De la négation à la dénégation chez Wittgenstein : une enquête limitée sur la source de l’aveuglement au symbolisme
Antonia Soulez
Wittgenstein hérite de Frege l’idée d’une égalité de statut entre affirmation
et négation, mais au lieu d’en tirer la thèse d’une absence de force de la négation, il
en restaure au contraire la force alors même qu’il ne lui correspond aucune objectivité.
D’où vient cette force ? Cette force serait d’expression. Dans cet article, je montre que
Wittgenstein n’est finalement pas intéressé par la question sémantique de la négation,
mais plutôt par cette attitude propre au philosophe consistant à ne pas faire cas de son
symbolisme opératoire, ce qui l’entraîne indûment à s’interroger sur son essence cachée.
S’agissant du cas de la négation, Wittgenstein montre comment s’attaquer à la source
de notre errement plutôt qu’à la source de la signification justifiant son usage. Il « traite »
ainsi ce qu’il appelle dans une de ses Dictées le « problème de Socrate ». L’impasse sur
le symbolisme de la négation est un symptôme d’aveuglement au symbolisme. Reste donc
à saisir l’articulation du signe avec le symptôme, soit entre deux espèces de traits que
Wittgenstein tient pour hétérogènes. Pourtant, dans son combat contre les préjugés
grammaticaux, Wittgenstein entend bien redonner à l’expression du signe une importance
qui permet de comprendre en même temps son action sur le symptôme (sa disparition).
Dans la « résolution », une certaine concomitance freudienne entre les deux est donc
présupposée. Nous examinons ce point de rencontre avec Freud tout en distinguant leurs
conceptions respectives du grammatical.
Wittgenstein inherits Frege’s conception of equality of status of negative
and positive assertions. Yet, far from concluding with Frege that the negation is weak,
he restores its strength while at the same time he thinks it is devoid of objectivity since
negative facts do not exist. Where does this strength come from ? The answer is : from
its sole expressivity. My contention is therefore to show that Wittgenstein is less interested
in the semantics of negation than in the philosopher’s attitude which consists in neglecting the symbolic operation of negating, hence his questioning the essence of negation.
Against this « symptom » Wittgenstein calls « Socrates’ problem », the right thing to do
is to cure it by tracing back the root of our being misled by grammatical prejudices
rather than to look for the source of meaning. What is to be treated is our blindness to
symbolism. However we are left with a question concerning the connection between the
sign of negation and the « symptom » resulting from omitting the latter. The difficulty
arises from the fact that for Wittgenstein they belong to two different realms, while at
the same time he seems to assume that the sole strength of expressing negation as a
symbol could effect the desappearing of the symptom e.g. the « solution » of the « problem ». It is impossible to appraise this meeting-point between Wittgenstein and Freud
without taking into account their respective conceptions of « the grammatical ».
• Différentes négations
— La force de la négation
— Il n’y a pas de fait négatif
— Jusqu’où peut conduire une conception radicalisée de l’égalité de statut
entre négation et affirmation ?
— Le « problème de Socrate »
— Le symptôme de l’impasse sur le signe
— Dénier et sublimer, un effet de l’aveuglement au symbolisme
— Digression aristotélicienne sur le « déjugement » (Freud)
— Conclusion : un lien inexploré entre signe (ou symbole) et symptôme
(à propos de la négation)