la philosophie de Schleiermacher quelques flottements sur ce
point. Il sait que comprendre n’est pas « tenir pour vrai », que transmettre du
sens n’est pas transmettre la vérité. Mais il reconnaît aussi, comme Kant, un
instinct à communiquer le savoir, la non-communication du savoir étant non
éthique. Or le savoir est défini comme la vérité, c’est-à-dire comme l’adéquation
de la pensée et de l’être. Comme pour Friedrich Schlegel, pour qui la communication atteint sa finalité lorsque « ce qui se produit en nous doit se produire
en l’autre »
[32], Schleiermacher pense que lorsque nous communiquons, nous
voulons que l’autre pense comme nous lorsque nous sommes satisfaits de notre
pensée, c’est-à-dire lorsque nous la tenons pour vraie : « Lorsque nous communiquons quelque chose à quelqu’un, nous voulons qu’il fasse sien le savoir
qui auparavant était en nous »
[33]. Mais là où Schlegel parle de sens, Schleiermacher parle de vérité puisque le terme « savoir » est ici à prendre au sens fort,
comme la pensée que je partage avec d’autres et qui s’accorde avec le réel.
Cette présomption de vérité réinscrit finalement la volonté de comprendre dans
le processus philosophique.
La possibilité de comprendre
L’herméneutique présuppose donc la volonté de comprendre qui elle-même
n’a de sens que dans la volonté d’être compris. Ce qui conduit à un troisième
présupposé relatif à la saisie du sens : c’est le fait de pouvoir être compris.
Quelles sont les conditions de possibilité de la compréhension ?
La volonté de comprendre porte sur ce que l’auteur a voulu dire. Il faut donc
pouvoir remonter à son intention. Ce mouvement conduit, c’est bien connu, aux
deux méthodes complémentaires que sont l’interprétation grammaticale et
l’interprétation technique ou interprétation psychologique. La première s’attache
à la langue en général, la seconde à l’individualité, c’est-à-dire plus particulièrement à « la relation d’un auteur à la langue » (HB 131). D’après Schleiermacher, les deux aspects de l’interprétation sont complémentaires.
Mais en même temps nous avons vu que la non-compréhension jamais ne se
résoudra entièrement. La compréhension porte toujours en elle une part d’incompréhensible. « Si pour nous l’être compréhensible et l’être incompréhensible
étaient rigoureusement séparés, on devrait poser aussi un achèvement, même
s’il était reporté dans un temps infini; mais en chaque point nous avons nécessairement un mélange de ce qui est compréhensible et de ce qui ne l’est pas »,
écrit-il dans son
Éthique
[34]. C’est pourquoi il faut, dans la définition de l’interprétation comme « toute compréhension d’un discours étranger » (
HB 156),
souligner le terme « étranger ». Il désigne une altérité qui doit être prise en
compte dans son sens fort sans être absolue, sans quoi comprendre serait impossible : « si ce qui est à comprendre était entièrement étranger à celui qui doit
comprendre et qu’il n’y avait rien de commun entre les deux, alors il n’y aurait
pas non plus de point permettant d’y rattacher la compréhension » (
HB 160).
Quel est alors cet élément fondamental qui n’est pas « entièrement étranger »
et qui serait le fondement de la communauté de la compréhension ?
Pour le dire vite, la langue est compréhensible parce qu’elle peut être reconstruite : on peut formuler ses éléments, ses règles de combinaison et les exceptions à ces règles. Mais comprendre la langue ne suffit pas pour comprendre
l’intention qui prend sa source dans l’individualité de l’auteur. Or « la [nature]
qui ne saurait jamais être entièrement comprise est la nature intérieure de
l’homme », c’est-à-dire le « sentiment » qui est conscience immédiate de soi.
Le problème des conditions de possibilité de la compréhension se porte alors
de façon privilégiée sur l’interprétation dite « technique » présentée plus haut.
Et à mon sens c’est là qu’on retrouve la dimension éthique de l’herméneutique
et une variante du principe de charité. Lorsqu’on cherche à comprendre l’individu, on retrouve en effet un principe éthique : « qui pose le caractère éthique
pose l’élan qui pousse à chercher
les autres et à les reconnaître (
anzuerkennen) »
[35]. Ce qui conduit à la question de savoir ce qu’est la reconnaissance
d’autrui et à quoi tient sa possibilité.
Le caractère éthique est intimement lié à la rationalité même de l’homme :
la raison n’est complète dans la nature humaine que dans la division (
Zerspaltung), dans une pluralité d’individus
[36]. Le
Brouillon sur l’éthique dit la même
chose : « lorsque la raison devient âme, elle se répartit en personnalités »
[37].
C’est-à-dire que la raison n’est effective que dans la pluralité. Cette intuition
qui voit l’homme comme fragment, profondément romantique, doit évidemment
beaucoup à la philosophie de Novalis ou de Friedrich Schlegel
[38]. On comprend
alors qu’il s’agira de reconnaître dans l’autre la présence de l’esprit qui, à suivre
Schleiermacher, fait ici l’humanité. Or cette reconnaissance est au fondement
même de l’une des méthodes qui fait l’originalité de Schleiermacher, à savoir
la méthode « divinatoire » présentée plus haut. Pour comprendre il faut toujours,
qu’il s’agisse du plus général ou du plus individuel, de la langue ou de l’auteur,
à la fois comparer les éléments et se saisir des éléments à comparer. La « divination » est un complément logique de la comparaison : cette dernière, qui vise
l’établissement du général, n’a de sens que par rapport à des termes premiers
qui doivent être acquis, c’est-à-dire fixés autrement que par comparaison, suivant
une voie hypothétique
[39], et par conséquent il faut réfléchir aux conditions de
possibilité de la divination. La méthode divinatoire, qui consiste à chercher à
s’emparer immédiatement de ce qui est le plus individuel, doit être analysée
dans le détail, car c’est elle qui contient les plus grands présupposés éthiques.
Cela apparaît clairement lorsqu’on rappelle avec précision l’essence des deux
méthodes :
« La méthode divinatoire est celle dans laquelle, en se transformant, pour ainsi dire,
soi-même en l’autre, on cherche à saisir immédiatement l’individuel. La méthode
comparative pose tout d’abord celui qu’il faut comprendre comme un universel et
découvre le particulier ensuite en faisant une comparaison avec d’autres qui sont
compris sous le même universel. La méthode divinatoire est la force féminine dans
la connaissance des hommes, la méthode comparative la force masculine. Toutes deux
renvoient l’une à l’autre. Car la première repose tout d’abord sur le fait que tout
homme, en plus d’être un homme particulier, est réceptif vis-à-vis de tous les autres.
Cette réceptivité à son tour ne semble reposer que sur le fait que chaque individu
porte en lui-même un minimum de tout autre individu, et la divination est par conséquent suscitée par une comparaison avec soi-même » [40]. (HB 150)
On discerne ici quels sont les principes éthiques impliqués dans l’art de comprendre. Comprendre présuppose une communauté de participants au dialogue qui présentent et reconnaissent l’individualité. Comprendre présuppose la
possibilité de prendre le point de vue d’autrui, ce que signifie la divination.
C’est pourquoi Schleiermacher peut écrire que la méthode divinatoire a une
« orientation originelle vers la réception d’autrui » (
HB 172). Ce qui conduit à
l’idée d’une réceptivité à autrui liée à l’être même de l’individu et à l’unité
supposée du monde organique. Cette familiarité avec les autres justifie notre
confiance lorsque nous abordons leurs projets de sens. Elle est fondée sur
l’identité de la raison qui est, dit Schleiermacher, la « digue contre la tendance
sceptique qui aimerait la [l’irrationalité] présenter comme illimitée »
[41]. C’est
en un sens un peu analogue que Frege, pour écarter le relativisme radical, écrivait
que « l’humanité a un trésor commun de pensées »
[42].
Or cette tendance, qui tient compte à la fois de l’universel et de l’individuel
dans la compréhension du « discours
étranger » est, et on retrouve là autrement
la thèse de G. Abel
[43], un principe d’amour. G.F. Meier affirmait lui aussi que
l’interprète est contraint à l’équité par l’amour
[44]. Schleiermacher écrit :
« Une communauté de l’individualité doit [...] être fondée, qui ne peut cependant
viser à rien d’autre qu’à la contemplation et connaissance réciproque. Cet élan qui
pousse à contempler l’individualité inaccessible et intraduisible est ce qu’on appelle
[...] l’amour. [...] Au moyen de l’identité présupposée de l’organique, nous sommes
en mesure de comprendre la différence entre les expressions des individus et les
nôtres. La forme générale est l’entrée libre volontairement consentie des autres dans
la sphère de la propriété (das freie Eintretenlassen des Andern in die Sphäre des
Eigentums) et puisque partout seul celui qui est contemplé dans cette sphère peut
être connu, elle doit être réciproque = hospitalité réciproque (gegenseitige Gastfreiheit) » [45].
C’est le sentiment qui permet à « la vie étrangère [de] saisi[r] notre vie ».
Cela se manifeste particulièrement, pour ce grand lecteur de l’
Éthique à Nicomaque qu’est Schleiermacher, dans l’« amitié
[46] ». En un certain sens, il faut
donc aimer pour comprendre. Car ce qui dépend de la langue peut être reconstruit partout et « un interprète [...] qui voudrait bâcler l’aspect linguistique [...]
se tromperait beaucoup, aussi intelligente que soit la manière dont il est amoureux de l’auteur » (
HB 180). Mais pour saisir le déroulement interne, pour
« deviner la manière individuelle qu’a un auteur de combiner ses pensées »
(
HB 164), pour entrer « tant que faire se peut dans l’état psychique de l’écrivain » (
HB 165), « même l’interprète le plus habile le réussira le mieux avec
les écrivains qui lui sont plus proches, avec ceux qu’il préfère, ceux dont il a
le mieux pénétré l’intimité, de même que pour nous, dans la vie, les choses ne
vont parfaitement qu’avec les amis les plus vrais » (
HB 180). Ce qui ne va pas
sans risque, car l’amour fausse l’interprétation. Schleiermacher le sait, qui écrit
que l’interprète a tendance à surinterpréter les auteurs qu’il aime : « Presque
tout le monde kabbalise en quelque sorte avec son écrivain préféré » (
HB 97).
L’herméneutique comme art de comprendre renvoie donc par elle-même,
lorsqu’on réfléchit ses règles techniques, à des fondements éthiques à travers
des principes que Schleiermacher n’a pas toujours thématisés. L’éthique de la
communication supposée par l’herméneutique est une éthique de la communauté
où la communauté de communication n’a que le rôle d’une idée régulatrice. En
elle devrait se réaliser une compréhension intégrale, absolue, où expressions et
discours des sujets — et par suite les individus à l’origine de ces discours
également — seraient intégralement saisis et reconnus dans l’intersubjectivité.
L’importance de l’herméneutique est d’abord, dans une perspective philosophique, de montrer que l’individu se réalise moralement comme personne dans la
seule communauté où il cherche, avec les autres, à comprendre ce qui se donne
comme sens. Car n’y a-t-il pas dans le fait de se méprendre comme une atteinte
à l’intégrité de celui qu’on cherche à comprendre ? C’est dans cet effort que
s’ouvre la dimension de la rationalité. L’herméneutique est ce qui doit permettre
de dépasser la relativité de la pensée sans pour autant succomber à l’illusion
de l’universalité puisque précisément elle tient compte de l’irréductibilité de
l’individualité de tout discours.
[1]
Voir F. SCHLEIERMACHER,
Brouillon sur l’éthique, trad. par Ch. Berner, Paris, Cerf (à paraître).
[2]
F. SCHLEIERMACHER,
Dialectique, tr. et intr. de Ch. Berner et D. Thouard, Paris, Cerf, 1997.
[3]
Ce point ne sera pas développé ici; je me permets de renvoyer dans cette perspective à mon
ouvrage
La Philosophie de Schleiermacher, Paris, Cerf, 1995, chap. II, p. 56-66 et chap. IV (en
particulier p. 250-265) où j’ai développé une telle approche.
[4]
F. SCHLEIERMACHER,
Des différentes méthodes du traduire et autre texte, trad. par A. Berman
et Ch. Berner, présentation, glossaire et dossier de Ch. Berner, Paris, Points Seuil, 1999.
[5]
F. SCHLEIERMACHER,
Herméneutique, trad. par Ch. Berner, Paris, Cerf, 1989 (cité :
HB).
[6]
G. FREGE, « Gegenstand und Begriff », dans
Funktion, Begriff, Bedeutung, éd. G. Patzig,
Göttingen, Vandenhoeck, 1962, p. 80. (trad. fr. de C. Imbert, dans
Écrits logiques et philosophiques,
Paris, Seuil, 1971, p. 141 [traduction modifiée]).
[7]
Il va de soi que c’est à partir de là que se pose le problème de l’herméneutique dans la
fondation des sciences humaines.
[8]
F. SCHLEIERMACHER,
Der Christliche Glaube nach den Grundsätzen der evangelischen Kirche
im Zusammenhange dargestellt, § 5.
[9]
Cet élan est thématisé par la plupart des premiers romantiques, comme Novalis ou F. Schlegel.
Pour Schlegel et son rapport à Platon dans le cadre de cette problématique, cf. Ch. BERNER, « Platon
et l’esprit de la vraie philosophie. Remarques sur l’idéalisme transcendantal de Friedrich Schlegel
vers 1800 », in
Kairos 16, Toulouse, PUM, 2000, p. 85-106.
[10]
Trad. par L. Ferry et A. Renaut
in FICHTE,
Essais philosophiques choisis, Paris, Vrin, 1984;
Johann Gottlieb Fichte’s sämmtliche Werke, herausgegeben von I. Fichte, Berlin, 1845, réédition,
Berlin, de Gruyter, 1976, III, 366.
[11]
FICHTE,
Fondement du droit naturel selon les principes de la doctrine de la science, trad.
par A. Renaut, Paris, PUF, 1984, p. 52;
Fichtes Werke, III, 36.
[12]
P. RICŒUR,
Soi-même comme un autre, Paris, Seuil, 1990, p. 222.
[*]
En français dans le texte.
[13]
F. NIETZSCHE,
Fragments posthumes, automne 1885-printemps 1886 1 [182], in
Kritische
Studienausgabe, G. Colli et M. Montinari (eds.), Munich /Berlin /New York, dtv /de Gruyter, 1988,
t. 12, p. 50-51.
[14]
« Auf Vergleichen, gleichen lässt sich wohl alles Erkennen, Wissen etc. zurückführen »,
NOVALIS,
Poëticismen, in
Dichtungen und Prosa, Leipzig, Reclam, 1975, p. 494.
[15]
F. NIETZSCHE,
Le Crépuscule des idoles, § 26,
Kritische Studienausgabe, t. 6, p. 128.
[16]
F. SCHLEGEL, « De l’impossibilité de comprendre (1800) »,
in F. SCHLEGEL, F. SCHLEIERMA-CHER, F. AST, A.W. SCHLEGEL, A.F. BERNHARDI, W. DILTHEY,
Critique et herméneutique dans le
premier romantisme allemand, tr., intr. et notes de D. Thouard, Lille, Septentrion, 1996, p. 274.
[17]
Les textes de H.-G. GADAMER et de J. DERRIDA sont rassemblés dans la
Revue internationale
de philosophie, « Herméneutique et néo-structuralisme », Bruxelles, 1972; ici voir p. 343.
[18]
Cf. Mark HUNYADI, « La règle d’or : l’effet-radar », in
Revue de Théologie et de Philosophie 126, Lausanne, 1994, p. 215-222.
[19]
Cette approche a été développée ailleurs. Cf. Ch. BERNER, « Ethische Aspekte der Hermeneutik bei Schleiermacher », in
Internationale Zeitschrift für Philosophie 1,1992, p. 68-87 et, plus
récemment, G. SCHOLTZ, « Ethik und Hermeneutik », in
Ethik und Hermeneutik. Schleiermachers
Grundlegung der Geisteswissenschaften, Suhrkamp, 1995, p. 126-146.
[20]
F. SCHLEIERMACHER,
Hermeneutik und Kritik,
mit einem Anhang sprachphilosophischer Texte
Schleiermachers, M. Frank (éd.), Francfort-sur-le-Main, Suhrkamp, 1977 (cité :
HF).
[21]
Cf. G.F. MEIER,
Allgemeine Auslegungskunst (1757) : « un interprète de signes artificiels
n’interprète que des signes qui sont choisis avec intelligence », § 89.
[22]
K.-O. APEL,
L’Éthique à l’âge de la science. L’a priori
de la communauté communicationnelle
et les fondements de l’éthique, trad. par R. Lellouche, Lille, PUL, 1987, p. 81.
[23]
H.-G. GADAMER,
Vérité et méthode, Paris, Seuil, 1996, p. 316.
[24]
C’est moi qui souligne.
[25]
Friedrich Schleiermachers Dialektik, p. 126.
[26]
KANT,
Qu’est-ce que s’orienter dans la pensée ?, AK VIII, 145.
[27]
Kritische Friedrich Schlegel Ausgabe, hrsg. v. E. Behler unter Mitwirkung v. J.-J. Anstett u.
H. Eichner, Paderborn, Darmstadt, Zürich, 1958
sq., t. 11, p. 119; t. 12, p. 210.
[28]
Cf. son « Rapport clair comme le jour. Un essai pour forcer le lecteur à comprendre » de
1801, in
Fichtes Werke, II, p. 323-420.
[29]
Fichte avait déclaré en 1803 qu’il s’abstiendrait de lire les critiques que lui avait faites
Schleiermacher dans les
Grundlinien einer Kritik der bisherigen Sittenlehre. Schleiermacher écrit
alors en 1804 : « Cela rentre tout à fait dans son système, car il croit toujours savoir d’avance ce
que les autres vont dire; il croit aussi que ce qu’ils disent et rien, c’est tout un. » Cité d’après
X. LÉON,
Fichte et son temps, Paris, Armand Colin, 1958, t. II-1, p. 201 note.
[30]
Friedrich Schleiermachers Dialektik. Im Auftrage der Preussischen Akademie de Wissenschaften auf Grund bisher unveröffentlichen Material hg. von R. Odebrecht, Leipzig, 1942, reprint
Wissenschaftliche Buchgesellschaft, Darmstadt, 1988, p. 53-54.
[31]
Ce thème bien entendu a des enjeux théologiques : c’est le problème classique du
sensus
auctoris et primorum lectorum, souligné notamment par L. Danneberg, « Schleiermachers Hermeneutik im historischen Kontext », suivant lequel il faut reconstruire le contexte commun à l’auteur
et au lecteur (in
Dialogische Wissenschaft. Perspektiven der Philosophie Schleiermachers, D. Burdorf/R. Schmücker (eds), Schöningh, 1998, p. 96).
[32]
F. SCHLEGEL,
Transzendentalphilosophie, M. Elsässer (éd.), Hambourg, Meiner, 1991, p. 102.
[33]
F. SCHLEIERMACHER,
Dialektik (1811), A. Arndt (éd.), Hambourg, Meiner, 1986, p. 11.
[34]
F. SCHLEIERMACHER,
Ethik (1812/1813), mit späteren Fassungen der Einleitung, Güterlehre
und Pflichtenlehre, auf der Grundlage der Ausgabe von O. Braun herausgegeben und eingeleitet
von H.-J. Birkner, Hambourg, 1981, p. 245.
[35]
Brouillon zur Ethik (1805/1806), auf der Grundlage der Ausgabe von O. Braun herausgegeben
und eingeleitet von H.-J. Birkner, Hambourg, 1981, p. 35. C’est moi qui souligne.
[37]
F. SCHLEIERMACHER,
Brouillon zur Ethik,
op. cit., p. 13.
[38]
« [...]
nous ne sommes qu’une partie de nous-mêmes », écrit par exemple F. SCHLEGEL,
Kritische Friedrich Schlegel Ausgabe, t. 12, p. 337.
[39]
La « divination » n’est donc pas irrationnelle puisqu’elle est appelée par la démarche même
de la raison. La simple comparaison, telle qu’on la trouve encore chez Kant lorsqu’il rend compte
de la formation généralisante des concepts, est insuffisante pour rendre compte des termes à
sélectionner pour commencer la comparaison.
[40]
C’est moi qui souligne.
[41]
F. SCHLEIERMACHER,
Dialectique,
op. cit., p. 109.
[42]
G. FREGE, « Gegenstand und Begriff », loc. cit., p. 70. Cf. p. 44; trad. fr. p. 131.
[43]
G. ABEL,
Interpretationswelten. Gegenwartsphilosophie jenseits von Essentialismus und
Relativismus, Francfort-sur-le-Main, Suhrkamp, 1993 (2
e éd. 1995), chap. 19. Cf. dans ce numéro
« L’indulgence dans la compréhension du langage et des signes ».
[44]
G.F. MEIER,
Allgemeine Auslegungskunst (1757), § 89 : « L’interprète est aussi contraint à
cette équité par l’amour. »
[45]
F. SCHLEIERMACHER,
Brouillon zur Ethik,
op. cit., p. 49.